Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3276, 9 Dcembre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3276, 9 Dcembre 1905

Author: Various

Release Date: July 15, 2011 [EBook #36742]

Language: French

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L'Illustration, No. 3276, 9 Dcembre 1905

Avec ce Numro L'ILLUSTRATION THTRALE CONTENANT LES OBERL


LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


Supplment de ce numro: L'ILLUSTRATION THTRALE contenant les Oberl,
par Edmond Haraucourt. L'ILLUSTRATION Prix de ce Numro: Un Franc.
SAMEDI 9 DCEMBRE 1905 63e Anne-N 3276

[Illustration: L'ARRIVE DES NOUVEAUX SOUVERAINS DE NORVEGE DANS LEUR
CAPITALE Le roi Haakon VII, portant le prince hritier, serre la main de
M. Michelsen, premier ministre, venu le saluer  bord du _Heimdal,_ en
rade de Christiania, le 25 novembre.--_D'aprs une photographie._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Rue de Sze. La grande cohue. Quelque chose comme une meute
silencieuse,--autour d'une porte; la prise d'assaut d'on ne sait quoi
par une foule trs lgante qui, des deux rues voisines, afflue, se
serre en interminables files au long des trottoirs, guette fivreusement
son tour d'entrer... C'est le grand spectacle de la semaine,--autrement
sensationnel qu'une premire aux thtres du boulevard; un spectacle
o ce n'est pas de l'motion invente et truque, de la littrature
qu'on nous sert, mais de la douleur pour de bon, le dnouement du
drame vcu dont un homme est mort. La vente Cronier! Tout Paris a voulu
voir cela et, depuis cinq jours, la salle Georges Petit est une tuve.
On s'crase, on joue des coudes pour arriver jusqu'aux cimaises:

--Avez-vous vu le Gainsborough?

--Et cette _Flore_, ma chre! c'est le chef-d'oeuvre de Carpeaux.

--Moi, ce sont les tapisseries que je voudrais m'offrir. Ces cartons de
Boucher! c'est le triomphe de Beauvais.

--Et le Watteau! Et les Fragonard!

--Il y a un Perronneau dlicieux.

--Oui, mais Chardin!

--Et les La Tour, donc!...

L'amie qui me rgale de cette promenade  l'exposition Cronier est
fort emballe. Je lui demande: Vous connaissez le Louvre? Elle me
rpond: Trs mal; on n'a pas le temps. Je lui demande encore:
Etes-vous alle voir,  Versailles, l'adorable galerie de peinture du
dix-huitime que M. de Nolhac vient d'installer dans les appartements du
Dauphin? Elle ne sait ce que je veux dire, et, distraitement, fait:
Non. Mais regardez donc a, comme c'est joli!

Elle n'est alle ni au Louvre, ni  Versailles, ni en aucun des lieux o
les dlices de l'art d'autrefois s'offrent continuellement, librement et
sans risque de bousculade,  la vue de tout le monde. Aux yeux de mon
amie, le Louvre et Versailles, c'est des expositions Cronier qui ne
ferment jamais, et o, par consquent, on n'ira jamais, parce qu'il n'y
aura jamais de raison pour qu'on se presse d'y aller. Cette
exposition-ci, au contraire, c'est comme un petit Louvre interdit au
public et dont les portes se seraient, par accident, entre-billes
pour quelques jours  la curiosit de huit ou dix mille privilgis. On
s'y rue donc.

Et puis, il n'y a pas que la peinture. Il y a _l'accident_. Il y a
l'attrait des circonstances dramatiques dans lesquelles ce rare
spectacle nous est offert. La Rochefoucauld nous enseigne que, presque
toujours, un peu de joie se mle au spectacle de l'infortune des autres.
J'imagine que nulle part cette abominable rflexion ne saurait se
vrifier mieux qu'ici. Nulle motion n'ennoblit la curiosit de cette
foule. On voit des gens rire; on entend des mots d'esprit; on devine
qu'au souvenir du dsastre voqu par cet talage de chefs-d'oeuvre
d'inavoues rancunes se soulagent et que, devant ces Chardin, ces
Fragonard, ces Corot, ces La Tour  vendre, plus d'une jalousie
mondaine, secrtement, se sent venge. Les meilleurs plaignent le
disparu, mais, tout de mme, prouvent une sensation agrable  la
pense qu'en cette tragique aventure ce fut un autre qu'eux qui
copa... Et ce sont l, videmment, des sensations qu'une visite aux
muses nationaux ne saurait donner.

                                  *
                                 * *

La semaine, au surplus, fut propice aux bavardages, aux confidences, aux
potins mondains. Le soir mme du jour o l'exposition Cronier fermait
ses portes, la Comdie-Franaise rouvrait les siennes aux abonns.
Reprise des mardis... c'est une date, cela. La reprise des mardis de
la Comdie-Franaise marque l'officielle rouverture de la saison
mondaine  Paris. Octobre et novembre sont les mois des petites
rentres: rentres d'coles, de tribunaux, d'universits. Du chteau on
ne revient que plus tard. Les sports d'automne, les grandes chasses,
retiennent un peu plus longtemps, chaque anne, loin de Paris, la
clientle de premires loges des, mardis, et ce n'est gure qu'en
dcembre qu'elle consent  nous rejoindre, ou qu'elle est cense nous
avoir rejoints.

C'est  la Comdie-Franaise qu'elle donne ses premiers rendez-vous. Se
proccupe-t-elle beaucoup des nouveauts que va lui servir M. Jules
Claretie? J'en doute un peu. J'ai, l'hiver dernier, frquent quelques
loges de la Comdie, aux jours d'abonnement; et il m'a sembl que, chez
la plupart de ces auditeurs hebdomadaires, l'art dramatique n'excitait
pas une passion trs forte. L'abonn coute Molire et Racine par
habitude; Augier, Dumas, Pailleron par politesse; et, avec un peu plus
de curiosit, Hervieu, Donnay, Capus, Brieux, dont il connat les
figures, et avec qui il a dn. Il n'applaudit qu'avec rserve ce qui
lui plat et, s'il est mcontent, ne le dissimule point. La bonne humeur
ne lui revient franchement qu'aux entr'actes. L'entr'acte est, pour
l'abonn, le moment dlicieux du spectacle; celui o, dbarrass du
devoir d'couter une pice qui l'amuse peu et de paratre attentif aux
gestes de comdiens qui lui indiffrent, il s'vade vers les coulisses,
amus par la grce qui lui sourit, par la beaut qu'il effleure:
innocents plaisirs qu'on aime pour ce qu'ils ont d'un peu illicite et de
clandestin! Dans la salle, les grillages dors des baignoires se sont
abaisss; les portes des loges s'entr'ouvrent; on se rend des visites;
des conversations s'engagent o il est rarement question de la pice
qu'on est venu entendre; et cette trop courte rcration ne prend fin
qu' l'instant o les trois coups sont frapps...

                                  *
                                 * *

Un homme est toujours assur d'avoir pour lui l'opinion publique et de
mettre, comme on dit, les rieurs de son ct, quand il s'avise, en
France, de rsister  la tyrannie d'une loi mauvaise ou d'un rglement
maladroit.

Beaucoup de gens sauront donc gr de son geste de rbellion au voyageur
qui, l'autre jour, passant la frontire  Tourcoing pour rentrer 
Paris, refusa de descendre de wagon pour faire visiter en douane ses
bagages  main, fut condamn pour ce fait  cinq cents francs d'amende
par le juge de paix, et a rsolu, dit-on, de faire appel de ce jugement
devant la Cour.

Le cas est d'autant plus intressant que le rebelle qu'on va juger
n'appartient point  ce qu'on appelle le parti du dsordre. Ce n'est ni
un rvolutionnaire qui s'insurge par habitude contre les lois, ni un
politicien d'opposition proccup de chercher noise au gouvernement, ni
un tudiant qui s'amuse. C'est un grave et pacifique officier
ministriel, un agent de change connu et dont les opinions
conservatrices sont notoires.

Mais il est probable que M. R. G... a voyag beaucoup en Europe, et
qu'ayant compar le rgime des douanes franaises  celui des douanes de
plusieurs autres grands pays, il a souffert de la comparaison. Sans
doute l'tat est fort excusable de se dfendre contre les fraudes
varies qui le menacent, puisque, aux yeux de beaucoup de citoyens,
voler l'tat ce n'est pas voler. Mais n'est-ce pas assez qu'il oblige le
voyageur  tenir ses bagages ouverts  toute rquisition de
l'autorit; et n'est-ce pas trop qu'il lui impose le devoir de se
dranger pour venir lui-mme au-devant de cette rquisition-l?

Il est vrai que c'est un mtier bien dlicat que celui de gabelou, et
qu'en France surtout cette sorte d'espionnage lgal se heurte  des
susceptibilits,  des malices,  des trucs qui y rendent l'application
de la loi plus malaise peut-tre que partout ailleurs. Il y a tant
d'hommes d'esprit, dans ce pays-ci!

On me contait dernirement l'aventure d'un ancien ministre, M. Yves
Guyot, qui, passant avec une valise  la main devant les employs de
l'octroi, est arrt par l'invariable question:

--Vous n'avez rien  dclarer?

--Rien du tout, fait M. Guyot.

--Ouvrez, dit le commis.

--Je refuse.

Le commis se fche, invoque le droit de l'tat, appelle  son secours un
chef, devant qui, trs poliment, l'ancien ministre s'explique:
J'aurais, dit-il, ouvert cette valise si vous m'en aviez requis du
premier coup, et sans phrases. Cela, c'est votre droit. Mais vous m'avez
_demand_ si j'avais quelque chose  dclarer; j'ai dit non; et vous ne
m'avez pas cru. Cela, je ne l'admets pas. Vous avez le droit de fouiller
mes bagages, mais non celui de mettre en doute publiquement ma probit.

Qui avait raison?

SONIA.



L'ENTRE DES SOUVERAINS

NORVGIENS A CHRISTIANIA

Les nouveaux souverains de Norvge ont fait leur entre solennelle dans
leur capitale le 25 novembre.

Ds le matin, le navire de guerre le _Heimdal_, portant les membres du
gouvernement, tait all  la rencontre du yacht royal le _Danebrog_,
venant de Copenhague, escort de vaisseaux des marines norvgienne,
danoise, anglaise et allemande. Aprs le transbordement de Leurs
Majests et du jeune prince hritier sur le _Heimdal_, celui-ci se mit
en route pour Christiania; il y arrivait  1 h. 1/2, salu par des
salves d'artillerie et les hurrahs de la foule. Au dbarcadre, la
municipalit reut les souverains sous un pavillon drap de rouge, et
son chef leur adressa des souhaits de bienvenue auxquels le roi rpondit
quelques paroles d'une cordiale simplicit; puis ce fut  travers la
ville, parmi les pavoisements, les guirlandes, les acclamations de la
multitude, le dfil du cortge officiel se rendant au chteau, o
devait avoir lieu, dans la salle du Trne, la rception du Storthing et
du corps diplomatique. Malgr le voile de brume qui l'enveloppait,
malgr la neige qui poudrait ses toits et couvrait d'un pais tapis
blanc le sol de ses rues, Christiania tait en liesse, et ce froid dcor
d'hiver formait un pittoresque contraste avec la chaleur de
l'enthousiasme populaire.

Le lendemain dimanche, le roi et la reine se rendirent  l'glise
Saint-Sauveur, au seuil de laquelle les attendaient les pasteurs.

Le lundi 27, Haakon VII, toujours acclam sur son passage, allait prter
serment de fidlit  la constitution devant le Storthing assembl sous
la prsidence de M. Berner.

La gracieuse reine Maud et le petit prince Olaf eurent leur large part
des ovations et des marques de sympathie multiplies pendant ces
journes de bon accueil. Le roi s'en montra vivement touch. Aussi bien,
le jour de l'arrive, l'esprit familial qu'il apporte de la cour de
Danemark s'tait affirm par un joli mouvement de fiert paternelle,
lorsque,  bord du _Heimdal_, il avait pris dans ses bras, pour le
prsenter  M. Michelsen, premier ministre et chef du gouvernement
provisoire, l'enfant royal, dont le frais visage, panoui sous son
bonnet de fourrure, semblait sourire inconsciemment  l'avenir de la
nouvelle dynastie.



[Illustration: Une rue de magasins juifs aprs le passage des pillards.]

[Illustration: La mme rue aprs le passage des incendiaires.]

A ISMAL (BESSARABIE)

VNEMENTS DE RUSSIE

La Russie est, en ce moment, presque isole du reste du monde: ses
postiers, ses tlgraphistes, sont en grve; les chemins de fer
fonctionnent de la faon la plus irrgulire, au bon plaisir des
employs ou de ceux qui les mnent. C'est miracle que des courriers
arrivent encore de temps  autre. Cependant, le zle de nos
correspondants ne se ralentit point; et nous continuons de recevoir de
toutes les parties de l'empire troubl, d'intressants documents.

Les trois premires photographies de cette page donnent une ide des
excs auxquels se livrent les antismites.

Deux sont prises  quelques heures d'intervalle dans la mme rue
d'Ismal, prs de Kichinef, en Bessarabie. Les pillards avaient d'abord
pass et emport tout ce qui pouvait constituer un butin profitable.

[Illustration: A SARATOF.--Vue intrieure de la synagogue pille et
incendie.]

Les incendiaires vinrent sur les talons des voleurs et mirent le feu.

La troisime photographie nous vient de Saratof, et montre ce qu'ont
fait de la synagogue les bandes furieuses en rage de reprsailles contre
ceux qu'ils considrent comme les instigateurs du mouvement
rvolutionnaire.

Notre dernire photographie, enfin, n'est pas la moins curieuse. Elle
donne une vue du premier Congrs gnral qu'aient tenu les dlgus des
paysans. Il a eu lieu  Moscou la semaine dernire. D'autres runions de
paysans des environs de Moscou avaient bien eu lieu cet t. Cette
assemble, du fait qu'elle runissait des dlgus de diffrentes
provinces, a une importance et une porte considrables, et les
rsolutions qui y ont t prises--une tend  la socialisation de la
terre, une autre dclare nuls les emprunts d'tat contracts aprs le 23
novembre--montrent que le moujik s'organise, et sait ce qu'il veut.

[Illustration: A MOSCOU.--Le premier Congrs gnral des dlgus du
Corps des paysans.--_Phot. Smirnof_.]



LES NOUVELLES BALLES

BALLES ALLEMANDE (1905).--BALLES FRANAISE (1898)

Depuis l'introduction, dans notre arme, de la balle D qui donnait au
fusil 1886 (fusil Lebel) tous les avantages des fusils de _trs petit_
calibre adopts en Italie, au Japon et dans d'autres pays, l'infanterie
allemande, qui avait conserv sa cartouche 1888, se trouvait, par
rapport  l'infanterie franaise, dans un tat d'infriorit notable.
Aussi les spcialistes allemands cherchaient-ils avec persistance un
projectile qui rendt  leur fusil 1898 son ancien rang. C'est le
rsultat qu'ils viennent enfin d'atteindre.

La nouvelle balle allemande porte le nom de balle S, de l'initiale du
mot _Spitzgeschoss_ (projectile  pointe). Elle prsente, en effet, au
lieu de la forme en ogive mousse de la balle 1888 (fig. b), une forme
trs allonge, presque conique, avec un mplat imperceptible (fig. c).
Alors que dans les projectiles ordinaires de l'infanterie ou de
l'artillerie la pointe constitue habituellement le tiers au plus de la
hauteur, dans la balle S la pointe s'tend sur plus de la moiti de la
longueur totale (1). C'est l une rvolution complte dans la forme des
projectiles; c'est mme la _faillite_ de l'ancienne balistique.

[Illustration: Fig. a. Fig. b. Fig. c.
Balle Lebel Balle allemande Balle S, nouvelle (1886). (1888). balle
allemande.]

On enseignait jadis fort longuement (et l'on enseigne probablement
encore), dans les cours de toutes les coles militaires de tous les pays
du monde, que la meilleure forme avant  donner aussi bien aux balles
qu'aux obus tait une ogive d'une hauteur gale au diamtre du
projectile, ogive tronque  l'avant par un mplat. Telle tait, par
exemple, la forme donne  la balle 1886-1893 de notre fusil actuel,
balle ogivale  mplat de 4 millimtres (fig. a). Telle tait galement,
 peu de chose prs, la forme de la balle 1888 allemande (fig. b),
celle-ci ne diffrant de l'ancienne balle franaise que par l'arrondi de
la partie antrieure. Au reste,  part cette lgre modification, la
balle allemande tait identique  la ntre comme calibre, longueur et
poids, si bien que, le trac intrieur des deux armes tant aussi le
mme, les deux fusils se trouvaient tout  fait quivalents au point de
vue du tir.

Cet tat de choses s'tait modifi il y a quelques annes, quand nous
avions adopt la balle D. Celle-ci est une balle de cuivre bi-ogivale,
c'est--dire trs pointue  l'avant et de forme lgrement fuyante 
l'arrire (2). Bien que notablement plus longue que notre ancienne balle
1886-1893, en plomb chemis de maillechort, elle est sensiblement plus
lgre que cette dernire, en raison de la densit moins grande du mtal
qui la constitue. Toutefois, contrairement aux anciens principes de la
balistique, qui voulaient des balles en mtal trs lourd, elle conserve
mieux sa vitesse dans l'air et sa trajectoire est beaucoup plus tendue
que celle de la balle qui l'a prcde.

On peut d'ailleurs juger des progrs raliss depuis quarante ans, en ce
qui concerne la tension des trajectoires, par la figure d. Celle-ci
reprsente  la mme chelle, et pour la distance de 1.000 mtres, les
trajectoires des fusils 1866 (Chassepot) et 1874 (Gras), ainsi que la
trajectoire commune au fusil 1886 (Lebel) et aux fusils allemands 1888
et 1898. Or les deux premires s'lvent jusqu' 17 ou 18 mtres, tandis
que la dernire ne dpasse pas 10 mtres. Quant au progrs ralis par
la balle S elle-mme, on l'apprciera sur la figure e, qui reprsente,
pour la distance de 700 mtres, la trajectoire du fusil 1886 (Lebel) et
des fusils allemands 1888 et 1898 comparativement avec celle du fusil
1898 tirant la nouvelle balle. La premire s'lve en effet deux fois
plus (3m,80) que la seconde (1m,85), ce qui lui donne une zone
dangereuse beaucoup moins tendue.

(1) On a prtendu aussi que le culot de la balle S tait arrondi au lieu
d'tre coup d'querre (voir la ligne pointille de la fig. e), mais
nous croyons que la balle ainsi tablie tait une simple balle
d'exprience et non la balle dfinitivement adopte en Allemagne, et
brevete depuis plusieurs mois par la _Deutsche Waffen und Munitions
fabriken_.

(2) Par un sentiment de rserve que l'on comprendra facilement, et bien
que le secret encore conserv sur la balle D soit, depuis longtemps, le
_secret de Polichinelle_, nous nous abstenons de donner le dessin de ce
projectile.

[Illustration: Fig. d.--Aplatissement progressif des trajectoires.]

[Illustration: Fig. e.--Trajectoires du fusil 1898 allemand avec
l'ancienne balle et avec la nouvelle.]

Il ne sera peut-tre pas inutile ici, puisque nous venons d'crire ce
mot, de dfinir ce qu'on appelle, en langage technique, la _zone
dangereuse_: c'est la zone dans laquelle la balle se rapproche
suffisamment du sol pour frapper un homme dtaille ordinaire (lm,70) et
o, par suite, elle devient dangereuse.

Nous allons claircir par un exemple ce que cette dfinition peut avoir
d'obscur:

Considrons sur la figure f la trajectoire de 600 mtres de la balle D.
On voit que cette trajectoire s'lve seulement  lm,70 au-dessus du
terrain horizontal.

[Illustration: du fusil franais avec la balle D. Fig. f.--Zones
dangereuses du fusil allemand avec la balle S.]

Par consquent, depuis l'endroit o la balle est lance jusqu' celui o
elle vient toucher le sol, 600 mtres plus loin, elle peut atteindre un
homme de lm,70. On dit alors que la _zone dangereuse_ est de 600 mtres.

Avant l'adoption de cette balle, notre fusil actuel n'avait qu'une zone
dangereuse de 500 mtres, c'est--dire que l'infanterie ne pouvait
battre _d'une faon continue_ le terrain situ en avant de son front que
jusqu' la distance de 500 mtres.

La balle S allemande a une zone dangereuse encore plus considrable qui,
pour un homme debout, atteint environ 675 mtres, comme le montre la
partie infrieure de la figure f. Pour un tireur  genou, cette zone
dangereuse est encore de 500 mtres et, pour un tireur couch, elle
s'lve au chiffre inattendu de 270 mtres. Cette balle est donc
sensiblement suprieure  la ntre, ce qui n'a rien d'extraordinaire,
car elle est venue bien aprs et les Allemands ont pu ainsi profiter du
rsultat de nos recherches.

Ajoutons encore quelques dtails: la balle S allemande possde une
chemise en acier nickel qui ressemble _extrieurement_  la chemise en
maillechort de notre ancienne balle, mais qui est beaucoup plus
rsistante de faon  ne point s'arracher dans le canon. Elle est
_beaucoup_ plus lgre (10 gr.) que l'ancienne balle allemande (14 gr 7)
et, de plus, elle est lance par une charge de poudre notablement plus
forte que celle de la balle 1888. Pour ces deux raisons, elle sort de
l'arme avec la vitesse initiale extrmement considrable de 860 mtres
par seconde, au lieu des 620 mtres que possdaient l'ancienne balle
1888 allemande et notre balle 1886 elle-mme. La balle D, qui est
seulement un peu moins lourde que la balle 1886, possde de son ct une
vitesse peu infrieure  700 mtres, grce  l'emploi d'une charge de
poudre plus forte. Elle a donc une vitesse plus rduite que la balle S;
mais, en raison de son poids, elle triomphe plus facilement de la
rsistance de l'air et conserve un peu mieux sa vitesse, ce qui rtablit
l'quilibre dans une certaine mesure.

Toutefois, contrairement  ce que l'on pourrait croire et  ce
qu'enseignait jadis la balistique, la balle S ne souffre pas trop de sa
lgret et elle conserve sa supriorit sur l'ancienne balle allemande,
non seulement  2.000 mtres, mais jusqu' la distance invraisemblable
de 4.000 mtres.

Quant  la _prcision_ du tir, bien loin d'avoir t atteinte par
l'allgement de la balle, comme nous le prchaient jusqu'ici les
balisticiens vieux jeu, elle a t augmente dans la proportion de 5  7
environ.

C'est l un rsultat qu'on avait dj constat en France avec la balle
D, la justesse variant dans ce cas, comme la tension de la trajectoire.

D'autre part, la _pntration_ s'est fortement accrue. C'est ainsi que
la balle S tire dans le bois de pin  400 mtres s'enfonce de 80 cent,
au lieu de 45  800 35--25  1.800 10--5

A 350 mtres, elle traverse 7 millimtres de fer.

Dans le sable ou dans la terre, elle s'enfonce de 90 centimtres au
maximum.

Enfin la balle S traverse nettement un mur d'une brique d'paisseur (22
cent, environ), c'est--dire qu'elle traverse une brique _en long_. Les
murs de clture ordinaire ne se trouvent donc plus  l'preuve de la
balle, ce qui ne manquera pas de donner lieu  des surprises parfois
dsagrables. On sera atteint derrire un mur, comme derrire un gros
arbre, du moins aux distances infrieures  400 mtres.

Ajoutons que, la nouvelle cartouche allemande pesant de 4  5 grammes de
moins que la cartouche en service jusqu' ce jour, l'approvisionnement
en munitions du fantassin allemand peut tre augment d'un quart (150
cartouches au lieu de 120), ce qui constitue un nouvel et prcieux
avantage.

En rsum, l'arme allemande vient de faire avec la balle S un progrs
technique des plus srieux, progrs qui laisse derrire lui celui que
nous avions accompli nous-mmes. C'est l un fait qui mrite d'tre
apprci  sa juste valeur, surtout aprs les loges dithyrambiques
jadis consacrs  la balle D.

Il y a deux ans seulement, nous avions, au point de vue technique, une
supriorit notable sur l'arme allemande avec la balle D et le canon de
75  tir rapide; cette supriorit tait mme assez accentue pour faire
quelque peu hsiter nos voisins de l'Est devant l'hypothse d'une
agression possible. Aujourd'hui, la balle allemande est meilleure que la
ntre; les Allemands achvent de construire un matriel d'artillerie 
tir rapide qui sera presque l'quivalent du ntre et qui aura sur ce
dernier une supriorit numrique de prs de moiti (1); enfin ils
disposent d'une artillerie lourde  tir rapide _que nous n'avons pas
encore_. Il semble qu'il y ait l une situation de nature  proccuper
tous ceux qui ont la responsabilit de notre dfense nationale.

L. S.

N.-B.--Les renseignements qui prcdent sont extraits du _Manuel de tir
de l'infanterie allemande (Schiessvorschrift fur die infanterie)_,
document officiel approuv par l'empereur Guillaume le 2 novembre 1905.
Il parat par suite difficile d'en contester la valeur.

Note 1: Voir dans _L'Illustration_ du 30 septembre 1905, l'article sur le
Nouveau canon allemand.

On ne peut d'autre part se dispenser de signaler le fait que le ministre
de la Guerre allemand, gnral von Einem, ait jug bon de porter  la
connaissance de toute l'arme des renseignements trs tendus concernant
la nouvelle balle. Il a voulu, sans aucun doute, par cette divulgation
si en dehors des usages habituels de l'arme allemande, rassurer les
esprits en montrant toute l'tendue du progrs qui vient d'tre
accompli.



[Illustration: Le port. Vieille forteresse construite par les Gnois. Vue
gnrale de Mitylne].

LA DMONSTRATION DE MITYLNE

Le gouvernement ottoman ayant refus d'accepter le contrle financier
que les grandes puissances europennes, d'un commun accord, jugeaient
ncessaire d'tablir en Macdoine, les divers tats intresss ont
dcid de recourir, pour l'y contraindre,  une dmonstration navale
collective. L'Allemagne, quoique dclarant hautement s'associer  cette
manifestation, s'est excuse de ne pouvoir envoyer aucun de ses bateaux
joindre l'escadre internationale; elle a prtext qu'elle n'avait, dans
la Mditerrane, nul navire de guerre. La force navale qui s'est runie
au Pire, pour, de l, aller bloquer Mitylne, est donc compose, en
principal, des navires franais _Charlemagne_ et _Dard_; de navires
russes, anglais, italiens et autrichiens. Le vice-amiral Ripper, de la
marine autrichienne, est investi du commandement de l'expdition.

Partie le 26 novembre du Pire, l'escadre internationale a mouill
quelques heures plus tard devant Mitylne. Le 28, des dtachements des
quipages des diverses nationalits, au nombre de 400 hommes en tout,
dbarquaient sans rencontrer aucune autre rsistance qu'une protestation
diplomatique du gouverneur et occupaient la douane et le tlgraphe.

[Illustration: Bombes dcouvertes dans l'htel allemand Kroecker, sous
le grand escalier.]

[Illustration: Bombes dcouvertes au cercle d'Orient, frquent par
les reprsentants des puissances trangres  Constantinople. (La petite
pse 8 kilogrammes; la grosse, 50 kilogrammes.)]

On se souvient qu'en 1901 dj, lors de l'incident franco-turc auquel
avait donn lieu le rglement des crances Tubini-Lorando, c'est
galement sur Mitylne que s'tait dirige la flotte de l'amiral
Caillard. C'est l'une des les les plus riches de l'Archipel, l'ancienne
Lesbos, la patrie de la potesse Sapho. Elle fut fortifie au moyen ge.
Mais de ses remparts il ne demeure que des dbris. Sa capitale, Mitylne
ou Mtelin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement
btie en amphithtre, au-dessus d'un port peu sr,  cause de son
manque de profondeur. Mais l'le a deux autres ports, Kalloni et les
Oliviers, vritables mers intrieures, qui sont d'admirables abris pour
les navires.

Cette action contre Mitylne n'a d'ailleurs pas suffi et,
ultrieurement, l'escadre a d occuper une autre le, Lemnos.



LA DYNAMITE A CONSTANTINOPLE

L'attentat dirig, le 21 juillet, contre le sultan Abdul-Hamid, a t,
en quelque sorte, le signal d'une recrudescence de l'agitation
armnienne, et la commission d'enqute constitue, aussitt, sous la
prsidence de Nedjib Pacha Melham, pour instruire l'affaire et
rechercher les coupables, s'est trouve en prsence d'une besogne aussi
complique que difficile.

[Illustration: Garabet Vartanian Ohanns Arfarian.]

DEUX DES ARMNIENS CONDAMNS A MORT

Elle manquait de tout indice susceptible de la mettre sur la trace des
coupables. On avait pourtant ramass, sur le lieu de l'explosion, un
morceau de fer provenant d'une voiture et portant, estamp, le numro
1507. Ce fut suffisant pour permettre de retrouver la ville d'origine de
la voiture qui avait apport l'engin, puis le propritaire du vhicule.

Ce fut enfin la clef de l'enqute. Mais  peine la commission avait-elle
commenc ses travaux, peu de jours aprs l'attentat d'Yildiz Kiosk,
qu'un Armnien rcemment arriv d'Amrique, Vartanian, tuait  coups de
revolver, comme on se le rappelle, le banquier Apik Effendi Oundjian,
qui avait refus des subsides aux rvolutionnaires. Vartanian fut
arrt. Son revolver tait semblable  celui d'un de ses compatriotes,
venant galement d'Amrique et inculp dans l'affaire de la bombe
Arfarian. On eut la preuve qu'ils avaient t arms tous deux par le
mme Comit, la preuve du complot.

Le champ des investigations se prcisa.

Des perquisitions faites  Constantinople firent dcouvrir de nombreuses
bombes, surtout dans le quartier europen. L'une, saisie au cercle
d'Orient, rendez-vous du monde diplomatique, et qui, hrisse de
pointes, prsentait l'aspect d'un norme marron, pesait 50 kilogrammes.
Dans une seule maison, l'htel allemand Kroecker, on recueillit douze
engins.

Aprs Vartanian et Arfarian, d'autres Armniens furent arrts. Tous ont
t condamns  mort. On mit galement la main sur un Belge, Jauris,
considr comme complice de l'attentat contre le sultan. La lgation de
Belgique refusait de le laisser juger par les tribunaux turcs. Son
procs vient pourtant de commencer. Mais on n'a pu se saisir de l'auteur
principal de l'attentat, un Armnien russe connu sous le pseudonyme de
Ripps.



[Illustration: LES BOUES LUMINEUSES DU PLATEAU DES MINQUIERS 1. Le
bateau des Ponts et chausses accostant la boue pour la charger.--2.
Commencement de l'opration de chargement.--3. L'opration termine,
l'homme rentre  bord.--4. L'_Augustin-Fresnel_, bateau spcial des
Ponts et chausses.--5. Les rservoirs de gaz d'huile  bord de
l'_Augustin-Fresnel_--6. Une boue  sec dans le parc des
Minquiers.--7. En mer, la nuit.--_Voir l'article, page 399._]



VERTIGE MODERNE
Dessin de Georges Scott.



[Illustration: Deux blue-jackets un peu gais.]

[Illustration: Les marins de l'escadre britannique d'Extrme-Orient se
dirigeant de la gare de Shimbashi vers le parc de Hibya.]

LES FTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO

Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait
mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une dmonstration
pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concerte
d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les quipages dbarqurent
 Yokohama, d'o des trains spciaux les conduisirent par groupes
successifs  Tokio. Leur visite fut l'occasion de rjouissances varices;
ce n'taient partout que pavoisements aux couleurs accouples des deux
nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de
bienvenue: _Welcome_; on avait organise notamment, au parc de Hibya--
peu prs l'quivalent de notre jardin des Tuileries--une sorte de
grande kermesse: thtres en plein vent, vastes tentes  l'abri
desquelles les _blue-jackets_ fraternisaient, le verre en main, avec
leurs camarades japonais, la bire, peut-tre aussi quelques autres
breuvages, coulant  discrtion et gratis. En outre, pour ajouter un
charme  la fte, la municipalit n'avait pas craint de rquisitionner
extraordinairement tout un bataillon de _geishas_, personnes plutt
lgres, n'ayant point coutume de se montrer en public.

C'est ainsi que l'on put voir des matelots, mme des officiers, agitant
de petits drapeaux de papier, se balader  travers les rues de la
capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant clbr
l'alliance par de trop copieuses libations, bourlinguaient fortement
et allrent chouer  l'ambulance que la dlicate et prvoyante
sollicitude de leurs htes avait amnage pour un cas qui, d'ailleurs,
n'tait pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, tmoins de
cette mmorable borde.

[Illustration: Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les
rues de Tokio]



Les gagnants: M. et Mme Franois Gelper, M. Georges Messing.

LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE

Les heureux gagnants du deuxime million de la loterie de la Presse, M.
Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur,
blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frre, ouvrier peintre,
habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus troite des ruelles,
la plus petite des maisons. C'taient de pauvres gens, mais de vraiment
braves gens, trs travailleurs et trs conomes, dont le premier souci,
 la nouvelle de leur fortune inespre, fut d'en affecter une large
partie  leurs parents moins favoriss du sort, si bien que ce second
million, loin de ne profiter qu' un seul, va faire le bonheur d'une
famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!

M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable
accueil, et c'est trs gracieusement qu'ils ont reu l'envoy spcial de
_L'Illustration_ que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez
qui ils avaient achet le billet gagnant), avaient bien voulu conduire
auprs d'eux, le soir mme de ce 1er dcembre qui faisait de ces
modestes ouvriers les clbrits du jour. Ils taient alors en pleine
joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants
s'taient runis pour fter la bonne aubaine et buvaient  la sant des
millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'tait, dans un
estaminet voisin, un bal qui, pour avoir t improvis en quelques
instants, n'en tait que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de
bonne grce, M. Messing, s'arrachant aux poignes de main amies, nous
conduisit visiter son thtre de marionnettes, cr et construit par
lui, o, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du
quartier des reprsentations trs rputes parmi cette jeunesse.

C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en
prlevant peu  peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains
journaliers, ce billet n 9606 de la 36e srie, qui devait leur
rapporter une si considrable fortune. Ils comptent vivre trs
tranquillement  Lille, dans leur mme quartier; leur plus grand bonheur
est de ne plus tre assujettis aux alas de mtiers pnibles, et leur
plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.

[Illustration: M. Georges Messing sur la scne de son petit thtre de
marionnettes.]

[Illustration: Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: alle de la
Vieille-Aventure,  Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitt pos
l'criteau: A LOUER.)]



[Illustration: La maison de M. Thiers, place Saint-Georges,  Paris:
aspect actuel.]

[Illustration: La maison de M. Thiers pendant sa dmolition sous la
Commune.]

[Illustration: Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers,
place Saint-Georges, pendant la Commune.]

LA MAISON DE M. THIERS

Mlle Dosne, devenue hritire des biens de M. Thiers, il y a une
vingtaine d'annes, aprs la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme
d'tat, vient de faire don  l'Institut de France de l'htel qu'habitait
 Paris, lorsqu'il eut quitt le pouvoir, l'ancien prsident de la
Rpublique.

Cette maison, portant le numro 27 de la place Saint-Georges, s'lve,
entre cour et jardin, sur remplacement mme de celle o rsida longtemps
l'auteur de _l'Histoire du Consulat et de l'Empire_ avant l'poque de la
Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mmorables circonstances.
A la date du 10 mai 1871, le comit de Salut public du gouvernement
insurrectionnel, protestant contre les mesures de rpression ordonnes
de Versailles par le chef du pouvoir excutif de la Rpublique
franaise, prenait un arrt ainsi conu:

Article premier: Les biens meubles des proprits de Thiers seront
saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La
maison de Thiers, situe place Saint-Georges, sera rase.--Art. 3: Les
citoyens Fontaine, dlgu aux Domaines, et J. Andrieu, dlgu aux
Services publics, sont charges de l'excution immdiate du prsent
arrt.

Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans dlai. Mais, ds le
27 mai, la Commune vaincue, l'Assemble nationale, sur un rapport de M.
Wallon, votait  l'unanimit la rdification, aux frais de la nation,
de la maison dmolie.



LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER

Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait
runis dans son htel de la rue de Lisbonne, ont t disperss cette
semaine au vont des enchres, en deux vacations, diriges par M.
Lair-Dubreuil, commissaire-priseur.

Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pices
marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer
que nos choix avaient t judicieux.

_Le Billet doux_, par Fragonard, que M. Cronier avait achet 110.000
francs et dont on demandait 200.000 francs, est rest  deux marchands
pour 420.000 francs; _le Volant_, par Chardin, a t acquis moyennant
140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; _le Lorgneur_, achet
par M. Marne, est mont seulement  6.500 francs, les experts n'ayant
plus os affirmer qu'il tait de Watteau.

Du _Portrait de la comtesse de Coventry_, pastel de La Tour, on donne
72.000 francs. Le spirituel et souriant _Portrait du graveur Schmidt_,
autre pastel du mme matre, que le prince Demidof paya 4.150 francs en
1879, est adjug  M. Veil-Picard pour 77.000 francs. _La Liseuse_, de
Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte  182.000 francs.

_Le Printemps_, de Diaz, est adjug  50.000 francs; le Troyon, _Vache 
la lisire d'un bois_,  40.100 francs; _le Ptre_, de Corot,  47.000
francs; _la Mare_, de Jules Dupr,  60.100 francs. Avec l'cole
anglaise, on a eu quelques dceptions. Le _Portrait prsum de sir John
Campbell_, de Gainsborough, est bien mont  65.000 francs; le _Portrait
de miss Day_, par Lawrence,  43.000 francs; _la Jeune Laitire_, bien
qu'on ne garantt plus qu'il ft bien de Romney,  30.000 francs. Mais
le Reynolds du catalogue, _Esquisse du portrait de lady Stanhope_,
attribu au peintre, tait pay seulement 10.000 francs. La gouache
intitule _Mditation_, vendue comme oeuvre de l'cole anglaise et non
plus de Gainsborough, tait pourtant pousse jusqu' 65.000 francs.
Qu'et-ce t d'un Gainsborough?

Quant aux deux tapisseries, le panneau de _l'Histoire de Don Quichotte_,
excut aux Gobelins d'aprs les cartons de Coypel, a t pay 200.000
francs, et le panneau de Beauvais, d'aprs Boucher, _Psych montrant ses
joyaux  ses soeurs_, 300.000 francs.

En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs!

[Illustration: LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER A LA GALERIE GEORGES
PETIT.--A quatre cent mille!... _Le Billet doux_, de Fragonard!...--On
demande  voir!... _Le Billet doux_, de Fragonard, a t adjug 420.000
francs, auxquels il faut ajouter 42.000 francs de frais  la charge de
l'acqureur.]



LIVRES NOUVEAUX

_Romans._

Par son titre: _Pom-Prune_, le livre de M. Paul Guiraud (Albin
Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la
fantaisie. En ralit, ce livre est un roman de moeurs et de caractres,
trs srieux, trs tudi, et Pom-Prune n'est que le sobriquet du
principal personnage. La purilit mme de ce surnom familier, datant de
son enfance, contraste d'une faon singulirement ironique avec la
condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions
publiques auxquelles il doit s'lever, la dbcle tragique o il est
destin  sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se
succdent, comdie ou drame, des scnes mouvementes de la vie de
province, mettant en jeu passions politiques, luttes lectorales,
intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et,
vraisemblablement, d'aprs nature. Des personnages qui n'existrent
jamais autrement que dans l'imagination d'ingnieux escrocs et l'esprit
crdule de peu sympathiques cranciers, mais auxquels, grce  la
procdure d'un procs fictif, la paperasserie de justice donne une
apparence de vie, tels sont les _Bonshommes en papier_ (Fasquelle, 3 fr.
50), autour desquels volue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une
intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse tude des
scribes de ministres et autres _papyrocphales_. A signaler aussi le
rcit bien vivant d'une soire de contrat dans certain fameux htel
de... la rue de la Pompe o sont runis, autour de la grande Irne, les
principaux acteurs de la plus grande duperie du sicle.

Jusqu'ici, dans les romans, on nous a prsent des mcontents de l'ordre
social sous un aspect plutt maussade. Trop souvent, on leur a donn un
visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles
Gniaux s'est avis de rompre avec la convention. Son _Homme de peine_
(Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un rvolt joyeux! Parce qu'il est
disgraci, affam et mme battu, Goulot ne se croit pas oblig de perdre
sa bonne humeur native et c'est avec une gaiet cynique--peu
communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promne son
existence tourmente  travers une Bretagne misrable et poignante.

Une jolie crature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache
vaillamment les prjugs d'une socit de hobereaux de province, telle
est _Mademoiselle Nouveau-Jeu_ (Juven, 3 fr. 50), l'hrone du roman de
M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles,
surtout, consacres aux trois pauvres petites soeurs bleues, des
enfants tonnes, confiantes, sans dfense contre la vie, voues au bleu
jusqu'au mariage par une mre attendrissante et purile.

Une amourette, qui se droule avec un gracieux hrosme parmi les phases
d'un complot, telle est _l'Idylle dans un drame_ (Mame, 3 fr.), que
publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garonnet, fils d'un
ex-colonel de la garde impriale, et une fillette dont les parents,
anciens migrs, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il
est foment, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques,
puisque perscuts, malheureux et frondeurs.

De l'aveu et par la volont de l'auteur, M. Gabriel Faure, _l'Amour sous
les lauriers-roses_--le joli titre!--est un roman qui n'est qu'un roman
(Fasquelle, 3 fr. 50). Dans ce livre, aucune tude philosophique,
psychologique, historique ou sociale. Mais, seulement, une intrigue
fine, dlicate, sensuelle, dont les rives du lac de Cme et les jardins
de Bellagio constituent les voluptueux dcors.

M. Paul Bertnay--l'auteur de _Jusqu'aux toiles_--dont nos lecteurs ont
pu rcemment encore apprcier le fin talent, vient de publier en
librairie _la Buissonnire_ (Tallandier, 3 fr. 50), un autre roman dont
_L'Illustration_ eut la primeur, et dans lequel l'auteur a donn tant de
charme vaillant  un personnage de jeune fille et tant de grce
spirituelle  un personnage de jeune femme.

_Auteurs gais_.

Vingt nouvelles trs courtes, dont la premire, _Dtails sur mon
suicide_, prte son titre au volume (Flammarion, 3 fr. 50), composent le
rcent apport de MM. Max et Alex Fischer  la collection des auteurs
gais. Il s'agit, bien entendu, d'un suicide pour rire, et le reste non
plus n'engendre pas la mlancolie. La verve humoristique de ces
fantaisistes jumeaux, dj justement rputs en leur genre, a ceci de
particulier qu'elle sait atteindre aux limites extrmes de la
bouffonnerie sans rien perdre de sa finesse ni de sa lgret. Un style
concis, rapide, incisif, de qualit vraiment littraire, ajoute encore 
l'attrait de ces petits contes pleins d'observation et de philosophie,
sous leur forme paradoxale.

_Histoire._

Le comte de Gobineau--dont le nom fut ml  de rcentes
polmiques--avait, aux deux ples de sa brillante carrire de diplomate,
de penseur et d'crivain, consacr deux tudes aux destines de la
Grce. Ce sont ces _Deux tudes sur la Grce moderne_ (Plon, 3 fr. 50),
l'une mettant en relief la haute figure de Capo d'Istria, l'autre
plaidant la cause des Hellnes dans le remaniement de la carte d'Orient,
qu'un diteur avis vient de runir en un seul volume.

Le livre du comte de Gobineau prendra une bonne place parmi les ouvrages
qui, cette anne, ont trait du problme oriental et parmi lesquels nous
citerons: _la Question d'Orient dans l'histoire contemporaine,
1821-1905_ (Dujarric. 4 fr.), l'ouvrage d'ensemble net et complet de M.
Albric Cahuet sur la matire.

La France et l'Italie sont maintenant les meilleures amies du monde.
C'est bien entendu. Cependant, on n'a pas encore oubli au prix de quels
efforts diplomatiques la froideur prolonge de jadis entre les deux
nations s'est transforme en la vive sympathie d'aujourd'hui. C'est
l'histoire des annes troubles, des annes de froissements politiques,
sous l'influence de Crispi et d'antagonisme conomique, que, dans son
remarquable ouvrage, _la France et l'Italie, 1881-1899_ (Plon, 2 vol.,
15 fr), M. A. Billot nous prsente. M. A. Billot tait ambassadeur 
Rome pendant les annes troubles. C'est donc avec la plus autorise des
comptences que son livre est crit.

Dans un livre fort agrable  lire, _les Derniers Rpublicains_ (Victor
Havard, 3 fr. 50), M. Guillaumin nous rappelle les gestes et analyse les
convictions des gnraux Pichegru, Simon, Delmas, Monnier et Humbert,
qui--Pichegru except--furent, en quelque sorte, les demi-solde
rpublicains du Consulat et de l'Empire.

Dans son nouvel ouvrage sur les origines du Paris moderne, _Paris sous
Napolon: administration et grands travaux_ (Plon, 5 fr.), M. L. Lanzac
de Laborie ne se contente pas de tracer un fidle tableau des
transformations de la capitale sous le premier Empire. Il s'attache
galement  nous donner la physionomie exacte des rues, quartiers,
thtres, cafs, lieux de public et lieux de plaisir o se mouvait la
socit d'alors.

_Littrature_.

En crivant son _Histoire de la littrature franaise, 900-1900_
(Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Lo Claretie n'a pas eu l'intention de
nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lyces,
l'histoire de la littrature, de Malherbe  Hugo, doit--disent les
programmes--tre acheve en seize heures. Il en rsulte que, d'aprs le
plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littraires ont t
conues, beaucoup d'crivains de second ordre, mais dignes, nanmoins,
de souvenir, ont t traditionnellement ngligs. M. Lo Claretie s'est
efforc de rparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement
illustr de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms trs
clbres ceux dont le seul dmrite est de n'avoir pas figur sur les
programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire.

Qu'il s'agisse de littrature, de journalisme, de travaux divers, ou
simplement de correspondance pistolaire, quiconque crit--professionnel
ou non--connat la difficult du _qualificatif_. Bien souvent, celui qui
conviendrait pour la proprit, la prcision, la nuance, ne se prsente
pas du premier coup; on le cherche, il se drobe sous la plume et,
parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolong. C'est 
rduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingni en
composant un _Dictionnaire des qualificatifs classs par analogie_
(Delagrave, 2 fr.). Aide-mmoire prcieux, indicateur suggestif, son
petit livre est de ceux que leur utilit constante doit placer  porte
de la main.

_Questions d'actualit._

Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et rcentes, l'empereur
Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins
celui dont,  l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers
ouvrages, rcemment clos, nous ont initis aux singularits
authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John
Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus  la
liste de ces livres rvlateurs. _Lui_ (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est
Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est
un nouveau et trs heureux numro de la srie humoristique que M. J.
Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands.
Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la
caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend sditieuse.
Et peut-tre, aprs tout, n'est-ce point l un paradoxe!

Dans un volume in-8 de prs de six cents pages, _le Prsident mile
Loubet et ses prdcesseurs, trente-cinq annes de rpublique_ (Jurai,
15 fr.), M. Henri Avenel a rsum non seulement l'histoire du septennat
qui touche  son terme, mais encore celle des prcdentes magistratures
prsidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un
prcis trs complet de nos annales politiques depuis l'avnement de la
troisime Rpublique jusqu' l'heure actuelle. Des tables fort bien
faites le rendent ais  consulter et le texte en est abondamment
illustr de portraits et de gravures fixant le souvenir des vnements
notoires.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES EFFETS D'UNE TROMBE.

Le 4 juillet dernier, une trombe a ravag les environs de Cravant, prs
de Beaugency. M. Maillard vient de signaler quelques-uns des curieux
effets de ce phnomne atmosphrique, qui s'est accompagn d'une
dpression baromtrique trs forte au centre du tourbillon. Dans une
cuisine, le carrelage s'est soulev en dos d'ne. Ailleurs, dans un
grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a t jete  un mtre
de distance. Une petite pice, dans le haut d'une habitation, a
littralement clat comme le fait une vessie pleine d'air sous la
cloche pneumatique: ses cloisons se sont creves et brises, la pression
 l'intrieur tant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu du mme
principe, des vitres de chambres closes se sont brises de dedans en
dehors. On a remarqu un fait qui,  premire vue, semble tonnant, mais
qui, si l'on y rflchit, est trs naturel: c'est que les toitures les
plus solides ont t les plus prouves. Les toitures formes d'ardoises
ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas souffert apprciablement:
en effet, les ardoises ou tuiles, en se soulevant lgrement, aspires
par la dpression extrieure, ou plutt souleves par la pression
intrieure, ont permis  la pression intrieure de se mettre en
quilibre avec l'extrieure; les toitures neuves, solides, totalement
appuyes et n'ayant pas de jeu, ont t enleves tout d'une pice, au
contraire. C'est qu'elles manquaient de jeu, c'est qu'elles mettaient
obstacle  l'tablissement de l'quilibre: elles ont clat comme les
murs ou les vitres cits plus haut, et ont t enleves. Dans les champs
on a observ aussi de singuliers effets. Un champ d'avoine a t
totalement priv de son grain. Les tiges sont restes en place, amarres
par les racines; mais les grains, moins solidement attachs aux tiges,
ont t enlevs, comme si un peigne y avait pass. Cet effet de happage
est d  un violent courant d'air ascendant.

LE SOUFRE DE LA LOUISIANE.

Il y a une vingtaine d'annes, des sondages effectus en Louisiane, prs
du lac Charles, dans l'espoir de dcouvrir du ptrole, rvlrent un
gisement de soufre d'environ 35 mtres d'paisseur  140 mtres de la
surface du sol. Pour l'atteindre, il fallait traverser une nappe
aquifre et des sables boulants; quatre compagnies essayrent
successivement de vaincre ces difficults et se ruinrent.

En 1891, M. Frasch imagina un procd aussi bizarre qu'audacieux. On
fore jusqu' la partie infrieure du gisement un trou qu'on munit d'un
tubage de 254 millimtres de diamtre s'arrtant  la partie suprieure
du gisement. Dans ce premier tube on en place trois autres qui
descendent presque au fond du trou de sonde et prsentent des diamtres
respectifs de 152, 76 et 25 millimtres. Les intervalles entre ces
quatre tubes forment donc trois couronnes.

Par la couronne extrieure on lance de l'eau sous pression suffisante
pour atteindre la temprature de 330 centigrades: le soufre, fusible 
110, monte dans la couronne intermdiaire par suite de la pression de
l'eau. On envoie de l'air comprim par le petit tube central, et le
soufre liquide, se mlangeant de bulles d'air, est refoul dans la
couronne centrale, formant une colonne de densit infrieure  celle du
soufre liquide et de l'eau, ce qui lui permet d'arriver  l'air libre.
Le soufre sort ainsi du sol, tout raffin, avec un degr de puret de
99,6%.

La richesse du gisement actuellement reconnu est value  40 millions
de tonnes.

La production de la mine, qui tait de 100 tonnes par jour en 1902,
atteint aujourd'hui environ 1.000 tonnes, soit 350.000 tonnes par an. M.
Frasch vient de perfectionner une installation qui lui permettrait,
affirme-t-il, de produire 3.000 tonnes par jour. La consommation
mondiale du soufre se chiffre par 500.000 tonnes, dont la presque
totalit tait jusqu'ici produite par la Sicile (467.000 tonnes en
1902). Les tats-Unis en absorbent 150.000 tonnes. Par suite d'une
entente rcente entre les compagnies intresses, le soufre de la
Louisiane ne sera export que dans quelques rgions dtermines
d'Europe.

UN PRSENT DE M. LOUBET  LA REINE DE PORTUGAL.

[Illustration: Gerbe de roses en orfvrerie offerte par le prsident de
la Rpublique  la reine de Portugal.]

Le prsident de la Rpublique a pri le roi de Portugal de vouloir bien
offrir en son nom,  la reine Amlie, une gerbe de roses de France,
excute par Falize. Les fleurs, en bijouterie d'or et d'argent,
plongent leurs tiges dans un trs beau vase en cristal de Galle, mont
sur pied d'orfvrerie, portant, d'un ct, l'cusson royal au chiffre de
la reine; de l'autre, les armes de la Rpublique avec une banderole d'or
o est inscrite la ddicace: _mile Loubet, prsident de la Rpublique
franaise,  S. M. la reine Amlie de Portugal._

TRAINS DE BOIS SUR LE PACIFIQUE.

On se rappelle peut-tre que des spculateurs amricains avaient imagin
de recourir au flottage pour le transport des bois  travers les ocans.
Ils avaient calcul qu'en formant des radeaux reprsentant la charge de
vingt grands navires, il suffirait qu'un seul sur trois arrivt 
destination pour rendre le procd conomique. Le premier essai russit
exactement dans cette proportion; mais, contrairement aux prvisions,
les bois des radeaux disloqus, au lieu d'tre ports par le Gulf-Stream
vers les rivages antarctiques, arrivrent dans les parages des Aores.
Durant plusieurs mois, les navigateurs y furent exposs  se heurter 
d'innombrables troncs mesurant de 75 centimtres  2 mtres de diamtre,
et de 9 mtres  27 mtres de longueur. Ce mode de transport,  peu prs
abandonn sur la cte orientale des tats-Unis, est devenu assez usit
entre le Canada et San-Francisco, la proximit continuelle l'asschement
et la pche du lac d'Enghien de la cte en attnuant les risques pour
les exploiteurs... et pour les autres.

[Illustration: Un coup de filet ramenant 1.800 kilos de poisson.]

[Illustration: Le lac compltement assch.]

Un industriel, plus audacieux que tous ses devanciers, fait construire
en ce moment un radeau monstre que quatorze remorqueurs traneront sur
le Pacifique, des rives canadiennes aux ctes chinoises. Si ce fagot
se disloque en route, les accidents que ces paves pourront causer
seront compenss dans une certaine mesure par les nouvelles donnes
qu'elles fourniront sur la direction des courants. Elles pourront, en
outre, apporter la richesse  de nombreuses familles de pcheurs.

L'PAISSEUR DE LA GLACE EN SIBRIE.

On savait, d'aprs les observations de Middendorf, que l'paisseur de la
nappe de glace des lacs sibriens varie ordinairement entre lm,50 et
lm,80, sans dpasser jamais 2m,40. Le professeur Velikov vient de
communiquer le rsultat d'tudes faites, au mme point de vue, sur les
eaux courantes de la Russie d'Asie. Sur l'Ienisse, l'paisseur de glace
oscille entre 70 et 90 centimtres;  l'extrmit septentrionale de la
Sibrie, vers Bouloum et Rourskoy-Ousti, elle atteint 2 mtres et
2m,35. On cote seulement lm,80 sur la Yassa,  Verkhoyansk; ce point,
situ sous 67 30' de latitude, est pourtant voisin du ple froid de
l'ancien monde, et la temprature moyenne des trois mois d'hiver y varie
de -44  -48, s'abaissant parfois  -67.

Enfin, en Transbakalie, aux latitudes de Londres et de Hambourg (5130'
et 5335') on trouve d'un mtre  2m,35 de glace; l'paisseur crot trs
vite dans le haut bassin de l'Amour quand la neige fait dfaut. Pour
empcher la conglation complte des rivires peu profondes et sauver la
vie des poissons, les habitants du pays couvrent alors la glace de
branches de pin qui dterminent la formation de monceaux de neige
mettant la couche de glace  l'abri de la temprature extrieure.

LA PCHE DU LAC D'ENGHIEN.

Tous les cinq ans environ, on assche le lac d'Enghien pour procder au
curage du fond.

C'est l'occasion d'une grande pche, toujours fructueuse, car cette eau,
dont s'accommoderaient mal les truites, est trs favorable  la
multiplication des carpes, perches, anguilles et gardons. Il y a
quelques jours, le lac a t mis presque compltement  sec et il n'a
pas fallu moins de prs de trois semaines pour mener  bout cette
opration; en deux coups de filet, dans le chenal qui avait t laiss
plein d'eau, on a retir 3.400 kilos de poisson dont le frtillement
tait guett par de nombreux curieux.

L'HPITAL CLAUDE-BERNARD.

Le nouvel hpital lev  la porte d'Aubervilliers, et dont nous
donnions rcemment une vue d'ensemble, vient d'tre inaugur en prsence
de M. le prsident de la Rpublique. Il portera le nom d' hpital
Claude-Bernard!

Au cours de la visite des divers pavillons, on a fait remarquer  M.
mile Loubet  quel point l'installation en tait parfaite et quel soin
on avait pris de se conformer, dans les moindres dtails aux
prescriptions des hyginistes. C'est ainsi que l'air et la lumire
pntrent  flots par de larges baies dans toutes les salles chauffes 
la vapeur, et dont les murs, soigneusement laqus, ce qui permet de
frquents lessivages, partout sont arrondis dans les angles.

L'hpital Claude-Bernard est, de tout point, un hpital modle.

LES BOUES LUMINEUSES _Voir la gravure page 390._

Le rcent naufrage de l'_Hilda_, en vue de Saint-Malo, semble rsulter
surtout de l'impossibilit o se trouva le capitaine d'apercevoir, 
travers la brume, les feux de la rade et de reconnatre les rcifs qui
en gnent l'approche.

Pour parer  cette ventualit dangereuse, la marine entretient, en de
nombreux points voisins des ctes, de France, des feux flottants
destins  signaler les cueils par les temps o les projections
lumineuses du littoral ne peuvent les atteindre.

Le plateau des Minquiers, massif de rochers fort dangereux, situ
prcisment dans le golfe de Saint-Malo, tait jadis signal par un
bateau-feu comportant un quipage et devant tre ravitaill tous les dix
ou quinze jours. Ce bateau a t remplac par cinq boues lumineuses qui
peuvent fonctionner, abandonnes  elles-mmes, durant trois mois. En
fait, cependant, on les recharge  peu prs aussi souvent qu'on
ravitaillait le bateau-feu: on se borne  attendre une mer calme pour
aborder  ces rochers, dont l'accs, fort difficile par les gros temps
d'hiver, est parfois impossible pendant plusieurs semaines.

En tle d'acier trs rsistante, d'une seule pice, contenant du gaz
d'huile  la pression de 11 atmosphres, la boue pse 5 tonnes. Elle
est munie d'une longue queue charge d'un poids de 1.500 kilos qui lui
assure une grande stabilit, et de gros champignons en fonte, remplaant
une ancre, l'empchent de driver. La lampe est entoure de lentilles
identiques  celles des phares.

[Illustration: Une salle du nouvel hpital Claude-Bernard, 
Aubervilliers.]

Pour le chargement, le bateau accoste la boue, l'amarre, et un homme
fixe  son extrmit suprieure un tuyau par lequel on envoie le gaz
pomp dans les rservoirs du bateau. De temps en temps, les boues sont
remplaces et ramenes au port pour tre repeintes et nettoyes.



LES THTRES

Le thtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mlodrame, joue,
avec un succs incontestable, une pice simple et poignante: _la Grande
Famille_, de M. Arquillire, le distingu comdien. Le sujet se droule
en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui
a permis  l'auteur de nous prsenter une image vivante et pittoresque
de la vie au rgiment. A ce titre, c'est un document. Il a a t fort
got--et fort applaudi. _L'Illustration_ publiera _la Grande Famille_
dans son prochain numro.

Le thtre de l'Athne dtient aussi un nouveau succs. L'humoristique
comdie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dnomme
_Triplepatte_, met en scne un viveur mondain que tous ses proches,
parents et cranciers, voudraient enfermer dfinitivement dans les liens
du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hsite,
manque de parole et finalement pouse celle qu'il avait fait poser 
la mairie. C'est un type bien parisien d'homme us par l'inaction; la
satit des plaisirs le laisse dsempar et sans volont pour le bien
comme pour le mal. _Triplepatte_ est trs bien interprt par
l'excellente troupe de l'Athne et prsent au public dans une mise en
scne brillante.

Les Bouffes-Parisiens ont fait leur rouverture avec une pice de style
anglo-amricain, c'est--dire dpourvue de sens et de raison. Elle est
cependant intressante parce que les chants et les danses, l'ternel
balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de
s'ennuyer; le musicien _des Filles Jackson et Cie_, M. Clrice, a
beaucoup de gaiet et un sens trs vif des rythmes entranants: c'est
lui qui sauve le scnario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve
des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables.

Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en
dix tableaux de mise en scne luxueuse, les vnements de l'anne
coule; c'est un prtexte  exhumer d'aimables vieilleries: le bal de
la Chaumire, les hros clbrs par E. Sue et par Gavarni et les
vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir  cette revue
rtrospective, comme aussi  la critique fort spirituellement faite des
principales nouveauts du temps prsent.

Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un
plein succs une pice tire du clbre roman de Balzac: _la Cousine
Bette_. L'adaptation au thtre est faite avec une habilet consomme.
Une interprtation parfaite et l'exactitude historique du dcor donnent
un intrt des plus vifs  la reconstitution des moeurs et du costume de
1830, et accentuent la porte des principales situations du drame.



[Illustration: La devanture de la librairie du _Cu-Cut_.

L'atelier du _Cu-Cut_ saccag.

La porte de l'imprimerie du _Cu-Cut_.]

A BARCELONE: UNE IMPRIMERIE CATALANISTE MISE A SAC PAR DES OFFICIERS
ESPAGNOLS

LES INCIDENTS DE BARCELONE

L'agitation catalaniste, assoupie depuis quelques annes dj, a repris,
ces temps derniers, avec une nouvelle intensit,  la suite des
lections municipales. On en sait les causes: les Catalans ne tondent
pas  se sparer de l'Espagne, mais revendiquent une certaine autonomie.
Leur attitude a exaspr leurs adversaires, et des officiers, dans un
excs de zle loyaliste regrettable, viennent de se porter  de
fcheuses extrmits.

Runis au nombre de trois cents, arms de leurs sabres, de haches, de
revolvers, d'outils divers, ils se sont rus vers les locaux occups par
le journal catalaniste le Cu-Cut,  l'imprimerie d'abord, o ils ont
pntr de force aprs avoir bris la devanture et fractur la porte.
Une fois l, ils dtruisirent les machines, firent main basse sur tout
le papier, journaux, almanachs, et y mirent le feu, dans la rue, sous
l'oeil du gouverneur et de la police, impuissants. La rdaction reut
ensuite la visite de ces furieux et fut pareillement saccage. Puis la
_Veu de Catalogna_, autre journal catalaniste, fut envahie  son tour,
dans les mmes conditions, et traite de pareille faon.

Et, tandis que brlaient les _autodafs_, les passants inoffensifs
taient molests et obligs, sous menace de coups, de crier: Vive
l'Espagne! A bas la Catalogne!



[Illustration: La princesse Eugnie de Battenberg.--_Phot. Hughes et
Mullins._]

LA FUTURE REINE D'ESPAGNE Depuis quelque temps, le bruit s'est rpandu
des prochaines fianailles du roi d'Espagne avec la princesse
Victoria-Eugnie de Battenberg; bien que cette nouvelle n'ait pas encore
reu de confirmation officielle, on a ds maintenant de srieuses
raisons de la tenir pour vridique. C'est lors de son sjour  Londres,
au mois de juin dernier, que le jeune souverain aurait fix son choix
sur la fille de la princesse Batrice, soeur du roi douard VII, et
veuve du prince Henri de Battenberg, de la branche morganatique de
Hesse-Darmstadt, mort en 1896. Par le mariage projet, Alphonse XIII se
trouverait, on le voit, troitement alli  la maison d'Angleterre. La
future reine, qui est la filleule de l'impratrice Eugnie, est ne 
Balmoral, le 24 octobre 1887; elle vient donc d'accomplir sa
dix-huitime anne; on s'accorde  louer le charme de sa beaut blonde,
la culture de son intelligence, la vivacit de son esprit. Elle a trois
frres, dont l'an, le prince Alexandre-Albert, g de dix-neuf ans,
appartient  la marine britannique.



SIR HENRY CAMPBELL BANNERMAN

A la suite de la dmission du cabinet conservateur prsid par M.
Balfour, le roi d'Angleterre a confi  sir Henry Campbell Bannerman, le
leader de l'opposition parlementaire, la mission de former un cabinet
libral.

[Illustration: Sir Henry Campbell Bannerman.--_Phot. E. H. Mills._]

N en cosse en 1836, le nouveau premier du gouvernement britannique
est g de soixante-neuf ans; il sige depuis 1868  la Chambre des
communes, sur les bancs de ce parti libral dont il est devenu le chef.
Au cours de sa longue carrire politique, il fut, de 1871  1874,
secrtaire des Finances au ministre de la Guerre, fonctions qu'il
reprit en 1880; il occupa, en 1882, le poste de secrtaire de
l'Amiraut, et, en 1886, il eut le portefeuille de secrtaire d'tat 
la Guerre, dans le dernier cabinet Gladstone.



L'OMGA

On vient de mettre  l'eau le submersible _Omga_, construit  Toulon,
dans l'arsenal du Mourillon.

[Illustration: Le submersible _Omga_, qui vient d'tre lanc  Toulon.]

La coque, en forme de cigare aplati  l'avant et vas vers l'arrire,
supporte une passerelle d'environ 20 mtres qui merge seule pendant la
navigation en surface et au centre de laquelle se trouve le kiosque du
commandant avec son capot. Cette coque,  peu prs semblable  celle des
autres submersibles, est d'un tonnage bien suprieur: 301 tonneaux; elle
mesure 48 mtres de longueur. La vitesse prvue est de 11 noeuds.



M. PHILIPPE JOURDE

M. Philippe Jourde, prsident honoraire de l'Association des
journalistes parisiens, fondateur du syndicat de la Presse parisienne,
qu'il prsida galement, et de la Caisse des victimes du devoir, vient
de mourir  l'ge de quatre-vingt-neuf ans. Ancien ngociant, il tait
entr au conseil d'administration du _Sicle_, puis avait dirig ce
journal pendant une dizaine d'annes, jusqu'en 1878. Depuis 1882, il
s'tait tabli au chteau de Carry-Rouet, dans le canton des Martigues,
dont, pendant dix-huit ans, il fut le reprsentant au conseil gnral
des Bouches-du-Rhne. C'est l qu'il s'est teint, aprs avoir consacr
l'activit de sa verte vieillesse et une partie de sa fortune non
seulement  la constitution d'une importante collection d'objets d'art
et d'une bibliothque de plus de 20.000 volumes, lgue au Puy, sa ville
natale, mais encore  la fondation d'oeuvres de bienfaisance, notamment
de l'asile des marins, aux Martigues, magnifique tablissement que la
gnreuse donation de M. Jourde a fait la proprit de l'Association de
secours des gens de mer de la Mditerrane.

[Illustration: M. Philippe Jourde.--_Phot. Pierre Petit._]



LA RECETTE, par Henriot.



_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique
sont entirement gratuits.)_

LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE

On n'avait pas trouv jusqu'ici de procd bien commode pour vider
facilement et srement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles
contiennent au-dessus du mot ayant l'opration du foulage; le trs
simple appareil que nous dcrivons ici rsout ce problme en dcantant
ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un
rcipient, soutirage qui en assure l'vacuation complte et conjure tout
danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densit de
l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considrable, environ une
fois et demie celle de l'air, proprit qui permet de le transvaser sans
qu'il se mle sensiblement  l'air ambiant, tout au moins pour un temps,
et qui donne la facult de le soutirer comme un liquide.

Le moyen est des plus simples et consiste  munir, dans les conditions
indiques ci-aprs, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir
ou fermer  volont. Reportons-nous  la cuve reprsente sur notre
figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils
sont ronds, ont 6 centimtres de diamtre et doivent tre espacs de 20
centimtres  partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6
mtres cubes (environ 25 pices); mais ce nombre peut tre augment ou
diminu suivant sa capacit. Il en faut ncessairement plusieurs, la
hauteur du raisin pouvant tre plus ou moins grande dans la cuve. Pour
toute sret, le plus bas ne doit gure tre  plus d'un mtre du fond.

Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adapts des ajutages
mtalliques forms de deux pices, l'une s'appliquant sur la cuve avec
des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la premire. La
fermeture est rendue tanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se
place entre la cuve et le cercle de la pice, l'autre entre cette pice
et le bouchon.

Tous ces ajutages doivent tre ferms en dehors du foulage, l'acide
carbonique qui se produit, et qui rsulte du ddoublement du sucre de
raisin en alcool et en acide carbonique, tant ncessaire, en formant
au-dessus du mot une couche qui l'empche d'aigrir.

[Illustration:]

Lorsqu'on veut procder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont
au-dessus du mot, de faon  soutirer tout l'acide carbonique qui le
surmonte. Il s'coule, en vertu de sa densit, sous forme de jets, comme
s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes,
un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz,
au moyen d'une lanterne qui doit brler jusqu' l'ouverture la plus
basse.

Cette prcaution tant prise, on peut entrer dans la cuve avec la
scurit la plus absolue, sans tre incommod mme par l'acide
carbonique emprisonn sous le chapeau form par les rafles, qui se
dgage lorsqu'on foule et qui s'coule par les orifices, au fur et 
mesure qu'il arrive.

Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pice chez _M. Rameau,
ingnieur, 110, rue s'Angoulme, Paris._


Note du transcripteur: Les supplments mentionns en titre ne nous ont
pas t fournis.






End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3276, 9 Dcembre
1905, by Various

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your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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