The Project Gutenberg EBook of Expriences et observations sur
l'lectricit faites  Philadelphie en Amrique, by Benjamin Franklin

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Title: Expriences et observations sur l'lectricit faites  Philadelphie en Amrique

Author: Benjamin Franklin

Translator: Thomas-Franois d'Alibard

Release Date: December 25, 2008 [EBook #27610]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***




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                            EXPRIENCES
                                ET
                           OBSERVATIONS
                               SUR
                          L'LECTRICIT
                              FAITES
                  _ PHILADELPHIE EN AMRIQUE_
                               PAR
                      M. BENJAMIN FRANKLIN;
     & communiques dans plusieurs Lettres  M. P. COLLINSON,
                 de la Socit Royale de Londres.

                    _Traduites de l'Anglois._


                         SECONDE DITION

_Revue, corrige & augmente d'un supplment considrable du mme
Auteur, avec des Notes & des Expriences nouvelles._

                      _Par M._ d'ALIBARD.



                          TOME PREMIER.

                           A PARIS
             Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.

                         M. DCC. LVI.

            _Avec Approbation & Privilge du Roi._




 SON ALTESSE
SRNISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE LA MARCHE.

MONSEIGNEUR,

_La permission que VOTRE ALTESSE SRNISSIME veut bien me donner de
faire parotre cette Traduction sous son auguste nom, est une suite des
bonts dont Elle a daign m'honorer ds sa plus tendre jeunesse. Cet
hommage public est en mme tems un tribut de ma reconnoissance & de
l'ancien & trs-respectueux attachement que j'ai toujours eu pour la
personne de VOTRE ALTESSE SRNISSIME. Son amour pour les Sciences, la
protection qu'Elle accorde ouvertement aux Lettres &  ceux qui les
cultivent, l'application qu'Elle donne Elle-mme  l'tude, son got
pour la Physique, l'attention avec laquelle Elle se fait rendre compte
des nouvelles dcouvertes, sont autant d'autres motifs qui m'en imposent
la loi. Trop heureux, MONSEIGNEUR, de pouvoir aujourd'hui runir un
devoir avec les vrais sentimens de mon coeur._

Je suis avec un trs-profond respect,

MONSEIGNEUR,
DE VOTRE ALTESSE SRNISSIME,
Le trs-humble & trs-obissant serviteur, D'ALIBARD.




AVERTISSEMENT.


Monsieur Franklin, habitant de Philadelphie dans la Colonie Angloise de
Pensylvanie en Amrique, est l'Auteur des Lettres suivantes sur
l'lectricit. M. Collinson son ami & son correspondant  Londres,  qui
elles sont adresses, les a juges dignes de l'impression. Elles toient
sous la presse, lorsqu'il en informa M. Franklin; celui-ci, qui ne les
avoit pas crites  cette intention, se pressa d'envoyer  son ami
quelques changemens, qui n'tant pas arrivs  tems, ne purent tre mis
que comme additions & corrections  la fin de l'ouvrage. Il pria en mme
tems M. Collinson d'en envoyer un des premiers exemplaires  M. de
Buffon, qui jugea de ces Lettres, comme on en avoit jug en Angleterre
o elles ont eu un applaudissement gnral. Occup d'ouvrages bien plus
importans dont il ne veut pas se distraire, M. de Buffon m'a engag 
les faire parotre en Franois. Il ne s'agissoit que de rendre
exactement des choses simples, aussi ne s'est-on attach qu' les
traduire littralement,  bien rendre le sens de l'Auteur &  claircir
les endroits qui ont paru un peu obscurs dans l'original. Pour la
commodit des lecteurs, on a rapport en notes au bas des pages, les
changemens que Mr. Collinson avoit fait imprimer comme additions &
corrections  la suite des Lettres.

Quoique la plupart des Physiciens se soient exercs depuis plusieurs
annes sur la matire de l'lectricit: quoique leur zle ait t
rcompens par des succs assez brillans, on verra par les recherches &
par les dcouvertes de M. Franklin, que cette matire est encore neuve 
bien des gards. On sentira en mme tems qu'il y a cependant lieu
d'esprer qu'en multipliant,  son exemple, les expriences & les
observations dans des ves nouvelles, on parviendra un jour  pntrer
un mystre qui n'importe peut-tre pas moins  l'utilit commune qu' la
la curiosit de l'esprit. On y arrivera mme d'autant plus vite & plus
srement, qu'on se htera moins de hazarder des systmes. On n'a pas
encore assez de faits sur ce sujet pour qu'il soit permis d'y joindre
des hypothses.

C'est (dit M. de Buffon[1]) par des expriences fines raisonnes &
suivies que l'on force la nature  dcouvrir son secret; toutes les
autres mthodes n'ont jamais russi, & les vrais Physiciens ne peuvent
s'empcher de regarder les anciens systmes comme d'anciennes rveries,
& sont rduits  lire la plupart des nouveaux comme on lit les Romans.
Les recueils d'expriences & d'observations sont donc les seuls livres
qui puissent augmenter nos connoissances. Il ne s'agit pas, pour tre
Physicien, de savoir ce qui arriveroit dans telle ou telle hypothse,
en supposant, par exemple, une matire subtile, des tourbillons, une
attraction, &c. Il s'agit de bien savoir ce qui arrive, & de bien
connotre ce qui se prsente  nos yeux; la connoissance des effets nous
conduira insensiblement  celle des causes, & l'on ne tombera plus dans
les absurdits qui semblent caractriser tous les systmes; en effet
l'exprience ne les a-t-elle pas dtruits successivement? ne nous
a-t-elle pas montr que ces lmens que l'on croyoit autrefois si
simples, sont aussi composs que les autres corps? ne nous a-t-elle pas
appris ce que l'on doit penser du chaud, du froid, du sec & de l'humide,
de la pesanteur & de la lgret absolu, de l'horreur du vuide, des
loix du mouvement autrefois tablies, de l'unit des couleurs, du repos
& de la sphricit de la terre, & si je l'ose dire des Tourbillons?
Amassons-donc toujours des expriences & loignons-nous, s'il est
possible, de tout esprit de systme, du moins jusqu' ce que nous soyons
instruits, nous trouverons assrment  placer un jour ces matriaux, &
quand mme nous ne serions pas assez heureux pour en btir l'difice
tout entier, ils nous serviront certainement  le fonder, & peut-tre 
l'avancer au-del mme de nos esprances. C'est cette mthode que M.
Franklin a suivie  l'imitation du grand Newton & des plus excellens
Physiciens, mthode qui doit suffire pour prvenir le public en faveur
de l'ouvrage qu'on lui prsente.

[Note 1: Frf. de la Statiq. des Vgt.]

Mais il ne suffit pas de s'attacher uniquement  la voye de
l'exprience,  moins que d'tre, comme notre auteur, fcond en moyens,
ingnieux en dcouvertes & heureux en applications; il ne faut pas,
comme tant d'autres Physiciens sans gnie, se permettre de tirer des
inductions qui ne sont ni justes ni naturelles, dduire des consquences
qui ne sont fondes que sur des suppositions vagues & trangres au
sujet. Il faut au contraire dans une matire aussi nouvelle que l'est
celle-ci, se contenter de considrer les faits sous de nouveaux points
de ve, pour tcher de les gnraliser & d'en former un ordre
systmatique & suivi. C'est ce qu'a fait M. Franklin. Instruit, par
exemple, des effets surprenans de la bouteille lectrique, le premier
objet qu'il s'est propos, a t d'examiner comment elle acquiert la
vertu lectrique, comment elle la conserve, quoiqu'on la touche, &
comment elle la communique. Ayant toujours l'exprience & l'observation
pour guides, il a bientt reconnu que l'lectricit est inhrente &
insparable de la matire: que le verre en contient autant qu'il en peut
contenir, & toujours la mme quantit: qu'lectriser la bouteille, ce
n'est pas y faire entrer plus de matire lectrique qu'elle n'en avoit
auparavant, mais accumuler sur une de ses surfaces autant de cette
matire qu'il y en a dans les deux surfaces ensemble, ce qui ne se fait
que parce que l'une en rejette prcisment la mme quantit que l'autre
en reoit: que les deux surfaces de la bouteille lectrise sont
toujours prtes l'une  rendre ce qu'elle a de plus, & l'autre 
recevoir ce qu'elle a de moins que sa quantit naturelle: qu'elles ne
peuvent le faire l'une sans l'autre: que l'quilibre ne sauroit se
rtablir entr'elles par la communication intime de l'une  l'autre, mais
seulement par une communication extrieure non lectrique: qu'ainsi la
bouteille reste charge tant que cette communication extrieure n'est
pas tablie, & qu'enfin l'lectricit ne sauroit tre communique par
la bouteille, qu'autant que cette bouteille reoit par une voye la mme
quantit de matire lectrique qu'elle donne par l'autre.

Ces premires connoissances ont conduit notre auteur  trouver les
moyens de faire parotre l'lectricit de deux manires tout--fait
opposes, l'une en augmentant l'lectricit naturelle dans les corps que
nous nommons non-lectriques, & il appelle cette augmentation
lectricit _positive_; l'autre en diminuant l'lectricit naturelle; il
nomme celle-ci _ngative_. De l sont venus les termes nouveaux
lectriser _en plus_, lectriser _en moins_, dont les significations
rpondent assez bien  celles qu'ils ont dans l'algbre.

L'analyse de la bouteille lectrique  achev de confirmer M. Franklin
dans l'opinion o il toit ds auparavant que l'lectricit dans cette
bouteille est attache au verre prcisment comme verre, & que les corps
non-lectriques qu'on y ajoute ne servent que, comme l'armure d'une
pierre d'aimant,  unir les particules de la matire lectrique
surabondante, &  les tenir rassembles sur l'une des surfaces du verre,
tant toujours prtes  s'chapper par le premier endroit o elles
trouveroient passage pour aller  l'autre. En consquence de ces
dcouvertes; il a imagin quantit d'autres expriences dont
l'enchanement & le rsultat sont la confirmation des premires &
l'apologie de son jugement. Nanmoins quelques justes que soient ses
ides, quoiqu'elles soient toutes appuyes sur des faits, l'auteur ne
les propose que comme des conjectures, & l'on verra que sa modestie est
gale  sa pntration. Mais ce seroit s'carter de la retenu dont il
donne l'exemple, que de chercher  faire valoir son mrite par des
louanges dont il n'a pas besoin, & qui ne pourroient tre que suspectes
de la part d'un traducteur. Il vaut mieux le laisser lire & s'en
rapporter au jugement du public.

Le pays qu'abite M. Franklin est des plus favorables pour les
expriences lectriques; autant les chaleurs y sont excessives en t,
autant le froid y est rigoureux en hyver; l'on passe subitement de l'un
 l'autre sans presque s'appercevoir ni de la douceur du printems, ni de
la temprature de l'automne. Le vent sud ou nord amne les deux saisons
opposes; mais dans l'une & dans l'autre on y jouit presque toujours du
plus beau ciel. Les nuages pais y drobent rarement la ve du soleil &
des toiles: les pluyes n'y sont jamais de longue dure, & les
brouillards y sont presque inconnus. Ainsi la scheresse du tems & la
froideur du vent du nord contribuent beaucoup  y rendre plus sensibles
la force & les effets de l'lectricit. On en trouvera des preuves
incontestables dans plusieurs endroits cet ouvrage. Malgr la diffrence
de climat, je n'ai pas voulu publier cette traduction, sans avoir du
moins essay de rpter les expriences qui y sont rapportes; aprs
avoir parfaitement russi  faire celles que j'ai juges les plus
intressantes & les plus difficiles dans l'excution, quelques-unes
m'ont paru mriter que j'en fisse hommage  l'Acadmie Royale des
Sciences. Je lui rendis compte le 22. Dcembre 1751. de mon succs dans
les expriences du tableau magique & de la fusion des mtaux; j'y fis
voir des lames de verre sur lesquelles on distinguoit aisment l'or,
l'argent, le cuivre & l'tain que l'lectricit avoit par sa violence
incorpors dans la substance mme du verre. J'avois employ pour me
procurer le puissant dgr d'lectricit ncessaire, une bouteille de
verre blanc & mince tenant environ deux pintes dont j'avois fait
argenter extrieurement le fond jusqu'au milieu de sa hauteur, & j'y
avois mis  peu prs quinze livres de menu plomb bien sec. Ces mtaux
sont sur ces lames dans un tat de vitrification, inattaquables  l'eau
forte &  l'eau rgale, suivant les preuves que j'en avois faites
auparavant d'aprs les assurances de M. Franklin. Enfin ces expriences
aussi bien que beaucoup d'autres, avoient si pleinement satisfait  mes
dsirs, eu gard au tems,  la saison & au climat, qu'elles ne
laissoient nullement lieu de douter de la certitude de celles que je
n'avois pas encore tentes.

Ds que la premire dition de cette traduction fut acheve, j'en
envoyai un exemplaire  M. Franklin, ce qui me mit en correspondance
directe avec lui. Je lui fis part dans le tems, du succs de mon
exprience sur le tonnerre, & lui envoyai le mmoire que j'en avois
donn  l'Acadmie Royale des Sciences le 13. Mai 1752. tel qu'il est
dans le second volume de cet ouvrage; il en fut charm & m'envoya avec
sa rponse, son premier supplment, dont je vrifiai pareillement les
expriences. Le second ne m'a t rendu que long-tems aprs.

J'ai trouv dans cette dernire brochure d'excellentes observations 
opposer aux critiques qui avoient paru contre mon auteur, & auxquelles
j'avois entrepris de rpondre; c'est ce qui m'a engag  resserrer ce
que j'avois crit dans ce dessein, pour ne pas multiplier les tres sans
ncessit. Je me suis content d'ajouter  la suite des principales
expriences critiques quelques-unes des rponses dont j'avois eu
intention de faire un ouvrage spar. Au lieu d'tre mises en notes,
elles y sont distingues par des guilmets, ce qui m'a sembl plus
commode pour les lecteurs. Les expriences contenus dans ce second
supplment ne sont pas moins sres que celles qui avoient t publies
auparavant. Elles ont t rptes avec le mme succs. Sans avoir gard
aux dates des lettres, je les ai arranges tout diffremment de ce
qu'elles toient dans la premire dition de cet ouvrage; j'en ai mme
partag quelques-unes en plusieurs fragmens que j'ai placs suivant
l'ordre des matires: c'est dans la mme ve que j'ai mis une suite
uniforme aux paragraphes.

Enfin je n'ai rien nglig pour rpandre dans cette seconde dition
toute la clart qui a p dpendre de mes soins. Ils se trouveront bien
rcompenss, si les changemens que j'ai faits du consentement de Mr.
Franklin, sont approuvs du public.

Au reste j'ai pens que ceux qui n'ont pas fait une tude particulire
de l'lectricit seroient bien-aises d'en connotre les progrs depuis
son origine jusqu'aux dcouvertes de M. Franklin. L'histoire qu'en a
faite M. de Secondat pour l'Acadmie de Bordeaux en 1748. me rendoit ce
travail facile; on verra que j'ai profit de cet excellent ouvrage; j'y
ai ajout des choses ou qui n'toient pas venus alors  la connoissance
de M. de Secondat, ou qu'il avoit cr devoir ngliger, & j'y ai joint
les dcouvertes qui ont t faites sur le mme sujet depuis son histoire
jusqu' prsent. J'espre qu'en allant par cette voye  mon objet
principal, qui est de mettre les Lecteurs en tat de mieux juger du
mrite de mon auteur, & de la valeur de son ouvrage, je ne leur
laisserai rien  dsirer sur les faits principaux de l'lectricit.




HISTOIRE ABRGE
DE
L'LECTRICIT.


La premire chose qui a fait reconnotre l'lectricit, est la vertu
d'attirer que l'on a remarque en certains corps, aprs qu'ils ont t
frotts. Le premier de tous, dans lequel ont ait observ cette vertu,
c'est l'ambre jaune connu des anciens sous le nom d'_Electrum_; c'est de
ce nom que cette vertu a retenu celui d'lectricit, & l'on appelle
corps lectriques ceux qui en sont pourvs. Il seroit difficile &
peut-tre impossible de dterminer le tems o l'on a observ pour la
premire fois que l'ambre-jaune, aprs avoir t frott, attire les
brins de paille dont on l'approche. Ce qu'en disent quelques-uns des
auteurs anciens qui en ont fait mention, comme Thals de Milet,
Plutarque, Pline, &c. prouve que l'observation de ce phnomne est
trs-ancienne, aussi ne se trouve-t-il gures de traits de Physique o
il n'en soit parl; mais personne que l'on sache ne s'toit avis de
faire sur ce sujet des recherches suivies avant Gilbert mdecin Anglois
qui vivoit vers l'an 1600. aprs avoir recueilli sur l'aimant les
dcouvertes de ceux qui l'avoient prcd & avoir fait lui-mme un grand
nombre d'observations nouvelles sur les proprits de cette merveilleuse
pierre, il crut devoir considrer les proprits de l'_Electrum_ qui
paroissent avoir du rapport  celles de l'aimant. Il avoit p d'abord
regarder cette rsine comme une espce d'aimant dont la vertu a besoin
d'tre excite par le frottement. Quoi qu'il en soit, il parle de cette
vertu comme d'une chose que l'on connoissoit de tout tems. On avoit
aussi reconnu la mme proprit dans le Jayet, mais cette remarque toit
rcente. Il s'agissoit de la chercher encore dans d'autres corps, c'est
 quoi il s'appliqua. L'ambre-jaune toit mis alors au rang des choses
les plus prcieuses; il servoit  l'ornement des autels & aux parures
inventes par le luxe. Le Jayet toit aussi une matire fort estime;
avant l'invention des glaces on l'employoit  faire des miroirs.

Gilbert, qui avoit tant tudi toutes les proprits de l'aimant, avoit
sans doute remarqu qu'il falloit une moindre force pour mettre en
mouvement une aiguille mince & lgre pose en quilibre sur un pivot
bien poli, comme sont les aiguilles aimantes, que pour lever d'une
seule ligne un corps beaucoup plus lger. C'est pourquoi il se servit
habilement de ce moyen pour reconnotre l'lectricit dans les
substances o elle est trop foible pour se manifester d'une autre
manire. Faites, dit-il, une aiguille de quelque mtal que ce soit, de
la longueur de deux ou trois pouces, lgre & trs-mobile sur un pivot,
 la manire des aiguilles aimantes: approchez d'une des extrmits de
cette aiguille de l'ambre jaune ou une pierre prcieuse lgrement
frotte, luisante & polie, l'aiguille se tournera sur le champ. Ce fut
vraisemblablement par ce moyen qu'il reconnut que non-seulement l'ambre
& le jayet ont cette proprit d'attirer, mais qu'elle est commune  la
plupart des pierres prcieuses, comme le diamant, le saphir, le rubis,
l'opale, l'amthyste, l'aigue-marine; le cristal de roche: qu'on la
trouve aussi dans le verre, la blemnite, le soufre, le mastic, la cire
d'Espagne, la rsine, l'arsenic, le sel-gemme, le talc, l'alun de roche.
Toutes ces diffrentes matires, quoiqu'avec diffrens dgrs de force,
lui parurent attirer non-seulement les brins de paille, mais tous les
corps lgers, comme le bois, les feuilles, les mtaux en limaille ou en
feuille, les pierres, les terres, & mme les liqueurs comme l'eau &
l'huile.

La Physique est encore redevable  Gilbert de beaucoup d'autres
observations sur l'lectricit. C'est lui qui nous a appris qu'elle est
plus facilement excite par un frottement lger & rapide que par un
frottement plus rude: que le tems le plus sec & le vent de nord le plus
froid sont les plus favorables pour l'lectricit: que l'humidit de
l'air &  plus forte raison le souffle des animaux l'affoiblissent &
mme la dtruisent en peu de tems: que l'eau produiroit le mme effet,
si l'on moilloit le corps lectrique: qu'une toile mise entre ce corps
& celui qu'on veut attirer, empche totalement l'attraction: qu'une
toffe de soye place de mme ne l'empche pas entirement: que les
corps lectriques n'attirent point la flamme d'une bougie, mais attirent
fortement la fume de cette bougie teinte.

Pour expliquer les phnomnes de l'lectricit, ceux de l'aimant, & ceux
de la psanteur, Gilbert imagina des hypothses ingnieuses, auxquelles
pourtant il se fioit moins qu' ses expriences. L'attraction, suivant
son opinion, est cause par des coulemens trs-subtils; l'air est
l'coulement lectrique de la terre & l'instrument de la psanteur.
C'est peut-tre sur cette ide de Gilbert que le clbre Otto de Guerike
s'avisa de faire des observations sur un globe de soufre qu'il excitoit
 l'lectricit par un mouvement qui imitoit en quelque forte celui de
la terre.

Otto de Guerike, dit l'ingnieux M. Dufay dans son premier mmoire sur
l'lectricit, a imagin de faire tourner sur son axe par le moyen d'une
manivelle, une boule de soufre grosse comme la tte d'un enfant. Cette
boule tant mu avec rapidit, si l'on applique la main dessus elle
devient lectrique & attire les corps lgers qui lui sont prsents; si
on la dtache de la machine sur laquelle elle a d tre pose pour la
faire tourner & qu'on la tienne  la main par l'axe, non-seulement elle
attire une plume, mais elle la repousse ensuite, & ne l'attire plus de
nouveau que la plume n'ait touch quelqu'autre corps. Il remarque que la
plume ainsi chasse par le globe attire tout ce qu'elle rencontre, ou va
s'y appliquer, si elle ne peut pas l'attirer vers elle; mais que la
flamme d'une chandelle la chasse & la repousse vers le globe.... Si l'on
suspend un fil dessus du globe, ensorte qu'il ne le touche point, &
qu'on approche le doigt du bout infrieur de ce fil, on verra le fil
s'loigner du doigt. Il a aussi remarqu que la vertu lectrique du
globe se transmettoit par le moyen d'un fil jusqu' la distance d'une
aune, & que lorsque le globe avoit t rendu lectrique par la rotation
& par la main applique au-dessus, il conservoit sa vertu pendant
plusieurs heures. Tenant l'axe de ce globe dans une position verticale,
il promenoit une plume par toute la chambre; sans qu'elle s'appliqut au
globe. Il remarqua aussi que le globe frott dans l'obscurit rpandoit
de la lumire.

Otto de Guerike avoit pour contemporain & pour mule le fameux Boyle 
qui nous avons obligation d'un si grand nombre de belles dcouvertes. Ce
dernier chercha & trouva la vertu lectrique dans un grand nombre de
corps o Gilbert ne l'avoit point cherche, & dans quelques-uns de ceux
o il l'avoit cherche inutilement. Pour prouver si l'air avoit quelque
part  l'lectricit, il suspendit dans une fiole au-dessus d'un corps
lger un morceau d'ambre-jaune excit  l'lectricit; ayant ensuite
pomp l'air de la fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune prs du corps
lger, qui fut attir. Il reconnut par-l que la vertu lectrique une
fois excite se conserve dans le vuide, & que son action ne dpend point
de l'air.

M. Boyle avoit fait beaucoup de recherches sur les corps qui donnent de
la lumire dans l'obscurit, en particulier sur le ver luisant; y
ayant emprunt un diamant qu'on disoit avoir la proprit d'tre
lumineux dans les tnbres, il observa que ce diamant tant frott dans
l'obscurit contre quelqu'toffe que ce ft, devenoit en effet
non-seulement lumineux, mais encore lectrique, comme l'avoit observ
Gilbert. Il reconnut bientt les mmes proprits dans plusieurs autres.

L'lectricit resta long-tems nglige aprs Boyle; mais les grandes
dcouvertes de Newton sur les proprits de la lumire & sur le systme
de l'attraction engagrent vraisemblablement Hauksbe de la Socit
Royale de Londres  faire des recherches sur les mmes sujets & sur
l'lectricit. Ayant invent une machine pour faire tourner rapidement
un corps sous le rcipient de la machine pneumatique, il s'en servit
pour faire frotter dans le vuide un morceau d'ambre jaune contre de la
laine. Ce frottement produisit une lumire beaucoup plus vive que le
mme frottement dans l'air; aprs l'opration l'ambre jaune, aussi bien
que la laine lui parurent un peu brls.

On avoit sans doute remarqu que de tous les corps lectriques, le verre
est un de ceux en qui le frottement excite une plus forte lectricit.
Hauksbe s'avisa d'employer dans ses expriences un tube ou cylindre
creux de verre. En le frottant rapidement dans sa main, un papier
entre-deux, il le rendoit lectrique, & faisoit par son moyen toutes les
expriences qu'Otto de Guerike avoit faites avant lui avec un globe de
soufre. Il observa de plus qu'un tube dont on a pomp l'air, ne
s'lectrise que trs-foiblement, & que si on y laisse rentrer l'air il
acquiert beaucoup d'lectricit sans tre frott de nouveau. Quand on
frotte un tube dans l'obscurit, une lumire fuit la main qui frotte, &
si l'on approche de ce tube ainsi excit une autre main, ou quelqu'autre
corps, comme du mtal, de l'yvoire, du bois, &c. il en sort une
tincelle accompagne d'un bruit assez semblable au ptillement d'une
feille verte jette au feu, mais moins fort. Quand on frotte le tube
vuide d'air, la lumire est plus vive, mais toute dans son intrieur, &
l'on n'en peut tirer d'tincelle.

Hauksbe imagina aussi de faire tourner sur son axe un globe creux de
verre par le moyen d'une rou & d'une corde qui passe sur la
circonfrence de cette rou & sur une poulie fixe sur l'axe du globe.
Il excita l'lectricit en frottant ce globe, mais il n'en tira pas de
plus grands effets que de son tube. L'lectricit qui jusques-l ne
s'toit manifeste que par le frottement, Hauksbe la dcouvrit dans une
substance qui n'avoit point t frotte; il remarqua que si on laisse
refroidir de la rsine qui a t fonde, & que, si, avant qu'elle soit
tout--fait refroidie, on en approche du cuivre en feilles, elle
l'attire  la distance d'un pouce ou deux, sans aucun frottement
prcdent.

M. Gray continua avec succs les recherches lectriques de Boyle & de
Hauksbe; ayant voulu prouver s'il y avoit quelque diffrence dans
l'attraction du tube lorsqu'il toit bouch par les deux bouts &
lorsqu'il ne l'toit pas, il n'en apperut aucune; mais comme il tenoit
une plume ou duvet au-dessus du bouchon de lige dont le bout suprieur
du tube toit bouch, il remarqua que cette plume toit attire &
ensuite repousse par le lige de la mme manire qu'elle a coutume de
l'tre par le tube. Cette observation le confirma dans une pense qu'il
avoit eu autrefois, que, comme le tube frott dans l'obscurit
communique de la lumire aux autres corps par l'attouchement, il pouvoit
bien aussi leur communiquer de l'lectricit. Le lige effectivement
n'avoit cette vertu attractive que par communication du tube excit 
l'lectricit. Il s'en assura encore d'une autre faon: ayant fix au
bout d'un bton de sapin d'environ quatre pouces de long une boule
d'yvoire d'un peu plus d'un pouce de diamtre, il enfona l'autre bout
du bton dans le bouchon de lige: ayant ensuite frott le tube, il vit
avec plaisir que la boule attiroit & repoussoit le duvet avec plus de
force que n'avoit fait le lige. Il rpta cette exprience avec des
btons plus longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva
toujours les mmes effets.

Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis
d'un fil de laiton, & eut encore le mme succs; mais comme les
vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causes par le frottement du
tube, toient incommodes, surtout lorsque les fils toient longs de deux
ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule  l'extrmit d'une
ficelle noue au tube par son autre extrmit; tant sur un balcon lev
de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attache au tube
par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube tant frott, la
boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui toit au-dessous
d'elle.

M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'lectricit
 de bien plus grandes distances; il y russit d'abord en se servant
pour cela d'une ficelle soutenu horizontalement  quelque distance de
terre sur des fils de soye, & transmit l'lectricit  cent quarante
pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son exprience, les fils
de soye s'tant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la mme
finesse; car il s'imaginoit que le succs de l'exprience dpendoit de
la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir
intercepter une partie sensible de la force lectrique communique par
le tube  la ficelle &  la boule. Quand il vint  frotter le tube,
l'lectricit ne fut point transmise  l'extrmit de la ficelle. Il
reconnut de l que le succs de la premire exprience ne venoit pas de
la finesse des fils de soye, puisque les fils-d'archal de la seconde
toient aussi minces, mais qu'il venoit de la nature mme de la soye.
Instruit par ce contre-tems M. Gray vint depuis  bout de transmettre
l'lectricit  une distance de sept cens pieds.

Il dcouvrit encore que la communication de l'lectricit pouvoit se
faire par la seule approche du tube, sans qu'il toucht le corps auquel
on vouloit la communiquer. Ayant suspendu horizontalement un enfant sur
des cordons de crin, en approchant de ses pieds le tube bien frott, il
l'lectrisa au point que son visage & ses mains attirrent des feilles
de cuivre. Il plaa cet enfant debout sur deux pains de rsine d'environ
huit pouces de diamtre & deux pouces d'paisseur, un sous chaque pied.
Ayant ensuite approch le tube bien frott des cuisses de l'enfant, ses
mains attirrent & repoussrent alternativement des feilles de cuivre
que l'on avoit mises au-dessous.

Mr. Dufay de l'Acadmie Royale des Sciences, inform des dcouvertes de
M. Gray, se mit aussi  travailler sur l'lectricit. Aprs un nombre
infini d'expriences dont on n'indiquera que les principales, il nous a
appris qu'il n'y a point de corps,  l'exception des mtaux & des
animaux qui ne soit lectrique. Les mtaux & les animaux s'lectrisent
fortement ou deviennent fortement lectriques, lorsqu'tant soutenus sur
des cordons de soye ou de crin, sur des gteaux de rsine, sur du verre,
&c. on en approche le tube excit  l'lectricit. On doit donc entendre
par corps lectriques ceux qui le sont naturellement qui n'ont besoin
que d'tre frotts pour en donner des preuves, & par corps
non-lectriques ceux qui ne peuvent devenir lectriques que par
communication, comme sont les mtaux.

En rptant avec un tube de verre & des feilles d'or une exprience
d'Otto de Guerike, dans laquelle une petite plume avoit t attire,
repousse & soutenu en l'air au-dessus du globe de soufre, M. Dufay
observa que la feille d'or alla s'attacher  un morceau de gomme-copal
qu'il lui prsentoit & y demeura. Cela lui fit souponner que
l'lectricit de la gomme-copal toit diffrente par sa nature de
l'lectricit du verre, puisque l'une attiroit ce que l'autre
repoussoit. Cette observation le porta  faire plusieurs autres
expriences, d'o il crut pouvoir conclure qu'il y avoit en effet deux
sortes d'lectricits. Il nomma l'une vitre & l'autre rsineuse; mais
les Physiciens n'ont pas admis cette distinction. On verra cependant
dans la suite de cet ouvrage qu'elle est bien fonde, & qu'un globe de
soufre dtruit l'effet d'un globe de verre.

M. Dufay rptant de mme l'exprience de M. Gray, dans laquelle on
lectrise un enfant suspendu sur des cordons de crin ou de soye, &
s'tant mis lui-mme  la place de l'enfant; quelqu'un voulut ramasser
une feille d'or qui s'toit attache  sa jambe; dans l'instant ils
sentirent l'un  la jambe & l'autre au doigt une douleur comme une
piqre, & l'on entendit un ptillement semblable  celui du tube
lorsqu'on en approche le doigt. Cette douleur & ce ptillement sont
accompagns d'une tincelle visible mme en plein jour.

Cette tincelle n'avoit t regarde jusques-l que comme la lumire de
certains phosphores qui ne brlent point, tels que le bois pourri & les
vers luisans: mais la douleur fit penser  M. Dufay que l'lectricit
toit un vritable feu. On s'est appliqu depuis  en rendre les effets
plus sensibles.

Les Physiciens d'Allemagne profitant de tout ce qui avoit t dcouvert
avant eux sur le sujet de l'lectricit, imaginrent de reprendre le
globe de verre, dont Hauksbe n'avoit pas tir un meilleur parti que du
tube & qu'il avoit abandonn trop lgrement. Ce qui les y engagea fut
sans doute la rflexion que le verre tant plus lectrique, un globe de
cette matire doit produire de plus grands effets que le globe de soufre
d'Otto de Guerike, & qu'tant susceptible d'une friction plus rapide &
plus long-tems continue, l'usage de ce globe devoit tre plus facile &
plus avantageux que celui du tube de Hauksbe. Ils employrent des
globes & des rous plus grandes & les disposrent de la mme manire que
la meule & la rou dont se servent les Couteliers. Par ce moyen ils
russirent d'abord  rendre beaucoup plus sensibles tous les phnomnes
de l'lectricit dj connus. Ils firent encore de trs-belles
dcouvertes dont les Journaux d'Allemagne de 1745. ont rendu compte, &
dont on ne rapportera ici qu'une seule.

Si, en faisant tourner & frotter le globe de verre, on en approche le
bout d'un grand tuyau de fer blanc, sans qu'il touche le globe, & qu'une
personne monte sur un gteau de rsine tienne d'une main ce tuyau par
l'autre extrmit, cette personne est lectrise, & acquiert aprs deux
ou trois rvolutions du globe une puissance flammifique assez forte pour
allumer avec un de ses doigts, avec une canne ou avec une pe de
l'esprit de vin un peu chauff. Le mme effet s'ensuit lorsque la
personne lectrise tient dans sa main le vase qui contient la liqueur,
& la fait toucher par une autre personne est sur le plancher. Ds que le
doigt approche de la liqueur, il en sort une tincelle bruyante qui
enflamme l'esprit de vin. On peut de mme enflammer de la poix, de la
rsine, de la cire d'Espagne, du soufre & mme de la poudre  canon,
pourv que ces matires soient en fusion, & consquemment chauffes.
Cette exprience russit aussi quand on lectrise avec le tube, mais les
tincelles sont foibles & l'effet n'en est pas si sr qu'avec le globe.

L'anne 1746. est l'poque la plus marque de l'lectricit.

Ce fut au commencement de cette anne que MM. Muschenbroek & Allaman
illustres citoyens de Leyde communiqurent  l'Acadmie Royale des
Sciences de Paris l'exprience suivante que le hazard avoit fait trouver
 M. Cuneus, lorsqu'il s'amusoit  revoir chez lui les phnomnes
lectriques qu'il avoit admirs chez M. Muschenbroek. Suspendez sur des
cordons de soye dans une situation horizontale une verge de fer ou un
canon de fusil dont un des bouts soit prs du globe, pour en recevoir
l'lectricit par communication: laissez pendre  son autre bout un
fil-d'archal ou de laiton; pendant qu'on lectrise la verge de fer,
tenez d'une main un vase de verre rond & en partie plein d'eau dans
laquelle plonge le fil de mtal suspendu: avec l'autre main essayez
d'exciter une tincelle  tel endroit que vous voudrez de la verge de
fer ou du fil de mtal qui pend au bout & qui plonge dans l'eau du vase;
vous ressentirez une commotion trs-forte & trs-subite dans les deux
bras, dans la poitrine & dans tout le corps. Le coup est plus fort quand
le globe est plus gros, plus frott, quand le vase qui contient l'eau
est plus large, quand la verge de fer qui conduit l'lectricit, est
plus grande, ensorte qu'on pourroit blesser, peut-tre mme tuer
quelqu'un qui s'y exposeroit imprudemment.

Le bruit de cette exprience se rpandit bientt dans tout le monde
savant: elle exera l'industrie des Physiciens, & tout le monde voulut
tre Physicien. Chacun la rpta, & fit tout son possible pour y
ajouter. On trouva bientt le moyen d'en rendre l'appareil plus simple &
plus commode; au lieu de suspendre la verge de fer prs du globe &  la
mme hauteur, on la tient plus leve, & on laisse pendre de son
extrmit voisine du globe une bande de mtal bien mince ou un fil de
fer qui touche l'quateur du globe pendant qu'il tourne sur son axe &
qu'il est frott. La verge s'lectrise aussi promptement & aussi
fortement par cette mthode que par celle de M. Muschenbroek, & le globe
est plus en suret.

On se sert d'une bouteille de verre mince: on la remplit d'eau jusqu'au
collet, & on la bouche d'un bouchon de lige travers d'un fil-d'archal,
qui y reste fix de telle manire qu'une partie de ce fil-d'archal est
plonge dans l'eau de la bouteille, & une autre partie est au-dessus du
bouchon, courbe en crochet. Par ce moyen on peut suspendre la bouteille
 la verge de fer, en l'y accrochant, ou l'en sparer  volont, quand
elle est charge d'lectricit.... On peut aussi l'lectriser  la main,
sans la suspendre  la verge de fer, & mme sans se servir de cette
verge. Il ne s'agit que d'en prsenter le crochet ou auprs de la verge
ou auprs du globe dans le temps qu'il est en mouvement & qu'il est
frott.... On peut de mme dcharger la bouteille lectrise sans le
secours de la verge de fer, en tenant la bouteille dans une main, & cela
de trois manires, par l'exprience de Leyde, par l'approche d'un corps
non-lectrique, ou par l'opposition d'une pointe non-lectrique. Dans le
premier cas il ne faut que tirer une tincelle du fil-d'archal avec
l'autre main: l'on reoit la commotion, & la bouteille est dcharge 
l'instant; dans le second l'on approche le fil-d'archal d'un corps
non-lectrique pour tirer l'tincelle; mais il faut avoir attention  ne
pas tenir ce corps de l'autre main, car on seroit frapp; dans le
troisime cas il ne s'agit que d'opposer  quelques pouces de distance
du crochet une pointe de mtal, comme celle d'une aiguille, d'un
poinon, &c. la bouteille se dchargera lentement & insensiblement sans
bruit, sans explosion & sans commotion. On voit dans les tems favorables
la pointe d'une aiguille tirer le feu lectrique  plus de six pieds de
la bouteille, & cela s'apperoit par une petite lumire qui parot dans
l'obscurit  la pointe de l'aiguille.

Quand la bouteille prpare, comme on vient de le dire, est bien
lectrise, on peut la transporter fort loin, ou la garder plusieurs
jours dans cet tat, sans qu'elle perde beaucoup de sa force lectrique;
il n'y a point d'autre prcaution  prendre que de la dposer sur un
corps lectrique, dans un endroit qui ne soit pas trop expos 
l'humidit de l'air ou  la poussire.

L'on a trouv ensuite que dans l'exprience de Leyde, si au lieu d'une
seule personne, on forme un grand cercle ou une chane de plusieurs, en
quelque nombre que ce soit, qui se tiennent tous par la main: que le
premier de la chane soutienne par le fond la bouteille lectrise, &
que le dernier tire une tincelle du fil-d'archal, ils sentiront tous au
mme instant la commotion dans les bras & dans la poitrine. Cette
exprience a t faite  Versailles devant le Roi sur deux cens quarante
personnes  la fois. Le mme effet s'ensuivroit encore si les acteurs,
au lieu de se tenir par la main, toient joints ensemble par des fils ou
des chanes de mtal, par l'eau tranquille d'un grand vase ou mme d'un
bassin, dans laquelle ils auroient les mains plonges.

L'on a de mme dcouvert que la force de l'lectricit est plus grande,
lorsque la verge de fer, que l'on nomme le _premier conducteur_, est
plus longue; que l'tendu en superficie du premier conducteur contribu
davantage  l'augmentation de cette force que son tendu en solidit &
que la longueur est celle des trois dimensions qui lui est la plus
favorable.

Il n'y a presque personne qui ne sache que la propagation du son n'est
point aussi rapide que celle de la lumire. Si l'on voit tirer une pice
de canon de quelques centaines de toises, on apperoit la flamme sortir
de son embouchure long-tems avant d'en entendre le coup; en gnral plus
l'on est loign, plus on remarque de distance entre l'un & l'autre. Il
est cependant certain que dans ce cas la lumire & le son partent en
mme tems; mais l'air qui nous en transmet les sensations est plus
facilement branl par l'un que par l'autre; & l'on est venu  bout de
connotre cette diffrence. C'est dans la mme vu qu'un savant
Physicien[2] a voulu prouver comment se fait la propagation de
l'lectricit dans les corps  qui on la communique; si cette
propagation est instantane du moins sensiblement, ou si elle se fait
dans un temps perceptible.

[Note 2: M. le Monnier, mdecin,  qui on est redevable de la plupart
des dcouvertes prcdentes, _Hist. de l'Acad. R. des Scienc._ 1746.]

Pour s'en assurer, aprs quelques tentatives, dont le rsultat ne lui
parut pas assez dcisif, M. le Monnier disposa deux fils de fer
parallles autour d'un grand clos; chacun d'eux avoit neuf cens
cinquante toises, & leurs quatre extrmits se trouvoient  un des
angles de ce clos, voisines les unes des autres; un homme prit un bout
de chacun de ces fils de chaque main; par ce moyen il se forma une
communication de l'un  l'autre, & ils ne firent plus qu'un seul corps
de 1900. toises de long, au milieu duquel toit plac l'homme qui tenoit
les deux bouts des fils.

Par l'arrangement que nous venons de dcrire, cet homme, quoique plac
au milieu de la longueur totale du corps  lectriser, toit trs-voisin
des deux autres bouts, & pouvoit juger aisment s'il sentiroit la
commotion au moment qu'il verroit clater l'tincelle: ce fut
effectivement ce qui arriva. M. le Monnier ayant pris d'une main le bout
d'un des fils de fer, approcha de celui de l'autre fil, le fil-d'archal
de la bouteille lectrique qu'il tenoit de l'autre main; & dans le mme
instant que parut l'tincelle, lui & l'homme placs au milieu de la
longueur des fils de fer, ressentirent la commotion, sans qu'il ft
jamais possible d'appercevoir le plus petit intervalle de tems entre
l'tincelle & le coup, quoiqu'il et t facile de discerner jusqu' un
quart de seconde s'il s'y toit trouv.

Le mme Physicien, pour acqurir une preuve encore plus complette de ce
phnomne, fit quelque tems aprs une autre exprience un peu
diffrente, dont le succs lui confirma celui de la prcdente. Ayant
choisi un endroit commode dans une plaine des environs de Paris, il
l'entoura d'un fil de fer de quatre mille toises de longueur qui font
deux lieus. Les deux extrmits de ce fil furent disposes  six ou
sept pieds de distance l'une de l'autre. Pendant que M. le Monnier
tenoit dans sa main l'un des bouts de ce fil de fer, un autre
observateur qui portoit la bouteille lectrique approcha le fil-d'archal
de cette bouteille de l'autre bout du fil de fer. Dans le mme instant
les deux observateurs ressentirent la commotion dans les bras dont ils
tenoient l'un le fil de fer & l'autre la bouteille. La commotion est
moins forte dans cette exprience qu'elle ne l'est dans la prcdente,
parce que sa violence est partage entre les deux observateurs; chacun
n'prouve qu'environ la moiti de la commotion qu'il ressentiroit, si le
cercle de communication de l'un  l'autre toit achev; mais le rsultat
n'en est pas moins sr pour le but qu'on s'toit propos. L'exprience
fut rpte, & le mme effet s'ensuivit toujours galement, sans qu'on
pt trouver le moindre instant saisissable entre l'apparition de
l'tincelle & la sensation du choc. Ainsi l'lectricit parcourut une
espace de deux lieus dans un instant imperceptible. On ne remarqua pas
non plus la moindre diffrence de force entre la commotion qui se fit
sentir  l'un des observateurs & celle qui se fit sentir  l'autre,
quoiqu'ils ne se communiquassent que par le fil de fer de quatre mille
toises de longueur.

Si ces expriences ne prouvent pas que la propagation de l'lectricit
est instantane, elles font voir du moins que les coulemens de la
matire lectrique se portent avec une rapidit inconcevable, &
apparemment gale  celle de la lumire le long des corps
non-lectriques: elles servent de confirmation  la premire dcouverte
de Boyle, que l'air n'y a point de part: & elles ajoutent beaucoup 
l'analogie que M. Hales[3] a trouve entre les effets de l'lectricit &
ceux du tonnerre. On verra bientt ce que l'on doit penser de cette
analogie.

[Note 3: Considrations sur la cause Physique des tremblemens de terre.]

Il arrive souvent, lorsqu'on lectrise la bouteille avec excs, ou qu'on
la soutient par le fond tant trop fortement lectrise, qu'elle se
dcharge d'elle-mme dans la main de celui qui la tient, sans qu'il
approche son autre main du fil de fer de cette bouteille, ni du premier
conducteur. Il sort alors une forte tincelle du fond de la bouteille, &
il se fait une puissante commotion. Il est arriv  plusieurs de
recevoir de cette manire un choc si violent qu'ils en ont t
renverss, & qu'il leur en est rest dans toutes les parties du corps un
tremblement qui a dur trois ou quatre jours. Ils ont aussi ressenti
pendant long-tems l'impression que la violence de l'tincelle leur avoit
faite au doigt, & en ont port long-tems temps une marque noire
semblable  celle d'une brlure.

Il arrive encore quelquefois qu'en chargeant la bouteille auprs du
globe, elle fait explosion & se casse; celui qui la tient reoit dans
cet instant une violente commotion: aprs cette explosion la bouteille
se trouve perce au ct d'un trou exactement rond ordinairement sans
flure, dont on est averti par l'coulement de l'eau qu'elle contenoit.
Il est aussi arriv plus d'une fois que le globe lui-mme a fait
explosion & s'est bris en mme tems que la bouteille; quelques-uns de
ses fragmens ont paru avoir t lancs avec autant de force que des
clats de bombe. Il est plus sr de ne charger la bouteille qu'auprs du
premier conducteur.

Si un homme est si rudement frapp d'un coup d'lectricit qu'il puisse
mme en tre renvers, & en ressentir les effets pendant plusieurs
jours, doit-on s'tonner que de petits animaux puissent en tre tus?
Presque tous ceux qui ont rpt l'exprience de Leyde, en ont fait
l'preuve avec succs.

La mdecine  su plusieurs fois tirer parti des choses qui sembloient
les plus opposes  son but, & convertir en remdes salutaires des
substances qui avoient de tout tems t reconnus pour des poisons
dangereux; la philosophie  son exemple a essay de faire servir 
l'utilit des hommes ce qui peut leur tre nuisible ou qui parot tout
au moins inutile pour la sant: elle a tent d'appliquer  la gurison
des maladies, ce qui peut donner la mort. Quel but plus noble les
Sciences peuvent-elles se proposer? l'extrait d'une lettre de M.
Jallabert clbre Professeur de Philosophie  Genve insr dans le
Journal des Savans pour le mois de Mai 1748. fait foi du dessein, de
l'preuve & du succs.

On m'amena, dit M. Jallabert, le 26. Dcembre un nomm Nogus
paralytique du bras droit depuis prs de quinze ans; outre la perte du
sentiment & du mouvement, le bras & l'avant-bras toient extrmement
maigres. Nous exposmes d'abord, Mr. Guiot Chirurgien & moi  l'preuve
de la commotion, la main paralytique attach au vase; la violence du
coup porta principalement au haut de l'paule. Je fis ensuite dcouvrir
le bras paralytique, & l'homme tant plac sur de la poix, & vivement
lectris, je vis sortir des tincelles de divers endroits du bras; nous
apermes d'abord que les muscles d'o elles partoient, toient agits
de mouvemens convulsifs: bientt aprs nous les vmes mouvoir
successivement & en diffrens sens l'avant-bras, le carpe & les doigts,
suivant que nous tirions l'tincelle de tel ou tel muscle.

Je me mis  la place du paralytique, & j'observai que les muscles & les
parties auxquelles ils aboutissent se mouvoient quand on en tiroit une
tincelle, sans qu'il ft en mon pouvoir de l'empcher, & que suivant
que l'on tiroit une tincelle, par exemple, des muscles extenseurs ou
flchisseurs du carpe ou des doigts, ils se baissoient ou s'levoient en
sens opposs. Cette observation me donna quelqu'esprance pour le
paralytique, & aprs l'avoir souvent expos aux tincelles lectriques &
quelquefois  la commotion, je remarquai des changemens en bien, & le
10. Janvier le bras paralytique avoit beaucoup d'embonpoint, le malade
commenoit  tendre les doigts. Le 24. Janvier les mouvemens de
l'avant-bras & du bras se faisoient mieux, il approchoit la main de son
chapeau. Le 30. Janvier il avoit tir son chapeau; l'avant-bras affect
toit aussi rempli de chair que l'avant bras sain, & le bras augmentoit
considrablement; le poignet pouvoit faire les diffrens mouvemens, lors
mme que la main toit charge d'une bouteille tenant un pinte. Une
lettre de Genve du 28. Fvrier porte que le paralytique tiroit son
chapeau sans peine, qu'il manioit de gros marteaux, & qu'il comptoit
pouvoir forger en peu de jours.

Il a t soutenu[4] en l'anne 1751. dans l'Universit de Prague en
Bohme, une Thse de mdecine sur l'utilit de l'lectricit pour la
gurison des maladies. Quoique les expriences & les observations dont
cette thse est remplie, n'ayent pas toutes le mrite de la nouveaut,
elles sont trop intressantes par leur objet & par l'ordre dans lequel
elles sont rapportes, pour ne pas trouver place dans cette histoire.
Aprs avoir examin les effets de l'lectricit tant sur les corps
fluides, que sur les corps solides en gnral qui ont t exposs  son
action, & aprs avoir prouv par des expriences suivies & compares que
l'lectricit augmente l'vaporation naturelle de la plupart des uns, &
la transpiration insensible des autres: aprs avoir expliqu comment &
pourquoi l'lectricit acclre l'coulement des liqueurs dans les
tuyaux capillaires dont elle rend les jets continus & divergens, &
qu'elle ne produit pas le mme effet dans des tuyaux d'un plus grand
diamtre[5]: aprs avoir fait voir par une exprience dj connu que la
vgtation des plantes est avance par l'lectricit: enfin aprs avoir
dmontr par le rsultat de quantit d'expriences combines & rptes
de diffrentes manires en diffrens tems sur des corps anims de
diffrens genres, que l'lectricit augmente la transpiration des
animaux en favorisant en eux le mouvement des fluides & l'action tonique
des solides, l'auteur de cette thse pour rechercher les maladies
auxquelles l'_lectrisation_ pourroit servir de remde, prend pour
exemple la paralysie dont il examine en dtail les diffrens symptmes &
les diffrens effets. Aprs avoir cit l'opinion d'un fameux
Professeur[6] en mdecine de Montpellier, qui prtend que le fluide
nerveux n'est autre chose que le fluide lectrique. Il rapporte les
raisons qui appuyent cette conjecture & adopte son sentiment. Il ne
doute mme pas que ce fluide qui parcourt les nerfs avec une vtesse
incomprhensible, pour mettre les muscles en mouvement au premier ordre
de la volont, n'ait la plus grande part  l'origine,  la vigueur & 
l'entretien de la chaleur naturelle. De l il passe aux diverses
mthodes de traiter les paralysies, & n'oublie pas celle d'y appliquer
l'lectricit. Il en prouve l'efficacit par le traitement
circonstanci, par le changement en mieux & par la gurison parfaite de
quatre paralytiques, par le soulagement d'un rhumatisme trs-douloureux,
par la rsolution des nodus & le rtablissement des forces d'un gouteux
& d'un autre malade privs l'un & l'autre de l'usage de leurs membres.
Enfin il termine sa dissertation par les positions suivantes.

[Note 4: Par M. J. Bohadsch.]

[Note 5: Il est vraisemblable que cette diffrence ne vient que de ce
que les coulemens de la matire lectrique ne sont pas aussi abondans
que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux. Si l'lectricit toit
assez forte & assez abondante, elle acclreroit, diviseroit & rendroit
divergens les jets de toute sorte de tuyaux galement.]

[Note 6: M. de Sauvages.]

I. _Electricitas in arte medic est adhibenda._

II. _Electricitas auget naturalem animalium transpirationem._

III. _Hc acceleratio transpirationis in hominibus fit per vasa
capillaria exhalantia, & non per glandulas subcutaneas._

IV. _Fluidum nerveum fluidum electricum dici potest._

V. _Nervi sensorii  motoriis non sunt distincti._

VI. _Hemiplegi causa proxima est immeabilitas fluidi nervei per
nervos._

VII. _Hemiglegia pr reliquis_ _morbis electrisatione curanda._

VIII. _Etiam febris intermittens electrisatione debellari potest._ &c.
&c.

Il a paru dans les nouvelles publiques des annes 1753. & 1754. des
relations dtailles de diverses gurisons opres par l'lectricit sur
des sourds & des aveugles en diffrentes contres de l'Europe. Malgr
les autorits dont elle toient revtus, quoique quelques-unes de ces
gurisons m'ayent t attestes par un jeune mdecin Sudois[7] qui
avoit apport  Paris un excellent globe dans l'intention d'y faire des
miracles, elles n'ont point assez gagn ma confiance pour me parotre
mriter d'avoir place dans cette histoire.

[Note 7: M. Lindulf.]

La persuasion o l'on est que la matire lectrique pntre les corps
auxquels on la communique, de mme que ceux qui la contiennent
naturellement, a encore donn occasion d'imaginer des moyens pour en
tirer de l'utilit. On a pens que si elle pntre les parties du corps
humain, auxquelles elle n'est par elle-mme capable que de donner de
l'branlement, elle pourroit servir de vhicule  des remdes que l'on
voudroit faire passer dans l'intrieur de ces parties. De quel avantage
ne seroit pas cette proprit, si elle se trouvoit avoir quelque
ralit? On trouvera dans la suite de cet ouvrage ce que l'on doit
attendre de cette ide.

M. Bose clbre Professeur de Physique  Wittemberg rapporte une
exprience qui a vainement occup la plupart des Physiciens. Un enfant
ou un adulte plac sur un gteau de rsine touche de la main le globe ou
la poigne d'une pe actuellement lectrise par sa pointe auprs du
globe, il acquiert en peu de tems une si grande quantit de feu
lectrique que d'abord ses pieds, ensuite ses jambes, ses genoux & enfin
tout son corps paroissent dans l'obscurit en tre environns de tous
cts comme d'un nuage lumineux semblable  la gloire dont les peintres
entourent le portrait d'un saint. C'est pour cette raison que l'auteur a
nomm cette exprience la _Batification_. Tous ceux qui l'ont tente se
plaignent de ce que M. Bose n'en a pas donn un dtail assez
circonstanci. Il avou aussi lui-mme qu'elle lui a souvent manqu.
L'on conoit en effet qu'il faut un tems & des circonstances bien
favorables pour pouvoir accumuler sur un homme une assez grande quantit
de feu lectrique pour l'environner depuis les pieds jusqu' la tte
d'une atmosphre lumineuse & bien visible.

Le mme M. Bose avoit avanc dans son quatrime commentaire sur
l'lectricit qu'il dsesproit que l'on pt trouver une mesure exacte
des forces de l'lectricit. L'on a reconnu que sa conjecture toit
hazarde. Quand on n'auroit pas l'ingnieux instrument que MM. d'Arcy &
le Roy ont invent & excut pour mesurer la force de l'lectricit,
auquel ils ont pour cette raison donn le nom d'_lectromtre_,[8] on
trouveroit dans les expriences de M. Franklin de quoi y suppler. Cet
auteur a donn (Lettre V. . 55. & 56.) la description de deux fortes de
rous lectriques qui, quoiqu'elles n'ayent pas t imagines  cette
intention, peuvent tre regardes comme d'excellens lectromtres. Il
fait servir dans chacune de ces machines la seule vertu attractive de
l'lectricit de deux manires diffrentes activement & passivement. Ces
deux effets se succdant alternativement contribunt galement au
mouvement circulaire des rous. Il seroit inutile d'en rapporter ici la
construction & le dtail que l'on trouvera tome premier, pag. 172-183.
Il suffit de dire que ces rous sont mises en mouvement par la seule
force de l'lectricit, & qu'elles font chacune sur leur axe plus ou
moins de rvolutions,  proportion que ces rous ou les bouteilles sont
plus ou moins charges d'lectricit. Ainsi sans tre, comme le dit M.
Bose _audaculus_ & [Grec: achmerutos], on pourra assurer que tel ou tel
degr de force lectrique est double, triple, quadruple de tel ou tel
autre. Quel privilge lui paroissoit avoir l'lectricit, pour tre la
seule chose physique qui ne ft pas soumise  l'empire du calcul?

[Note 8: Voyez Mm. de l'Acad. R. des Scienc. 1749. pag. 63.]

Ainsi depuis l'exprience de M. Cuneus vulgairement appelle exprience
de Leyde, les connoissances sur l'lectricit ont plus fait de progrs
qu'elles n'en avoient fait auparavant. Les Physiciens ont travaill &
travaillent sans relche  ajouter aux dcouvertes qui ont t faites
sur ce sujet. Les uns, sans songer que la matire n'est point encore
assez prpare, & qu'il n'y a pas encore assez de faits connus, font
tous leurs efforts pour pntrer les mystres de l'lectricit & pour en
expliquer la nature; d'autres s'appliquent  lui chercher de nouvelles
proprits, & pour cela s'en tiennent modestement aux expriences,
d'autres enfin en proposant leurs conjectures, font voir des rapports
videns entre les phnomnes les plus communs des mtores & ceux de
l'lectricit.

M. Franklin, sans prtendre  la premire de ces classes, occupe une
place de distinction dans les deux dernires avec les Physiciens qui se
sont le plus avancs dans cette carrire; mais il les laisse bien loin
derrire lui. Une seule des dcouvertes qu'il a faites dans cette
nouvelle terre, suffira pour donner une ide de la sagesse, de la
grandeur & de la finesse de ses ves. tant venu  bout de fondre, &
mme de vitrifier les mtaux d'un coup d'lectricit, il compare ce
phnomne avec un effet tout semblable du tonnerre; c'est celui de
fondre l'argent dans une bourse & une lame d'pe dans le fourreau.
Conduit par cette observation & par une infinit d'autres rapproches
avec sagacit, il dcouvre une analogie surprenante entre l'lectricit
& la foudre: il fait voir par des raisons solides que le feu lectrique
& le feu du ciel sont le mme lment bien diffrent du feu commun,
quoiqu'il puisse le produire. Celui-ci ennemi de l'eau ne subsiste que
dans l'air libre, & n'agit que par sa chaleur; celui-l au contraire
s'unit  l'eau, se maintient dans le vuide, & opre sans chaleur. Il y a
beaucoup d'apparence que c'est le vritable feu lmentaire, dont le feu
commun n'est que l'image imparfaite.

Convaincu lui-mme par la force de ses preuves, sans pourtant en tre
bloi, notre auteur dveloppe en consquence la nature & la formation
du plus redoutable des mtores. Se rappellant ensuite le pouvoir
admirable qu'ont les pointes de tirer imperceptiblement le feu
lectrique des corps o il se trouve dans un mouvement actuel, &
profitant adroitement de cet avantage, il va jusqu' indiquer des moyens
par lesquels on pourroit dissiper le tonnerre, & par-l nous garantir de
ses funestes effets.

En suivant les principes de M. Franklin que je me suis rendus propres,
en examinant ses observations que j'ai rptes & approfondies, en
dfrant  ses conjectures auxquelles j'ai ajout les miennes, en
joignant  ses probabilits celles que j'ai recueillies d'ailleurs, en
un mot en entrant dans toutes ses vus, je me suis persuad que la
matire du tonnerre devoit tre la mme que celle de l'lectricit. Le
feu S. Elme & la lumire que l'on aperoit sur des pointes mtalliques 
l'approche des orages, celle entr'autres dont il est dit dans les
Commentaires de Csar, _edem nocte quint legionis pilorum cacumina su
sponte arserunt_, m'ont sembl tre la mme chose que l'aigrette que
montre une pointe dans les expriences lectriques. Enfin mes rflexions
m'avoient tellement affermi dans cette opinion, que quand mme le succs
n'et pas rpondu  mon attente, je n'aurois p y renoncer. Il
s'agissoit d'en avoir une confirmation tire de l'exprience; je ne fus
pas long-tems  l'attendre.

Aprs avoir fait dresser en Avril 1752. l'appareil dont on trouvera la
description dans le second tome de cet ouvrage pag. 67. & suiv. Il
arriva le 10. Mai suivant un orage qui auroit pleinement satisfait 
tous mes dsirs, si j'avois p tre tmoin occulaire des observations
qui s'y firent en mon absence. Ceux  qui j'avois laiss le soin de mon
exprience avec les instructions ncessaires, virent l'lectricit
naturelle & furent les premiers  recueillir le feu du ciel. La nouvelle
m'en fut apporte ds le soir mme, & j'en rendis compte deux jours
aprs  l'Acadmie Royale des Sciences. La plupart des Membres de cette
clbre Compagnie eurent la politesse de me faire compliment sur mon
mmoire & de m'assurer que jamais il n'en avoit paru aucun qui et t
cout avec autant d'attention ni aucune exprience dont le rapport et
donn autant de satisfaction; elle prit ds-lors le nom du lieu de sa
naissance, & un Physicien des plus renomms vaincu par des observations
gnrales ne put s'empcher de publier quelque tems aprs que
l'exprience de Marly-la-Ville, de mme que celle de Leyde, feroit
poque dans l'histoire de l'lectricit.

Le bruit de cette dcouverte se rpandit bientt dans toute l'Europe &
mme dans toute la terre. L'exprience fut rpte avec le mme succs
dans tous endroits o elle fut tente. On imagina des moyens fort
ingnieux pour dresser en l'air des pointes mtalliques, & pour les
faire communiquer dans les appartemens sans rien perdre de la matire
dont elles se chargeroient; la petite sonnerie qu'on y ajota, est
l'expdient le plus simple & le plus sr pour tre averti en tous tems
de la prsence de cette matire & de l'approche des nuages qui en
occasionnent l'apparition. Le carillon procure encore un autre avantage
plus important dont nous allons parler.

Les prcautions que j'avois prises pour me garantir de tout accident
fcheux dans la premire tentative de cet exprience, ne touchrent pas
sans doute galement tous ceux qui entreprirent de la rpter. Le
malheur d'un clbre Professeur de Physique  Petersbourg montra en mme
tems combien il est dangereux de les ngliger, & combien en gnral nous
devons tre redevables  ceux qui ont cherch  tendre nos
connoissances par les premiers essais des choses.

Les relations de la mort de M. Richman qui furent mises dans les
nouvelles publiques de 1753. nous ont bien appris qu'il avoit t tu
d'un coup d'lectricit naturelle; mais on ignore si le tonnerre est
rellement tomb sur son appareil lectrique, ou s'il n'a t frapp que
par l'explosion de la matire dont sa barre de fer trop bien isole se
trouva surcharge. L'exemple de ce qui est arriv  plusieurs autres en
pareilles circonstances, me fait pancher vers ce dernier sentiment. Dans
l'un & l'autre cas; sans cesser de plaindre son malheur, je ne puis en
attribuer la cause qu' son dfaut d'attention & de prcaution. S'il y
et eu une dcharge mtallique  un ou deux pouces de l'appareil, elle
en auroit reu la matire lectrique surabondante, & n'y en auroit
laiss qu'autant qu'il en falloit pour faire les expriences
ncessaires, & jamais assez pour frapper  une distance de quatre
pouces, qui est celle o l'on dit que M. Richman a reu le coup fatal.
Le carillon dont nous avons parl ci-devant, et t une dcharge plus
que suffisante pour lui sauver la vie.

Dans le tems que la Physique rcompensoit si mal les soins d'un Savant
empress  pntrer ses secrets, je continuois  faire mes observations
tant sur l'lectricit naturelle que sur l'artificielle. Je n'y tois
pas plus encourag par mes premiers succs & par le commerce de Mr.
Franklin que par le vif intrt qu'y prenoient plusieurs amis du premier
ordre qui travailloient souvent avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit pri
de lui aider  former un cabinet lectrique complet; je n'avois rien
pargn pour lui donner satisfaction. Le premier fruit qu'il en retira,
fut le succs de mon exprience du tonnerre artificiel sur une glace de
1200. pouces quarrs, dont il fut enchant.

Cette glace est des plus parfaites & des plus minces, bien polie, en
quarr long, tame des deux cts & affermie sur un fort cadre de bois.
Sur le teint de sa surface antrieure, j'ai trac tout autour une
bordure d'environ trois pouces de largeur, & avec un cizeau de cuivre
j'en ai enlev l'tain, en observant d'arrondir les angles & de ne point
laisser de bavures en pointes dans tout le circuit. En voil toute la
prparation.

L'exprience consiste  lectriser cette glace ainsi prpare, en
laissant tomber une petite chane du premier conducteur sur le milieu de
sa surface antrieure. Si le tems est favorable & que l'on soit dans
l'obscurit, aprs douze ou quinze tours de rou on apperoit sur les
bords de l'tain quelques tincelles, qui augmentant peu  peu en nombre
& en force, reprsentent assez bien un ciel tout enflamm, tel que celui
qui prcde les grands orages. En continuant & mme en forant
l'lectrisation, tout cela se termine par une violente explosion qui
fait avec le plus brillant clair un bruit aussi clatant que celui du
plus fort coup de fouet.

Aprs cette explosion, l'on trouve  l'endroit o elle s'est faite sur
la glace une trace blanchtre plus ou moins apparente assez
ordinairement en zic-zac, qui traverse la bordure dcouverte depuis le
bord de l'tain jusqu'au cadre sous lequel elle va se perdre. En passant
le doigt ou l'ongle dessus on sent que la glace est dpolie & raboteuse
en cet endroit, ce qui prouve videmment que la matire lectrique
pntre le verre sans le traverser.

Si, immdiatement aprs l'explosion on approchoit le nez de l'endroit o
elle s'est faite, l'on y sentiroit une odeur de soufre trs-frappante.
Cette odeur est si volatile qu'elle s'exhale en peu de tems, & il ne
faut que deux ou trois explosions pour en remplir toute la chambre,
quelque grande qu'elle puisse tre. Il n'y a personne qui ne reconnoisse
 tous ces traits le plus redoutable des mtores; c'est la raison pour
laquelle on a donn  cette exprience le nom de tonnerre artificiel. Il
est trs-possible d'en tirer des effets aussi surprenans que ceux du
tonnerre naturel.

C'est avec cette glace que j'ai perc d'un coup d'lectricit jusqu'
cent soixante feilles de papier fin; elle m'a aussi servi  enflammer
la poudre  canon froide; mais je trouve plus commode l'usage des grands
vases de verre bien arms.

Dans la premire ide que M. Franklin s'toit forme de la nature du
tonnerre, il avoit suppos que les nuages orageux toient lectriss
positivement, & c'est sur cette hypothse qu'il avoit tabli sa premire
Thorie; ds qu'il a reconnu que l'lectricit des nuages est ngative
bien plus souvent qu'elle n'est positive, il n'a pas hsit  changer
d'opinion; loin d'tre plus attach  sa nouvelle conjecture qu'il ne
l'avoit t  la premire, il la donne pour ce qu'elle est & propose
lui-mme les objections qui peuvent l'embarrasser.

C'est avec la mme franchise qu'il se rend aux dcouvertes d'autrui. On
lui apprend que l'lectricit du soufre parot d'une nature diffrente
de celle du verre; il se met sur le champ  rpter les expriences qui
peuvent constater le fait, & convaincu par lui-mme de la vrit, il en
laisse toute la gloire  son mule.

Avec le secours des grands vases multiplis, M. Franklin est parvenu 
aimanter des aiguilles,  en changer les ples  volont, &  dmontrer
par ces merveilles que la vertu magntique n'est qu'un effet
d'lectricit. Peut-tre la pierre d'aimant elle-mme n'est-elle devenu
aimant que par un pareil effet de l'lectricit naturelle. Quoi qu'il en
soit, le magntisme a t communiqu par les expriences faites  Paris,
de mme qu'il l'avoit t par celles de Philadelphie.

On s'attend bien que ces dernires dcouvertes feront reprendre la plume
aux critiques de M. Franklin. Pourquoi auroient-elles plus de privilge
que toutes les autres du mme auteur? Ds que son premier ouvrage parut,
il fut vivement attaqu; & comme l'on trouvoit peu de prise sur le fond,
on n'pargna rien pour tourner en ridicule ceux qui en toient les
partisans. Cette guerre littraire n'est point encore teinte, &
vraisemblablement ne finira pas sitt, puisque le plus ardent de nos
adversaires abandonnant sa premire attaque est forc de revenir sur ses
pas, de changer de batterie & de recommencer sur nouveaux frais. Il n'en
est encore qu' l'examen des tincelles lectriques. S'il suit l'ordre
des expriences, quand il arrivera  ces dernires, elles ne seront plus
nouvelles que pour lui.




PRFACE
DE
L'DITEUR ANGLOIS.


_Il est  propos d'avertir le Lecteur que les observations & les
expriences suivantes n'ont pas t faites dans le dessein d'tre
donnes au public. Elles avoient t communiques en divers tems 
quelques amis particuliers, & n'toient destines qu' leur servir
d'amusement, la plupart mme se trouvent dans des lettres crites sur
diffrens sujets._

_Mais ayant t lus  quelques personnes fort verses dans les
recherches lectriques, toutes ont jug qu'elles contenoient tant de
particuliarits curieuses & intressantes, relativement  la matire en
question, que ce seroit faire une espce d'injustice au public, de les
renfermer dans les bornes d'un petit cercle d'amis._

_C'est pourquoi l'diteur avoit pris sur lui de faire imprimer ces
extraits de lettres & autres pices dtaches dans l'tat qu'elles lui
toient tombes entre les mains, sans avoir demand  l'ingnieux auteur
la permission d'en user de la sorte. Il avoit fait cette dmarche avec
d'autant moins de scrupule, qu'il apprhendoit que les engagemens de
l'auteur dans d'autres affaires plus importantes ne lui laissassent pas
le loisir de donner au public ses rflexions, & ses expriences sur
l'lectricit retouches avec ce soin & cette prcision dont il n'est
pas moins jaloux que capable, comme il est facile de s'en convaincre par
le trait que nous avons sous les yeux._

_On ne l'instruisit de la libert qu'on avoit prise, que lorsque les
premires feilles toient sous la presse, & il n'eut que le tems
d'envoyer quelques nouvelles remarques avec un petit nombre de
corrections & d'augmentations, qui ont t places  la fin de
l'ouvrage, & que l'on peut consulter dans l'occasion._

_Ces expriences sont presque toutes en propre  notre auteur; il les a
conduites avec jugement, & les consquences qu'il en dduit sont
videntes, & dcisives, quoique proposes quelquefois sous les termes
modestes d'hypothses, & de conjectures._

_En effet la scne qu'il ouvre  nos regards, nous surprend
agrablement, tandis qu'il nous mne par un enchanement de faits, & de
rflxions judicieuses  une cause probable des phnomnes les plus
terribles & qui ont t expliqus jusqu'ici avec le moins de
vraisemblance._

_Il nous dcouvre une matire invisible, subtile, rpandu dans toute la
nature en diffrentes proportions, qui avoit chapp  nos observations,
& qui est incapable de nuire lorsque tous les corps auxquels elle est
adhrente, en sont galement chargs. Il prouve nanmoins que si par
quelque moyen que ce soit, il s'en fait une distribution ingale, s'il y
a accumulation sur une partie de l'espace, & qu'il y ait sur l'autre une
moindre proportion, un vuide, un puisement,  l'approche immdiate d'un
corps capable de conduire la partie accumule  l'espace altr, cette
matire devient peut-tre l'agent le plus formidable, & le plus
irrsistible qui soit dans l'univers. Les animaux en sont subitement
frapps  mort: les corps impntrables  la plus grande force que nous
connoissions, en sont cribls, & les mtaux fondus en un instant._

_Les effets analogues de la foudre & de l'lectricit ont conduit notre
auteur  avancer quelques conjectures fort vraisemblables sur la cause
du tonnerre, &  proposer en mme tems quelques expriences raisonnes
pour nous prserver de ses effets pernicieux & garantir les choses qui
sont le plus exposes  en ressentir les atteintes: circonstance
assurment trs-importante pour le public & digne par consquent de la
plus srieuse attention._

_Il toit pass en mode depuis quelque tems d'attribuer  l'lectricit
toutes les grandes & extraordinaires oprations de la nature; telles que
la foudre & les tremblemens de terre; ce n'est pas (comme on pourroit se
l'imaginer par la manire dont on raisonne sur ces vnemens) que les
auteurs de ces systmes eussent dcouvert quelque connxion entre la
cause & l'effet, ou donn la raison de leur dpendance rciproque, mais
seulement ( ce qu'il paroit) parce qu'ils ne connoissoient aucun autre
agent dont la liaison avec les effets ne pt tre positivement dmontre
impossible._

_Mais le lecteur sera pleinement satisfait sur ces circonstances, & sur
plusieurs autres non moins intressantes, par la lecture des lettres qui
suivent, & auxquelles l'diteur n'hsite point de le renvoyer avec
confiance._




APPROBATION.

J'ai l par l'ordre de Monseigneur le Chancelier, un Ouvrage intitul:
_Expriences & Observations sur l'lectricit faites  Philadelphie en
Amrique par M. Benjamin Franklin, &c. traduites de l'Anglois par M.
D'Alibard; deuxime dition, &c._ & je n'y ai rien trouv qui m'ait paru
devoir en empcher l'impression.  Paris ce 30.

Mai 1755. PICQUET.




PRIVILGE DU ROI.

Louis, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre:  nos ams &
faux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Matres des
Requtes ordinaires de notre Htel, Grand Conseil, Prevt de Paris,
Baillifs, Snchaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos Justiciers
qu'il appartiendra, SALUT. Notre am _le Sieur D'Alibard_, Nous a fait
exposer qu'il desireroit faire imprimer & donner au Public un Livre qui
a pour titre _Expriences & Observations sur l'lectricit faites 
Philadelphie en Amrique par M. Benjamin Franklin de Philadelphie &
communiques dans plusieurs Lettres  M. Collinson  Londres_, s'il nous
plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilge pour ce ncessaires. 
CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous lui avons
permis & permettons par ces Prsentes, de faire imprimer ledit Livre en
un ou plusieurs volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de le
vendre, faire vendre & dbiter partout notre Royaume pendant le tems _de
six annes conscutives_,  compter du jour de la date des Prsentes:
Faisons dfenses  toutes personnes de quelque qualit & condition
qu'elles soient, d'en introduire d'impression trangere dans aucun lieu
de notre obissance: Comme aussi  tous Libraires & Imprimeurs
d'imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, dbiter, ni
contrefaire ledit Livre, ni d'en faire aucun extrait sous quelque
prtexte que ce soit d'augmentation, correction, changement ou autres,
sans la permission expresse & par crit dudit Exposant, ou de ceux qui
auront droit de lui,  peine de confiscation des exemplaires
contrefaits, de trois mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans, dont un tiers  Nous, un tiers  l'Htel-Dieu de Paris, &
l'autre tiers audit Exposant, ou  celui qui aura droit de lui, & de
tous dpens, dommages & interts;  la charge que ces Prsentes seront
enregistres tout au long sur le registre de la Communaut des Libraires
& Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles; que
l'impression dudit Livre sera faite dans notre Royaume, & non ailleurs,
en bon papier & beaux caractres, conformment  la feille imprime,
attache pour modle sous le contre-scel des prsentes; que l'imptrant
se conformera en tout aux rglemens de la Librairie, & notamment  celui
du 10. Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, l'imprim qui aura
servi de copie  l'impression dudit Livre, sera remis dans le mme tat
o l'approbation y aura t donne, s mains de notre trs-cher & fal
Chevalier Chancelier de France le Sr. de Lamoignon, & qu'il en sera
ensuite remis deux exemplaires dans notre bibliothque publique, un dans
celle de notre Chteau du Louvre, un dans celle de notredit trs-cher &
fal Chevalier Chancelier de France le sieur de Lamoignon, & un dans
celle de notre trs-cher & fal Chevalier Garde des Sceaux de France le
sieur de Machault Commandeur de nos Ordres, le tout  peine de nullit
des prsentes; du contenu desquelles, vous mandons & enjoignons de faire
jouir ledit Exposant & ses ayans causes pleinement & paisiblement, sans
souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empchement. Voulons que
la copie des prsentes qui sera imprime tout au long ou au commencement
ou  la fin dudit Livre, soit tenu pour dement signifie; & qu'aux
copies collationnes par l'un de nos ams & faux Conseillers &
Secrtaires, foi soit ajoute comme  l'original: Commandons au premier
notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'excution
d'icelles, tous actes requis & ncessaires, sans demander autre
permission, & nonobstant clameur de Haro, charte Normande & lettres  ce
contraires. Car tel est notre plaisir. Donn  Versailles le huitime
jour du mois d'Octobre, l'an de grace mil sept cens cinquante-un, & de
notre regne le trente-septime. Par le Roi en son Conseil. _Sign_
SAISON.

_Registr sur le Registre douze de la Chambre Royale des Libraires &
Imprimeurs de Paris, N. 688. fol. 547. conformment au Rglement de
1723. qui fait dfense, art. 4.  toutes personnes de quelque qualit
qu'elles soient, autres que les Libraires & Imprimeurs, de vendre,
dbiter & faire afficher aucuns Livres, pour en vendre en leurs noms,
soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou autrement, &  la charge de
fournir  la susdite Chambre, huit exemplaires prescrits par l'article
08. du mme Rglement.  Paris, ce 24. Dcembre 1751._ LE GRAS, Syndic.




LETTRES
SUR L'LECTRICIT
DE
M. BENJ. FRANKLIN
_de Philadelphie en Amrique_,



M. P. COLLINSON
_de la Socit Royale de Londres_.




LETTRE I.


_29, Juillet 1750_.

MONSIEUR,

Comme vous nous avez engags dans les Expriences lectriques, en
envoyant  notre Socit Littraire un Tube avec les instructions
ncessaires pour s'en servir; & comme notre respectable Fondateur nous a
mis en tat de porter ces Expriences  une plus grande perfection par
le magnifique prsent qu'il nous a fait d'un Laboratoire lectrique
complet, il est convenable que vous soyez l'un & l'autre informs de
tems en tems des progrs que nous faisons  cet gard. Ce fut dans cette
intention que j'crivis, & que je vous envoyais mes premires rflxions
sur ce sujet, desirant, puisque je n'ai point l'honneur d'tre en
correspondance directe avec ce gnreux Bienfaiteur de notre Socit
littraire, qu'elles pssent lui tre communiques par votre entremise.
C'est dans cette mme v que j'cris encore, & que je vous envoye ces
nouvelles observations. Si vous n'y trouvez rien d'intressant (ce qui
est trs-possible, attendu la multitude de savans en Europe qui sont
continuellement occups aux mmes recherches) elles vous prouveront du
moins que nous n'avons pas nglig les instrumens qui nous ont t mis
entre les mains, & que, s'ils ne nous ont pas servi  faire des
dcouvertes intressantes, quelle qu'en puisse tre la cause, ce n'est
pas manque de zle ni d'application.

Je suis, &c. B. FRANKLIN.


OPINIONS
ET
CONJECTURES

_Sur les proprits & sur les effets de la matire lectrique qui
rsultent des Expriences & observations faites  Philadelphie. 1749._

. 1. La matire lectrique est compose de particules extrmement
subtiles, puisqu'elle peut traverser la matire commune, mme les mtaux
les plus denses, avec tant de facilit & de libert qu'elle n'prouve
aucune rsistance sensible.

2. Si quelqu'un doutoit que la matire lectrique passt  travers la
substance des corps, mais seulement sur & le long de leur surface,
l'exprience de Leyde faite avec un grand vase de verre lectris, dont
le coup seroit tir  travers son propre corps suffiroit probablement
pour le convaincre.

3. La matire lectrique diffre de la matire commune en ce que les
parties de celle-ci s'attirent mutuellement, & que les parties de la
premire se repoussent mutuellement; de-l vient la divergence apparante
dans un courant d'coulemens lectriques.

4. Mais quoique les particules de matire lectrique se repoussent l'une
l'autre, elles sont fortement attires par toute autre matire[9]: ceci
doit s'entendre de celle qui en est susceptible.

[Note 9: Voyez les ingnieux essais sur l'lectricit par M. Ellicot
dans les Transact. Phil.]

5. De ces trois choses, savoir l'extrme subtilit de la matire
lectrique, la mutuelle rpulsion de ses parties, & la forte attraction
entr'elles & une autre matire, il en rsulte cet effet, que quand une
quantit de matire lectrique est applique  une masse de matire
commune d'une grosseur & d'une longueur sensibles, qui n'a pas dj
acquis sa quantit, elle se rpand aussitt galement dans la totalit.

6. Ainsi la matire commune est une espce d'ponge pour le fluide
lectrique; une ponge ne recevroit pas l'eau, si les parties de l'eau
n'toient plus petites que les pores de l'ponge: elle ne la recevroit
que bien lentement, s'il n'y avoit pas une attraction mutuelle entre ses
parties & celles de l'ponge: celle-ci s'en imbiberoit plus promptement,
si l'attraction rciproque entre les parties de l'eau n'y mettoit pas un
obstacle, puisqu'il doit y avoir quelque force employe pour les
sparer: enfin l'imbibition seroit trs-rapide, si au lieu d'attraction
il y avoit entre les parties de l'eau une rpulsion mutuelle qui
concourt avec l'attraction de l'ponge. C'est prcisment l le cas o
se trouvent la matire lectrique & la matire commune.

7. Mais dans la matire commune il y a (gnralement parlant) autant de
matire lectrique qu'elle peut en contenir dans sa substance. Si l'on
en ajote davantage, le surplus reste sur la surface, & forme ce que
nous appellons une Atmosphre lectrique, & l'on dit alors que le corps
est lectris.

8. On suppose que toute sorte de matire commune n'attire pas ni ne
retient pas la matire lectrique avec une gale force & une gale
activit pour les raisons que nous donnerons dans la suite, & que les
corps appells originairement lectriques, comme le verre, &c.
l'attirent & la retiennent plus fortement, & en contiennent la plus
grande quantit.

9. Nous savons que le fluide lectrique est dans la matire commune,
parce que nous pouvons le pomper & l'en faire sortir par le moyen du
globe ou du tube: nous savons que la matire commune en a  peu prs
autant qu'elle en peut contenir, parce que, quand nous en ajotons un
peu plus  une portion quelconque, cette quantit ajote n'y entre
point, mais forme une atmosphre lectrique: & nous savons que la
matire commune n'en a pas (gnralement parlant) plus qu'elle n'en peut
contenir; autrement toutes ses parties dtaches se repousseroient l'une
l'autre, comme elles font constamment, lorsqu'elles ont des atmosphres
lectriques.

10. Nous ne sommes pas encore instruits des usages avantageux attachs 
ce fluide lectrique dans la cration, quoique nous ne puissions douter
qu'il n'y en ait, & mme de trs-considrables; mais nous pouvons
apercevoir quelques pernicieuses consquences, qui rsulteroient d'une
plus grande proportion de ce fluide; car si ce globe o nous vivons, en
avoit autant  proportion que nous en pouvons donner  un globe de fer,
de bois, ou autre chose semblable, les particules de poussire, ou
d'autre matire lgre, qui en sont dtaches, non-seulement se
repousseroient l'une l'autre par la vertu de leurs atmosphres
lectriques spares, mais encore seroient repousses de la terre &
seroient difficilement amenes  s'y runir. Ds-l notre air seroit
continuellement & de plus en plus embarrass de matires trangres, &
cesseroit d'tre propre pour la respiration. Cette rflxion nous
prsente une nouvelle occasion d'adorer cette souveraine Sagesse qui a
fait toutes choses avec poids & mesure.

11. Si l'on suppose une portion de matire commune entirement dpourv
de matire lectrique, & que l'on en approche une simple particule de
cette dernire, elle sera attire, entrera dans le corps, & prendra
place dans le centre, ou  l'endroit dans lequel l'attraction est gale
de toutes parts; s'il y entre un plus grand nombre de particules
lectriques, elles prennent leur place dans l'endroit o la balance est
gale entre l'attraction de la matire commune & leur propre rpulsion
mutuelle. On suppose que ces particules forment des triangles dont les
cts se raccourcissent  proportion que leur nombre augmente, jusqu'
ce que la matire commune en ait tant attir que tout son pouvoir de
comprimer les triangles par l'attraction, soit gal  tout leur pouvoir
de s'tendre elles-mmes par la rpulsion, & alors cette portion de
matire n'en recevra plus.

12. Lorsqu'une partie de cette quantit naturelle de fluide lectrique
est chasse d'une portion de matire commune, on suppose que les
triangles forms par le reste s'largissent par la rpulsion mutuelle
des parties jusqu' ce qu'ils occupent cette portion en entier.

13. Lorsque la quantit de fluide lectrique qui a t enleve  une
portion de matire commune, lui est rendu, elle y entre, les triangles
dilats tant comprims de nouveau, jusqu' ce qu'il y ait place pour la
totalit.

14. Pour expliquer ceci, prenez deux pommes ou deux boules de bois, ou
d'autre matire, chacune ayant sa quantit naturelle de fluide
lectrique; suspendez-les au plat-fond par des fils de soye: appliquez
le fil d'archal d'une bouteille bien charge que vous tiendrez  la
main,  l'une de ces boules A. (Fig. 1.) & elle recevra du fil d'archal
une quantit de fluide lectrique, mais elle ne s'en imbibera point, en
tant dj pleine. C'est pourquoi le fluide volera autour de sa surface,
& y formera une atmosphre lectrique. Amenez A en contact avec B, &
elle lui communiquera la moiti du fluide lectrique qu'elle a re; de
sorte que toutes deux auront une atmosphre lectrique, & par consquent
se repousseront l'une l'autre: supprimez ces atmosphres en touchant les
boules, & laissez-les dans leur tat naturel, alors ayant attach un
bton de cire d'Espagne au milieu de la bouteille pour lui servir de
manche, appliquez-en le fil d'archal  A, & qu'en mme-tems les parois
de cette bouteille touchent B; de cette sorte une quantit de fluide
lectrique sera chasse de B, & pousse sur A, ainsi A aura un excs de
ce fluide lectrique qui forme une atmosphre autour de lui, & B sera
priv xactement de cette mme quantit: maintenant ramenez les boules
en contact, & l'atmosphre lectrique ne sera pas divise entre A & B
dans deux plus petites atmosphres comme ci-devant, car B absorbera
toute l'atmosphre de A, & les deux boules se retrouveront dans leur
tat naturel.

15. La forme de l'atmosphre lectrique est celle du corps qu'elle
environne. Cette forme peut tre rendu visible dans un air calme, en
excitant une fume de rsine sche, que l'on versera dans une cuillier 
caff sous le corps lectris; elle sera attire & s'tendra d'elle-mme
galement sur tous les cts, couvrant & cachant le corps. Elle prend
cette forme, parce qu'elle est attire de tous les cts de la surface
du corps, quoiqu'elle ne puisse entrer dans sa substance qui est dj
remplie; sans cette attraction, elle ne demeureroit pas autour du corps,
mais elle se dissiperoit en l'air.

16. L'atmosphre des particules lectriques qui environnent une sphre
lectrise, n'est pas plus dispose  l'abandonner, ni plus aisment
tire d'un ct de la sphre que de l'autre, parce qu'elle est galement
attire de toutes parts. Mais ce cas n'est pas le mme pour les corps
d'une autre figure. Dans un cube elle est plus facilement tire des
angles que des surfaces planes, & ainsi des angles d'un corps de toute
autre figure, & toujours plus facilement de l'angle le plus aigu. Si
donc un corps figur comme A B C D E dans la Fig. 2. est lectris, ou 
une atmosphre qui lui soit communique; & si nous considrons chaque
ct comme une base sur laquelle les particules lectriques reposent, &
par laquelle elles sont attires, on peut voir en imaginant une ligne de
A en F, & une autre de F en G, que la portion d'atmosphre enferme dans
F A E G, a la ligne A E pour base. De mme la portion d'atmosphre
enferme dans H A B I, a la ligne A B pour base, & pareillement la
portion enferme dans K B C L, a B C pour appui, & de mme sur l'autre
ct de la figure. Maintenant si vous tirez cette atmosphre avec
quelque corps poli & mouss, & que vous l'approchiez du milieu du ct
A B, il faut venir fort prs avant que la force de votre attracteur
excde la force ou le pouvoir, avec lequel ce ct maintient son
atmosphre: mais il y a une petite portion entre I B K, qui a moins de
surface pour s'y appuyer & en tre attire que les portions voisines,
tandis qu'il y a d'ailleurs une rpulsion mutuelle entre ses particules
& les particules de ces portions; vous pouvez donc venir  bout de la
tirer avec plus de facilit, &  une plus grande distance. Entre F A H,
il y a une plus grande portion qui a encore une moindre surface pour s'y
appuyer & pour en tre attire; c'est pourquoi vous pouvez toujours
l'enlever plus facilement. Mais la plus grande facilit se rencontre
entre L C M, o la quantit est la plus abondante, & o la surface pour
l'attirer & la retenir est la plus petite. Lorsque vous avez enlev une
de ces portions angulaires du fluide, une autre prend sa place, par un
effet de la fluidit naturelle & de la rpulsion mutuelle dont nous
avons parl ci devant; & ainsi l'atmosphre continu de couler vers cet
angle comme un courant, jusqu' ce qu'il n'en reste plus. Les extrmits
de ces portions d'atmosphre sur ces parties angulaires sont
pareillement  une plus grande distance du corps lectris, comme on le
peut voir, en jettant les yeux sur la figure. La pointe de l'atmosphre
de l'angle C tant beaucoup plus loin de C qu'aucune partie de
l'atmosphre sur les lignes C B, ou B A; & outre la distance qui rsulte
de la nature de la figure, l o l'attraction est moindre, les
particules doivent naturellement s'tendre  une plus grande distance
par leur mutuelle rpulsion.

Sur ces principes fondamentaux nous supposons que les corps lectriss
dchargent leur atmosphre sur les corps non lectriss avec plus de
facilit &  une plus grande distance de leurs angles & de leurs pointes
que de leurs cts unis. Les pointes la dchargent aussi dans l'air,
lorsque le corps a une trop grande atmosphre lectrique, sans qu'il
soit besoin d'approcher quelque corps non-lectrique, pour recevoir ce
qui est chass; car l'air, quoiqu'originairement lectrique, a toujours
plus ou moins d'eau, ou d'autres matires non-lectriques mles avec
lui, lesquelles attirent & reoivent ce qui est ainsi dcharg.

17. Mais les pointes ont la proprit de _tirer_, aussi bien que de
_pousser_ le fluide lectrique  de plus grandes distances que ne le
peuvent faire les corps mousss; c'est--dire, que comme la partie
pointu d'un corps lectris dchargera l'atmosphre de ce corps, ou la
communiquera plus loin  un autre corps, de mme la pointe d'un corps
non lectris tirera l'atmosphre lectrique d'un corps lectris de
beaucoup-plus loin qu'une partie plus mousse du mme corps
non-lectris ne le pourroit faire. Ainsi une pingle tenu par la tte,
& prsente par la pointe  un corps lectris, tirera son atmosphre 
un pied de distance; mais si la tte toit prsente au lieu de la
pointe, le mme effet n'en rsulteroit pas. Pour concevoir ceci, nous
pouvons considrer que, si une personne debout sur le plancher, tiroit
l'atmosphre lectrique d'un corps lectris, une pince de fer & une
aiguille  tricoter mousse tenus alternativement dans la main, &
prsentes  cette intention ne l'attireroient pas avec des forces
diffrentes,  proportion de leurs diffrentes masses. Car l'homme, & ce
qu'il tient dans la main, soit grand, soit petit, sont unis avec la
masse commune de la matire non-lectrise; & la force avec laquelle il
tire, est la mme dans les deux cas, puisqu'elle consiste dans la
diffrente proportion d'lectricit dans le corps lectris & dans cette
masse commune. Mais la force avec laquelle le corps lectris retient
son atmosphre en l'attirant, est proportionne  la surface sur
laquelle les particules sont places. Par xemple, quatre pieds quarrs
de cette surface retiennent leur atmosphre avec quatre fois autant de
force qu'un pied quarr retient son atmosphre; & comme en arrachant les
crins de la queu d'un cheval, un degr de force insuffisant pour en
arracher une poigne  la fois, suffiroit pour la dpouiller crin 
crin; de mme un corps mouss que l'on prsente, ne sauroit tirer
plusieurs parties  la fois; mais un corps pointu, sans une plus grande
force, les enlve aisment partie par partie.

18. Ces explications du pouvoir & de l'opration des pointes,
lorsqu'elles se prsentrent  moi pour la premire fois, & tandis
qu'elles rouloient dans mon esprit, me parurent satisfaire  toutes les
difficults; cependant depuis que je les ai mises par crit & rapelles
 un examen plus svre & plus rflchi, j'avou de bonne foi qu'il me
reste quelque doute  cet gard. Mais n'ayant rien de mieux pour le
prsent  vous offrir  leur place, je ne les rejette pas absolument;
car une mauvaise solution que l'on lit, & dont on dcouvre les dfauts,
donne souvent occasion  un Lecteur ingnieux d'en trouver une plus
parfaite.

19. Le plus important pour nous n'est pas de savoir de quelle manire
la nature excute ses loix; il nous suffit de connotre les loix
elles-mmes. C'est un avantage rel de savoir qu'une porcelaine
abandonne en l'air sans tre soutenu, tombera & se brisera
immanquablement; mais de savoir _comment_ elle tombe & _pourquoi_ elle
se brise c'est une matire de pure spculation. Ces connoissances sont
agrables  la vrit, mais sans elles nous pouvons garantir notre
porcelaine.

20. Ainsi dans le cas prsent il pouroit tre de quelque usage pour le
genre humain de connotre le pouvoir des pointes, quoique nous ne
fussions jamais en tat d'en donner une explication prcise. Les
expriences suivantes montrent ce pouvoir. J'ai un premier conducteur
fort large, compos de plusieurs feilles minces de carton, ajust en
forme de tube d'environ dix pieds de longueur & d'un pied de diamtre.
Il est couvert de papier d'Hollande relev en bosse & presque tout dor.

Cette large surface mtallique soutient une atmosphre lectrique
beaucoup plus grande que n'en soutiendroit une verge de fer cinquante
fois plus pesante. Il est suspendu par des fils de soye; & lorsqu'il est
charg, il frappe  environ deux pouces de distance, un coup assez fort
pour causer de la douleur aux articulations du doigt. Qu'un homme sur le
plancher prsente la pointe d'une aiguille  12. pouces ou plus de
distance; tandis que l'aiguille est ainsi prsente, le conducteur ne
sauroit tre charg, la pointe tirant le feu aussi promptement qu'il est
pouss par le globe lectrique: chargez-le, & prsentez alors la pointe
 la mme distance, & il sera dcharg en un instant. Dans l'obscurit
vous pouvez voir une lumire sur la pointe, lorsqu'on fait l'exprience,
& si la personne qui tient la pointe est sur un gteau de cire, elle
sera lectrise en recevant le feu  cette distance. Essayez de tirer de
l'lectricit avec un corps mouss, tel qu'un morceau de fer arondi &
poli  l'extrmit (je me sers du poinon d'un Orfvre, de l'paisseur
d'un pouce) il faut que vous l'approchiez  la distance de trois pouces,
avant de pouvoir faire l'opration, & elle se fait alors avec un coup &
un craquement. Comme le tube de carton pend librement sur des fils de
soye, lorsque vous en approchez le morceau de fer, il s'avance
pareillement vers ce morceau de fer, tant attir pendant tout le tems
qu'il est charg; mais si au mme instant la pointe est prsente comme
auparavant, il se retire, parce qu'il est dcharg par la pointe.

On ne doit pas prendre  la rigueur tout ce que M. Franklin dit ici du
pouvoir & de l'effet des pointes, comme l'ont observ plusieurs de ses
Critiques; mais aussi il s'en faut beaucoup qu'on doive tirer de leurs
observations toutes les consquences qu'ils prtendent en rsulter. L'un
accorde un avantage considrable aux corps pointus sur ceux qui sont
arondis ou mousss, soit pour pousser, soit pour tirer la matire
lectrique; & veut que la premire observation de cet effet soit
attribue  un Europen, comme si notre auteur cherchoit  s'en emparer
lui-seul; un autre pour avoir remarqu qu'une pointe d'aiguille
prsente  un pied de distance d'un conducteur n'empche pas qu'on n'en
tire quelques tincelles, s'imagine avoir fait une des plus importantes
dcouvertes: que le pouvoir des pointes est une chimre, & que toute la
Thorie du Tonnerre est dtruite par cette seule observation; d'autres
enfin se laissant emporter au gr de leur imagination, vont s'garer
dans des sistmes dont l'obscurit fait le seul mrite. Mais il n'est
pas encore tems de parler de ces diffrens sentimens; le dtail en
trouvera mieux sa place dans la suite de cet ouvrage.




LETTRE II.
DE B. FRANKLIN,
cuyer _de Philadelphie_,

 C. C. cuyer  la nouvelle York. 1751.
MONSIEUR,


Je fais aux principales questions contenus dans votre lettre du 28. du
courant, une rponse telle que l'embarras de mes affaires prsentes me
le permet, & je vous demande la permission de vous renvoyer  la
dernire pice du recueil imprim de mes crits, pour vous expliquer
plus amplement la diffrence entre ce qui est apell _lectrique par
soi_ & _non lectrique_. Quand vous aurez eu le tems de lire &
d'examiner ces crits, je tcherai de faire quelques-unes des nouvelles
expriences que vous proposez, & que vous croyez plus capables de nous
clairer & de nous satisfaire l'un & l'autre sur ce sujet. Je vous serai
toujours fort oblig de me communiquer les remarques, objections, &c.
qui peuvent se prsenter  vous.

Je suis avec un sincre respect, Votre trs-humble & trs-oblig
serviteur,

B. FRANKLIN.


QUESTIONS
ET
RPONSES;

_Auxquelles on renvoye dans la Lettre prcdente._

1e. _Question_. En quoi consiste la diffrence entre un corps lectrique
& un corps non-lectrique?

 21. _Rponse_. Les termes _lectrique par soi_ & _non-lectrique_
furent d'abord employs pour distinguer les corps dans la fausse
supposition que les seuls corps apells lectriques par soi, contenoient
dans leur substance la matire lectrique qui pouvoit tre excite par
le frottement, tre produite & en tre tire, & communique  ceux que
l'on apelloit _non-lectriques_, que l'on supposoit dpourvs de cette
matire; car le verre, &c. tant frott, donnoit des signes qu'il
contenoit de cette matire en piquant le doigt, en attirant &
repoussant, &c. & qu'il pouvoit communiquer cette vertu aux mtaux & 
l'eau.

On dcouvrit dans la suite que le frottement du verre ne produisoit pas
la matire lectrique,  moins que l'on ne conservt une communication
entre le corps frottant & le plancher; & les expriences suivantes
prouvrent que la matire lectrique toit rellement tire de ces
corps, que l'on avoit cru d'abord n'en contenir aucune: alors on douta
que le verre & les autres corps apells lectriques par soi, eussent
rellement en eux-mmes quelque matire lectrique; puisque, selon les
apparences, ils n'en fournissoient aucune autre que celle qu'ils
tiroient d'abord de ces corps qui avoient t appells non lectriques;
mais quelques-unes de mes expriences prouvent que le verre en contient
une grande quantit; & je souponne  prsent qu'elle est rpandu assez
galement dans toute la matire du globe terrestre.

Ds-lors on peut abandonner, comme impropres, les termes _lectrique par
soi_, & _non-lectrique_; & puisque la seule diffrence est que quelques
corps conduisent la matire lectrique, & que les autres ne la
conduisent pas, on peut mettre en leur place les termes _conducteurs_ &
_non-conducteurs_.

Si quelque partie de matire lectrique est applique  un morceau de
matire conductrice, elle le pntre, coule au travers, ou se rpand
galement sur sa surface; si elle est applique  un morceau de matire
non conductrice, elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il n'y a de
conducteurs parfaits de la matire lectrique, que les mtaux & l'eau;
les autres corps ne le sont qu' proportion qu'il entre dans leur
composition du mlange de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus ou moins, ils
ne seront point du tout conducteurs.[10] Ceci, soit dit en passant,
montre entre les mtaux & l'eau un nouveau rapport que l'on ignoroit
jusqu' prsent.

[Note 10: Cette proposition a t trouve depuis trop gnrale: M.
Wilson ayant dcouvert que la cire fondu & la rsine sont aussi
conducteurs. On pourroit y ajoter beaucoup d'autres exemples
semblables, comme celui de l'eau qui est un des plus excellens
conducteurs d'lectricit tant qu'elle conserve sa fluidit, & qui cesse
de l'tre, ds qu'elle la perd.]

Je vais tcher d'claircir cela par une comparaison, qui cependant n'en
peut donner qu'une foible analogie. La matire lectrique passe au
travers des conducteurs, comme l'eau passe au travers d'une pierre
poreuse, ou se rpand sur leur surface, comme l'eau se rpand sur une
pierre moille; mais quand cette matire est applique  des corps non
conducteurs, c'est comme l'eau qui dgoutte sur une pierre grasse; elle
ne la pntre point, ne passe point  travers, ne s'tend point sur sa
surface; mais elle reste par gouttes sur les endroits o elle tombe.
Voyez  cet gard ma dernire pice imprime.

2e. _Question_. Quels sont les effets de l'air dans les expriences
lectriques?

22. _Rponse_. Voici tous ceux que j'ai remarqus jusqu' prsent; l'air
humide reoit & conduit la matire lectrique  proportion de son
humidit; l'air parfaitement sec ne le fait point du tout; l'air doit
donc tre mis dans la classe des non-conducteurs. L'air sec aide  fixer
l'atmosphre lectrique autour du corps qu'elle environne, & en empche
la dissipation; car dans le vuide elle se dissipe aisment, & les
pointes agissent plus fortement; c'est--dire, elles poussent ou
attirent la matire lectrique plus librement &  de plus grandes
distances; en sorte que l'air survenant met quelque sorte d'obstacle 
ce qu'elle passe d'un corps  un autre. Une bouteille lectrique bien
propre garnie de son fil-d'archal, remplie d'air au lieu d'eau, ne se
chargera, & ne donnera pas plus de choc que si elle toit remplie de
verre pulvris; mais tant vuide d'air, elle produit autant d'effet que
si elle toit remplie d'eau. Cependant une atmosphre lectrique & l'air
ne semblent pas s'exclure l'un l'autre, car nous respirons librement
dans une pareille atmosphre, & l'air sec passeroit au travers de cet
atmosphre, sans la dplacer ni la disperser. Je doute que le vent
Nord-ouest, le plus sec & le plus fort, pt la dissiper.

23. J'lectrisai une fois une grosse boule de lige suspendu au bout
d'un fil de soye, long de trois pieds, dont je tenois l'autre bout dans
mes doigts: je la fis tourner cent fois en rond comme une fronde, le
plus rapidement qu'il me fut possible: elle n'en conserva pas moins son
atmosphre lectrique, quoiqu'elle et ncessairement travers 800.
verges[11] d'air, en supposant que dans la rotation mon bras augmentoit
d'un pied le demi-diamtre du cercle.

[Note 11: Environ 400. toises.]

Par l'air parfaitement sec, j'entens le plus sec, que nous puissions
avoir; car peut-tre n'en avons-nous jamais qui soit parfaitement purg
d'humidit. Une atmosphre lectrique forme autour d'un gros
fil-d'archal introduit dans une grosse bouteille pleine d'air, n'en fait
pas sortir la moindre partie de cet air; & si on dtruit cette
atmosphre, aucun air ne s'y prcipite, comme je l'ai dcouvert par une
exprience trs-curieuse, faite avec soin; d'o nous avons conclu que
l'lasticit de l'air n'en est point du tout affecte.




LETTRE III.


18. _Juillet_ 1747.

MONSIEUR,

La peine indispensable de copier de longues lettres, qui peut-tre,
lorsqu'elles vous sont rendus, ne contiennent rien de nouveau ou
d'intressant pour vous (tant est rapide le progrs que l'on a fait en
Europe dans l'lectricit) me dcourage presque de vous en crire
davantage sur ce sujet. Je ne puis cependant me dispenser de vous
communiquer encore quelques observations sur la merveilleuse bouteille
de M. de Muschenbroek.

. 24. Le corps non-lectrique contenu dans la bouteille, tant
lectris, diffre du corps non-lectrique lectris hors de la
bouteille, en ce que le feu lectrique du dernier est accumul  _sa
surface_, & forme librement  l'entour une atmosphre lectrique d'une
tendu considrable; au lieu que le feu lectrique est comprim dans la
substance du premier que le verre borne de toutes parts. [12]

[Note 12: Nous avons dcouvert depuis que le feu de la bouteille n'est
pas contenu dans le corps non-lectrique, mais dans _le verre_.]

25. En mme-tems que le fil-d'archal & le dedans de la bouteille, &c.
sont lectriss _positivement_ ou _plus_, le dehors de la bouteille est
lectris _ngativement_ ou _moins_ dans une xacte proportion;
c'est--dire, que telle que soit la quantit de feu lectrique qui passe
dans l'intrieur, il en sort de l'extrieur une gale quantit. Pour
concevoir ceci, supposez que la quantit commune d'lectricit dans
chaque surface de la bouteille, avant le commencement de l'opration
soit gale  20; supposez encore qu' chaque coups de tube, ou  chaque
tour du globe il y entre une quantit gale  1; alors aprs le premier
coup la quantit contenu dans le fil-d'archal & le dedans de la
bouteille sera 21, dans le dehors elle ne sera plus que 19: aprs le
second la partie intrieure aura 22, l'extrieure 18: & ainsi aprs le
le vingtime coup, la partie intrieure aura une quantit de feu
lectrique gale  40; celle de la partie extrieure sera gale  zero,
& l'opration finit l, car il n'en peut plus tre pouss dans la partie
intrieure, lorsqu'il n'en peut plus tre tir de la partie extrieure.
Si vous essayez d'en introduire davantage il est rejett par le
fil-d'archal, ou casse la bouteille avec un craquement sensible.

26. L'quilibre ne sauroit tre rtabli dans la bouteille par la
communication _intime_ ou le contact des parties, mais seulement par une
communication forme au dehors de la bouteille entre l'intrieur &
l'extrieur, par le moyen de quelque corps conducteur qui les touche
tous deux, soit en mme-tems, auquel cas l'quilibre est rtabli avec
une violence & une rapidit inexprimables; soit alternativement, auquel
cas il est rtabli par dgrs.

27. Comme il ne peut plus tre pouss de feu lectrique au dedans de la
bouteille, lorsque tout celui du dehors est puis; de mme dans une
bouteille non encore lectrise, on ne sauroit en pousser dans le
dedans, lorsqu'il n'en peut sortir du dehors: ce qui arrive ou quand le
fond est trop pais, ou quand la bouteille est place sur un corps
originairement lectrique. Et rciproquement lorsque la bouteille est
lectrise, on ne peut tirer de son intrieur, qu'une assez petite
quantit de feu lectrique, en touchant le fil-d'archal,  moins qu'une
quantit gale ne puisse en mme-tems tre rendu  l'extrieur. Ainsi
posez une bouteille lectrise sur un verre net, ou sur de la cire
sche, & vous aurez beau toucher le fil-d'archal, vous n'en pourrez
tirer d'tincelle. Posez-la sur un corps non lectrique, touchez le
fil-d'archal, & le feu en sortira en trs-peu de tems; mais il sortira
beaucoup-plus vte encore, si vous formez une communication directe,
comme il a t dit ci-dessus, tant ces deux tats d'lectricit le
_plus_ & _le moins_ sont merveilleusement combins, & balancs dans
cette bouteille miraculeuse; ils sont disposs & proportionns entr'eux
d'une manire qui surpasse mon intelligence. La bouteille lectrise est
en sens contraire comme le rcipient de la machine pneumatique, dont on
a vuid l'air: si l'on ouvroit le robinet l'quilibre seroit rtabli
dans un instant au dedans & au dehors du rcipient; mais ici, nous avons
une bouteille qui contient en mme-tems un _plein_ de feu lectrique, &
un _vuide_ de ce mme feu; & quoique le passage de l'un  l'autre
paroisse libre, que le plein presse violemment pour se dilater, & que le
vuide affam semble attirer avec une gale violence pour se remplir,
_l'quilibre_ ne peut cependant tre rtabli entr'eux que par le moyen
d'une communication au dehors de la bouteille.

L'branlement des nerfs, ou plutt la convulsion est occasionne par le
passage subit du feu  travers le corps qui le transmet du dedans au
dehors de la bouteille: le feu prend la voye la plus courte, comme M.
_Watson_ l'a judicieusement observ; mais il ne parot par aucune
exprience, qu'afin qu'une personne reoive le coup, la communication
avec le plancher lui soit ncessaire. Car celui qui tient la bouteille
d'une main, & qui touche de l'autre le fil-d'archal, sera galement
frapp, quoique ses souliers soient secs, ou mme qu'il soit sur un
gteau de cire, comme dans toute autre circonstance. Pour ce qui est de
l'attouchement du fil-d'archal ou du canon du fusil (car cela revient au
mme) le feu ne passe point du doigt qui touche au fil-d'archal, comme
on le suppose, mais du fil-d'archal au doigt; de l traversant le corps,
il passe  l'autre main, & ainsi jusqu' l'extrieur de la bouteille.


EXPRIENCES

_Qui confirment ce qui vient d'tre avanc._


EXPRIENCE I.

Placez une fiole lectrise sur de la cire; tenez  la main une petite
boule de lige suspendu par un fil de soye sche: approchez-la du
fil-d'archal, elle sera d'abord attire & ensuite repousse. Lorsqu'elle
est dans cet tat de rpulsion, baissez la main, afin que la boule se
trouve vis--vis le fond de la bouteille; elle sera promptement &
fortement attire jusqu' ce qu'elle ait communiqu son feu.

Si la bouteille avoit repris, comme son fil-d'archal, une atmosphre
lectrique, le lige lectris seroit galement repouss par l'une comme
par l'autre.

Quand on tient dans sa main une bouteille bien lectrise, on aperoit
sur tout dans l'obscurit une aigrette lumineuse au haut du crochet, &
on entend le sifflement de la matire lectrique qui s'chape dans l'air
par cette voye. Si dans cet tat l'on pose la bouteille sur un support
lectrique de verre, de rsine, &c. l'aigrette disparot & le sifflement
cesse. Cette observation suffiroit seule pour prouver que la bouteille
doit se dcharger plus lentement quand elle est sur un support
lectrique, que quand elle est sur un non-lectrique. Un clebre
Physicien a cependant cru remarquer le contraire; & c'est sur sa parole
que le critique de M. Fr. sans s'tre assr par lui-mme de la vrit
du fait, lui adresse cette question[13]: _Pourquoi dans vos expriences
la posez-vous toujours_ (cette bouteille) _sur de la cire ou sur du
verre? Ne savez-vous pas_, continue-t-il, _qu'tant ainsi place sur un
corps originairement lectrique, elle perd promptement sa vertu?_

[Note 13: Lettre sur l'Electr. pag. 99.]

Voici les prcautions que j'ai prises pour faire cette exprience.

1. J'ai choisi deux bouteilles les plus gales qu'il m'a t possible
de trouver en matire, en forme, en dimensions, en poids & en capacit:
2. Les tenant toutes deux  la main, je les ai lectrises galement &
en mme tems au mme conducteur; & pour m'assrer qu'elles toient
galement charges, j'ai fait toucher le crochet de l'une  celui de
l'autre: 3. Je les ai ensuite poses en mme-tems l'une sur un plateau
de verre, l'autre sur un plateau de bois  peu prs gal, placs sur une
table l'un  un bout, & l'autre  l'autre, au milieu d'une chambre. 4.
Aprs les avoir laisses en cet tat pendant plusieurs heures, j'ai fait
l'exprience de Leyde avec chacune de ces deux bouteilles, & j'ai trouv
que la commotion donne par la bouteille pose sur le support
lectrique, toit la plus forte.

Aprs avoir recommenc plusieurs fois la mme exprience, tantt de la
mme faon, & tantt en changeant les bouteilles de place, j'ai toujours
eu le mme succs. On doit en conclure que notre Critique n'a pas raison
d'xiger de M. Fr. que la bouteille lectrise soit place sur un
support non lectrique pour faire la premire exprience.

Objecter que _si l'on veut de bonne foi savoir & montrer l'tat naturel
& vritable de la surface extrieure ou du bas de la bouteille, il ne
faut la poser ni sur de la cire ni sur du verre, puisque cela-seul peut
faire changer d'tat  l'une des deux surfaces, & qu'il convient de la
laisser dans toutes les circonstances o elle toit lorsqu'on la
chargeoit d'lectricit, &c._ c'est faire connotre qu'on n'entend pas
ce dont il s'agit, ou tout au moins que l'on perd son point de ve;
c'est oublier que la bouteille lectrise est dans un tat tout oppos 
celui de la bouteille qu'on lectrise. Celle-ci reoit sur une de ses
surfaces, & perd d'autant sur l'autre; ce qui se passe en celle-l est
prcisment le contraire, & encore quelque chose de plus, si la
bouteille est soutenu sur un support lectrique. M. Fr. a donc raison
de la mettre dans la situation la plus favorable  ses vus, lorsqu'il
veut prouver la force, l'effet, la diffrence & la manire d'tre de
chacune de ses surfaces. L'on sent bien que s'il traitoit la bouteille
lectrise comme on veut le lui enseigner, il trouveroit en pure perte &
la force & l'effet d'une de ses surfaces. Ingnieux comme l'est cet
illustre Amricain, consomm dans les recherches lectriques, o il a
fait lui-seul plus de progrs que tous les autres physiciens ensemble,
pouvons-nous douter qu'il n'ait tent des moyens aussi simples que ceux
qu'on veut lui apprendre?


EXPRIENCE II.

Fig. 3. D'un fil-d'archal courb (_a_) & affermi sur une table, faites
pendre un fil de lin (_b_)  ls distance d'un demi-pouce du ventre de la
fiole (_c_) lectrise & pose sur de la cire: touchez avec le doigt le
fil-d'archal de la fiole  plusieurs reprises; &  chaque attouchement
vous verrez le fil aussitt attir par la bouteille. (Cette exprience
russit encore mieux avec un vinaigrier, ou tel autre vase bomb qu'on
voudra.) Ds que vous tirez du feu de la partie intrieure en touchant
le fil-d'archal, la partie extrieure de la bouteille en attire une
gale quantit par le fil.


EXPRIENCE III.

Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal dans le plomb dont le bas de la
bouteille est arm (_d_), de sorte qu'en faisant un coude pour se
relever perpendiculairement, l'anneau qui le termine se trouve de niveau
avec le haut ou l'anneau du fil-d'archal qui entre dans le lige (_e_) 
trois ou quatre pouces de distance. Alors lectrisez la bouteille &
posez-la sur de la cire. Si un morceau de lige suspendu par un fil de
soye tombe entre les deux fils-d'archal, il joura continuellement de
l'un  l'autre jusqu' ce que la bouteille ne soit plus lectrise: la
raison en est qu'il charrie & apporte le feu du dedans au dehors de la
bouteille jusqu' ce que l'quilibre soit rtabli.

Les objections que l'on fait contre cette troisime exprience, ou
plutt les faits que l'on oppose aux consquences qui en rsultent,
doivent tre partags en deux classes. Je vais rpondre  ceux de la
premiere, & ceux de la seconde trouveront place ailleurs; notre auteur
ayant examin  fond la diffrence que l'on a remarque entre un corps
lectris par un globe de verre, & un autre lectris par un globe de
soufre.[14].

[Note 14: Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 & 9.]

Comment notre critique, si clairvoyant d'ailleurs, a-t-il p
mconnotre l'effet des pointes dans l'exprience qu'il propose pour
objection, pag. 102 & 103? Il avoit dj dclar dans la page prcdente
qu'il prfroit une petite feuille de mtal aux boulettes de lige dont
s'est servi M. Franklin: il s'en sert encore ici pour prouver que la
surface extrieure de la bouteille lectrise n'attire pas ce que sa
surface intrieure a repouss, sans faire attention qu'en vertu du
pouvoir des pointes, cette feuille mtallique est dpouille de son
atmosphre lectrique avant de pouvoir tre attire; je dis plus, c'est
qu'elle est alors dans un tat d'lectricit ngative, aussi bien que
l'extrieur de la bouteille, & c'est pour cela qu'elle est repousse. Il
ne lui arrive en cet endroit que ce qui lui est arriv auprs du
fil-d'archal plong dans la bouteille. La feuille du mtal s'y est
souvent lectrise sans toucher le crochet, de mme elle se
_dslectrise_ sans toucher le ventre; aprs quoi elle en est repousse;
car c'est une vrit reconnue que les corps lectriss ngativement se
repoussent de mme que ceux qui le sont positivement. Que notre critique
substitu  sa feuille de mtal ou une petite boule de lige, 
l'imitation de notre auteur, ou une balle de mtal,[15] comme je l'ai
souvent prouv, je lui serai garant d'un succs aussi complet que celui
qu'il entreprend de contester.

[Note 15: On peut en avoir d'aussi lgres que du lige.]

Quant  l'exprience que l'on nous oppose, pag. 104. & suivantes, le R.
P. Beccaria m'a dispens de me mettre en frais pour y rpondre. _Voy.
son Liv. I. de l'lectricit Artificielle, chap. II._


EXPRIENCE IV.

Fig. 5. Placez une fiole lectrise sur de la cire: prenez un
fil-d'archal (_g_) qui ait la forme d'un C: que ses extrmits,
lorsqu'il est band, soient tellement loignes, que la suprieure
puisse toucher le fil-d'archal de la bouteille, tandis que l'infrieure
en touche le ventre. Attachez-en la partie extrieure sur un bton de
cire d'Espagne (_h_), qui servira comme de manche: appliquez d'abord son
extrmit infrieure au fond extrieur de la bouteille, & approchez par
dgrs son extrmit suprieure du fil-d'archal qui est dans le lige,
vous y verrez les tincelles se suivre successivement jusqu' ce que
l'quilibre soit rtabli; touchez d'abord le haut, & en approchant
l'autre extrmit du fond, vous aurez un courant de feu continuel du
dedans au dehors de la bouteille: touchez le haut & le bas en mme tems,
& l'quilibre sera bientt rtabli, le fil-d'archal courb formant la
communication de l'intrieur  l'extrieur.

Il est raisonnable en gnral de faire des questions pour s'instruire
de ce que l'on n'entend pas; mais il ne l'est gures de les accompagner
d'objections; c'est dclarer d'avance que l'on est dtermin 
contredire. Que notre critique demande  Mr. Franklin ce qu'il prtend
prouver par sa quatrime exprience;  la bonne heure; mais qu'il ajoute
tout de suite: _Ne sait-on pas qu'on fait cesser l'lectricit d'un
corps quand on en tire des tincelles? Ce que vous faites ici sur la
bouteille de Leyde, vous l'prouverez de mme sur une barre de fer,.....
Faudroit-il dire aussi que vous lui rendez par un ct le feu que vous
lui tez par l'autre?_ C'est faire connotre qu'il n'entend pas l'tat
de la question; l'tat d'une bouteille lectrise, & celui d'une barre
de fer aussi lectrise, ne peuvent gures se comparer tant il se trouve
de diffrence de l'un  l'autre: diffrence dans la charge, diffrence
dans la situation, diffrence dans la dcharge, diffrence dans l'effet;
pour l'expliquer il faudroit un trop long dtail, qui se trouvera
d'ailleurs dans toute la suite de ce livre. Revenons  l'exprience dont
il est question.

Il est certain qu'en touchant successivement avec le fil de fer prpar
comme il est expliqu, le fil-d'archal & le bas de la bouteille
lectrise, l'on transporte le feu du dedans au dehors; quoiqu'en dise
la critique, l'on rend peu  peu  la surface extrieure ce qu'on te 
l'intrieure, ce que celle-ci a de trop, & ce qui manque  celle-l,
jusqu' ce qu'elles soient remises chacune dans leur tat naturel. Il y
a mme un moyen de rendre ces effets si sensibles qu'on ne puisse plus
les contester; il ne s'agit que de faire l'exprience suivante: tenez
prs du ventre de la bouteille une balle de lige suspendu  un fil de
soye; quand vous toucherez le fil-d'archal de la bouteille avec le fil
de fer, le lige s'approchera de la bouteille; quant aprs cela vous
toucherez le bas de la bouteille, si vous tes dans l'obscurit, vous
appercevrez au haut du crochet l'aigrette qui parotra & disparotra 
chaque attouchement ainsi rpt. Si on applique en mme tems les deux
bouts du fil de fer, l'un au fil-d'archal de la bouteille, & l'autre au
bas de la mme bouteille, l'quilibre sera dans l'instant rtabli entre
les deux surfaces, comme l'a judicieusement avanc notre Amricain.


EXPRIENCE V.

Fig. 6. Entourez une bouteille (_i_) d'une bande de plomb lamin ou mme
de papier,  quelque distance au-dessus du fond: de cette bande
circulaire faites monter un fil-d'archal jusqu' ce qu'il touche le
fil-d'archal du bouchon de lige (_k_). Il n'est pas possible
d'lectriser un bouteille dispose de la sorte: l'quilibre n'est jamais
dtruit; car tandis que la communication entre les parties intrieure &
extrieure de la bouteille est continue par le fil-d'archal du dehors,
le feu ne fait que circuler, & ce qui sort du bas est constamment
remplac par le haut; il suit de l qu'on ne sauroit lectriser une
bouteille qui est sale ou humide en dehors, surtout si cette humidit
monte jusqu'au lige ou au fil-d'archal.

 prendre les choses  la rigueur, Mr. L. N. a raison de dire, contre
l'assurance de Mr. Franklin, qu'il n'est pas impossible de charger une
bouteille prpare comme on vient de l'expliquer; j'en avois fait
l'exprience de diverses manires long-tems avant d'avoir v les lettres
de l'acadmicien; je l'avois mme pousse plus loin, puisque j'tois
venu  bout de charger & de dcharger la bouteille par parties,
c'est--dire  plusieurs reprises, il ne s'agit pour cela que d'avoir
une fiole fort allonge, de l'entourer de plusieurs bandes ou ceintures
de mtal parallles, & assez loignes pour que l'tincelle lectrique
ne puisse sauter de l'une  l'autre, & de ne pas forcer en
l'lectrisant. L'exprience qu'on nous oppose revient au mme, elle
russit quand la main qui soutient la bouteille ne touche pas  la
ceinture mtallique, & qu'on ne force pas l'lectrisation au point que
le feu puisse franchir l'espace vuide qui se trouve entr'elles, elle ne
russiroit pas autrement.

Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas que le succs de cette exprience
prouve beaucoup contre la proposition de Mr. Franklin: il n'en reste pas
moins vrai que la bouteille ne se chargera point tant qu'il y aura une
communication exactement tablie entre son intrieur & sa doublure
extrieure. Il faut toujours regarder la main qui lui est applique,
comme faisant partie de cette doublure; si elle est assez carte de la
ceinture mtallique pour que le feu ne puisse passer de l'une  l'autre,
la bouteille pourra se charger foiblement; mais ce ne sera jamais mais
que dans la partie qui est couverte par la main, & point du tout dans la
partie qui est couverte par la bande de mtal.


EXPRIENCE VI.

Placez un homme sur un gteau de cire, & donnez-lui  toucher le
fil-d'archal de la fiole lectrise, que vous tiendrez  la main
demeurant debout sur le plancher;  chaque fois qu'il le touchera, il
sera lectris de _plus_ en _plus_, & quiconque sera sur le plancher
pourra tirer de lui une tincelle. Le feu dans cette exprience passe du
fil-d'archal dans son corps, & passe en mme tems de votre main dans la
partie extrieure de la bouteille.


EXPRIENCE VII.

Donnez-lui  tenir la fiole lectrise, & touchez le fil-d'archal; 
chaque fois que vous le toucherez, il sera lectris de _moins_ en
_moins_, & pourra tirer une tincelle de chacun de ceux qui sont sur le
plancher. Ici le feu passe du fil-d'archal dans vous, & de lui dans la
partie extrieure de la bouteille.


EXPRIENCE VIII.

Couchez deux livres sur deux verres dos  dos,  la distance de deux ou
trois pouces; mettez sur l'un la fiole lectrise, & touchez le
fil-d'archal, ce livre sera lectris _ngativement_; le feu lectrique
en tant tir par le fond de la bouteille, tez la bouteille, & la tenez
 la main, touchez l'autre livre avec le fil-d'archal, ce livre sera
lectris positivement: le feu passant du fil-d'archal dans le livre, &
votre main en refournissant en mme tems  la bouteille; une petite
boule de lige suspendue  un fil de soye joura entre ces deux livres
jusqu' ce que l'quilibre soit rtabli.


EXPRIENCE IX.

Lorsqu'un corps est lectris _positivement_, il repousse une plume, ou
une petite boule de lige lectrise; lorsqu'il est lectris
_ngativement_, ou qu'il est dans l'tat commun, il les attire, mais
plus fortement lorsqu'il est lectris _ngativement_ que lorsqu'il est
dans l'tat commun, la diffrence tant plus grande.


EXPRIENCE X.

Quoique, comme dans l'exprience VI. un homme debout sur de la cire
puisse tre lectris nombre de fois, en touchant  plusieurs reprises
le fil-d'archal de la bouteille lectrise que tient quelqu'un aussi
debout sur le plancher, parce qu'il reoit  chaque fois le feu du
fil-d'archal; cependant en la tenant lui-mme dans sa main, & touchant
le fil-d'archal, quoiqu'il tire une forte tincelle, & qu'il soit
violemment frapp, il ne reste point en lui d'lectricit, le feu le
traverse seulement en passant de la partie intrieure  la partie
extrieure de la bouteille. Observez, avant le coup, de le faire toucher
par quelqu'un qui soit debout sur le plancher, afin de rtablir
l'quilibre dans son corps; car en empoignant le bas de la bouteille, il
devient quelquefois un peu lectris _ngativement_, ce qui continu
aprs le coup, de mme qu'il conserveroit l'lectricit _positive_, qui
pourroit lui avoir t communique avant le coup; car le rtablissement
de l'quilibre dans la bouteille n'affecte point du tout l'lectricit
dans l'homme que le feu traverse; cette lectricit n'est ni augmente
ni diminue.


EXPRIENCE XI.

Voici une jolie exprience qui rend extrmement sensible le passage du
feu lectrique de la partie intrieure  la partie extrieure de la
bouteille, pour rtablir l'quilibre. Prenez un livre dont la couverture
soit orne de filets d'or: courbez un fil-d'archal de 8 ou 10 pouces de
long dans la forme (_m_), fig. 7. glissez-le & l'affermissez 
l'extrmit de la couverture du livre sur le filet d'or, de sorte que le
coude de ce fil-d'archal puisse presser sur une extrmit du filet d'or,
l'anneau tant en haut, mais directement au-dessus de l'autre extrmit
du livre: couchez ce livre sur un verre ou sur de la cire, & posez la
bouteille lectrise sur l'autre extrmit des filets d'or: alors
courbez le fil-d'archal lastique, en le pressant avec un bton de cire;
jusqu' ce que son anneau soit proche de l'anneau du fil-d'archal de la
bouteille;  l'instant vous appercevez une forte tincelle & un coup, &
tout le filet d'or qui complette la communication entre l'intrieur &
l'extrieur de la bouteille, parot une flamme vive comme un clair
trs-brillant. L'exprience russira d'autant mieux que le contact sera
plus immdiat entre le coude du fil-d'archal & l'or  une extrmit du
filet, & entre le fond extrieur de la bouteille & l'or  l'autre
extrmit. Il faut faire cette exprience dans une chambre obscure. Si
vous voulez que tout le contour des filets d'or sur la couverture
paroisse en feu tout  la fois, faites en sorte que la bouteille & le
fil-d'archal touchent l'or dans les angles diagonalement opposs.


_DE LA LETTRE VI._

_1. Septembre 1747._

Nous avions t quelque tems dans l'opinion que le feu lectrique
n'toit pas produit, mais rassembl par le frottement, tant en effet un
lment rpandu partout, & attir par d'autres matires, spcialement
par l'eau & par les mtaux: nous avions aussi dcouvert & dmontr son
affluence au globe lectrique, aussi bien que son effluence par le moyen
des roues d'un petit moulin  vent[16], dont les ales sont de gros
papier places obliquement, & tournant librement sur un axe dli de
fil-d'archal, & aussi par de petites roues de la mme matire, mais qui
ont la forme des roues de moulin  eau. Je pourrois, si j'avois le tems,
vous remplir une feuille de papier de la disposition & de l'application
de ces roues, & des diffrens phnomnes qui en rsultent.

[Note 16: Nous avons dcouvert depuis que le mouvement des roues n'toit
pas caus par l'affluence ou l'effluence du feu lectrique, mais par
diverses circonstances d'attraction & de rpulsion.]

L'impossibilit de s'lectriser soi-mme, quoique plac sur un gteau de
cire, en frottant le tube & en tirant le feu, & la manire d'y russir
en approchant le tube d'une personne ou d'une chose place sur le
plancher, &c. s'toient galement prsentes  nous quelques mois avant
d'avoir l l'ingnieux ouvrage (_Sequel_) de M. _Watson_; elles font
mme partie de ces nouvelles dcouvertes que je me proposois de vous
communiquer..... Il ne s'agit maintenant que de rapporter certaines
particularits qui ne se trouvent point dans cet ouvrage, en y joignant
nos rflxions, quoiqu'il ft peut-tre plus  propos de vous les
pargner.

28. Une personne sur un gteau de cire ou de rsine & frottant le tube,
une autre personne aussi sur un gteau de cire & tirant le feu; ces deux
personnes parotront lectrises  une troisime sur le plancher, pourv
qu'elles ne soient pas assez prs pour se toucher; c'est--dire que
cette troisime personne appercevra une tincelle en approchant son
doigt de chacune des deux premires.

29. Mais si celles qui sont sur la cire se touchent l'une l'autre
pendant que le tube est frott, aucune des deux ne parotra lectrise.

30. Si elles se touchent l'une l'autre, aprs que l'on aura excit le
tube, & tir le feu, comme ci-devant, il y aura une plus forte tincelle
entr'elles, qu'elle ne l'toit entre l'une d'elles & la personne qui est
sur le plancher.

31. Aprs cette forte tincelle, on ne dcouvre dans l'une ni dans
l'autre aucune trace d'lectricit.

Voici de quelle manire nous tchons de rendre raison de ces phnomnes.
Nous supposons, comme ci-dessus, que le feu lectrique est un lment
commun, dont chacune des trois personnes susdites a une portion gale
avant le commencement de l'opration avec le tube: A, qui est sur un
gteau de cire, & qui frotte le tube, rassemble de son corps dans le
verre le feu lectrique; & sa communication avec le magazin commun tant
intercepte par la cire, son corps ne recouvre pas d'abord ce qui lui en
manque. B, qui est pareillement sur la cire, alongeant son doigt prs du
tube, reoit le feu que le verre avoit tir de A; & sa communication
avec le magazin commun tant aussi intercepte, il conserve de surplus
la quantit qui lui a t communique. A & B paroissent lectriss  C,
qui est sur le plancher; car celui-ci ayant seulement la moyenne
quantit de feu lectrique, reoit une tincelle  l'approche de B, qui
en a _de plus_, & il en donne  A, qui en a de _moins_. Si A & B
s'approchent jusqu' se toucher l'un l'autre, l'tincelle sera plus
forte, parce que la diffrence entr'eux est plus grande. Aprs cet
attouchement il n'y aura plus d'tincelle entre l'un des deux & C, parce
que le feu lectrique est rduit dans tous les trois  l'uniformit
primitive. S'ils se touchent pendant qu'on lectrise, l'galit n'est
point dtruite, le feu ne faisant que circuler. De-l quelques termes
nouveaux se sont introduits parmi nous. Nous disons que B (& les corps
dans les mmes circonstances) est lectris _positivement_, & A
_ngativement_; ou plutt B est lectris _plus_, A l'est _moins_; &
tous les jours dans nos expriences nous lectrisons les corps en _plus_
& en _moins_, selon que nous le jugeons  propos..... Pour lectriser en
_plus_ ou en _moins_, il faut seulement savoir que les parties du tube
ou du globe qui sont frottes, attirent dans l'instant du frottement le
feu lectrique, & l'enlevent par consquent  la chose frottante. Les
mmes parties, aussitt que le frottement cesse, sont disposes  donner
le feu qu'elles ont reu,  tout corps qui en a moins. Ainsi vous pouvez
le faire circuler, comme M. _Watson_ l'a enseign: vous pouvez aussi
l'accumuler sur un corps ou l'en soustraire, selon que vous liez ce
corps avec celui qui frotte ou avec celui qui reoit, la communication
avec le magazin commun tant interrompu. Nous croyons que cet ingnieux
auteur s'est tromp lorsqu'il a imagin dans son ouvrage que le feu
lectrique descend par le fil-d'archal du lambris au canon de fusil,
de-l au globe, & lectrise ainsi la machine & l'homme qui tourne la
roue, &c. Nous supposons au contraire qu'il est chass & non introduit 
travers le fil-d'archal, & que la machine & l'homme, &c. sont lectriss
en moins; c'est--dire, qu'ils ont en eux moins de feu lectrique que
les choses dans l'tat commun.

Comme le Vaisseau est sur le point de faire voiles, je ne puis vous
rendre sur l'lectricit de l'Amrique, un compte aussi tendu que je me
l'tois propos, je me bornerai donc  quelques autres
particuliarits.... Nous trouvons le plomb granul meilleur que l'eau
pour remplir la bouteille, parce qu'il est aisment chauff, & qu'il
conserve la chaleur & la scheresse dans un air humide.... nous
enflammons les liqueurs spiritueuses avec le fil-d'archal de la fiole...
nous rallumons une chandelle qui vient d'tre teinte, en tirant une
tincelle dans la fume entre le fil-d'archal & les mouchettes.... nous
imitons les clairs en passant le fil-d'archal dans l'obscurit sur un
plat de porcelaine qui a des fleurs d'or, ou en l'appliquant au cdre
dor d'un miroir, &c.... nous lectrisons une personne plus de vingt
fois de suite par l'attouchement du doigt au fil-d'archal, de cette
manire: placez quelqu'un sur de la cire; mettez-lui  la main la
bouteille lectrise, touchez du doigt le fil-d'archal; touchez ensuite
sa main ou son visage, il y parotra des tincelles  chaque fois...
nous augmentons excessivement la force des baisers lectriques. Ainsi
placez A & B. sur un gteau de cire,[17] mettez  la main de l'un des
deux la fiole lectrise; faites empoigner  l'autre le fil-d'archal, il
en sortira une petite tincelle; mais s'ils approchent leurs lvres ils
seront frapps & tourdis. La mme chose arrive, si un autre homme & une
autre femme C & D se tenant aussi sur de la cire, & joignant les mains
avec A & B, viennent  se baiser ou  se prendre les mains.... nous
suspendons par un fil de soye une figure d'araigne faite d'un petit
morceau de lige brl avec les pates de fil de lin, & leste d'un ou de
deux grains de plomb pour lui donner plus de poids sur la table o elle
est suspendu; nous attachons un fil-d'archal perpendiculairement, aussi
haut que le fil-d'archal de la fiole, & loign de l'araigne de deux ou
trois pouces: alors nous l'animons en mettant la fiole lectrise  la
mme distance, mais de l'autre ct; elle volera sur le champ au
fil-d'archal de la fiole, & bandera ses pattes, en le touchant;
s'lancera de ce fil, & volera au fil-d'archal de la table, de-l encore
au fil-d'archal de la fiole, joant avec ses pattes contre l'un &
l'autre d'une manire tout  fait amusante, & parotra parfaitement
anime aux personnes qui ne seront pas instruites. Elle continura ce
mouvement une heure & plus dans un tems sec.... nous lectrisons sur de
la cire dans l'obscurit, un livre entour d'un double filet d'or sur la
couverture, ensuite nous appliquons le doigt  la dorure; le feu parot
partout sur l'or comme un faisceau d'clairs, & nullement sur le cuir,
quand mme on toucheroit le cuir au lieu de l'or.... nous frottons nos
tubes avec une peau de chamois, & nous observons de prsenter toujours
le mme cot au tube, & de ne jamais salir le tube en le maniant. Ainsi
l'on travaille avec vitesse & facilit, sans la moindre fatigue, surtout
si l'on a soin de l'enfermer proprement dans un tui de carton doubl de
flanelle, dont la capacit rponde exactement au volume du tube...[18]
J'entre dans ce dtail, parce que les crits d'Europe sur l'lectricit
parlent souvent du frottement des tubes, comme d'un xercice pnible &
fatiguant. Nos globes tournent sur des axes de fer qui les traversent: 
une extrmit de l'axe il y a une manivelle avec laquelle nous tournons
le globe comme une meule ordinaire, ce que nous trouvons d'autant-plus
commode, que la machine ocupant peu de place, est portative, & peut tre
renferme dans une bote propre lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est
vrai que le globe ne tourne pas aussi vte que lorsqu'on y employe une
grande rou; mais cet inconvnient est de peu de consquence, puisque
quelques tours suffisent pour charger la fiole, &c.

[Note 17: Nous reconnumes bientt qu'il n'toit besoin d'y placer que
l'un ou l'autre.]

[Note 18: Nos Tubes sont ici de verre verd, longs de 27.  30. pouces,
et aussi gros qu'on puisse les empoigner. L'lectricit est si fort en
vogue, que depuis quatre mois il en a t vendu plus d'un cent.]


AUTRES EXPRIENCES

_Qui prouvent que la bouteille de Leyde ne contient pas plus de feu
lectrique, lorsqu'elle est charge, ni moins, lorsqu'elle est
dcharge, qu'auparavant: que dans la dcharge le feu ne sort point du
fil-d'archal & des cts en mme-tems, comme quelques-uns l'ont pens;
mais que les cts reoivent toujours ce qui est dcharg par le
fil-d'archal, ou une gale quantit; la surface extrieure tant
toujours dans un tat ngatif d'lectricit, tandis que la surface
intrieure est dans un tat positif._

32. Placez sous le coussin, frottant une lame de verre assez paisse
pour couper la communication du feu lectrique entre le plancher & le
coussin; alors s'il n'y a pas de pointes dlies ou de fils capillaires
qui sortent du coussin ou des parties de la machine opposes au coussin
(ce  quoi vous devez bien prendre garde) vous ne pourrez tirer du
premier conducteur que peu d'tincelles, qui seront tout ce que le
coussin en pourra donner.

33. Suspendez alors une fiole sur le premier conducteur, & elle ne se
chargera pas, quoique vous la teniez par le ct; mais formez par une
chane une communication des cts de la fiole au coussin, & la fiole se
chargera, car alors le globe tire le feu lectrique de la surface
extrieure de la fiole, & le pousse  travers le premier conducteur, &
le fil-d'archal de la fiole dans sa surface intrieure.

Ainsi la bouteille est charge avec son propre feu, nul autre ne pouvant
y entrer, tandis que la lame de verre est sous le coussin.

M. L. N. conteste cette exprience, en assurant qu'il l'a rpte, &
que dans le premier cas; c'est--dire, quand on tenoit la bouteille  la
main, elle s'est charge de mme que dans le second cas, o l'on avoit
tabli une communication de l'envelope de cette bouteille au coussin. Je
ne sai pas prcisment la diffrence qui a p se trouver entre sa
manire d'oprer & celle de M. Franklin; mais sur l'expos du Physicien
Franois, je souponne ce qui a p l'induire en erreur; il s'est
apparemment persuad que d'puiser le coussin de son lectricit,
c'toit une opration toute simple & de facile xcution. Il s'en faut
beaucoup que je ne l'aye regarde du mme oeil; plus j'y ai rflchi
avant de l'entreprendre, plus elle m'a paru difficile; & depuis que j'en
suis venu  bout, j'estime qu'il n'y a point d'exprience lectrique
plus dlicate, & qui xige tant de prcautions. Voici quelques maximes
gnrales tires de mes remarques sur les diffrentes expriences que
j'ai tentes pour puiser le coussin, qui pourront le faire connotre.
Il faut:

1. Que le carreau de glace ou de verre, qui porte le coussin l'excde
au moins de 7.  8. pouces de chaque ct.

2. Que ni le carreau ni le coussin ne soient attachs par des ligamens
extrieurs, pas mme avec des cordons de soye,  moins qu'ils ne soient
prpars, comme je le dirai ci-aprs.

3. Que les mandrins mastiqus au globe soient au moins  6. ou 7.
pouces du coussin.

4. Qu'il ne se trouve  3. ou 4. pieds tout autour aucune pointe, de
quelque nature qu'elle soit.

J'ai d'abord essay d'puiser au coussin d'environ 7. pouces de
diamtre, sous lequel j'avois mis une glace plane d'un pied quarr, le
tout attach avec des cordons de soye; l'exprience n'a point russi.

J'ai substitu  cette glace une capsule sphrique de 10. pouces de
diamtre, dans laquelle j'avois fix le coussin avec des cordons de
soye, qui en passant par-dessus les bords de la capsule, les attachoient
ensemble sur le support destin  porter le coussin. Cette exprience
n'eut pas plus de succs que la premire; mais j'apperus que les petits
poils qui sortoient tout autour des cordons de soye se dressoient vers
le coussin. Je jugeai de-l que c'toient autant de pointes qui lui
fournissoient de nouveau feu  mesure que le globe en tiroit. Aprs
avoir remdi  ce dfaut en cirant bien xactement les cordons de soye,
je rptai l'lectrisation; mais je ne fus pas plus heureux. Le feu
lectrique parut sortir du conducteur presqu'aussi abondamment que si le
coussin n'et point t isol. J'y apperus cependant un changement
marqu qui me donna bonne esprance; quand je prsentois mon doigt  3.
ou 4. pouces du coussin, j'y sentois une espce de suction, &
j'entendois sur le coussin un bruit assez semblable  celui que l'on
fait en retirant son haleine, les lvres serres, comme pour piper un
petit animal. Cela me fit conjecturer que j'apercevrois dans l'obscurit
une aigrette lumineuse au bout de mon doigt, & peut-tre l'endroit d'o
sortoit le feu qui toit fourni au coussin.

Ds-que la nuit fut venu, & que j'eus recommenc l'opration, je vis,
1. un courant de feu qui sortant en nappe d'un des mandrins du globe,
se prcipitoit jusques sur le coussin  l'endroit de sa jonction avec le
globe; 2. de petites aigrettes lumineuses  tous les poils de mes
habits qui se dirigeoient vers le coussin; 3. une longue aigrette mince
& peu divergente qui partoit de mon doigt, lorsque je le prsentois au
coussin  3. ou 4. pouces de distance, & qui se changeoit en un courant
continu, pour peu que je l'approchasse davantage. M'tant aper que le
coussin toit plus prs d'un des ples du globe que de l'autre, &
l'ayant remis le plus xactement qu'il me fut possible,  gale distance
des deux mandrins, je vis le courant de feu, qui auparavant sortoit de
l'un d'eux, partag en deux nappes  peu-prs gales, une de chaque
ct: Ayant fait cesser la rotation du globe, je remarquai que la vertu
attractive du coussin s'y conserva encore long-temps. Plus d'une
demi-heure aprs l'avoir laiss dans cet tat, il suoit & pipoit encore
 l'approche du doigt.

En rflchissant sur ces observations, j'ai imagin qu'il falloit avoir
un coussin plus troit & un globe plus gros, ou du moins dont les
mandrins fussent plus loigns de l'quateur. J'essayai un globe de 14.
pouces de diamtre; mais il se trouva un peu trop dur, ayant trop
d'paisseur de verre. D'ailleurs, quelque solide que ft la machine dont
je me servois, il y causa par sa rotation un branlement qui m'inquita.
Ces considrations me dterminrent  donner la prfrence  un globe de
cristal de 13. pouces que je fis monter exprs. Les goulots en sont
minces, & les mandrins qui y sont mastiqus n'ont gure plus d'un
demi-pouce d'empattement tout autour. En faisant rouler ce globe sur un
coussin de 3. pouces de diamtre, les bords de celui-ci se trouvent
loigns des mandrins de plus de 7. pouces. Ma grande capsule au fond de
laquelle j'ai fix ce coussin avec du mastic, met encore un plus grand
loignement entre lui & le plateau de bois qui porte le tout.

Ce n'est qu'aprs toutes ces prcautions que je suis venu  bout
d'puiser la matire lectrique du coussin, & de faire les expriences
que M. Franklin nous a indiques sur ce sujet. Je suis d'autant-moins
tonn du peu de succs de ceux qui disent les avoir tentes
inutilement, que je suis sr qu'il est impossible d'y russir sans
toutes ces prcautions. Sans entrer dans une discussion qui seroit trop
longue & ennuyeuse, on trouvera dans cet expos des rponses plus que
suffisantes aux questions & objections de nos critiques, & la raison de
la diffrence de leurs succs. _Lisez Lettres sur l'lectricit_, _pag._
112-115. Pour les trois questions qui terminent la page 115, pourra-t-on
apprendre, sans tonnement, qu'elles nous viennent d'un homme instruit?
Je vais pourtant y satisfaire comme si elles le mritoient. Sur la
dernire consquence de M. Franklin qu'il n'entre dans la bouteille que
le feu lectrique qui vient de sa surface extrieure, on lui demande:
_Et quelle certitude en avez-vous? La matire lectrique n'est-elle pas
rpandue dans l'air de l'atmosphre? Et pourquoi ne voulez-vous pas que
la chane & le globe y trouvent ce feu lectrique qui passe par le
conducteur dans l'intrieur de la fiole? Il faut montrer que cela est
impossible, ou que cela n'est pas, si vous voulez que votre consquence
soit reu._ Soit, Monsieur, on s'en tient  votre parole. Voici la
certitude que nous en avons, indpendamment de ce que nous voulons ou ne
voulons pas. coutez bien. Si la chane & le globe trouvoient dans l'air
de l'atmosphre ce feu lectrique qui passe par le conducteur dans
l'intrieur de la fiole, ils l'y trouveroient aussi bien avant qu'on et
tabli une communication de l'extrieur de la bouteille au coussin,
qu'aprs, & dans ce cas on l'apercevroit en touchant au conducteur. Il
est cependant trs-certain que ds-que le coussin est puis on ne tire
pas la moindre tincelle des conducteurs: tirez, s'il vous plat, la
consquence vous-mme, & ne refusez plus de la recevoir.

34. Suspendez deux balles de lige par des fils de lin attachs au
premier conducteur; touchez alors le ct de la bouteille, & elles
seront lectrises, & elles s'loigneront l'une de l'autre.

Car autant que vous donnez de feu aux cts, autant prcisment il s'en
dcharge  travers le fil-d'archal sur le premier conducteur, d'o les
balles de lige reoivent une atmosphre lectrique.

Mais prenez un fil-d'archal courb en forme de C, avec un bton de cire
d'Espagne fix  la partie extrieure de la courbure, afin de le tenir
par-l, & appliquez une extremit de ce fil-d'archal aux cts, &
l'autre en mme temps au premier conducteur, la fiole sera dcharge; &
si les balles ne sont pas lectrises avant la dcharge, elles ne
parotront pas l'tre aprs; car elles ne se repousseront pas l'une
l'autre.

Maintenant si le feu dcharg de la surface intrieure de la bouteille 
travers son fil-d'archal restoit sur le premier conducteur, les balles
seroient lectrises & s'loigneroient l'une de l'autre.

Si la fiole faisoit une explosion relle aux deux extrmits &
dchargeoit le feu tant des cts que du fil-d'archal, les balles
seroient lectrises en _plus_ & s'loigneroient _plus loin_, car aucune
portion de feu ne peut s'chaper en tant empche par le manche de
cire.

Mais si le feu, dont la surface intrieure est surcharge, est
prcisment la quantit qui manque  la surface extrieure, il passera
circulairement  travers le fil-d'archal attach au manche de cire,
rtablira l'quilibre dans le verre, & ne causera aucune altration dans
l'tat du premier conducteur.

Nous avons trouv conformment que si le premier conducteur est
lectris, & que les balles de lige soient dans un tat de rpulsion
avant que la bouteille soit charge, elles continueront d'y tre aprs,
sinon elles ne seront point lectrises par cette dcharge.

Tout ce qui est dans la critique, pag. 116. 117, & 118. contre cette
exprience, me parot tout--fait hors de propos; notre auteur, comme on
vient de le voir, prouve incontestablement que l'exprience de Leyde
n'lectrise point les corps qui reoivent la commotion, ou qui ont
communication avec ceux qui la reoivent, & M. L. N. en convient; mais
aprs cela il se perd dans une discussion qui n'a aucun rapport au sujet
dont il s'agit.




LETTRE IV.

_Nouvelles expriences & observations sur l'lectricit._

1748.


MONSIEUR,

35. Il y aura la mme explosion & le mme choc, si la bouteille
lectrise est tenue d'une main par le _crochet_, & touche de l'autre
par les _cts_[19], que si elle est tenue par les _cts_ & touche au
_crochet_.

[Note 19: M. Franklin s'est servi dans la plupart de ses expriences, &
surtout dans les suivantes, de bouteilles garnies de mtal en dedans &
en dehors: il faut donc entendre par le terme _cts_, la surface
extrieure couverte d'une enveloppe mtallique depuis le fond jusqu'au
collet, ou jusqu' deux ou trois pouces prs du goulot.]

36. Pour prendre impunment par le _crochet_ la bouteille charge, & en
mme tems ne pas diminuer sa force; il faut d'abord la placer sur un
corps originairement lectrique.

37. La fiole sera lectrise aussi fortement, si elle est tenue par le
_crochet_ & les _cts_ appliqus au globe ou au tube, que si elle est
tenue par les _cts_, & que le _crochet_ leur soit appliqu.

38. Mais la direction du feu lectrique tant diffrente dans la charge,
elle sera aussi diffrente dans l'explosion; la bouteille charge par le
_crochet_ sera dcharge par le _crochet_; la bouteille charge par les
_cts_ sera dcharge par les _cts_, & jamais autrement; car le feu
doit sortir par la mme voye qui lui a donn entre.

39. Pour prouver cela, prenez deux bouteilles qui soient galement
charges par les _crochets_, une dans chaque main; approchez leurs
_crochets_ l'un de l'autre, il n'en rsultera ni tincelle ni choc,
parce que chaque _crochet_ est dispos  donner du feu, & ni l'un ni
l'autre ne l'est  en recevoir. Posez une des bouteilles sur le verre,
levez-la par le _crochet_, & appliquez son _ct_ au _crochet_ de
l'autre; il y aura alors une explosion & un choc, & les deux bouteilles
seront dcharges.

Sur l'assertion de Mr. Franklin que, si l'on approche l'un de l'autre
les crochets des deux bouteilles galement charges, il n'en rsultera
ni tincelle, ni choc: _Ho! voil_, s'crie M. L. N.[20], _ce dont je ne
conviendrai pas; car ds la premiere fois que j'en fis l'preuve, je vis
trs-distinctement clater le feu lectrique entre les deux crochets, &
je ressentis un coup assez vif dans les deux bras_. Cela peut tre, & je
crois que cela est, pour l'avoir prouv de mme; mais la proposition de
M. Franklin n'en est pas moins vraie, & il faudra que le physicien
Franois en convienne malgr sa protestation, car il faut se rendre 
l'vidence; il doit savoir qu'aprs l'exprience de Leyde, la bouteille
n'est plus charge, & qu'il n'y reste plus de feu: si les deux
bouteilles dont il s'agit restent charges aprs en avoir approch les
deux crochets l'un de l'autre, c'est une preuve incontestable qu'elles
n'ont pas produit tout leur effet. Celui que M. L. N. a ressenti n'est
venu que de ce que l'une des bouteilles toit plus charge que l'autre,
& le feu qu'il a v si distinctement entre les deux crochets, n'est que
ce qui en a pass de l'une  l'autre pour les remettre toutes deux en
quilibre: elles n'en restent pas moins charges l'une & l'autre aprs
cette lgre commotion, qui d'ailleurs n'est pas diffrente de celles
qu'on ressent dans la main  chaque tincelle que l'on tire d'un peu
loin du conducteur, quand on charge une bouteille.

[Note 20: Lett. sur l'lectricit, pag. 123.]

Pour avoir sur ce sujet une conviction encore plus complette, il ne
s'agit que de varier l'exprience: prenez deux bouteilles dont l'une
soit bien charge & l'autre ne le soit point du tout; en approchant
leurs crochets l'un de l'autre, vous verrez une tincelle & vous
recevrez un coup; mais aprs cela les bouteilles seront toutes deux 
demi charges; preuve certaine que le feu est sorti par le crochet de
celle qui toit lectrise, comme il y toit entr.

Cette erreur de M. L. N. ne vient donc que de ce qu'il n'a pas fait
attention que pour cette exprience les deux bouteilles doivent tre
_galement_ charges. Quand elles le sont, il n'y a rellement ni
tincelle, ni choc, comme l'a judicieusement avanc M. Franklin.

40. Variez l'exprience en chargeant deux fioles galement, l'une par le
_crochet_, l'autre par le _ct_; tenez par les _cts_ celle qui a t
charge par le _crochet_, & tenez par le _crochet_ celle qui  t
charge par le _ct_; appliquez le _crochet_ de la premire au _ct_
de la seconde, il n'y aura ni choc, ni tincelle: posez sur le verre
celle que vous tenez par le _crochet_, levez-la par les _cts_, &
prsentez les deux _crochets_ l'un  l'autre, il y aura une tincelle &
un choc, & les deux bouteilles seront dcharges.

Cette exprience tant attaque dans le mme endroit & de la mme
manire que la prcdente, trouve aussi la mme dfense.

Dans cette exprience les bouteilles sont totalement dcharges, &
l'quilibre y est rtabli: l'excs du feu dans un des crochets, (ou
plutt dans la surface intrieure d'une bouteille,) tant exactement
gale  ce qui manque de feu dans l'autre, & par consquent comme chaque
bouteille a en elle-mme l'excs aussi bien que le dfaut, le dfaut &
l'excs doivent tre gaux dans chaque bouteille. Voyez . 42. 43. 44.
45. Mais si un homme tient en main les deux bouteilles, dont l'une soit
pleinement lectrise, & l'autre ne le soit point du tout; s'il
rapproche leurs crochets, il ne sentira que la moiti du coup, & les
bouteilles resteront  demi lectrises, l'une tant  demi dcharge, &
l'autre  demi charge.

41. Placez deux fioles galement charges sur une table  5. ou 6.
pouces de distance; suspendez une petite boule de lige par un fil de
soye, qui tombe entre les deux bouteilles: si les fioles ont t toutes
deux charges par leurs crochets, lorsque le lige aura t attir &
repouss par l'un, il ne sera pas attir par l'autre, mais il en sera
galement repouss; mais si les fioles ont t charges l'une par le
crochet & l'autre par le ct,[21] le lige aprs avoir t attir, &
repouss par un crochet, sera aussi fortement attir & ensuite repouss
par l'autre, & joura ainsi avec force entre les deux, jusqu' ce que
les deux bouteilles soient  peu prs dcharges.

[Note 21: Pour charger commodment une bouteille par le ct, mettez-la
sur un verre: tablissez une communication du premier conducteur 
l'enveloppe mtallique de cette bouteille, & une autre de son crochet 
la muraille ou au plancher. Quand elle sera charge, supprimez cette
derniere communication avant que d'empoigner la bouteille, autrement une
grande partie du feu s'chapperoit par cette voye.]

42. Lorsque nous employons les termes de _charger_ & _dcharger_ les
bouteilles, c'est pour nous conformer  l'usage, & par disette d'autres
termes plus convenables; puisque nous sommes persuads qu'il n'y a
rellement pas plus de feu lectrique dans la bouteille aprs ce qu'on
appelle sa _charge_, ni moins aprs sa _dcharge_ qu'il n'y en avoit
auparavant, except seulement la petite tincelle que l'on peut donner
ou enlever  la matire non-lectrique, si elle est spare de la
bouteille: tincelle qui ne peut pas galer la cinquantime partie de
celle qui fait l'explosion.

Car si dans l'explosion le feu lectrique sortoit de la bouteille par un
endroit, & qu'il ne rentrt pas par un autre, il s'ensuivroit que si un
homme plac sur de la cire & tenant la bouteille d'une main, tiroit
l'tincelle en touchant avec l'autre le crochet de fil-d'archal, la
bouteille tant par l dcharge, l'homme seroit charg; ou que la
quantit de feu perdu par l'une se retrouveroit dans l'autre, puisqu'il
n'y a aucune issue pour la laisser chaper; mais il arrive le contraire.

43. D'ailleurs la fiole ne souffrira pas ce que l'on appelle une charge,
 moins qu'il n'en puisse sortir autant de feu par une voye qu'il en
entre par une autre. Une fiole place sur la cire ou sur le verre, ou
bien suspendu sur le premier conducteur d'lectricit, ne peut tre
charge  moins qu'il n'y ait une communication tablie entre ses cts
& le plancher pour servir de dcharge.

De toutes les expriences de Philadelphie, il y en a peu qui soient
contestes avec autant de confiance que celle-ci. Ds le premier rapport
que je fis  l'Acadmie royale des sciences en 1751. du succs des
expriences de M. Franklin, on me soutint avec vivacit que cette
observation toit contraire  l'exprience. N'tant all  l'Acadmie
que pour y rendre compte de ce que j'avois fait & v, & non pas pour
disputer; je me contentai de rpliquer que j'tois sr de ce que
j'avanois d'aprs mon auteur: je suis surpris qu'on n'en ait pas encore
reconnu la vrit. Cette communication que l'on tablit des cts de la
bouteille au plancher, est ce que nous appellons une dcharge: quand on
lectrise une bouteille  la main, c'est la main qui en tient lieu; mais
si la bouteille est suspendu au conducteur sans dcharge, & que l'air
soit bien sec, je suis sr pour l'avoir prouv cent fois, qu'elle ne se
charge point: j'ai de mme prouv que quand elle est appuye sur un
support lectrique, plus ce support est large & lev & moins elle se
charge. J'ai cependant v la bouteille de Leyde se charger quoique
suspendu au conducteur sans dcharge, mais trs-lentement &
trs-difficilement, dans des tems o l'air de l'atmosphre est charg
d'humidit, (c'est apparemment celui o notre critique a tudi son
objection) mais cela ne vient que de ce que les particules d'humidit
rpandus dans l'air font l'office de dcharge: l'on peut d'autant moins
se prvaloir de cette observation contre M. Franklin, qu'il est moins 
porte de la faire par lui-mme. La saison o il se livre plus
particulierement  l'lectricit, comme la plus favorable aux
expriences, est l'hyver, & c'est le temps o la Pensylvanie jouit du
ciel le plus beau & le plus pur; quoi qu'il en soit, des objections, la
proposition de notre auteur restera dans toute sa force pour quiconque
voudra se mettre dans sa position, & consulter l'exprience sans
prvention.

44. Mais suspendez deux ou plusieurs fioles sur le premier conducteur
d'lectricit, l'une pendante  la queu de l'autre, & un fil-d'archal
de la derniere au plancher, un gal nombre de tours de rou les chargera
galement, & chacune le sera autant que si elle seule et t soumise 
l'opration: ce qui est chass de la queu de la premiere servant 
charger la seconde, ce qui est chass de la seconde chargeant la
troisime, & ainsi de suite; par ce moyen une quantit de bouteilles
peuvent tre charges par la mme opration, & aussi pleinement que s'il
n'y en avoit qu'une seule; si ce n'est que chaque bouteille reoit de
nouveau feu, & abandonne son ancien avec quelque rticence, ou plutt
apporte  la charge quelque foible rsistance, qui dans un nombre de
bouteilles devient plus gale  la puissance chargeante, & repousse
ainsi le feu sur le globe plus vite qu'une simple bouteille ne le
pourroit faire.

45. Lorsqu'une bouteille est charge par la voye ordinaire, ses surfaces
intrieure & extrieure sont prtes, l'une  donner le feu par le
crochet, l'autre  le recevoir par le ct: l'une est pleine, & dispose
 pousser, l'autre est vuide, & extrmement affame; & cependant comme
la premiere ne chassera point, que l'autre ne puisse au mme instant
recevoir, de mme la dernire ne recevra point, que la premire ne
puisse donner au mme instant; lorsque l'un & l'autre peut se faire en
mme-tems, cela se fait avec une vitesse & une violence inconcevables.

46. Ainsi lorsqu'on bande un ressort avec violence (quoique la
comparaison ne convienne pas dans tous les points) il doit, pour se
rtablir de lui-mme, resserrer le ct qui avoit t tendu en le
bandant, & tendre celui qui avoit t resserr. Si l'une de ces
oprations rencontre des obstacles, l'autre ne sauroit avoir son
xcution; mais on ne dit point que le ressort soit charg d'lasticit,
lorsqu'il est band, & dcharg, lorsqu'il est dband; sa quantit
d'lasticit est toujours la mme.

47. Le verre a pareillement toujours dans sa substance la mme quantit
de feu lectrique, & une fort grande quantit, par rapport  la masse du
verre, comme il sera prouv dans la suite.

48. Cette quantit proportionne au verre, il la retient avec force &
opiniatret; il n'en aura ni plus ni moins, quelque changement qu'il
prouve dans ses parties, & dans sa situation; c'est--dire, que nous en
pouvons tirer une partie de l'un de ses cts, pourv que nous en
rendions  l'autre une gale quantit.

49. Nanmoins lorsque la situation du feu lectrique est ainsi drange
dans le verre, lorsque quelque partie a t retranche de l'un des
cts, & que quelque partie a t ajote  l'autre, il ne reste point
en repos ou dans son tat naturel, jusqu' ce qu'il ait t rtabli dans
son uniformit primitive .... & ce rtablissement ne peut tre fait 
travers la substance du verre, mais il doit se faire par une
communication non lectrique, tablie au dehors, de surface  surface.

50. Ainsi la force totale de la bouteille, & le pouvoir de donner un
choc est dans le verre-mme; les corps non-lectriques en contact avec
les deux surfaces ne servant qu' donner &  recevoir des diffrentes
parties du verre; c'est--dire,  donner  un ct, &  recevoir de
l'autre.

51. Nous avons fait ici cette dcouverte de la manire suivante. Nous
proposant d'analyser la bouteille lectrifie pour savoir o rside sa
force, nous la plames sur un verre, & nous tames le lige & le
fil-d'archal, que l'on avoit eu attention de ne pas trop enfoncer. Alors
prenant la bouteille d'une main, & approchant un doigt de l'autre main
auprs de l'orifice, une forte teincelle s'lana de l'eau, & le choc
fut aussi violent que si le fil-d'archal n'et point t drang, ce qui
nous fit connotre que la force lectrique ne rsidoit point dans le
fil-d'archal. Ensuite pour dcouvrir si elle rsidoit dans l'eau, y
tant comprime & condense, parce que le verre la serre de toutes parts
(ce qui avoit t notre premire opinion,) nous lectrismes de nouveau
la bouteille; & l'ayant mise sur un verre, nous otmes, comme ci-devant,
le lige & le fil-d'archal; levant alors la bouteille, nous versmes
toute l'eau dans une autre bouteille vuide qui toit pareillement sur un
verre; & levant cette derniere fiole, nous comptmes, si la force
rsidoit dans l'eau, d'entendre partir un coup; mais il n'y en eut
point. Nous jugemes donc qu'il falloit ou que la force se ft perdu en
transvasant, ou qu'elle ft reste dans la premire bouteille; & nous
trouvmes que notre derniere conjecture toit juste. Car cette bouteille
mise  l'preuve donna un coup, quoique remplie, sans la dplacer, avec
de l'eau frache, & qui n'toit point lectrifie... Alors pour
dcouvrir si le verre avoit cette proprit prcisment comme verre, ou
si la forme y contribuoit en quelque chose, nous prmes un carreau de
verre; & le posant sur la main, nous mmes une plaque de plomb sur sa
surface suprieure; ensuite nous lectrismes cette plaque, & 
l'approche du doigt il y eut une tincelle & un choc. Nous prmes
ensuite deux plaques de plomb de dimensions gales, mais plus petites
que le verre qui les dbordoit de deux pouces de tous cts, & nous
lectrismes le verre entr'elles en lectrisant la plaque de dessus.
Aprs cela nous sparmes cette plaque du verre, & par cette opration
le peu de feu qui pouvoit tre dans le plomb fut enlev, & le verre
touch avec le doigt sur les parties lectrises, ne donna que quelques
petites tincelles piquantes; on peut cependant en tirer un grand nombre
de diffrent endroits. Aprs avoir remis adroitement le verre entre les
deux plaques, & achev un cercle; c'est--dire, pratiqu une
communication entre les deux surfaces, il s'ensuivit un choc violent
.... ce qui dmontre que le pouvoir rside dans le verre comme verre, &
que les corps non-lectriques en contact servent uniquement, comme
l'armure de l'aimant,  unir les forces des diffrentes parties, &  les
rassembler dans tel point qu'on dsire. Car c'est une propriet des
corps non-lectriques, que tout le corps reoit ou donne dans un instant
tout le feu lectrique qui est donn ou enlev  quelqu'une de ses
parties.

L'exprience de Leyde est sans contredit une des plus belles
dcouvertes qui ayent t faites en Physique. C'est elle qui a donn
lieu aux profondes recherches qui occupent si gnralement les
Physiciens depuis 1745. Chacun d'eux a fait ses efforts pour dveloper
la merveilleuse bouteille qui en est le fondement; mais on ne voit pas
qu'aucun y ait russi avant M. Franklin. L'analyse de cette bouteille
toit, ce semble, la chose la plus aise  imaginer & la plus simple 
xcuter, & cependant personne n'y a song, comme si cette ide n'et p
venir que du nouveau monde; mais  peine a-t-elle pnetr en Europe, 
peine le succs en est-il connu qu'on entreprend de le contester; on
veut documenter l'auteur, changer le proced, & nier le rsultat.
Examinons chacune de ces choses.

_Si vous voulez_, dit le Physicien franois  l'Amricain[22], _rpter
cette exprience_ (l'analyse de la bouteille) _de bonne foi & sans
prvention, je vous dirai en quoi vous avez manqu; & je vous promets
qu'en procdant, comme il convient, vous trouverez des signes
trs-marqus de la vertu lectrique dans votre eau transvase._ Voici le
proced.

[Note 22: Lettre sur l'lectricit, pag. 91.]

_Je vous avertis donc qu'il faut faire cette exprience avec une
lectricit passablement forte, viter les longueurs... que le nouveau
vase qui reoit l'eau, ne soit pas d'un verre fort pais, & qu'au lieu
d'tre pos sur du verre, comme vous le faites, il le soit au contraire
sur la main d'un homme ou sur quelqu'autre corps non-lectrique. Si vous
procedez ainsi, je vous rponds du succs._ Pour moi je pense qu'en
procedant ainsi, on ne feroit point l'analyse de la bouteille. Mais ni
le critique, ni celui qui s'est laiss surprendre par cette exprience,
ne se sont apperus qu'ils manquoient dans le point essentiel. C'est ce
dfaut de sagacit qui parot avoir assur la dfaite de l'un & la
victoire de l'autre que l'on a fait sonner si haut.

D'aprs ce rsultat vrai en lui-mme, mais faux dans son principe, on
argumente contre M. Fr. on le presse: on le poursuit: on se persuade
qu'il ne lui reste pas plus de ressource qu' celui qu'on a nomm son
plus zl partisan.

Sans entreprendre de rfuter tout ce que l'loquence tale en 8. ou 10.
pages de la critique, & sans rtorquer tous les argumens adress  notre
Amricain, je crois que quelques rflexions fondes sur l'exprience
suffiront pour en effacer les impressions.

Quand une personne tient dans sa main la bouteille lectrise, &
qu'elle en verse l'eau dans une autre bouteille tenu dans la main d'une
autre personne, il arrive la mme chose que si l'on faisoit toucher le
crochet de la premiere bouteille  celui de la seconde qui seroit arme,
la charge se partage entre les deux bouteilles.[23] Cela est si vrai que
si la mme personne fait seule cette exprience en tenant les deux
bouteilles, une en chaque main, elle ressentira une commotion, qui ne
sera pourtant que la moiti de celle qu'elle recevroit, si elle faisoit
tout simplement l'exprience de Leyde. Donc en versant l'eau de cette
faon on fait passer avec elle dans la seconde bouteille la moiti de la
matire lectrique contenu dans la premire. La preuve s'en tire encore
d'une autre observation que voici. Si la matire lectrique qui passe
ainsi avec l'eau d'une bouteille dans l'autre, toit prcisment
attache  la liqueur, la quantit en seroit proportionelle  la
quantit de l'eau transvase: or cela n'est point; car que l'on vuide
toute la liqueur, ou que l'on n'en vuide que la moiti, la seconde
bouteille qui l'aura reu se trouvera galement charge, c'est--dire
lectrise au mme degr; & si toutes choses toient gales des deux
cots: si les bouteilles toient gales en capacit, en matire, en
forme, & leur intrieur galement moill, ce degr seroit xactement le
mme dans chacune. Donc notre critique n'a pas raison de dire que l'on
ne sauroit lui objecter que les circonstances dont il fait dpendre le
succs de l'exprience, changent l'espce. Et pourquoi ne sauroit-on lui
faire cette objection, ds qu'on voit videmment que son procd est
erronn: que n'en apperevant pas le dfaut, il en tire avantage, pour
combattre la doctrine d'un Physicien consomm dans cette partie, o il
donne des leons  tout le monde savant?

[Note 23: V. pag. 125. . 40.]

S'il restoit encore quelques doutes sur l'analyse de la bouteille
lectrise, qui est regarde avec raison comme une des plus belles
expriences de M. Franklin, quoiqu'elle ne soit pas une des plus
brillantes, & sur laquelle j'ai entendu un des Physiciens les plus
experiments en cette partie, se reprocher de ne l'avoir pas imagine;
si, dis-je, il restoit encore quelques doutes sur ce sujet, on pourroit
les lever, en s'y prenant d'une autre faon que j'ai imagine, & que je
rapporte ici, pour rpondre  ceux qui prtendent que la matire
lectrique ne parot attache au verre de la bouteille qu'en vertu de
l'adhrence de l'eau  ses parois intrieures. Au lieu d'eau, je mets
dans la bouteille du menu plomb, comme du plomb  perdreaux, ou de la
cendre: aprs l'avoir arme de son crochet, & l'avoir lectrise, j'en
fais l'analyse, suivant la mthode de M. Franklin, & je trouve toujours
que le plomb en tant vuid, n'a point emport l'lectricit, mais que
cette matire est reste presque toute entire en la bouteille o je
l'avois fait entrer d'abord, puisque de nouveau plomb, ou  sa place de
l'eau, ou toute autre substance non-lectrique, ou mme rien autre chose
qu'un fil-d'archal, pourv qu'il touche au fond intrieur, lui rend le
pouvoir de donner la commotion  quiconque veut la tenter. J'ai mme
prouv qu'elle toit, toutes choses gales d'ailleurs, toujours plus
forte avec le plomb qu'avec l'eau, C'est en consquence de cette
observation, que depuis long-tems je ne me sers presque plus d'eau dans
mes expriences lectriques. J'ai trouv que le mtal, & sur tout le
plomb granul est bien prfrable  la liqueur pour analyser la
bouteille: il n'est pas sujet  l'vaporation: on peut le scher
aisment; il n'clabousse point en le traversant: il ne s'attache ni aux
parois ni au goulot de la bouteille, toutes choses qui font souvent
manquer l'exprience, quand on opre avec de l'eau. L'usage de la
limaille pour remplir la bouteille est aussi trs-bon; mais si l'on veut
en faire l'analyse, il faut avoir attention que la limaille soit bien
sche, & qu'elle ne fasse point de poussire quand on la verse.

Il rsulte de toutes ces observations que j'ai faites & rptes avec
tout le soin & l'xactitude possibles, qu'en s'y prenant comme
l'enseigne M. L. N. on ne fait point l'analyse de la bouteille
lectrise. Car, qu'est-ce que faire cette analyse? N'est-ce pas tout
simplement sparer chacune des parties dont elle est compose, pour voir
 laquelle de ses parties la matire lectrique restera attache? Or en
suivant la route indique par M. Fr. on arrive srement  ce but; si
l'on entreprend de m'en montrer une autre, il faudra me prouver qu'elle
y conduit aussi srement, ou tout au moins me mettre dans
l'impossibilit d'en dcouvrir l'erreur. Notre critique ne fait ni l'un
ni l'autre, & malgr ses argumens spcieux, je n'y aurai pas plus de
confiance que si, pour me prouver que l'lectricit n'est pas attache
au verre, il commenoit par dcharger la bouteille avant d'en faire
l'analyse; il n'y a pas plus de raison  vouloir que la seconde
bouteille dans laquelle on verse l'eau lectrise, soit dans la main
d'un autre homme, qu'il y en auroit  xiger que la premiere y ft
aussi, quand on en te le fil-d'archal avec les doigts. Il y a donc,
quoiqu'en dise la critique, des circonstances d'o on fait dpendre le
succs de l'exprience, qui en changent l'espce; & celles-ci sont du
nombre. C'est pour cela que je prtens qu'en s'y prenant de cette faon,
l'on ne fait point du tout l'analyse de la bouteille.

Que notre adversaire au reste ne s'imagine pas que je n'aye en ve que
de le contredire. La recherche de la verit est mon seul objet. Aucune
considration ne sauroit m'en dtourner. Quand nous avons dit que l'eau
ou le mtal que l'on met dans la bouteille de Leyde n'emportent point
avec eux d'lectricit, dans le temps qu'on les verse dans un autre vase
soutenu sur un support lectrique; il ne faut pas prendre cette
proposition  la rigueur. Je sais par exprience que ces corps
non-lectriques ne se dpoillent pas absolument, en sortant de la
bouteille, de toute l'lectricit dont ils toient chargs. Cela se voit
videmment quand on se sert de limaille pour faire l'analyse de la
bouteille. Notre auteur estime que la quantit qu'ils retiennent de
cette matire n'quivaut peut-tre pas la cinq-centime partie de ce qui
fait la charge de la bouteille; mais cette petite quantit n'est pas ce
dont il s'agit ici; quand elle seroit beaucoup plus considrable dans
les circonstances tablies, elle ne mettroit jamais la seconde bouteille
en tat de donner la commotion.

52. Sur quoi nous avons fait ce que nous appellons une _batterie
lectrique_, consistant en onze grands carreaux de vitre garnis de lames
de plomb appliques sur chaque ct, placs verticalement, & soutenus 
deux pouces de distance sur des cordons de soye, avec des crochets pais
de fil de plomb, un de chaque ct, dresss en ligne droite, loigns
l'un de l'autre, & des communications convenables de fil, & une chane
depuis le ct _donnant_ d'un carreau jusqu'au ct _recevant_ de
l'autre, de sorte que le tout puisse tre charg ensemble, & par la mme
opration, comme s'il n'y avoit qu'un seul carreau. Nous avons fait
encore une autre machine pour amener les cts _donnans_ aprs la
charge, en contact avec un long fil-d'archal, & les cts _recevans_
avec un autre. Ces deux longs fils-d'archal donneroient la force de tous
les carreaux de verre  la fois  travers le corps de quelque animal qui
formeroit le cercle avec eux. Les carreaux peuvent aussi tre dchargs
sparment, ou tel nombre ensemble que l'on voudra; mais cette machine
n'a pas t mise beaucoup en usage, comme ne rpondant pas parfaitement
 notre intention, relativement  la facilit de la charge par la raison
donne . 44. Nous avons fait aussi avec de grands carreaux de vitre des
tableaux magiques & des roues animes qui se meuvent d'elles-mmes, &
dont nous allons bientt faire la description.

53. Je m'apperois par le dernier livre de l'ingnieux Mr. Watson que
j'ai reu dernirement, que le docteur _Bevis_ s'est servi avant nous de
carreaux de verre pour faire l'exprience de Leyde, & jusqu'au moment
que ce livre m'est parvenu, je me proposois de vous communiquer cela
comme une nouveaut. Si j'en fais mention ici, je vous dirai pour excuse
que nous avons tent l'exprience diffremment, que nous en avons tir
des consquences diffrentes, (car M. Watson parot toujours persuad
que le feu est accumul sur le corps non lectrique, qui est en contact
avec le verre, pag. 72.) & nous l'avons mme pouss plus loin, autant
que j'en puis juger jusqu' prsent.




_LETTRE V._

PREMIRE PARTIE.


27. Juillet 1751.

MONSIEUR,

Je crois que M. Watson a fait  la hte ses observations sur mon dernier
crit, avant d'avoir bien considr les expriences rapportes dans le
. 51. qui me paroissent toujours dcisives dans cette question: _Si
l'accumulation du feu lectrique est sur le verre lectris, ou sur la
matire non-lectrique jointe au verre_; je crois qu'elles dmontrent
que l'accumulation est rellement sur le verre.

Quant  l'exprience dont parle cet ingnieux physicien, & qu'il regarde
comme concluante pour le parti oppos; je me flatte qu'il changera de
faon de penser  cet gard, lorsqu'il considrera que, comme une
personne qui applique le fil-d'archal de la bouteille charge  une
liqueur spiritueuse chauffe dans une cuillier que tient une autre
personne, toutes deux tant sur le plancher, en enflammera les esprits,
& que cependant une pareille inflammation ne peut pas dcider si
l'accumulation toit sur le verre ou dans le corps non-lectrique; de
mme si l'on place une troisime personne sur un gteau de cire entre
les deux premires, qu'elle tienne d'une main un bassin dans lequel on
verse l'eau de la bouteille, & qu' l'instant de l'effusion elle
prsente un doigt de l'autre main  la liqueur spiritueuse; cette
circonstance ne change rien du tout  l'tat des choses, le filet d'eau
tombant de la fiole, le ct du bassin, les bras & le corps de la
personne place sur le gteau n'tant tous ensemble que comme un long
fil-d'archal qui s'tend de la surface intrieure de la fiole  la
liqueur spiritueuse.

54. Voici de quelle manire se fait le tableau magique. Ayant un grand
portrait avec un cadre & une glace, (supposez que ce soit celui du Roi)
tez-en l'estampe, & coupez-en une bande  la distance d'environ deux
pouces du cadre tout autour; quand la coupure prendroit sur le portrait
il n'y auroit pas d'inconvnient. Avec de la colle lgere ou de l'eau
gomme, fixez sur le revers de la glace la bande du portrait spare du
reste, en la serrant & l'unissant bien: alors remplissez l'espace vuide
en dorant la glace avec de l'or ou du cuivre en feuille: dorez
pareillement le bord intrieur du derrire du cadre tout autour, except
le haut, & tablissez une communication entre cette dorure & la dorure
du derrire de la glace: remettez la planche ou le carton sur la glace,
& ce ct est fini. Retournez la glace, & dorez exactement le ct
antrieur sur la dorure de derrire, & lorsqu'elle sera sche
couvrez-la, en collant dessus le milieu de l'estampe qui avoit t
spar de la bande; observant de rapprocher les parties correspondantes
de cette bande & du portrait; par ce moyen le portrait parotra tout
d'une pice comme auparavant; seulement une partie est derrire la glace
& l'autre devant....... tenez le portrait horizontalement par le haut, &
posez sur la tte du Roi une petite couronne dore & mobile. Maintenant
si le portrait est lectris modrment, & qu'une autre personne
empoigne le cadre d'une main, de sorte que ses doigts touchent la dorure
postrieure, & que de l'autre main elle tche d'enlever la couronne,
elle recevra une commotion pouventable, & manquera son coup. Si le
portrait toit puissamment charg, la consquence pourroit bien en tre
aussi fatale[24] que celle du crime de haute trahison: car lorsque
l'tincelle est tire  travers une main de papier couche sur le
portrait par le moyen d'un fil-d'archal de communication; elle fait un
trou  travers chaque feuillet, c'est--dire  travers 48. feuilles,
(quoique l'on regarde une main de papier comme un bon plastron contre la
pointe d'une pe; ou mme contre une balle de pistolet,) & le
craquement est excessivement fort. L'oprateur qui tient ce portrait par
l'extrmit suprieure, o l'intrieur du cadre n'est pas dor, 
dessein d'empcher la chute du portrait, ne sent rien du coup, & peut
toucher le visage du portrait sans aucun danger, ce qu'il donne comme un
tmoignage de sa fidlit..... Si plusieurs personnes en cercle
reoivent le choc, on appelle l'exprience _les conjurs_.

[Note 24: Nous avons trouv depuis qu'elle est fatale  de petits
animaux, mais que l'action n'est pas assez violente pour en tuer de
grands; le plus gros que nous ayons tu est une poule.]

Avec une glace de 1200. pouces quarrs tame sur ses deux faces, j'ai
plusieurs fois perc jusqu' 160. feuilles de papier commun.

55. Sur le principe tabli dans le . 41. que les crochets des
bouteilles diffremment charges attireront & repousseront diffremment,
on a fait une rou lectrique, qui tourne avec une force extraordinaire.
Une petite flche de bois leve perpendiculairement passe  angles
droits  travers une planche mince, & de figure ronde d'environ 12.
pouces de diamtre, & tourne sur une pointe de fer fixe dans
l'extrmit infrieure, tandis qu'un gros fil-d'archal dans la partie
suprieure traversant un petit trou dans une feuille de cuivre,
maintient la flche dans sa situation perpendiculaire. Environ trente
rayons d'gale longueur faits d'un carreau de vitre coup en bandes
troites sortent horizontalement de la circonfrence de la planche, les
extrmits les plus loignes du centre excdant les bords de la planche
d'environ 4. pouces; sur l'extrmit de chacun est fix un d de cuivre.
Maintenant si le fil-d'archal de la bouteille lectrise par la voye
ordinaire est approch de la circonfrence de cette rou, il attirera le
d le plus proche, & mettra ainsi la rou en mouvement. Ce d dans le
passage reoit une tincelle, & ds-lors tant lectris, il est
repouss & chass en avant, tandis qu'un second tant attir, approche
du fil-d'archal, reoit une tincelle, & est chass aprs le premier, &
ainsi de suite jusqu' ce que la rou ait achev un tour: alors les dez
dj lectriss approchant du fil-d'archal, au lieu d'tre attirs comme
auparavant, sont au contraire repousss, & le mouvement cesse 
l'instant... mais si une autre bouteille qui a t charge par les cts
est place auprs de la mme rou, son fil-d'archal attirera le d
repouss par le premier, & par l doublera la force qui fait tourner la
rou, en enlevant non-seulement le feu qui a t communiqu aux dez par
la premire bouteille; mais leur en drobant mme de leur quantit
naturelle, au lieu d'tre repousss lorsqu'ils reviennent vers la
premire bouteille, ils sont plus fortement attirs; de sorte que la
rou acclre sa marche jusqu' fournir avec une grande rapidit 12. ou
15. tours dans une minute, & avec une telle force que le poids de cent
rixdales dont nous la chargemes une fois, ne parut en aucune manire
ralentir son mouvement..... C'est ce que l'on nomme une broche
lectrique; & si un gros oiseau toit embroch  la flche
perpendiculaire, il tourneroit devant le feu avec un mouvement capable
de le rtir.

Au lieu de faire cette roue de bois, & d'y rapporter des rayons de
verre, comme l'enseigne M. Franklin, j'ai imagin qu'il toit plus
simple & plus commode de la faire d'une seule pice de verre; j'ai
choisi pour cela un carreau de verre de Bohme, le plus uni & le plus
plane que j'ai p trouver: je l'ai fait couper en plateau rond de 18.
pouces de diamtre: j'ai coll sur chacune de ses surfaces une feuille
de papier marbr en couleur de bois, qui n'approche pas de la
circonfrence du plateau plus prs que de deux pouces: j'ai ensuite
mastiqu sur son centre de chaque ct deux gros-fils-d'archal qui
servent d'axe, dont l'un est termin en pointe pour servir de pivot &
pour tourner sur une petite crapaudine de cuivre, & l'autre plus long
pour passer dans un trou rond pratiqu dans une traverse de bois. On
pourroit faire l'axe tout d'une pice en perant la rou au centre pour
les recevoir. Cette roue tant ainsi mise  peu prs en quilibre sur
son axe, j'ai mastiqu sur ses bords 30. balles de cuivre creuses, 
gales distance les unes des autres, & galement loignes du centre.
L'on conoit que cette roue est bien plus lgre, & par consquent plus
mobile que celle de M. Franklin; aussi a-t-elle mieux russi que celles
qui ont t excutes suivant sa mthode.

56. Mais cette roue, ainsi que celles qui sont pousses par le vent,
l'eau ou les poids, reoit son mouvement d'une force trangre, 
savoir celle des bouteilles. La roue qui tourne d'elle-mme, quoique
construite sur les mmes principes, parotra encore plus surprenante;
elle est faite d'un carreau de verre mince & rond de 17. pouces de
diamtre, dore en entier sur les deux cts, except 2. pouces vers le
bord. On arrte alors deux petites hmisphres de bois avec du mastic au
milieu des cts suprieur & infrieur opposs  leur centre, & sur
chacune une forte verge de fil-d'archal longue de 8. ou 10. pouces qui
font ensemble l'axe de la roue. Elle tourne horizontalement sur une
pointe  l'extrmit infrieure de son axe, qui pose sur un morceau de
cuivre ciment dans une salire de verre. La partie suprieure de son
axe traverse un trou fait dans une lame de cuivre cimente  un fort &
long morceau de verre qui le tient loign de 5. ou 6. pouces de tout
corps non-lectrique; & l'on place  son sommet une petite boule de cire
ou de mtal pour conserver le feu. Dans un cercle sur la table qui
soutient la roue sont fixs douze petits pilliers de verre  la distance
d'environ 4. pouces, avec un d sur le sommet de chaque pillier. Sur le
bord de la roue est une balle de plomb communiquant par un fil-d'archal
avec la dorure de la surface suprieure de la roue; &  6. pouces
environ est une autre balle communiquant de la mme manire avec la
surface infrieure. Lorsque l'on veut charger la roue par sa surface
suprieure, il faut tablir une communication de la surface infrieure 
la table. Lorsqu'elle est bien charge, elle commence  s'branler; la
balle la plus proche d'un pillier s'avance vers le d qui est sur ce
pillier, l'lectrise en passant, & ds-lors est force de s'en loigner;
la balle suivante qui communique avec l'autre surface du verre, attire
plus fortement ce d, par la raison que le d a t lectris auparavant
par l'autre balle, & ainsi la roue augmente son mouvement jusqu' ce
qu'il vienne au point d'tre rgl par la rsistance de l'air. Elle
tournera une demi-heure, & fera l'un portant l'autre vingt tours dans
une minute, ce qui fait 600. tours dans une demi-heure. La balle de la
surface suprieure donnant  chaque tour 12. tincelles aux dez, ce qui
fait 7200. tincelles, & la balle de la surface infrieure en recevant
autant des mmes dez; ces balles parcourent dans ce tems prs de 2500.
pieds.... les dez sont bien attachs, & dans un cercle si exact, que les
balles peuvent passer  une trs-petite distance de chacun d'eux.... Si
au lieu de deux balles vous en mettez huit, quatre communiquant avec la
surface suprieure & quatre avec la surface infrieure, places
alternativement; lesquelles huit tant environ  six pouces de distance,
complettent la circonfrence, la force & la vitesse seront de beaucoup
augmentes, la roue faisant cinquante tours dans une minute, mais elle
ne continuera pas  tourner si long-tems...... On pourroit peut-tre
appliquer ces roues  la sonnerie d'un petit carillon[25], & faire par
leur moyen mouvoir de petits plantaires fort lgers.

[Note 25: On l'a excut depuis.]

57. Courbez un fil-d'archal circulairement avec un tenon  chaque
extrmit; appuyez-en une extrmit contre la surface infrieure de la
roue, & amenez l'autre extremit  la surface suprieure, il en
rsultera un craquement terrible, & la force sera dcharge.

58. Chaque tincelle ainsi tire de la surface de la roue fait un trou
rond dans la dorure, perant, lorsqu'elle sort, une partie de cette
dorure, ce qui montre que le feu n'est pas accumul sur la dorure, mais
qu'il est contenu dans le verre mme.

59. La dorure tant vernisse avec un vernis  la trbentine, le
vernis, quoique dur & sec, est brl par l'tincelle que l'on tire au
travers, & rpand une odeur forte, & une fume visible. Lorsque
l'tincelle est tire  travers le papier, tout autour du trou qu'elle a
fait, le papier se trouve noirci par la fume, qui quelquefois mme
pntre plusieurs feuilles. On trouve aussi une partie de la dorure
emporte, aprs avoir t pousse avec force dans le trou fait au papier
par le coup.

60. On remarque avec tonnement la quantit de feu lectrique qui peut
rsider dans la plus petite portion de verre. Une bouteille de verre des
plus minces d'environ un pouce de diamtre, psant seulement six grains,
 demi-pleine d'eau, en partie dore sur le dehors, & garnie d'un
crochet de fil-d'archal, donne, lorsqu'elle est lectrise, un aussi
grand coup qu'un homme puisse le supporter. Comme le verre a le plus
d'paisseur vers l'orifice, je prsume que la moiti infrieure, qui
tant dore, a t lectrise, & a donn le coup, n'excde pas 2.
grains; car il parot, lorsqu'elle est rompue, qu'elle est beaucoup plus
mince que la moiti suprieure. Si une de ces bouteilles minces est
lectrise par le ct, & que l'tincelle soit tire  travers la
dorure, le verre sera bris au dedans en mme temps que la dorure le
sera au dehors.

61. En supposant (pour les raisons ci-dessus allgues . 42. 43. 44.)
qu'il n'y a pas plus de feu lectrique dans la bouteille aprs sa charge
qu'auparavant, combien grande ne doit pas tre la quantit de feu dans
cette petite portion de verre? On seroit tent de croire qu'il fait
partie de sa nature & de son essence; peut-tre que si la quantit
requise de feu lectrique retenue par le verre avec tant d'opinitret,
en toit spare, il cesseroit d'tre verre. Il pourroit bien perdre sa
transparence, ou son clat, ou son lasticit.... Il n'est pas
incroyable que l'on puisse trouver dans la suite des expriences qui
conduiront  cette dcouverte.

Pour peu que l'on force l'lectricit en chargeant une bouteille de
verre mince, il s'y fait  l'endroit le plus foible un petit trou
ordinairement de figure ronde & sans flure; aprs cette explosion la
bouteille est dcharge, & le petit trou parot assez souvent bord d'un
petit cercle blanchtre, plus ou moins large, dont le verre a perdu sa
transparence, & semble brl par l'tincelle qui l'a pntr. Si cette
explosion se faisoit dans la main, le trou se trouveroit vis--vis d'un
des doigts, & l'on y sentiroit une piqre trs douloureuse, sans pour
cela recevoir la commotion proprement dite.

62. Nous sommes surpris de lire dans le livre de M. _Watson_ qu'un choc
ait t communiqu  travers un grand espace de terre sche, & nous
souponnons qu'il devoit y avoir quelque qualit mtallique dans le
gravier de cette terre, ayant trouv que la simple terre sche presse
dans un tube de verre ouvert par les deux bouts, & un crochet de
fil-d'archal insr dans la terre  chaque extrmit, la terre & les
fils-d'archal faisant partie d'un cercle, ne conduisoient pas le moindre
choc sensible; & qu'en effet, lorsqu'un des fils-d'archal avoit t
lectris, l'autre donnoit  peine quelques signes de sa connxion avec
le premier..... & mme une ficelle bien humide manque quelquefois de
conduire un choc, quoique d'ailleurs elle conduise parfaitement bien
l'lectricit. Un morceau de glace sec, ou une chandelle de glace[26],
que l'on tient entre deux bouteilles dans un cercle, empche
semblablement le choc, ce que l'on ne devroit pas attendre, puisque
l'eau le conduit avec tant de perfection.... La dorure sur un livre
neuf, qui d'abord conduit le choc avec beaucoup de rgularit, le manque
aprs 10. ou 12. expriences[27], quoiqu'elle paroisse toujours la mme
 tous gards; c'est de quoi nous ne saurions rendre raison.[28]

[Note 26: C'est le nom que l'on donne aux glaons qui pendent aux
goutires en forme de stalactites pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y
gle en coulant goute  goute.]

[Note 27: C'toit avec une petite bouteille; nous avons trouv depuis
qu'elle manque galement avec un grand verre.]

[Note 28: On verra dans la suite que l'Auteur, aprs de nouvelles
observations, en donne une raison trs satisfaisante.]

63. Il y a encore une exprience qui nous a tonns, & que jusqu'ici on
n'a pas explique d'une maniere satisfaisante; la voici. Placez un
boulet de fer sur un verre, & qu'une balle de lige humide, suspendue
par un fil de soye, vienne toucher le boulet: prenez une bouteille dans
chaque main, l'une lectrise par le _crochet_ & l'autre par le _ct_:
appliquez le fil-d'archal _donnant_ au boulet qu'il lectrisera
positivement, & le lige sera rpouss. Ensuite appliquez le
fil-d'archal _recevant_, qui tirera l'tincelle donne par l'autre;
alors le lige retournera au boulet: appliquez-le mme une seconde fois
& tirez une autre tincelle; alors le boulet sera lectris
ngativement, & le lige dans ce cas sera repouss comme auparavant;
appliquez encore le fil-d'archal _donnant_ au boulet, pour lui rendre
l'tincelle dont il a t priv, & la balle de lige retournera;
donnez-lui en une autre, qui sera une addition  sa quantit naturelle,
& le lige sera repouss une seconde fois.

L'exprience peut tre rpte de la sorte aussi long-tems qu'il y a
quelque charge dans les bouteilles. D'o il rsulte que les corps qui
ont moins que la quantit commune d'lectricit, se repoussent l'un
l'autre, aussi bien que ceux qui en ont plus.

tant un peu mortifis de n'avoir p jusqu'ici rien produire par nos
expriences pour l'utilit du genre humain, & entrant dans la saison des
grandes chaleurs, pendant lesquelles les expriences lectriques sont
moins agrables, nous avons pris la rsolution de les terminer pour
cette saison un peu gayement par une partie de plaisir sur les bords de
la Skuylkill[29]. Nous nous proposons d'allumer les esprits des deux
cts en mme-tems, en envoyant une tincelle de l'un  l'autre rivage 
travers la rivire sans autre conducteur que l'eau, exprience que nous
avons excute depuis peu au grand tonnement de plusieurs spectateurs.
Nous tuerons un dindon pour notre dner par le choc lectrique, il sera
rti  la broche lectrique devant un feu allum avec la bouteille
lectrise, & nous boirons les sants de tous les fameux lectriciens
d'Angleterre, de Hollande, de France & d'Allemagne dans des tasses
lectrises[30], au bruit de l'artillerie d'une batterie lectrique.

_29. Avril 1749._

[Note 29: Rivire qui baigne un ct de Philadelphie, comme le Delaware
baigne l'autre ct. Les bords de ces deux rivires sont orns des
maisons de campagne des bourgeois, & des charmantes demeures des
principaux habitans de cette colonie.]

[Note 30: Une tasse lectrise est un petit vase de verre fin, presque
rempli de vin, & lectris comme la bouteille. Cette tasse tant porte
adroitement aux lvres, donne un coup, si le bord de la lvre est ras
de prs, & si l'on ne respire pas sur la liqueur.]


SUITE

_Des opinions & des conjectures sur les proprits & sur les effets de
la matire lectrique._

64. Il est dit dans le . 8. que toutes les espces de matire commune
sont supposes ne pas attirer le fluide lectrique avec une gale
activit, & que les corps appells originairement lectriques comme le
verre, &c. l'attirent & le retiennent avec plus de force, & en
contiennent la plus grande quantit.

Cette dernire thse pourroit avoir l'air d'un paradoxe pour quelques
personnes tant contraire  l'opinion dominante; c'est pourquoi je vais
faire ensorte de l'expliquer.

65. Pour le faire avec ordre, il faut d'abord considrer que nous ne
pouvons par aucun moyen connu jusqu' prsent faire passer le fluide
lectrique au travers du verre. Je n'ignore pas que le sentiment commun
est qu'il traverse aisment le verre, & qu'on allgue en preuve
l'exprience d'une plume suspendu par un fil dans une bouteille scelle
hermtiquement, & qu'on la met en mouvement en approchant un tube frott
de la surface extrieure de la bouteille; mais si le fluide lectrique
traverse si aisment le verre, comment la fiole devient-elle charge
(pour me servir de l'expression usite,) lorsque nous la tenons dans nos
mains? Le feu pouss dans la bouteille par le fil-d'archal ne la
traverseroit-il pas pour venir jusqu' nos mains, & pour s'chapper
ainsi sur le plancher? En ce cas la bouteille ne demeureroit-elle pas
toujours dans le mme tat, c'est--dire sans tre charge, comme nous
savons que demeureroit une bouteille de mtal qu'on essayeroit de
charger de la sorte? Assurment s'il y a la moindre flure, la plus
petite solution de continuit dans le verre, quoiqu'il reste si serr
que rien autre chose que nous sachions n'y puisse passer; cependant le
fluide lectrique,  cause de son extrme subtilit, volera  travers
cette flure avec la plus grande libert; & nous sommes srs qu'une
telle bouteille ne peut jamais tre charge. Quelle est donc la
diffrence entre cette bouteille & une autre bien saine, si ce n'est que
le fluide peut traverser l'une, & ne sauroit traverser l'autre?[31]

[Note 31: Voyez les . 35-50.]

66. Il est vrai qu'il y a une exprience, qui  la premire ve, seroit
capable de persuader  un observateur superficiel que le feu pouss dans
la bouteille par le fil-d'archal, passe rellement  travers la
substance du verre. La voici: placez la bouteille sur un verre sous le
premier conducteur: suspendez un boulet par une chane depuis le premier
conducteur jusqu' ce qu'il soit  un quart ou  un demi-pouce au-dessus
du fil-d'archal de la bouteille: mettez le revers du doigt prcisment 
la mme distance du ct de la bouteille que celle du boulet  son
fil-d'archal: maintenant faites tourner le globe, & vous verrez une
tincelle frapper du boulet au fil-d'archal de la bouteille, & au mme
instant vous verrez & sentirez une tincelle exactement gale frapper du
ct de la bouteille sur votre doigt, & ainsi de suite tincelle pour
tincelle. Il sembleroit que la totalit ree par la bouteille en a t
dcharge une seconde fois, & cependant par ce moyen la bouteille est
charge,[32] & par consquent le feu qui abandonne ainsi la bouteille,
quoique dans la mme quantit, ne sauroit tre le mme feu qui est
entr par le fil-d'archal, car si c'toit le mme, la bouteille
resteroit sans tre charge.

[Note 32: Voyez le . 54.]

67. Si le feu qui abandonne ainsi la bouteille n'est pas le mme que
celui qui est pouss  travers le fil-d'archal, ce doit tre le feu qui
rsidoit dans la bouteille (c'est--dire dans le verre de la bouteille)
avant le commencement de l'opration.

68. Si cela est ainsi, il doit y en avoir une grande quantit dans le
verre, parce qu'une grande quantit est dcharge de la sorte mme d'un
verre trs mince.

69. Que ce fluide ou feu lectrique soit fortement attir par le verre,
nous le reconnoissons  la rapidit &  la violence avec lesquelles il
est repris par la partie qui en a t prive, ds qu'elle en trouve la
facilit, & il suit de l que d'une masse de verre nous ne pouvons tirer
une quantit de feu lectrique, ou lectriser _moins_ la masse totale,
comme nous pouvons le faire  l'gard d'une masse de mtal; nous ne
pouvons diminuer ni augmenter sa quantit totale, car il tient bien la
quantit qu'il a, & il en a autant qu'il en peut tenir; ses pores en
sont gorgs aussi pleinement que la rpulsion mutuelle des particules le
peut comporter; & ce qui est dj dedans, refuse ou repousse fortement
toute quantit surnumraire. Nous n'avons qu'un seul moyen de mettre en
mouvement le fluide lectrique dans le verre, qui est de couvrir une des
deux surfaces d'un verre mince avec des corps non-lectriques, & de
pousser sur une surface une quantit surnumraire de ce fluide, qui se
rpandant sur le corps non-lectrique, & tant limite par lui  cette
surface, agit par sa force rpulsive sur les particules du fluide
lectrique contenu dans l'autre surface, & les chasse du verre dans le
corps non lectrique sur ce ct, d'o elles sont dcharges, & alors
ces parties ajoutes sur le ct charg peuvent y entrer; mais aprs
cette opration il n'y en a dans le verre ni plus ni moins
qu'auparavant, en ayant laiss chapper prcisment autant de dessus un
ct qu'il en a reu sur l'autre.

70. Ici les expressions me manquent, & je doute beaucoup si je pourrai
rendre cette partie de mon ouvrage intelligible. Par ce mot _surface_
dans le cas prsent, je n'entens pas simplement longueur & largeur sans
paisseur; mais lorsque je parle de la surface suprieure ou infrieure
d'un morceau de verre, de la surface extrieure ou intrieure de la
bouteille, j'entens longueur, largeur, & moiti de l'paisseur; & je
demande la grace d'tre entendu en ce sens. Maintenant je suppose que le
verre dans ses premiers principes & dans la fournaise n'a pas plus de ce
fluide lectrique que toute autre matire commune; que lorsqu'il est
souffl, qu'il se refroidit, & que les particules de feu commun
l'abandonnent, ses pores deviennent un vuide. Que les parties
composantes du verre soient extrmement petites & dlies, je le
conjecture de ce que ses parties brises ne sont jamais raboteuses, mais
toujours lisses & polies; & de la tnuit de ses particules, j'infre
que les pores entr'elles sont excessivement petits; de l vient que
l'eau forte, ni aucun autre menstru connu n'y peut entrer pour les
sparer, & en dissoudre la substance; nous ne connoissons mme aucun
fluide assez dli pour les pntrer, except le feu commun & le fluide
lectrique. Maintenant le feu par sa retraite laissant un vuide, comme
il a t dit ci dessus, entre ces pores que l'air ou l'eau ne sont pas
assez fins pour pntrer, ni remplir, le fluide lectrique y est attir,
car il est toujours prt dans ce que nous appellons les corps
non-lectriques & dans les mixtions non-lectriques qui sont dans l'air;
cependant il ne se fixe point avec la substance du verre, mais il y
sjourne comme l'eau dans une pierre poreuse, retenu seulement par
l'attraction des parties fixes, restant toujours fluide & sans
adhrence; mais je suppose de plus que dans le refroidissement du verre,
son tissu devient plus serr au milieu, & forme une espce de sparation
dans laquelle les pores sont si troits que les particules du fluide
lectrique qui entrent dans les deux surfaces en mme tems, ne peuvent
les traverser, ou passer & repasser d'une surface  l'autre, & ainsi se
mler ensemble. Nanmoins quoique les particules du fluide lectrique,
imbib par chaque surface, ne puissent d'elles-mmes passer  travers
pour se joindre  celles de l'autre, leur rpulsion le peut faire, & par
ce moyen elles agissent l'une sur l'autre. Les particules du fluide
lectrique ont une mutuelle rpulsion, mais par le pouvoir d'attraction
dans le verre, elles sont condenses, ou plus rapproches l'une de
l'autre. Lorsque le verre a reu, & que par son attraction il a condens
autant de ce fluide lectrique, que la force d'attraction & de
condensation dans l'une est gale  la force d'expension dans l'autre,
il ne peut plus s'en imbiber, & cela reste constamment sa quantit
totale. Mais chaque surface en recevroit plus, si la rpulsion de ce qui
est dans la surface oppose ne rsistoit  son entre. Les quantits de
ce fluide dans chaque surface tant gales, leur action rpulsive l'une
sur l'autre est gale, & par consquent celles d'une surface ne
sauroient chasser celles de l'autre.

Mais si l'on en pousse dans une surface une quantit plus grande que le
verre n'en tireroit naturellement, elle augmente le pouvoir rpulsif de
ce ct, & surmontant l'attraction de l'autre, elle chasse la partie du
fluide qui a t imbibe par cette surface, s'il se trouve un corps
non-lectrique prt  la recevoir, ce qui arrive dans tous les cas o le
verre est lectris pour donner un choc. La surface qui a t ainsi
vuide, pour avoir chass son fluide lectrique, en reprend avec
violence une quantit gale aussitt que le verre trouve l'occasion de
dcharger cette quantit excdente au-del de ce qu'il peut retenir par
l'attraction dans son autre surface, dont la rpulsion additionnelle a
occasionn le vuide; car les expriences favorisant, je dirois presque
confirmant cette hipothse, je dois, pour viter les rptitions, vous
prier de revoir ce qui a dj t dit de la fiole lectrique dans mes
prcdentes lettres.

71. Voyons maintenant l'usage que nous en pouvons faire pour expliquer
plusieurs autres phnomnes..... Le verre qui est un corps extrmement
lastique, (& peut-tre qu'il doit son lasticit jusqu' un certain
point  la grande quantit de ce fluide rpulsif qu'il renferme dans ses
pores,) le verre doit, lorsqu'il est frott, avoir sa surface frotte un
peu largie, ou ses parties solides un peu cartes, de sorte que les
interstices dans lesquels rside le fluide lectrique, deviennent plus
larges, laissant de la place pour une plus grande quantit de ce fluide,
lequel y est immdiatement attir du coussin, ou de la main frottante
qui se refournissent toujours au magazin commun; mais aussitt que les
parties du verre ainsi ouvert & rempli ont essuy le frottement, elles
se referment, & obligent la quantit surnumraire de sortir sur la
surface o elle doit rester jusqu' ce que ces parties retournent au
coussin,  moins que quelques corps non-lectriques, comme le premier
conducteur, ne se prsente d'abord pour les recevoir.[33]

[Note 33: Dans l'obscurit on peut voir le fluide lectrique sur le
coussin en deux demi cercles ou croissans, l'un sur le devant, l'autre
sur le derrire, prcisment dans l'endroit o le globe & le coussin se
sparent. Dans le croissant antrieur le feu passe du coussin dans le
verre: dans l'autre il quitte le verre & retourne dans la partie
postrieure du coussin. Quand on applique le premier conducteur pour
tirer le feu du verre, le croissant de derrire disparot.]

Mais si la partie intrieure du globe est double d'un corps
non-lectrique, la rpulsion additionnelle du fluide lectrique ainsi
rassembl par le frottement sur la partie frotte de la surface
extrieure du globe, chasse une gale quantit de la surface intrieure
dans cette doublure non-lectrique, qui la reoit, & l'entrane de la
partie frotte dans la masse commune  travers l'axe du globe & le cadre
de la machine; le fluide lectrique nouvellement ramass peut entrer &
demeurer dans la surface extrieure, & le premier conducteur n'en
recevra rien ou en recevra fort peu. Lorsque cette partie charge du
globe en tournant revient au coussin, la surface extrieure dpose son
feu excdant dans le coussin, la surface intrieure oppose en recevant
en mme tems une quantit gale du plancher. Il n'y a point
d'lectricien qui ne sache qu'un globe mouill intrieurement ne rend
que peu ou point de feu, mais jusqu'ici on n'a pas essay d'en donner la
raison, ou du moins je l'ignore.

72. Si donc un tube doubl d'un corps non-lectrique[34] est frott, il
ne rend que peu ou point de feu, ce qui est rassembl de la main dans le
coup qui se donne en frottant de haut en bas, entrant dans les pores du
verre, & en chassant une gale quantit de la surface intrieure dans la
doublure non-lectrique; la main en repassant du bas en haut pour donner
un second coup, rechasse ce qui a t pouss dans la surface extrieure,
& alors la surface intrieure reoit une seconde fois ce qu'elle a donn
 la doublure non-lectrique. Ainsi les parties de fluide lectrique
appartenant  la surface intrieure, pntrent & ressortent de leurs
pores  chaque coup donn au tube. Mettez un fil-d'archal dans le tube,
l'extrmit intrieure en contact avec la doublure non-lectrique, il
reprsentera la bouteille de _Leyde_. Qu'une seconde personne touche le
fil-d'archal tandis que vous frottez, & le feu chass de la surface
intrieure, lorsque vous donnez le coup, passera  travers la personne
dans la masse commune; ensuite il reviendra au travers de la personne
lorsque la surface intrieure reprendra sa quantit. Par consquent
cette nouvelle espce de bouteille ne sauroit tre charge de la sorte;
mais elle peut l'tre ainsi: aprs chaque coup, avant que vous passiez
la main pour en donner un autre, faites appliquer le doigt de la seconde
personne au fil-d'archal, & prendre l'tincelle, ensuite retirer son
doigt, & ainsi de suite jusqu' ce qu'elle ait tir un nombre
d'tincelles; de cette faon la surface intrieure sera puise & la
surface extrieure sera charge; alors enveloppez ferme une feuille de
papier dor autour de la surface extrieure, & l'empoignant avec la
main, vous pourrez recevoir un coup par l'application du doigt de
l'autre main au fil-d'archal; car alors les pores vuides dans la surface
intrieure reprennent leur quantit, & les pores surchargs dans la
surface extrieure dchargent leur surplus, l'quilibre tant rtabli 
travers votre corps, lequel ne le seroit pas  travers la substance du
verre.[35]

[Note 34: Le papier dor, dont on prsente la dorure au verre, fait fort
bien.]

[Note 35: Voyez les nouvelles expriences . 49.]

Si le tube est puis d'air, une doublure non-lectrique en contact avec
le fil d'archal n'est pas ncessaire, car dans le _vuide_ le feu
lectrique volera librement de la surface intrieure sans avoir besoin
d'un conducteur non lectrique. Mais l'air rsiste  son mouvement, car
tant lui-mme un corps originairement lectrique, il ne l'attire point,
ayant dj sa quantit suffisante. Ainsi l'air ne tire jamais une
atmosphre lectrique d'aucun corps qu' proportion des particules
non-lectriques qui se trouvent mles avec lui; il conserve plutt &
resserre une atmosphre qui par la rpulsion mutuelle de ses parties
tend  se dissiper, & se dissiperoit immdiatement dans le _vuide_.....
Ainsi voil l'explication de la plume enferme dans un vaisseau de verre
scell hermtiquement, & qui se meut  l'approche du tube frott.
Lorsqu'une quantit surnumraire du fluide lectrique est applique au
ct du vase par l'atmosphre du tube, une quantit est repousse &
chasse de la surface intrieure de ce ct dans le vase, & y affecte la
plume, retournant ensuite dans ses pores, lorsque le tube avec son
atmosphre est retir; mais les particules de cette atmosphre ne
passent point elles-mmes au travers du verre  la plume..... tous les
autres phnomnes qui se sont prsents  nous, & qui concernent le
verre & l'lectricit sont, si je ne me trompe, expliqus avec une gale
facilit par la mme hypothse; elle peut bien nanmoins n'tre pas
vraye, & je serai fort oblig  quiconque m'en fournira une meilleure.

73. Ainsi je prtens que la diffrence entre les corps non-lectriques &
le verre, qui est un corps originairement lectrique, consiste en ces
deux particularits; la premire que le corps non-lectrique souffre
sans peine un changement dans la quantit du fluide lectrique qu'il
contient. Vous pouvez diminuer sa quantit totale, en en chassant une
partie que le corps entier reprendra; mais quant au verre, tout ce que
vous pouvez faire, c'est de diminuer la quantit contenu dans une de
ses surfaces, encore n'en viendrez-vous  bout qu'en fournissant en mme
tems une quantit gale,  l'autre surface, de sorte que le verre entier
puisse avoir la mme quantit dans les deux surfaces, leurs deux
quantits diffrentes tant ajoutes ensemble, ce qui ne peut mme
s'excuter que dans un verre fort mince; nous ne connoissons jusqu'ici
aucun moyen d'oprer ce changement au-del d'une certaine paisseur.

La seconde que le feu lectrique se transporte aisment d'un endroit 
un autre, dans &  travers la substance d'un corps non-lectrique, mais
non  travers la substance du verre. Si vous en prsentez une quantit 
l'extrmit d'une longue baguette de mtal, elle la reoit, &
lorsqu'elle y entre, chaque particule qui toit auparavant dans la
baguette pousse vivement sa voisine  l'extrmit la plus loigne o le
surplus est dcharg, & cela dans un instant lorsque la baguette fait
partie du cercle dans l'exprience du choc; mais le verre  cause de la
petitesse de ses pores ou de l'attraction plus forte de ce qu'il
contient ne se prte pas  un mouvement si libre. Une baguette de verre
ne conduira pas un choc, & le verre le plus mince ne laissera entrer
aucune particule dans aucune de ses surfaces pour traverser de l'une 
l'autre.

74. De l nous voyons l'impossibilit du succs dans les expriences
proposes, de tirer les _effluves_ salutaires d'un corps non-lectrique,
de la canelle par exemple, & de les mler avec le fluide lectrique pour
les faire passer avec lui dans le corps, en l'enfermant dans le tube, &
le soumettant au frottement, &c. Car quoique les effluves de la canelle
& le fluide lectrique fussent mls dans le globe, ils ne sortiroient
jamais ensemble  travers les pores du verre, & ainsi n'iroient point au
premier conducteur; car le fluide lectrique lui-mme ne sauroit passer
au travers, & le premier conducteur est toujours fourni par le coussin,
& celui-ci par le plancher; & d'ailleurs lorsque le globe est rempli de
canelle ou d'un autre corps non-lectrique, le fluide lectrique ne peut
tre tir de la surface extrieure par la raison ci-dessus nonce. J'ai
essay un autre moyen que je croyois plus efficace pour obtenir un
mlange de fluide lectrique & d'autres effluves, si un tel mlange et
t possible.

Je plaai une lame de verre sous mon coussin pour couper la
communication entre le coussin & le plancher; alors je conduisis une
petite chane du coussin dans un vase d'huile de trbentine, & j'amenai
une autre chane de l'huile de trbentine au plancher, prenant garde
que la chane du coussin au verre ne toucht aucune partie du cadre de
la machine; une autre chane fut attache au premier conducteur, & tenue
dans la main d'une personne qui devoit tre lectrise. Les extrmits
des deux chanes dans le verre toient environ  un pouce de distance
l'une de l'autre, l'huile de trbentine entre deux. Les choses ainsi
disposes, je ne pus tirer le feu du plancher  travers la machine, la
communication tant intercepte par l'paisseur de la lame de verre sous
le coussin; il fallut donc le tirer  travers les chanes, dont les
extrmits toient enfonces dans l'huile de trbentine; & comme cette
huile tant un corps originairement lectrique, ne pouvoit conduire ce
qui sortoit du plancher, il toit donc oblig de sauter de l'extrmit
d'une chane  l'extrmit de l'autre  travers la substance de cette
huile, ce que nous voyions dans de grandes tincelles; ainsi le feu
lectrique eut une belle occasion de saisir quelques-unes des particules
les plus dlies de l'huile dans son passage, & de les entraner avec
lui; mais cet effet ne s'ensuivit pas, & je n'apperus pas la moindre
diffrence entre l'odeur de ces coulemens lectriques ainsi rassembls,
& celle qu'ils ont lorsqu'ils sont rassembls d'une autre manire, & ils
n'affectent pas autrement le corps d'une personne lectrise.

Je mis pareillement dans une fiole au lieu d'eau une liqueur fortement
purgative, & alors je chargeai la fiole, & j'en tirai des coups 
plusieurs reprises. Dans ce cas il falloit que chaque particule de
fluide lectrique, avant que de traverser mon corps, et premirement
travers la liqueur, lorsque la fiole se chargeoit, & qu'elle la
traverst de nouveau lorsque la fiole se dchargeoit, & cependant il ne
s'ensuivit pas d'autre effet que si la fiole et t charge avec de
l'eau. J'ai aussi senti le feu lectrique lorsqu'il avoit travers l'or,
l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, le bois & le corps humain, sans y
appercevoir aucune diffrence: l'odeur est toujours la mme lorsque
l'tincelle ne brle pas ce qu'elle frappe, c'est pourquoi j'imagine
qu'elle ne prend son odeur d'aucune qualit des corps qu'elle traverse,
& en effet comme cette odeur abandonne si rapidement la matire
lectrique & s'attache au revers du doigt qui reoit les tincelles,
ainsi qu'aux autres choses, je souponne qu'elle n'a aucune connexion
avec elle, mais qu'elle se forme sur le champ de quelque chose dans
l'air, que l'air mme pousse sur elle; car si elle toit assez dlie
pour passer avec le fluide lectrique  travers le corps d'une personne,
pourquoi s'arrteroit-elle sur la peau d'une autre?

Mais je n'aurois jamais fait, si je vous entretenois de toutes mes
conjectures, penses & imaginations sur la nature & sur les oprations
de ce fluide lectrique, & si je vous rapportois les diverses petites
expriences que nous avons essayes. Cet crit n'est dj que trop long;
je vous en demande pardon; je n'ai pas eu le tems de le faire plus
court. J'ajouterai seulement que, comme il a t observ ici que l'on
peut enflammer en t les esprits par le moyen d'une tincelle
lectrique sans les avoir chauffs, lorsque le thermomtre de
_Farhenheit_ est au-dessus de 70. Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si
l'oprateur met une petite bouteille platte dans son sein ou dans son
gousset avec la cuillier quelque tems avant d'en faire usage, la chaleur
de son corps leur en communiquera une plus que suffisante pour le
dessein qu'il se propose.

L'impermabilit du verre tant conteste par M. L. N. Lettre IV. il
seroit dans l'ordre de rapporter ici les rponses que lui a faites Mr.
David Colden. Mais comme les remarques de ce dernier embrassent
plusieurs objets qu'il et t embarrassant de sparer, pour les mettre
chacun  sa place, il a paru plus convenable de les laisser comme il les
a crites sous le titre de Lettre XIV.




_LETTRE VI._


_1er. Septembre 1747._

MONSIEUR,

Je vous ai appris dans ma derniere lettre qu'en continuant nos
recherches lectriques, nous avions observ quelques Phnomnes
singuliers que nous avons regard comme nouveaux; je me suis engag 
vous en rendre compte, quoique j'apprhende qu'ils n'ayent pas pour vous
le mrite de la nouveaut. Tant de personnes ont travaill en Europe sur
les expriences lectriques, que quelqu'un se sera probablement
rencontr avec nous sur les mmes observations.

Le premier Phnomne est l'tonnant effet des corps pointus tant pour
tirer que pour pousser le feu lectrique. Par exemple.

75. Placez un boulet de fer de trois ou quatre pouces de diamtre sur
l'orifice d'une bouteille de verre bien nette & bien sche: par un fil
de soye attach au plat-fond prcisment au-dessus de l'orifice de la
bouteille, suspendez une petite boule de lige environ de la grosseur
d'une balle de mousquet: que le fil soit de longueur convenable pour que
la boule de lige vienne s'arrter  ct du boulet; lectrisez le
boulet, & le lige sera repouss  la distance de 4. ou 5. pouces plus
ou moins, suivant la quantit d'lectricit...... Dans cet tat si vous
prsentez au boulet la pointe d'un poinon long & dli  6. ou 8.
pouces de distance, la rpulsion sera dtruite sur le champ, & le lige
volera vers le boulet. Pour qu'un corps mouss produise le mme effet,
il faut qu'il soit approch  un pouce de distance, & qu'il tire une
tincelle. Afin de prouver que le feu lectrique est _tir_ par la
pointe, si vous tez de son manche le ct applati du poinon, & que
vous le fixiez sur un bton de cire  cacheter, vous prsenterez en vain
le poinon  la mme distance, ou l'approcherez encore de plus prs, le
mme effet n'en rsultera point; mais glissez le doigt le long de la
cire, jusqu' ce que vous touchiez le ct applati, le lige alors
volera sur le champ vers le boulet..... Si vous prsentez cette pointe
dans l'obscurit, vous y verrez quelquefois  un pied de distance &
plus, une lumire brillante, semblable  un feu follet, ou  un ver
luisant.[36] Moins la pointe est aigu, plus il faut l'approcher pour
appercevoir la lumire, &  quelque distance que vous voyiez la lumire,
vous pouvez _tirer_ le feu lectrique, & dtruire la rpulsion.... Si
une boule de lige ainsi suspendu est repousse par le tube, & que la
pointe lui soit brusquement prsente, mme  une distance considrable,
vous serez tonn de voir avec quelle rapidit le lige revole vers le
tube. Des pointes de bois feroient le mme effet que celles de fer,
pourv que le bois ne ft pas sec; car un bois parfaitement sec n'est
pas meilleur conducteur d'lectricit que la cire d'Espagne.

[Note 36: Quand l'lectricit est forte & la pointe bien fine, la
lumire parot jusqu' la distance d'une toise.]

76. Pour montrer que les pointes _poussent_ aussi bien qu'elles _tirent_
le feu lectrique, couchez une longue aiguille pointu sur le boulet, &
vous ne pourrez assez lectriser le boulet pour lui faire repousser la
boule de lige... ou bien faites tenir  l'extrmit d'un canon de fusil
suspendu, ou d'une verge de fer, une aiguille qui pointe en avant comme
une espce de petite bayonnette, dans cet tat le canon de fusil ou la
verge ne sauroit par l'application du tube  l'autre extrmit, tre
lectris au point de donner une tincelle; le feu s'chape ou s'coule
continuellement en silence par la pointe. Dans l'obscurit vous pouvez
lui voir produire le mme effet que dans le cas dont nous venons de
parler.

La rpulsion entre la balle de lige & le boulet est pareillement
dtruite, 1. en sassant dessus du sable fin, ce qui la dtruit par
dgrs; 2. en soufflant dessus, 3. en faisant autour, de la fume de
bois brul;[37] 4. par la lumire d'une chandelle[38] quand mme la
chandelle seroit  un pied de distance. Par ces moyens la rpulsion est
dtruite subitement.... La lumire d'un charbon de bois allum & la
lueur d'un fer rouge produisent le mme effet; mais non pas  une si
grande distance. La fume de rsine sche, fondu sur un fer rouge, ne
dtruit pas la rpulsion; mais elle est attire & par la balle de lige
& par le boulet, formant autour d'eaux des atmosphres proportionnes, &
les rendant agrables  la v, & presque semblables  quelques-unes des
figures qui sont dans la Thorie de la terre de _Burnet_ ou de
_Whiston_.

[Note 37: Nous supposons que chaque particule de sable, d'humidit ou de
fume tant d'abord attire, & ensuite repousse, emporte avec elle une
portion de feu lectrique, mais que cette portion subsiste toujours dans
ces particules, jusqu' ce qu'elles la communiquent  quelqu'autre
corps, & qu'elle n'est jamais rellement dtruite; ainsi quand on jette
de l'eau sur du feu commun, nous n'imaginons point que ce dernier
lment soit par-l dtruit & ananti, mais seulement dispers, chaque
particule d'eau emportant en vapeurs la portion de feu qu'elle a attire
& qu'elle s'est attache.]

[Note 38: Quelques observations que j'ai faites depuis me portent 
penser que ce n'est pas la lumire, mais la fume, ou les coulemens
non-lectriques de la chandelle, du charbon ou du fer rouge, qui
emportent le feu lectrique, parce qu'ils sont d'abord attirs & ensuite
repousss.]

N. B. Cette exprience doit tre faite dans un cabinet o l'air soit
fort tranquille.

77. La lumire du Soleil pousse avec force & long-tems de suite par le
moyen d'un miroir ardent sur la boule de lige, que sur le boulet, ne
diminu aucunement la rpulsion. Cette diffrence entre la lumire du
feu & la lumire du Soleil est une autre dcouverte qui nous semble
nouvelle & extraordinaire.


EXPRIENCES,

78. Prenez de grandes balances de cuivre dont le fleau soit au moins
long de deux pieds, & dont les cordons soient de soye; suspendez-les par
une ficelle attache au plat-fond, de sorte que le fond des bassins
puisse tre environ  un pied du plancher; les bassins tourneront
circulairement par le dtortillement de la ficelle; plantez le poinon
sur le plancher, de manire que les bassins puissent passer au-dessus de
sa tte en dcrivant leur cercle; lectrisez alors un bassin en lui
communiquant une tincelle du fil-d'archal de la fiole charge; comme
les balances tournent toujours, vous verrez ce bassin s'avancer plus
prs du plancher, & s'abaisser davantage, lorsqu'il vient sur le
poinon; & s'il est plac  une distance convenable, le bassin
tincellera, & dchargera son feu sur cet instrument. Mais si on attache
une aiguille sur l'extremit du poinon, la pointe en haut, le bassin au
lieu de s'approcher de l'instrument & d'tinceller en le frappant,
dchargera son feu en silence  travers la pointe, & s'levera plus haut
que le poinon; & mme si l'aiguille est place sur le plancher auprs
du poinon, la pointe en haut, l'extremit de l'instrument, quoique
beaucoup plus leve que l'aiguille, n'attirera point le bassin, & ne
recevra point son feu, car l'aiguille le prendra & le dissipera avant
qu'il vienne assez prs pour agir sur le poinon. C'est une observation
constante dans ces expriences, que plus la quantit d'lectricit sur
le conducteur de carton est grande, plus il frappe de loin, & dcharge
son feu aisment; & la pointe pareillement le tirera toujours  une plus
grande distance.

_Fin du premier Volume._





                             EXPRIENCES
                                 ET
                            OBSERVATIONS
                                SUR
                           L'LECTRICIT
                               FAITES
                    A PHILADELPHIE EN AMRIQUE
                                PAR
                      M. BENJAMIN FRANKLIN;
     & communiques dans plusieurs Lettres  M. P. COLLINSON,
                 de la Socit Royale de Londres.

                     _Traduites de l'Anglois._


                          SECONDE EDITION.

_Revue, corrige & augmente d'un supplment considrable du mme
auteur, avec des Notes & des Expriences nouvelles._

                        _Par_ M. D'ALIBARD.



                            TOME SECOND.


                             _A PARIS_
                Chez DURAND, ru du Foin, au Griffon.

                             M. DCC. LV.

                _Avec Approbation & Privilge du Roi._





LETTRES
SUR L'LECTRICIT
DE
M. BENJ. FRANKLIN
_de Philadelphie en Amrique_,

A

M. P. COLLINSON
_de la Socit Royale de Londres_.




_LETTRE VII._

_Contenant des observations & des suppositions tendantes  former une
nouvelle hypothse pour expliquer les diffrens phnomnes des clats de
tonnerre._[39]

[Note 39: Les clats de tonnerre sont des coups soudains de tonnerre &
d'clairs qui sont ordinairement de peu de dure, mais qui produisent
quelquefois de funestes effets.]


MONSIEUR,

. 79. Les corps non-lectriques, lorsqu'ils ont t chargs de feu
lectrique, le retiennent jusqu' ce qu'on en approche d'autres corps
non-lectriques qui en ayent moins, & alors il est communiqu avec
craquement, & se trouve galement distribu.

80. Le feu lectrique aime l'eau, il en est fortement attir, & ces deux
lemens peuvent subsister ensemble.

81. L'air est un corps originairement lectrique, & lorsqu'il est sec,
il n'est point conducteur du feu lectrique, il ne le reoit point des
autres corps, & ne leur donne point; autrement aucun corps environn
d'air ne pourroit tre lectris positivement & ngativement; car si on
essayoit de l'lectriser positivement, l'air emporteroit aussitt le
surplus, ou si c'toit ngativement, l'air suppleroit  ce qui
manqueroit.

82. L'eau tant lectrise, les vapeurs qui s'en exhalent seront
galement lectrises, & flottant dans l'air sous la forme de nuages ou
autrement, elles retiendront cette quantit de feu lectrique jusqu' ce
qu'elles rencontrent d'autres nuages ou d'autres corps qui ne soient pas
lectriss au mme point, & alors elles le communiqueront, comme il a
t dit ci-devant.

83. Chaque particule de matire lectrise est repousse par chaque
autre particule galement lectrise; ainsi le courant d'une fontaine
galement serr & continu, ds qu'il sera lectris, se sparera &
s'tendra sous la forme d'une vergette, chaque goute faisant effort pour
s'loigner de chaque autre goute; mais lorsque le feu lectrique leur
est enlev, elles se raprochent & se rejoignent.

84. L'eau qui est fortement lectrise (aussi bien que celle qui est
chauffe par le feu commun,) s'leve en vapeurs plus abondamment,
l'attraction de cohsion entre ses particules tant considrablement
affoiblie par la puissance oppose de rpulsion introduite avec le feu
lectrique; & lorsque quelque particule est dgage par quelque moyen
que ce soit, elle est immdiatement repousse, & s'envole ainsi dans
l'air.

85. S'il arrive que les particules soient situes comme A & B, elle sont
plus aisment dgages que C & D, parce que chacune est en contact avec
trois seulement, au lieu que C & D sont chacune en contact avec neuf.
Lorsque la surface de l'eau prouve la moindre agitation, les particules
sont continuellement pousses dans l'tat reprsent par la figure VIII.

86. Le frottement entre un corps non-lectrique & un corps
originairement lectrique produit le feu lectrique, non en le _crant_,
mais en le _rassemblant_: car il est galement rpandu dans nos murs,
dans nos chambres, dans la terre & dans toute la masse de la matire
commune; ainsi le globe de verre tournant, tandis qu'il frotte contre le
coussin, tire le feu du coussin, lequel en est ddommag par le cadre de
la machine, & ce cadre par le plancher sur lequel il est pos. Coupez la
communication par le moyen d'un verre pais ou d'un gteau de cire plac
sous le coussin, le feu ne peut plus tre produit, parce qu'il ne peut
plus tre rassembl.

87. L'Ocan est un compos d'eau, corps non-lectrique, & de sel, corps
originairement lectrique.

88. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
surface, le feu lectrique est rassembl des parties infrieures; il est
alors manifestement visible dans la nuit, il parot  la pouppe & dans
le sillage de chaque vaisseau qui fait route; on l'apperoit  chaque
coup de rame, dans l'cume des vagues & dans les parties d'eau leves
par le vent.... Dans une tempte toute la mer parot en feu.... Les
particules d'eau tant alors repousses de la surface lectrise
entrainent continuellement le feu tel qu'il a t rassembl, elles
s'lvent & forment des nuages, & ces nuages fortement lectriss
retiennent le feu jusqu' ce qu'ils aient occasion de le communiquer.

89. Les particules d'eau s'levant en vapeurs s'attachent elles-mmes
aux particules d'air.

90. On dit que les particules d'air sont dures, rondes, dsunies &
loignes l'une de l'autre, chaque particule repoussant fortement chaque
autre particule; par ce moyen elles s'loignent autant que leur gravit
commune le permet.

91. L'espace entre trois particules qui se repoussent galement l'une
l'autre, sera un triangle quilatral.

92. Dans l'air comprim ces triangles sont plus resserrs, dans l'air
rarfi ils sont plus tendus.

93. Le feu commun associ  l'air augmente la rpulsion, largit les
triangles, & par l rend l'air spcifiquement plus lger; cet air
s'levera au-dessus d'un air plus dense.

94. Le feu commun aussi bien que le feu lectrique donne de la rpulsion
aux particules d'eau, & dtruit leur attraction de cohsion; de-l le
feu commun, aussi bien que le feu lectrique, facilite l'lvation des
vapeurs.

95. Les particules d'eau qui ne renferment point de feu s'attirent
mutuellement. Trois particules d'eau tant donc attaches aux trois
particules d'un triangle d'air, & s'opposant par leur attraction
rciproque  la rpulsion de l'air, racourciroient les cts, &
diminueroient le triangle; del cette portion d'air tant rendue plus
dense tomberoit  terre avec son eau, & ne s'leveroit point pour
contribuer  la formation d'un nuage.

96. Mais si chaque particule d'eau, s'attachant elle-mme  l'air, amne
avec elle une particule de feu commun, la rpulsion de l'air tant
plutt favorise & fortifie par le feu, qu'embarrasse & rallentie par
l'attraction rciproque des particules d'eau, le triangle s'tend, &
cette portion d'air devenue plus rare, & spcifiquement plus lgre
s'leve.

97. Si les particules d'eau amnent du feu lectrique, lorsqu'elles
s'attachent elles-mmes  l'air, la rpulsion entre les particules d'eau
lectrises se joint  la rpulsion naturelle de l'air, afin de pousser
avec force ses particules  une plus grande distance; par l les
triangles sont dilats, & l'air s'lve emportant l'eau avec lui.

98. Si les particules d'eau amnent avec elles des portions du feu
commun & du feu lectrique, la rpulsion des particules d'air se
fortifie & s'accrot de plus en plus, & les triangles sont de beaucoup
largis.

99. Une particule d'air peut tre environne par douze particules d'eau
d'un volume gal au sien, toutes en contact avec elle, & de plusieurs
autres ajoutes  celles-l.

100. Les particules d'air ainsi charges seroient plus rapproches
ensemble par l'attraction mutuelle des particules d'eau, si le feu, soit
commun, soit lectrique, ne favorisoit pas leur rpulsion.

101. Si l'air ainsi charg est comprim par des vents contraires, s'il
est pouss contre des montagnes, &c. ou condens par la perte du feu qui
favorisoit son expansion, les triangles se resserrent: l'air avec son
eau descend comme une rose; ou si l'eau environnant une particule
d'air, vient en contact avec l'eau qui en environne une autre, elles se
runissent & forment une goute, ce qui nous donne la pluye.

102. Le soleil fournit, ou semble fournir le feu commun  toutes les
vapeurs qui s'lvent tant de la terre que de la mer.

103. Ces vapeurs qui ont en elles du feu lectrique & du feu commun,
sont mieux soutenus que celles qui n'ont que du feu commun. Car lorsque
les vapeurs s'lvent dans la rgion la plus froide au-dessus de la
terre, le froid, s'il diminue le feu commun, ne diminuera point le feu
lectrique.

104. Del les nuages forms par des vapeurs leves des eaux fraches de
la terre, des vgtaux, de la terre humide, &c. dposent leur eau & plus
vte & plus aisment, n'ayant que peu de feu lectrique pour repousser
les molcules, & les tenir spares, de sorte que la plus grande partie
de l'eau leve de la terre est abandonne & retombe sur la terre. Les
vents qui soufflent sur la mer sont secs. La mer ayant peu besoin de
pluye, parotroit-il raisonnable de priver la terre de son humidit,
pour la donner  la mer en pure perte?

105. Mais les nuages forms par les vapeurs leves de la mer, ayant les
deux feux, & surtout une grande quantit de feu lectrique soutiennent
fortement leur eau, l'lvent  une grande hauteur, & tant agits par
les vents peuvent l'amener du milieu de l'Ocan au milieu du plus vaste
continent.

Quoique cette hypothse du tonnerre soit conteste par M. L. N. je
n'entreprendrai point de la dfendre. On ne doit la regarder que comme
les premires ides que M. Franklin a eus sur la nature de ce mtore;
il ne les donne lui-mme que pour des conjectures qu'il abandonnera ds
que d'autres observations lui feront connotre qu'elles sont mal
fondes. C'est cependant  ces conjectures que la physique est redevable
des importantes dcouvertes qui font autant d'honneur  leur premier
auteur qu'elles en font peu  quiconque cherche  tourner en ridicule
ceux qui sont entrs dans ses ves.

106. Nous allons examiner prsentement ce qui oblige les nuages de
l'Ocan qui soutiennent leur eau avec tant de force  la dposer sur les
terres qui en manquent.

107. Si ces nuages sont pousss par des vents contre des montagnes, ces
montagnes tant moins lectrises les attirent, & dans le contact
emportent leur feu lectrique; & comme elles sont froides, elles
emportent aussi leur feu commun; del les molcules pressent vers les
montagnes, & se pressent l'une l'autre. Si l'air est peu charg, le
nuage tombe seulement en rose sur le sommet & sur les cts des
montagnes; il forme des fontaines & descend dans les valles en petits
ruisseaux, qui par leur runion font les grands courans & les rivires.
S'il est fort charg, le feu lectrique sort tout  la fois d'un nuage
entier, & en l'abandonnant il brille comme un clair & craque avec
violence: les particules se runissent d'abord faute de ce feu, &
tombent en grosses ondes.

108. Lorsque le sommet des montagnes attire ainsi les nuages & tire le
feu lectrique du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il
approche du premier nuage actuellement dpouill de son feu, lui lance
le sien, & commence  dposer son eau propre. Le premier nuage lanant
de nouveau ce feu dans les montagnes, le troisime nuage approchant, &
tous les autres arrivant successivement agissent de la mme manire
d'aussi loin qu'ils s'tendent en arrire, ce qui peut tre sur une
tendue de pays de quelques centaines de lieus.

109. Del les dluges de pluyes, les tonnerres, les clairs perptuels
sur la cte orientale des _Andes_, qui courant nord-sud & tant
prodigieusement hautes, interceptent tous les nuages amens contre elles
de l'Ocan atlantique par les vents de mer, & les obligent  dposer
leurs eaux, qui forment les rivires immenses des Amazones, de la Plata,
& d'Oroonoke, lesquelles renvoyent ces eaux dans la mme mer, aprs
avoir fertilis un pays d'une tendu fort considrable.

110. Quoiqu'un pays soit uni & sans montagnes qui interceptent les
nuages lectriss, il y a cependant encore des moyens pour les obliger 
dposer leurs eaux; car si un nuage lectris, venant de la mer,
rencontre dans l'air un nuage lev de la terre, & par consquent
non-lectris, le premier lancera son feu dans le dernier, & par ce
moyen les deux nuages seront contraints de dposer subitement leurs
eaux.

111. Les particules lectrises du premier nuage se resserrent
lorsqu'elles perdent leur feu, les particules de l'autre nuage se
resserrent aussi en le recevant. Dans l'un & l'autre elles ont ainsi la
facilit de se runir en goutes..... La commotion ou la secousse donne
 l'air contribu aussi  prcipiter l'eau, non-seulement de ces deux
nuages, mais des autres qui les avoisinent, del les chutes de pluyes
soudaines immdiatement aprs la lumire des clairs.

112. Pour le montrer par une exprience facile, prenez deux cercles de
carton de deux pouces de diamtres; du centre & de la circonfrence de
chaque cercle, suspendez par des fils de soye longs de dix-huit pouces,
sept petites boules de bois ou sept poids de grosseur gale. Les boules
ainsi suspendus  chaque carton formeront trois  trois des triangles
quilatraux, une boule tant dans le centre & six  gale distance de
celle-l & les unes des autres; dans cette situation elles
reprsenteront les particules d'air; enfoncez les deux bandes dans
l'eau, alors cette liqueur s'attachant & tenant un peu  chaque boule,
elles reprsenteront l'air charg. Electrisez adroitement une bande, &
ses boules se repousseront l'une l'autre  une plus grande distance en
largissant les triangles. Si l'eau soutenu par les sept boules venoit
en contact, elle formeroit une ou plusieurs goutes assez psantes pour
rompre la cohsion qu'elle avoit avec les boules, & ainsi elle se
prcipiteroit... Que les deux bandes reprsentent donc deux nuages;
l'une un nuage de mer lectris, & l'autre un nuage de terre. Amenez-les
dans la sphre d'attraction, elles s'attireront l'une l'autre, & vous
verrez ainsi les boules dsunies se resserrer. La premire boule
lectrise qui approche d'une boule non-lectrise, la joint par
attraction, & lui donne de son feu: aussitt elles se sparent &
revolent chacune  une autre boule de sa bande, l'une pour donner,
l'autre pour recevoir du feu. Cela se continu ainsi  travers les deux
bandes, mais avec une telle vtesse quelle est presque instantane. Dans
la collision elles secouent & font tomber leur eau en goutes, ce qui
reprsente la pluye.

113. Ainsi lorsque les nuages de mer & de terre passent  une trop
grande distance pour tinceller, ils sont attirs l'un vers l'autre
jusques dans cette distance, car la sphre d'attraction lectrique
s'tend beaucoup au-del de la distance ou les corps tincellent.

114. Lorsqu'un grand nombre de nuages de mer rencontre une quantit de
nuages de terre, les tincelles lectriques paroissent s'lancer de
diffrens cts; & comme les nuages sont agits & mls par les vents,
ou rapprochs par la force de l'attraction lectrique, ils continuent 
donner &  recevoir tincelles sur tincelles, jusqu' ce que le feu
lectrique soit galement rpandu dans tous.

115. Lorsque le canon de fusil (dans les expriences lectriques) ne
contient que peu de feu lectrique, il faut en approcher fort prs le
doigt avant de pouvoir en tirer une tincelle. Donnez lui plus de feu, &
il donnera une tincelle  une plus grande distance. Deux canons de
fusil unis, & aussi fortement lectriss, donneront une tincelle  une
plus grande distance. Mais si deux canons de fusil lectriss frappent 
deux pouces de distance, & font un clat sensible,  quelle distance
norme ne doivent pas tre ports le coup & le feu d'un nuage de 10000.
acres lectris, & combien son craquement ne doit-il pas tre
pouvantable?

116. C'est une chose ordinaire de voir des nuages  diffrentes hauteurs
tenir diffrens chemins, ce qui prouve diffrens courants d'air l'un
au-dessus de l'autre. Comme l'air entre les tropiques est rarfi par le
soleil, il s'lve; l'air du nord & du sud plus dense presse  sa place;
l'air ainsi rarfi & contraint de monter passe du cot du nord & du
ct du midi, & est forc de descendre dans les rgions polaires, s'il
n'a point d'autre issu avant que la circulation puisse tre continue.

117. Comme les courants d'air avec les nuages suivent des routes
diffrentes, il est ais de concevoir comment les nuages passans l'un
sur l'autre peuvent s'attirer rciproquement, & ainsi s'approcher
suffisamment pour le choc lectrique & de mme comment les nuages
lectriques peuvent tre emports sur les terres fort loin de la mer,
avant d'avoir aucune occasion de frapper.

118. Lorsque l'air avec ses vapeurs leves de l'Ocan entre les
tropiques, vient  descendre dans les rgions polaires, &  tre en
contact avec les vapeurs qui y sont leves, le feu lectrique qu'elles
amnent commence  tre communiqu, & se fait appercevoir dans de belles
nuits, tant d'abord visible o il commence  tre en mouvement,
c'est--dire o le contact commence, ou dans les rgions les plus
septentrionales: del les courans de la lumire semblent s'lancer au
sud, mme jusqu'au znith des contres septentrionales. Mais quoique la
lumire paroisse s'lancer du nord au midi, le progrs du feu est
rellement du midi au nord. Son mouvement commence dans le nord, & voil
pourquoi il y est d'abord apperu.

Car le feu lectrique n'est jamais visible que quand il est en mouvement
& qu'il saute de corps en corps, ou de parcelle en parcelle au travers
de l'air; lorsqu'il traverse des corps denses il est invisible. Lorsque
le fil-d'archal fait partie du cercle dans l'explosion de la fiole
lectrique le feu, quoiqu'en grande quantit, passe dans le fil-d'archal
invisiblement, mais en passant le long d'une chane il devient visible,
parce qu'il saute de chanon en chanon. En passant le long d'une
feuille d'or il est visible, parce que la feuille d'or est pleine de
pores; tenez-en une feuille  la lumire elle vous parotra comme un
rseau, & le feu est v tandis qu'il saute sur les interstices.....
Comme lorsqu'on ouvre  l'une de ses extrmits un long canal rempli
d'eau pour le vuider, le mouvement de l'eau commence d'abord auprs de
l'extrmit ouverte, & continue vers l'extrmit ferme, quoique l'eau
elle-mme avance de l'extrmit ferme vers l'extrmit ouverte; ainsi
le feu lectrique dcharg dans les rgions polaires, peut-tre sur une
longueur de mille lieus d'air vapor, parot d'abord o il est d'abord
en mouvement, c'est--dire dans les parties les plus septentrionales, &
l'apparition s'avance du ct du midi, quoique le feu avance rellement
du ct du septentrion. Cela pourroit passer pour une explication de
_l'aurore borale_.

119. Lorsqu'il y a une chaleur excessive sur la terre dans une rgion
particuliere, (le soleil ayant brill dessus peut-tre pendant plusieurs
jours, tandis que les contres circonvoisines ont t couvertes par les
nuages,) l'air infrieur est rarfi, & s'lve: l'air suprieur plus
frais & plus dense descend. Les nuages dans cet air se rencontrent de
tous cts, & se runissent aux endroits chauffs, & si les uns sont
lectriss, & que les autres ne le soient pas, les clairs & le tonnere
succdent, & la pluye tombe; del les clats de tonnerre aprs les
chaleurs, & l'air frais aprs les orages. L'eau & les nuages qui
l'amnent venant d'une rgion plus leve, & par consquent plus
frache.

120. Une tincelle lectrique tire d'un corps irrgulier  quelque
distance, n'est presque jamais droite, mais elle parot courbe &
ondoyante dans l'air; ainsi paroissent les faisceaux d'clairs, les
nuages tant des corps fort irrguliers.

121. Quand les nuages lectriss passent sur un pays, les sommets des
montagnes & des, arbres, les tours leves, les pyramides, les mts des
vaisseaux, les chemines, &c. comme autant d'minences & de pointes
attirent le feu lectrique, & le nuage entier s'y dcharge.

122. Ainsi il est dangereux de se mettre  l'abri sous un arbre pendant
le tonnerre. Cette retraite a t funeste  plusieurs tant hommes que
btes.

123. Il est plus sr d'tre en pleine campagne par une autre raison.
Lorsque les habits sont moills, si un tourbillon dans son chemin vers
la terre vient  toucher votre tte, il courra dans l'eau sur la surface
de votre corps, au lieu que si vos habits sont secs, votre corps en sera
travers.

C'est pour cette raison qu'un rat mouill ne peut tre tu par
l'explosion de la bouteille lectrique, ce qui peut arriver  un rat
dont la peau est sche.

124. Le feu commun est dans tous les corps, plus ou moins, aussi bien
que le feu lectrique. Peut-tre ne sont-ils l'un & l'autre que les
modifications du mme lment: peut-tre aussi que ce sont des lmens
distingus. Quelques auteurs ne s'loignent pas de ce dernier sentiment.

125. Si ce sont des matires diffrentes, ils peuvent subsister &
subsistent ensemble dans le mme corps.

126. Lorsque le feu lectrique traverse un corps, il agit sur le feu
commun contenu dans ce corps, & met ce feu en mouvement; & s'il y a une
quantit suffisante de chaque espce de feu, le corps sera enflamm.

127. Lorsque la quantit du feu commun dans le corps est petite, il faut
que la quantit du feu lectrique (ou le choc lectrique) soit plus
grande; si la quantit du feu commun est plus grande, une moindre
quantit du feu lectrique suffit pour produire l'effet de
l'inflammation.

128. Ainsi les esprits doivent tre chauffs[40] avant que l'on puisse
les enflammer par l'tincelle lectrique; s'ils sont fort chauffs, il
ne faudra qu'une petite tincelle, s'ils le sont peu, il faudra une plus
forte tincelle.

[Note 40: Nous avons depuis enflamm des esprits sans les chauffer,
lorsqu'il faisoit un temps chaud.]

129. Jusqu'ici nous n'avions p enflammer que des vapeurs chaudes, mais
 prsent nous pouvons brler de la colophone sche. Lorsque nous
pourrons nous procurer de plus grandes tincelles lectriques, nous
seront en tat d'enflammer non-seulement les esprits froids, comme fait
la foudre, mais mme le bois, en donnant une agitation suffisante au feu
commun qu'il contient, ce que nous savons que le frottement peut faire.

130. Les vapeurs sulphureuses & inflammables qui s'lvent de la terre
sont aisment allumes par la foudre. Outre ce qui s'exhale de la terre,
de pareilles vapeurs sont envoyes par des tas de foin humide, de bled
ou autres vgtaux qui s'chauffent & qui fument. Le bois pourri des
vieux arbres & des vieux btimens fait le mme effet, c'est pourquoi ces
matires sont souvent & aisment enflammes.

131. Les mtaux sont souvent fondus par la foudre, quoiqu'ils ne le
soient peut-tre ni par la chaleur de la foudre, ni mme par l'agitation
du feu dans les mmes mtaux..... Car tout corps qui peut s'insinuer
lui-mme entre les particules du mtal, & surmonter l'attraction par
laquelle leur cohsion subsiste, (ce que peuvent faire les menstrus)
changera le solide en fluide aussi bien que le feu, mme sans
l'chauffer. Ainsi le feu lectrique ou la foudre causant une rpulsion
violente entre les particules du mtal  travers duquel il passe, le
mtal est mis en fusion.

132. Si vous vouliez fondre  un feu violent l'extrmit d'un clou 
demi-enfonc dans une porte, la chaleur communique au clou entier,
avant d'en fondre une partie, brleroit la planche o il est enfonc, &
la partie fondu brleroit le plancher o elle tomberoit. Mais si la
foudre peut fondre une pe dans le fourreau & l'argent dans la bourse,
sans brler ni le fourreau ni la bourse, il faut que la fusion soit
froide.

133. La foudre dchire quelques corps: l'tincelle lectrique perce
aussi un trou  travers une main de gros papier. (. 54.)

134. Si l'origine de la foudre assigne dans cette feille est la
vritable, on entendroit fort peu de tonnerre en mer, lorsque l'on
seroit fort loign de la terre, & en effet quelques vieux Capitaines de
vaisseaux que l'on a consults sur cet article, assurent que le fait
s'accorde parfaitement avec l'hypothse. Parce qu'en traversant le vaste
Ocan on n'entend gures le tonnerre qu'on ne soit arriv prs des ctes
dans des endroits o l'on peut se servir de la sonde, & que les isles
loignes du continent y sont fort peu sujettes. Un observateur curieux
qui a vcu treize ans aux Bermudes, remarque qu'il y a eu moins de
tonnerre pendant tout le tems qu'il y a sjourn, qu'il n'en a
quelquefois entendu dans un mois  la Caroline.

Maintenant si le feu de l'lectricit & celui de la foudre sont le mme,
comme j'ai tch de le prouver, notre conducteur de carton & les bassins
de l'exprience de la balance (78.) peuvent reprsenter les nuages
lectriss. Si un tube long seulement de dix pieds frappe & dcharge son
feu sur le poinon  deux ou trois pouces de distance, un nuage
lectris qui est peut-tre de dix mille acres, peut frapper & dcharger
son feu sur la terre  une distance proportionnellement plus grande. Le
mouvement horizontal des bassins sur le plancher, peut reprsenter le
mouvement des nuages sur la terre, & le poinon lev, les montagnes &
les plus hauts difices, & alors nous voyons comment les nuages
lectriss passant sur les montagnes & sur les btimens  une trop
grande hauteur pour les frapper, peuvent tre attirs en bas jusques
dans la distance qui leur est ncessaire pour cet effet; & enfin si une
aiguille est fixe sur un poinon, la pointe en haut, ou mme sur le
plancher au-dessous du poinon, elle tirera le feu du bassin en silence
 une distance beaucoup plus grande que la distance requise pour
frapper, & prviendra ainsi sa descente vers le poinon; ou si dans sa
course le bassin toit venu assez prs pour frapper, il ne le pourroit,
parce qu'il auroit t d'abord priv de son feu, & par-l le poinon est
garanti du choc.

Je demande, cette supposition admise, si la connoissance du pouvoir des
pointes ne pourroit pas tre de quelque avantage aux hommes pour
prserver les maisons, les glises, les vaisseaux, &c. des coups de la
foudre, en nous engageant  fixer perpendiculairement sur les parties
les plus leves de ces difices des verges de fer faites en forme
d'aiguilles & dores pour prvenir la rouille, & du pied de ces verges
un fil-d'archal abaiss vers l'extrieur du btiment dans la terre, ou
autour d'un des aubans d'un vaisseau, ou sur le bord jusqu' ce qu'il
touche l'eau? Ces verges de fer ne tireroient-elles pas probablement le
feu lectrique en silence hors du nuage, avant qu'il vint assez prs
pour frapper? & par ce moyen ne pourrions-nous pas tre prservs de
tant de dsastres soudains & effroyables?

135. Pour dcider cette question, savoir si les nuages qui contiennent
la foudre sont lectriss ou non. J'ai imagin de proposer une
exprience  tenter en un lieu convenable  cet effet. Sur le sommet
d'une haute tour ou d'un clocher, placez une espce de gurite (comme
dans la fig. IX.) assez grande pour contenir un homme & un tabouret
lectrique: du milieu du tabouret levez une verge de fer, qui passe en
se courbant hors de la porte, & del se relve perpendiculairement  la
hauteur de vingt ou trente pieds, & se termine en une pointe fort aigu.
Si le tabouret lectrique est propre & sec, un homme qui y sera plac,
lorsque des nuages lectriss y passeront un peu bas, peut tre
lectris & donner des tincelles, la verge de fer lui attirant le feu
du nuage. S'il y avoit quelque danger  craindre pour l'homme (quoique
je sois persuad qu'il n'y en a aucun) qu'il se place sur le plancher de
la gurite, & que de tems en tems il approche de la verge le tenon d'un
fil-d'archal, qui a une extrmit attache aux plombs de la couverture,
le tenant par un manche de cire; de cette force les tincelles, si la
verge est lectrise, frapperont de la verge au fil-d'archal, & ne
toucheront point l'homme.

136. Avant d'abandonner le sujet de la foudre, je puis citer quelques
autres rapports entre les effets de ce mtore & ceux de l'lectricit.
On sait que la foudre a souvent rendu des personnes aveugles. Un pigeon
que nous croyions avoir frapp  mort par le choc lectrique, recouvrant
la vie, languit quelques jours dans la basse cour, ne mangea rien,
quoiqu'on lui et jett des miettes de pain, s'affoiblit, & mourut. Nous
ne fmes point attention qu'il avoit t priv de la ve; mais ensuite
un poulet tu de la mme manire tant ressuscit en soufflant 
plusieurs reprises dans ses poumons; lorsqu'il fut pos sur le plancher,
il alla donner de la tte contre la muraille, & aprs l'avoir examin
nous reconnmes qu'il toit parfaitement aveugle; del nous conclmes
que le pigeon avoit aussi t entirement aveugl par le choc. Le plus
grand animal que nous ayons tu ou essay de tuer par le choc lectrique
est un fort gros poulet.

137. En lisant dans la relation que l'ingnieux Docteur _Hales_ a donne
d'un orage arriv  _Stretham_, l'effet de la foudre qui avoit dpouill
toute la peinture qui couvroit la moulure dore d'un panneau de
boiserie, sans avoir endommag le reste de la peinture, il me vint dans
l'ide de mettre une couche de peinture sur les filets d'or de la
couverture d'un livre, & d'essayer l'effet d'un grand coup lectrique
port  travers cet or par un carreau de verre charg; mais n'ayant
point de peinture sous la main, je collai dessus une bande troite de
papier, & lorsqu'elle fut sche, je portai le coup au travers la dorure;
alors le papier fut renvers d'un bout  l'autre avec une telle force
qu'il fut dchir en plusieurs endroits, & qu'en d'autres il emporta une
partie des grains du maroquin sur lequel il toit coll. Je suis
persuad que s'il et t peint, la peinture auroit t enleve, de la
mme manire que celle de la boiserie de _Stretham_.

138. La foudre fond les mtaux, & j'ai avanc dans ma lettre sur ce
sujet que je souponnois que c'tait une fusion froide; je n'entens pas
dire une fusion produite par la force du froid, mais une fusion sans
chaleur. Nous avons aussi fondu l'or, l'argent & le cuivre en petites
quantits par le coup lectrique. Voici de quelles manire. Prenez une
feuille d'or, d'argent ou de cuivre dor, communment appell feille de
cuivre ou or d'Hollande: coupez de cette feuille des bandes longues &
troites de la largeur d'une paille: placez une de ces bandes entre deux
lames de verre poli, qui soient environ de la largeur de votre doigt; si
une bande d'or de la longueur de la feuille n'est pas assez longue pour
le verre, ajoutez-en une autre  son extrmit; de sorte que vous
puissiez avoir une petite partie qui dborde  chaque extrmit du
verre: attachez ensemble les deux pices de verre d'un bout  l'autre
avec un bon fil de soye: alors placez-les de manire qu'elles fassent
partie d'un cercle lectrique, les extrmits de l'or qui pendent au
dehors servant  faire l'union avec les autres parties du cercle: portez
le coup au travers par le moyen d'un grand vase ou d'un carreau de verre
lectris. Si vos lames de verre demeurent entires, vous verrez que
l'or manque en plusieurs endroits, & vous trouverez  la place des
taches mtalliques sur les deux verres. Ces taches sur le verre
suprieur & sur le verre infrieur sont xactement semblables jusques
dans le moindre trait, comme on le peut distinguer en les tenant  la
lumire. Le mtal nous a paru avoir t non-seulement fondu, mais mme
vitrifi ou autrement, si enfonc dans les pores du verre qu'ils
paroissent le dfendre contre l'action de la plus puissante eau forte &
eau rgale. Je vous envoye dans une bote deux petites pices de verre
couvertes de ces taches mtalliques, lesquelles ne peuvent tre effaces
sans enlever une partie du verre. Quelquefois la tache s'tend un peu
plus que la largeur de la feuille, & parot plus brillante sur le bord,
comme vous pouvez l'observer sur celles-ci en les examinant de prs.
Quelquefois le verre se brise en morceaux; une fois le verre de dessus
se cassa en mille pices qui paroissoient comme des grains de gros sel.
Ces morceaux que je vous envoye, ont t tachets avec l'or d'Hollande;
le vrai or fait une tache plus obscure & un peu rougetre, l'argent fait
la tache verdtre. Nous prmes une fois deux morceaux de verre de miroir
fort pais, larges d'environ un pouce & demi & longs de six pouces, &
plaant la feuille d'or entr'eux, nous les mmes entre deux pices de
bois bien uni, nous les serrmes dans une petite presse de relieur de
livres, & quoiqu'ainsi serres l'une contre l'autre, la force du choc
lectrique brisa le verre en plusieurs morceaux.... l'or fut fondu & fit
des taches dans le verre  l'ordinaire. Les circonstances de ce
brisement de verre varient beaucoup en faisant l'exprience, &
quelquefois mme le verre n'est point du tout bris; mais il est
constant que les taches des morceaux de dessus & de dessous sont
exactement des contre parties les unes des autres. Et quoique j'aie pris
les morceaux de verre entre mes doigts immdiatement aprs la fusion, je
n'y ai jamais senti la moindre chaleur.

139. J'ai dit dans une de mes prcdentes lettres que la dorure sur un
livre, quoique d'abord elle communiqut parfaitement bien le choc, le
manquoit nanmoins aprs un petit nombre d'expriences, sans que nous
pussions en donner la raison. Nous avons trouv depuis qu'un choc
violent rompt la continuit de l'or dans le filet, & le fait parotre
comme de la poussire d'or, quantit de ses parties tant rompus &
cartes; il ne sauroit gures conduire plus d'un choc dans toute sa
force. En voici vraisemblablement la raison, lorsqu'il n'y a pas une
parfaite continuit dans le cercle, il faut que le feu saute pardessus
les intervalles; il y a une certaine distance qu'il est capable de
franchir proportionnellement  sa force; si un nombre de petits
intervalles, quoique chacun soit excessivement petit, pris ensemble
excdent cette distance, il ne peut sauter pardessus, & ainsi le choc
est empch ou du moins fort affoibli.

140. En consquence de la loi de l'lectricit dont nous avons parl
ci-devant, que les pointes; selon qu'elles sont plus ou moins aigus,
tirent & poussent le fluide lectrique avec plus ou moins de force,  de
plus grandes ou  de moindres distances, & dans de plus grandes ou de
plus petites quantits en tems gal, nous pouvons trouver la manire
d'expliquer la situation de la feuille d'or suspendu entre deux lames
mtalliques, celle d'en haut tant continuellement lectrise, & celle
d'en bas dans la mains d'une personne qui est debout sur le plancher.
Lorsque la lame suprieure est lectrise, la feuille est attire &
leve vers elle, & voleroit  cette lame, si elle n'toit arrte par
ses propres pointes; l'angle qui se trouve le plus haut, lorsque la
feuille s'lve, ayant la pointe fort aigue  cause de l'extrme tnuit
de l'or, tire & reoit  une certaine distance une quantit suffisante
de fluide lectrique, pour se donner  lui-mme une atmosphre
lectrique par laquelle son progrs  la lame suprieure est arrt, &
il commence  tre repouss de cette lame, & seroit renvoy jusqu' la
lame infrieure sans que son angle le plus bas est pareillement une
pointe, & pousse ou dcharge le surplus de l'atmosphre de la feuille
aussi promptement que l'angle suprieur l'attire; si la finesse de ces
deux pointes toit parfaitement gale, la feuille se placeroit
exactement dans le milieu de l'espace, car la psanteur n'est rien
compare au pouvoir qui agit sur elle; mais elle est gnralement plus
prs de la lame non-lectrise, parce que quand la feuille est prsente
 la lame lectrise  une certaine distance, la pointe la plus aigu
est communment affecte la premire & leve vers elle; ainsi cette
pointe par sa plus grande finesse recevant le fluide trop tt pour que
son oppose puisse le dcharger  distances gales, elle se retire de la
lame lectrise, & s'avance plus prs de la lame non-lectrise, jusqu'
ce qu'elle vienne  une distance o la dcharge puisse tre exactement
gale  la charge. Cette dernire tant diminue, & la premire
augmente; & elle y demeure aussi long-tems que le globe continu 
fournir de nouvelle matire lectrique. Ceci parotra vident, lorsque
la diffrence de la finesse dans les angles sera devenu fort grande.
Coupez un morceau d'or d'Hollande (qui est le meilleur pour ces
expriences, parce qu'il est plus fort) dans la forme de la figure X.
que l'angle d'en haut soit un angle droit, les deux suivans des angles
obtus, & le plus bas un angle fort aigu, & amenez cet or sur votre lame,
qui est sous la lame lectrise, de manire que la partie coupe  angle
droit puisse tre d'abord leve, ce qui se fait en couvrant la partie
aigu avec le creux de la main, & vous verrez la feille prendre place
beaucoup plus prs de la lame suprieure que de la lame infrieure,
parce que sans tre plus prs, elle ne peut recevoir aussi promptement 
la pointe de son angle droit, qu'elle peut dcharger  la pointe de son
angle aigu. Tournez cette feille de faon que la partie aigu soit la
plus leve, & alors elle se placera tout auprs de la lame
non-lectrise, parce qu'elle reoit plus promptement  la pointe de
l'angle aigu qu'elle ne peut dcharger  la pointe de l'angle droit;
ainsi la diffrence de distance est toujours proportionnelle  la
diffrence d'acclration. Prenez garde en coupant votre feuille de ne
pas laisser de petits lambeaux sur les extrmits, qui forment
quelquefois des pointes o vous ne voudriez pas les avoir; vous pouvez
faire cette figure si aigu dans sa partie infrieure, & si obtuse dans
sa partie suprieure, qu'il ne soit pas besoin de lame infrieure, se
dchargeant d'elle-mme assez promptement dans l'air. Si elle est plus
troite, comme on le voit dans la figure comprise entre les lignes
ponctues, nous l'appellons le _poisson d'or_,  cause de sa manire
d'agir. Car si vous le prenez par la queu, & que vous le teniez  un
pied, ou  une plus grande distance horizontale du premier conducteur,
lorsque vous le laisserez aller, il volera  lui avec un mouvement vif,
mais ondoyant, semblable  celui d'une aiguille dans l'eau; il prendra
place alors sous le premier conducteur, peu-tre  un quart ou  un demi
pouce de distance, & remura continuellement sa queu comme un poisson,
de sorte qu'il parot anim. Tournez sa queu, vers le premier
conducteur, & alors il vole  votre doigt & semble le grignoter. Si vous
tenez sous lui une lame  six ou huit pouces de distance, & si vous
cessez de tourner le globe, lorsque l'atmosphre lectrique du
conducteur diminu, il descendra sur la lame, & nagera encore en arrire
 plusieurs reprises avec le mme mouvement de poisson, ce qui fait un
jeu amusant pour les spectateurs. Par une legre pratique d'mousser ou
d'aiguiser les ttes, ou les queus de ces figures, vous pouvez leur
faire prendre la place que vous desirez, plus prs ou plus loin de la
lame lectrise.


MMOIRE
_L  l'Acadmie Royale des Sciences, le 13. Mai 1752. par M.
D'ALIBARD._


EXPRIENCES ET OBSERVATIONS
SUR LE TONNERRE,
_Relatives  celles de Philadelphie._

Le tonnerre est un de ces phnomnes dont tous les physiciens ont ssaye
de dcouvrir la nature, mais dont aucun n'a encore donn d'explication
satisfaisante. Rien de plus commun que les effets de ce redoutable
mtore, rien de plus ignor que leur cause; il semble mme que plus on
a fait d'efforts pour en approfondir le principe, plus on s'est cart
de la voye qui pouvoit y conduire. Les connoissances physiques n'toient
point encore assez avances pour que l'on pt pntrer un mistre dont
l'intelligence toit rserve  un sicle plus clair. Ce qui a caus
la difficult, ce qui a retard jusqu' prsent l'explication de ce
phnomne, c'est qu'on ne lui voyoit point de rapport  aucune chose
connu, & ce n'est que par l'enchanement des rapports que l'on peut
arriver d'une connoissance  une autre; il toit impossible de rapporter
le tonnerre  son vrai principe, puisque le principe mme toit inconnu.
Les plus sages physiciens en sont rests  admirer les effets, sans
pouvoir presque rien dire des causes; ou s'ils en ont hazard
quelqu'explication on reconnot aisment dans leurs crits que ce n'est
que par des conjectures relatives ou  leurs prjugs, ou  leurs
affections, ou aux systmes qu'ils avoient embrasss, ou aux diffrentes
sciences qu'ils avoient le plus cultives. Les premiers philosophes
regardoient le tonnerre comme un attribut des Dieux, ou comme un esprit,
& ne poussoient pas plus loin leurs recherches  ce sujet; d'autres
philosophes imaginrent que les corps clestes se renvoyoient
mutuellement des influences dont la rencontre produisoit ce mtore: la
plupart des physiciens en ont cherch la cause dans les exhalaisons des
matires inflammables de la terre. Les chimistes ont prtendu en avoir
dcouvert le principe dans le mlange du nitre, du souffre & du fer, des
esprits acides & des huiles essentielles; enfin chaque physicien a saisi
le moindre rapport qu'il a p appercevoir entre ce phnomne & ce qu'il
connoissoit d'ailleurs pour en dvelopper la nature, & chacun l'a
explique  sa faon, mais cette matire est toujours demeure en
problme.

Ce n'est que depuis peu d'annes que l'on a commenc  avoir sur ce
sujet des soupons mieux fonds.

M. Gray[41] est le premier  qui le tonnerre & les clairs aient paru
tenir beaucoup de la nature du feu & de la lumire lectrique. Cette
premire opinion a t plus approfondie par MM. l'Abb Nolet,[42]
Hales,[43] & Barberet[44]; ils ont trouv une analogie surprenante entre
les effets du tonnerre & ceux de l'lectricit; mais tout ce qu'ils en
ont dit les uns & les autres n'toit encore qu'une conjecture, il
falloit des observations suivies, des expriences certaines, des faits
bien constats; tout cela se trouve dans les lettres de M. Franklin. Il
ne manquoit  cet ingnieux physicien qu'une dernire preuve pour
achever de le convaincre que la matire du tonnerre est absolument la
mme que celle de l'lectricit; n'tant pas apparemment trop  porte
d'acqurir cette preuve par lui-mme, il nous a enseign le moyen d'y
parvenir.

[Note 41: Lettre  M. Mortimer du mois de Mars 1735.]

[Note 42: Leons de physique, tom, 4. p. 314.]

[Note 43: Considrations sur la cause physique des tremblemens de
terre.]

[Note 44: Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les phnomnes
du tonnerre & ceux de l'lectricit, par M. Barb. Md.  Dijon. Bordeaux
1750.]

Aprs avoir rpt avec un succs plus que complet toutes les
expriences de Philadelphie, aprs m'tre confirm dans la confiance
entire que j'ai aux savantes propositions qui y sont tablies &
dmontres, j'ai entrepris de vrifier jusqu'aux conjectures de mon
auteur; & j'en suis venu  obtenir cette dernire preuve qui manquoit 
sa conviction. L'importance du sujet m'a paru mriter l'attention de
l'Acadmie. Le rsultat de l'exprience dont je vais rendre compte, ne
va pas moins qu' faire connotre la nature du tonnerre,  le soumettre,
pour ainsi dire, au pouvoir des hommes,  dissiper ce redoutable
mtore, &  prvenir ses funestes effets.

Mais pour me faire mieux entendre, sur tout de ceux qui ne sont point
assez au fait des expriences de Philadelphie, j'en vais rapporter un
extrait de ce qui est relatif  mon objet, & j'y ajouterai quelques
autres observations dont je ne suis pas moins sr.

1. La matire lectrique est un fluide, une espce de feu rpandu dans
toute la nature en diffrentes proportions.

2. Quoique les corps contiennent chacun une certaine quantit de ce feu,
on les a distingus en corps lectriques & corps non-lectriques. Ces
distinctions sont assez connus.

3. Les premiers sont propres  communiquer ce feu, & non  le conduire:
les derniers le reoivent & le transmettent, sans pouvoir le communiquer
par eux-mmes.

4. En ce sens l'air est naturellement lectrique, & l'eau ne l'est pas.

5. Les corps non-lectriques retiennent le feu dont ils ont t une fois
chargs, jusqu' ce qu'il en approche d'autres corps qui en ayent moins;
alors le feu se communique avec bruit, & se distribue galement
entr'eux.

6. L'eau tant lectrise, les vapeurs qui s'en exhalent le sont aussi.

7. Les particules de matire lectrise se repoussent mutuellement; del
vient apparemment que l'lectricit, aussi bien que la chaleur, augmente
l'vaporation des liqueurs.

8. Le frottement entre un corps non-lectrique & un corps originairement
lectrique produit le feu lectrique, non en le crant, mais en le
rassemblant.

9. La mer est un compos d'eau corps non-lectrique, & de sel corps
originairement lectrique.

10. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
surface, la matire lectrique y est rassemble des parties infrieures
& y devient apparente. C'est ce qu'on remarque dans le sillage d'un
vaisseau, sous les coups de rames, dans l'cume & dans les parties d'eau
agites par le vent. Enfin dans une tempte toute la mer parot en feu.

11. Les particules d'eau dtaches tant alors repousses de sa surface
lectrise, emportent avec elles le feu lectrique qui a t rassembl,
& en s'lvant elles s'attachent elles-mmes aux particules d'air
qu'elles rencontrent.

12. Les particules d'air ainsi charges & appsanties par les particules
d'eau qui y sont adhrentes, retomberoient bientt sur la terre, si le
feu lectrique attach  ces dernieres ne les rendoit spcifiquement
plus lgres. La chaleur du soleil contribu encore  les allger.

13. Aides de ces deux puissances le feu lectrique & le feu commun, les
vapeurs de la mer s'lvent fort haut dans l'air, & y forment des nuages
chargs comme elles de l'un & l'autre feu.

14. Quand mme ces nuages fortement lectriss viendroient  s'lever
dans la rgion la plus froide au-dessus de la terre, le froid qu'ils y
rencontreroient pourroit diminuer leur feu commun; mais loin de diminuer
leur feu lectrique, il ne feroit qu'en augmenter la force.

15. Les nuages forms des exhalaisons de la terre, ayant peu de feu
lectrique, ne s'lvent pas beaucoup, & dposent leur eau promptement &
aisment; c'est de l que les vents de terre qui soufflent sur mer se
font facilement reconnotre par leur scheresse.

16. Il en est tout autrement des nuages forms des exhalaisons de la
mer; ayant beaucoup de feu lectrique, ils soutiennent fortement leur
eau, s'lvent  une grande hauteur, & pousss par les vents peuvent la
conduire du milieu de l'Ocan au milieu du plus vaste continent.

17. Ces nuages lectriss tant pousss par les vents, sont attirs par
les montagnes auxquelles ils communiquent leur feu lectrique: alors les
particules d'eau se rapprochent & tombent en rose, si l'air est peu
charg; mais s'il est fort charg, le feu lectrique sort tout  la fois
d'un nuage entier, & en l'abandonnant il brille comme un clair & fait
un bruit violent; dans ce cas les particules d'eau se runissent faute
de ce feu, & tombent en grosses ondes.

18. Lorsqu'une montagne attire ainsi les nues, & tire le feu lectrique
du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il approche du
premier actuellement dpouill de son feu, lui lance le sien, & commence
 dposer son eau propre. Le premier nuage communiquant ce nouveau feu 
la montagne, un troisime nuage survient, & tous les autres arrivant
successivement agissent de la mme manire sur ceux qui les prcdent &
sur la montagne, d'aussi loin qu'ils s'tendent en arrire, ce qui peut
tre sur une tendue de pays de quelques centaines de lieus.

19. Del viennent les dluges de pluyes, les tonnerres, les clairs
presque perptuels sur les montagnes les plus leves, du pied
desquelles les plus grands rivires tirent leurs sources.

20. Quoique les endroits voisins des hautes montagnes soient ceux o le
tonnerre est le plus frquent, ce ne sont pas les seuls qui y soient
sujets; il se fait aussi entendre dans les pays plats & unis, & les
nuages de mer y dposent leurs eaux sans y tre arrts par les
montagnes. Mais dans ce cas ce sont les nuages de terre qui font
l'office des montagnes. Ceux-ci non-lectriss & beaucoup moins levs
venant  passer sous ceux-l qui sont lectriss & fort levs, les
attirent, en reoivent le feu lectrique, & par ce moyen sont contraints
les uns & les autres de laisser tomber subitement les eaux dont ils
toient chargs.

21. Personne ne doute que les corps lectriss ne soient entours d'une
atmosphre lectrique d'une tendu considrable & prcisment de la
mme figure que ces corps. On peut mme rendre cette atmosphre visible
en excitant au-dessous du corps lectris une fume de rsine bien
sche. L'attraction & la rpulsion se font dans toute l'tendu de cette
atmosphre, quoique le feu lectrique ne puisse se communiquer de si
loin, du moins avec bruit; c'est pour cette raison qu'un nuage de terre
non-lectris venant  passer au-dessous d'un nuage de mer fort
lectris, l'attire  une trs-grande distance.

22. Quand plusieurs nuages de mer rencontrent plusieurs nuages de terre,
le feu lectrique s'lance de diffrens cts, & les lancemens
continunt jusqu' ce que le feu lectrique soit galement rpandu dans
tous ces nuages.

23. La distance o se font les lancemens du feu lectrique tant
relative  l'tendu des corps lectriss, si dans les expriences
lectriques deux canons de fusil lectriss frappent  deux pouces de
distance & font un clat & un bruit sensible,  quelle distance norme
ne doivent pas tre ports le coup, le bruit & le feu d'un nuage de dix
mille arpens lectris?

24. Comme les courans d'air avec les nuages suivant des routes
diffrentes, il est ais de concevoir comment les nuages passant les uns
sous les autres peuvent s'attirer rciproquement & s'approcher
suffisamment pour le choc lectrique. On conoit de mme comment les
nuages lectriss peuvent tre emports sur les terres fort loin de la
mer sans aucun obstacle.

25. Le feu lectrique n'est visible & ne se fait entendre que quand il
traverse l'air pour sauter d'un corps  un autre; on ne l'apperoit
point le long d'un fil de fer dans les expriences lectriques; & on le
voit le long d'une chane, parce qu'il saute de chanon en chanon. De
mme le feu du tonnerre ne brille que quand il saute d'un nuage  un
autre. Quoique l'clair & le coup partent en mme tems, l'on ne voit le
premier avant d'entendre le second, que parce que la lumire vole plus
rapidement que le son; d'o il suit naturellement que l'on peut juger de
l'loignement du tonnerre par la distance de l'clair au bruit, & qu'il
n'y a jamais rien  craindre d'un clat de tonnerre dont on a v
l'clair.

26. Une tincelle lectrique tire  quelque distance d'un corps
irrgulier par un autre corps pareil, parot courbe & ondoyante dans
l'air; del vient l'apparition de l'clair en zic-zac.

27. Les minences, les grands arbres & les difices levs sont les plus
exposs  tre frapps du tonnerre; ainsi il est dangereux d'y chercher
un abri pendant l'orage.

28. Une autre raison pourquoi il vaudroit mieux tre en rase campagne,
c'est que le feu lectrique, s'il y atteignoit quelqu'un, pourroit
glisser sur ses habits mouills, sans lui faire de mal. Un rat mouill
ne peut tre tu par l'explosion de la bouteille lectrique.

29. Le feu lectrique & le feu commun peuvent subsister, & subsistent
ensemble dans le mme corps. Le premier agit sur le second; & une
quantit suffisante de l'un & de l'autre en diffrentes proportions
produit l'inflammation.

30. Les mtaux sont souvent fondus par la foudre, & ces sortes de
fusions sont froides ou chaudes. La fusion froide ou sans chaleur n'est
qu'une dsunion des particules mtalliques qui dtruit l'attraction par
laquelle leur cohsion subsistoit. C'est la mme manire dont les
menstrus agissent sur le mtal. Quand une pe est fondu dans son
fourreau, & l'argent dans une bourse, sans que le fourreau & la bourse
soient brls, il faut ncessairement que ce soit par une espce de
fusion froide. Je pourrois citer plusieurs autres exemples de faits tout
semblables; mais pour abrger je dirai seulement que l'on imite cet
effet dans une des expriences lectriques de Philadelphie.

Il y a aussi des exemples que la foudre opre quelquefois des fusions de
mtaux par chaleur, ce sont alors de vritables fusions, des fusions
brlantes. Quoiqu'on n'ait pas encore pouss les expriences lectriques
jusqu' des oprations pareilles, je ne doute point qu'on n'y parvienne
dans la suite.

31. Comme il y a des corps qui ont t dchirs par la foudre, il y en a
de mme qui sont dchirs par l'tincelle lectrique. En rptant
l'exprience o l'on perce une main de papier, & o j'en ai souvent
perc jusqu' 96. feilles, j'ai remarqu que les dernires feilles ont
quelquefois souffert une dchirure telle qu'on pouvoit y passer le
doigt.

32. Il s'ensuit des observations prcdentes qu'on devroit entendre
trs-rarement le tonnerre en pleine mer, lorsque l'on est fort loign
de la terre. Quelques anciens officiers de marine qui ont t consults
sur ce sujet, assurent que le fait s'accorde parfaitement avec la
conjecture, & que les isles loigns du continent sont fort peu sujettes
 l'orage. Un observateur judicieux a remarqu qu'il avoit moins entendu
de tonnerre pendant treize ans qu'il a demeur aux Bermudes, qu'il n'en
a quelquefois entendu dans un mois  la Caroline.

33. M. Franklin ajoute  toutes ces observations celles de quelques
effets singuliers du tonnerre, & rapporte  ce sujet des effets tout 
fait semblables de l'lectricit: par exemple des aveuglemens causs par
l'un aussi bien que par l'autre: des filets dors sur lesquels on avoit
mis de la peinture, qui ont t dcouverts par l'lectricit, de mme
que par le tonnerre; il y a une infinit d'autres effets de ce mtore
que l'on pourroit rappeller ici, & dont le rapport avec ceux de
l'lectricit peut se dmontrer aussi facilement. Mais pour ne point
quitter M. Franklin, je passe  une de ses expriences, qui parot bien
dcisive pour le sujet dont il est question.

Si l'on suspend au plat-fond d'une chambre par une ficelle de grandes
balances de cuivre, dont le flau ait au moins 2. pieds de longueur, de
manire que les bassins attachs  des cordons de soye soient environ 
un pied de terre, ces bassins tourneront circulairement par le
dtortillement de la ficelle. Si l'on plante sur le plancher un poinon
de mtal, dont la tte soit arrondie & polie, de faon que les bassins
puissent passer pardessus en dcrivant leur cercle; si dans cet tat on
lectrise un des bassins en lui appliquant le fil-d'archal de la
bouteille lectrique, on verra ce bassin s'abaisser en passant sur le
poinon, & mme dcharger son feu sur cet instrument, s'il est  une
distance convenable.

Si aprs cela on attache une aiguille la pointe en haut sur le plancher
auprs du poinon, la tte de cet instrument, loin d'attirer comme
auparavant le bassin lectris, semblera le repousser, parce que la
pointe de l'aiguille, quoique beaucoup plus basse, aura tir le feu
lectrique dont le bassin toit charg, avant qu'il soit venu  porte
d'tre attir par la tte du poinon.

Ces deux bassins peuvent nous reprsenter deux nuages, l'un un nuage de
mer, & l'autre un nuage de terre; leur mouvement horizontal sur le
plancher sera dans la mme hypothse, celui des nuages au-dessus de la
terre, & le poinon lev reprsentera une montagne, une minence ou un
grand difice; on comprendra alors comment les nuages lectriss, en
passant au-dessus des montagnes ou des btimens  une trop grande
hauteur pour les frapper, en peuvent tre attirs jusqu' la distance
qui leur est ncessaire pour cet effet.

Comme d'ailleurs l'aiguille fixe la pointe en haut sur le plancher au
dessous du poinon tire en silence le feu lectrique du bassin  une
distance beaucoup plus grande que la distance requise pour frapper, &
prvient ainsi la descente vers le poinon: comme le bassin lectris,
quand mme il viendroit par son propre mouvement assez prs pour
frapper, ne pourroit le faire, parce qu'il auroit alors t dpoill de
la plus grande partie de son feu: comme enfin dans ces deux cas le
poinon seroit toujours garanti du choc, il est plus que probable que la
connoissance du pouvoir des pointes peut tre d'un trs-grand avantage 
l'humanit pour prserver des atteintes de la foudre des maisons, les
glises, les vaisseaux, &c.

Il ne s'agiroit, pour y parvenir, que de fixer perpendiculairement sur
les parties les plus leves de ces difices des verges de fer faites en
forme d'aiguilles, & dores pour prvenir la rouille, & d'abaisser du
pied de ces verges, un fil-d'archal au dehors des btimens, jusqu' ce
qu'il toucht la terre ou l'eau de la mer. Ces verges de fer bien
pointus tireroient probablement & tireroit sans bruit le feu lectrique
hors du nuage, avant qu'il vint assez prs pour frapper & pour causer
aucun dsastre.

Mais avant que d'en venir  cet expdient il restoit un problme 
rsoudre. Toutes les observations pouvoient parotre bien faites, toutes
les rflexions naturelles, tous les raisonnemens suivis, toutes les
inductions justes, sans que pour cela le succs rpondt  la
vraisemblance. Il toit question de dcider avant tout si les nues qui
contiennent la foudre sont lectrises ou non; c'est ce doute qui a
empch M. Franklin de prononcer hardiment sur toute cette matire. Ce
que sa pntration & la justesse de son raisonnement lui ont fait
reconnotre, sa droiture & sa sincrit n'ont os l'assurer. Tout ce
qu'il a p faire dans cette circonstance embarrassante, 'a t de
proposer sa conjecture, & de nous enseigner les moyens de dcider la
question. En suivant la route qu'il nous a trace, j'ai obtenu une
satisfaction complette. Voici les prparatifs, le procd & le succs.

1. J'ai fait faire  Marly-la-Ville, situ  six lieus de Paris, au
milieu d'un belle plaine, dont le sol est fort lev, une verge de fer
d'environ un pouce diamtre, longue de quarante pieds & fort pointu par
son extrmit suprieure; pour lui mnager une pointe plus fine, je l'ai
fait armer d'acier tremp & ensuite brunir, au dfaut de dorure, pour la
prserver de la rouille; outre cela cette verge de fer est courbe vers
son extrmit infrieure en deux coudes  angles aigus quoiqu'arondis;
le premier coude est loign de deux pieds du bout infrieur, & le
second est en sens contraire  trois pieds du premier.

2. J'ai fait planter dans un jardin trois grosses perches de vingt-huit
 vingt-neuf pieds disposes en triangle, & loignes les unes des
autres d'environ huit pieds; deux de ces perches sont contre un mur, &
la troisime est au-dedans du jardin. Pour les affermir toutes ensemble
l'on a clou sur chacune des entre-toises  vingt pieds de hauteur, &
comme le grand vent agitoit encore cette espce d'difice, l'on a
attach au haut de chaque perche de longs cordages, qui tenant lieu
d'aubans, rpondent par le bas  de bons piquets fortement enfoncs en
terre  plus de vingt pieds des perches.

3. J'ai fait construire entre les deux perches voisines du mur, &
adosser contre ce mur une petite gurite de bois capable de contenir un
homme & une table.

4. J'ai fait placer au milieu de la gurite une petite table d'environ
un demi pied de hauteur, & sur cette table j'ai fait dresser & affermir
un tabouret lectrique. Ce tabouret n'est autre chose qu'une petite
planche quarre porte sur trois bouteilles  vin; il n'est fait de
cette manire que pour suppler au dfaut d'un gteau de rsine qui me
manquoit.

5. Tout tant ainsi prpar, j'ai fait lever perpendiculairement la
verge de fer au milieu des trois perches, & je l'ai affermie en
l'attachant  chacune de ces perches avec de forts cordons de soye par
deux endroits seulement. Les premiers liens sont au haut des perches
environ trois pouces au-dessous de leurs extrmits suprieures: les
seconds sont vers la moiti de leur hauteur. Le bout infrieur de la
verge de fer est solidement appuy sur le milieu du tabouret lectrique,
o j'ai fait creuser un trou propre  le recevoir.

6. Comme il toit important de garantir de la pluye le tabouret & les
cordons de soye, parce qu'ils laisseroient passer la matire lectrique
s'ils toient mouills, j'ai pris les prcautions ncessaires pour en
empcher: c'est dans cette ve que j'ai mis mon tabouret sous la
gurite, & que j'avois fait courber ma verge de fer  angles aigus, afin
que l'eau qui pourroit couler le long de cette verge ne pt arriver
jusques sur le tabouret. C'est aussi dans le mme dessein que j'ai fait
clouer sur le haut & au milieu de mes perches  trois pouces au-dessus
des cordons de soye, des espces de botes formes de trois petites
planches d'environ 15. pouces de long, qui couvrent pardessus & par les
cts une pareille longueur des cordons de soye sans leur toucher.

Il s'agissoit de faire dans le tems de l'orage deux observations sur
cette verge de fer ainsi dispose; l'une toit de remarquer  sa pointe
une aigrette lumineuse semblable  celle qu'on apperoit  la pointe
d'une aiguille, quand on l'oppose assez prs d'un corps actuellement
lectris: l'autre toit de tirer de la verge de fer des tincelles,
comme on en tire du canon de fusil dans les expriences lectriques.
J'tois bien assur du succs de la premire de ces observations,
m'tant rappell que cette aigrette est connu il y a deux ou trois
mille ans. Les plus anciens auteurs, Homre, Aristote, Plutarque,
Horace, &c. en ont parl sous le nom d'astre d'Hlne, quand il n'en
paroissoit qu'une, & sous les noms de Castor & Pollux, quand on en
voyoit deux.

Il n'est point rare aux navigateurs d'appercevoir ces aigrettes
lumineuses au haut des mts, au bout des vergues, en un mot dans les
endroits levs, o il y a des pointes dresses en l'air, surtout
pendant la nuit,  l'approche & dans le tems des orages; c'est ce qu'ils
appellent le feu S. Elme. Outre cela un de mes amis de province m'a
mand avoir remarqu plusieurs fois dans des orages de nuit un feu
follet  la pointe de la verge de fer d'une girouette qui se trouvoit
devant la fentre de son appartement.

La certitude de cette premire observation me donnoit aussi beaucoup de
confiance pour la seconde; j'ose mme dire que je n'tois pas moins
assur de son succs. Il me paroissoit impossible que la verge de fer
tant bien isole de tous corps non-lectriques, ne donnt pas des
tincelles, ds qu'elle tiroit & recevoit la matire lectrique par sa
pointe, mais il falloit voir ces tincelles.

Aprs avoir ainsi dress toute la machine, ne pouvant pas toujours
rester  la campagne pour attendre l'orage, j'ai charg de faire les
observations en mon absence un habitant du lieu, nomm Coiffier, qui a
servi quatorze ans dans les dragons, & sur qui je pouvois galement
compter pour l'intelligence & pour l'intrpidit. Je lui avois donn
toutes les instructions ncessaires, soit pour observer l'aigrette
lumineuse qui devoit parotre  la pointe de la verge de fer, soit pour
tirer les tincelles de cette verge avec le tenon d'un fil-d'archal que
j'avois attach au collet d'une longue fiole pour lui servir de manche,
& par ce moyen le garantir des piqres de ces tincelles qui pouroient
tre trop fortes.

Je lui avois encore recommand de faire venir auprs de la machine
quelques-uns de ses voisins, & mme de faire avertir M. le Prieur Cur
de Marly, qui m'avoit promis de s'y trouver sitt que le tems parotroit
dispos  l'orage.

Le Mercredi 10. Mai 1752. entre deux & trois heures aprs midi, mon ami
Coiffier entendit un coup de tonnerre assez fort: il vole  la machine,
prend la fiole avec le fil-d'archal, prsente le tenon du fil  la
verge, en voit sortir une petite tincelle brillante, & en entend le
ptillement; il tire une seconde tincelle plus forte que la premire &
avec plus de bruit: il appelle ses voisins, & envoye chercher M. le
Prieur: celui-ci accourt de toutes ses forces; les Paroissiens voyant la
prcipitation de leur Cur, s'imaginent que le pauvre Coiffier a t tu
du tonnerre; l'allarme se rpand dans le village: la grle qui survient
n'empche point le troupeau de suivre son Pasteur. Cet honnte
Ecclsiastique arrive prs de la machine, & voyant qu'il n'y avoit point
de danger, met lui-mme la main  l'oeuvre, & tire de fortes tincelles.
La nue d'orage & de grle ne fut pas plus d'un quart-d'heure  passer
au znith de notre machine, & l'on n'entendit que ce seul coup de
tonnerre. Sitt que le nuage fut pass, & qu'on ne tira plus
d'tincelles de la verge de fer, M. le Prieur de Marly fit partir le
sieur Coiffier lui-mme pour m'apporter la lettre suivant qu'il
m'crivit  la hte.

Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez; l'exprience est
complette. Aujourd'hui  deux heures vingt minutes aprs midi le
tonnerre a grond directement sur Marly; le coup a t assez fort.
L'envie de vous obliger & la curiosit m'ont tir de mon fauteil, o
j'tois occup  lire: je suis all chez Coiffier, qui dj m'avoit
dpch un enfant que j'ai rencontr en chemin pour me prier de venir,
j'ai doubl le pas  travers un torrent de grle. Arriv  l'endroit o
est plac la tringle coude j'ai prsent le fil-d'archal, en avanant
successivement vers la tringle  un pouce & demi ou environ; il est
sorti de la tringle une petite colonne de feu bleutre sentant le
souffre, qui venoit frapper avec une extrme vivacit le tenon du
fil-d'archal, & occasionnoit un bruit semblable  celui qu'on feroit en
frappant sur la tringle avec une clef. J'ai rpt l'exprience au moins
six fois dans l'espace d'environ quatre minutes en prsence de plusieurs
personnes, & chaque exprience que j'ai faite a dur l'espace d'un
_pater_ & d'un _ave_. J'ai voulu continuer; l'action du feu s'est
rallentie peu  peu; j'ai approch plus prs, & n'ai plus tir que
quelques tincelles, & enfin rien n'a paru.

Le coup de tonnerre qui a occasionn cet vnement n'a t suivi
d'aucun autre; tout s'est termin par une abondance de grle. J'tois si
occup dans le moment de l'exprience de ce que je voyois, qu'ayant t
frapp au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c'est en
touchant au fil-d'archal ou  la tringle: je ne me suis pas plaint du
mal que m'avoit fait le coup dans le moment que je l'ai reu; mais comme
la douleur continuoit, de retour chez moi j'ai dcouvert mon bras en
prsence de Coiffier, & nous avons apperu une meurtrissure tournante
autour du bras, semblable  celle que feroit un cou de fil-d'archal si
j'en avois t frapp  nud. En revenant de chez Coiffier j'ai rencontr
M. le Vicaire, M. de Milly & le matre d'cole  qui j'ai rapport ce
qui venoit d'arriver; ils se sont plaint tous les trois qu'ils sentoient
une odeur de soufre qui les frappoit davantage  mesure qu'ils
approchoient de moi: j'ai port chez moi la mme odeur, & mes
domestiques s'en sont apperus sans que je leur aie rien dit.

Voil, Monsieur, un rcit fait  la hte, mais naf & vrai que
j'atteste, & vous pouvez assurer que je suis prt  rendre tmoignage de
cet vnement dans toutes occasions. Coiffier a t le premier qui a
fait l'exprience, & l'a rpte plusieurs fois; ce n'est qu'
l'occasion de ce qu'il a v qu'il m'a envoy prier de venir. S'il toit
besoin d'autres tmoins que de lui & moi, vous les trouveriez. Coiffier
presse pour partir.

Je suis avec une respectueuse considration, Monsieur, votre, &c. sign
Raulet, Prieur de Marly. 10. _Mai_ 1752.

On voit par le dtail de cette lettre que le fait est assez bien
constat pour ne laisser aucun doute  ce sujet. Le porteur m'a assur
de vive voix qu'il avoit tir pendant prs d'un quart-d'heure avant que
M. le Prieur arrivt, en prsence de cinq ou six personnes, des
tincelles beaucoup plus fortes & plus bruyantes que celles dont il est
parl dans la lettre. Ces premires personnes arrivant successivement
n'osoient approcher qu' dix ou douze pas de la machine, &  cette
distance, malgr le plein soleil, ils voyoient les tincelles & en
entendoient le bruit.

Il ne parut point d'aigrette lumineuse  la pointe de la verge de fer;
il y en avoit cependant une, & Coiffier m'a dit y avoir apperu une
trs-foible lueur; mais d'abord la lumire du soleil, & ensuite
l'opacit de la grle la drobrent bientt  la ve; d'ailleurs il y a
toute apparence que l'aigrette seroit plus visible  la pointe d'une
verge de fer qui ne seroit point isole.

La comparaison des odeurs du tonnerre & de l'lectricit n'a point
chap  mes recherches pour en tirer une preuve de leur identit; mais
comme je ne connois point assez l'odeur du mtore, je n'ai pas voulu
m'y arrter. Pour l'odeur de soufre dont il est parl dans la lettre,
elle pourroit bien tre la mme que celle de phosphore que l'on sent
aprs de violentes explosions dans certaines expriences lectriques.
Quand on ne connot pas bien distinctement l'une & l'autre, il est fort
ais de s'y mprendre.

Enfin il me parot videmment prouv par l'exprience de Marly que le
tonnerre est pour le moins aussi propre que le globe de verre 
communiquer l'lectricit aux corps non-lectriques, & que les corps
originairement lectriques, comme le verre & la soye, retiennent aussi
bien cette lectricit naturelle que celle qu'on excite
artificiellement. Je ne doute mme point, & je crois que personne n'en
doutera, que si l'orage duroit quelque tems, on ne pt faire avec cette
lectricit naturelle toutes les mmes expriences que l'on fait avec
l'artificielle.

Il rsulte de toutes les expriences & observations que j'ai rapportes
dans ce mmoire, & surtout de la dernire exprience faite 
Marly-la-Ville, que la matire du tonnerre est incontestablement la mme
que celle de l'lectricit. L'ide qu'en a eu M. Franklin cesse d'tre
une conjecture; la voil devenu une ralit, & j'ose croire que plus on
approfondira tout ce qu'il a publi sur l'lectricit, plus on
reconnotra combien la Physique lui est redevable pour cette partie.

Il ne me reste plus qu' dire quelque chose des avantages qu'on peut
retirer de cette importante dcouverte. Puisqu'il est bien reconnu
qu'une pointe mtallique prsente  quelque distance vis--vis d'un
corps actuellement lectris en tire le feu, & le dcharge entirement
sans bruit, sans explosion & sans commotion: puisqu'il est galement
vrifi qu'une verge de fer prsentant sa pointe bien acre vers un
nuage charg de tonnerre, tire en silence la matire lectrique de ce
nuage, ds qu'il est assez proche pour que la verge se trouve dans on
atmosphre lectrique, cette verge suffira pour le dcharger entirement
de tout le feu qui y est retenu, & elle oprera ce bon effet d'autant
plus surement & plus facilement que la nue orageuse sera plus prs &
plus long-tems  passer  porte de la pointe.

Del rsultent les avantages infinis de dissiper presque  volont la
matire du tonnerre, & de prserver de ses atteintes les difices tant
publics que particuliers. Je suis persuad que, si au lieu de terminer,
comme on le fait ordinairement, les toits des pavillons, des tours, des
clochers & les mts des vaisseaux &c. par des giroettes, par des coqs,
par des croix, par des perroquets, &c. On y dressoit des pointes
mtalliques de la manire dont il a t expliqu ci-devant, on
garantiroit ces difices de la foudre. Dans la supposition mme o ces
pointes ainsi leves, en tirant le feu des nuages orageux, en seroient
assaillies par une quantit excessive, ou, pour me servir des
expressions usites, quand ces pointes fendroient la nu, & attireroient
sur elles un orage tout entier, le fil de fer attach  leur extrmit
infrieure suffiroit pour conduire ce feu jusqu' la terre ou  l'eau au
dehors des difices, sans que la foudre pt leur toucher; la raison m'en
parot vidente. Comme le mtal est moins lectrique, & par-l plus
permable  l'lectricit que les pierres, les bois & les autres
matriaux qui entrent dans la construction d'un btiment; le feu
lectrique ne quittera point cette route que quand elle lui manquera.

Pour calmer les craintes de ceux qui, malgr ces raisons, pourroient
apprhender que les pointes leves sur leurs maisons n'y attirassent le
feu du ciel, j'ajouterai ici un autre moyen de les mettre tout--fait en
suret. Il consiste  lever dans le voisinage autour de leurs chteaux
ou maisons plusieurs de ces mmes verges mtalliques sur de grands
arbres, sur des tours, sur des minences, &c. ou simplement  les
planter en terre, pourv qu'elles ayent assez de longueur pour
surpasser, ou tout au moins pour galer la hauteur des difices que l'on
voudra prserver. S'il pouvoit arriver que le tonnerre tombt sur ces
verges, il ne pourroit y faire aucun dsordre. Il ne faudroit peut-tre
pas une centaine de verges de fer ainsi dresses & disposes dans les
diffrens quartiers & dans les endroits les plus levs, pour prserver
de la foudre toute la Ville de Paris.

Ds que ce mmoire eut t l  l'Acadmie Royale des Sciences, o il
avoit t cout avec la plus grande attention, & reu avec l'accueil le
plus obligeant, le bruit s'en rpandit; cette dcouverte fut mise dans
toutes les nouvelles publiques, & l'exprience fut repte avec le mme
succs dans toutes les parties de l'Europe. On imagina diffrens moyens
pour lever des verges de fer pointus suivant la situation des lieux, &
il s'en trouva de trs-ingnieux. Celui par exemple de dresser une
pointe mtallique au-dessus d'un cerf-volant que l'on lve en l'air 
l'approche d'un orage, a fait voir des phnomnes trs-singuliers. La
matire lectrique y toit si abondante qu'elle faisoit  chaque instant
des explosions assez bruyantes pour tre entendus  des distances
considrables. Ces explosions doivent tre regardes, & sont rellement
autant de petits coups de tonnerre dont les effets pourroient tre aussi
funestes pour ceux qui se trouveroient  porte d'en tre frapps.
L'exemple de M. Richman, professeur de physique  Petersbourg & martyr
de l'lectricit, suffiroit seul pour avertir qu'il est quelquefois
dangereux de s'approcher sans beaucoup de prcaution de la verge de fer
lectrise par le tonnerre. Il parot par la relation de sa mort,
arrive le 6. Aot 1753. & insre dans les gazettes d'Hollande & de
France du mois de Septembre suivant, qu'il n'a pas t tu par le
tonnerre tomb directement du ciel, mais par l'explosion de la matire
lectrique dont la barre de fer trop bien isole se trouva surcharge au
moment que sa tte en approcha pendant qu'il faisoit ses observations.

Il est encore arriv deux accidens du mme genre, quoique moins
tragiques,  deux clbres physiciens, dont l'un[45] est associ &
l'autre[46] correspondant de l'Acadmie Royale des Sciences. Tous les
deux furent renverss par le coup dont ils furent frapps en voulant
tirer des tincelles de leur appareil lectrique. Un degr de plus dans
la charge de cet appareil leur et vraisemblablement fait prouver un
sort aussi funeste qu'au physicien Moscovite. Mais je suis sr que les
prcautions dont je me suis presque toujours servi en pareil cas,
auroient p les en garantir, & j'exhorte tous ceux qui voudront faire de
pareilles observations sur le tonnerre,  mettre en usage ces mmes
prcautions.

[Note 45: M. le Monnier, Mdecin de S. Germain en Laye.]

[Note 46: Le R. P. Bertier de l'Oratoire,  Montmorency.]

Peu de jours aprs la publication du mmoire ci-dessus, j'imaginai
adapter un petit carillon  une pointe mtallique que j'avois fait
lever au jardin du Roi pour M. de Buffon; ce carillon est compos de
deux petits timbres, dont l'un est attach au fil de fer correspondant 
la pointe, & l'autre  la muraille, avec une petite boule de mtal
suspendu entre deux par un fil de soye pour servir de battant. Ds le
premier orage qui arriva le jour mme, le carillon sonna plus d'une
demi-heure avant que le tonnerre grondt & avant que les clairs
parussent. Par ce moyen nous avons toujours t avertis depuis de
l'approche des nuages orageux; il nous est mme arriv plusieurs fois, 
M. de Buffon &  moi, d'entendre sonner le carillon sans aucune
apparence de tonnerre. Quand un nuage charg d'lectricit vient 
passer au-dessus de la pointe mtallique  une grande distance, il met
le carillon en mouvement, & soit qu'il n'y ait point assez de matire
pour causer un vritable orage, soit que la pointe en dissipe assez pour
en empcher, tout se passe sans fracas.

Ce carillon ainsi adapt  la machine du tonnerre sert  plusieurs
usages importans; 1. il avertit de l'approche ou de la prsence d'un
nuage orageux tant la nuit que le jour; 2. il fait connotre
l'abondance de la matire lectrique dont un nuage est charg, par la
frquence plus ou moins grande de ses battemens, & mme par son silence,
comme on le verra dans la suite; 3. tant une dcharge continuelle de
la matire lectrique, qui s'accumule sur la machine du tonnerre, il est
suffisant pour en prvenir les funestes accidens. Je suis trs-persuad
que ni M. Richman ni les autres n'auroient point t frapps si
rudement, s'il y avoit eu de pareilles dcharges aux machines dont ils
se sont servis.


DE LA LETTRE II.

_29. Juin 1751._

Dans la relation que le capitaine Waddel a donne des effets de la
foudre sur son vaisseau, je ne puis m'empcher de remarquer les grosses
lampes _comazants_, (comme il les appelle) qui parurent sur les pointes
du haut des perroquets toutes en feu comme de grosses torches (avant le
coup de tonnerre); suivant mon sentiment le feu lectrique toit alors
tir de la nue comme par des pointes, la grosseur de la flamme marquant
la grande quantit d'lectricit dans la nue; & s'il y avoit eu un bon
fil-d'archal de communication des pointes du sommet des perroquets  la
mer, qui et conduit plus librement que des cordes goudronnes ou des
mts de bois rsineux, j'imagine qu'il n'y auroit point eu de coup de
foudre, ou que s'il y en et eu, le fil-d'archal l'auroit conduit tout
entier dans la mer sans endommager le vaisseau.

Ses boussoles perdirent la vertu de l'aiman, ou les ples en furent
changs; la pointe du nord se tourna vers le sud. Par le moyen de
l'lectricit nous avons souvent ici ( Philadelphie) donn aux
aiguilles la direction au ple, & nous en avons chang les ples  notre
gr.

 Londres M. Wilson a essay cette opration sur de trop grosses masses
& avec une force trop foible.

MM. Wilson & Franklin ne sont pas les seuls qui ayent conjectur que le
magntisme devoit tre un effet de l'lectricit; M. de Buffon doit
partager avec eux la gloire, non-seulement d'avoir eu la mme opinion,
mais d'en avoir port un jugement dcisif long-tems avant d'apprendre
les conjectures de ces deux savans. Ds le commencement de l'anne
1752. il me pria de lui faire faire six aiguilles d'acier pour essayer
de les aimanter d'un coup d'lectricit. Ses affaires ne lui permirent
pas d'en faire l'preuve; & comme par dfrence je ne voulus pas la
faire sans lui, l'exprience fut retarde jusqu'en 1753. tems auquel je
reus le supplment ou deuxime partie des crits de M. Franklin, o
j'en trouvai la russite avant de l'avoir tente moi-mme.

Ayant aussitt fait armer, suivant la mthode de Mr. Franklin, une
grande cucurbite de verre, je la joignis  un gros matras aussi prpar
pour l'exprience de Leyde; je mis ensuite une de mes aiguilles, dont
j'avois t la chape, entre deux lames de verre, l'une plus longue &
l'autre plus courte, afin que les deux bouts de l'aiguille dbordassent
cette dernire: pour affermir ces trois pices, je les mis dans une
petite presse faite exprs & dispose de faon que l'aiguille toucht
par l'un de ses bouts une feille de mtal sur laquelle toient poss
les deux vases: ayant ensuite charg ces deux vases ensemble, & achev
le cercle par le moyen d'un fil de fer, dont j'appuyai l'une des
extrmits sur le bout de l'aiguille, je tirai le coup fulminant au
travers de cette aiguille. Ayant aprs cela dmont l'appareil, rajust
la chape & suspendu l'aiguille sur son pivot, elle prit la direction
nord & sud, & fut vivement attire par le fer que je lui prsentai; en
un mot elle se trouva trs-bien aimante. J'essayai sur le champ de
changer ses ples en lui donnant le coup en sens contraire; cette
seconde exprience ne me russit pas moins bien que la premire, & je la
rptai plusieurs fois. Cette aiguille a conserv sa vertu magntique
pendant plusieurs mois. Mais je n'ai pas t long-tems  m'appercevoir
que sa force diminuoit imperceptiblement, prsentement il faut en
approcher une clef  trois ou quatre lignes, pour qu'elle puisse en tre
attire.

J'ai aimant par le mme moyen deux autres aiguilles qui me paroissent
conserver toute leur force depuis plusieurs mois. Elles ont t frappes
d'un coup donn en mme tems par deux grandes cucurbites de verre
revtus en dedans & en dehors de fuilles d'tain & bien armes pour
l'exprience de Leyde, & par deux gros matras dors.

Les expriences lectriques dveloppent tous les jours des mystres,
qui sans elles seroient peut-tre toujours demeurs impntrables dans
la physique; le succs de celle-ci nous apprend pourquoi les vieux fers
qui ont t long-tems exposs aux injures de l'air sur le haut des
difices fort levs, non-seulement se trouvent aimants, mais mme
semblent convertis en vritable aiman. (_Voyez Mm. de l'Acad. R. des
Sc., tom. X. pag._ 734.) Cette observation qui parut si surprenante en
1691. cesse de l'tre ds que l'on sait que la matire du tonnerre &
celle de l'lectricit sont la mme, & que le magntisme n'est qu'un
effet de la matire lectrique. Personne n'aura de peine  se persuader
que les clochers de Chartres  cause de leur grande lvation au milieu
d'une vaste plaine ont t & sont souvent frapps du tonnerre. _Feriunt
altos fulmina montes._ Les fers qui ont t employs dans ces difices
tant moins lectriques que les pierres & les autres matriaux qui sont
entrs dans leur construction, sont par-l plus susceptibles des
impressions de ce mtore. C'est de l qu'ils ont acquis la vertu
magntique; & peut-tre l'aiman lui-mme n'est-il aiman que parce que
c'est une pierre qui contient beaucoup de fer, & qui a t frappe de la
foudre.

Cette proprit qu'a la matire lectrique de s'attacher de prfrence
aux corps les moins lectriques, & surtout aux mtaux, nous apprend
l'utilit d'un ancien usage presque gnral, dont on n'a peut-tre
jamais connu ni le fondement ni le principe, c'est celui de mettre dans
les tems d'orage une pice de fer sur les tonneaux de vin & dans le nid
des poules & autres volatils que l'on fait couver. On dit que c'est pour
empcher le tonnerre de faire tourner le vin & les oeufs, ou de faire
mourir les jeunes poulets dans leurs coquilles. S'il est vrai que le
tonnerre puisse produire ces mauvais effets; il est assez vraisemblable
qu'un morceau de fer ou d'autre mtal peut les prvenir. Le matire
lectrique qui se rpand de tous cts pendant l'orage, sera attire par
la substance mtallique, & y fera son impression bien plutt que sur les
autres substances qui en sont moins susceptibles.

Un choc donn par quatre grands vases de verre en forme de jarres  une
fine aiguille  coudre flottante sur l'eau, lui donne la direction
magntique, & la traverse aisment. Si l'aiguille est pose Est & Ouest
dans le tems qu'elle est frappe, le bout par lequel le feu lectrique
est entr se tourne au nord.

Si l'aiguille est pose nord & sud, le bout qui est vers le nord
continura de marquer le nord quand elle sera mise sur l'eau, soit que
le feu soit entr par ce bout ou par le bout oppos.

Dans quelque direction que mes aiguilles fussent poses, lorsqu'elles
ont reu le coup fulminant, j'ai toujours remarqu que le bout de
l'aiguille par lequel le feu y est entr, est constamment celui qui se
tourne au nord, & consquemment celui par lequel le feu est sorti, se
tourne au sud. Pour changer les ples d'une aiguille aimante de cette
manire, il ne s'agit que de donner le coup en sens contraire. M.
Franklin  qui j'ai communiqu cette observation, m'a rpondu que
n'ayant pas eu le tems de rpter plusieurs fois cette exprience, il
n'avoit p l'approfondir, & que del il pouvoit tre arriv que ses
observations  cet gard ne fussent pas tout--fait justes.

Le magntisme qu'elle acquiert est plus fort quand l'aiguille est
frappe tant tourne au nord & au sud; il est plus foible quand
l'aiguille est Est & Ouest; si la force du coup toit beaucoup plus
grande, peut-tre que, l'aiguille tant nord & sud, si le feu entroit
par le bout sud il deviendroit nord, autrement nous serions embarrasss
de rendre raison du renversement des ples des boussoles par le coup de
foudre, puisqu'il n'a jamais p trouver leurs aiguilles que dans cette
position, & que selon nos petites expriences, soit que le feu
lectrique entre par le bout du nord & sorte par celui du sud de
l'aiguille, ou au contraire, le bout tourn vers le nord continuroit
toujours  le marquer.

Dans ces expriences les bouts des aiguilles reoivent quelquefois de la
flamme lectrique, une lgre teinte de bleu comme celle que l'on voit 
un ressort de montre. Cette couleur donne par le coup de deux vases
seulement se dissipera, mais quatre vases la fixent, & fondent souvent
les aiguilles; je vous en envoye quelques-unes qui ont eu leurs ttes &
leurs pointes fondus par notre tonnerre artificiel, & une pingle dont
le feu lectrique a fondu la pointe & fait couler quelques parties de sa
tte & de son collet. Il arrive quelquefois que la surface du corps de
l'aiguille coule aussi un peu & parot souleve en forme de vsicules
quand elle est examine avec une loupe. Les vases dont je me sers
contiennent sept ou huit gallons,[47] & sont doubls de feilles d'tain
au dedans & au dehors, il faut  chacun d'eux mille tours d'un globe de
neuf pouces de diamtre pour tre charg.

[Note 47: Gallon, mesure d'Angleterre qui contient quatre quartes; la
quarte quivaut environ pinte de Paris.]

Je vous envoye deux chantillons de feilles d'tain fondus entre des
verres par la force de deux vases seulement.

Je n'ai point appris qu'aucun de vos lectriciens d'Europe ait p
jusqu'ici enflammer la poudre  tirer par le feu lectrique. Nous le
faisons ici de cette manire. On remplit de poudre sche une petite
cartouche; on la bourre assez fort pour en craser quelques grains; on y
enfonce ensuite deux fils-d'archal pointus un  chaque bout, ensorte que
leurs pointes ne soient loignes que d'un demi pouce au milieu de la
cartouche que l'on place dans cercle; quand les quatre vases se
dchargent, la flamme sautant de la pointe d'un fil-d'archal  celle de
l'autre dans la cartouche au travers de la poudre, l'enflamme, &
l'explosion de la poudre se fait au mme instant que le craquement de la
dcharge.

Cette exprience m'a russi d'une faon admirable. En voici le procd.
Aprs avoir roul une carte  jouer, & l'avoir bien lie avec du fil,
j'ai rempli  peu prs au quart ce petit tuyau de poudre  tirer, que
j'ai bien boure pour en craser les grains; aprs cela j'y ai mis
encore autant de poudre que j'ai boure de la mme manire; & ainsi de
suite jusqu' ce que le tuyau ft rempli: j'y ai ensuite enfonc deux
fils de fer, un  chaque bout comme le dit notre auteur; en suivant le
reste de son procd, l'exprience a manqu plusieurs fois. Imaginant
que le dfaut ne pouvoit venir que de ce que les pointes des fils de fer
toient trop loignes l'une de l'autre, je les ai enfonces davantage,
& l'exprience a russi. Quelque prpar que l'on soit au bruit que doit
produire cette inflammation, on en est toujours surpris, mais ce n'est
pas ce qu'il y a  craindre dans cette exprience.

L'on doit y prendre des prcautions contre deux accidens qui peuvent en
rsulter, l'un de tourner le petard du ct oppos aux spectateurs, afin
qu'en sautant il ne puisse blesser personne; l'autre de ne pas tenir 
la main les fils de fer dont les pointes sont enfonces dans le petard,
parce que si la poudre ne s'enflammoit pas, celui qui les tiendroit
recevroit une commotion peut-tre trop forte.

Je ne me souviens pas si je vous ai crit que j'ai fondu des pingles de
cuivre & des aiguilles d'acier, chang les ples d'une aiguille
aimante, donn le magntisme & la plarit  des aiguilles qui n'en
avoient point, & que j'ai enflamm de la poudre  tirer sche avec
l'tincelle lectrique. J'ai cinq bouteilles qui contiennent chacune 8.
ou 9. _galons_; deux de ces bouteilles charges suffisent pour ces
oprations; mais je puis les charger & les dcharger toutes ensemble, il
n'y a point d'autres bornes dans la force que l'homme peut donner &
employer dans la matire lectrique, que celles qui viennent de la
dpense & du travail; car on peut augmenter le nombre des bouteilles 
l'infini, les unir & les dcharger toutes ensemble, comme s'il n'y en
avoit qu'une. La force & l'effet sera proportionne  leur nombre & 
leur situation. Les plus grands effets connus des coups de foudre
ordinaires peuvent, je pense, sans beaucoup de difficult, tre
surpasss par cette voye, ce que l'on n'auroit jamais cru il y a
quelques annes. Bien des gens mme aujourd'hui pourroient regarder
cette supposition comme un peu extravagante. Ainsi nous sommes plus
avancs en science que les diables de Rabelais  l'ge de deux ans; il
dit d'eux plaisamment qu'ils ne savoient qu'un peut tonner & foudroyer
autour de la tte d'un choux.

Je suis avec un sincre respect, votre trs-humble & trs-oblig
serviteur, B. Franklin.




_LETTRE
De M. E. KINNERSLEY,
 Boston,

 B. Franklin, cuyer  Philadelphie, le 3. Fvrier 1752._


MONSIEUR,

J'ai  vous communiquer les expriences suivantes. Je tenois dans une
main un fil-d'archal qui toit attach par l'autre bout  la manivelle
d'une Pompe, pour essayer si le coup du premier conducteur au travers de
mes bras, seroit un peu plus fort que lorsqu'il passoit seulement sur la
surface de la terre; mais je n'y dcouvris aucune diffrence.

Je plaai l'aiguille d'une boussole sur la pointe d'une longue pingle;
& la tenant dans l'atmosphre du premier conducteur  la distance
d'environ trois pouces, je trouvai qu'elle pirouettoit avec une grande
rapidit, comme les ales d'un tourne-broche.

Je suspendis avec une soye une balle de lige environ de la grosseur
d'un pois; je lui prsentai de l'ambre frott, de la cire  cacheter, du
soufre, elle fut fortement repousse par chacun de ces corps; ensuite
j'essayai du verre & de la porcelaine frotte, & je trouvai que chacun
l'attiroit jusqu' ce qu'elle s'lectrist une seconde fois, & qu'alors
elle fut repousse comme la premire fois; & tandis que cette balle
toit ainsi repousse par le verre ou la porcelaine frotte, elle toit
attire par l'un des trois, autres corps aussi frotts. Alors
j'lectrisai la balle avec le fil-d'archal d'une bouteille charge, & je
lui prsentai du verre frott (le bouchon d'un flacon) & une tasse de
porcelaine; elle en fut repousse aussi fortement que par le
fil-d'archal. Mais quand je lui prsentai un des autres corps
lectriques frotts, elle fut fortement attire; & quand je l'lectrisai
par l'un d'eux jusqu' ce qu'elle ft repousse, elle fut attire par le
fil de la bouteille, mais repousse par sa doublre extrieure.

Ces expriences me surprirent, & me portrent  en infrer les paradoxes
suivants.

1. Si un globe de verre est plac  l'un des bouts du premier
conducteur, & un globe de soufre  l'autre; les deux globes tant
galement en bon tat & dans un mouvement gal, on ne pourra tirer
aucune tincelle du conducteur; mais un des globes tirera du conducteur
aussi vte que l'autre y fournira.

2. Si une bouteille est suspendu au conducteur avec une chane de son
envelope  la table, & que l'on ne se serve que d'un des globes  la
fois, vingt tours de rou, par exemple, la chargeront, aprs quoi autant
de tours de l'autre rou la dchargeront, & autant la rechargeront
encore.

3. Les deux globes tant en mouvement, chacun ayant un conducteur
particulier avec une fiole suspendu  l'un d'eux, & la chane de
celle-ci attache  l'autre, la fiole se chargera, l'un des globes
chargeant positivement, & l'autre ngativement.

4. La bouteille tant charge de cette sorte, suspendez-la de la mme
manire  l'autre conducteur; faites tourner les deux rous, & le mme
nombre de tours qui avoit charg la bouteille la dchargera, & le mme
nombre encore la rechargera.

5. Quand chaque globe communique avec le mme premier conducteur,
duquel il pend une chane jusques sur la table, l'un de ces globes (mais
je ne puis pas dire lequel) quand ils sont en mouvement, tirera le feu
au travers de son coussin, & le dchargera par la chane; l'autre le
tirera au travers de la chane, & le dchargera au travers de son
coussin.

Je serois fort aise que vous envoyassiez chez moi chercher mon globe de
soufre avec son coussin, & que vous en fissiez l'preuve; mais je dois
vous avertir de ne pas frotter le coussin avec de la craye, un peu de
soufre rduit en poudre fine sera beaucoup mieux. Si, comme je m'y
attens, vous trouvez que les globes chargent le premier conducteur d'une
manire diffrente, je sai que vous tes en tat de dcouvrir quelque
mthode pour dterminer quel est celui qui charge positivement.

Je suis, &c. E. Kinnersley.




_LETTRE VIII._
_De B. FRANKLIN, cuyer de Philadelphie._

_ M. E. Kinnersley,  Boston, le 2. Mars 1752._


MONSIEUR,

Je vous remercie des expriences que vous m'avez communiques. J'envoyai
sur le champ chercher votre globe de soufre dans le dessein de faire les
preuves que vous m'indiquiez; mais je trouvai qu'il n'toit pas bien
centr, & je n'avois pas le tems pour lors d'y remdier; mais au premier
moment de loisir je le remettrai en tat de servir; je tenterai les
expriences, & je vous en rendrai compte.

En attendant je souponne que les diffrentes attractions & rpulsions
que vous avez observes, venoient plutt de la plus grande ou plus
petite quantit du feu que vous tiriez des diffrens corps que de ce que
ce feu seroit d'une espce diffrente, & auroit une diffrente
direction.

Je suis avec prcipitation, &c. B. Franklin.




_LETTRE IX._
_De B. FRANKLIN cuyer de Philadelphie._

_ M. E. Kinnersley,  Boston le 16. Mars 1752._


MONSIEUR,

Ayant mis votre globe de soufre en tat de servir, j'essayai une des
expriences que vous proposiez, & je fus agrablement surpris de voir
que le globe de verre tant  une extrmit du conducteur & celui de
soufre  l'autre, les deux globes en mouvement, on ne pouvoit pas tirer
une seule tincelle du conducteur,  moins que l'un des globes ne
tournt plus lentement, ou ne ft pas en aussi bon tat que l'autre,
alors mme l'tincelle n'toit que proportionne  cette diffrence,
ensorte que si on recommence  faire tourner les globes galement ou 
faire tourner plus lentement celui qui oproit le mieux, l'on mettra
encore le conducteur hors d'tat de fournir une tincelle.

Je remarquai aussi que le fil-d'archal d'une bouteille charge par le
globe de verre attiroit une balle de lige qui avoit touch au
fil-d'archal d'une bouteille charge par celui de soufre, & cela
rciproquement, en sorte que le lige continuoit  jouer entre les deux
bouteilles, de la mme manire que si une bouteille avoit t charge
par le crochet & l'autre par le ct par le seul globe de verre; & les
deux bouteilles charges l'une par le globe de soufre, l'autre par celui
de verre, seront toutes deux dcharges en approchant leurs
fil-d'archal, & donneront le coup  la personne qui les tient.

D'aprs ces expriences on peut tre certain que les deuxime, troisime
& quatrime que vous proposez russiront exactement, comme vous le
supposez, quoique je ne les aye point tentes, n'en ayant pas le tems.
J'imagine que c'est le globe de verre qui charge positivement, & celui
de soufre ngativement: en voici les raisons. 1. Quoique le globe de
soufre semble oprer aussi bien que le globe de verre, cependant il ne
pourra jamais y avoir une tincelle aussi forte &  une distance aussi
grande entre mon doigt & le conducteur, quand on se sert du globe de
soufre que quand on employe celui de verre. Je suppose que la raison en
est que les corps d'une certaine grosseur ne peuvent pas se sparer de
la quantit du fluide lectrique qu'ils ont & qu'ils conservent dans
leur substance aprs l'avoir attire, aussi aisment qu'ils peuvent en
recevoir une quantit additionnelle sur leurs surfaces en forme
d'atmosphre. Par consquent on ne peut pas en tirer autant du
conducteur qu'on peut y en faire entrer. 2. J'observe que le ruisseau
ou l'aigrette de feu qui parot  l'extrmit du fil-d'archal attach au
conducteur est longue, large & fort divergente quand on se sert du globe
de verre, & qu'elle fait un bruit avec clat ou craquement; mais quand
on employe le globe de soufre, cette aigrette est courte, petite, & ne
fait qu'un sifflement. Et tout le contraire des deux arrive quand vous
tenez le mme fil-d'archal dans votre main, & que les globes travaillent
tour--tour, l'aigrette est longue, large, divergente & craquante, quand
on fait tourner le globe de soufre; elle est courte, petite & sifflante
quand c'est celui de verre. Quand l'aigrette est longue, large, & fort
divergente, le corps duquel elle part me semble jetter le feu: quand le
contraire parot, on diroit que ce corps le pompe. 3. J'observe que
quand j'ai prsent mon doigt devant le globe de soufre, lorsqu'il est
en mouvement, le ruisseau de feu entre mon doigt & le globe semble se
rpandre sur sa surface comme s'il sortoit du doigt; il en est tout
autrement du globe de verre. 4. Le vent frais (ou ce qu'on appelle de
ce nom) que nous avons coutume de sentir comme sortant d'une pointe
lectrise, est beaucoup plus sensible quand on employe le globe de
verre que quand c'est celui de soufre; mais ce ne sont ici que des
penses hazardes.

Les effets opposs du verre & du soufre ont t reconnus  Paris comme
ils l'avoient t  Boston &  Philadelphie. M. le Roy de l'Acadmie
Royale des Sciences, lt le 9. Avril 1755.  la rentre publique de
cette Acadmie, un mmoire bien dtaill des nouvelles expriences &
observations qu'il avoit faites sur ce sujet. Aprs y avoir tabli
toutes les diffrences qu'il avoit remarques entre l'lectricit
positive & l'lectricit ngative, (diffrences essentielles qui avoient
dj t publies par le R. P. Beccaria dans son _Libro primo del
Electricismo_, sous des dominations diffrents,) il dmontre par des
preuves convaincantes que le verre & la rsine frotts produisent des
effets lectriques tout contraires: que le verre communique
l'lectricit positive, & que le soufre & la rsine communiquent
l'lectricit ngative. L'auteur du mmoire conclut de ses observations
avec juste raison qu'il faut en revenir  la distinction des
lectricits vitre & rsineuse tablie par feu M. Dufay; (Mm. de
l'Acad. ann. 1733. pag. 469.) ces deux sortes d'lectricits, quoique
diffrentes par leur nature, semblent agir  peu prs galement & de la
mme manire sur les corps conducteurs qui y sont prsents; elles
paroissent aussi  la premire inspection produire les mmes phnomnes
d'attraction, de rpulsion, d'tincellement, de ptillement, de
percussion, de commotion, &c. Cependant quand on en vient  un examen
plus approfondi, l'on n'est pas long-tems  reconnotre que les
phnomnes sont en sens contraire. Ces deux sortes d'lectricits se
dtruisent: l'une attire ce que l'autre repousse: celle-ci se communique
en donnant, & celle-l en recevant: enfin la premire est par excs, &
la seconde par dfaut. La bouteille de Leyde dont on prsente le crochet
au conducteur lectris par le verre ou par le soufre, ne s'en charge
pas moins bien, mais avec cette diffrence que si le conducteur est
lectris par le soufre, la bouteille se chargera extrieurement de mme
que cela arriveroit, si en la tenant par le crochet, on en prsentoit le
ct au conducteur lectris par le verre, & de mme encore qu'elle se
chargeroit si, aprs avoir puis le coussin, on lui prsentoit ( ce
coussin) le crochet de cette bouteille, en la tenant par les cts.

Outre les moyens indiqus par M. Franklin pour reconnotre si
l'lectricit est positive ou ngative, voici celui qui me parot le
plus simple.

On sait que si l'on prsente une pointe mtallique  un corps
actuellement lectris, il parot dans l'obscurit une petite lumire au
bout de cette pointe. Mais cette lumire n'est pas la mme, quand le
corps est lectris positivement, & quand il l'est ngativement. Dans le
premier cas ce n'est qu'un petit floccon de lumire que M. le Roi nomme
point lumineux plus ou moins apparent, fort semblable  un ver luisant.
Dans le second cas cette lumire est en forme d'aigrette plus ou moins
longue, plus ou moins divergente, suivant la force de l'lectricit.
C'est ce qu'on peut aisment...

[Manque la page 176]

...me je viens de le dire, toit attache tantt au crochet & tantt au
ventre de la bouteille. En un mot l'endroit o parot l'aigrette est
celui d'o sort le feu, & consquemment celui o est l'lectricit
positive; & l'endroit o parot le point lumineux est celui o elle est
ngative.

Les termes d'lectricit positive & lectricit ngative ne doivent
jamais s'entendre dans un sens absolu. Le point lumineux que j'apperois
quand je prsente une pointe au conducteur lectris par le globe de
verre ne prouve pas que je sois lectris ngativement, puisque j'ai
toujours ma quantit naturelle d'lectricit, mais seulement que j'en
suis moins charg que le conducteur, que j'en reois de lui, que je suis
dans un tat ngatif par rapport au sien, et par consquent que le sien
est positif relativement au mien.

 l'gard de votre cinquime paradoxe, il peut pareillement tre vrai,
si les globes travaillent alternativement, mais s'il le font en mme
tems, le feu ne montera ni ne descendra par la chane, parce qu'un globe
pompera le feu aussi vte que l'autre le produira. Je ne serois pas
fch de savoir si les effets seroient contraires dans le cas o le
globe de verre seroit solide & celui de soufre creux, mais je n'ai
prsentement aucun moyen de l'essayer.

Dans vos voyages vos globes de verre sont sujets  des accidens, ceux de
soufre sont lourds & incommodes.

_Quest._ Une plaque mince de soufre mise sur une table ne serviroit-elle
pas de coussin dans l'occasion, pendant qu'un globe de cuir rembourr
exactement, proprement mont, recevroit le feu du soufre & chargeroit le
conducteur positivement, un pareil globe ne courroit aucun danger d'tre
cass. Je crois concevoir comment cela pourroit s'excuter. Mais je n'ai
pas le tems d'ajouter autre chose si ce n'est que je suis, Monsieur, &c.




_LETTRE X._

_De B. FRANKLIN cuyer de Philadelphie._

_19. Octobre 1752._

Comme l'on parle souvent dans les nouvelles d'Europe du succs de
l'exprience de Philadelphie, pour tirer le feu lectrique des nues par
le moyen des verges de fer pointus leves sur le haut des btimens,
&c. Les curieux ne seront peut-tre pas fchs d'apprendre que la mme
exprience a russi  Philadelphie, quoique faite d'une manire
diffrente & plus facile; en voici le dtail.

Faites une croix de deux petites lates, les bras assez longs pour
atteindre aux quatre coins d'un grand mouchoir fin de soye: quand il est
tendu, liez les coins de ce mouchoir aux extrmits de la croix: par ce
moyen vous avez le corps d'un cerf-volant; en y ajoutant adroitement une
queu, une gance & une ficelle, il s'lvera en l'air comme ceux qui
sont faits de papier; mais celui-ci qui est de soye est plus propre 
rsister au vent &  la pluye d'un orage sans se dchirer. Au sommet du
montant de la croix il faut fixer un fil-d'archal trs-pointu qui
s'lve d'un pied ou plus au-dessus du bois. Au bout de la ficelle prs
de la main, il faut noer un cordon ou ruban de soye, & attacher une
clef dans l'endroit o la soye & la ficelle se joignent. On lve ce
cerf-volant lorsqu'on est sur le point d'avoir du tonnerre, & la
personne qui tient la corde doit tre en dedans dune porte ou d'une
fentre, ou sous quelqu'abri, ensorte que le ruban de soye ne soit pas
mouill, & l'on prendra garde que la ficelle ne touche pas le cadre de
la porte ou de la fentre. Aussitt que quelques parties de la nue de
tonnerre viendront sur le cerf-volant, le fil-d'archal pointu en tirera
le feu lectrique, & le cerf-volant, avec toute la ficelle, sera
lectris, les filamens de la ficelle qui ne sont pas serrs se
dresseront en dehors de tous cts, & seront attirs par l'approche du
doigt, & quand la pluye a mouill le cerf-volant & la ficelle, de faon
qu'ils puissent conduire librement le feu lectrique, vous trouverez
qu'il dcoule en abondance de la clef  l'approche de votre doigt: on
peut charger la bouteille  cette clef, enflammer les liqueurs
spiritueuses avec le feu ainsi ramass, & faire toutes les autres
expriences lectriques qu'on fait ordinairement avec le secours d'un
globe ou d'un tube de verre frott, & par ce moyen on dmontre
parfaitement l'identit de la matire lectrique avec celle de la
foudre.




_LETTRE XI._

_De B. FRANKLIN Ecuyer de Philadelphie._

Puisque vous me dites que notre ami Cave est prt  ajouter quelques
dernires expriences  ma feille volante avec l'_errata_, j'envoye une
copie d'une lettre du Docteur Colden, qui peut aider  remplir quelques
pages, & encore mon exprience du cerf-volant dans la gazette de
Pensylvanie: je n'ai rien  y ajouter de nouveau, si ce n'est
l'exprience suivante, pour dcouvrir un plus grand nombre des
proprits du fluide lectrique.


EXPRIENCE

_Pour dcouvrir un plus grand nombre des proprits du fluide
lectrique._

Suspendez par un crochet de fil-d'archal un boulet au premier
conducteur; placez sous le boulet  six lignes de distance une plaque
d'argent poli pour recevoir les tincelles; faites alors tourner la
rou, & si les tincelles rptes frappent continuellement sur le mme
endroit, il s'y fera dans peu de minutes une tache bleu approchant de
la couleur d'un ressort de montre.

Une plaque de fer poli expose  la mme preuve, sera aussi tache,
mais non pas de la mme couleur; elle semble plutt corrode.

Je ne me suis pas apperu que cette opration ft aucune impression sur
l'or, le cuivre ou l'tain, mais les taches sur l'argent ou le fer
seront les mmes, soit que le boulet soit de plomb, de cuivre, d'or ou
d'argent.

Il parotroit aussi une petite tache sur le boulet d'argent, de mme que
sur la plaque qui seroit au-dessous.


NOUVELLES
EXPRIENCES ET OBSERVATIONS
SUR L'LECTRICIT.

_Faites  Philadelphie en Amrique par B. Franklin, cuyer, &
communiques  P. Collinson, cuyer, de la Socit Royale de Londres, &
les  la mme Socit le 27. Juin & le 4. Juillet 1754. On y a ajout
un crit sur le mme sujet par J. Canton M. A. membre de la Socit
Royale, l  la mme Socit le 6. Dcembre 1753. & un autre pour la
dfense de Mr. Franklin contre l'Abb Nollet, par M. D. Colden de la
nouvelle York._




TROISIME PARTIE.

 Londres 1754.




_LETTRE XII.

De B. FRANKLIN cuyer de Philadelphie.

 P. Collinson cuyer de la Socit Royale de Londres._


_Septembre 1753._

MONSIEUR,

Dans mon premier crit sur cette matire fait d'abord en 1747. augment
& envoy en Angleterre en 1749. je regardai la mer comme la grande
source des clairs; j'imaginois que la lumire qu'on y apperoit venoit
du feu lectrique produit par le frottement des particules d'eau avec
celles de sel. loign des ctes je n'avois pas alors la commodit de
faire des expriences sur de l'eau de mer, de sorte que j'embrassai
cette opinion trop  la hte.

Car en 1750. & 51. tant par occasion sur les ctes, je trouvai par des
expriences que l'eau de la mer dans une bouteille, quoiqu'elle part
d'abord lumineuse en l'agitant, perdit cependant cette vertu dans peu
d'heures. De cette observation & de ce qu'en agitant du sel fondu dans
de l'eau je ne pouvois produire aucune lumire, je commenai d'abord 
douter de ma premire supposition, &  souponner que cette lumire dans
l'eau de la mer devoit tre attribue  quelques autres principes.

J'examinai alors s'il n'toit pas possible que les particules de l'air,
tant lectriques par elles-mmes, tirassent leur feu lectrique de la
terre dans les grands coups de vent par leur frottement contre les
arbres, les montagnes, les btimens, &tc. comme autant de petits globes
lectriques frottans contre des coussins non-lectriques, & que les
vapeurs qui s'lvent reussent de l'air ce feu, & que par ces moyens
les nuages devinssent lectriss.

J'imaginai que si la chose toit ainsi, poussant violemment avec des
soufflets un courant d'air contre mon premier conducteur, je pourrois
l'lectriser ngativement, le frottement des particules de l'air le
dpoillant d'une partie de sa quantit naturelle du fluide lectrique;
mais l'exprience que je tentai dans cette ve ne me russit pas.

En Septembre 1752. j'levai une verge de fer pour tirer l'clair dans ma
maison, afin de faire quelques expriences dessus, ayant dispos deux
timbres pour m'avertir quand la verge seroit lectrise; cette pratique
est familire  tout lectricien.

Je trouvai que les timbres sonnrent quelquefois quoiqu'il n'y et ni
clair ni tonnerre, mais seulement un nuage obscur au-dessus de la
verge, que quelquefois aprs un coup d'clair ils s'arrtoient tout d'un
coup, que d'autres fois, sans avoir sonn auparavant, ils commenoient 
le faire soudain aprs l'clair, que l'lectricit toit quelquefois,
trs-foible, ensorte qu'aprs en avoir tir une petite tincelle, on
toit quelque tems sans pouvoir en tirer d'autre; que d'autrefois les
tincelles se suivoient avec une extrme rapidit, en ayant eu un jour
un courant continuel d'un timbre  l'autre de la largeur d'une plume de
corbeau; il y eut mme des variations considrables pendant le mme
orage.

L'hyver suivant j'imaginai une exprience pour dcouvrir si les nuages
toient lectriss positivement ou ngativement; mais ma verge pointu
avec tout son appareil s'tant drange, je ne la rtablis que vers le
printems, lorsque j'esprai que la chaleur occasionneroit plus de nuages
orageux.

Cette exprience consistoit  prendre deux bouteilles,  en charger une
du feu de la verge de fer &  donner  l'autre une charge gale avec le
globe de verre lectrique par le moyen du premier conducteur, & aprs
les avoir charges,  les placer sur une table  trois ou quatre pouces
l'une de l'autre, ayant suspendu au plat-fons avec un fil de soye fin,
une boulette de lige qui pt joer entre les crochets. Si les deux
bouteilles toient lectrises positivement, la boulette attire &
repousse par l'une, devroit aussi tre repousse par l'autre: si l'une
toit positivement & l'autre ngativement, la boulette seroit attire &
repousse tour  tour par chacune, & continueroit de joer entr'elles
aussi long-tems qu'elles conserveroient quelque charge considrable.

Ayant fort  coeur de faire cette exprience, le hazard voulut que je
fusse absent pendant les deux plus gros orages que nous emes de bonne
heure dans le printems, ce qui ne fut pas une petite mortification pour
moi. J'avois bien ordonn dans ma maison que si les timbres sonnoient,
pendant mon absence, on enfermt quelqu'clair pour moi dans des
bouteilles lectriques, & on le fit aussi; mais tout toit presque
dissip avant mon retour; & dans quelques autres orages la quantit
d'clairs que je pus renfermer toit si petite, & la charge si foible,
que je ne pus me satisfaire; cependant je vis quelquefois de quoi
augmenter mes soupons & enflammer ma curiosit.

Enfin le 12. Avril 1753. tant arriv un orage qui fut assez vif pendant
quelque tems, je chargeai une des bouteilles passablement bien avec
l'clair, & l'autre avec l'lectricit de mon globe de verre, galement
autant que j'en pus juger; & les ayant disposes convenablement, je vis
avec autant de surprise que de plaisir la boulette de lige joer avec
vtesse de l'une  l'autre, & je fus convaincu que l'une des deux toit
lectrise ngativement.

Je rptai plusieurs fois cette exprience pendant cet orage & pendant
huit autres orages de suite, toujours avec le mme succs, & tant
persuad (par les raisons dtailles d'abord dans ma lettre  M.
Kinnersley, imprime depuis  Londres,) que le globe de verre lectrise
positivement, je conclus que les nuages sont toujours lectriss
ngativement, ou contiennent toujours moins que leur quantit naturelle
de fluide lectrique.

Malgr tant d'expriences il semble cependant que ma conclusion toit
tire trop prcipitamment, car enfin le 6. de Juin dans un orage qui
dura depuis cinq heures aprs midi jusqu' sept, je trouvai un nuage qui
toit lectris positivement, quoique plusieurs qui toient passs
auparavant au-dessus de ma verge pendant le mme orage, fussent dans
l'tat ngatif. Voici comme je le dcouvris.

Je faisois en mme tems une autre exprience que je rptai plusieurs
fois pour m'assurer de l'tat ngatif des nuages; la voici. Pendant que
les timbres sonnoient, je pris la bouteille charge au globe,
j'appliquai son crochet  la verge, dans l'ide que si les nuages
toient lectriss positivement, la verge qui en recevoit son
lectricit le seroit aussi de la mme faon, & alors l'lectricit
positive ajoute avec la bouteille feroit sonner les timbres plus vte;
mais si les nuages toient dans un tat ngatif, ils devoient puiser le
fluide lectrique de la verge & la rduire au mme tat ngatif o ils
toient; alors le crochet de la bouteille charge positivement
fournissant  l verge ce qui lui manquoit, (autrement elle auroit t
oblige de le tirer de la terre par le moyen de la boulette de cuivre
suspendue entre les deux timbres,) le carillon cesseroit jusqu' ce que
la bouteille ft dcharge.

Je dchargeai promptement dans la verge de cette manire plusieurs
bouteilles qui toient charges au globe; le fluide lectrique passant
du crochet dans la verge jusqu' ce que le crochet ne tirt plus
d'tincelles du doigt; & pendant que la verge recevoit de la bouteille,
les timbres cesserent de sonner: mais en continuant d'appliquer le
crochet de la bouteille  la verge, j'puisai la quantit naturelle de
la surface intrieure de ces bouteilles, ou pour m'exprimer 
l'ordinaire je les chargeai ngativement.

Enfin pendant que je chargeois une bouteille  mon globe pour rpter
cette exprience, mes timbres s'arrtrent d'eux-mmes, & aprs une
pause recommencrent  sonner; mais quand j'approchai de la verge le
crochet de la bouteille charge, au lieu du courant ordinaire que
j'attendois du crochet  la verge, il n'y eut pas d'tincelles, pas mme
lorsque je les fis toucher. Cependant les timbres continurent  sonner
fortement, ce qui me fit connotre que la verge toit alors lectrise
positivement, aussi bien que le crochet de la bouteille & au mme dgr,
& par consquent que le nuage particulier qui toit alors au-dessus de
la verge toit dans le mme tat positif; c'toit vers la fin de
l'orage.

Mais c'est une exprience unique qui, nanmoins fait une exception  ma
premire conclusion qui toit trop gnrale, & me rduit  celle-ci, que
les nuages d'un orage accompagn de tonnerre sont le plus ordinairement
dans un tat ngatif d'lectricit, mais quelquefois dans un tat
positif.

Je crois que le dernier cas est rare, car quoique bientt aprs la
dernire exprience je fis un voyage  Boston, & fus hors de chez moi la
plus grande partie de l't, ce qui m'empcha de poursuivre mes
observations & mes essais; cependant M. Kinnersley revenu des isles
prcisment au tems de mon dpart, continua les expriences pendant mon
absence, & il m'assure qu'il trouva toujours les nuages dans l'tat
ngatif; ensorte que le plus souvent dans les coups de foudre c'est la
terre qui frappe les nuages, & non les nuages qui frappent la terre.

Ceux qui sont verss dans les expriences lectriques concevront
aisment que les effets & les apparences doivent tre  peu de chose
prs les mmes dans les deux cas; mme explosion, mme clair entre deux
nuages, entre les nuages & les montagnes, &c. mme rupture des arbres,
des murailles, &c. que le fluide lectrique rencontre sur son partage,
mme coup fatal pour les corps animaux, & que les verges pointus
plantes sur les btimens o les mts des vaisseaux, & communiquant avec
la terre ou la mer, doivent tre galement propres  rtablir doucement
& en silence l'quilibre entre la terre & les nuages, ou  conduire un
clair ou un coup de foudre, s'il y en avoit, de manire  prserver la
maison ou le vaisseau; car les pointes ont autant de vertu pour pousser
le feu lectrique que pour l'attirer, & les verges l'lveront aussi
bien qu'elles le feront descendre.

M. le Roy de l'Acadmie des Sciences, dont nous avons dj parl, avoit
aussi conjectur long-tems avant d'avoir t inform des nouvelles
dcouvertes faites en Amrique, que l'lectricit des nuages devoit tre
ngative: voici comme il s'en explique  la fin d'un mmoire qu'il lt 
l'Acadmie le 9. Avril 1755.

 ces consquences j'en pourrois ajouter plusieurs autres assez
importantes: mais je me contenterai de faire remarquer, 1. que cette
lectricit nous montre qu'il pourroit bien y avoir dans la nature tel
agent lequel lectriseroit les corps en y rarfiant le fluide
lectrique, ce qu'on n'avoit p souponner jusqu'ici, opration qui est
mme plus simple que celle par laquelle on conoit ordinairement que cet
effet a lieu. 2. Qu'il y a une grande analogie entre un aimant & un
systme de corps lectriss par _condensation_ & par _rarfaction_, les
corps aimants par un ple se repoussant & attirant ceux qui sont
aimants par l'autre, comme ceux qui sont lectriques d'une mme faon
se repoussent tandis qu'ils attirent ceux qui le sont d'une faon
contraire; enfin que le choc de l'exprience de Leyde n'est qu'une suite
pour ainsi dire des deux lectricits par _condensation_ & par
_rarfaction_, une bouteille de Leyde se chargeant dans un instant,
quand on fait communiquer le ct avec le btis & le crochet avec le
conducteur, ou _vice vers_, & ne pouvant absolument se charger lorsque
l'on la fait communiquer de mme avec deux corps lectriss au mme
degr; c'est ce que je me propose de montrer dans un mmoire o je
compte donner l'analyse de cette exprience.

Le R. P. Beccaria aprs avoir observ des diffrences marques entre
l'lectricit positive & l'lectricit ngative, comme il a t
ci-devant rapport, ne fut pas long-tems  reconnotre les mmes
diffrences dans l'lectricit naturelle. Il remarqua que son appareil
lectris par le tonnerre, ou seulement par les nuages sans apparence de
tonnerre, toit tantt dans un tat positif & tantt dans un tat
ngatif; il a donn un dtail bien circonstanci de toutes ses
observations  ce sujet dans son _Libro secondo del Electricismo
naturale_, imprim _in_-4.  Turin en 1753.

Mais quoique les claircissemens tirs de ces expriences ne changent
rien dans la pratique, il, en est tout autrement pour la thorie, nous
sommes maintenant aussi embarrasss  trouver une hypothse pour
expliquer par quels moyens les nuages deviennent lectriss
ngativement, que nous l'tions prcdemment  montrer comment ils le
devenoient positivement.

Je ne saurois m'empcher de hazarder quelques conjectures sur ce sujet;
voici celles qui s'offrent  prsent  mon esprit; & quand mme de
nouvelles dcouvertes montreroient qu'elles ne sont pas tout--fait
justes, elles pourroient, en attendant, tre de quelque utilit, en
excitant les curieux  faire davantage d'expriences, & en donnant
occasion  des recherches plus exactes.

Je conois donc que ce globe de terre & d'eau avec ses plantes, ses
animaux & ses btimens contient une quantit de fluide lectrique
rpandu dans sa substance, prcisment aussi grande qu'il en peut
contenir; c'est ce que j'appelle la quantit naturelle.

Que cette quantit naturelle n'est pas la mme dans toutes les espces
de matire commune sous des dimensions gales, ni dans la mme espce de
matire commune dans toutes les circonstances. Mais un pied cube v. g.
d'une sorte de matire commune, peut contenir plus de fluide lectrique
qu'un pied cube de quelqu'autre matire commune & une livre de la mme
espce de matire commune, quand elle est rarfie, peut en contenir
plus que quand elle est condense.

Car le fluide lectrique tant attir par quelque portion de matire
commune, les parties de ce fluide (qui ont entr'elles une mutuelle
rpulsion,) s'approchent tellement l'une de l'autre par l'attraction de
la matire commune qui les absorbe, que leur rpulsion est gale  la
force condensante de l'attraction dans la matire commune: ainsi cette
portion de matire commune n'en absorbera pas davantage.

Les corps de diffrentes espces ayant ainsi attir & absorb ce que
j'appelle leur quantit naturelle, c'est--dire prcisment autant de
fluide lectrique qu'il convient  leur tat de densit, de rarfaction
& au pouvoir d'attirer, ne donnent plus entre eux aucun signe
d'lectricit.

Et si l'on charge un de ces corps d'une plus grande quantit de fluide
lectrique, elle n'y entre pas, mais elle se rpand sur la surface & y
forme une atmosphre, & alors ce corps donne des signes d'lectricit.

J'ai compar dans un de mes crits prcdens la matire commune  une
ponge & le fluide lectrique  l'eau; on voudra bien me permettre de me
servir encore une fois de la mme comparaison pour claircir davantage
ma pense sur ce sujet.

Quand on condense un peu une ponge, en la pressant entre les doigts,
elle ne prend & ne garde pas autant d'eau que dans son tat le plus
naturel de relchement & de rarfaction.

tant encore presse & condense davantage, il sortira quelque peu d'eau
de ses parties intrieures qui s'coulera par la surface.

Si l'on cesse entirement de la presser avec les doigts, l'ponge
reprendra non-seulement ce qui avoit t exprim d'eau en dernier lieu,
mais elle en attirera une quantit surabondante.

Comme l'ponge dans son tat de rarfaction attirera & absorbera
naturellement plus d'eau, & que dans son tat de condensation elle
attirera & absorbera naturellement moins d'eau, nous pouvons appeller la
quantit qu'elle absorbe dans l'un ou l'autre de ces tats, sa quantit
naturelle relativement  cet tat.

Or l'eau est au fluide lectrique ce que l'ponge est  l'eau. Quand une
portion d'eau est dans son tat commun de densit, elle ne peut contenir
plus de fluide lectrique qu'elle n'en a; si on y en ajote, il se
rpand sur la surface.

Quand la mme portion d'eau se rarfie en vapeurs & forme un nuage, elle
est capable d'en recevoir & d'en absorber une beaucoup plus grande
quantit; chaque particule a de la place pour avoir son atmosphre
lectrique.

Ainsi l'eau en son tat de rarfaction ou dans la forme d'un nuage sera
dans un tat ngatif d'lectricit; elle aura moins que sa quantit
naturelle, c'est--dire moins qu'elle n'est naturellement capable d'en
attirer & d'en absorber dans cet tat.

Ce nuage s'approchant assez de la terre pour tre  porte d'tre
frapp, recevra de la terre un coup de fluide lectrique, qui pour
fournir  une grande tendu de nuages, doit quelquefois contenir une
trs-grande quantit de ce fluide. Mais ce nuage passant sur des bois de
haute futaye peut recevoir sans bruit quelque charge des pointes, & des
bords aigus des feilles de leurs cimes mouilles.

Un nuage tant charg par quelque moyen que ce soit de la part de la
terre peut frapper sur d'autres qui n'ont pas t chargs ou qui ne
l'ont pas t autant, ceux-ci sur d'autres encore jusqu' ce que
l'quilibre soit tabli entre tous les nuages qui sont  porte de se
frapper l'un l'autre.

Le nuage ainsi charg s'tant dcharg d'une bonne partie de ce qu'il a
reu d'abord, peut recevoir une nouvelle charge de la terre ou de
quelqu'autre nuage qui aura t pouss par le vent  porte de la
recevoir plus promptement de la terre.

Del ces coups & ces clairs redoubls & continuels jusqu' ce que les
nuages ayent reu  peu prs leur quantit naturelle en tant que nuages,
ou jusqu' ce qu'ils soient tombs en ondes & runis  ce globe
terraque d'o ils tirent leur origine.

Ainsi les nuages orageux sont gnralement parlant dans un tat ngatif
d'lectricit par rapport  la terre selon la plpart de nos
expriences; cependant comme dans l'une nous avons trouv un nuage
lectris positivement, je conjecture que dans ce cas un pareil nuage,
aprs avoir reu ce qui, dans son tat de rarfaction, toit seulement
sa quantit naturelle se trouva comprim par l'action des vents ou de
quelqu'autre manire, ensorte qu'une partie de ce qu'il avoit absorb,
fut chasse, & forma une atmosphre lectrique autour de lui dans son
tat de condensation. C'est ce qui le rendit capable de communiquer une
lectricit positive  la verge.

Pour prouver qu'un corps dans diffrentes circonstances de dilatation &
de contraction est capable de recevoir & de retenir plus ou moins de
fluide lectrique sur sa surface, je rapporterai l'exprience suivante:
Je plaai sur le plancher un verre  boire propre, & dessus un petit pot
d'argent, dans lequel je mis environ trois brasses de chane de cuivre,
 un bout de laquelle j'attachai un fil de soye qui s'levoit
directement au plat-fond o il passoit sur une poulie & del
redescendoit dans ma main, de sorte que je pouvois  mon gr enlever la
chane du pot, l'lever  un pied de distance du plat-fond & la laisser
par gradation retomber dans le pot.

Du plat-fond avec un autre fil de fine soye cru, je suspendis un petit
floccon de coton, de manire que quand il pendoit perpendiculairement il
touchoit le ct du pot: ensuite approchant du pot le crochet d'une
bouteille charge, je lui donnai une tincelle qui se rpandit autour en
atmosphre lectrique, & le floccon de coton fut repouss du ct du pot
 la distance de neuf ou dix pouces: le pot ne recevoit plus alors
d'autre tincelle du crochet de la bouteille; mais  mesure que
j'levois la chane, l'atmosphre du pot diminua en se coulant sur la
chane qui s'levoit, & en consquence le floccon de coton s'approcha de
plus en plus du pot; & alors si je rapprochois de ce pot le crochet de
la bouteille, il recevoit une autre tincelle & le coton retournoit  la
mme distance qu'auparavant, & de cette sorte  proportion que la chane
toit leve plus haut, le pot recevoit plus d'tincelles, parce que le
pot avec la chane dploye toit capable de supporter une plus grande
atmosphre que le pot avec la chane ramasse dans son intrieur. Que
l'atmosphre autour du pot ft diminue en enlevant la chane, &
augmente en la baissant, c'est une chose non-seulement conforme  la
raison, puisque l'atmosphre de la chane doit tre tire de celle du
pot quand elle s'enlve, & y retourner quand elle retombe; mais la chose
est encore vidente aux yeux, le floccon de coton s'approchant toujours
du pot quand on tiroit la chane en haut, & se retirant quand on la
laissoit tomber.

Cette exprience rpte de la manire dont l'enseigne M. Franklin, a
tout aussi bien russi  Paris qu' Philadelphie. Le floccon de coton ou
une balle de lige suspendu  un fil de soye s'carte plus ou moins des
bords du vase, suivant que la chane y est plus ou moins renferme. J'ai
v le floccon qui se tenoit  un pouce de distance du vase, tandis
qu'une chane de douze pieds toit tout  fait dploye, s'en carter
jusqu' un pied, quand elle toit entirement retombe.

Ainsi nous voyons que l'augmentation de surface rend un corps capable de
recevoir une plus grande atmosphre lectrique; mais cette exprience,
je l'avou, ne dmontre pas parfaitement ma nouvelle hypothse; car le
cuivre & l'argent continunt toujours  tre solides, & ne se dilatent
pas en vapeurs comme l'eau en nuages. Peut-tre que dans la suite, des
expriences sur l'eau leve en vapeurs mettront cette matire dans un
plus grand jour.

Il s'lve contre cette nouvelle hypothse une objection qui parot
importante; la voici: si l'eau, dans son tat de rarfaction, comme
nuage, attire & absorbe plus de fluide lectrique que dans son tat de
densit comme eau, pourquoi ne tire-t-elle pas de la terre tout ce dont
elle manque,  l'instant qu'elle en quitte la surface, qu'elle en est
encore proche, & qu'elle ne fait que s'lever en vapeur? J'avou que je
ne saurois, quant  prsent, rpondre  cette difficult d'une manire
qui me satisfasse; j'ai cru cependant que je devois l'tablir dans toute
sa force, comme je l'ai fait, & soumettre le tout  l'examen.

Qu'il me soit permis de recommander au curieux dans cette branche de la
philosophie naturelle, de rpter avec soin & en observateurs exacts,
les expriences que j'ai rapportes dans cet crit & les prcdens sur
l'lectricit positive & ngative avec les autres de mme genre qu'ils
imagineront, afin de s'assurer si l'lectricit communique par un globe
de verre est rellement positive. Je prie aussi ceux qui auront occasion
d'observer les effets rcents du tonnerre sur les btimens, les arbres,
&c. de les considrer en particulier dans la ve d'en dcouvrir la
direction. Mais dans cet examen il faut toujours faire attention  une
chose, c'est qu'un courant de fluide lectrique passant au travers du
bois, de la brique, du mtal, &c. quand il passe en petite quantit, la
force avec laquelle ses parties se repoussent est limite & surmonte
par la cohsion des parties du corps qu'il traverse au point d'empcher
l'explosion; mais quand le fluide vient en trop grande quantit pour
tre retenu par cette cohsion, il fait explosion, & dchire ou fond le
corps qui s'efforoit de lui rsister. Si c'est du bois, de la brique,
de la pierre ou quelque chose de semblable, les clats sortiront du ct
o il y a moins de rsistance, & de mme lorsqu'il se fait un trou 
travers du carton par le moyen d'un vase lectris, si les surfaces du
carton ne sont pas enfermes ou presses, il y aura une bavre leve
tout autour du trou des deux cts du carton; mais si l'un des cts est
resserr, ensorte que la bavre ne puisse pas s'lver de ce ct, elle
s'levera entirement de l'autre, de quelque ct que le fluide ait t
dirig, car la bavre autour du trou est l'effet de l'explosion en tous
sens autour du centre du courant plutt que l'effet de la direction.

Dans chaque coup de tonnerre je pense que le courant de fluide
lectrique qui est en mouvement pour rtablir l'quilibre entre la nue
& la terre, doit toujours pralablement trouver son passage & tracer,
pour ainsi dire, sa course, le long de tous les conducteurs qu'il peut
trouver dans son chemin, tels que les mtaux, les murailles moites, les
bois humides, &c., qu'il s'cartera considrablement de la ligne droite
pour s'attacher aux bons conducteurs, & qu'enfin dans cette course il
est actuellement en mouvement, quoique sans bruit & imperceptiblement
avant l'explosion dans & parmi les conducteurs. Cette explosion n'arrive
que quand les conducteurs ne peuvent pas s'en dcharger aussi vte
qu'ils le reoivent, parce qu'ils sont imparfaits, dsunis, trop petits,
ou qu'ils ne sont pas de la matire la plus propre  conduire. Ainsi les
verges de mtal, d'une grosseur suffisante, & qui s'tendent de la
partie la plus haute d'un difice jusqu' terre, tant de la meilleure
matire, & des conducteurs parfaits, prserveront, je pense, le btiment
de dommage, ou en rtablissant l'quilibre assez vte pour prvenir le
coup, ou en le conduisant dans la substance de la verge aussi loin
qu'elle s'tend, ensorte qu'il n'y ait d'explosion qu'au dessus de sa
pointe, entre elle & les nuages.

Si l'on demandoit quelle paisseur on doit prsumer suffisante dans la
verge mtalliques? Pour rpondre, je remarquerois que cinq gros vases de
verre, tels que je les ai indiqus dans mes premiers crits, dchargent
une trs grande quantit d'lectricit, qui cependant sera toute entire
conduite autour d'un livre par le filet mince d'or de la couverture;
elle suit l'or par le plus long chemin autour de la couverture pltt
que de prendre le plus court au travers de cette couverture, qui n'est
pas un si bon conducteur. Mais dans cette ligne d'or le mtal est d'une
finesse si grande, que ce n'est presque que la couleur de l'or; sur la
couverture d'un livre _in-8_. il n'y a pas un pouce quarr, & par
consquent pas la trente-sixime partie d'un grain suivant Mr. de
Reaumur. Cependant elle est suffisante pour conduire la charge de cinq
gros vases, & je ne sais de combien davantage. Prsentement je suppose
qu'un fil-d'archal du quart d'un pouce de diamtre contient environ
5000. fois autant de mtal qu'il y en a dans cette ligne d'or, & si cela
est, il conduira la charge de 25000. vases de verre pareils, quantit
que j'imagine bien suprieure  ce qu'il y en a jamais eu dans aucun
coup de tonnerre naturel. Mais une verge du diamtre d'un demi-pouce en
conduiroit quatre fois autant que celle d'un quart.

Et  l'gard du conducteur, quoiqu'il faille une certaine paisseur de
mtal pour conduire un grande quantit d'lectricit & en mme tems
conserver sa propre substance ferme & runie, & qu'une moindre
paisseur, comme par exemple un trs-petit fil-d'archal, soit dtruite
par l'explosion; cependant un pareil petit fil auroit suffi pour
conduire ce coup, quoiqu'il devienne incapable d'en conduire un autre.
Et considrant l'extrme rapidit avec laquelle le fluide lectrique
court sans explosion quand il a un passage libre ou une communication de
mtal parfait; je penserois qu'une grande quantit seroit conduite en
peu de tems  un nuage ou tire d'un nuage pour rtablir son quilibre
avec la terre par le moyen d'un trs-petit fil de fer, & par consquent
des verges paisses ne paroissent pas si ncessaires. Quoiqu'il en soit,
comme la quantit de tonnerre dcharge dans un coup ne peut pas se bien
mesurer, & qu'elle est certainement trs-diffrente en diffrens coups,
plus grande dans quelques-uns que dans d'autres, & comme le fer (le
meilleur mtal pour cet usage, tant le moins propre  se fondre,) est 
bon march, il n'y a point d'inconvnient d'avoir un plus gros canal
pour conduire ce coup imptueux que nous ne le jugeons ncessaire; car
quoiqu'un fil-d'archal moyen puisse suffire, deux ou trois ne peuvent
pas nuire. Le tems & des observations exactes bien compares indiqueront
 la fin la grosseur convenable avec une plus grande certitude.

Les verges pointus leves sur les difices peuvent de mme prvenir
souvent un coup de la manire suivante. Un oeil plac de faon qu'il
voye horizontalement le dessous d'un nuage de tonnerre, verra qu'il est
trs-dsuni, ayant nombre de fragmens spars ou de petits nuages l'un
sous l'autre, le plus bas tant souvent fort peu loign de la terre.
Ceux-ci, comme autant de pierres marchantes, servent  conduire un coup
entre le nuage & un btiment. Pour les reprsenter par une exprience,
prenez deux ou trois floccons de coton non serr; attachez-en un au
premier conducteur par un fil fin de deux pouces, (qui peut tre fil
sur le champ du mme floccon avec les doigts,) liez-en un autre 
celui-ci, un troisime au second par de semblables fils. Faites tourner
le globe, & vous verrez ces floccons s'tendre vers la table (comme les
petits nuages les plus bas font vers la terre,) qui les attire: mais en
prsentant une fine pointe dresse sous le plus bas, il se resserrera
vers le second, le second vers le premier, & tous ensemble vers le
premier conducteur, o ils resteront autant de tems que la pointe
restera sous eux. Les petits nuages lectriss dont l'quilibre avec la
terre est bien vte rtabli par la pointe, ne peuvent-ils pas de la mme
manire s'lever vers le principal, & par ce moyen occasionner un si
grand vuide que le grand nuage ne puisse frapper dans cet endroit?

Ces penses, mon cher ami, ne sont que hazardes & bauches; si j'tois
simplement ambitieux de me faire quelque rputation dans la philosophie,
je les garderois par devers moi jusqu' ce qu'elles fussent
perfectionnes & rectifies par le tems & par de nouvelles expriences.
Mais puisque la communication des moindres ves & des expriences
imparfaites dans une nouvelle branche de science a souvent produit de
bons effets en attirant sur cet objet l'attention des personnes de
gnie, & a donn par l occasion  des recherches plus exactes &  des
dcouvertes plus complettes. Vous tes le matre de communiquer cet
crit  qui bon vous semblera; il est plus important que les
connoissances s'augmentent qu'il ne l'est que votre ami soit regard
comme un philosophe exact.




_LETTRE XIII.

De B. FRANKLIN, cuyer de Philadelphie.

 P. Collinson, cuyer, membre de la Socit Royale  Londres._


_18. Avril 1774._

MONSIEUR,

Depuis le mois de Septembre dernier ayant fait deux longs voyages, &
ayant eu d'ailleurs beaucoup d'occupations, je n'ai gures fait
d'observations sur l'tat positif & ngatif de l'lectricit des nuages;
mais Mr. Kinnersley a tenu en bon tat sa verge & ses timbres & en a
fait beaucoup.

Un jour pendant cet hyver, les timbres sonnrent long-tems pendant une
chte de neiges, quoique l'on n'entendt point de tonnerre & qu'on ne
vt point d'clairs; quelquefois les coups & le ptillement de la
matire lectrique entre les timbres furent si forts qu'on les entendit
dans toute la maison; mais selon toutes ses observations les nuages
furent constamment dans un tat ngatif jusques il y a environ six
semaines; il trouva un jour qu'ils passrent dans quelques minutes du
ngatif au positif. Environ huit jours aprs il fit une autre
observation de la mme sorte, & le soir de lundi dernier le vent sud-est
soufflant fortement en tournant au nord-est & chassant beaucoup de
nuages pais, il y eut cinq ou six passages successifs du ngatif au
positif, & du positif au ngatif, les timbres s'arrtant une minute ou
deux entre chaque changement. Outre les mthodes rapportes dans mon
crit de Septembre dernier pour dcouvrir l'tat lectrique des nuages,
on peut se servir de la suivante. Quand vos timbres sonnent, passez un
tube frott prs du bord du timbre attach  votre verge pointu, si le
nuage est alors dans un tat ngatif, la sonnerie s'arrtera; s'il est
dans un positif elle continura & sera peut-tre plus vive. Ou bien
suspendez une trs-petite boule de lige  un fil de soye fine, ensorte
qu'elle pende tout prs du bord du timbre de la verge. Alors ds que le
timbre est lectris positivement ou ngativement, la petite boule est
repousse & reste  quelque distance du timbre. Ayez tout prt un
bouchon de flacon en verre &  tte ronde, frottez-le sur votre ct
jusqu' ce qu'il soit lectris, ensuite prsentez-le  la boule de
lige; si l'lectricit dans la boule est positive elle sera repousse
du bouchon de verre aussi bien que du timbre. Si elle est ngative elle
sera attire vers le bouchon.




_LETTRE XIV._

_Remarques sur les Lettres de l'Abb Nollet sur l'lectricit,  B.
Franklin cuyer  Philadelphie, par M. David Colden de la nouvelle York,
 Coldenham dans la nouvelle York, le 4. Dcembre 1753._


MONSIEUR,

En examinant les lettres de l'Abb Nollet  M. Franklin, je suis oblig
de lui passer toutes les expriences qui se font avec ou dans des
bouteilles scelles hermtiquement ou vuides d'air, parce que n'tant
pas en tat de rpter les expriences, je ne pourrois pas appuyer par
des preuves tires de l'exprience certaines ides qui se sont
prsentes  moi l-dessus; c'est pourquoi le premier point sur lequel
j'ose ouvrir mon sentiment est dans la quatrime lettre de l'Abb, _pag.
66._ o il essaye de prouver que la matire lectrique passe d'une
surface  l'autre  travers l'paisseur entire du verre; il prend
l'exprience du tableau magique de M. Franklin, & parle ainsi: Lorsque
vous lectrisez ainsi un carreau de verre enduit de mtal dessus &
dessous, il est vident que ce que l'on pose sur la surface oppose 
celle qui reoit l'lectricit du conducteur, prend aussi une vertu
lectrique trs-marque, qui, dit M. Franklin, est cette gale quantit
de matire lectrique chasse de ce ct par celle que le ct oppos
reoit du conducteur, & qui continura  donner une vertu lectrique 
chaque chose qui sera en contact avec elle jusqu' ce qu'elle soit
entirement dcharge de son feu lectrique;  quoi l'Abb fait cette
objection. Dites-moi, je vous prie, dit-il, combien de tems faut il
pour ce prtendu dpouillement, je puis vous assurer qu'aprs avoir
soutenu l'lectrisation pendant des heures entires, cette surface qui
auroit d, ce me semble, tre bien dpourve de sa matire lectrique,
attendu le grand nombre d'tincelles qu'on en avoit tires, ou le tems
que cette matire avoit t expose  l'action de la cause expulsive,
cette surface, dis-je, ne m'en paroissoit que mieux lectrise & plus
propre  produire tous les effets d'un corps actuellement lectrique.
_Pag. 68._

L'Abb ne nous dit point quels sont ces effets: je n'ai jamais p les
observer tous, & on peut aisment rendre raison de ceux que l'on
observe, en supposant que ce ct est entirement destitu de matire
lectrique. L'effet le plus sensible d'un corps charg d'lectricit,
est que quand on lui prsente le doigt, ce doigt en tire une tincelle:
or quand une bouteille prpare pour l'exprience de Leyde est pendu au
canon d'un fusil ou au premier conducteur, & que vous faites tourner le
globe pour la charger, aussitt que la matire lectrique est en
mouvement, vous pouvez voir une tincelle aller de la surface extrieure
de la bouteille  votre doigt, ce qui, dit M. Franklin, est la matire
lectrique naturelle du verre pousse dehors par celle qui est reue du
conducteur sur la surface intrieure, si elle en sort seulement par
tincelles, on en peut tirer un grand nombre; mais si vous serrez la
surface extrieure avec votre main, la bouteille recevra bientt toute
la matire lectrique qu'elle est capable de recevoir, & l'extrieure
sera alors entirement prive de sa matire lectrique, & on ne pourra
en tirer d'tincelles avec le doigt; il y manque donc alors cet effet
qu'ont tous les corps chargs d'lectricit: quelques effets d'un corps
lectrique que l'Abb, je suppose, a observs sur la surface extrieure
d'une bouteille charge, sont que tous les corps lgers en sont attirs;
c'en est un que j'ai constamment observ, mais je ne pense pas qu'il
vienne d'une qualit attractive dans la surface extrieure de la
bouteille; mais dans ces corps lgers mmes qui semblent tre attirs
par la bouteille, c'est une remarque constante que quand un corps a une
plus grande charge de matire lectrique qu'un autre, (c'est- dire en
proportion de la quantit qu'ils contiendront,) ce corps attirera celui
qui en a moins;  prsent je suppose, & c'est une partie du systme de
M. Franklin, que tous ces corps lgers qui semblent tre attirs, ont
plus de matire lectrique en eux que la surface extrieure des
bouteilles n'en a, c'est pourquoi ils tchent d'attirer  eux la
bouteille qui est trop psante pour tre branle par le petit dgr de
force qu'ils employent, & qui cependant tant plus grande que leur
propre poids les pousse vers la bouteille, l'exprience suivante aidera
l'imagination  concevoir cela. Suspendez une boule de lige ou une
plume avec un fil de soye & lectrisez-la; ensuite approchez cette boule
de quelque corps fixe, & elle semblera attire par ce corps, car elle
volera vers lui. Mais de l'aveu des lectriciens, la cause attractive
est dans la boule mme, & non dans le corps fixe auquel elle court. Ce
cas est semblable  l'attraction apparente des corps lgers vers la
surface extrieure d'une bouteille charge.

L'Abb dit, _pag. 69._ qu'il peut lectriser cent hommes debout sur des
gteaux de cire, pourv qu'ils se tiennent par les mains, & qu'un d'eux
touche l'une de ces surfaces (l'extrieure) du bout de son doigt. Je
sais qu'il le peut, pendant que la bouteille se charge, mais je suis
aussi certain qu'il ne le peut pas aprs qu'elle est charge; car une
bouteille tant prpare pour l'exprience de Leyde, suspendez-la au
conducteur, & qu'un homme debout sur le plancher touche de son doigt la
doublure, pendant que le globe tourne, jusqu' ce que la matire
lectrique sorte du crochet de la bouteille ou de quelque partie du
conducteur, je crois que c'est le signe le plus certain que la bouteille
a reu toute la matire lectrique qu'elle peut recevoir: aprs ce
signe, que l'homme, qui auparavant toit sur le plancher, monte sur un
gteau de cire, il peut y rester des heures entires le globe tournant
pendant tout ce tems-l, & cependant ne donner aucun signe
d'lectricit.

Aprs que la matire lectrique fut pousse dehors du crochet de la
bouteille prpare pour l'exprience de Leyde comme ci-dessus, je pendis
une autre bouteille prpare de la mme manire  un crochet attach 
la doublure de la premire, & je tins cette autre bouteille dans ma
main; mais si quelque matire lectrique passoit au travers du verre de
la premire bouteille, la seconde la recevroit & la rassembleroit
assurment; mais ayant tenu les bouteilles dans cette situation pendant
un tems considrable, pendant lequel le globe ne cessa de tourner, je ne
m'apperus point que la seconde bouteille fut charge le moins du monde,
car quand je portai le doigt au crochet, comme dans l'exprience de
Leyde, je n'prouvai pas la moindre commotion, & je ne vis pas une
tincelle partir du crochet.

Je fis aussi l'exprience suivante, ayant charg deux bouteilles
(prpares pour l'exprience de Leyde) par leurs crochets, deux
personnes en prirent chacun une dans leurs mains, l'un par le ct,
l'autre par le crochet, ce qu'il fit en tant la communication avec le
fond, avant de prendre le crochet, ces personnes se placrent chacune 
un de mes cts, pendant que j'tois debout sur un gteau de cire, & que
je tenois le crochet de la bouteille qui toit tenu par la doublure
(sur quoi il partit une tincelle; mais la bouteille ne fut pas
dcharge pendant que je fus sur la cire) tenant le crochet, je touchai
la doublure de la bouteille qui toit tenu par son crochet de mon autre
main, sur quoi on apperut une tincelle considrable entre mon doigt &
la doublure, & les deux bouteilles furent sur le champ dcharges. Si
l'opinion de l'Abb est fonde, que la surface extrieure communiquant
avec la doublure est charge aussi bien que l'intrieure communiquant
avec le crochet, comment puis-je, moi qui suis sur la cire, dcharger
ces deux bouteilles, quand il est bien connu que je n'en pourrois pas
dcharger une sparment? Bien plus, suppos que j'aye tir la matire
lectrique des deux, qu'est-elle devenu? car il ne parot pas que j'en
aye une quantit plus grande quand l'exprience est finie, & que je n'ai
pas boug de dessus la cire.

Cette exprience me dmontre donc pleinement que la surface extrieure
n'est pas charge, & non-seulement cela, mais qu'il lui manque autant de
matire lectrique que l'intrieure en a par excs; car par cette
supposition, qui est une partie du systme de Mr. Franklin, on rend
aisment raison de l'exprience prcdente de cette sorte: quand je suis
sur la cire mon corps n'est pas capable de recevoir du crochet d'une
bouteille toute la matire lectrique qu'elle est prte  donner, elle
ne peut pas non plus en donner autant  la doublure de l'autre bouteille
qu'elle est prte  en prendre, quand il n'y en a qu'une d'applique
contre moi; mais quand elles le sont toutes deux, la doublure reoit de
l'une ce que le crochet donne: ainsi je reois le feu de la premire
bouteille en B, dont la surface extrieure est fournie par la main en A:
je donne le feu  la seconde bouteille en C, dont la surface intrieure
est dcharge par la main en D. Cette dcharge en D peut tre rendu
sensible en recevant ce feu dans le crochet d'une troisime bouteille,
ce qui s'excute ainsi: au lieu de prendre le crochet de la seconde
bouteille dans votre main, faites passer au travers le fil-d'archal
d'une troisime bouteille prpare comme pour l'exprience de Leyde, &
tenez cette troisime bouteille dans votre main, la seconde y tant
pendu par les bouts des crochets, passs l'un dans l'autre: quand
l'exprience est acheve, cette troisime bouteille reoit le feu en D,
& elle sera charge. Si l'on considre cette exprience, elle doit, je
pense, prouver parfaitement que la surface extrieure d'une bouteille
charge manque de matire lectrique, pendant que l'intrieure en a un
excs. Quelque chose de plus, qui est digne de remarque dans cette
exprience, c'est que je ne sens ni commotion ni choc dans mes bras,
quoiqu'ils soient dans un instant traverss d'une si grande quantit de
matire lectrique; je ne sens qu'une piqre aux bouts de mes doigts.
Cela me fait penser que l'Abb se trompe quand il dit qu'il n'y a point
de diffrence entre le choc senti en faisant l'exprience de Leyde & la
piqre sentie en tirant de simples tincelles, si ce n'est du plus au
moins. Dans la dernire exprience il passe  travers mes bras autant de
matire lectrique que m'en auroit donn un coup trs-considrable, s'il
y avoit eu une communication immdiate, par mes bras, du crochet  la
doublure de la mme bouteille; parce que quand elle fut prise dans une
troisime bouteille, & que cette bouteille fut dcharge en particulier
 travers mes bras, elle me donna un coup sensible. Si ces expriences
prouvent que la matire lectrique ne passe pas  travers l'entire
paisseur du verre, il est d'une consquence ncessaire qu'elle doit
toujours sortir par o elle est entre.

Ce qui s'est ensuite prsent, c'est dans la cinquime lettre _pag. 88._
o il diffre de M. Franklin, qui pense que tout le pouvoir de donner le
coup rside dans le verre mme & non dans les corps non-lectriques qui
le touchent. Les expriences que Mr. Franklin a donnes pour prouver
cette opinion dans ses expriences & observations sur l'lectricit,
lettre 4. . 50. & 51. m'ont convaincu qu'il avoit raison; & ce que
l'Abb a assur de contraire ne m'a pas fait penser autrement. L'Abb
s'appercevant, comme je le suppose, que les expriences, comme M.
Franklin les avoit faites, devoient prouver sa proposition, les altre
sans en donner aucune raison, & les fait d'une manire qui ne prouve
rien. Pourquoi veut-il qu'un homme tienne dans sa main la bouteille dans
laquelle l'eau de la bouteille charge doit tre verse? Si le pouvoir
de donner un coup est dans l'eau contenu dans la bouteille, elle doit
s'y conserver, quoiqu'elle soit verse dans une autre, puisqu'elle n'a
t touche par aucun corps non-lectrique pour enlever ce pouvoir. Que
la bouteille soit place sur la cire, ce n'est pas une objection, car
elle ne peut pas ter le pouvoir  l'eau si elle en avoit, mais c'est un
moyen ncessaire pour prouver le fait; au lieu que cette bouteille
tant charge quand elle est dans la main d'un homme, prouve seulement
que l'eau conduit la matire lectrique. L'Abb avou, _pag. 94._ qu'il
a entendu faire cette remarque; mais, dit-il, pourquoi un conducteur
d'lectricit n'est-il pas un sujet lectrique? Ce n'est pas l la
question. Mr. Franklin n'a jamais dit que l'eau ne ft pas un sujet
lectrique, il a dit que le pouvoir de donner le coup toit dans le
verra & non dans l'eau, & ses expriences le prouvent parfaitement, & si
parfaitement qu'il seroit ridicule d'y rien ajouter: cependant comme je
ne sache pas que l'exprience suivante ait encore t connue de
personne, on m'excusera de l'insrer ici: la voici.

Pendez une bouteille prpare pour l'exprience de Leyde au conducteur
par son crochet, & chargez-la; aprs cela cartez la communication du
fond de la bouteille, alors le conducteur donne des signes videns de
son lectrisation, car si on attache autour de lui un fil & qu'on laisse
des bouts longs d'environ deux pouces, ils s'tendront comme une paire
de cornes; mais si vous touchez le conducteur il en sortira une
tincelle & les fils tomberont, & le conducteur ne donne plus le moindre
signe d'lectrisation aprs cela. Je pense qu'en le touchant j'ai enlev
toute la charge de matire lectrique qui toit dans le conducteur, le
crochet de la bouteille & l'eau ou les fils de fer qui y sont contenus:
nous voyons que tous les corps non-lectriques peuvent en recevoir
autant, cependant le verre de la bouteille conserve sa capacit de
donner un coup, comme l'prouveront tous ceux qui voudront l'essayer.
Cette exprience fait voir videmment que l'eau dans la bouteille ne
contient pas plus de matire lectrique qu'elle le feroit dans un bassin
dcouvert, & qu'elle n'a pas la moindre chose de cette grande quantit
qui produit le choc & qui est seulement retenu par le verre. Aprs que
l'tincelle est tire du conducteur, si vous touchez la doublure de la
bouteille (qui pendant tout ce tems est suppose pendre dans l'air
dgage de tout corps non-lectrique) les fils sur le conducteur
s'leveront sur le champ & feront voir que le conducteur est lectris:
il reoit cette lectrisation de la surface intrieure de la bouteille,
laquelle, quand la surface extrieure peut recevoir de la main qui lui
est applique ce qui lui manque, en donnera autant que les corps en
contact avec elle pourront en recevoir, ou tout ce qu'elle en a d'excs,
s'ils sont assez gros. Il est amusant de voir la manire dont les fils
hausseront & baisseront en touchant la doublure de la bouteille & le
conducteur tour  tour. Ne seroit-ce point que la diffrence entre le
ct charg du verre & le ct extrieur ou vuid tant diminue en
touchant le crochet ou le conducteur, le ct extrieur peut le recevoir
de la main qui le touchoit, & par ce moyen le ct intrieur ne peut pas
en conserver tant, & par cette raison ce qu'il n'en peut pas conserver
lectrise l'eau ou les fils & le conducteur; car il parot tre de rgle
qu'un des cts doit se vuider dans la mme proportion que l'autre est
rempli; quoique la chose paroisse vidente par l'exprience, cependant
c'est toujours un mystre dont on ne peut pas rendre raison.

Je suis surpris de trouver dans plusieurs endroits du livre de l'Abb
que les expriences ont russi si diffremment  Paris de ce qu'elles
ont fait dans les mains de M. Franklin & constamment dans les miennes.
L'Abb en faisant les expriences pour trouver la diffrence entre les
deux surfaces d'un verre charg, se garde bien de placer la bouteille
sur la cire, car, dit-il, ne savez vous pas qu'tant mise suc un corps
originairement lectrique, elle perd promptement sa vertu? Je ne puis
imaginer ce qui a engag l'Abb  penser de la sorte. Rien de plus
oppos aux notions les plus communes des corps lectriques par
eux-mmes, & l'exprience m'est un garant du contraire, car ayant laiss
plusieurs fois  dessein une bouteille charge sur la cire pendant des
heures, je trouvai qu'elle conservoit autant de sa charge qu'une autre
qui toit reste pendant le mme tems sur une table. J'en laissai une
sur la cire depuis dix heures du soir jusqu' huit du lendemain matin,
je trouvai qu'elle conservoit une quantit de sa charge suffisante pour
me donner une commotion sensible aux bras, quoique la chambre o toit
cette bouteille et t balaye pendant ce tems, ce qui devoit avoir
lev beaucoup de poussire pour faciliter la dcharge de la bouteille.

Je trouve qu'une boule de lige suspendu entre deux bouteilles, l'une
charge en plein & l'autre mdiocrement, ne jou pas entre elles, mais
qu'elle s'arrte dans une situation qui fait un triangle avec les
crochets des bouteilles, quoique l'Abb ait assur le contraire, _pag.
101._ pour rendre raison du jeu d'une boule de lige entre le
fil-d'archal enfonc dans la bouteille & un autre qui s'lve de sa
doublure. La bouteille qui est moins charge doit avoir reu plus de
matire lectrique, eu gard  sa grosseur, que la boule de lige n'en
reoit du crochet de la bouteille pleine.

L'Abb dit, _pag. 103._ qu'un morceau de feille de mtal pendu  un fil
de soye & lectris sera repouss par le fond d'une bouteille charge &
tenu en l'air par son crochet. Je le trouve constamment tout autrement;
dans mes mains il est toujours attir d'abord & ensuite repouss: en
chargeant la feille il faut avoir soin d'empcher qu'elle ne se porte
vers quelque corps non-lectrique, & que par ce moyen elle ne se
dcharge, tandis que vous la croyez charge. Il est difficile de
l'empcher de se porter vers votre poignet ou vers quelque partie de
votre corps.

_Pag. 108._ l'Abb dit qu'il n'est pas impossible, comme M. Franklin le
prtend, de charger une bouteille pendant qu'il y a une communication
tablie entre sa doublure & son crochet. J'ai toujours trouv impossible
de charger une pareille bouteille au point de donner un coup;  la
vrit, si elle est suspendu au conducteur sans communication avec lui,
vous pouvez en tirer une tincelle comme de tout autre corps qui y
seroit suspendu; mais cela est bien diffrent d'tre charge au point de
donner une commotion. Pour rendre raison du peu de matire lectrique
qui se trouve dans la bouteille, l'Abb dit qu'elle suit plutt le mtal
que le verre & qu'elle est chasse de la doublure de la bouteille dans
l'air. J'admire que la mme chose n'arrive pas aussi quand elle passe au
travers du verre & qu'elle en charge la surface extrieure suivant le
systme de l'Abb.

Je regarde les objections de l'Abb contre les deux dernires
expriences de Mr. Franklin, comme peu solides: il parot assurment
trs-embarrass sur ce qu'il doit dire, c'est pourquoi il accuse M.
Franklin d'avoir tenue secrette la partie importante de l'exprience.
C'est une petitesse dont on ne doit pas charger un galant homme qui n'a
pas marqu tant de partialit que l'Abb dans la relation de ses
expriences.




_LETTRE XV._

_Expriences lectriques avec un essai pour rendre raison de leurs
diffrens phnomnes, & quelques observations sur les nuages de
tonnerre, pour confirmer encore les remarques de Mr. Franklin sur l'tat
lectrique positif & ngatif des nuages par Jean Canton M. A. & de la
Socit Royale._


_6. Dcembre 1753._

_Premire Exprience._

Du plat-fond ou de quelqu'endroit convenable d'une chambre suspendez
avec des fils de lin de huit ou neuf pouces de long deux boulettes de
lige chacune de la grosseur d'un petit pois, de manire qu'elles se
touchent, si l'on porte le tube de verre frott sous les boulettes, il
les fera sparer quand on le tiendra  la distance de trois ou quatre
pieds; si on l'en approche davantage, elles se spareront encore
davantage; si on le retire tout--fait, elles se runiront
immdiatement. Cette exprience peut se faire avec des boulettes de
cuivre suspendus par le moyen d'un fil d'argent; elle russira aussi
bien avec de la cire d'Espagne rendu lectrique qu'avec du verre.

_Deuxime Exp._ Si deux boules de lige sont suspendus avec des fils de
soye secs, il faudra en approcher le tube frott  la distance de
dix-huit pouces avant qu'elles se repoussent l'une l'autre: elles
continuront de le faire quelque tems aprs que le tube aura t t.

Comme les boules dans la premire exprience n'ont pas t isoles, on
ne peut pas dire  la rigueur qu'elles ayent t lectrises; mais quand
elles sont suspendus dans l'atmosphre du tube frott elles peuvent
attirer & condenser le fluide lectrique autour d'elles & tre spares
par la rpulsion de ses particules; on conjecture aussi que les boules
alors contiennent moins que leur part commune du fluide lectrique par
rapport  la force de rpulsion de celui qui les environne, quoiqu'il en
entre & en passe peut-tre un peu continuellement au travers des fils; &
si cela est ainsi, on voit clairement la raison pour laquelle les boules
suspendus avec de la soye dans la seconde exprience doivent tre dans
une partie beaucoup plus dense de l'atmosphre du tube avant de se
repousser l'une l'autre. Lorsqu'on approche des boules un bton de cire
frotte dans la premire exprience, le feu lectrique est suppos venir
au travers des fils dans les boules, & s'y condenser dans son passage
vers la cire; car suivant M. Franklin le verre frott laisse aller le
fluide lectrique, mais la cire frotte le reoit.

_Troisime Exp._ Qu'on isole avec de la soye un tube mince de quatre ou
cinq pieds de long & d'environ deux pouces de diamtre, & qu'on suspende
 un de ses bouts des boules de lige avec des fils de lin;
lectrisez-le en portant le tube de verre frott prs de l'autre bout,
ensorte que les boules restent spares d'un pouce & demi ou de deux
pouces, alors  l'approche du tube frott elles perdront par dgr leur
vertu rpulsive & viendront en contact: &  mesure qu'on approche
toujours le tube davantage, elles se spareront encore  une aussi
grande distance qu'auparavant: au retour du tube elles s'approcheront
jusqu' se toucher, & se repousseront ensuite comme en premier lieu. Si
le tube mince est lectris par la cire ou par le crochet d'une
bouteille charge, les boules seront affectes de la mme manire 
l'approche de la cire frotte ou du crochet de la bouteille.

_Quatrime Exp._ lectrisez les boules de lige comme dans la dernire
exprience par le verre, & leur rpulsion augmentera  l'approche d'un
bton de cire frott. Ce sera le mme effet si le verre frott en est
approch lorsqu'elles ont t lectrises avec de la cire.

On suppose qu'en portant le verre frott au bout ou au bord du tube
mince dans la troisime exprience, il l'lectrise positivement, ou
ajoute au feu lectrique qu'il contenoit auparavant, & par consquent il
en passe au travers des boules qui se repoussent mutuellement; mais 
l'approche d'un verre frott qui laisse sortir pareillement un fluide
lectrique, les boules en dchargeront moins, ou une partie sera pousse
en arrire par une force qui agira dans une direction contraire, & elles
s'approcheront plus prs. Si le tube est tenu  une telle distance des
boules que l'excs de la densit du fluide autour d'elles au dessus de
la quantit ordinaire dans l'air, soit gal  l'excs de la densit de
celui qui est en elles, au-dessus de la quantit ordinaire contenu dans
le lige, leur rpulsion sera bientt dtruite; mais si le tube est
approch davantage, le fluide du dehors tant plus dense que celui du
dedans des boules, il sera attir par elles, & elles se spareront
encore l'une de l'autre.

Quand l'appareil a perdu une partie de sa portion naturelle de ce fluide
par l'approche de la cire frotte d'une de ses extrmits, ou qu'il est
lectris ngativement, le feu lectrique est attir & pris par les
boules pour suppler au dfaut, & cela plus abondamment  l'approche
d'un verre frott ou d'un corps lectris positivement qu'auparavant.
C'est pourquoi l'loignement entre les boules augmentera  mesure que le
fluide qui les entoure, augmente, & en gnral soit par l'approche, soit
par l'loignement de quelque corps, si la diffrence entre la densit du
fluide intrieur & extrieur est augmente ou diminue, la rpulsion des
boules sera augmente ou diminue  proportion.

_Cinquime Expr._ Si le tube mince isol n'est pas lectris; approchez
de son milieu le tube de verre frott, ensorte qu'il fasse  peu prs
angle droit avec lui, les boules du bout se repousseront l'une l'autre;
elles le feront d'autant plus que le tube frott sera plus prs. Quand
il a t tenu quelques secondes  la distance d'environ six pouces,
retirez-le, & les boules s'approcheront l'une de l'autre jusqu' ce
qu'elles se touchent, puis se sparant encore  mesure que le tube
s'loigne davantage, elles continuront  se repousser quand on l'tera
tout--fait, & cette rpulsion entre les boules augmentera  l'approche
du verre frott, mais elle sera diminue par la cire frotte, comme si
l'appareil avoit t lectris par la cire de la manire explique dans
la troisime exprience.

_Sixime Exp._ Isolez deux tubes minces dsigns par A & B, ensorte
qu'ils soient en ligne droite & spars d'environ six lignes; suspendez
au bout loign de chacun une paire de boules de lige. Approchez du
milieu d'A le tube de verre frott, & le tenant peu de tems  la
distance de quelques pouces, vous verrez chaque paire de boule se
sparer: cartez le tube, & les boules de A s'uniront & se repousseront
encore l'une l'autre; mais celles de B seront  peine affectes. Par
l'approche du tube de verre frott tenu sous les boules de A, leur
rpulsion sera augmente; mais si le tube est port de la mme manire
vers les boules de B, leur rpulsion diminura.

Dans la cinquime exprience la provision commune de matire lectrique
dans le tube mince est suppose tre rarfie vers le milieu & condense
aux extrmits par la vertu rpulsive de l'atmosphre du tube de verre
frott, quand il est tenu prs du premier; & peut-tre le tube mince
perd-il quelque chose de sa quantit naturelle de fluide lectrique
avant qu'il en reoive du verre: comme ce fluide doit tre plus prt 
sortir par ses bouts & par ses bords qu' entrer au milieu: & par
consquent lorsque le tube de verre est cart & que le fluide est
drechef galement rpandu  travers l'appareil, on trouve qu'il est
lectris ngativement, car le tube frott port sous les boules
augmentera leur rpulsion.

Dans la sixime exprience une partie du fluide tir d'un tube mince
entre dans l'autre. On connot qu'il est lectris positivement par la
diminution de la rpulsion de ses boules  l'approche du verre frott.

_Septime Exp._ Placez le tube mince avec la paire de boules  son bout,
 trois pieds au moins de toutes les parties de la chambre; rendez l'air
trs-sec par le moyen du feu; lectrisez l'appareil  un degr
considrable; ensuite touchez du doigt ou de quelqu'autre conducteur le
tube mince, les boules continuront cependant de se repousser l'une
l'autre; mais non pas  une si grande distance qu'auparavant.

L'air qui environne l'appareil  la distance de deux ou trois pieds est
suppos contenir plus ou moins de feu lectrique que sa part commune,
selon que le tube mince est lectris positivement ou ngativement; &
quand il est trs-sec il ne quitte pas son surplus, ou ne rpare pas son
dfaut aussi promptement que le tube mince, mais il peut continuer
d'tre lectris, aprs qu'il a t touch pendant un temps
considrable.

_Huitime Exp._ Ayant fait un vuide de Torricelli, long d'environ 5.
pieds, de la manire explique dans les Transactions Philosophiques,
vol. 47. pag. 370. Si on en approche assez le tube frott, on verra une
lumire dans plus de la moiti de sa longueur; elle s'vanouit bientt
si on ne met pas le tube plus prs, mais elle reparotra  mesure qu'on
l'avancera davantage; on peut le rpter plusieurs fois sans frotter le
tube de nouveau.

Cette exprience peut tre regarde comme une espce de dmonstration
oculaire de la vrit de l'hypothse de M. Franklin, que quand le fluide
lectrique est condens d'un ct d'un verre mince, il sera repouss de
l'autre s'il ne trouve point de rsistance, en consquence  l'approche
du tube frott le feu est suppos tre repouss de la surface intrieure
du verre qui entoure le vuide & tre emport au travers des colonnes de
mercure, mais on suppose qu'il revient  mesure qu'on carte le tube.

_Neuvime Exp._ Qu'on tienne  peu prs par le milieu un bton de cire
de deux pieds & demi de long, & d'environ un pouce de diamtre, frottez
le tube de verre & tranez-le sur une de ses moitis, ensuite le
tournant un peu autour de son axe frottez encore le tube, & tranez-le
sur la mme moiti; rptez cette opration plusieurs fois: cette moiti
dtruira la force rpulsive des boules lectrises par le verre, &
l'autre moiti l'augmentera.

Il parot par cette exprience que la cire peut aussi tre lectrise
positivement & ngativement, & il est probable que dans les corps quels
qu'ils soient, la quantit de fluide lectrique qu'ils contiennent peut
tre augmente ou diminue. J'ai observ par un grand nombre
d'expriences que certains nuages sont dans un tat positif
d'lectricit, d'autres dans un tat ngatif, car les boules de lige
qui en sont lectrises se serrent souvent  l'approche d'un tube
frott, & d'autres fois s'cartent  une plus grande distance. J'ai v
arriver cette variation cinq ou six fois en moins d'une demi-heure, les
boules se runissant chaque fois & restant en contact quelques secondes
avant qu'elles se repoussent de nouveau l'une l'autre. On peut de mme
dcouvrir aisment avec une bouteille charge si le feu lectrique est
tir de l'appareil par un nuage ngatif ou s'il y est pouss par un
positif, & quelque soit celui par lequel il sera lectris, soit que ce
nuage se spare de son surplus, soit que son dfaut soit remplac sur le
champ, l'appareil perdra son lectricit. On remarque que c'est souvent
le cas aprs un clair: cependant quand l'air est bien sec, l'appareil
continura d'tre lectris pendant dix minutes ou un quart-d'heure
aprs que les nuages ont pass le znith, & quelquefois jusqu' ce
qu'ils paroissent  plus de moiti chemin vers l'horizon: la pluye
surtout, quand les goutes sont grosses, fait communment descendre le
feu lectrique; & la grle en t n'y manque jamais  mon avis. Quand
l'appareil fut lectris la dernire fois, ce fut par la chte d'une
neige fondu, ce qui arriva dernirement environ le 12. de Novembre;
c'toit le vingt-sixime jour & la soixante-unime fois qu'il avoit t
lectris depuis qu'il avoit t lev, c'est--dire vers le milieu de
Mai, & comme le thermomtre de Fahrenheit n'toit que de sept degrs
au-dessus de la conglation, on prsume que l'hyver n'interrompra pas
entirement les oprations de cette sorte.  Londres il n'arriva que
deux orages de tonnerre pendant tout l't, & l'appareil fut quelquefois
si fortement lectris pendant l'un, que les timbres qui ont souvent t
sonns par les nuages assez fort pour tre entendus dans toutes les
chambres de la maison (les portes tant ouvertes) furent tenus en
silence par le cours presque continuel d'un feu lectrique dense entre
chaque timbre & la boule de cuivre, qui ne la laissoit pas frapper.

Je terminerai cet crit dj trop long par les deux questions suivantes.

1. L'air rarfi tout--coup ne peut-il pas donner le feu lectrique
aux nuages & aux vapeurs qui le traversent, & lorsqu'il est condens
soudain, ne peut-il pas le recevoir d'eux?

2. L'aurore borale n'est-elle point l'lancement du feu lectrique des
nuages positifs aux ngatifs  une grande distance dans la partie
suprieure de l'atmosphre o la rsistance est moindre?





APPENDIX.

      _Comme M. Franklin dans une premire Lettre  M. Collinson a
      parl de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup
      lectrique trs-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en
      consquence a eu la bont d'en envoyer une relation qui se
      rduit  ceci._

Il fit d'abord plusieurs expriences sur des oiseaux, & trouva que deux
gros pots de verre mince dors contenant chacun environ six gallons &
tels que j'ai dit que je les avois employs dans le dernier crit que je
vous ai prsent sur ce sujet, toient suffisante quand ils toient bien
chargs pour tuer des poules ordinaires sur le champ; mais les
poulets-d'inde, quoiqu'ils prouvent de violentes convulsions, & qu'ils
restent tendus comme morts pendant quelques minutes, se rtablissoient
en moins d'un quart-d'heure. Quoiqu'il en soit, ayant ajout trois pots
pareils aux deux premiers sans tre pleinement chargs; il tua un
poulet-d'inde d'environ dix livres, & il croit qu'ils en auroient tu un
beaucoup plus gros. Il imagina que les oiseaux tus de cette sorte
toient extrmement tendres  manger.

En faisant ces expriences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer
beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car
sans y prendre garde il reut un coup de deux de ces pots au travers des
bras & du corps, lorsqu'ils toient presqu'entirement chargs; il lui
sembla recevoir un coup universel depuis la tte jusqu'aux pieds dans
tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc
qui se dissipa petit  petit dans quelques secondes; il fut quelques
minutes avant de reprendre ses esprits au point de connotre ce dont il
s'agissoit, car il ne vit point l'tincelle, quoique son oeil ft tout
prs du premier conducteur, d'o elle frappa le revers de sa main; il
n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il
avoit t considrable; il ne sentit pas davantage en particulier le
coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit caus une enflure
de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras &
le derrire de son col restrent un peu engourdis le reste de la soire,
& sa poitrine fut affecte pendant une semaine comme si elle et t
brise. Par cette exprience on peut connotre le danger qu'il y a, mme
avec les plus grandes prcautions, pour l'oprateur quand il fait ces
expriences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs
tant chargs en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils
ont auparavant tu un poulet d'inde, en les augmentant  proportion de
la taille.




_LETTRE XVI._

_De M. B. FRANKLIN cuyer_
_de Philadelphie_

_ M. D'ALIBARD,  Paris._


_29 Juin 1755._

MONSIEUR,

Il y a long-tems que je dois une rponse  votre dernire lettre, datte
du 20. Juin 1754. Je l'ai reu en Janvier dernier pendant que j'tois 
Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-l j'ai t si
occup de mes voyages en diffrens endroits & des affaires publiques,
que je suis extrmement en arrire avec mes correspondans.

Je vous envoyai l'anne dernire un manuscrit qui contient quelques
nouvelles expriences & des observations sur la foudre; je ne sai si
vous l'avez reu, mais il a t imprim depuis  Londres, & j'imagine
que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoy une copie.

Je vous remercie de la bont que vous avez eu de m'envoyer les quatre
volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c.

Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je
l'ai l avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs
ouvrages que j'aie vs dans aucune langue sur cette matire; cependant
je ne suis pas pour le prsent de son sentiment sur l'article des
jets-d'eau; nanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a trait avec
beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai crit fort au long 
M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne
sai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai
transcrire pour vous.

Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'impermabilit absolu du
verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de
trous faits au verre par le coup lectrique, sont les mmes que nous
connoissons tous; il prouve seulement que le fluide lectrique n'y
passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de mme que l'eau
ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une
pompe percera les carreaux de vitre les plus pais.

Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matire lectrique
des nuages & de prserver de cette forte les btimens, &c. effet dont
vous me dites qu'il semble douter, je vous avourai que je crois que
c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu
tout  fait sur ce sujet. J'en ai parl dans plusieurs de mes lettres &
toujours, except une seule fois, _avec une alternative_, c'est--dire
que les verges pointus leves sur les btimens, & qui communiquent
avec la terre humide empcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne
le faisoient pas, elles le conduiroient de manire que le btiment n'en
seroit pas endommag. Malgr cela quand on xamine mon opinion en
Europe, on ne fait attention qu' la probabilit que ces verges
prviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage
que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit
d'une importance & d'une utilit gales, puisqu'elle consiste  conduire
un coup qu'elles n'auroient pas russi  prvenir, il semble qu'on l'ait
totalement oublie.

Je serai fort aise de connotre les expriences de M. le Roy sur
l'lectricit positive & ngative, quand vous pourrez me les
communiquer.

Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon
vous a donne d'un effet de la foudre tombe  Dijon le 7. de Juin
dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un vnement de la
mme sorte que j'ai v dernirement. tant dans la Ville de Newbury dans
la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la
foudre sur l'glise qui en avoit t frappe peu de mois auparavant.

Le clocher toit une tour quarre de bois leve de 70. pieds depuis le
sol jusqu' l'endroit o la cloche toit suspendu; au-dessus s'levoit
une pyramide aussi de bois, haute de plus de 70. pieds jusqu' la
girouette ou au coq. Prs de la cloche toit attach un marteau de fer
pour frapper les heures; du bout du manche descendoit un fil-d'archal
par un petit trou de foret dans le plancher au-dessus duquel toit la
cloche, & de mme au travers d'un second plancher; sous le plat-fond en
pltre de ce second plancher, & trs-prs couloit horizontalement le
fil-d'archal jusqu'auprs d'une muraille de pltre, le long de laquelle
il descendoit  l'horloge, qui toit 20. pieds au-dessous de la cloche.
Ce fil-d'archal n'toit pas plus gros qu'un lacet ordinaire.

La pyramide fut toute mise en pices par la foudre, & les clats en
furent pousss de tous les cts sur la place o l'glise toit btie,
ensorte qu'il ne resta rien au-dessus de la cloche. La foudre passa
entre le marteau & l'horloge dans ce fil-d'archal sans offenser les
planchers, sans y produire aucun effet, si ce n'est d'agrandir un peu
les trous de foret, sans endommager la muraille de pltre ni aucune
partie du btiment jusqu' l'extrmit de ce fil-d'archal & de celui du
pendule de l'horloge, ce dernier toit de la grosseur d'une plume d'oye.
Depuis l'extrmit du pendule jusqu' la terre le btiment toit fendu &
excessivement endommag; des pierres avoient t arraches des fondemens
& jettes es  la distance de 20. ou 30. pieds. L'on ne pt retrouver
aucune partie du petit fil-d'archal en question entre l'horloge & le
marteau, si ce n'est environ deux pouces qui pendoient au manche du
marteau, & environ autant qui toit attach  l'horloge, le reste tant
saut, & ses particules dissipes en fume & en parties insensibles,
comme il arrive  la poudre  canon  l'approche du feu ordinaire. On
voyoit seulement une trace noire & sale large de trois ou quatre pouces,
plus obscure dans le milieu, plus foible vers le bord sur le pltre le
long du plat-fond sous lequel il passoit, & de haut en bas du mur. Voil
les effets & les apparences sur lesquels je ferai le peu de remarques
qui suivent, savoir.

1. Que la foudre dans son passage au travers d'un btiment, quittera le
bois pour passer dans le mtal autant qu'elle le pourra, & ne rentrera
point dans le bois que le conducteur de mtal ne finisse. J'ai fait la
mme observation dans d'autres occasions par rapport aux murailles de
briques ou de pierres.

2. La quantit de matire fulminante qui passa au travers de ce clocher
doit avoir t bien grande  en juger par ses effets sur cette haute
pyramide au-dessus de la cloche & sur toute la tour quarre au-dessous
de l'extrmit du pendule de l'horloge.

3. Quelque grande qu'ait t cette quantit, elle a t conduite par un
petit fil-d'archal & un pendule d'horloge, sans que le btiment ait t
endommag le long de ces fils.

4. La verge du pendule tant d'une grosseur suffisante, conduisit la
foudre, sans en tre offense; mais le petit fil fut entirement
dtruit.

5. Quoique le petit fil air t dtruit, il avoit conduit la foudre &
prserv le btiment.

6. Et de toutes ces circonstances il parot plus que probable que si un
petit fil semblable avoit t tendu depuis la verge de la girouette
jusqu' la terre avant l'orage, ce coup de foudre n'auroit caus aucun
dommage au clocher, quoique le fil mme et t dtruit.

Je sens que l'histoire naturelle de M. de Buffon me fera beaucoup de
plaisir & m'instruira infiniment. Assurez-le, je vous prie, de mes
respects aussi bien que M. de Fontferriere, qui m'ont donn l'un &
l'autre des marques de leur souvenir dans votre dernire Lettre. Je
suis, &c.

B. Franklin.

_FIN._




TABLE
DES MATIERES.

_Agitation_ de l'eau favorable  l'vaporation, _tom._ II. _pag._ 6.

_Aigrette_ (l') montre d'o vient le feu, II. 168.

_Aiguille_ couche sur un boulet de fer, ou au bout du canon empche de
les lectriser, I. 239.

_Aiguille_ de boussole pirouette prs du premier conducteur, II. 156.

_Aiguille_ dcharge le conducteur en un instant, I. 239.

_Air_: sa circulation, II. 32.

_Air_ sec, ce que c'est, I. 44.

_Air_ (l') n'est point affect par l'lectricit, I. 45.

_Air_ comprim par les vents, &c., condens par la perte du feu, tombe
en rose, II. 13.

_Air_: ses courans diffrens, II. 27.

_Air_ (l') est lectrique & n'est point conducteur de l'lectricit, I.
42 II. 2.

_Air_ frais aprs l'orage, II. 32.

_Air_ rarfi par le feu commun, II. 9.

_Air_ (l') s'abaisse dans les zones froides, II. 27.

_Air_ (l') s'lve dans la zone torride, II. 27.

_Allumer_ par l'lectricit une chandelle qui vient d'tre teinte, I.
94.

_Amazones:_ rivire des... II. 19.

_Analyse_ de la bouteille lectrise, II. 140-160.

_Andes:_ montagne des... II. 18.

_Angles_ aigus d'un corps surcharg d'lectricit se dchargent en
l'air, I. 22.

_Araigne_ factice & anime, I. 96.

_Argent_ fondu  froid dans la bourse, II. 40.

_Atmosphre_ lectrique, I. 8.

_Atmosphre_ lectrique par sa fluidit & sa rpulsion coule pour
remplir l'endroit d'o l'on tire, I. 20. 21.

_Attraction_ des particules d'eau, II. 10.

_Aveuglement_ caus par la foudre, II. 48.

_Aveuglement_ caus par l'lectricit, II. 48.

_Aurore_ Borale: son explication, II. 32.

B

_Baguette_ de mtal reoit l'lectricit & la transmet dans l'instant,
I. 223.

_Baguette_ de verre ne conduit point un choc, I. 224.

_Baisers_ lectriques, I. 95.

_Balances_ suspendus au plancher, I. 242.

_Balances_ dcharges en silence par une aiguille, I. 243.

_Balles_ (deux) de lige suspendus au conducteur, I. 114.

_Batterie_ lectrique, I. 160.

_Bermudes:_ Isle peu sujette au tonnerre, II. 41.

_Bois_ sec est lectrique, I. 138.

_Boule_ de lige lectrise tourne en l'air, I. 44.

_Boule_ de lige suspendu entre le fil-d'archal de la bouteille & un
fil de fer attach au bas de la bouteille, jouera entre ces fils, I. 64.

_Boule_ de lige charrie le feu lectrique du haut au bas de la
bouteille, I. 64.

_Boule_ de lige suspendu encre deux livres couchs sur des verres, I.
79.

_Boule_ de lige suspendu entre deux bouteilles charges semblablement
& diffremment, I. 128.

_Boules_ de lige suspendus  des fils de lin, II. 281.

_Boules_ lectrises diffremment, remises dans leur tat naturel, I.
15. & 16.

_Boulet_ de fer lectris, I. 192. 235.

_Boussoles_ dranges par le tonnerre, II. 134.

_Bouteille_ lectrique ne reoit plus de feu intrieurement quand elle
est puise extrieurement, I. 49.

_Bouteille_ charge par le globe de verre & dcharge par le globe de
soufre, II. 159.

_Bouteille_ lectrise mise sur un corps lectrique conserve son feu, I.
59.

_Bouteille_ charge entre le verre & le soufre, II. 159.

_Bouteille_ lectrise attire & ensuite repousse par son fil-d'archal
une boule de lige, & attire la mme boule prsente  son ct, I. 55.

_Bouteille_ (la) n'a pas la mme atmosphre lectrique en dedans & en
dehors, I. 56.

_Bouteille_ (la) sur de la cire peut tre dcharge par un fer courb,
ou par partie, ou tout d'un coup, I. 68.

_Bouteille_ (une) sur laquelle on auroit tabli une communication de son
fil-d'archal  son ct, ne sauroit tre lectrise, & pourquoi, I. 73.

_Bouteille_ sale & humide en dehors ne sauroit tre lectrise &
pourquoi, I. 74.

_Bouteille_ (la) s'lectrise par le ct aussi bien que par le crochet,
I. 120.

_Bouteilles_ charges de la mme & de diffrentes manires, I. 120-131.

_Bouteille_ (la) lectrise ne se dcharge point sans communication
non-lectrique, I. 131.

_Bouteilles_ suspendus l'une  la queu de l'autre se chargent toutes
en mme tems, I. 135.

_Bouteille_ mince d'un pouce de diamtre donne un coup prodigieux, I.
186.

_Bouteille_ lectrique charge de son propre feu, I. 102.

_Broche_ lectrique. I. 176.

C

_Canal_ ouvert  l'une de ses extrmits, II. 31.

_Canons_ (deux) unis lancent leurs tincelles  deux pouces de distance,
II. 26.

_Canton:_ (Jean) ses expriences, II. 280.

_Capitaines_ de vaisseaux: leur tmoignage, II. 41.

_Carreau_ de verre lectris entre deux plaques de plomb, I. 142.

_Carillon_ lectrique, I. 183. II. 130.

_Cercles_ de carton reprsentant les nuages de mer & de terre, II. 22.

_Cerf volant_ de M. Franklin, II. 182.

_Chane_ dploye susceptible de plus d'lectricit, II. 221.

_Chaleur_ du soleil ne dtruit point l'lectricit, I. 242.

_Chaleurs_ suivies d'orages, II. 33.

_Chandelle_ rallume, I. 94.

_Charge_ & dcharge: leur signification, I. 129.

_Charge_ & dcharge de la rou lectrique, I. 181. 182.

_Chute_ soudaine de pluyes aprs les clairs, II. 21.

_Circulation_ de l'air, II. 32.

_Cire_ (la) peut tre lectrise positivement & ngativement, II. 296.

_Colophone_ sche enflamme, II. 37.

_Communication_ avec le plancher n'est point ncessaire pour qu'on
reoive la commotion, I. 53.

_Communication_ directe entre les surfaces rtablit dans l'instant
l'quilibre dans la bouteille, I. 69.

_Communication_ du feu lectrique se fait avec craquement, I. 30.

_Communication_ extrieure non-lectrique ncessaire pour rtablir
l'quilibre, I. 139.

_Conducteurs_ & non conducteurs, I. 39.

_Conducteur_ d'lectricit, sa construction, I. 28.

_Conducteur_ (le) entre deux globes de diffrente nature, II. 164.

_Conducteur_ qui frappe  deux pouces, I. 29.

_Conducteur_ s'avance vers le corps mouss, I. 31.

_Conducteur_ arrt ou repouss par une pointe, I. 31.

_Conducteur_ (le) ne donne point d'tincelles, quand la communication du
coussin au plancher est interrompu, I. 101.

_Conjectures_ nouvelles sur la thorie du tonnerre, II. 211.

_Conjurs_ (les), I. 172.

_Consquences_ pernicieuses d'une plus grande proportion d'lectricit,
I. 10.

_Conviction_ que la matire lectrique pntre les corps, I. 5.

_Convulsion_ cause par le passage subit du feu lectrique dans les
membres, I. 53.

_Corps_ lectris positivement repousse une plume lectrise; quand il
l'est ngativement ou dans l'tat commun, il l'attire, I. 80.

_Corps_ lectriss ngativement se repoussent comme s'ils l'toient
positivement, I. 67. 193.

_Corps_ (les) lectriques contiennent plus d'lectricit, I. 9.

_Corps_ (les) lectriques, comme le verre, ne souffrent de changement
que d'une surface  l'autre, I. 222.

_Corps_ mouss ne tire l'lectricit qu' trois pouces, I. 30.

_Corps_ (les) ne tirent pas l'lectricit proportionnellement  leurs
masses, I. 24.

_Corps_ non-lectriques servent au verre, comme l'armure  la pierre
d'aimant, I. 144.

_Corps_ non lectriques susceptibles de plus & de moins d'lectricit,
I. 222.

_Corps_ non-lectrique souffre du changement dans sa quantit
d'lectricit, I. 223.

_Couleur_ bleu donne  l'acier, II. 147.

_Courans_ d'air diffrens, II. 27.

_Courans_ d'air diffrens occasionnent l'attraction des nuages & leurs
mouvemens, II. 27.

_Courant_ d'air n'lectrise point, II. 192.

_Courant_ de fontaine lectris, II. 4.

_Coussin_ (le) sur une lame de verre, I. 101.

D

_Dcharge_ ncessaire pour les observations du tonnerre, II. 129.

_Delaware_ rivire, I. 194.

_Dluges_ de pluyes, II. 19.

_Deux_ personnes sur de la cire, l'une frotte le tube, l'autre le
touche, I. 88.

_Deux_ sortes d'lectricit, II. 156.

_Diffrence_ de la matire commune & de la matire lectrique, I. 5.

_Diffrence_ entre un corps non-lectrique & le verre, I. 222.

_Diffrence_ des corps lectriss au dedans & au dehors de la bouteille,
I. 47.

_Diffrence_ entre un corps lectrique & un corps non-lectrique, I. 36.

_Dindon_ tu d'un coup d'lectricit, I. 195. II. 303.

_Direction_ (la) du feu lectrique tant diffrente dans la charge,
l'est aussi dans la dcharge, I. 120.

_Direction_ du fluide lectrique le long des conducteurs, II. 230.

_Dorure_ perce par le feu lectrique, I. 184.

_Dorure_ (la) sur un livre ne conduit plus le choc aprs dix ou douze
coups, I. 191.

_Dorure_ sur un livre dcouverte, par un coup d'lectricit, II. 49.

E

_Eau_, corps non-lectrique, II. 7.

_Eau_ rarfie susceptible de plus d'lectricit, II. 217.

_Eau_ (l') transmet fort bien l'lectricit, I. 190.

_Eclairs_, II. 18.

_Eclairs_ sur un livre entour d'un double filet d'or, I. 98.

_Eclairs:_ imitation des... I. 94.

_Eclats_ de tonnerre, II. 32.

_Effet_ de deux bouteilles, l'une pleinement charge, & l'autre
nullement, I. 127.

_Effet_ tonnant des pointes, I. 235.

_Effets_ opposs du soufre & du verre, II. 158-161.

_Effet_ du tonnerre  Newbury, II. 313.

_Effet_ d'un corps mouss, I. 236.

_Effet_ de l'air sur la matire lectrique, I. 42.

_Effluves_ salutaires des corps non-lectriques, impossibles  tirer par
l'lectricit, I. 225.

_Elancemens_ de lumire du nord au sud, II. 31.

_Elasticit_ compare  l'lectricit, I. 137.

_Electricit_ de deux sortes, II. 156.

_Electricit_ dtruite par du sable, le souffle, la fume de bois, de
chandelle, de charbon, de fer, &c., I. 240.

_Electricit_ (l') rside dans le verre, I. 144.

_Electricit_ (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces,
I. 22.

_Electricit_ (l') ne parot plus aprs l'attouchement, I. 91.

_Electricit_ vitre & rsineuse, II. 156-172.

_Electriser_ positivement ou en plus, I. 77-80. 89-95.

_Electriser_ ngativement ou en moins, I. 78-80. 89-93.

_Elvation_ des vapeurs favorise par le feu commun & par le feu
lectrique, II. 4. 9.

_Eminences_ (les) attirent les nuages, II. 33.

_Epe_ fondu dans le fourreau, II. 40.

_Epuisement_ du coussin, I. 102-114.

_Equilibre_ du feu lectrique dans les surfaces de la bouteille, I. 48.

_Equilibre_ (l') de l'lectricit ne se rtablit point  travers le
verre, I. 49.

_Equilibre_ (l') ne se rtablit dans les surfaces que par une
communication non-lectrique, I. 50.

_Equilibre_: moyen de le rtablir, I, 53. 68.

_Erreur_ de M. Watson, I. 93.

_Esprits_ allums par & au travers de la rivire, I. 194.

_Esprits_ enflamms sans avoir t chauffs, I. 232.

_Essence_ (l') du verre semble consister dans son lectricit, I. 187.

_Etincelles_ frappent plus loin,  proportion que le feu lectrique est
plus fort, I. 245. II. 26.

_Etincelle_ grande ou petite pour l'inflammation des esprits, II. 36.

_Etincelle_ lectrique dchire en perant le papier, II. 40.

_Etincelle_ tire de deux personnes lectrises diffremment, I. 88.

_Etincelle_ plus forte entr'elles, I. 89.

_Expansion_ gale de la matire lectrique dans la totalit d'une masse,
I. 6.

_Exprience_ de Leyde avec un carreau de verre, I. 143.

_Exprience_ de Marly-la-Ville, II. 99-125.

_Exprience_ qui prouve que la matire rarfie est susceptible de plus
d'lectricit, II. 221.

_Expriences_ de M. Jean Canton, II. 280.

_Explication_ de plusieurs phnomnes, I. 89. 90.

_Explication_ de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte, I.
212.

_Explosion_ (l') est la mme si tenant la bouteille par le crochet on la
touche au ct, ou au contraire, I. 119.

_Explosion_ (l') n'lectrise point celui qui tient la bouteille & la
touche, I. 81.

_Explosion_ (l') n'lectrise point, I. 115-118.

F

_Feu_ commun rpandu dans tous les corps, II. 35.

_Feu_ lectrique ne peut tre tir d'un ct s'il n'en entre d'un autre,
I. 51.

_Feu_ (le) lectrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, & non
au contraire, I. 54.

_Feu_ lectrique: moyen de le faire circuler, I. 74.

_Feu_ (le) lectrique doit sortir par o il est entr, I. 120.

_Feu_ lectrique attir par l'eau, II. 2.

_Feu_ lectrique (le) qui sort de l'extrieur de la bouteille, n'est pas
le mme que celui qui entre dans l'intrieur, I. 200.

_Feu_ lectrique rpandu dans toute la matire, I. 207.

_Feu_ lectrique rassembl & non cr par le globe frott, II. 6.

_Feu_ lectrique rassembl par l'agitation sur la mer, II. 7.

_Feu_ lectrique d'un nuage de 10000. cres, II. 26.

_Feu_ lectrique visible en sautant des intervalles & invisible le long
des corps denses & unis, II. 29.

_Feu_ lectrique visible sur un feille d'or, & pourquoi, II. 30.

_Feu_ lectrique & feu commun ne sont point incompatibles, II. 35.

_Feu_ lectrique agit sur le feu commun, & produit l'inflammation, II.
36.

_Feu_ lectrique parot sur le coussin qui frotte, I. 213.

_Feu_ lectrique se transporte dans &  travers les corps
non-lectriques, & non pas  travers le verre, I. 198. 223.

_Feille_ d'or entre deux lames de mtal, dont l'une lectrise, &
l'autre non, II. 58.

_Feille_ d'or plus prs de la lame non-lectrise, II. 60.

_Feille_ d'or bien aigu se soutient prs du conducteur sans lame
infrieure, II. 63.

_Fil_-d'archal dtruit par la foudre, II. 319.

_Fil_ de lin suspendu prs du ventre de la bouteille est attir  chaque
fois que l'on touche le fil-d'archal, I. 62.

_Filet_ d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc,
& pourquoi, II. 57.

_Fluide_ lectrique ne traverse point le verre, I. 197.

_Fluide_ lectrique passe par une flure, I. 199.

_Fluide_ lectrique toujours prt, I. 207.

_Fluide_ lectrique ne se fixe point dans le verre, mais y sjourne sans
adhrence, I. 207.

_Force_ attractive proportionne aux surfaces, & non pas aux masses, I.
25.

_Force_ (la) de l'lectricit est sans bornes, II. 153.

_Forme_ de l'atmosphre lectrique, I. 16.

_Foudre_ (la) dchire, II. 40.

_Franklin_ (M.) rudement frapp, II. 304.

_Froid_ (le) diminue le feu commun, & non le feu lectrique, II. 14.

_Frottement_ (le) enflamme le bois sec, II. 37.

_Frottement_ (le) d'un corps non-lectrique contre un corps lectrique
produit le feu lectrique, II. 6.

_Fume_ de rsine sche ne dtruit pas l'lectricit & forme une
atmosphre, I. 241.

_Fusion_  froid, II. 51.

_Fusion_ des mtaux sans chaleur, II. 56.

G

_Glace_ (la) ne conduit pas l'lectricit, I. 190.

_Glace_ de 1200. pouces quarrs, ses effets, I. lxxxij. 172.

_Globe_ frott: comment il rassemble le fluide lectrique, I. 214. II. 6.

_Globe_ doubl donne peu ou point de feu lectrique, I. 214.

_Globe_ moill intrieurement ne rend point de feu, I. 215.

_Globe_ de cuir, II. 179.

H

_Habits_ mouills sont un prservatif contre les coups de foudre, II. 34.

_Homme_ (un) sur de la cire  qui l'on donne  toucher le fil-d'archal
de la bouteille lectrise, est lectris de plus en plus, I. 77.

_Homme_ (un) sur de la cire tient la bouteille lectrise, & vous en
fait toucher le fil-d'archal, il est lectris de moins en moins, I. 78.

_Homme_ (un) sur de la cire peut tre lectris plusieurs fois par un
autre qui lui prsente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut
s'lectriser lui-mme en la tenant. Moyen de le reconnotre, I. 81.

_Huile_ de trbentine mise en exprience, I. 226.

I

_Idendit_ de la matire du tonnerre & de l'Electricit, II. 120. 185.

_Ide_ d'un nouveau globe, II. 179.

_Imitation_ des clairs, I. 94.

_Importance_ de connotre les loix de la nature, indpendamment du
comment & du pourquoi, I. 27.

_Impermabilit_ du verre, I. 208.

_Impossibilit_ de s'lectriser soi-mme, I. 87.

_Inflammation_ des esprits, I. 94.

_Inflammation_ de la poudre, II. 149.

_Irrgularit_ des clairs, II. 33.

L

_Liqueur_ purgative mise dans la fiole lectrique, I. 229.

_Lumire_ brillante  la pointe d'un poinon, I. 237.

_Lumire_ parot au bout d'une pointe, I. 30.

M

_Magntisme_ communiqu par l'lectricit, II. 135-142.

_Magntisme_ effet de l'lectricit, II. 141.

_Main_ de papier perce par l'tincelle, I. 171.

_Matire_ commune ponge de la matire lectrique, I. 6.

_Matire_ lectrique, sa subtilit, I. 4.

_Matire_ lectrique pntre les mtaux sans rsistance, I. 4.

_Matire_ (toute) ne contient & ne retient pas galement l'lectricit,
I. 8.

_Matire_ (la) contient autant d'lectricit qu'elle en peut contenir,
I. 8.

_Matire_ (la) du tonnerre & la matire lectrique sont la mme, II.
120. 185.

_Matire_ suppose dpourvu de fluide lectrique, I. 12.

_Matires_ non-lectriques mles dans l'air, I. 22.

_Mtaux_ fondus par la foudre, II. 38.

_Mtaux_ fondus d'un coup d'lectricit, II. 39.

_Mtaux_ (les) & l'eau conducteurs parfaits, I. 29. & 40.

_Montagnes_ attirent les nuages de mer, II. 17.

_Mort_ de M. Richman, II. 127.

_Moyen_ de toucher le fil-d'archal de la bouteille lectrise, sans
tirer d'tincelle, I. 120.

_Moyen_ de connotre si les nues, orageuses sont lectrises
positivement ou ngativement, II. 195.

_Moyen_ de rendre bien sensible le feu lectrique en passant du
fil-d'archal au ct de la bouteille, I. 82. 85.

_Moyen_ de prendre la bouteille par le crochet, I. 120.

_Moyen_ de dissiper le tonnerre, II. 44.

_Moyen_ de reconnotre si les nuages orageux sont lectriss ou non, II.
45.

_Moyen_ de prvenir le danger de l'preuve, II. 47.

_Moyen_ (seul) de mettre en mouvement le fluide lectrique du verre, I.
204.

_Moyen_ simple de reconnotre si l'lectricit est positive ou ngative,
II. 174.

N

_Neige_ lectrique, II. 243.

_Nuages_ de mer sont lectriques, II. 8.

_Nuages_ de terre peu lectriss retombent sur la terre, II. 15.

_Nuages_, de mer lectriss s'levent fort haut & son pousss trs-loin,
II. 15.

_Nuages_ attirs par l'lectricit, II. 24.

_Nuages_  diffrentes hauteurs tiennent des routes diffrentes, II. 27.

_Nuages_ lectriss ngativement, II. 198.

_Nuage_ lectris positivement, II. 200.

O

_Objection_ contre la nouvelle hypothse du tonnerre, II. 226.

_Ocan_ (l') compos d'eau & de sel, II. 7.

_Odeur_ du fluide lectrique toujours la mme, I. 230.

_Ondes_, II. 18.

_Orages_ aprs les grandes chaleurs, II. 33.

P

_Papier_ (main de) perce par l'tincelle, I. 171.

_Papier_ perc & noirci par l'tincelle, I. 185.

_Particules_ de matire lectrise se repoussent mutuellement, I. 209.
II. 4.

_Particules_ d'air, dures, rondes, dsunies, II. 8.

_Particules_ d'air allges par le feu commun & par l'eau lectrise
s'levent, II. 11.

_Particule_ d'air environne de douze particules d'eau, II. 12.

_Particules_ d'eau s'attachent aux particules d'air, II. 8.

_Particules_ d'eau rassembles forment la pluye, II. 13.

_Particules_ lectriques attires par la matire, I. 5.

_Particules_ lectriques ne traversent point le verre, mais leur
rpulsion le traverse, I. 209.

_Particules_ lectriques, quoique mutuellement rpulsives, sont
rapproches par l'attraction du verre, I. 209.

_Partie_ de plaisir, I. 194.

_Parties_ composantes du verre extrmement dlies, I. 206.

_Passages_ de l'tat lectrique ngatif au positif, II. 243.

_Pays_ sans montagnes peut-tre arros, II. 20.

_Peinture_ sur la dorure emporte par le tonnerre, II. 49.

_Philadelphie_, I. 194.

_Plein_ (le) & le vuide de feu lectrique se trouvent dans la bouteille,
I. 52.

_Plein_ (le) & le vuide lectrique pressent violemment, l'un pour se
dilater, & l'autre pour se remplir, I. 53.

_Plomb_ granul meilleur que l'eau, I. 94.

_Plume_ attire dans un vase scell hermtiquement, I. 197.

_Plus_ & moins merveilleusement combins, I. 52.

_Plus_ la pointe est aigu, plus elle tire de loin, I. 23.

_Pointes_ (les) poussent aussi bien qu'elles tirent, I. 22. 23. 238.

_Pointes_ (les) tirent aussi bien qu'elles poussent, I. 23. 239.

_Pointe_ (la) d'une aiguille prsente  douze pouces; empche de
charger le conducteur, I. 29.

_Pointe_ (la) lectrise un homme sur de la cire, I. 30.

_Poisson_ d'or, II. 64.

_Ples_ d'une aiguille aimante changs par le coup fulminant, II. 135.

_Pores_ du verre extrmement petits, I. 206.

_Pores_ du verre impntrables  toute autre matire que celle du feu &
de l'lectricit, I. 207.

_Poudre_  tirer enflamme, II. 149.

_Poulet_-d'inde de dix livres tu, II. 303.

_Preuve_ que le feu lectrique pouss dans une bouteille  travers le
fil-d'archal ne la traverse pas, I. 200.

_Preuves_ que l'explosion n'lectrise point, I. 115-118.

_Proportion_ des deux feu pour l'inflammation, II. 36.

_Proportions_ des conducteurs pour le tonnerre, II. 233.

Q

_Quantit_ tonnante d'lectricit contenu dans la plus petite portion
de verre, I. 186.

_Quantit_ gale d'lectricit dans les deux surfaces du verre, I. 210.

_Questions_ sur la formation du tonnerre & de l'aurore borale, II. 301.

R

_Rat_ moill ne peut tre tu par l'lectricit, II. 35.

_Remarques_ de M. Colden sur les lettres de M. l'Abb Nollet, II. 247.

_Rencontre_ de plusieurs nuages de mer & de terre, II. 24.

_Rpulsion_ des particules de matire lectrique, I. 5.

_Rpulsion_ d'une boule de lige suspendu, I. 192.

_Rpulsion_ de la boule de lige dtruite, I. 192.

_Rpulsion_ des particules d'air favorise par le feu commun & par le
feu lectrique, II. 9.

_Rpulsion_ mutuelle des particules lectriques, I. 209.

_Retraite_ sous un arbre pendant l'orage, dangereuse, II. 34.

_Richman_ (M.) tu par l'lectricit naturelle, II. 127.

_Rous_ de moulin  vent &  eau, I. 85. 86.

_Rou_ lectrique, premire construction, I. 172.

_Rou_ lectrique, deuxime construction, I. 179.

S

_Sel_, corps lectrique, II. 7.

_Skuilkil_, rivire, I. 194.

_Silence_ du carillon lectrique, II. 300.

_Soleil_, sa chaleur ne dtruit point l'lectricit, I. 242.

_Soleil_ semble fournir le feu commun, II. 13.

_Soufre_ (le) lectrise ngativement, II. 167.

_Sphres_ lectriques tournes par une manivelle, I. 99.

_Sphre_ d'attraction lectrique, II. 25.

_Subtilit_ des particules lectriques, I. 4.

_Surfaces_ d'une bouteille lectrise sont l'une pleine & l'autre vuide,
I. 210.

_Surfaces_ ne peuvent agir l'une sans l'autre, I. 136.

_Surfaces_ du verre, longueur, largeur & moiti d'paisseur, I. 205.

T

_Tableau_ magique, sa description, son effet, I. 167.

_Tabouret_ lectrique, II. 46.

_Tache_ bleu sur une plaque d'argent, II. 187.

_Taches_ mtalliques sur le verre, II. 53.

_Tasses_ lectrises, I. 195.

_Thrbentine_ (huile de) ne change point l'odeur de la matire
lectrique, I. 228.

_Terre_ sche empche le choc, I. 189.

_Terre_ (la) frape les nuages, II. 205.

_Tonnerre_ artificiel, _hist. a._ I. lxxxii.

_Tonnerre_ s'entend rarement en pleine mer, II. 40.

_Triangle_ quilatral form par trois particules d'air, I. 12. II. 9.

_Triangles_ resserrs ou tendus, I. 13. II. 9-12.

_Tube_ frotte d'une peau de chamois, I. 98.

_Tube_ doubl d'un corps non-lectrique, I. 215.

_Tube_ peut servir de bouteille pour l'exprience de Leyde, moyen, I.
217.

_Tube_ puis d'air, I. 219.

V

_Vapeurs_ de l'eau lectrise le sont aussi, II. 3.

_Vapeurs_ plus abondantes de l'eau lectrise, II. 11.

_Vapeurs_ de la mer lectrises, II. 15.

_Vapeurs_ leves dans la zone torride s'abaissent dans les zones
froides & lancent des clairs, II. 28.

_Vapeurs_ sulphureuses de la terre aisment enflammes par la foudre,
II. 38.

_Vents_ de terre sont secs, II. 15.

_Verge_ de fer de vingt ou trente pieds, II. 46.

_Verges_ de fer pointus, leur effet, II. 237.

_Vernis_ dur & sec brl par l'tincelle, I. 185.

_Verre_ (le) contient beaucoup d'lectricit, I. 38. 138. 202.

_Verre_ (le) a toujours la mme quantit d'lectricit, I. 138.

_Verre_ bris par l'lectricit, I. 186.

_Verre_ contient plus d'lectricit, & la retient plus fortement, I. 9.
183.

_Verre_ n'est par lui-mme susceptible ni de plus ni de moins
d'lectricit, I. 131-136.

_Verre_ impermable  l'lectricit, I. 197-212.

_Verre_ (le) lectrise positivement, II. 167.

_Usages_ de l'lectricit avantageux, mais inconnus, I. 10.

_Usages_ du carillon, II. 132.


Fin de la Table des matires.



De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR.






End of the Project Gutenberg EBook of Expriences et observations sur
l'lectricit faites  Philadelphie en Amrique, by Benjamin Franklin

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freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

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