Project Gutenberg's La ruelle mal assortie, by Marguerite de Valois

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Title: La ruelle mal assortie
       ou entretiens amoureux d'une dame loquente avec un cavalier
       gascon plus beau de corps que d'esprit et qui a autant
       d'ignorance comme elle a de savoir

Author: Marguerite de Valois

Release Date: August 18, 2008 [EBook #26351]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA RUELLE MAL ASSORTIE ***




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                LE TRSOR DES PICES RARES OU INDITES.

                        LA RVELLE MAL ASSORTIE.




                               LA RVELLE
                              MAL ASSORTIE

                                   OV

                          ENTRETIENS AMOVREVX
                          D'VNE DAME ELOQVENTE
             Auec vn Caualier Gascon plus beau de corps que
                  d'esprit et qui a autant d'ignorance
                        comme elle a de sauoir,

                       PAR MARGVERITE DE VALOIS.

                                A PARIS,
                     CHEZ AVGVSTE AVBRY, LIBRAIRE,
                          RVE DAVPHINE, N 16.
                               M DCCC LV.




                  Texte conforme  l'dition de 1644.




Tallemant des Raux, dans l'historiette qu'il a consacre  Marguerite
de Valois, premire femme de Henri IV, s'exprime ainsi: Elle parloit
_phbus_ selon la mode de ce temps-l, mais elle avoit beaucoup
d'esprit. On a une pice d'elle qu'elle a intitule _La Ruelle mal
assortie_, o l'on peut voir quel tait son style de galanterie.
Suivant les diteurs de Tallemant, cette pice ne paroissoit pas avoir
t imprime. Aussi M. F. Guessard, charg par la Socit de l'histoire
de France, de donner une dition des Mmoires et des Lettres de
Marguerite[1], fit, pour retrouver le texte de _la Ruelle_, de
nombreuses recherches qui aboutirent enfin  la dcouverte d'une copie
conserve dans les manuscrits de Fontanieu,  la Bibliothque royale.
Mais la Socit, un peu trop prude de sa nature, ne permit pas  M.
Guessard de joindre _la Ruelle_  son volume. Il put seulement la
publier  part, et des exemplaires en furent distribus aux membres de
la Socit qui en firent la demande.

A l'poque o M. Guessard publia cette pice, qu'il avait tant de
raisons de croire indite, un littrateur distingu, feu M. A. Bazin,
adressa  M. Paulin Paris une lettre que celui-ci a donne, il y a
quelques mois, dans son dition de Tallemant des Raux. _La Ruelle_,
disait-il, existait dj imprime, tout juste depuis deux sicles, dans
un volume publi par le fcond Charles Sorel, et ayant pour titre:
_NOVVEAV RECVEIL DES PIECES LES PLVS AGRABLES DE CE TEMPS, EN SVITE DES
IEVX DE L'INCONNV ET DE LA MAISON DES IEVX. Paris, chez Nicolas de
Sercy, 1644._ _La Ruelle_ en effet y figure  la page 95, et  la Table
des pices elle est annonce en ces termes: _La Ruelle mal assortie, ou
Entretiens amoureux d'vne Dame Eloquente auec vn Caualier Gascon, plus
beau de corps que d'esprit, et qui a autant d'ignorance comme elle a de
sauoir; Dialogue vulgairement appell _la Ruelle de la R. M._

M. Bazin ajoute ensuite avec raison que, compar au texte donn par M.
Guessard, le texte de Sorel offre de nombreuses variantes, presque
toujours  l'avantage de celui-ci. De plus, les rpliques du cavalier y
sont non pas en franais, mais en ce langage franco-gascon que l'on
retrouve dans le _Baron de Foeneste_, et enfin, la dame y est dsigne
par le nom d'_Uranie_. L'auteur du _DIVORCE SATYRIQUE_ faisait
probablement allusion  _LA RUELLE_, lorsqu'il reproche  la princesse
d'avoir usurp  tort le nom d'_Uranie_.

Sorel, comme on vient de le voir, s'est born  dsigner la reine
Marguerite, c'est--dire l'auteur de _la Ruelle_, par les deux initiales
R. M. que ses contemporains expliquaient sans difficult.

Il semble mme, par un motif facile  concevoir, avoir cherch 
dguiser encore l'origine de cet crit assez compromettant pour la vertu
d'une princesse de sang royal, premire femme de l'aeul du roi rgnant:
car dans une autre pice de son recueil, _le Jeu du Galand_, qui prcde
immdiatement _la Ruelle_, il raconte les amusements _d'vne agreable
compagnie, o quelques personnes rcitoient des Dialogues qu'elles
sauoient par coeur, comme, par exemple, celui du Caualier Gascon et
d'Vranie, fut represent par Dorilas et Bellinde; car Dorilas
contrefaisoit le Gascon  merueilles, et Bellinde s'accorda 
contrefaire la Dame amoureuse, pourueu que l'on exceptast les baisers et
autres douceurs, voulant que l'on se contentast du recit, sans qu'aucune
action au moins trop licencieuse y fut jointe: Toutefois Dorilas ne s'en
contentoit guere, disant que c'estoit l vne comedie imparfaite... On
prit,_ ajoute l'auteur, _beaucoup de plaisir  entendre leurs discours
qui estoient tresnafs et qui ont est faits,  ce que l'on croid, pour
quelque Dame d'autorit qui auoit vn galand et fauory; mais cela peut
aussi bien tre attribu  vne autre sans la scandaliser. Il suffit que
l'on se represente vne Dame sauante et vn Amant dont l'esprit luy soit
fort disproportionn, mais dont elle ayme neantmoins aueuglement le
visage et le corps,  cause de leur beaut excellente. Vn tel rencontre
se peut faire en plusieurs lieux_.

Sorel, du reste, n'a pas t le seul  attribuer _la Ruelle_ 
Marguerite. Nous avons dj cit le tmoignage de Tallemant. Il faut y
ajouter encore celui qu'on peut tirer du manuscrit de Fontanieu, publi
par M. Guessard, et o la pice est intitule: _Dialogue d'amour entre
Marguerite de Valois et sa bte de somme_. Enfin l'examen du texte mme
de la pice vient encore confirmer ces conjectures; ainsi, on retrouve
dans _la Ruelle_ des expressions bizarres que Marguerite a employes
dans ses _Mmoires_, et que l'on aurait grand'peine  retrouver
ailleurs[2]. Enfin, c'est bien une reine qui parle, quand Uranie dit 
son amant: _Moy sous qui tout flechit, moy coutumiere de donner des
loix  qui bon me semble, moy qui n'obes qu' moy-mesme... Vous que
i'ay esleu de la poussiere et du limon de la terre._[3] Nous croyons
donc pouvoir, sans hsitation, reconnatre Marguerite comme l'auteur de
_la Ruelle_.

Le recueil de Sorel est excessivement rare; nous n'avons pu le
rencontrer dans aucune des bibliothques de Paris, et c'est seulement
aprs de longues recherches que notre libraire M. Aubry, a pu se le
procurer. Nous pensons donc faire plaisir aux bibliophiles en leur
donnant de nouveau le texte original de cette charmante pice[4], o
Marguerite s'est peinte tout entire. On y retrouve son esprit raffin
et ce libertinage qui fit d'elle la reine la plus dvergonde de son
sicle. Le sujet de la pice s'explique assez par le titre mme que nous
avons rapport plus haut, et que nous lui conservons. Mais quel est ce
galant favoris, si sot et si beau, que Marguerite a mis en scne? Pour
que le lecteur soit  mme de le chercher avec nous, nous allons dresser
une liste, certainement incomplte, des amants de Marguerite. Ce sera le
_Divorce satyrique_ qui nous en fournira la plus grande partie:

1, 2. Quel est le premier amant de Marguerite? Il est aussi difficile de
le dire que de dcider quel a t le dernier; car cette vertueuse
princesse commena, dit-on,  faire l'amour  onze ans, c'est--dire en
1563, et ne cessa qu' sa mort, arrive le 27 mars 1615. On prtend
toutefois que Antragues et Charins peuvent se disputer l'honneur de
l'avoir initie  la galanterie.

3. Martigues.

4. Le duc de Guise, tu  Blois en 1588.

5, 6. Suivant le _Divorce satyrique_, Marguerite ajouta de bonne heure
 ses conqutes celles de ses trois jeunes frres, Charles IX, Henri
(III) et Franois. Son inceste avec Charles n'est point prouv. Il n'en
est pas de mme de sa liaison avec le duc d'Alenon, liaison qui dura
jusqu' la mort de celui-ci. Quant  Henri III, le passage suivant d'une
lettre publie dans le Bulletin de la Socit de l'histoire de France,
ne peut,  ce que nous croyons, laisser subsister aucun doute. Cette
lettre, tire des manuscrits Bthune (n 8698), est sans date ni
signature[5] et adresse au roi, probablement dans l'anne 1578. Elle a
t certainement crite par une femme attache  la suite de Catherine
de Mdicis.

  _Sire,_

_Ma fidellit seroit trop cache si ie ne vous faisoys entendre
promptement le soupon en quoy ie suys de quelque entreprinse qu'a la
Royne, vostre seur, laquelle ie ne puys descouurir; mais vous qui auez
cognoissance parfaite d'elle, ie m'asseure que vous l'entendrez soubdain
qu'aurez vu ceste lettre. Il y a troys iours qu'elle se tient renferme,
et n'a que troys femmes de chambre auec elle, l'vne auec le glaiue,
l'autre auec la paste, et la derniere auec le feu. Tousiours dans
l'eaue, blanche comme lys, sentant comme basme, se frotte et se
reffrotte, faict encensemens, de sorte que l'on diroit que c'est vne
sourciere auec charmes, lesquelz elle maintient  ses plus familieres
amyes que ce n'est pour plaire  aultruy, mais  elle seule. Ie vous
supplie treshumblement, Sire, que pour cest aduertyssement vous ne
laissez de croire que vous estes son coeur, son tout, et que tous ses
dictz charmes se font pour votre seruice, etc._

7. La Mole, qui fut dcapit en Grve en 1574, avec Coconas, pour crime
de conspiration. Marguerite et son amie la duchesse de Nevers, matresse
de Coconas, firent enlever et embaumer les ttes des supplicis.

8. Saint-Luc, l'un des mignons de Henri III.

9. Le clbre Bussy d'Amboise. Quelque reputation qu'il eust d'tre
brave parmi les hommes, il ne l'estoit guere parmi les femmes,  cause
de quelque colique qui le prenoit ordinairement  minuit[6].

10. Le duc de Mayenne, bon compagnon, gros et gras, et voluptueux comme
elle.

11. Le vicomte de Turenne, depuis duc de Bouillon. Tallemant des Raux a
racont,  propos des amours de ce seigneur avec Marguerite, une
anecdote assez dgotante, qu'on nous dispensera de rapporter.

12. Jacques de Harlay, seigneur de Chanvallon, grand cuyer du duc
d'Alenon, grand matre de l'artillerie pendant la ligue, mort en 1630.
On l'appelait _le beau Chanvallon_. De son intrigue avec Marguerite
naquit un fils qui fut capucin sous le nom de _Pre Archange_[7].
Suivant le _Divorce satyrique_, il fut d'abord lev sous le nom de
Louis de Vaux, comme fils d'un sieur de Vaux, parfumeur, demeurant prs
de la Madeleine,  Paris[8].

13. Choisnin, chanoine de N.-D. de Paris.

14. Duras.

15. Son cuisinier, dont on ne sait pas le nom.

16. Saint-Vincent.

17. Aubiac, l'un de ses domestiques, dont elle eut un fils sourd-muet,
qui a longtemps gard les oisons en Gascogne. Aubiac estoit vn escuyer
chetif, rousseau, et plus tauel qu'vne truite, dont le nez, teint en
escarlate, ne s'estoit iamais promis au miroir d'estre vn iour trouu
dans vn lit auec vne fille de France, ainsi qu'il le fut  Carlat. Il
fut pendu  Aigueperse; et au moment de son supplice, au lieu de se
souuenir de son ame et de son salut, il baisoit vn manchon de velous raz
bleu, qui lui restoit des bienfaits de sa dame.

18. Le marquis de Canillac.

19. Pomony, fils d'un chaudronnier d'Auvergne[9], qui, par le moyen
d'vne assez belle voix, qui le discernoit d'auec ses semblables  la
musique de cette reine, s'introduisit enfin de la chapelle  la chambre,
et de la chambre au cabinet pour secretaire... C'est pour lui qu'elle
fit faire les lits de ses dames d'Usson, si hauts qu'on y voyoit dessous
sans se courber, afin de ne s'escorcher plus, comme elle souloit, les
espaules ni les fesses, en s'y fourrant  quatre pieds, toute nue, pour
le chercher[10].

20. Dat de Saint-Julien, fils d'un charpentier d'Arles. Il fut tu, le 5
avril 1606, par un jeune gentilhomme, qui deux jours aprs eut la tte
tranche devant l'htel de Sens, o logeait Marguerite.

21. Bajaumont, de la maison de Duras, mets nouveau de cette affame,
idole de son temple, le veau d'or de ses sacrifices, et le plus parfait
sot qui soit iamais arriu dans la cour.

22. Le Mayne ou le Moine.

23. Villars ou le Villars, musicien. Suivant Tallemant, on l'appelait
vulgairement _le roi Margot_.

Cette liste, quoique fort longue, doit tre trs-incomplte. Charles IX
disait: En donnant ma soeur Margot au roi de Navarre, ie la donne 
tous les huguenots du royaume.--O prophetie trop veritable et digne
d'vne sainte et diuine inspiration, s'crie l'auteur du _Divorce
satyrique_, s'il eust mis le general et non le particulier, et qu'au
lieu des huguenots seuls il eust compris tous les hommes!

On voit que si nous voulions dcider quel est celui de ces amants qui
peut tre le hros de _la Ruelle_, nous serions aussi embarrass qu'en
commenant, et le lecteur conviendra avec nous que c'est chercher une
aiguille dans une botte de foin. Pourtant le n 21 nous semble avoir
quelque chance d'avoir servi de type  la reine pour dpeindre son
cavalier gascon.

Et Henri IV, qui ne rpudia Marguerite que par des motifs politiques,
comment prenait-il les escapades de sa femme? Sauval va nous
l'apprendre.--Un iour, dit-il, que le roi s'amusoit  regarder Paris du
haut de Montmartre entre ses iambes (de cette maniere, les obiets
paroissent beaucoup plus singuliers), et comme il vint  dire:--Que ie
vois de nids de cocus! Gallet aussitt, ce grand ioueur, se mettant dans
la mme posture, lui cria:--Sire, ie vois le Louvre! Dont il se prit 
rire.

  L. L.




NOTES


  [1] Cette dition a paru en 1842.

  [2] Voy. p. 5.

  [3] Voy. p. 14.

  [4] Nous avons eu soin d'ajouter en note les variantes les plus
    importantes que le texte de M. Guessard prsente avec celui de
    Sorel.

  [5] Voy. le texte complet et la notice qui prcde la lettre dans le
    Bulletin du mois de novembre 1852, p. 343.

  [6] _Le Divorce satyrique_.

  [7] Il est appel Pre Ange dans les _Mmoires de Bassompierre_.

  [8] M. Guessard a publi dix-sept lettres de Marguerite  Chanvallon,
    et deux lettres de celui-ci  la princesse.

  [9] Henri III disait en pleine cour: Les cadets de Gascogne n'ont pu
    soler la reine de Navarre: elle est alle trouver les muletiers et
    les chaudronniers d'Auvergne.

  [10] _Le Divorce satyrique_.




                         LA RVELLE MAL ASSORTIE

                                   OV

               ENTRETIENS AMOVREVX D'VNE DAME ELOQVENTE,
            Auec vn Caualier Gascon, plus beau de corps que
                  d'esprit et qui a autant d'ignorance
                      comme elle a de sauoir[11].


VRANIE.

Ha Dieu vous gard, beau Soleil, Que veut dire qu'auiourd'huy plus tard
qu' l'acoutume vous ayez esclair mes yeux?

LE CAVALIER GASCON.

Ie ne sais.

VRANIE.

Comment ie ne say? vos desirs, vos souhaits[12] et toutes vos actions
ne tendent-elles pas  me plaire, et ne sauez vous point qu'absente de
vous, ie suis en de perpetuelles tenebres, et en atente continuelle[13]
que vous me rameniez le iour?

LE CAVALIER GASCON.

Ie biens quand bous me mandez benir.

VRANIE.

Et si ie ne vous enuoyois iamais querir[14], vous ne viendriez donc
point et me laisseriez consommer parmi mes ennemis[15]. Ie vous aprens
qu'vn vray amant doit estre touiours en impatience, bruslant de desir de
voir la chose aimee, et n'atendre point de message, de semonce, ny
d'heure comme vous.

LE CAVALIER GASCON.

Ie suis captif, et ne despens que de bos bolontez.

VRANIE.

Vous apelez donc captivit[16] ma prison au lieu d'vn Paradis[17] de
delices, et trouuez vne grande contrainte de dependre de mes volontez.
Ie veux desormais estre[18] vn peu plus rigoureuse, si ie puis, afin que
vous sachiez quel il fait quand ie suis en mauuaise humeur.

LE CAVALIER GASCON.

Ie prendray patience en mon tourmant.

VRANIE.

O Dieu! quelle Responce! mais laissons ce discours. Vous estes
auiourd'huy trop beau pour se mettre en colere contre vous; Que vos
cheueux sont bien frisez[19], et que vostre rabat est bien mis!

LE CAVALIER GASCON.

Bous me defrisez et m'auatez[20] toute ma rotonde[21].

VRANIE.

Elle en sera mieux toute la iournee, puis que ces belles mains ont pass
pardessus; Mais parlons vn petit[22], n'auriez vous point quelque
nouueau dessein? Ces Dames, sur qui vous tournez si souuent les yeux,
vous auroient elles point donn dans la veu? Respondez; ie say bien ce
que peut vn nouuel obiect sur vne ame inconstante.

LE CAVALIER GASCON.

Ce sont touiours de bos oupinions.

VRANIE.

Mais il faut le sauoir; En vain auriez vous pris auiourd'huy cette
bonne mine; il est croyable[23] que vous auez quelque nouuel Oracle 
consulter.

LE CAVALIER GASCON.

Cela, moy, rien nullement quelconque.

VRANIE.

Mais dites sans mentir, petit rus, Qui deuez vous voir auiourd'huy?

LE CAVALIER GASCON.

Ie ne pense  boir que bous.

VRANIE.

Qui moy? Ie vous ay donc sembl plus belle qu' l'acoutumee; , mon
miroir, qu'en dites-vous? certes il me temoigne qu'il en est quelque
chose, encor que ma perruque soit toute defrisee, et mon rabat bien
noir, que vous en semble, n'ay-ie pas dequoy donner de la passion  vn
honeste homme?

LE CAVALIER GASCON.

Bous me semblez la velle Benus.

VRANIE.

Et vous me semblez son petit Adonis bien plus doillet et coffet[24]
qu'il n'estoit, mais bien moins amoureux que luy, qu'en est-il? dois-ie
croire que vous m'aimiez, et que les demonstrations que vous en faites
soient  mon ocasion, ou bien pour l'amour de vous-mesmes? car les
ieunes gens de ce temps ont beaucoup de considerations en leurs
desseins, et cette douce Philaftie[25] a vn grand pouuoir sur leur
ame[26].

LE CAVALIER GASCON.

Que beut dire Filafetie?

VRANIE.

Ce sont des mots dont on ne deieune point[27] en vostre pays, demandez
le  ces sottes que vous aymez si fort[28]; ie croy qu'elles vous
l'interpreteront promptement[29]; mais, mon peton[30], quand ie vous
regarde ie vous trouue fort bien vestu, et faut dire qu' la verit ces
couleurs claires donnent vn grand lustre au visage, et les bas
d'atache[31] agencent fort vne belle taille.

LE CAVALIER GASCON.

Ils contraignent vien en recompenses.

VRANIE.

H, ie voy bien que c'est, vous voudriez que ie vous laissasse porter
des vanitez[32] pour estre  vostre aise; il n'en sera pas ainsi; il
vous faut des bas entiers, vne fraize, vne plume, vne espee, et sauoir
parler, si vous voulez ressembler vn homme.

LE CAVALIER GASCON.

Il m'est vien abis que ie suis fait comme vn homme.

VRANIE.

Vous vous imaginez d'en ressembler vn quand[33] personne ne vous y
contredit; mais considerez vous bien; Quand vous ne dites mot, qui est
le plus souuent, et vous verrez combien il y a[34] de diference entre
vous et vne statu.

LE CAVALIER GASCON.

I'en bois vien d'autres qui ne parlent point.

VRANIE.

Ainsi voit-on faire quelques oyseaux et quelques perroquets, qui ne
voulant pas parler donnent plus d'enuie de les entendre: Plus la chose
est rare plus elle est dsiree, mesmement de moy qui suis enfin[35] de
l'humeur des bellettes et des coulombes, et qui prens plaisir comme
elles  faire l'amour du bec.

LE CAVALIER GASCON.

Non pas toussiours non.

VRANIE.

C'est donc pour satisfaire  vos brutaux desirs, et pour complaire au
corps de ie ne say quoy dont il a besoin; car mon inclination ne tend
qu' ces petites voluptez qui prouiennent des yeux et de la parole, qui
sont sans comparaison d'vn goust plus sauoureux et de plus de duree que
ces plaisirs que nous auons communs[36] auec les bestes.

LE CAVALIER GASCON.

Ie prens grand plaisir  faire la veste moy.

VRANIE.

Vous auez raison, car c'est sans contrainte et sans y prendre grande
peine; croyez qu'il faut bien veu l'antipathie de nos humeurs, la
discordance de nos Genies, et dissemblance de nos ides, qu'il y ait
quelqu'autre vertu secrette et incognu[37] qui agisse pour vous; car
autrement,  vous bien prendre, vous estes plustost digne de ma haine
que de mon affection[38]. Quoy, vous me respondez des espaules, et
sacrifiez au silence plustost qu'aux graces? N'entendez vous point ce
langage, auez-vous si peu profit aupres de moy, et si peu retenu les
preceptes d'amour que vous en ignoriez les principes?

LE CAVALIER GASCON.

Y bous aime vien sans tant filousoufer.

VRANIE.

Mais mon mignon[39], ne sauriez-vous  tout le moins respondre pour me
contenter, Que vous reconnoissez en moy[40] de nouuelles graces qui
augmentent vostre amour; Que cette amour vous cause des desirs si
insupportables que vous estes contraint d'auoir recours  ma
misericorde, et que si vous ne la pouuez meriter, vous aimez mieux la
mort qu'vne vie si ennuyeuse?

LE CAVALIER GASCON.

La beu en dcoubre le fait.

VRANIE.

La veu peut errer; car vos souspirs peuuent aussi-tost prouenir de
quelque difficult suruenu aux conduits de la respiration, comme pour
le trop attentif arrest que vous ait caus[41] la contemplation de mes
beautez; vostre couleur blesme peut naitre aussi-tost de quelque
indisposition cachee, comme de ce que le sang qui deuroit colorer vostre
teint, est accouru au secours du coeur qui palpite[42]  mon occasion.
Quant aux larmes qu'on voit[43] prendre origine en la propre source
d'amour, outre[44] qu'elles peuueut estre aussi-tost feintes que
veritables, elles ne sont pas moins indices d'vn coeur colere,
despit[45] et malicieux, que d'vn coeur traitable, doux et benin. Ie
vous ay tant de fois dit que vous feriez bien mieux d'employer le temps
 lire Marius Equicola, Leon Hebreu[46], ou les oeuures de nos
Potes[47], qu'en l'entretien de ces coquettes qui parlent touiours, et
ne disent rien qui vaille. O que ie suis lasse de vous tant crier[48].

LE CAVALIER GASCON.

Bous ne me donnez pas le loisir de dormir.

VRANIE.

Vous le sauez bien prendre pour entretenir vos maistresses: Ie say vos
heures, vos reduits, et les bons tours que vous y ioez, et si ie le
soufre, c'est que ie vous dedaigne, et que ie ne desire pas vous punir
autrement que de vous voir en mauuaise compagnie[49].

LE CAVALIER GASCON.

Mon reduit[50] est ma chambre ou bous me tenez toussiours enfermez.

VRANIE.

L'amour est maistre des inuentions; les aisles lui sont donnees pour
aller partout; la tour d'airain d'Acrise[51] est mieux[52] fermee que
vostre chambre, et toutefois il entre dedans[53]: Tout est remply de
Iupiter, et puis o est-ce qu'vn beau Soleil comme vous n'entre point?

LE CAVALIER GASCON.

Ne direz bous onques vien d'aucunes femmes?

VRANIE.

Ie ne blasme point celles qui se contentent d'estre seruies d'vn honeste
homme[54], et lors qu'il ne s'agit que d'vn honeste conversation de la
parole et du regard: I'en blasme seulement l'effusion de sang et
ceux[55] qui comme vous sont gladiateurs  outrance.

LE CAVALIER GASCON.

Sans cela l reste est j[56] de petis enfans.

VRANIE.

Ainsi le tiennent les grossiers et les ignorans tels que vous qui, comme
vrays Satyres et n'ayant pas de quoy[57] continuer longuement vn
discours veulent aussi-tost venir aux prises, interrompans mille petites
delicatesses qui s'espreuuent[58] dans l'entretien et la communication
des esprits.

LE CAVALIER GASCON.

I'aime vien autant[59] le corps qu l'esperit.

VRANIE.

L'esprit pourtant est bien plus  aimer; c'est luy qui tient le coeur
quand la beaut l'a pris: mais il faut malgr la raison que chacun aime
son semblable; et pour vous sans tant subtiliser, la cause en est[60]
que vous estes tout corps, et n'auez point d'esprit; et ne sauriez
iuger des vrayes voluptez en tant qu'elles prouiennent de l'ame par
raison et science[61], mais oy bien des fausses voluptez, parce
qu'elles procedent des sens exterieurs, et encore en iugez vous bien mal
le plus souuent, lors que vous vous laissez coifer  toutes les laides
qui se presentent.

LE CAVALIER GASCON.

Aussi bray[62] y ne suis coif que de bous.

VRANIE.

Il parest du contraire en vos yeux pleins d'inquietude et
d'impatience[63], qui sont toujours en queste de nouuelle proye, et qui
semblent aller chantans avec Ronsard, _Qu'il n'y a rien si sot qu'vne
vieille amiti_[64]; mais ie suis encore plus sote de m'en soucier,
comme si vous en valiez bien la peine, moy sous qui tout flechit, moy
coutumiere de donner des loix  qui bon me semble, moy qui n'obes qu'
moy-mesme[65]. Vraiment ie l'aimerois de vous[66], Monsieur l'ignorant,
de me faire seruir de couuerture, vous que i'ay esleu de la poussiere
et du limon de la terre: vous que i'ay fait naistre en vne nuit[67] sot,
niais, fascheux, melancolique, et bref, pour le dire en vn mot, le plus
grossier[68] Gascon qui soit iamais sorty de son pays: Auez vous point
encore reconu que ce que i'en ai fait[69] estoit pour me moquer de vous,
et pour vous precipiter en mesme temps que vous auriez commenc
d'esperer; Aprenez si vous ne le sauez que ie ne puis ny ne veux aimer
vn sot et vn ignorant.

LE CAVALIER GASCON.

Si bous poubiez pis, bous le diriez.

VRANIE.

Ie suis comme les soldats de Philippe qui nommoient toutes choses par
leur nom; tant que vous persisterez en vos folles amours[70], vous
n'aurez autre nom de moy que de sot, et tant que vous serez sans sauoir
parler ie vous nommeray ignorant.

LE CAVALIER GASCON.

Si y ne suis sabant patience.

VRANIE.

Si croy-ie qu'en vostre age le temps et la peine pouroient enfin faire
quelque chose de bon de vous, et qu'ainsi que d'vn champ fertile i'en
retirerois quelque moisson vtile: mais ie m'aperois bien que vostre
terroir est sterile par vostre faute, Qu'en vain i'y seme, puis que
vostre rude naturel ne s'est p deffricher et changer[71]. Voyez vous
pas que l'extase vous tient, et qu'aussi muet qu'vn poisson, vous estes
le symbole du silence? Estes-vous empierr[72]? l'obiect present est-il
si peu digne de vos regards et de vos paroles, que vous teniez ainsi la
bouche close, et les yeux fermez? Coupez ce filet de grace, et ne soyez
plus si long temps disciple de Pytagore. La Pie Romaine aprs auoir
medit quelques iours, sauoit imiter les sons qu'elle auoit entendus:
C'est en fin faire son profit des leons que l'on a oyes, de parler
apres s'estre teu[73]. Sachons donc en vn mot, pourquoy ne parlez vous
point?

LE CAVALIER GASCON.

Vous en estes la cause.

VRANIE.

Comment en serois-ie la cause? ne vous conuiay-ie pas assez de parler,
et ne vous en donnay-ie pas assez de suiet[74]? Expliquez vostre
Laconisme, ou bien permetez moy que ie iou[75] deux personages, et que
ie responde pour vous. Est-ce qu'offenc de mes veritez, et de ce
que[76] ie me moque ordinairement de vous, la colere et le mal que vous
m'en voulez vous ostent l'enuie de rien dire, ou bien est-ce que
naturellement sot et honteux, vous ne sachiez ny proferer ni exprimer
vos conceptions; ou peut estre que[77] le trop d'amour lie vostre
langue, et occupe vos sens, de faon que ce qu'vn autre moins amoureux
employeroit  dire, vous l'employez  dsirer?

LE CAVALIER GASCON.

Boil la pure berit.

VRANIE.

Si n'en croy-ie rien[78] que sur bons gages. Toutefois cette petite
rosee qui distile le long de vos ioes veut que i'y adiouste quelque
foy; C, que ie la ramasse dans ce mouchoir, et que i'en arouse[79]
l'autel de ma vanit. Mais auoez aussi[80] qu'il n'y a que ces belles
mains qui soient dignes de cette offrande. Voyez les bien, et encore que
ie ne les aye point descrassees depuis huict iours, gageons qu'elles
effacent les vostres, et que toutes mal soignees qu'elles sont, elles
leur font perdre leur lustre. Causons, causons, ie ne veux plus vous
fascher.

LE CAVALIER GASCON.

Y bous en aimeray dabantage.

VRANIE.

C'est tout ce que ie demande de vous, car imitant les Dieux, i'aime
beaucoup mieux obessance que sacrifice, et me plaisant ainsi qu'eux 
mes oeuures, ie voudrois vous pouuoir rendre tel que i'eusse de
l'honneur  ma nourriture[81], et par mesme moyen me payer par mes mains
de ma peine, auec le plaisir que ie tirerois de vostre parlante
conuersation. C donc venez  l'adoration de tant de beautez, et baisant
ces mains que ie vous presente, escoutez et retenez ce que vous me
deuriez dire[82].

_Pourquoy ne voulez vous pas belle Reyne de mes pensees fortifier mon
coeur contre tant d'aprehensions qui l'assaillent, affermissant en telle
sorte ma felicit, que ie puisse desormais viure sans crainte d'estre
depossed? Pourquoy consentez vous que le doute continuel ou ie suis de
vous perdre, rende ma vie moins contente, mon aise moins acomply, et ma
gloire moins parfaite. Suis-ie pas cet adorateur de vos graces, qui ne
respire que vostre nom, et qui estant en action perpetuelle de desirer
ce que ie vois, et d'admirer tout ce que i'oys, suis rauy de tant de_
_merveilles que ie ne scay lequel eslire, ou d'estre tous yeux pour vous
regarder, ou pour vous oyr tout oreilles?_

LE CAVALIER GASCON.

Bous me labez ost de la vouche.

VRANIE.

A la verit c'est tout vostre style: mais voyons comme vous me l'eussiez
dit, et auec quelle grace vous sauez proportionner vos paroles  vostre
passion. Dites:

LE CAVALIER GASCON.

Pourquoy velle Reyne de mes menues pensees[83], n frutifiez[84] bous
mon coeur d'aprehensions, assaillant et affermissant en sorte la mienne
felicit, que puisse bibre sans estre poussed[85], pourquoy consentez
bous que doute continuel[86] de bous perdre rende contente ma bie,
gloire parfaite et moins accomplie[87]? suis-ie pas cet adorateur de bos
Dieu graces, qui empire[88] bostre renom en perpetuel desirer ce que y
bois, ruiner[89] ce que i'oys, qui raby de merbeilles n say lequel
lire[90], ou d'estre tous yeux pour bous oir, ou pour bous regarder
tout oureilles.

VRANIE.

Voyl bon galimatias, et faut confesser qu'il n'y a pas grande peine 
vous faire declarer vne beste, auoant que i'ay tort de vous faire
parler, puis que vous auez meilleure[91] grace  vous taire. Il faut
donc employer desormais cette belle bouche[92]  vn autre vsage, et en
retirer quelqu'autre sorte[93] de plaisir, pardonant  la nature qui
employant tout  polir le corps, n'a peu rien reseruer pour l'esprit;
gardez ce beau langage pour vos autres maistresses[94], et tandis que
cette ruelle est vuide de ces fascheus qui viendront bien tost
interompre nos contentemens, ie veux tirer quelque satisfaction de cette
muette qui ne respond point, et n'en pouuant aracher des paroles, ie
veux au moins en tirer quelqu'autre douceur. Aprochez-vous donc mon
mignon[95], car vous estes mieux prest que loin; et puis[96] vous estes
plus propre pour satisfaire au goust qu' l'oye. Recherchons d'entre vn
nombre infiny de baisers celuy qui[97] sera le plus sauoureux pour le
continuer. O qu'ils sont doux et bien assaisonez[98]. Cela me rauit, et
n'y a si petite partie en moy qui n'y participe, et ou ne furrette et
n'ariue quelque petite etincelle de volupt! mais il en faut mourir:
i'en suis toute esmeu, et en rougis iusques dans les cheueux. Ha, vous
excedez vostre permission, et quelqu'vn s'aperceura de vostre
priuaut[99]. H bien, vous voyl dans vostre element et ou vous
paroissez plus qu'en toute autre chose[100]. Ha! i'en suis hort
d'haleine, ie ne m'en puis rauoir, et il faut (n'en deplaise  la
parole) auoer que, pour beau que soit le discours, cet esbastement le
surpasse, Et peut-on bien dire, sans se tromper, que rien ne se
trouueroit de si doux, si cela n'estoit point si court[101].


FIN.




NOTES


  [11] Voici le titre dans l'dition Guessard: _La Ruelle mal assortie,
    dialogue d'amour entre Marguerite de Valois et sa bte de somme._

  [12] _Var._ Vos soleils.

  [13] _Var._ En tenebres continuelles et en attente perpetuelle.

  [14] _Var._ Et si ie n'enuoyois vers vous.

  [15] _Var._ Assommer parmy mes ennuis, leon qui me parat
    prfrable. Je crois qu'on pourrait mettre: consommer parmy mes
    ennuis.

  [16] _Var._ Captive.

  [17] _Var._ D'vn doux paradis.

  [18] _Var._ Deuenir desormais.

  [19] Ces six mots manquent dans l'dition Guessard.

  [20] _Var._ Gasts.

  [21] Collet empes mont sur du carton.

  [22] _Var._ Parlons.

  [23] _Var._ Est-il pas croyable que vous auez nouuel oracle...

  [24] _Var._ Affet.

  [25] _Philaftie_, du grec [Grec: Philautia], amour-propre. Comme l'a
    fait observer M. Guessard, Marguerite a employ ce mot dans la
    premire phrase de ses Mmoires: Ne voulant qu'on attribue la
    louange que i'en ferois plustost  la philaftie qu' la raison.

  [26] _Var._ Sur les ames.

  [27] _Var._ Ce sont mots dont on ne se doute point.

  [28] _Var._ Tant.

  [29] _Var._ Proprement.

  [30] _Var._ Mon petit peton.

  [31] _Var._ Les bas attachs.--Tallemant des Raux, dans l'historiette
    de Marguerite, dit en parlant de Villars, le dernier amant ou l'un
    des derniers amants de cette princesse qu'il falloit que celui-ci
    eust toujours des chausses trousse et des bas d'attache, quoique
    personne n'en portast plus. (Edit. Paulin Paris, t. I, p. 148.)

  [32] _Var._ Des valises.

  [33] _Var._ D'en ressembler vn grand. Personne...

  [34] _Var._ Combien peu de difference il y a de vous  vne statue.

  [35] _Var._ Aussi voit-on force oiseaux et peu de perroquets: plus la
    chose est rare et plus elle est dsire, et mesmement de moy qui
    suis en cela...

  [36] _Var._ Que nous auons de commun.

  [37] _Var._ Quelque vertu secrette qui...

  [38] On trouve dans l'dition Guessard cette phrase omise dans
    l'dition Sorel: Qu'en penss-vous? Crois-vous que l'antheros que
    vous elevs augmente ainsi mon amour et que leurs mutuels regards et
    leurs volonts rciproques contribuent  leur accroissement?

  [39] _Var._ Mais, peton.

  [40] _Var._ Que vous reconnoisss tous les jours.

  [41] _Var._ Que vous peuuent causer les contemplations de mes beautez.

  [42] _Var._ Qui patit.

  [43] _Var._ Qu'on croit.

  [44] _Var._ On tient.

  [45] _Var._ Depit.

  [46] Mario Equicola, auteur de _Della natura d'Amore_, traduit en
    franais par Chappuys, Paris, 1554, in-8.--R. Juda, dit Lon
    Hbreu, savant rabbin espagnol du XVe sicle, auteur de _Dialoghi de
    Amore_, Rome, 1535, in-4.

  [47] _Var._ Ou Marcel Ficin.--Marsilio Ficino, clbre philosophe
    platonicien du XVe sicle, auteur d'un commentaire sur le Banquet
    de Platon, commentaire intitul: _De Voluptate_, traduit en
    franais, sous le titre de L'Honneste Amour, par G. Lefevre de la
    Boderic, Paris, 1588, in-8.

  [48] _Var._ Ne disent rien, que ie suis lasse de vous en tant crier.

  [49] Voici comment ce paragraphe est imprim dans l'dition de M.
    Guessard: Vous le savs bien prendre pour entretenir vos
    matresses  vos heures. Ie say vos anabaptistes dduits et le
    temps que vous prens pour vous iouer. Que si ie le souffre, c'est
    que ie vous desdaigne et que ie ne desire pas mieux vous punir que
    de vous sauoir en mauuaise compagnie.

  [50] _Var._ Mon dduit.

  [51] Acrisius, pre de Dana.

  [52] _Var._ Etoit bien mieux ferme.

  [53] _Var._ Iupiter entra dedans.

  [54] _Var._ D'vn si honneste.

  [55] _Var._ L'effusion de sang de ceux.

  [56] Jeu.

  [57] _Var._ Les ignorans comme vous qui n'ayant de de quoy.

  [58] _Var._ Qui se trouuent.

  [59] _Var._ I'ayme bien mieux.

  [60] _Var._ Et pour vous, la cause en est sans gueres subtiliser.

  [61] _Var._ Par raison de science.

  [62] _Var._ Aussi bien.

  [63] _Var._ En vos inquietudes et en vos yeux pleins d'impatience.

  [64] _Var._ Qu'il n'est rien de si sot qu'vne vieille amiti.

  [65] _Var._ Moi qui n'obeis iamais qu' mon seul plaisir.

  [66] _Var._ Vrayment me dois-ie plaindre de vous.

  [67] _Var._ En vne nuit parmi les grands, ours mal lech, niais, fat,
    etc.

  [68] _Var._ Le plus goffe (de l'italien _goffo_, lourdaud).

  [69] _Var._ Iusques icy.

  [70] _Var._ En vos sottes amours.

  [71] _Var._ Mais ie m'aperoys bien que le terroir est sterile, et
    qu'en vain i'ay sem et que vostre rude nation ne se peut defricher
    ni changer.

  [72] _Var._ Et, vous en prie.

  [73] _Var._ Et tout, hormis vous, sait enfin faire son profit des
    leons qu'il oit et qu'on lui dicte.

  [74] _Var._ Et ne vous ouvr-ie asss de suiets?

  [75] _Var._ Que ie fasse.

  [76] _Var._ Et de quoy.

  [77] _Var._ Ou bien est-ce que.

  [78] _Var._ Ie n'en croiray rien.

  [79] _Var._ Dans ce linge et que i'en asperge...

  [80] _Var._ Mais adiouts aussi.

  [81] C'est--dire: que votre ducation me ft honneur.

  [82] _Var._ Et retenez ce que vous deuris dire et ce que ie voudrois
    ouir et dites comme moy.

  [83] _Var._ Des miennes penses.

  [84] _Var._ Fortifis vous.

  [85] _Var._ Depossd.

  [86] _Var._ Qu'vn doute perpetuel... conteste ma vie.

  [87] Ces cinq derniers mots manquent dans l'dition Guessard.

  [88] _Var._ De vos disgraces qui ne respire que.

  [89] _Var._ Ruminer.

  [90] _Var._ Eslire.

  [91] _Var._ Trop plus de graces.

  [92] _Var._ Et faut donc occuper desormais vostre bouche.

  [93] _Var._ Quelque sorte.

  [94] _Var._ Pour vos maitresses et le silence pour moy.

  [95] _Var._ Mon peton.

  [96] _Var._ Et puisque.

  [97] _Var._ De baisers diversifis lequel sera.

  [98] _Var._ Bien assaisonez pour mon goust.

  [99] _Var._ Et quelqu'vn s'en apercevra de cette porte.

  [100] _Var._ Plus qu'en chaire.

  [101] Le texte porte, et videmment par erreur: _si cher_.--On lit
    dans l'dition Guessard: Et peut-on bien dire, sans se tromper:
    Rien de si doux, s'il n'estoit si court.




TIR A 180 EXEMPLAIRES:


  150 sur papier verg;
   20 sur papier de couleur;
   10 sur papier vlin;
    3 sur peau de vlin.


Evreux, A. HRISSEY, imprimeur.--M DCCC LV.





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harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
