The Project Gutenberg EBook of Le Canap couleur de feu, par M. de ***, by 
Jean-Louis Fougeret de Montbron

This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever.  You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
www.gutenberg.org.  If you are not located in the United States, you'll have
to check the laws of the country where you are located before using this ebook.

Title: Le Canap couleur de feu, par M. de ***

Author: Jean-Louis Fougeret de Montbron

Release Date: December 14, 2019 [EBook #60918]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CANAP COULEUR DE FEU ***




Produced by Ren Galluvot (from images generously made
available by the Bibliothque nationale de France
(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)









  LE
  CANAP,
  COULEUR
  DE FEU.

  _Par M. de ***_

  A AMSTERDAM,
  Par la Compagnie des Libraires.

  M. DCC. XLI.




LE

CANAP.




CHAPITRE PREMIER.

_La Vergogne du Procureur, & le changement merveilleux du Canap._


Un Procureur qui avoit consum toute sa jeunesse  runer de pauvres
Plaideurs, voulant, comme l'on dit, faire une fin, rsolut de consacrer
 l'himen quelques annes qui lui restoient  vivre. Il jetta, pour cet
effet, les yeux sur la veuve d'un de ses Confreres: elle toit jeune, &
de figure  faire natre des desirs aux plus insensibles. Aussi ses
charmes donnrent-ils si vivement dans la visire de Matre Grapignan,
que pour s'pargner la peine de soupirer en vain, il fut lui offrir sa
vieille personne, & par dessus le march cinquante mille cus, qui
toient le reste de ses petites pargnes. La Dame comptant, comme de
raison, enterrer bien-tt celui-ci avec l'autre, n'hsita point  lui
donner la main. On clbra les nces: quant  la crmonie & au banquet,
tout alla au mieux. Tandis que les parens & amis des Conjoints
tintamaroient  la manire de gens qui ne se sont jamais vs, & qui
s'entretiennent avec cordialit d'un bout de chambre  l'autre, le
nouveau Couple s'clipsa, & fut se retrancher dans le cabinet de
toilette prpar pour Madame.

La porte soigneusement barricade, & la portire par-dessus; Monsieur de
la chicane, crachant d'avance le cotton, conduit sa fringante pouse sur
un canap, o la belle, avantageusement poste, se prpare  lui en
donner pour ses vieilles menteries, & pour son argent. Mon Dieu,
dit-elle, mon ami, quelle chaleur il fait aujourd'hui! En vrit on
touffe. C'est, rpond-il, que nous sommes dans les jours caniculaires.
Voici, continua-t'elle en se couchant  demi, un admirable canap pour
la commodit. Oui, repart-il, rien n'est plus commode. J'y fais la
mridienne depuis dix ans.

Cependant Madame quitte son fichu, & dvoile des appas qui ressuscitent
l'humanit du Procureur. Il s'mancipe, il tte, il baise, il
tressaille... enfin dboutonnant & baissant son haut-de-chausse, il lui
lve la jupe, & se met en posture de lui faire gagner son douaire. Mais
inutilement, aprs avoir su sang & eau, & fait craquer le canap
pendant une heure, il est contraint d'abandonner la besogne.

Comme on se rajustoit tristement de part & d'autre, pour aller rejoindre
la compagnie, on entendit un cri de joie, & tout--coup le canap
changeant de forme, prit celle d'un jeune homme parfaitement beau & bien
fait. Misricorde! s'cria le Procureur plus effray de cette merveille
que sa femme: tes-vous l'ame de quelque malheureux qui auroit besoin de
prires? Je n'ai besoin de rien, rpondit l'inconnu, & je ne suis point
un revenant comme vous l'imaginez. Je n'ai pas cess de vivre, quoique
j'aie t mtamorphos: & si vous daignez me prter une oreille
attentive, je vous conterai mon avanture, aussi-bien vous dois-je cette
satisfaction, puisque c'est  vous  qui je suis redevable d'avoir
recouvr mon premier tat. Ha! dit la nouvelle marie, je vous en
conjure... mais nous n'avons plus de canap, & je ne vois ici qu'un
sige; mon ami, vas-en chercher deux autres. Oh! parbleu, Madame, dit le
nouvel hte, il seroit honteux que vous fussiez entre ici sans
trenner; je profiterai, s'il vous plat, des instans que votre mari
nous laisse. Quoique je serve depuis si long-temps de sige  autrui, je
suis assez repos sur l'article pour vous donner en bref un tmoignage
du respect & de la consideration que j'ai pour vous. Il dit, & fit les
choses si promptement, que le Procureur ne s'apperut de rien  son
retour.




CHAPITRE II.

_Du Pays de l'inconnu, & de ce qui occasionna sa metamorphose._


Quand le trio fut assis, l'inconnu se moucha, cracha & rompit le silence
en ces termes: je suis un Gentilhomme des environs de Liege, alli aux
meilleures Maisons du Pays. Mes biens sont situs sur les bords de la
Meuse, auprs des Ardennes. Je ne vous dirai pas mon nom, parce que je
ne crois point que cela soit bien essentiel; & puis il y a si long-temps
que je suis canap, que je ne sai trop si je m'en souviendrois au
juste. Ainsi je me nommerai, si vous le trouvez bon, le Chevalier
Commode,  cause de la commodit que tant d'honntes gens, y compris
Monsieur & Madame, ont trouve chez moi, lorsque j'tois fait pour la
mollesse, le repos & les plaisirs des deux sexes.

Je n'avois de passe-temps, jadis, que la chasse: ds le matin j'entrois
dans la fort, & je n'en sortois rarement que le soir; tantt je prenois
des oiseaux  la pipe, tantt  la glu, une autre fois aux filets: en
un mot le seul amusement que j'eusse au monde je savois le varier, de
manire que je ne m'ennuyois jamais. Un jour que je m'tois plus fatigu
que de coutume, je m'endormis sous une feuille paisse. De ma vie, il
m'en souvient encore, je n'eus, en dormant, de songes plus agrables: 
la vrit j'tois bien en tat d'en avoir de semblables, n'ayant alors
qu'environ 18. ans. Je m'veillai enivr de ces plaisirs que l'on sent &
que l'on ne dfinit pas. Mais quelle fut ma surprise lorsque je vis 
ct de moi une charmante personne, dont l'image adorable m'avoit occup
si dlicieusement pendant mon sommeil. Elle savoit trop bien lire dans
les coeurs, pour ne point voir ce qui se passoit alors dans le mien:
entran par l'amour, retenu par la crainte, je voulois parler &
n'osois. Ces mouvemens divers lui expliquoient mieux ce qui se passoit
dans mon ame, que tout ce que la parole auroit p me suggerer de plus
dlicat & de plus tendre, & mes yeux interprtes fidles de mes
sentimens, lui tinrent un langage si pressant, qu'elle eut piti de moi
& me parla ainsi:

Vous tes tonn, sans doute, de voir une fille de ma sorte dans ces
lieux sauvages & dserts? Ma foi, Madame, dis-je en me levant, on le
seroit  moins. Ce n'est gures l'usage de trouver des personnes de
votre figure, & pare comme vous l'tes dans les Forts: je ne sai si
ceci est un rve. Non, reprit-elle, vous ne ftes jamais plus veill;
fiez-vous en  moi, je m'y connois:  la bonne heure, repartis-je, mais
ne pourrois-je savoir  qui j'ai l'honneur de parler maintenant? A la
Fe Printanire, rpondit-elle, premiere Dame de compagnie de la Fe
Crapaudine, qui rgne depuis six cents ans dans les Ardennes. Voil,
dis-je, pour une Souveraine, un vilain nom. Oh! si vous la voyiez,
repartit Printanire, vous trouveriez que son nom quadre assez bien avec
sa figure. Mais pussiez-vous ne la voir jamais! que je meure,
rpondis-je, s'il m'en prend envie sur l'ide que vous m'en donnez. Ah!
poursuivit-elle en sopirant, & laissant chaper quelques larmes, vous
ne la verrez peut-tre que trop tt pour votre malheur & le mien; car il
est inutile de vous cacher que je vous aime; & le sort qui vous menace
ne me permet pas de vous laisser ignorer plus long-temps mon ardeur.

Crapaudine vous vit ces jours passez tirer des Merles avec la Sarbacane,
votre bonne mine & votre dextrit lui ont tellement gagn l'ame,
qu'elle a rsolu de vous enlever & de vous faire tireur ordinaire de ses
plaisirs. Parbleu, rpondis-je en colre, que Madame Crapaudine cherche
ses tireurs o il lui plaira, je tire pour mon amusement &... Hlas!
interrompit Printaniere, elle seroit femme  vous faire tirer pour le
sien jusqu' vous mettre sur les dents; car elle mnage si peu son
monde! Ce ne seroit point la fatigue qui me rebuteroit  son service,
repliquai-je, si elle toit aussi aimable que vous, & je fixerois
volontiers mon bonheur au plaisir d'tre attach  une personne de votre
mrite. Eh! bien, reprit Printanire, me regardant tendrement, il ne
tient qu' vous d'tre heureux: Mais dterminez-vous promtement, & voyez
si vous voulez me suivre, tandis qu'il est encore tems. Si Crapaudine
arrivoit, je ne serois point Matresse de vous secourir. Ah! mon
adorable Fe, m'criai-je, pour fur un pareil monstre & vivre sous vos
loix, j'irai, s'il le faut, dans les climats les plus loigns. Ce n'est
pas la peine, dit Printanire, Crapaudine nous dcouvriroit,
fussions-nous au centre de la terre; d'ailleurs ma destine me fixe  sa
cour: je ne puis m'en loigner sans ses ordres. Mais je sais un moyen
de vous avoir tojours auprs de moi, mme  ses yeux. Il n'est question
que de savoir si vous m'aimez assez pour vous rsoudre  tre
mtamorphos en petit pagneil. J'y consens,  condition, nanmoins,
que quand nous serons dans votre appartement, je reprendrai ma forme
ordinaire. Voil qui est fait, repartit Printaniere: en mme temps elle
me donne un coup de baguette & me transporte  travers les airs sous la
figure du plus joli petit chien du monde.




CHAPITRE III.

_Arrive de Commode au Palais de Crapaudine; & comme il y fut accueilli
par les autres femmes de sa Cour._


Nous arrivmes en deux minutes trente & une secondes  l'appartement de
Crapaudine. Printaniere ne m'avoit pas tromp en me disant que son nom
quadroit avec sa figure. La Princesse avoit environ quatre pieds de haut
sur trois de large, de petits yeux louches & fistuleux, tendres &
languissans  ravir; le front petit & triangulaire, les sourcils & les
cheveux du plus beau roux du monde; les jous pendantes & livides, mais
apptissantes; une bouche d'une grandeur trs-honnte, pare d'une
demi-douzaine de dents, couleur de chocolat, le tout merveilleusement
assorti, avec le plus aimable petit nez pointu qu'on puisse voir, ayant
au cou une lgere cicatrice d'croelles, qui ne paroissoit presque pas,
& deux grossissimes tetons multres, qui n'en faisoient qu'un par
l'troite union que la nature avoit mise entr'eux, lesquels toient
tays & retenus par une creve  l'preuve.

Crapaudine assise alors dans une maniere de chaire curule, trs-basse, 
cause de ses petites jambes, & prodigieusement vase, eu gard 
l'norme largeur de ses fesses, s'amusoit avec ses femmes  plucher des
oignons pour une salade de pissant-lits, qu'elle avoit pris la peine de
cueillir, de ses propres mains, sur les remparts du Chteau. Eh bien!
dit-elle d'une voix de basse-contre  Printaniere, avez-vous v mon
tireur de merles? Non, Madame, j'ai parcouru toute la fort, & quelque
xactes qu'aient t mes recherches, je n'ai p en apprendre de
nouvelles. Allez, ma mie, rpondit Crapaudine, vous ne serez jamais
qu'une sotte: on trouve toujours un homme quand on veut le trouver: & si
vous aviez bien cherch... mais je ferai moi-mme mes commissions. Que
demain avant l'aurore tous mes quipages soient prts pour la chasse,
nous verrons si j'aurai meilleur nez que vous. Tarare, voulus-je dire; &
au lieu de tarare, je ne fis qu'aboyer. Oh! oh! demanda la Princesse,
d'o vous vient ce petit animal? Madame, dit Printaniere, il y a quelque
tems que je l'ai: une Bohmienne, en reconnoissance de quelque service
que je lui ai rendu, m'en a fait present. Sait-il faire quelque chose?
Oi, Madame, il danse, il saute, il rapporte. Eh! quel nom lui
donnez-vous? Celui de Bacha. Mettez-le  terre, que je le voye. Venez
ici Bacha. Mais au lieu d'obir, je me mis  lui montrer les dents, & me
retranchai sous les jupes de mon aimable Matresse, o je vis d'avance
une partie des charmes que je me promettois d'inventorier  mon aise
lorsque je serois chez elle. Excusez, Madame, dit Printaniere, il est un
peu sauvage quand il ne connot pas son monde. Ce qu'il y a pourtant de
vrai, c'est que je ne l'tois point alors pour ma belle Fe, quoique je
ne la connusse que depuis quelques momens. Je m'lanois le long des ses
jambes, je lui baisois les genoux; & mes petites pattes & ma langue
alloient fourageant o elles pouvoient atteindre.

Cependant la Princesse ayant achev d'plucher ses oignons, on mit sur
table, & j'eus l'honneur d'tre present  son souper, qui consistoit en
un haricot aux navets pour entre, une oye grasse pour rt, accompagn
de sa salade, & pour entremets un cervelat de la rue des Barres, avec
deux plats de dessert, compos d'un demi-quarteron de poires de Martin
sec, & d'un morceau de fromage de Brie, exhalant une odeur tout--fait
semblable  celle dont Henry IV. faisoit si grand cas. Tandis que
Crapaudine repaissoit ainsi, toutes les Dames du Palais me mangeoient de
caresse, l'une me donnoit du bonbon, l'autre des petits pats  la
crasse de quelques mies qui tomboient de dessus la nappe; celle-ci me
passoit la main sur le dos, celle-l sous le ventre, une autre
m'essuoit les yeux avec mes longues oreilles; (car c'est le dfaut des
chiens d'tre toujours chassieux) enfin, de ma vie je ne fus si bien
ft.

La Princesse ayant cess de manger & dit ses graces, elle fila environ
une demi-bobine de soie par manire de rcration, aprs quoi on la
deshabilla & elle se mit au lit. Quand on nous eut congdis, chacune de
ces Dames vouloit me mener coucher avec elle; mais cela n'tant ni du
got de Printaniere, ni du mien, nous les quittmes, & fmes nous
enfermer dans notre appartement, o ayant repris ma forme, j'emploai
mon temps  toute autre chose qu' lcher, comme je faisois un instant
auparavant. Heureux! si je l'avois moins bien employ! je vivrois
peut-tre encore avec cette charmante Fe; mais il falloit remplir
l'ordre de notre destin.




CHAPITRE IV.

_Les nouveaux Amans pris en flagrant dlit: la disgrace de Printaniere,
& la mtamorphose de Commode en canap pour avoir fait  la Princesse un
affront que le sexe ne pardonne pas._


Nous passmes les deux tiers de la nuit plong dans ce que l'amour a de
plus dlicieux & de plus exquis. Cependant la fatigue nous arrachant 
des plaisirs dont il nous toit impossible de nous rassasier, le sommeil
s'empara de nos sens; & ayant oubli qu'il y avoit chasse le lendemain,
nous dormmes si bien, que Crapaudine nous surprit, Printaniere & moi,
sous la mme couverture. Mon infortune Matresse fut sur le champ
disgracie & transporte dans les airs je ne sais o. Pour moi, la
Princesse m'enferma elle-mme dans une chambre voisine de son
appartement. J'y avois dja pass les deux plus cruelles heures de ma
vie, en dplorant plus la perte de l'objet de mon ardeur, que celle de
ma libert, lorsque Crapaudine entra dans une espece de deshabill, 
dessein, sans doute, de me sduire.

Eh bien! Monsieur le tireur de merles, dit-elle en m'abordant & fermant
scrupuleusement le verroux, vous venez donc dbaucher nos filles?
Savez-vous qu'aucun mortel jusqu'en ce jour n'eut l'audace de
s'introduire dans ce Palais impunment, & que je devrois punir votre
tmrit? Ma foi, rpondis-je, Madame, c'est votre faute. Que ne me
laissiez-vous prendre mes merles en repos? Et qui vous en a empch,
reprit-elle en se donnant des graces? Vraiment, repliquai-je, nous
savons le dessein que vous aviez sur notre personne, & ce n'a t que
pour l'luder que je me suis laiss enlever. Ah! petit tratre,
s'cria-t'elle, imitant le faucet! voil donc de vos tours? Quoi? vous
savez que je vous aime, & au mpris de ma tendresse, de mon rang & de
mes charmes... A l'gard de vos charmes, interrompis-je, je n'en avois
qu'une lgre ide au portrait que Printaniere m'en a fait; mais 
present que je les vois en original, je leur rends toute la justice qui
leur est d. Oh! vous convenez donc de la diffrence qu'il y a de moi 
cette petite tourdie, dont vous vous tiez coff? Assurment,
rpondis-je, vous ne vous ressemblez en aucune faon. ,
continua-t'elle en se haussant sur la pointe des pieds pour me caresser
le menton, ce n'est point assez que vous reconnoissiez ce que je vaut,
il faut m'en donner des preuves. Eh! quelles preuves, Madame,
xigez-vous de moi? Mais... dit-elle en s'inclinant dans une bergere, &
me tirant entre ses bras, il est des choses que la modestie ne nous
permet pas d'expliquer: c'est  vous de les deviner. Puis la passion la
suffoquant, elle balbutia mainte autre belle phrase que je n'entendis
pas. Cependant je ne sais comment cela se fit: je me trouvai la culotte
presque sur les talons, dans un tat passablement honnte; & par un
charme inconcevable, je me mettois en devoir de la besogner, lorsqu'un
lacet de nompareille, qui contenoit sa gorge, venant  rompre, me fit
tomber deux tetons normes au-dessous de la ceinture. Cet accident me
tira de l'enchantement o le diable m'avoit jett; &  l'aspect d'une
joissance si monstrueuse, je ne me retrouvai plus.

Crapaudine nanmoins ayant peine  quitter prise, me serroit toujours
troitement, & se trmoussoit sous moi de son mieux. Mais ses efforts
n'aboutissant  rien, l'amour fit tout--coup place  la rage: &
l'inhumaine me dtachant sur la poitrine un des meilleurs coups de poing
qui se soit jamais donn; je me fis, en tombant  dix pas de l, une
bosse  la tte & une contusion au derriere dont je me ressens encore
aujourd'hui, faute d'avoir t pans dans le temps. Enfin Crapaudine me
lanant, de ses petits yeux chassieux, des regards  faire dresser les
cheveux de frayeur, me pronona cet Arrt.

Pour expier l'injure que tu m'as faite, dit-elle, on prendra dsormais
sur toi les plaisirs que tu n'as p me procurer. Tu serviras
indistinctement  tout le monde, matre & valet; chacun te fera gmir
sous les secousses qu'il te donnera; & tu ne recouvreras ta premire
forme, que lorsqu'entre tes bras on aura commis une faute gale  la
tienne.

En mme temps elle me crache au visage; & avant que je pusse m'essuyer,
je me trouvai canap: incontinent aprs je fus emport par quatre gnies
 Paris, & expos en vente sur le Pont-Saint-Michel.




CHAPITRE V.

_Une celebre embocheuse de filles achete le canap; un Abb
recommandable par ses exploits d'amour, en a l'trenne._


Il n'est pas, continua le Chevalier Commode, que vous n'ayez oi parler
de la Fillon, cette femme si recommandable par les plaisirs clandestins
qu'elle procuroit  tout le monde en bien paant. Ce fut  elle  qui je
fus adjug par enchere; & l'on me plaa, aussitt mon arrive, dans un
cabinet prpar pour les joyeux bats. Comme la Fillon toit extrmement
achalande, je n'y fus pas long-tems sans trenner.

Le premier que j'eus l'honneur de porter, fut un Abb, que ses talens 
rcrer le beau sexe, ont fait parvenir  la Prlature. J'avou que de
mes jours je ne fus secou si vigoureusement &  tant de reprises.
Est-il possible, interrompit le Procureur, que gens de cette robbe
frquentent de semblables endroits? Eh! pourquoi non, reprit le
Chevalier? L'affublement apostolique est-il un prservatif contre
l'incontinence? Si vous le croyez, que vous tes dans l'erreur!
Mettez-vous en tte que la plpart de ceux qui embrassent cet tat,
n'ont en v que de se procurer une vie tranquille & voluptueuse:
xempts de tous les embarras de ce monde, ils n'en connoissent que les
plaisirs; & c'est pour se les assurer, qu'ils se sont imposs la loi du
clibat. A leur habit vanglique, toutes les portes sont ouvertes: ils
s'insinuent adroitement dans le sein des familles, & s'en rendent tt ou
tard les matres; de pauvres maris se voient contraints, pour entretenir
la paix dans le mnage, d'inviter les caffarts  boire leur vin; heureux
encore si on les en quitte  si bon march! Mais tandis qu'ils sont
occups du soin de leurs affaires, que n'ont-ils point  redouter des
manoeuvres de ces pieux fainants. Fy, fy, s'cria la Procureuse,
j'aimerois mieux recevoir chez moi le Rgiment des Gardes qu'un homme
d'Eglise. Ma mie, dit le Procureur, ne voons ni les uns, ni les autres,
ce sont de mauvaises connoissances. Oh! mon fils ce que j'en dis n'est
que pour vous prouver combien je suis loigne d'avoir de liaison avec
aucun membre du Clerg. Il ne faut jurer de rien, rpondit Commode, si
vous aviez connu celui qui me remua de si bonne grace, vous auriez eu
bien de la peine  lui refuser votre estime: au moins suis-je
trs-persuad qu'il n'y a point de femmes  la Cour qui ne lui ayent
accord la leur; & vous conviendrez qu'elles y sont connoisseuses en
mrite, autant & plus qu'ici. C'toit donc un homme bien rare, dit la
Procureuse d'un ton de convoitise? Rare au point, que si j'avois eu
souvent affaire  gens aussi dtermins, je n'y aurois jamais rsist,
eussai-je t de fer: & j'avou  sa gloire, que pendant plusieurs
assembles du Clerg, o j'ai eu l'honneur d'tre exerc par tous les
gros Abbs & Monseigneurs du Monde, je n'en ai jamais trouv de si
francs sur l'article, pas mme chez Messieurs du grand Couvent. Quoy?
s'cria le Procureur, vous aviez la pratique des Cordeliers? qu'y a-t-il
d'extraordinaire  cela? nous avions celle de tous les Ordres Rguliers
& Sculiers de la Ville; & bien nous en prenoit; car les gens du bel air
nous escroquoient si frquemment que nous aurions t contraints mille
fois  fermer boutique, sans les secours quotidiens dont l'Eglise nous
gratifioit. Aussi le Sacerdoce toit-il tojours servi par prfrence
aux autres tats. Ds qu'il se presentoit un pucelage  dnicher,
c'toit un Prlat, ou quelque Prieur bien rent qu'on en accommodoit. A
propos d'aubaine de cette espece, il faut que je vous fasse part de
l'entretien d'un Doyen de Chapitre avec une jeune personne dont il eut
les prmices.




CHAPITRE VI.

_Le prambule du saint homme & ce qui s'ensuit._


Eh bien! ma chere enfant, disoit le pieux Ribaud en la faisant asseoir
sur moi  ct de lui; quel ge avez-vous? J'ai quatorze ans, Monsieur.
Et vous n'avez encore v personne? Qui que ce soit. Tant mieux; car tout
dpend de la faon dont on entre dans le monde: c'est le commencement de
la vie qui dcide pour tout le reste. A l'ge o vous tes, il est
difficile de dbuter comme il faut, si l'on n'est dirig & conduit par
d'honntes gens: quel malheur pour vous, ma fille, si vous tiez tombe
entre les mains de quelqu'homme du sicle! Eh! mais, Monsieur, que m'en
seroit-il arriv, je vous prie? Ce qu'il arrive  ceux qui reoivent de
mauvais principes; vous vous seriez gare. L'esprit de dbauche & de
libertinage est si gnralement rpandu chez les mondains, qu'on risque
tout  les frquenter. Ce sont la plpart des tratres qui vous ayant
ravi votre innocence, vous abandonnent ou vous entranent avec eux dans
les voies de l'iniquit. Voil bien du prambule pour dpuceler une
fille, interrompit le Procureur. En ces sortes de rencontres, rpondit
le Chevalier, il est quelquefois essentiel de prambuler, souvent on ne
recule que pour mieux sauter. D'ailleurs quoique l'on soit d'Eglise, ne
vous imaginez pas que l'on en vaille davantage; si cela toit, chacun
voudroit en tre; le mtier est dja si bon par lui-mme: & puis quand
le Sacerdoce communiqueroit les facults prolifiques, ne faut-il pas que
toute chose prenne fin? Un chef de Chapitre n'est point cens
ordinairement un jeune Clerc. Cependant donnez-vous patience, & vous
verrez qu'il ne s'en tint pas  son Prne. La modestie, continua
Monsieur le Doyen en posant une main sur l'paule de la femelle, &
laissant chaper, comme par hazard, deux de ses doigts entre la chair &
le fichu, la modestie est la vertu la plus ncessaire au sexe; elle
ajoute  ses perfections & diminu ses dfauts: une jolie personne l'est
doublement, quand, loin de s'enorgueillir des avantages dont la nature
l'a favorise, elle les estime toujours au-dessous de ce qu'ils sont, &
ne se presse jamais de les faire connotre. Vous tes dans ce cas-l
maintenant, ou je suis bien tromp; votre fichu derobbe aux yeux des
choses qui doivent tre fort belles,  en juger par ce qui n'est point
cach. Monsieur dit la nouvelle proselite, cela vous plait  dire, je
n'ai rien de beau. Oh! je gage que si, rpond l'homme de Dieu en lui
dcouvrant un ct de la gorge. Comment diable, s'cria-t-il merveill
de ce qu'il voyoit, vous n'avez rien de beau! Ah! friponne! vous serez
fouette. Puis le paillard la couche de son long, lui leve la chemise; &
lui ayant claqu pralablement les fesses, il me fit plier un instant
aprs sous ses efforts: les obstacles enfin augmentant son courage,
j'entendis faire deux ou trois fois ouf  la fille; & je n'entendis plus
rien, preuve qu'il n'y avoit plus rien  faire. Il lui trouva, sans
doute, des allures telles qu'il les lui falloit; car il nous l'enleva
ds ce jour: mais de peur d'tre tt ou tard embarrass pour les frais
de gsine, il la fit pouser  un riche benet de ses amis; au moyen de
quoi le bon Prtre fut dcharg de tout. Peste dit le Procureur,
l'expdient n'est pas d'un mal--droit. Bon, repartit Commode, il n'y a
rien de plus ordinaire que ces sortes de tours de la part de Messieurs
les gens d'Eglise: c'est pour eux que l'on se marie, quand on prend
femme de leurs mains. Vous devez avoir t tmoin de scnes bien
originales, dit la Procureuse, dans une semblable maison? Oui rpond le
Chevalier, & ce sont les Ecclsiastiques qui y ont jou les plus grands
rles. Je vais vous en conter une assez singuliere: mais respirons un
peu auparavant.




CHAPITRE VII.

_D'un Abb qui se faisoit fouetter, pour rveiller en lui la partie
brutale._


Commode ayant pris du tabac, & ternu cinq ou six fois, parce qu'il
avoit perdu l'usage de cette poudre cphalique, dont la principale vertu
est de barbouiller le nez, continua  parler ainsi:

Comme je ne devois reprendre ma premiere forme qu'aux conditions que
vous savez, je ne demandois pas mieux que d'avoir de la pratique malgr
la fatigue que cela me causoit, mettant toujours mon espoir en
l'insuffisance de quelque passe-volant. Un jour donc que je m'ennuyois
d'tre seul, il entra dans mon cabinet une jeune Demoiselle, &
peu--prs un Abb qui pouvoit avoir environ la cinquantaine. Les portes
tant soigneusement fermes, les rideaux tirs, & tout jusqu'au moindre
petit trou bouch avec prcaution; la fille lui cria d'un ton courouc:
D'o venez-vous, libertin? Ne vous ai-je pas dfendu de sortir sans ma
permission? Ma chere mere, rpond l'Abb d'un air soumis, &
contrefaisant au mieux l'Ecolier; je viens du Catchisme. Du Catchisme,
effront!  l'heure qu'il est! vous tes un menteur: En mme tems elle
lui lche deux ou trois soufflets & autant de coups de pied dans le
derriere. Voons, voons, dit-elle, si vous avez profit. Combien y
a-t-il de pchs mortels? Il y en a... Il y en a, ma chere mere, je ne
m'en souviens pas. Comment, fripon que vous tes, vous ne connoissez pas
vos pchs mortels! Oh, je vous apprendrai  les connotre, moi. Allons
vite,  genoux. Ah! ma chere maman, s'cria-t'il, je vous demande
pardon, je les tudierai. Non, non, repliqua-t-elle, s'tant munie d'une
poigne de verges, vous aurez le fouet: culottes bas. L'Abb aprs
quelque legre rsistance dcouvre l'chantillon d'un derrire jaune,
sec & rid. Oh! poursuivit la fille, cela ne suffit pas, il faut tout
voir. Puis elle lui attache la chemise aux paules & lui baisse la
culotte aux jarets. Enfin ds qu'il eut re environ une demi-douzaine
de coups, il feignit de vouloir les esquiver avec les mains, mais elle
les lui lia par devant & l'trilla ensuite jusqu'au sang. Quel diable de
ragot, dit le Procureur! Et qu'arriva-t'il de cela, s'il vous plat?
Qu'il pensa me rompre les reins au mme instant sur sa fouetteuse, & que
jamais on ne s'acquitta d'un exploit de cette espece aussi
vigoureusement. Mais devinez ce qu'il fit pour procder au second? Que
sais-je, rpondit le Procureur, il mangea peut-tre une pomme de
rnette & bt un verre d'eau par-dessus. Point du tout, poursuivit le
Chevalier, il ne fit que changer de rle: au lieu d'Ecolier, il devint
Matre, & la Matresse devint Ecoliere. De faon, dit la Procureuse, que
la Matresse fut fouette  son tour. Justement, rpartit Commode,
l'Abb, pour se remettre en humeur, donna une legre teinte d'incarnat
au derriere le plus blanc & le plus apptissant du monde. Il faut
avouer, ajouta la Procureuse, que voil un secret de ressuciter les
puissances bien singulier & bien bizarre. Vous vous trompez, rpliqua le
Chevalier, rien n'est plus naturel & plus de mode aujourd'hui: cela
s'appelle la crmonie; & il n'y a pas jusqu'aux moindres Communauts
consacres  Venus o l'on ne trouve toujours provision de verges pour
ceux qui sont dans ce train-l. Il n'est pas douteux que la crmonie,
puisque crmonie y a, ne mette le sang en mouvement; & c'est pour les
personnes difficiles  mouvoir, que la chose a t imagine. Les effets
en sont si prompts & si miraculeux, que je serois peut-tre encore
Canap maintenant, si Monsieur en avoit essay avant de tenter
l'aventure. Male-peste, s'cria le Procureur, je ne suis pas si fou:
J'ai t trill en ma jeunesse  saint Lazare, mais autant qu'il m'en
souvient, cette crmonie alors n'toit rien moins qu'amusante pour moi.
Vraiment, je le crois bien, rpondit Commode. Quelle comparaison! la
main d'un grand coquin de Frere Lai n'a point la vertu de celle d'une
jolie femme: si vous aviez t aussi bien aux Feuillantines qu' saint
Lazare, je gage que vous n'auriez jamais voulu en sortir, & que vous
vous seriez aisment habitu aux corrections que de jeunes & fringantes
Soeurs vous auroient donnes. En voici assez, dit la Procureuse, sur
l'article de la crmonie & de son excellence. Tant & si peu que vous
voudrez, rpondit le Chevalier, quand je vous ennuierai, faites-moi
l'honneur de m'avertir. Vous n'tes point fait, rpartit civilement le
Procureur, pour ennuier personne, & nous avons tant de plaisir, Madame &
moi,  vous entendre, que si nous ne craignions d'abuser de votre
complaisance, nous vous prierions de nous raconter quelqu'autre chose.
Volontiers, reprit Commode, coutez cette avanture-ci.




CHAPITRE VIII.

_Quatre Moines se trouvent chez la Fillon sans le savoir, & y font par
occasion ce que l'on fait en si bon lieu._


Deux Mousquetaires assigs un matin par quatre Moines qui venoient leur
demander  dner, firent entendre aux Reverends, qu'il seroit plus
convenable qu'ils mengeassent en maison bourgeoise, qu' l'htel o la
Jeunesse dissolue & peu dvote ne rendoit pas toujours ce qu'elle devoit
 gens d'un caractere aussi respectable que le leur. Les Peres flatts
des gards que ces Messieurs paroissoient avoir pour eux, dfererent 
leur sentiment; & consentirent, pourv que la chre ft bonne  les
suivre par-tout o ils voudroient. En quel endroit mener ces
canailles-l, dit l'un des Mousquetaires,  l'oreille de son camarade?
Te voil bien embarrass, rpondit-il: Parbleu, il n'y a pas tant de
crmonie  faire; menons-les chez la Fillon, personne ne joue mieux le
rle d'honnte femme qu'elle; il lui sera facile d'en imposer  de
pareils nigauts, qui, vraisemblablement, ne la connoissent pas. Il n'est
question que de la dire parente de l'un de nous, & de lui supposer un
nom. Nous l'appellerons, si tu veux, la Comtesse de Grandfond. Oui d,
rpartit l'autre, cela fait un beau nom. Messieurs, dit-il, haussant la
voix, nous irons dner chez la Comtesse de Grandfond, tante du Baron.
Nous y serons bien reus, je vous jure; c'est une Dame qui fait
parfaitement les honneurs de chez elle. A l'gard du crmonial, que
cela ne vous inquite pas: Vous ne serez gnez en aucune maniere, vous
boirez  votre soif, & vous aurez la libert d'aller pisser ds
l'entre-mets, si l'envie vous en prend; ce qui n'est pas une bagatelle,
d'autant plus que dans les tables bien rgles, c'est une espece
d'indcence d'y aller avant le dessert. Ma foi, rpondit un des Peres,
je me mocque de l'indcence; quand j'ai quelque besoin, je ne me
retiendrois pas pour le Pape. N'est-il point du dernier ridicule de
s'asservir  de sottes & frivoles biensances qui ne tendent qu' la
destruction du genre humain? Pour moi, Messieurs, j'aime mieux braver le
prjug que d'en tre le martyr. Tandis que sa Reverence s'expliquoit
ainsi, on avoit dpch un Grison  la Fillon pour la pressentir sur le
personnage qu'elle devoit faire, moyennant quoi la scne fut joue au
naturel.

En vrit, mon Neveu, dit-elle, voyant arriver la Compagnie, vous n'tes
point raisonnable de m'amener ces Messieurs sans m'en donner avis. Je
suis honteuse de n'avoir que mon ordinaire  leur offrir. Madame,
rpondit d'un ton grivois un des Moines;  petit manger bien boire: nous
nous accomoderons de ce qu'il y aura. Bon, bon, rpondit le prtendu
Neveu, ne prenons pas les paroles de ma tante  la lettre, elle se plat
parfois  tromper son monde, &... Savez-vous, interrompit la Fillon,
que Mesdemoiselles Finelame & du Dduit sont des ntres? Morbleu
tantpis, rpartit l'autre Mousquetaire, les Reverends Peres le
trouveront peut-tre mauvais, elles sont si jeunes... Vous vous mocquez,
s'crierent-ils tous ensemble, la compagnie des Dames ne nous fait point
de peur: vraiment, plus on est de foux, plus on rit, il suffit qu'elles
soient de votre connoissance, pour que nous soyons charms de les voir.
Les Enfroqus ne languirent pas long tems dans l'attente, les Belles
parurent au moment mme; & le feu de paillardise qui sortit alors de
leurs yeux, fit connotre aux autres le plaisir que leur faisoit
l'arrive de deux Convives de cette espece. La Fillon fit donner des
siges, & pendant que le dner se prparoit, on tint une conversation
trs-intressante sur les plus beaux lieux communs du monde, en quoi les
Anachortes ne manquerent pas de dployer leur rudition Monastique. Par
exemple, entre les questions qui furent mises sur le tapis, celle de la
puanteur des urines aprs qu'on a mang des asperges fut dbattue avec
toute la chaleur & l'esprit imaginable: on disserta beaucoup aussi sur
les choux-fleurs qui ne font pas le mme effet, quoique l'eau dans
laquelle on les fait cuire devienne infecte au point de n'en pouvoir
supporter l'odeur. Un des Peres, Prdicateur de son mtier, dit  ce
sujet, des choses au-dessus de la porte humaine. Il toit en train de
rsoudre une question encore plus embarassante, lorsqu'on vint avertir
qu'on avoit servi. La dispute, si j'ai bonne mmoire, rouloit en ce
moment sur les pinards & la farce  l'ozeille: les uns vouloient que la
farce  l'ozeille tnt le ventre plus libre que les pinards, les autres
soutenoient le contraire, & chacun dfendoit son avis avec toute la
subtilit & l'loquence que requeroit une matire aussi pineuse; mais
comme le potage refroidissoit, la question resta indcise, & l'on fut se
mettre  table.

Il falloit voir de quel coeur les bons Religieux officioient. Alors on
avoit beau les exciter  parler, leurs rponses n'toient jamais que oui
& non, ou simplement un signe de tte.

Cependant vers la fin du repas, la Fillon sortit, sous prtexte de
quelques affaires. Les Frapparts qui n'avoient encore rien dit aux
Demoiselles, tant  cause du plaisir de manger dont ils s'toient
constamment occups jusqu'au dessert, que par la crainte de dplaire 
la Dame du logis, s'gayerent peu  peu, & quelques verres de Champagne
achevant de les coffer, les Mousquetaires en enfermerent un dans mon
cabinet avec l'une des deux Princesses. Le Reverend Pere Prdicateur qui
avoit conserv le plus de sang froid, quoiqu'il et sabl plus que
personne, courut  la porte exhorter son camarade  la continence, Pere
Pia, s'crioit-il, craignez l'Ange sducteur & les piges qu'il vous
tend. Paroles en l'air; Pere Pia toit dja sur moi, s'agitant & se
demenant comme un possed. Enfin, chacun eut son tour, & le Prdicateur
lui-mme entran par l'exemple, succomba  la tentation, ainsi que les
autres. Il prit le bon parti, dit le Procureur: Pas tant bon, rpliqua
Commode, il y gagna un rhme de chaleur dont la cure lui cota le profit
de deux ou trois annes de Sermons de Carme.

Mais pour revenir au Pere Pia, l'un des Mousquetaires faisant mine de
caresser la Demoiselle  qui il venoit de prodiguer son encens; Ah!
Monsieur, s'cria-t'il: Par piti, ne nous enviez pas ce petit
quart-d'heure de rcration: Vous autres gens du monde, vous en trouvez
les occasions quand il vous plat, cela ne vous manque pas plus que le
boire & le manger; mais de pauvres diables de Moines, tels que nous,
n'ont pas cet avantage: Nous sommes comptables au Public &  nos
Communauts de la moindre de nos dmarches. Hlas! si vous nous empchez
de profiter de cette aubaine-ci, il ne s'en presentera peut-tre point
une semblable de six mois: Mettez-vous un moment en notre place, six
mois de jene pour gens de bon apptit, cela fait une bien cruelle
preuve. A d'autres, cria le Mousquetaire, vous n'en faites jamais de si
longue. Je vous demande pardon, rpartit Pere Pia, jusqu' ce que nous
soyons dans les Dignits de l'Ordre, on observe notre conduite de plus
prs que vous ne l'imaginez: Nos Suprieurs sont des tyrans qui n'en
veulent que pour eux.

De si sages & judicieuses remontrances furent reues comme elles
devoient l'tre, continua le Chevalier, & les Moines & les filles ayant
sacrifi  Venus &  Bacchus jusqu' n'en pouvoir plus; on termina la
fte en les mettant tous  la porte dans l'tat o ils toient. Cela
n'est gures charitable, dit la Procureuse. Ah! les coquins! repartit
Commode, plut  Dieu les et-on renvoys avec cent coups d'trivieres:
ils m'ont tellement contamin & disloqu ce jour l, que la Fillon me
jugeant incapable de servir davantage, fut oblige de se dfaire de moi.




CHAPITRE IX.

_Des joueurs de convulsions achetent le canap._


La sort me fit tomber dans une maison de convulsionaires; mais j'avois
t si maltrait dans ma premire condition, qu'on me rduisit presque
en canel  la troisime ou quatrime sance; de faon que mes nouveaux
htes songerent encore  me rformer... Oh! parbleu, interrompit le
Procureur, puisque vous avez t chez des convulsionaires, vous voudrez
bien nous apprendre ce que sont au juste ces gens-l; on en dit des
choses si merveilleuses! Merveilleuses pour les sots, rpondit Commode,
car les personnes claires & impartiales, ne seront jamais dupes de
leurs friponneries. C'est une espece d'enthousiastes ou de fous, comme
il vous plaira, dtachs d'une secte  laquelle il toit difficile
autrefois de refuser son estime, mais qui s'est dgrade par de
mauvaises parades qu'elle fit representer, il y a quelques annes, dans
un lieu saint, & s'est rendue chez les honntes gens aussi mprisable
que son antagoniste.

Comme la sagesse du gouvernement ne se prta point aux trivlinades de
ces Farceurs, ils firent depuis plusieurs bandes, & s'assemblerent dans
des maisons particulieres, o ils continuent  jouer leurs fanatiques
scnes. Mais, demanda la Procureuse: Quels avantages prtendent-ils
tirer de toutes ces folies? Ceux d'en imposer au peuple crdule, de
gagner sa confiance & de se rendre dans la suite, s'il est possible, un
parti considerable. L'honneur d'tre  la tte d'une Secte pour ces
sortes de gens affubls de noir, n'est pas moins flatteur & dlicieux
que celui d'avoir le commandement gnral d'une arme. La vaine gloire &
l'ostentation sont les mmes dans le coeur de tous les hommes; elles ne
font que changer d'objets selon les diverses professions qu'ils
embrassent. Vous n'avez donc rien trouv, poursuivit la Procureuse, de
fort extraordinaire dans ce que font ces sortes de Bateleurs? Non, en
verit, rpliqua Commode, leurs plus beaux tours de force, d'adresse &
d'quilibre, ne valent pas,  beaucoup prs, ceux de la Troupe des
sieurs Colin & Restier, & je puis vous assurer, que le premier
Convulsionaire du monde, n'est pas digne d'tre mis en parallele avec le
dernier Sauteur de la Foire. Songez-vous, dit le Procureur, que vous
offensez une infinit d'honntes gens par un parallele aussi ingal? Il
ne l'est pas tant que vous le croyez, rpartit le Chevalier; s'il y a
des personnes d'un rang distingu qui se mlent de convulsioner, on peut
vous en citer qui dansent sur la corde, voltigent, marchent sur les
mains & hazardent le saut prilleux sur des matelats: Jamais les
Seigneurs n'ont eu tant d'mulation qu'aujourd'hui pour tous les
exercices, except pour ceux qui conviennent  leur tat. Cela est bien
louable, reprit le Procureur. Au moins, continua Commode, tout le mal
qui peut arriver d'un got si extravagant, c'est de se casser le cou; &
dans la societ quelques cous de plus ou de moins ne font pas une
affaire. Mais, morbleu, s'tudier  gter la cervelle du pauvre monde
par de sacrilges histrionades, c'est ce que je ne puis digrer; & si
j'en tois cr... Vous n'tes point l'Aptre des Convulsionaires,
interrompit la Procureuse. Ce seroit l'tre d'une bande de Sclerats,
rpliqua le Chevalier. Combien de jolies filles ne m'ont ils pas fait
passer sur le corps, pour n'y faire autre chose que des grimaces & des
contorsions horribles! Vraiment, dit le Procureur, ce n'toit point l
votre compte: Je ne suis pas surpris que vous soyez si mcontent; avec
des personnages de cette espece, vous auriez p mieux employer votre
tems. Il est vrai, rpondit Commode, mais c'toit ma destine de n'tre
plus employ au dduit que chez vous, comme vous allez voir.




CHAPITRE X.

_Le Canap vendu  une Dvote, les peines & les mortifications qu'il
essuye  son service._


Je vous ai dja dit que mon dernier exercice de chez la Fillon m'ayant
rduit dans un tat qui faisoit piti, il n'toit pas possible que je
demeurasse long-tems o la fatigue toit si grande: aussi me vendit-on
bien-tt. Ce fut une dvte qui m'acheta: cela faisoit une condition
tranquille,  la verit, mais ennuieuse au-del de toute expression.

Ma trs-rvrente & dgoutante Matresse me fit placer dans sa chambre,
de sorte que j'avois l'avantage d'tre tojours en sa prsence, & celui
de l'entendre faire ses oraisons. Tout son train & sa compagnie
ordinaire consistoient en une idiote de servante, un chat, un chien & un
vieux Directeur qui l'aidoit charitablement  mdire de son prochain, &
 manger son revenu. Cet homme-l toit bien complaisant, dit la
Procureuse; tous ceux de sa profession le sont extraordinairement,
repartit le Chevalier, sur tout quand ils trouvent leur avantage 
l'tre: celui-ci n'eut point  se repentir de l'avoir t; car la bonne
Dame lui lgua tout son bien au prjudice d'un frere qui n'toit rien
moins qu' son aise. Quoi, cette malheureuse se piquoit de piet &
commit une injustice aussi criante! Que vous connoissez peu les
privilges de la dvotion, s'cria Commode! ce qui seroit inique pour
des profanes, tels que nous, ne l'est nullement pour les dvts. Ils ont
fait un concordat avec le Ciel qui les dispense de bien faire. Une
action dont la noirceur rvolteroit l'humanit chez les gens ordinaires
devient, par leur crdit, une action digne d'tre grave dans les fastes
& propose  l'univers pour exemple. Et quel toit, demanda le
Procureur, votre emploi dans cette Boutique? je servois  tout hormis 
l'essentiel, rpondit le Chevalier; & jamais le nom de Commode ne me
convint mieux qu'en ce lieu-l.

Monsieur Ventru, c'toit le nom du Directeur, gromeloit ordinairement
son Breviaire sur moi, ou y reposoit sa sainte personne aprs le repas;
& le bon-homme ayant le dfaut, ainsi que ses semblables, de manger un
peu goulument, donnoit, sans faon, carriere  son ventre, &
m'empoisonnoit tous les jours par les vapeurs d'une fausse digestion. La
peste soit du bouc, dit le Procureur, en se portant la main au nez! Ce
n'est point l le pire, continua Commode, la Dvte prenoit
journellement un anodin; & comme vous savez que cela ne se prend pas si
exactement qu'il ne s'en chape toujours quelque chose, j'avois la
mortification d'humer ce qu'elle ne pouvoit retenir. Il arriva mme un
jour, que je pensai tre noy par la mprise de la Servante: c'toit
elle qui toit charge du soin d'abreuver le derriere de Madame.
L'innocente Jeanne ayant mal pris cette fois l ses dimensions, lui
chauda le canal de l'urtre & ses dpendances. La bonne Dame, peu
habitue  tre injecte en pareil endroit, serra les fesses, & emporta
la canulle d'un coup de croupe; de maniere que je ne perdis pas une
goutte de la dcoction. Et que fit-on  la pauvre Jeanne, demanda le
Procureur, pour l'expiation d'une semblable faute? On la condamna 
recevoir vingt coups d'trivires; laquelle Sentence M. Ventru prit la
peine d'excuter dans la minute; & ce fut sur moi que la tragdie se
passa. Jeanne reconnoissant son crime se coucha modestement, & livra son
derriere  la merci du vieux Directeur, qui, malgr sa rsignation, ne
lui fit grace de rien. Ces gens d'Eglise, dit la Procureuse, sont sans
piti. Il est vrai, rpartit Commode; la duret de coeur est un dfaut
qu'on leur reproche avec justice; mais en telle circonstance, un homme
du monde n'auroit pas t plus traitable: Jeanne toit jeune & jolie,
elle avoit la peau belle & de l'embonpoint: Tant de charmes flattoient
trop la ve pour ne pas mettre  profit les instans o il toit permis
de les admirer; & comme cela ne se pouvoit faire dcemment qu'
l'occasion de la peine inflige  la patiente, le bon-homme Ventru ne se
pressoit pas de finir, & comptoit distinctement tous les coups qu'il
lchoit, ainsi que tout paillard, Prtre ou non, auroit fait en sa
place... La pauvre fille! interrompit le Procureur, il falloit qu'elle
et bien de la patience. Par sangbleu, repliqua le Chevalier, il falloit
que j'en eusse bien davantage moi. Ce n'toit point assez que je fusse
sans-cesse infect & sali par les deux plus vilains derrieres de France,
j'tois encore le souffre-douleur des btes de la maison. Thatre
ternel des querelles du chien & du chat, j'avois toujours  ptir de
leur mesintelligence. Le moindre petit os  ronger, allumoit entr'eux
une guerre civile dans laquelle j'hritois d'ordinaire maints coups de
griffes & de dents: Matre Minet, mme en sa meilleure humeur, aiguisant
nonchalamment ses ongles crochus sur ma peau, me dcoupoit chaque jour
quelque partie du corps. Et Monsieur est tmoin que j'tois presque en
lambeaux, lorsque Madame eut la courtoisie de prendre cong de ce monde,
pour aller en l'autre.




CHAPITRE XI.

_Le Canap entre chez le Procureur, & y recouvre sa premire forme au
bout de dix ans._


Dlabr & dguenill, comme je l'tois alors, il n'y avoit qu'un
Philosophe, ou un homme ennemi de l'ostentation tel que vous, qui pt se
charger d'un aussi mauvais meuble que moi. Enfin, vous ftes assez
modeste pour ne me pas juger indigne de dcorer votre cabinet. Eh! Mais,
dit le Procureur, vous n'aviez pas mauvaise faon, quand ma nice vous
eut racommod, vous tiez comme tout neuf. Tudieu, repartit le
Chevalier, vous parlez d'une fille d'un grand merite; je n'ai jamais v
coudre & tricoter de meilleure grace. Avouez, Papa, que vous en tiez un
peu fru, & qu'il n'a point tenu  vous d'avoir quelques privauts
incestueuses avec elle. Vous souvenez-vous d'un jour que la trouvant
endormie sur moi, vous lui glisstes une main sous la jupe? Oh!
rpliqua-t-il, c'toit seulement pour voir si elle toit chatoilleuse.
Votre Matre-Clerc, reprit Commode, eut la mme curiosit un matin que
vous tiez au Palais: Je croyois, ma foi, qu'elle toit en ltargie.
Quoi? poussa-t-il les choses assez-loin pour... Belle demande! Il s'y
prit si legerement, qu'il fit tout ce que vous aviez envie de faire; &
il n'y eut que cela qui l'veilla. Ah, la coquine! Peut-on avoir le
sommeil si dur? J'aurois rpondu, sur ma tte, de la sagesse de cette
fille-l. Mais, repartit le Chevalier, vous n'auriez point eu tort,
Mademoiselle votre nice fesoit une fille aussi sage qu'une autre.
Comment, morbleu, vous appellez sage une malheureuse qui s'abandonne 
un faquin de Clerc... Eh! sait-on ce que l'on fait quand on dort? Ds
que la raison & le jugement ne sont point de la partie, toutes les
actions sont indifferentes; or vous savez que dans le sommeil on
extravague plus qu'on ne raisonne... A la bonne-heure, interrompit
l'homme de chicane, il est tout simple d'extravaguer en dormant; mais
que l'on fasse des enfans sans s'en appercevoir, c'est ce qu'on ne me
persuadera point. Vraiment, rpondit Commode, je ne dis pas que votre
nice ne se soit point apperue de quelque chose, mais la besogne toit
dj si avance, lorsqu'elle s'avisa de le sentir, qu'il y auroit eu du
ridicule  elle de vouloir l'interrompre.

Le Chevalier avoit  peine cess de parler, qu'on heurta  la porte du
cabinet. C'toient plusieurs aimables de la nce, qui s'impatientant de
ne pas voir les nouveaux mariez, les plaisantoient  travers la serrure
& leur lchoient mille jolies petites saillies bourgeoises sur la
longueur de leur tte  tte.

Commode qui n'avoit plus rien, ou trs-peu de chose  dire, n'ayant
entendu que le jargon barbare des Coutumes, pendant qu'il toit chez le
Procureur, fut charm d'avoir un honnte prtexte de se taire. Il
vouloit prendre cong de Monsieur & de Madame: mais on le retint de
force, & il fut du souper: on prtend mme que la Procureuse trouva
moyen de l'introduire dans sa chambre; & que tandis que reposoit le
bon-homme  qui l'on avoit eu la prcaution de faire prendre un breuvage
soporatif, ils veillerent tous deux au grand contentement l'un de
l'autre.

Cependant le Chevalier aspirant au bonheur de revoir ses foyers, comme
un Picard qui a la maladie du Pays; partit quelques jours aprs malgr
les larmes de la Procureuse, & les promesses qu'elle lui fit de
l'pouser aussitt qu'elle auroit expdi son nouveau mari.

Le destin avoit arrt qu'il retournt  ses premires amours; & la Fe
Printaniere devoit tre la recompense de toutes les peines qu'il avoit
souffertes pour elle.

Le clbre Auteur de l'Almanach de Lige, homme digne de foi, si jamais
il en ft, assure qu'il la retrouva fidle. Quoiqu'il en soit Crapaudine
consentit  leur mariage,  condition, nanmoins, que Commode, avant
toute chose, rpareroit amplement la faute qui avoit caus ses
disgraces. Le pas toit glissant; il y avoit tout  craindre qu'il ne
faillt encore. Printanire qui savoit qu' toute sorte d'xercices un
peu d'habitude est ncessaire (elle ignoroit, sans doute, que la
Procureuse y avoit pourv) se hata de lui donner quelques leons, puis
lui ayant fait prudemment avaler une demi-douzaine d'oeufs frais, avec
deux cuilleres de garu, elle le conduisit chez Crapaudine.

La Princesse avoit eu soin de se prcautionner d'un double lacet: pour
soutenir le poids immense de sa gorge, souponnant que la chute imprvue
d'une aussi grande quantit d'apas pouvoit jadis avoir caus au
Chevalier la distraction dont elle l'avoit puni si rigoureusement.

Elle toit mise  ravir. Coffure en papillon, croix  la dvte &
pendeloques de strass, robbe & jupon de taffetas gorge de pigeon en
falbalas, chaussure  l'Angloise, panier du Pont-au-Change, & tant de
jolies choses releves par deux grandes mouches sur les temples avec un
petit oeil de vermillon.

Commode ne put s'empcher de faire un clat de rire, la voyant ainsi
pare. Heureusement son Altesse, qui avoit trs-bonne opinion
d'elle-mme, attribua ce mouvement de guat au plaisir qu'il avoit de
la revoir. De maniere qu'il fut trs-bien accueilli. Enfin, grace au
garu & aux oeufs frais, il obtint son pardon, & deux jours aprs son
mariage ayant t declar avec Printaniere, Crapaudine, pour l'attacher
 sa maison; cra la Charge de Grand Sarbacanier de la Couronne, dont
elle le revtit  cause des talens extraordinaires qu'il avoit montrs
autrefois pour le noble exercice de la Sarbacane.


FIN.




Note sur la transcription lectronique

On a reproduit  l'identique l'orthographe de l'original imprim.

On a appliqu l'intgralit des corrections manuscrites prsentes sur
l'exemplaire original (8 B 19150 / B.L. 14468 de la bibliothque de
l'Arsenal), qui rapprochent le texte d'autres ditions de l'poque, et
dont voici le dtail:

  ajout de "&" (jeune, & de figure  faire natre)
  continua-t-'il > continua-t'elle (continua-t'elle en se couchant)
  vous > nous (des instans que votre mari nous laisse)
  ajout de "en" (fiez-vous en  moi)
  l'avouez, vous trouverez > la voyiez, vous trouveriez
      (Oh! si vous la voyiez, vous trouveriez)
  promet > permet (le sort qui vous menace ne me permet pas)
  & me > me (Eh! bien, reprit Printanire, me regardant tendrement)
  ajout de "joli" (la figure du plus joli petit chien)
  de salade > de sa salade (accompagn de sa salade)
  sene > sexe (un affront que le sexe ne pardonne pas)
  deriver > deviner (c'est  vous de les deviner)
  Pour > Puis (Puis la passion la suffoquant)
  dtournai > retrouvai (je ne me retrouvai plus)
  cracha > crache (En mme temps elle me crache au visage)
  affablement > affublement (L'affublement apostolique)
  leur > le (pour entretenir la paix dans le mnage)
  d'eviter > d'inviter (d'inviter les caffarts  boire leur vin)
  membe > membre (d'avoir de liaison avec aucun membre du Clerg)
  trs-persuade > trs-persuad (au moins suis-je trs-persuad)
  le Procureur ... courtoisie > la Procureuse ... convoitise
      (un homme bien rare, dit la Procureuse d'un ton de convoitise)
  ajout de "en" (& bien nous en prenoit; car les gens du bel air)
  coucha ... leva > couche ... > leve
      (le paillard la couche de son long, lui leve la chemise)
  reprond > rpond (Ma chere mere, rpond l'Abb d'un air soumis)
  feignoit > feignit (il feignit de vouloir les esquiver avec les mains)
  rigoureusement > vigoureusement (de cette espece aussi vigoureusement)
  vois > crois (je le crois bien, rpondit Commode)
   un Reverend > aux Reverends (firent entendre aux Reverends)
  lequel > laquel[le] (l'eau dans laquelle on les fait cuire)
  de d'trivieres > d'trivieres (avec cent coups d'trivieres)
  porta > prta (la sagesse du gouvernement ne se prta point)
  des > de (par de sacrilges histrionades)
  connoissiez > connoissez (Que vous connoissez peu les privilges)
  vous > nous (ce qui seroit inique pour des profanes, tels que nous)
  duement > decemment (ne se pouvoit faire decemment)
  de maints > maints (j'hritois d'ordinaire maints coups de griffes)
  feroit > fesoit (votre nice fesoit une fille aussi sage)
  ajout de "eu" (qu'il y auroit eu du ridicule  elle de vouloir)
  starfs > strass (pendeloques de strass, robbe & jupon)





End of the Project Gutenberg EBook of Le Canap couleur de feu, par M. de ***, by 
Jean-Louis Fougeret de Montbron

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CANAP COULEUR DE FEU ***

***** This file should be named 60918-8.txt or 60918-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/6/0/9/1/60918/

Produced by Ren Galluvot (from images generously made
available by the Bibliothque nationale de France
(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)

Updated editions will replace the previous one--the old editions will
be renamed.

Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
law means that no one owns a United States copyright in these works,
so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
States without permission and without paying copyright
royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
of this license, apply to copying and distributing Project
Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
specific permission. If you do not charge anything for copies of this
eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
performances and research. They may be modified and printed and given
away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
trademark license, especially commercial redistribution.

START: FULL LICENSE

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
www.gutenberg.org/license.

Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
Gutenberg-tm electronic works

1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or
destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
1.E.8.

1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement. See
paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
electronic works. See paragraph 1.E below.

1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
works in the collection are in the public domain in the United
States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
United States and you are located in the United States, we do not
claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
displaying or creating derivative works based on the work as long as
all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
you share it without charge with others.

1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
in a constant state of change. If you are outside the United States,
check the laws of your country in addition to the terms of this
agreement before downloading, copying, displaying, performing,
distributing or creating derivative works based on this work or any
other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
representations concerning the copyright status of any work in any
country outside the United States.

1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
performed, viewed, copied or distributed:

  This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
  most other parts of the world at no cost and with almost no
  restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
  under the terms of the Project Gutenberg License included with this
  eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
  United States, you'll have to check the laws of the country where you
  are located before using this ebook.

1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
contain a notice indicating that it is posted with permission of the
copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
the United States without paying any fees or charges. If you are
redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
posted with the permission of the copyright holder found at the
beginning of this work.

1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
any word processing or hypertext form. However, if you provide access
to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
provided that

* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
  the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
  you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
  to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
  agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
  Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
  within 60 days following each date on which you prepare (or are
  legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
  payments should be clearly marked as such and sent to the Project
  Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
  Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
  Literary Archive Foundation."

* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
  you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
  does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
  License. You must require such a user to return or destroy all
  copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
  all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
  works.

* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
  any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
  electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
  receipt of the work.

* You comply with all other terms of this agreement for free
  distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
electronic works, and the medium on which they may be stored, may
contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
cannot be read by your equipment.

1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from. If you
received the work on a physical medium, you must return the medium
with your written explanation. The person or entity that provided you
with the defective work may elect to provide a replacement copy in
lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
or entity providing it to you may choose to give you a second
opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
without further opportunities to fix the problem.

1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of
damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
violates the law of the state applicable to this agreement, the
agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
remaining provisions.

1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org



Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

