The Project Gutenberg EBook of La poste par pigeons voyageurs, by 
Prudent Ren-Patrice Dagron

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Title: La poste par pigeons voyageurs
       Souvenir du sige de Paris

Author: Prudent Ren-Patrice Dagron

Release Date: October 19, 2006 [EBook #19588]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA POSTE PAR PIGEONS VOYAGEURS ***




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LA POSTE

PAR

PIGEONS VOYAGEURS

SOUVENIR DU SIGE DE PARIS

SPECIMEN IDENTIQUE D'UNE DES PELLICULES DE DEPCHES PORTES A PARIS PAR
PIGEONS VOYAGEURS

PHOTOGRAPHIES

Par DAGRON

Seul photographe du Gouvernement pour toutes les dpches
officielles et prives sur pellicule

NOTICE SUR LE VOYAGE DU BALLON LE NIEPCE

EMPORTANT M. DAGRON ET SES COLLABORATEURS

et

Dtails sur la mission qu'ils avaient  remplir

TOURS--BORDEAUX

PARIS.--TYPOGRAPHIE LAHURE

Rue de Fleurus, 9




LA POSTE

PAR

PIGEONS VOYAGEURS


Le ballon _le Niepce_ partit de Paris, le 12 novembre 1870,  neuf
heures du matin, mont par:

=MM. Dagron=, photographe;
    =Fernique=, ingnieur des arts et manufactures;
    =Poisot=, artiste peintre, gendre de M. Dagron;
    =Gnocchi=, prparateur de M. Dagron;
    =Pagano=, marin, lve aronaute;

puis environ six cents kilogrammes d'appareils appartenant  M. Dagron.

Le ballon _le Daguerre_ partait en mme temps que _le Niepce_, emportant
trois voyageurs, la correspondance postale, des pigeons et le complment
des appareils de M. Dagron.

M. Dagron et M. Fernique taient envoys par M. Rampont, directeur
gnral des Postes, avec l'approbation de M. Picard, ministre des
finances, pour tablir en province un service de dpches
photomicroscopiques que l'on devait envoyer  Paris au moyen de pigeons
voyageurs. Ce service tait rgl par un dcret du 10 novembre 1870, et
devait tre install  Clermont-Ferrand. M. Fernique devait, outre sa
collaboration aux travaux de M. Dagron, apporter tous ses soins 
l'organisation du service par pigeons, et mettre aussi en oeuvre un
systme de correspondance fluviale que la dlgation ne voulut pas
pratiquer.


       *       *       *       *       *




RAPPORT DE M. DAGRON.


Au dpart des deux ballons, le vent portait en plein est. Nous partmes
nanmoins accompagns des vifs tmoignages de sympathie d'un grand
nombre de personnes venues pour assister  notre dpart, la russite de
cette expdition postale devant apaiser tant de justes inquitudes dans
Paris.

Arriv au-dessus des lignes prussiennes, _le Niepce_ fut, ainsi que son
compagnon de route, _le Daguerre_, accueilli par une vive fusillade. A
une hauteur de huit cents mtres les balles sifflaient autour de nous.
_Le Daguerre_ fut atteint, et nous le vmes, le coeur serr, descendre
vertigineusement et tomber sur le mur d'une ferme  quelques lieues de
Paris; nous savons maintenant que c'tait prs de Ferrires.

Un fait dont les consquences eussent pu tre terribles pour nous, et
qui dut tre la cause de la perte du _Daguerre_, c'est que les sacs de
lest taient faits en toile de coton avarie, d'une force insuffisante.
Le spectacle du _Daguerre_ perc de balles, et captur par des cavaliers
ennemis que nous vmes accourir, nous fit sentir la ncessit de hter
notre ascension pour chapper au mme sort; mais les sacs de lest se
rompaient. Il fallut pendant tout le temps du voyage ramasser le sable
dans une assiette, et le jeter ainsi par petite fraction hors de la
nacelle.

Vers une heure et demie de l'aprs-midi nous tions parvenus  une
hauteur de quinze cents mtres. Il nous restait  peine la valeur de
deux sacs de lest, et dans l'ignorance o nous tions de la prsence ou
de l'absence des Prussiens, il fut dcid que la descente se ferait
trs-rapidement pour ne pas leur laisser le temps d'arriver. La descente
se fit donc  raison de dix mtres par seconde environ. Grce au lest
que nous avions mnag, et aux deux guides-ropes dont nous nous tions
munis, l'atterrissage malgr un vent violent se fit sans de graves
accidents; mais le ballon se coucha, et parcourut environ deux
kilomtres avec une vitesse considrable, entranant avec lui la nacelle
et nous tous cramponns dans les cordages. Le pays ne prsentait ni
buissons ni arbustes que pussent accrocher l'ancre et les guides-ropes;
aussi le ballon ne s'arrta-t-il que quand filets et tissus furent
tellement en lambeaux que le vent n'eut plus sur eux aucune prise. Les
cordages en se croisant serrrent le cou de M. Fernique, qui se dgagea
par un effort dsespr; mme chose arriva  M. Gnocchi, qui ne fut
dbarrass que par un mouvement de rotation que subit la nacelle. Ce fut
M. Poisot qui put sortir le premier de la nacelle, et nous venir en
aide. Tant qu' moi, une lourde caisse suspendue  hauteur de tte
allait m'atteindre, lorsque voyant le danger, je la repoussai d'une
main; le contre-coup me fit tomber  la renverse les pieds en l'air,
presque sans connaissance; ce fut mon gendre qui me tira de cette
position critique.

De nombreux paysans, qui taient accourus, nous apprirent que nous
tions  quelques kilomtres de Vitry-le-Franais. Ils nous donnrent
leurs blouses et leurs casquettes et mirent  notre disposition deux
voitures sur lesquelles fut plac en grande hte tout le matriel que
j'emportais. A peine les voitures taient-elles charges, que les
Prussiens arrivaient et s'emparaient de l'une d'elles. Ils mirent en
joue le groupe de paysans auxquels nous tions mls; mais ne nous
distinguant pas,  cause de notre prompt changement de costume, ils ne
tirrent pas. Le ballon fut captur galement, et c'est  sa prise, qui
occupait le plus l'ennemi, que nous devons d'avoir pu nous chapper de
ses mains, en sauvant heureusement avec nous,  travers champ, la
seconde voiture.

A ce moment, M. Fernique prit seul la direction de Coole o nous devions
le rejoindre, mais les hasards de la fuite nous conduisirent 
Vessigneul.

Le maire de Vessigneul, M. Songy, dont nous resterons toujours les
obligs, consentit  nous cacher dans son grenier. J'avais en arrivant
mis dans la poche de Mme Songy, pour les sauver, les papiers et lettres
qui m'avaient t confis. Les bagages furent vivement placs sous la
paille d'une grange. Une caisse seule restait  y cacher, quand les
Prussiens arrivant la prirent et l'emportrent.

Profitant de leur dpart et prvoyant leur prompt retour en plus grand
nombre, M. Songy, sans perdre de temps, nous fit monter dans sa voiture
et nous conduisit lui-mme  Fontaine-sur-Coole, chez M. le cur
Cachier. Ce dernier, qui avait eu la veille  loger deux officiers
prussiens, et qui d'un instant  l'autre devait en recevoir d'autres,
sachant aussi l'ennemi  notre poursuite, se hta de nous faire partir
par le derrire de sa maison et du pays, afin d'viter la rencontre des
Prussiens et l'indiscrtion des habitants.

M. Cachier nous recommanda de la manire la plus obligeante  son
collgue M. Darcy, cur de Cernon, o nous arrivmes, extnus de
fatigue et de faim,  dix heures du soir.

M. Darcy et sa mre s'empressrent de nous donner les soins les plus
dvous. Nous devons aussi un tmoignage de reconnaissance au maire de
cette localit qui se mit entirement  notre disposition de la manire
la plus obligeante. M. Darcy voulait nous faire reposer; mais  minuit
on vint frapper  sa porte. C'taient des paysans qui rapportaient une
partie des bagages laisss  Vessigneul, et venaient pour nous avertir
que les Prussiens taient sur nos traces et les suivaient de prs. M.
Darcy nous fit aussitt mettre en route pour Bussy-Lettre, o nous
arrivions  cinq heures du matin. Ayant abandonn nos vtements  la
descente du ballon, n'ayant qu'une blouse sur le dos, nous emes 
souffrir considrablement du froid pendant cette nuit glaciale.

L'instituteur de Bussy-Lettre, M. Varnier, s'empressa  son tour, sur
la bonne recommandation de M. le cur de Cernon, de nous rendre
service. Il nous fit un bon feu, prs duquel nous pmes rchauffer nos
membres glacs, et nous procura des voitures pour Sompuis. Nous avions
dcid que nous n'entrerions pas tous ensemble dans ce petit pays, pour
ne pas veiller la curiosit. M. Poisot, rest en arrire, fut interrog
par un groupe d'habitants, qui lui apprirent qu'un tranger tait all
la veille chez le receveur des postes, M. Legrand. Supposant que cet
tranger pourrait bien tre M. Fernique, j'allai aux informations, et
j'eus le plaisir d'apprendre par M. Legrand lui-mme que c'tait bien
effectivement notre collgue, chapp comme nous jusqu'alors aux mains
de l'ennemi. M. Legrand l'avait lui-mme conduit la veille  Dampierre.
Avec la plus grande obligeance il nous offrit de repartir immdiatement
avec nous pour la mme destination. Nous arrivmes  Dampierre  une
heure du matin.

Dans cette ville, M. le docteur Mosment nous offrit cordialement
l'hospitalit. Dans l'espoir que le voyage pourrait s'effectuer plus
aisment, il nous procura  Dampierre des conducteurs munis de
laissez-passer prussiens pour des transports de vin. Un de ces
conducteurs, dont nous nous rappelons le nom avec plaisir, est M.
Gauthier, homme estimable bien connu dans le pays. Ce qui avait t
sauv du matriel fut plac dans des tonneaux vides et transport ainsi
pendant quelque temps. Nous passmes  Nogent-le-Long, o nous fmes,
sur la recommandation du docteur Mosment, reus amicalement par le
docteur Bertrand. A son tour, le docteur Bertrand nous recommanda au
prfet de l'Aube, M. Lignier, qui tait  ce moment  Pougy. M. Lignier
nous donna le conseil de passer par Vandeuvre. Il y avait huit heures
que nous en suivions la route, quand les gens du pays nous prvinrent
que les Prussiens rquisitionnaient en cet endroit les chevaux et les
voitures. Il nous fallut donc retourner sur nos pas et prendre la route
d'Arcis-sur-Aube, occup par les Prussiens. Comme nous ne pouvions
prsenter nos barriques  l'octroi, nous les laissmes dans un petit
village, et nous entrmes dans Arcis, o tous les htels taient remplis
de Prussiens.

A l'htel de la Poste,  la table d'hte o nous fmes obligs de dner
avec les officiers, un mdecin-vtrinaire hanovrien, qui probablement
avait quelque doute  notre gard, voulut absolument parier cent thalers
avec moi que dans quatorze jours Paris serait rendu. Il me passa sa
carte pour me confirmer son pari, ce qui semblait me demander la mienne.
Inutile de dire que je ne l'acceptai pas.

Pendant la nuit, les bagages furent replacs en caisses et en paniers,
et,  quatre heures du matin, nous quittions Arcis pour nous rendre 
Troyes, galement occup. Nous laissions  Arcis le marin Pagano, la
sret gnrale exigeant cette sparation. Bien nous prit en effet de
partir la nuit, car nous apprmes plus tard qu' sept heures du matin
toutes les issues de la ville taient gardes.

A Troyes, notre position ne fut pas amliore; nous emes grand'peine 
nous procurer voitures et chevaux. Nous sommes heureux de reconnatre
que l'aide de M. Joffroy, ngociant de cette ville, nous fut d'un grand
secours  cet effet. Nous quittions Troyes le 17,  trois heures du
matin, par la route de Saint-Florentin  Auxerre. Un corps considrable
de l'arme du prince Frdric-Charles nous prcdait de douze heures sur
cette route, qui devenait ainsi hrisse d'obstacles pour nous. Arrivs
 Avrol, que les Prussiens venaient d'occuper, on ne voulut pas nous en
laisser sortir. M. Poisot se rendit chez le major prussien, log au
chteau de M. de la Bourdonnaye, et demanda l'autorisation de continuer
notre chemin. Le major rpondit qu'on ne pourrait quitter Avrol que le
lendemain matin  huit heures, aprs le dpart des Prussiens.

Pendant que j'tais, avec mon prparateur, arrt par les sentinelles
prussiennes et attendant la rponse du major, des coups de fusil se
firent entendre  quelque distance. Des sentinelles, nous prenant pour
des francs-tireurs, s'apprtaient  nous faire un mauvais parti; j'eus
de la peine  leur faire attendre l'arrive de mon gendre, qui vint fort
 propos faire connatre les ordres du major. On nous laissa retourner
la voiture, avec laquelle nous pmes gagner une ferme du village. Comme
il pleuvait  verse, nous entrmes dans une grange avec l'intention d'y
passer la nuit; mais les Prussiens ne tardrent point  nous en dloger,
en profrant des menaces.

La voiture de matriel tant reste dans la cour, les Prussiens
voulurent la visiter, disant que srement nous arrivions de Paris. Je
dclarai venir de Troyes, et un officier fut demand pour constater le
fait. Les soldats exigrent, en attendant sa venue, que les caisses
restassent ouvertes. C'est  cette fcheuse mesure que je dois attribuer
une nouvelle perte de plusieurs appareils importants pour le travail de
ma mission. Le temps se passa, et l'officier, occup  dner fort
heureusement, ne vint pas. Pendant ce temps, le conducteur de la
voiture, qui avait laiss sa lanterne dans la grange, y retournait pour
la prendre. Les Prussiens, apercevant cette grange ouverte  nouveau,
pensent que nous y sommes rentrs malgr leur dfense. Ils donnent
l'ordre aux propritaires de prendre des lumires pour les clairer, et
nous cherchent pour nous fusiller.

Nous avions heureusement pu dans l'obscurit gagner la porte de sortie
de la ferme, traverser le chemin et entrer dans une auberge o taient
encore quantit d'autres Prussiens. Nous nous assmes devant le feu. Les
officiers qui sortaient de table d'une salle  ct nous regardaient
avec mfiance et passaient prs de nous le revolver  la main. Nous
dmes rester toute la nuit sur pied dans cette auberge, dont les matres
taient affols par les exigences des envahisseurs, et tous nous
perdmes l'espoir de nous tirer d'affaire.

Le 18 au matin, les Prussiens s'loignrent sur Joigny; mais
l'avant-garde n'avait pas fait trois kilomtres qu'elle rencontra 
Brinon une dfense organise de la garde nationale. Le combat rendait le
chemin impossible pour nous; il fallut avec notre voiture de bagage
prendre  travers champs par une pluie torrentielle, avanant
trs-pniblement sur des terres laboures et dtrempes, poussant ou
soutenant tour  tour nous-mmes la voiture. Nous trouvions souvent les
traces profondes des chevaux des uhlans qui venaient d'explorer en tous
sens avant nous cette partie de la campagne.

Arrivs aux lignes franaises  Mont-Saint-Sulpice, une difficult que
nous n'attendions gure se prsenta. Ce fut l'autorit de l'endroit qui
ne voulant pas croire que nous avons pu parcourir impunment tout ce
pays occup, ne trouva rien de mieux que de nous recommander
dsobligeamment sur le reste du chemin que nous avions encore  faire
pour nous rendre  Auxerre o nous savions le prfet instruit de notre
mission. A Seignelay, cette mauvaise recommandation nous causa des
ennuis srieux et une perte de temps sensible; nos bagages furent
visits et la foule mal prvenue se montrait hostile. Nous quittmes ce
pays escorts par un dtachement de la garde nationale qui nous
conduisit jusqu' Monteau, o une nouvelle escorte nous attendait. Nous
devons dire cependant  la louange du capitaine de la garde nationale de
Monteau, dont nous avons le regret de ne pas connatre le nom, que
non-seulement il nous donna protection, mais encore qu'il mit  notre
disposition sa voiture et des couvertures pour nous garantir d'un temps
affreux, et nous conduisit avec ses hommes chez M. le prfet d'Auxerre,
o nous arrivmes  onze heures du soir briss de fatigue et d'motions.
Le prfet nous fit connatre qu'il venait de recevoir de la dlgation
de Tours l'ordre de nous y envoyer. A Nevers, nouveau tlgramme de M.
le ministre Gambetta, nous enjoignant d'arriver sans dlais et de toute
urgence.

Le 21 novembre, nous arrivions enfin  Tours  huit heures du matin, et
nous nous prsentions immdiatement chez M. Gambetta. M. Fernique, qui
avait pu gagner Tours avant nous, y fut mand aussitt. Nous fmes
prendre connaissance de notre trait du 10 novembre, avec M. Rampont,
directeur gnral des postes, sign par M. Picard, ministre des
finances. La dlgation sur les avis de M. Barreswil, l'minent
chimiste, avait eu aussi l'ide de rduire les dpches
photographiquement par les procds ordinaires. Dans cette vue la
dlgation avait dcrt le 4 novembre l'organisation d'un service
analogue.

M. Blaise, photographe  Tours, avait commenc ce travail, mais sur
papier. Il reproduisait deux pages d'imprimerie sur chaque ct de la
feuille. La finesse du texte tait limite par le grain et la pte du
papier. Ce service commenc  Tours par la dlgation ne donnait pas
toute satisfaction, puisque du 26 octobre au 12 novembre, jour de mon
dpart, Paris n'avait reu aucun message par pigeon.

Mis en demeure par M. Stenackers, directeur des tlgraphes et des
postes de la dlgation, de fournir un spcimen de ma photomicroscopie
sur pellicule, l'exemplaire que je produisis fut trouv tout  fait
satisfaisant et la photographie sur papier fut abandonne pour les
dpches. Ma pellicule, outre son extrme lgret, prsentait l'immense
avantage de ne poser en moyenne que deux secondes, tandis que le papier
ncessitait plus de deux heures, vu la mauvaise saison; de plus, sa
transparence donnait un excellent rsultat  l'agrandissement qui se
faisait  Paris au moyen de la lumire lectrique.

Aid par mes collaborateurs j'organisai immdiatement le travail de la
reproduction des dpches officielles et prives, qui devait tre si
utile  la dfense nationale et aux familles. A partir de ce moment, je
fus seul  les excuter sous le contrle clair de M. de Lafollye,
inspecteur des tlgraphes, charg par la dlgation du service des
dpches par pigeons voyageurs. Sur ses avis le travail originaire fut
modifi, et le rsultat, eu gard au peu de matriel que nous avions pu
sauver, fut une production plus rapide et plus conomique.

Les journaux ayant fait connatre que les Prussiens s'taient empars
d'une grande partie de mon matriel, je me fais plaisir de dire ici que
M. Delezenne, et M. Dreux, agent de change  Bordeaux, tous deux
amateurs distingus de photographie, offrirent avec empressement 
l'administration des appareils semblables  ceux que je possdais, et
ils furent mis  ma disposition.

Le stock des dpches fut promptement coul. Je suis heureux de pouvoir
affirmer qu'activement second par mes collaborateurs, aucun retard ne
s'est produit dans mon travail; mais le dplacement de la dlgation et
surtout le froid intense qui paralysait les pigeons ont cr de
srieuses difficults.

Lorsque rien n'entravait le vol de ces intressants messagers, la
rapidit de la correspondance tait vraiment merveilleuse. Je puis pour
ma part en citer un exemple.

Manquant de certains produits chimiques, notamment de coton azotique que
je ne pouvais me procurer  Bordeaux, je les demandai par dpche-pigeon
le 18 janvier  MM. Poullenc et Wittmann,  Paris, en les priant de me
les expdier par le premier ballon partant. Le 24 janvier les produits
taient rendus  mes ateliers  Bordeaux. Le pigeon n'avait mis que
douze heures pour franchir l'espace de Poitiers  Paris. La tlgraphie
ordinaire et le chemin de fer n'eussent pas fait mieux.

Les dpches officielles ont t excutes avec une rapidit
surprenante. M. de Lafollye nous les remettait lui-mme  midi, et le
mme jour  cinq heures du soir, malgr une saison d'hiver
exceptionnellement mauvaise, dix exemplaires taient termins et remis
 l'administration. Nous en avons fait ainsi treize sries sans tre une
seule fois en retard. Les dpches prives taient excutes dans les
mmes conditions. Le travail tait considrable, car,  l'exception d'un
petit nombre de pellicules qui n'ont t envoyes que six fois, parce
qu'elles sont promptement arrives, la plupart l'ont t en moyenne
vingt fois, et quelques-unes trente-cinq et trente-huit fois. Nous avons
aussi reproduit en photomicroscopie une grande quantit de mandats de
poste. Les destinataires ont pu toucher leur argent  Paris comme en
temps ordinaire.

Chaque pellicule tait la reproduction de douze ou seize pages in-folio
d'imprimerie, contenant en moyenne, suivant le type employ, trois mille
dpches. La lgret de ces pellicules a permis  l'administration d'en
mettre sur un seul pigeon jusqu' dix-huit exemplaires donnant un total
de plus de cinquante mille dpches pesant ensemble _moins d'un gramme_.
Toute la srie des dpches officielles et prives que nous avons faites
pendant l'investissement de Paris, au nombre d'environ cent quinze
mille, pesaient en tout deux grammes. Un seul pigeon et pu aisment les
porter. Si on veut maintenant multiplier le nombre des dpches par le
nombre d'exemplaires fournis, on trouve un rsultat de plus de deux
millions cinq cent mille dpches que nous avons faites pendant les deux
plus mauvais mois de l'anne.

On roulait les pellicules dans un tuyau de plume que des agents de
l'administration attachaient  la queue du pigeon. Leur extrme
souplesse et leur complte impermabilit les rendaient tout  fait
convenables  cet usage.

En outre, ma prparation sche a le triple avantage: d'tre apprte en
une seule fois, de ne donner aucune bulle, et de ne pas se dtacher du
verre  la venue de l'image; elle donne toute scurit dans le travail
et n'expose pas aux dboires comme les procds ordinaires.

Je pense faire plaisir  beaucoup de personnes en joignant ici un
spcimen d'une pellicule, reproduction identique de ce que j'ai fait
pour la poste par pigeons pendant le sige de Paris. Pour lui donner
plus d'authenticit, l'administration a bien voulu la revtir de son
timbre, auquel j'ai joint ma signature. Pour ne lser aucune
susceptibilit, les noms seuls ont t changs.

       *       *       *       *       *


_P. S._ Revenu gravement malade de Bordeaux, retard par les malheureux
vnements de Paris, mon rapport allait passer  l'imprimerie, quand on
me mit sous les yeux des articles de journaux publis par diverses
personnes, notamment par M. Lvy de Paris, se donnant comme ayant fait
les dpches du gouvernement par pigeon voyageur. Ces messieurs ont eu
grand tort de laisser induire le public en erreur. Ils me mettent dans
la ncessit de protester contre ces articles mensongers et de
revendiquer mon droit par la voie de la presse.

J'ai eu le bonheur de russir dans ma tche,  la grande satisfaction du
gouvernement qui peut en tmoigner. Parti de Paris pour faire les
dpches photomicroscopiques par pigeons, muni d'un trait de
l'administration des postes, sign du ministre des finances, ce trait
fut chang avec un autre de la dlgation me concdant la reproduction
de toutes les dpches officielles et prives sans exception. Il est
donc souverainement injuste que d'autres qui n'ont rien fait cherchent 
s'attribuer le bnfice de mes travaux.


11 732--Paris. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9.






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Prudent Ren-Patrice Dagron

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     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

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electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
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of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

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defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
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opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

*** END: FULL LICENSE ***

