The Project Gutenberg EBook of Journal des Goncourt (Troisime srie,
troisime volume), by Edmond de Goncourt

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Title: Journal des Goncourt (Troisime srie, troisime volume)
       Mmoires de la vie littraire

Author: Edmond de Goncourt

Release Date: March 27, 2006 [EBook #18055]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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JOURNAL DES GONCOURT--MMOIRES DE LA VIE LITTRAIRE

TOME NEUVIME: 1892-1895

suivi d'un index gnral des noms cits dans les neuf volumes.

       *       *       *       *       *

TROISIME SRIE--TROISIME VOLUME

PARIS, BIBLIOTHQUE-CHARPENTIER
G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, DITEURS, 11, RUE DE GRENELLE.

1896

       *       *       *       *       *

PRFACE


Le neuvime volume du JOURNAL DES GONCOURT,
est le dernier, que je publierai de mon vivant.

EDMOND DE GONCOURT.

Auteuil, 15 mars 1896.

       *       *       *       *       *




ANNEE 1892


_Vendredi 1er janvier 1892_.--Ce premier jour de l'an, dans le vague de ma
faiblesse, ne m'a pas donn, cette anne, l'impression du renouveau d'une
anne nouvelle.

Voici quatre semaines, que je n'ai pris l'air extrieur. Ce soir, le
dner chez Daudet sera ma premire sortie. Dner intime avec les Daudet,
Mme Allard, et la filleule qui dne, pour la premire fois,  la grande
table.

Causerie sur les mnages amis, o, nous tous, nous nous mettons 
parler du charme du mnage Rodenbach: de l'homme  la conversation
spirituellement anime,  la discussion littraire passionnante, de la
femme, aux rbellionnements  voix basse, aux flots de paroles irrites,
qu'elle vous jette dans l'oreille, quand elle entend une chose qui n'est
pas vraie, ou qui ne lui semble pas juste, et nous constatons le petit
moi chaleureux, qu'apporte dans la froideur ordinaire des salons, la vie
nerveuse de ces deux aimables tres.

       *       *       *       *       *

_Mardi 5 janvier_.--Une surprenante lettre de Magnard, du directeur de ce
_Figaro_, qui m'a t toujours si hostile. Dans cette trs gracieuse
lettre, Magnard m'offre la succession de Wolf, le gouvernement de l'art,
avec toute l'indpendance, toute la libert que je puis dsirer. Je refuse,
mais je ne puis m'empcher de songer  tous les gens, que l'acceptation
aurait mis  mes pieds, au respect, que j'aurais conquis dans la maison
de la princesse, enfin  la facilit, avec laquelle j'aurais trouv des
diteurs, pour illustrer LA MAISON D'UN ARTISTE, MADAME GERVAISAIS, etc.,
etc.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 janvier_.--Grand dner chez les Daudet, avec Schoelcher, Lockroy,
le mnage Simon, Coppe. Dcidment ce Jules Simon a un charme, une grce,
faite d'une certaine dlicatesse de la pense, jointe  la douceur de la
parole.

Quant  Coppe, il s'est montr tout  fait extraordinaire, comme verve
_voyoute_: 'a t un feu d'artifice pendant toute la soire de drleries,
 la fois canailles,  la fois distingues. Oui, Coppe c'est par
excellence le causeur parisien du sicle de la blague, avec tout
l'admirable sous-entendu de la conversation de nous autres: les phrases
commences, finies par un rictus ironique, les allusions farces 
des choses ou  des faits, connus du monde _select_ et pourri de
l'intelligence.

Chez Maupassant, ne dit-on pas, qu'il n'y avait qu'un seul livre sur la
table du salon: le Gotha? C'tait un symptme du commencement de la folie
des grandeurs!

       *       *       *       *       *

_Samedi 9 janvier_.--Maupassant est un trs remarquable _novelliere_, un
trs charmant conteur de nouvelles, mais un styliste, un grand crivain,
non, non!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 10 janvier_.--Trs gentiment et trs amicalement, Daudet a
travaill  surexciter la curiosit de Koning sur ma pice,  BAS LE
PROGRS! et Koning lui a dit jeudi: Mais pourquoi ne me donnez-vous pas 
lire la pice de Goncourt? et il lui a parl de la donner avec la sienne,
au moment o le succs se ralentirait. Je suis indcis. J'tais au moment,
sans attendre la dcision de la Chambre sur la censure, de la donner 
Antoine.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 14 janvier_.--Un petit bleu d'un journal, o l'on me reproche
trs srieusement, comme manque de toute sensibilit, d'tre encore vivant
 l'heure prsente, et au moins, si je vis, de n'tre pas devenu fou, 
l'instar de Maupassant.

       *       *       *       *       *

_Samedi 16 janvier_.--Rien n'est amusant comme la chatte, se promenant
sur la glace du bassin, et spare des poissons rouges, par cette espce
de vitre, au travers de laquelle elle les voit sous elle, toute dpite,
toute colre de ne pouvoir les attraper.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 24 janvier_.--Devant ce vieux dval au bas d'un lit d'amour,
le cri de cette fille  sa bonne:--_Maria, vite, vite, l'eau de mlisse
et un sapin!_ Ah! la froce lgende de Forain!... Non Gavarni, dans les
lgendes, n'a pas cette implacabilit, et les dires de Vireloque sont
temprs par une philosophie,  la fois bonhomme et haute. Oui, l'oeuvre de
Garvani fait sourire la pense, et ne fait pas froid dans le dos, comme le
comique macabre de Forain. Vraiment, il y a dans le moment, en ce monde,
trop de mchancet, trop de mchancet chez l'artiste, chez le _jeune_,
chez l'homme politique, pour que ce ne soit pas la fin d'une socit!

       *       *       *       *       *

_Mardi 26 janvier_.--Aujourd'hui, Koning fait annoncer dans le _Figaro_,
qu'il reoit  BAS LE PROGRS, et que Noblet jouera le rle du voleur.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 29 janvier_.--On parlait hier d'une Parisienne, morte  prs de
cent ans, ces jours-ci, et qui se rappelait le temps, o il passait sur
les boulevards,  peine une voiture, tous les quarts d'heure.

       *       *       *       *       *

_Samedi 30 janvier_.--Pour tre connu en littrature, pour tre
universellement connu, on ne sait pas combien il importe d'tre homme de
thtre, car le thtre, pensez-y bien, c'est toute la littrature de
nombre de gens, et de gens suprieurs, mais si occups qu'ils n'ouvrent
jamais un volume, n'ayant pas trait  leur profession: l'unique
littrature en un mot des savants, des avocats, des mdecins.

       *       *       *       *       *

_Mardi 2 fvrier_.--Le docteur M*** me disait hier qu'il avait souvent vu
Musset prendre son absinthe au caf de la Rgence, une absinthe qui tait
une pure. Aprs quoi, un garon lui donnait le bras, et le conduisait, en
le soutenant, au fiacre qui l'attendait  la porte.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 3 fvrier_.--Ce soir, chez la princesse, mauvaises nouvelles
de Maupassant. Toujours la croyance d'tre sal.--Abattement ou
irritation.--Se croit en butte  des perscutions de mdecins, qui
l'attendent dans le corridor, pour lui seringuer de la morphine, dont
les gouttelettes lui font des trous dans le cerveau.--Obstination
chez lui de l'ide qu'on le vole, que son domestique lui a soustrait
six mille francs: six mille francs qui, au bout de quelques jours,
se changent en soixante mille francs.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 4 fvrier_.--En arrivant chez Daudet, en train de s'habiller pour
le thtre, je ne puis m'empcher de lui dire, que j'aime beaucoup mieux
la mort naturelle de la _Menteuse_, dans sa nouvelle, que sa mort par
l'empoisonnement de la pice. Oui, j'aurais voulu cette femme couche
dans son lit, ainsi que dans la nouvelle, couche le nez dans le mur, ne
rpondant pas aux interrogations furieuses,  elle adresses par son mari,
qui, alors pris d'un accs de brutalit, la retournerait violemment de son
ct, mouvement dans lequel elle expirerait.

Daudet me dit qu'il n'a plus l'motion du thtre, qu'il n'en a que la
nervosit agace. La pice lui a sembl bien marcher  la rptition, mais
son frre est venu lui dire, ce matin, que son fils lui avait rapport,
que les corridors taient tout  fait hostiles  la pice.

Me voici au thtre, derrire les dos motionns de Mme Daudet et Mme
Hennique. Une salle contenant le dessus du panier du _tout-Paris_, au
milieu duquel figure le jeune mnage Daudet-Hugo, et o Jeanne, qui a
ressenti, dans la journe, les premires douleurs de l'enfantement, est
accompagne de son accoucheur.

Un premier acte cout sympathiquement, un second acte, o Burguet a un
trs grand succs. Ah diable! voil le troisime acte, presque embot de
suite, et le dramatique de la scne tu par les rires. Un mdecin ridicule,
une agonie trop complique, la phrase finale: _a... c'est ma femme!_
mal dite. Toutefois, pour moi la cause de l'insuccs n'est pas due  cela,
elle est en ceci: c'est que le dramatique de l'acte, au milieu de dtails
d'une vrit absolue, ne s'appuie pas sur la vrit d'un tre.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 7 fvrier_.--Dner chez Charpentier avec deux femmes, que
j'tais curieux de voir de prs: Sverine et la femme de Forain.

Sverine, un ovale court, ramass, dans lequel il y a de tendres yeux, une
grande bouche aux belles dents, et de la bont.

J'ai  table, prs de moi, la femme de Forain, un tout autre type, un
nez pointu, des yeux clairs sous une fort de cheveux blonds, couleur de
chanvre, ressemblant un rien  une perruque de clown, mais d'un clown
finement malicieux. Trs cline, avec une note blagueuse dans la voix,
elle commence par me dire que le premier dessin qu'elle a fait, a t une
copie d'un dessin de mon frre. Puis elle me confie,--j'en doute,--qu'elle
est en train, dans ce moment, de dserter la peinture pour la cuisine,
qu'elle fait des nouilles comme personne, qu'elle s'est mme leve  la
confection des pts de foie gras, des pts de foie gras avec la crote,
et une crote, s'il vous plat, o elle peint des fleurs avec du jaune
d'oeuf, et des feuilles avec je ne sais plus quoi: de la ptisserie
artistique.

Aprs dner je me rapproche de Sverine, et lui demande pourquoi elle ne
fait pas un livre. Et la voil avec son doux parlage gazouillant--elle
a une voix harmonieuse, peut-tre un peu factice--la voil, avec ces
renversements de figure en arrire, d'une petite fille qui vous parle de
bas en haut, et qui montrent, dans son plaisant minois, la limpidit du
bleu de ses yeux, l'mail de ses dents, la voil, qui me dit que cela ne
lui est pas possible; qu' l'heure prsente, elle publie six articles
par semaine. Et elle ajoute qu'elle n'est pas attire par le livre, mais
bien par le thtre, dclarant, du haut d'une vue assez profonde de
l'poque, que dans ce moment, o tout se prcipite, il est besoin du
succs immdiat, qu'il n'y a pas pour les gens de l'heure prsente, 
attendre les revanches, que des _oseurs_, comme mon frre et moi, ont
obtenues, que du reste, elle trouve, que le thtre est un meilleur
metteur en scne de la passion que le livre. Comme je lui parle des
obstacles, des empchements qu'on rencontre au thtre, elle
m'affirme--et sa figure prend un caractre de rsolution--qu'elle a une
volont, que rien ne dcourage, que rien ne rebute, et qui arrive toujours
au but qu'elle s'est fix.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 18 fvrier_.--Dner chez Daudet avec les mnages Rodenbach,
Jeanniot, Frdric Masson, et Rollinat, et Scholl.

Scholl a t vraiment, tout le dner, avec une voix enroue, me rappelant
celle de Villemessant, verveux, drolatique, abondamment spirituel, et
cela aujourd'hui, sans aucune frocit contre personne. Il a travaill 
sduire le monde d'ici, et il a tout  fait russi. Et vraiment, quand on
rflchit  la dpense de substance crbro-spirituelle, faite par cet
homme de soixante ans, tout le long des heures des journes de tous les
jours, on est tonn de la vitalit intelligente de ce puissant Bordelais.

Il disait joliment, que je ne sais quel cercle de province lui avait fait
crire par son secrtaire, qu'un schisme s'tait produit entre les membres,
 propos de la manire, dont on devait prononcer son nom, et que de forts
paris avaient t engags... Interrogation  laquelle il rpondait:
Comment prononce-t-on chez vous schisme?

       *       *       *       *       *

_Jeudi 25 fvrier_.--Hier, j'ai pass la soire avec Mme de..., cette
clbrit de la beaut parisienne.

Sous l'envolement de cheveux blonds d'une nuance adorable, des yeux
trangement sducteurs, des yeux qu'une cernure artificielle aide  faire
apparatre, dans la nuit de l'arcade sourcilire, comme des diamants noirs,
un petit nez du dessin le plus prcieux, avec l'ensemble de traits et de
contours dlicats, dlicats, et un cou frle sortant d'une robe de velours
rouge, enfin une figure ralisant le joli dans toute sa grce menue. Elle
voque chez moi le souvenir du pastel de la Rosalba reprsentant cette
svelte et mignonne femme de la Rgence, un singe sur le bras.

Et dans le joli de ce visage, cependant quelque chose de fatal. La femme
d'un de nos auteurs en vedette, un peu dpite de l'admiration de son mari
pour sa beaut, l'appelle une _hrone de roman du Petit Journal_. La
dnomination est caricaturale, toutefois il faut reconnatre qu'il y a
parfois de l'acier dans son regard, dans sa voix.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 28 fvrier_.--Ce soir, chez Rodenbach, on causait valse, et je
soutenais que les peuples qui sont des peuples valseurs, sont des peuples,
o le patinage est une habitude. Les Franaises valsent, le corps tout
droit, tandis que les Hollandaises et les autres femmes des pays du
patinage, valsent avec ce penchement, cette courbe en dehors d'un corps
courant sur la glace.

Stevens parlait dans un coin du salon; de l'effrayant avalement de bire
et d'alcool, de Courbet consommant trente bocks dans une soire, et
prenant des absinthes, o il remplaait l'eau par du vin blanc.

       *       *       *       *       *

_Mardi 1er mars_.--Une carte de Daudet me disant: que Porel sort de chez
lui, et qu'on rpte GERMINIE LACERTEUX dans deux jours.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 2 mars_.--Causerie sur un bal original, qui a eu lieu hier chez
Mme Lemaire: un bal, o s'est faite l'inauguration de costumes en papier,
costumes plus riches, plus brillants, plus claquants que les costumes de
soie et de satin, et qui me rappelaient le costume en papier, que s'tait
peint, je ne sais quel peintre flamand du XVe sicle, et qui clipsa tous
les brocards de la fte. Ganderax, qui y figurait avec un bonnet d'ne
et une blouse, ayant dans le dos le mot: _Paresseux_, me disait: C'est
singulier, la diffrence des races septentrionales et mridionales: moi,
un septentrional, quand j'entre dans un bal, o il y a des masques, je
suis pris d'une tristesse, d'une tristesse... tandis que ma femme, qui est
une Italienne, toute seule dans sa chambre, mais un costume sur le dos, se
mettrait  danser.

... Maintenant, ajoutait-il, les peintres, qu'ils soient mridionaux ou
septentrionaux, le travestissement les grise... Il y avait Detaille, trs
beau sous un costume de Philippe le Bel, qui,  l'entre de Mme Munkacsy,
s'est mis  danser, autour de la grosse femme, une tourdissante _czarda_,
en donnant le branle le plus temptueux  son manteau de papier.

       *       *       *       *       *

_Samedi 5 mars_.--Un journaliste, d'un petit journal, ne trouve pas les
conversations, que donne mon JOURNAL, intressantes. Saperlote, moi qui me
crois aussi intelligent que ledit journaliste, je puis affirmer, que ce
que j'ai entendu dire par Michelet, Gavarni, Montalembert, Thophile
Gautier, Flaubert, est suprieur  ce qu'il entend, tous les jours.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 6 mars_.--Dner chez Charpentier, avec un monde de musiciens,
tous vieux, tous laids, tous ventrus, tous mchonnant de la mauvaise
humeur.

Zola m'entretient de sa fatigue  finir LA DBACLE, de la copie norme du
bouquin qui aura six cents pages, disant que le manuscrit est en train
d'avoir mille pages de trente-cinq lignes--les petites pages habituelles
de sa copie, formes d'une feuille de papier colier, coupe en quatre.

Et comme quelqu'un lui demande, ce qu'il fera aprs les ROUGON-MACQUART,
aprs LE DOCTEUR PASCAL, il hsite un moment, puis il confesse que le
thtre qui l'avait beaucoup sduit, un moment, ne le sollicite plus
autant, depuis qu'il approche de l'heure, o il pourra en faire, disant
que toutes les fois qu'il a pntr dans une salle de spectacle, o on le
jouait, il a eu le dgot de la chose reprsente. Il rappelle  ce sujet,
qu'un soir, tant entr voir la reprsentation de L'ASSOMMOIR, vers la
dixime, Dailly gris par son succs, chargeait son rle d'une faon
odieuse, ajoutait des mots au texte, si bien qu'il avait t au moment
de faire dresser par huissier un procs-verbal de ses ajouts, de ses
enrichissements du rle, et de les lui interdire au bas d'une assignation.

L, il s'interrompt pour nous apprendre, qu'il a t  Lourdes, et qu'il a
t frapp, stupfi, par le spectacle de ce monde de croyants hallucins,
et qu'il y aurait de belles choses  crire sur ce renouveau de la foi,
qui pour lui a amen le mysticisme en littrature et ailleurs, de l'heure
prsente.

Et lchant Lourdes, et toujours  sa littrature future, il avouait qu'il
ferait volontiers, pendant un an, une chronique dans _le Figaro_, qu'il
avait des ides  exprimer sur M. de Vog et les autres.

       *       *       *       *       *

_Samedi 12 mars_.--Une reprsentation de GERMINIE LACERTEUX, o jamais
Rjane n'a t plus grande actrice, plus acclame, plus matresse d'un
public compltement dompt.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 13 mars_.--Les bienfaits du rgime actuel en France  l'heure
prsente: c'est d'tre tantt vol, tantt assassin, tantt dynamit.

       *       *       *       *       *

_Mardi 15 mars_.--Ce soir, dans la petite loge improvise au fond de
la scne, pour ses rapides changements de costumes, Rjane me contait
qu'hier,  la reprsentation de GERMINIE LACERTEUX, Sarcey rpondait 
quelqu'un, lui faisant constater les applaudissements de la salle: Oui,
ils applaudissent, mais ils ne s'amusent pas!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 17 mars_.--Conversation avec Alfred Stevens, qui est un vrai
magasin d'anecdotes, et ce qui est mieux, un extraordinaire _garde-mots_
de toutes les phrases typiques des peintres de sa connaissance, dans le
pass et dans le prsent,--des phrases qui dfinissent mieux que vingt
pages de critique, un moral, un caractre, un talent.

Il dit Diaz un causeur blouissant, et qui dfinissait ainsi la peinture
de Delacroix: Un bouquet de fleurs dans de l'eau croupie!

C'tait encore lui qui rpondait  Couture, lui conseillant blagueusement
de s'en tenir  peindre sa fort, et qu'il ne savait pas mettre une bouche
sous un nez, et que voulant faire une vierge, il faisait un Turc--qui
rpondait: oui, qu'il ne savait pas mettre une bouche sous un nez, mais
qu'il lui arrivait quelquefois d'avoir la chance de mettre autour de ce
nez et de cette bouche, qui n'taient pas d'ensemble, de la vraie chair,
et non pas du carton, comme Couture.

Puis Stevens me parle avec enthousiasme de Millet, me dit avoir de lui une
peinture de femme, faite avant d'aller  Barbizon, un des plus merveilleux
morceaux de chair qu'il ait vus, et comme il l'a fait porter  voir
par son fils,  un grand peintre de l'heure actuelle, qui a sa dose de
mchancet, il s'tait cri: Il faut la porter cette toile  Henner,
pour qu'il attrape une gifle! Et Stevens tmoigne du respect de Rousseau
pour Millet, qui d'abord ne lui trouvait pas de talent: ce qui, d'aprs
Stevens, dcida Rousseau  venir habiter Barbizon, pour le conqurir, et
il arrivait au bout de quelque temps que la communion d'esprit entre les
deux peintres, amenait Millet  revenir sur ses premiers jugements.

Stevens s'tonne de l'absence complte du sentiment de l'art chez la
plupart des grands crivains, affirmant qu'il n'en est pas ainsi  l'gard
de la littrature chez les peintres de talent, mme chez ceux qui n'ont
pas fait d'humanits, dclarant qu'on ne les trouverait jamais  lire un
livre d'auteur mdiocre.

Et il rpte, dans l'hiatus de sa bouche restant grande ouverte, au milieu
de _hou hou_, ayant l'air de demander  la fin de chacune de ses phrases,
l'approbation de son auditeur, il rpte plusieurs fois que Millet,
Rousseau, et les autres, taient des gens de _haut got_, ce qui n'est pas
commun dans ce bas monde.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 18 mars_.--Aujourd'hui,  cette heure du jour, qui devient
insensiblement de la nuit, et o ma pense tait alle mlancoliquement au
pass, cherchant  retrouver les tres chers qui n'taient plus, j'avais
laiss venir le crpuscule dans mon cabinet de travail, sans demander
la lampe, et peu  peu, l'image de mon pre, que j'ai perdu  douze
ans, m'apparaissait  la clart des braises du foyer presque teint,
m'apparaissait dans le mystrieux brouillard et le ple effacement d'un
pastel, accroch derrire le dos, et reflt dans la glace que l'on a
devant soi.

Et, en la mmoire vague de mes yeux, je revoyais sur un long corps, une
figure maigre, au grand nez dcharn, aux troits petits favoris en
ctelettes, aux vifs et spirituels yeux noirs: _les pruneaux de M. de
Goncourt_, ainsi qu'on les appelait; aux cheveux coups en brosse, et o
les sept coups de sabre, que le jeune lieutenant recevait au combat de
Pordenone, avaient laiss comme des sillons, sous des pis rvolts:--une
figure, o  travers le tiraillement et la fatigue de traits, jeunes
encore, survivait la batailleuse nergie de ces physionomies guerrires,
jetes dans une brutale esquisse, par la brosse du peintre Gros, sur une
toile au fond non recouvert.

Je le revoyais, en sa marche militaire, quand, aprs la lecture des
journaux, dans ce vieux cabinet de lecture qui existe encore au passage de
l'Opra, il arpentait, des heures, le boulevard des Italiens, de la rue
Drouot  la rue Laffitte, en compagnie de deux ou trois messieurs  la
rosette d'officier de la Lgion d'honneur,  la figure martiale,  la
grande redingote bonapartiste, barrant le boulevard, tous les vingt pas,
avec les arrts d'une conversation enthousiaste, et o il y avait, en ces
grands corps, les amples gestes du commandement d'officier de cavalerie.

Je le revoyais, dans le salon des demoiselles de Villedeuil, les filles
du ministre de Louis XVI, les vieilles cousines de ma mre, ce froid et
immense salon, aux boiseries blanches, toutes nues, au mobilier rare,
empaquet dans des housses, et o toujours, au dos d'une chaise, tait
oubli le _ridicule_ d'une des deux soeurs, aux jardinires rectilignes,
contenant de pauvres fleurs fanes, aux _dunkerques_, o s'tageaient des
objets d'art lgitimistes, je le revoyais, dans ce salon, qu'on aurait pu
croire le salon de la duchesse d'Angoulme, adoss debout  la chemine,
son diable d'oeil noir, tout plein d'ironie, et  un moment, dans l'ennui
de l'endroit solennel, jetant un mot, qui secouait d'un rire, la sche
vieillesse et les robes _feuille morte_ et _caca dauphin_ des deux
antiques demoiselles.

Je le revoyais dans la Haute-Marne,  Breuvannes, l, o se sont passs
les ts de mon enfance, par les ensoleills matins de juillet et d'aot,
marchant de son grand pas, que mes petites jambes avaient peine  suivre,
marchant  la main, un _paisseau_ arrach dans une vigne, et m'emmenant
avec lui boire une verre d'eau,  la Fontaine d'Amour, une source au
milieu de prs fleuris de pquerettes, apportant aux _gourmets d'eau_, le
bon et frais got d'une eau, qu'il trouvait comparable  l'_aqua felice_
de Rome. Quelquefois, le _paisseau_ tait remplac par un fusil, jet
sur l'paule, et sans carnassire et sans chien, je le voyais tout 
coup mettre en joue quelque chose, que ma vue de myope m'empchait de
distinguer: c'tait un livre, que son coup de fusil _roulait_, et qu'il
me donnait  porter.

Je le revoyais encore  Breuvannes, le jour de la rentre des fruits,
encadr dans l'oeil-de-boeuf d'un grenier, et canonnant  coups de pommes,
dans la cour de notre maison, tous les gamins du village, baptiss par
lui de noms drolatiques, et dont les rues, et les bousculades, et les
batailles autour de ce qui les lapidait, semblaient tre, pour mon pre,
un amusant rappel en petit de la guerre.

Je le revoyais encore... non, j'ai beau chercher, je ne revois plus sa
tte, en ce jour... je me souviens seulement sur un drap, d'une main
encore vivante,  la maigreur indicible, qu'on m'a fait baiser. Et le
soir, rentrant  la pension Goubaux, dans un rve qui tenait du cauchemar,
ma tante de Courmont, l'intelligente femme, dont j'ai fait _Madame
Gervaisais_, celle qui, tout enfant, m'a appris le got des belles choses,
m'apparaissait en une ralit,  douter si ce n'tait pas une vraie
apparition, me disant: Edmond, ton pre ne passera pas trois jours!

C'tait la nuit du dimanche, et le mardi soir, on venait me chercher, pour
aller  l'enterrement de mon pre.

Ma mre... elle, sa ressemblance est ravive dans mon souvenir, par la
miniature du coin de la chemine, une miniature de l'anne 1821, une
miniature de l'anne de son mariage... qu'en ce moment, j'ai dans le creux
de la main.

Une figure de candeur, des yeux bleu de ciel, une toute petite bouche
srieuse, des cheveux blonds tirebouchonns en boucles frisottantes, trois
rangs de perles au cou, une robe de linon blanc  raies satines, et une
ceinture, et des bracelets, et un floquet de rubans dans les cheveux, du
bleu de ses yeux.

Pauvre mre, une vie de douleur et de malheur! La perte de deux petites
filles, l'existence avec un mari souffrant continuellement de ses
blessures, et de la ruine d'une sant dtruite par la campagne de Russie,
faite tout entire, l'paule droite casse, et encore tout jeune; tout
ardent de vaillance, et tout irrit de ne pouvoir rentrer dans la vie
militaire, de ne pouvoir accepter d'tre l'aide de camp du roi, ainsi que
le sont ses camarades D'Houdetot et De Rumigny, de ne pouvoir faire les
campagnes d'Afrique... Puis veuve, avec une petite fortune en terres, aux
fermages difficiles  recouvrer. Et maudite dans ce qu'elle entreprenait
de sage, de raisonnable, comme mre de famille, perdant dans de
malheureuses affaires, les placements qu'elle faisait en vue de l'avenir
de ses enfants: placements faits  force d'conomies et de retranchement
sur elle-mme.

Et je le revois, son doux et triste visage, avec les changements de
physionomie, que ne donne pas un portrait, dans trois ou quatre
circonstances, laissant en vous, on ne sait comment, un clich de l'tre
aim, en son milieu de ce jour-l.

Oui, je le revois son doux et triste visage, un jour de mon enfance, o
bien malade  la suite d'une coqueluche mal soigne, j'tais couch dans
son grand lit, et o penche sur moi, elle avait prs de sa tte, la tte
de son frre Armand, la jolie et aimable tte fripe d'un ancien officier
de hussards:--car ils taient presque tous des soldats, dans nos deux
familles--quand soudain--moi ne comprenant pas bien--aprs avoir rejet
le drap de dessus la maigreur cadavrique de mon pauvre petit corps, elle
tomba dans les bras de son frre, en fondant en larmes.

Je la revois, ma mre, ce jour des mardis gras, o, tous les ans, elle
donnait un goter aux enfants de la famille, et  leurs petites amies
et  leurs petits amis, et o tout ce monde minuscule de Pierrettes, de
Suissesses, d'caillres, de Gardes-Franaises, d'Arlequines, de Matelots,
de Turcs, emplissait de sa joie bruyante, le calme appartement de la rue
des Capucines. Ce jour-l, seulement, un peu de la gat de ce carnaval
enfantin, l'entourant de sa ronde, montait  son visage, et y mettait un
charmant rayonnement.

Je la revois, ma mre, en ces annes, o retire du monde, n'allant plus
nulle part, le soir, elle s'tait faite le tendre matre d'tude de mon
frre. Je la revois dans sa bourgeoise chambre  coucher, en ses vieux
meubles de famille, avec sa pendule Empire, accote dans un petit fauteuil,
tout contre mon frre faisant ses devoirs, la tte presque fourre dans
le vieux secrtaire d'acajou, et surlev, tout le temps qu'il fut petit,
sur un gros dictionnaire, plac sur une chaise. Elle, ma mre, un livre
ou une tapisserie  la main, les laissant bientt tomber sur ses genoux,
demeurait dans une contemplation rveuse, devant son bel enfant, devant
son petit laurat du grand Concours, devant le cher ador, qui tait la
gat et l'esprit des maisons amies, o elle le menait,--et l'orgueil de
son coeur.

Je la revois enfin, ma pauvre mre, au chteau de Magny, sur son lit de
mort, au moment o le bruit des gros souliers du cur de campagne, qui
venait de lui apporter l'extrme-onction, s'entendait encore dans le grand
escalier, je la revois, sans la force de parler, me mettant dans la main
la main de mon frre, avec ce regard inoubliable d'un visage de mre,
crucifi par l'anxit de ce que deviendra le tout jeune homme, laiss 
l'entre de la vie, matre de ses passions, et non encore entr dans le
chemin d'une carrire.

       *       *       *       *       *

_Lundi 21 mars_.--On causait aujourd'hui des prils, auxquels est expos
le bonheur des femmes, maries  des peintres portraitistes.

L-dessus, la jolie Mme... se trouvant l, disait: Moi, je fais un peu la
police!

Et elle racontait, que, tout dernirement, une femme de la meilleure
socit, ayant deux enfants, au milieu de la pose, s'tait couche sur un
divan, et s'tait mise  dire de telles choses, que sortant de derrire
un rideau, o elle tait cache, elle lui avait dit: Madame, aprs la
conversation que vous venez d'avoir avec mon mari, vous n'avez qu' mettre
votre chapeau, et  vous en aller.

--Bon! rpondait la femme du monde  la femme du peintre, vous croyez
peut-tre que je suis amoureuse de votre mari.

--Non pas de mon mari... mais du vice... Allons, ouste!

       *       *       *       *       *

_Samedi 26 mars_.--Ce soir, pass la soire sur la scne de l'Odon, 
voir jouer GERMINIE LACERTEUX, tantt assis sur la chemine de la chambre
de Mlle de Varandeuil, tantt sur le lit d'hpital de Germinie, tout en
causant avec Guenon, qui me fait remarquer sur un morceau de papier blanc,
coll sur un portant, la dsignation des tableaux de la pice en la
dnomination des machinistes, et o les trois tableaux, o Mlle de
Varandeuil joue le rle principal, portent le titre: _La vieille_.

       *       *       *       *       *

_Samedi 2 avril_.--Le vrai bon thtre, c'est une motion ou une gat
procure n'importe comment. Et ils existent des gens qui, dans leurs
feuilletons, font des traits sur le vritable art dramatique,--eux
qui admirent  la fois Molire et Scribe, les fabricateurs les plus
dissemblables dans la composition d'une pice.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 3 avril_.--Je cause avec M. Blanc, le fils de Mme Bentzon, de
la _Revue des Deux Mondes_, de ses voyages en Afrique, de son voyage en
Sibrie et dans le nord de la Chine, qui a dur un an; et sa conversation
est des plus intressantes.

Dans un voyage en Asie, il a fait la dcouverte et l'achat d'une
soixantaine de manuscrits, parmi lesquels, il y a une Vie d'Alexandre
non plus crite cette fois, par ceux que, selon son expression, _il avait
derrire lui_, mais par ceux, qu'il avait devant lui, par ses ennemis.
Parmi ces manuscrits se trouvent encore trois biographies de Tamerlan, qui
tout en faisant, un jour, massacrer cent mille hommes, se fit enterrer aux
pieds de son matre de philosophie.

Et le voyageur parle de ces populations de Samarcande, de ces populations
calomnies par les Persans, de ces populations lettres, amoureuses de
discussions littraires, et o il a vu un individu soudainement poser une
fiche en terre, portant l'annonce d'une thse philosophique qu'il allait
soutenir, et les passants et les vendeurs du march, abandonnant leurs
choses  vendre, pour se mler  la discussion. Il parle encore de son
sjour, prs d'un mois, sur les hauts plateaux, o dans ces altitudes,
prs desquelles le Mont-Blanc est une plaisanterie, il avait des
saignements de nez, comme en ont eu Biot et Gay-Lussac, dans leurs
ascensions en ballon.

Puis revenant  ces quatre annes, passes en Afrique--o il n'y a pas
cependant l'intrt historique des voyages d'Asie--il dit que le voyage
n'a un charme que dans les pays, o le voyageur rencontre la lumire,
la chaleur, la gat des soleils levants, et que dans le froid, quelque
intrt qu'ait le voyage, il est toujours triste.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 6 avril_.--C'est particulier, comme les mots qui ne sont pas
de la langue courante, les mots un peu nigmatiques pour les cervelles
sans ducation: les gens du peuple les aiment, les affectionnent,
les recherchent; et l'amusant, c'est que ces mots, toujours dans leur
bouche, sont dfigurs, dnaturs, risibles. Il y a en bas une ouvrire
extraordinaire dans ce genre, et qui disait tout  l'heure _concunivence_
pour connivence.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 13 avril_.--Aprs dner, on cause de l'lection de Loti, et
le commandant Brunet, qui est venu s'asseoir  ct de moi, rendant
compltement justice  l'vocateur des climats, qu'est Loti, trouve, comme
moi, ses marins un peu conventionnels, et manquant d'un certain nombre de
choses, faisant leur caractre, et de l'orgueil de leur profession.

 ce sujet, il me conte cette curieuse anecdote. C'tait lors du sige de
Sbastopol, et  ce moment, o l'on avait organis des reprsentations
thtrales, pour tenir un peu en joie les marins de la flotte. Il faisait
une de ces admirables nuits d'Orient, dcrites par Loti. Et le commandant
Brunet se promenait sur le pont, pendant son quart, quand il faisait
signe de venir causer avec lui  un matre timonier, faisant son quart de
l'autre ct du bord. Il tait un rien en relations avec lui, parce que ce
matre timonier tait l'_impresario_ des reprsentations thtrales sur
les btiments.

Et les deux hommes causaient dans la belle nuit, et M. Brunet lui parlant
amicalement de son sort, l'autre lui disait: Moi je me regarde comme
le plus heureux des hommes... Je suis matre timonier en second, et je
vais tre nomm prochainement timonier en premier, et je serai un jour
dcor... Oui, il n'y a pas une peau d'homme autre que la mienne, o je
voudrais tre... Dans ma vie, il n'y a qu'une chose qui m'embte, c'est
que j'ai un frre plus jeune que moi, que j'aurais voulu voir amateur de
_galon_... Eh bien, il s'est fait calicot! s'criait-il avec un mpris,
o il y avait presque de la douleur. Or le calicot en question, savez-vous
qui c'tait?... C'tait Boucicaut du _Bon March_.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 17 avril_.--Dans la journe, Lon Daudet vient me dire que le
dner de chez papa, est transbord chez lui. Il y a chez ce cher garon,
une activit, une vivacit, une alacrit de l'intelligence qui charme et
enfivre: les ides chez lui, dans leur succession, ont quelque chose de
la rapidit des mouvements d'un corps agile. Pendant deux heures qu'il
reste au _Grenier_, il touche  un tas de questions anciennes et modernes,
et parle spirituellement de la rapidit,  l'heure prsente, avec laquelle
les produits matriels passent d'un pays dans l'autre, et de la lenteur
avec laquelle se transmettent les produits intellectuels, ce qu'il
explique un peu par l'abandon de la langue latine, de cette langue
universelle, qui tait le _volapuck_ d'autrefois entre les savants et
les littrateurs de tous les pays.

Ce soir, au dner de l'avenue de l'Alma, o sont Lockroy et Hanotaux,
on s'entretient de Boulanger, que Lockroy affirme avoir t le
sous-lieutenant de LA DAME BLANCHE, toutefois avec la force, un moment,
d'un million d'hommes derrire lui, et qui aurait bien voulu du pouvoir,
mais  la condition que ce pouvoir lui aurait t offert sur un plat
d'argent, sans le plus petit allongement de la main, pour le prendre. On
s'entretient de Gambetta, dont la dictature  Bordeaux, est dclare la
plus prudhommesque la plus influence par les vieilles paulettes, les
antiques ganaches politiques. Et un retour sur Saint-Just et les hommes de
la Rvolution fait dire, que les dsastres de 1870 et 1871, viennent du
remploi des hommes de 1848, au lieu de la mise aux affaires et aux armes,
de jeunes hommes. On s'entretient de Constans, qui a, au dire d'Hanotaux,
le mot spirituel et qui aurait dit, quelques jours aprs sa chute: Tout
de mme, ils m'ont dbarqu! faisant allusion  l'abandon d'un homme sur
une plage dserte.

       *       *       *       *       *

_Lundi 18 avril_.--Je lis dans un bouquin sur le Japon, la lgende du th.
La voici:

Dharma, un ascte en odeur de saintet en Chine et au Japon, s'tait
dfendu le sommeil, comme un acte trop complaisamment humain. Une nuit
pourtant, il s'endormit et ne se rveilla qu'au jour. Indign contre
lui-mme de cette faiblesse, il coupa ses paupires, et les jeta loin de
lui, comme des morceaux de basse et de vile chair, l'empchant d'atteindre
 la perfection surhumaine  laquelle il aspirait. Or ces paupires
sanglantes prirent racine,  la place o elles taient tombes sur la
terre, et un arbrisseau poussa, donnant des feuilles, que les habitants
cueillent, et dont ils font une infusion parfume, qui chasse le sommeil.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 20 avril_.--De Bhaine djeune chez moi. Il se plaint de
l'incomprhension des rpublicains qui ne se rendent pas compte qu'il y a
un pont entre le Saint-Sige et Cronstadt, et qu'en ce moment l'alliance
russe est compromise et en suspens.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 21 avril_.--C'est tonnant comme les animaux, mme un peu sauvages,
quand ils souffrent, cherchent  se rapprocher de l'homme, et  obtenir un
peu de sa commisration. Voici cinq ou six jours, que la chatte est en mal
de chats, eh bien! voici la pauvre bte, dans sa souffrance ayant besoin
qu'on soit prs d'elle, et elle vous suit de ses deux grands yeux tristes,
quand on s'loigne, et elle vous salue d'un petit miaulement, quand on
revient, et elle vous remercie de votre caresse, par un petit ronronnement
tout doux. Vraiment ils sont curieux chez ces ignorants de la maladie, les
regards profonds avec lesquels ils semblent vous demander de leur ter
leur mal.

       *       *       *       *       *

_Samedi 23 avril_.--Djeuner  Versailles avec les Daudet, chez le mnage
Lafontaine.

Tout en servant, Lafontaine raconte--et comme une comdien raconte, avec
des temps et des jeux de physionomie--cette jolie anecdote.

Il avait cd, vendu un Ruysdael, trouv en Hollande,  Adolphe Rothschild,
et venait de lui livrer, quand le baron dans la joie de son acquisition,
se laissa aller  lui dire, en forme de politesse: Mais, la baronne vous
verrait avec plaisir! Et le baron entrane Lafontaine dans une pice,
o la baronne monte sur un escabeau, et ceinte d'un tablier, nettoyait
elle-mme ses curiosits, entoure d'une vingtaine de larbins en mollets,
qui lui passaient les objets placs sur une table, et qu'elle replaait
dans une vitrine, aprs les avoir soigneusement frotts avec du vieux
linge. Et vous savez, il y en avait pour des centaines, des centaines de
mille francs, dans les bibelots couvrant la table. La prsentation faite,
Lafontaine en se retirant, attrape un pied de la table, et voici une
vingtaine de bibelots par terre. Un silence comme dans les jours tragiques,
et la tte de la baronne, vous la voyez... lorsqu'un larbin ramasse sur
le tapis--un tapis heureusement de cinq pouces d'paisseur--un objet, et
aprs l'avoir retourn dans tous les sens, le tend  la baronne, disant
avec une voix de domestique: Intact et c'est un autre qui chuchote le
mme mot, et pour la dizaine d'objets tombs, c'est bientt un choeur de
larbins, rptant: Intact, intact, intact! L-dessus le baron, prenant
 bras-le-corps, Lafontaine, le porte presque dehors, en lui disant: Mon
cher, avec votre chance, c'est vous qui tes la vraie curiosit d'ici!

Et l'motion, la sue de Lafontaine fut telle, qu'il soutient que la
couleur de ses gants avait chang.

Le djeuner fini, nous partons avec de Nolhac, l'aimable et savant
conservateur du muse de Versailles, visiter les pices intimes du chteau
historique. Et me promenant dans la demeure de ce grand pass, il me prend
une tristesse, en pensant  la petitesse du prsent.

Puis  et l, o badaudent des troupes d'ignares, l'histoire parle
dramatiquement  l'historien de Marie-Antoinette. Dans cet escalier de
marbre, je vois tirs par les pieds, les deux gardes du corps, dcapits
en bas, et dont les ttes furent frises au bout des piques, qui les
portaient. En poussant cette porte-fentre, je suis sur le balcon, o
Marie-Antoinette s'est montre aux cannibales, qui demandaient les _boyaux
de la Reine_,--et de la vie tragique ressuscite dans ce btiment mort,
dans cette ncropole de la monarchie.

Maintenant l'impression l dedans, c'est un sentiment d'abomination pour
ce bourgeois de Louis-Philippe, qui, avec son Muse, ses peintures au
rabais, a tu la belle antiquaillerie de cette demeure de la monarchie
franaise, aux XVIIe et XVIIIe sicles, et n'a pas craint de faire la nuit
avec un grand vilain tableau moderne, fermant la fentre de la salle de
bain de Mme Adlade, qui est peut-tre le plus riche spcimen de la
dcoration intrieure, au XVIIIe sicle.

       *       *       *       *       *

_Lundi 25 avril_.--Oui, je le rpte,  l'heure prsente, la lecture d'un
roman et d'un trs bon roman, n'est plus pour moi, une lecture captivante,
et il me faut un effort pour l'achever. Oui, maintenant j'ai une espce
d'horreur de l'oeuvre imagine, je n'aime plus que la lecture de l'histoire
des mmoires, et je trouve mme que dans le roman, bti avec du vrai, la
vrit est dforme par la composition.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 29 avril_.--Les observateurs doivent reconnatre au pas, des
agents de police en bourgeois, oui,  ce pas tranquille, rgulier, cadenc,
qui est le pas des sergents de ville.

       *       *       *       *       *

_Samedi 30 avril_.--Quand on commence  collectionner, devant le nombre
des objets qu'on trouve, au commencement de sa chasse et de sa recherche,
on croit que la matire est inpuisable, qu'il y en aura toujours chez les
marchands. Non, on se trompe, et il n'y en a plus sur le march, au bout
de trs peu de temps. En effet depuis bien longtemps, bien longtemps, des
gravures franaises du XVIIIe sicle, dont il y avait des cartons bonds
sur tous les quais, il n'existe plus que celles, classes dans les
collections. Et les belles impressions japonaises, depuis tout au plus une
douzaine d'annes qu'on les recherche, c'est fini d'en trouver chez Bing
et Hayashi, et il me semble mme que malgr tous leurs efforts, ils n'en
peuvent plus dcouvrir au Japon.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 1er mai_.--Aujourd'hui, o l'on ne sait pas si la socit
franaise sera mise  cul et si un gros morceau de Paris ne sera pas
dynamit, l'heureux Poitevin fait son entre chez moi, tout rjoui, tout
hilare, tout rayonnant de l'enfantement de trois ou quatre pithtes,
disant  ce propos, assez loquemment, qu'il n'y a de synonymes que pour
les mes _non nuances_, et avec ces pithtes, il m'apporte la primeur
de cette phrase: Le signe de la croix inscrit sur la personne humaine les
quatre points cardinaux de l'espace spirituel, dans la rose des vents de
la destine humaine.

Je traverse en sortant de mon _Grenier_, les Champs-lyses. Un dsert o
passent des voitures vides. Paris semble avoir t dpeupl par une peste.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 4 mai_.--De Bhaine disait, rue de Berri, que le pape rpondait
 quelqu'un, lui demandant ce qui l'amusait encore: La lecture d'une
belle page de Cicron!

       *       *       *       *       *

_Samedi 7 mai_.--Dner chez Pierre Gavarni.

... Oui, Corot ne se servait jamais de vert, il obtenait ses verts au
moyen du mlange des jaunes avec du bleu de Prusse, du bleu minral... et
je vais vous en donner une preuve irrcusable.

C'est le vieux peintre Decan, ami de Corot, qui demeure dans la maison de
Gavarni, et qui redescend, quelques instants aprs, avec la blouse, que
Corot mettait pour peindre, et qui est l'assemblage de deux tabliers de
cuisine d'un bleu pass, avec dans le derrire, un morceau neuf d'un bleu
vif, morceau remplaant le bas de la blouse, brl contre un pole. En
effet la blouse est toute couverte d'une pluie de taches tendres, o
manque le vert.

Decan a descendu avec la blouse, une esquisse dans laquelle il a
reprsent le pre Corot, en train de peindre dans la campagne, recouvert
de cette blouse: esquisse, o avec la rvolte des cheveux blancs de sa
tte nue, son teint de vivant en plein air, sa pipe en racine lui tombant
de la bouche, il a tout l'air d'un vieux paysan normand.

Et Decan nous donne la formule du pre Corot pour faire des chefs-d'oeuvre,
en face de la nature.

S'asseoir au bon endroit, ainsi que l'enseignait son matre
Bertin--tablir ses grandes lignes--chercher ses valeurs--et se touchant
tour  tour la tte et la place de son coeur, mettre sur sa toile, ce
qu'on sent, l et l.

Decan ajoute: C'tait un peintre du matin et non de l'aprs-midi. Il ne
peignait pas, quand il faisait grand soleil, disant: Moi je ne suis pas
un coloriste, mais un _harmoniste_.

Figurez-vous, reprend Decan, que Corot est rest jusqu' quarante-cinq
ans,--vous m'entendez bien,--comme un petit enfant chez son pre, qui ne
croyait pas le moins du monde  son talent. Et il arrivait qu'un jour,
Franais ayant dn chez le pre de Corot, ce pre, au moment o Franais
allait sortir, lui dit qu'il allait le reconduire, et comme son fils
s'apprtait  le suivre, il lui fit signe de rester. Et dans la rue:

--Monsieur Franais, est-ce que vraiment mon fils aurait du talent?

--Comment, rpondait Franais, mais c'est mon professeur!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 8 mai_.--La toquade mystique, dont la France est atteinte,
s'est rvle, cette anne, jusque dans les coiffures de modles et des
matresses des peintres, apparaissant aux _vernissages_, avec des bandeaux
_botticelliens_, et des ttes imitant les ttes des tableaux primitifs.

Au _Grenier_, on cause aujourd'hui dynamite, on cause moyens de
destruction et moyens de dfense des tres et des objets matriels, et
j'apprends une chose assez ignore, c'est que le Muse d'Anvers, ville,
dont la destination est d'tre bombarde, a des murs pouvant rentrer sous
terre, avec les tableaux qui y sont accrochs.

Rodenbach croit plus tard,  un grand mouvement lyrique sur l'industrie,
et il parle loquemment des attitudes recueillies, de l'aspect presque
religieux des occupations mcaniques, enfin d'une synthse potique du
travail ouvrier, d'une tude au del de la simple photographie littraire.

       *       *       *       *       *

_Mardi 10 mai_.--Le sommeil de la sieste: un curieux sommeil, o, au
milieu de l'vanouissement de l'tre, il y a, dirais-je, une perception
potique de ce qui se passe autour de ce sommeil.

       *       *       *       *       *

_Samedi 14 mai_.--Frantz Jourdain vient djeuner avec moi, et me lire
des fragments d'un livre, dont je lui ai donn l'ide. C'est un roman
(L'ATELIER CHANTOREL) o sous un nom suppos, il raconte son enfance, sa
jeunesse, son passage  l'cole des Beaux-Arts, son apprentissage du
mtier d'architecte; et l'intressant bouquin est presque, tout le temps,
soutenu par de la vie vcue.

Ce soir, une femme du monde, m'attaque gentiment sur l'horreur, professe
dans mon JOURNAL, pour le progrs dans les choses, me parlant de la vie
magique, surnaturelle, que lui a faite le tlphone: Tenez, il y a une
heure, je causais  Londres avec un Anglais, pour une affaire que j'ai
l-bas; quand vous tes entr, je m'entretenais avec ma soeur,  Marseille,
lui disant que je vous attendais; dans la journe, j'avais arrang un
mariage et un divorce... Hier j'tais fatigue, je m'tais couche de
bonne heure, mais ne dormant pas, je me suis mise  causer avec un
monsieur, dont j'aime l'esprit... mais un monsieur, que les convenances
m'empchent de recevoir frquemment... N'est-ce pas, dit-elle, en riant,
c'est singulier pour une femme, dans son lit, de causer avec un monsieur,
qui est peut-tre dans le mme cas... Et vous savez, si le mari arrive,
on jette le machin sous le lit, et il n'y voit que du feu.

--Et quand vous causiez vous tiez en chemise... dans ce cas, pour une
femme qui a un fonds de catholicit comme vous, madame, c'est grave, a
touche un peu au pch.

--Tiens, c'est vrai, fait la femme au tlphone, en riant, il faut que
j'interroge mon confesseur?

       *       *       *       *       *

_Mardi 17 mai_.--Je reois une carte de la baronne de Galbois, m'apprenant
que Popelin est mort, ce matin.

Hier,  six heures, le fils de Popelin m'avait dit: Il y a un petit
mieux... ses crachats sanguinolents sont d'une meilleure nature... mais
il n'y a pas  se le dissimuler, c'est un homme touch, bien gravement
touch... et dont l'existence demandera  tre entoure de grandes
prcautions.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 20 mai_.--Il n'y a plus qu'une chose qui m'amuse, m'intresse,
m'empoigne: c'est une conversation entre lettrs sympathiques, dans
l'excitation d'un peu de vin, bu  dner.

       *       *       *       *       *

_Samedi 21 mai_.--Djeuner chez Raffalli, avec Proust, le mnage Forain,
une Amricaine, organisatrice de l'exposition de Chicago, dont les dents
aurifies font dire  Forain, que ses dents ressemblent  des jets de gaz,
allums pendant le jour--et encore avec des peintres, que je ne connais
pas.

Forain raconte ses dmls avec ses cranciers, parmi lesquels se
rencontraient des cranciers roublards qui se faisaient ouvrir en
chantonnant le refrain d'une chose en vogue, dans le moment, chez les
artistes. Il narre joliment, comment il a mis militairement  la porte de
chez lui, un crancier qui ne l'avait pas reconnu sous le costume d'un
garde municipal, qu'il tait en train d'endosser, pour aller  un bal
masqu, chez Mnier.

Puis, je ne sais  propos de quoi, le nom de Meissonier est tomb dans
la conversation, et l'on cite ce mot immense du peintre  un ami, lui
annonant qu'il avait eu l'influence de faire nommer une rue: _Rue
Meissonier_.

--Bon, vous m'avez fait rater mon boulevard!

Le mnage Forain m'entrane voir son petit intrieur, ingnieusement
machin avec un atelier en haut, o Forain travaille: atelier communiquant
par une baie avec le grand salon au-dessous. Une riante et claire demeure
d'un mnage de peintre.

Forain me fait voir des lithographies, qu'il vient de jeter sur la pierre,
reprenant un procd abandonn, et y dbutant avec succs, mais avec un
peu de l'imitation du faire de Daumier, dont il a du reste accrochs au
mur, trois ou quatre croquetons remarquables.

Il me montre ensuite un certain nombre de petits albums explicatifs de
son talent, o, en deux ou trois coups de mine de plomb, qu'on pourrait
appeler des _instantans du crayon_, il surprend une attitude, un
mouvement, un geste,--et rien que cela de l'homme ou de la femme, qui
lui sert de modle.

Et Forain me cause de son labeur, de sa peine  trouver la chose: oui, 
la fois un dessin et une lgende qui le satisfassent. Il parle des vingt,
trente, quarante croquis, qu'il est oblig parfois de faire, pour arriver
 l'image voulue.

Et parlant du dessin, qu'il a publi ce matin, dans _l'cho de Paris_,
il me dit qu'il avait voulu exprimer,  propos de l'adultre, l'espce
de remords qu'une femme de la socit prouve devant le dgot inspir,
dans une chambre d'htel, par la serviette pose sur le pot  l'eau,
pour le bidet... Et en effet, il me montre un dessin, o la femme est
douloureusement hypnotise par ce pot  l'eau; mais il n'avait pas trouv
la lgende philosophique, montant de ce pot  l'eau. Alors il s'est mis
 chercher une seconde traduction de sa pense, qui avait rat. Enfin
toujours, pour rendre cette chienne de pense, il avait mis au bas
du dessin: _Nous avons eu tort d'ter nos bottines... y a pas de
tire-boutons_: traduction dernire de sa pense, qu'il avouait trouver
tout  fait infrieure.

Et l, il ajoute avec un clair de l'oeil froce, comme opposition 
cette lente et pnible trouvaille d'un dessin et d'une lgende, la joie,
certains jours, de _jeter son venin en un quart d'heure_.

       *       *       *       *       *

_Mercredi.25 mai_.--Lecture, ce matin, de ma pice: A BAS LE PROGRS,
 Antoine et  Ajalbert.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 29 mai_.--Ce matin, chez M. Bgis, pour renseignements sur la
Guimard.

Chez cet intelligent collectionneur de manuscrits, de livres, de brochures
sur les moeurs, un tas de documents curieux, entre autres un grand registre,
reli en vlin blanc, trouv par Deflorenne en Angleterre, et qui est
toute l'histoire, jour par jour de la Bastille, registre, dont la
publication a t dernirement propose au Conseil municipal qui n'a pas
trouv le document assez parisien. Que diable, veulent-ils donc, comme
document parisien?

Puis un volume manuscrit de pices sur les prisonniers du donjon de
Vincennes, et c'est avec une vritable motion, que je lis la lettre
d'incarcration de Diderot, et la lettre qui lui donne la clef des champs.

Potain, le bon Potain, racontait  Lon Daudet, que ces jours-ci, ayant
des enfants chez lui, le soir, pour les amuser, il s'tait fait des
moustaches avec du charbon. On tait venu le chercher, _dare dare_, pour
une femme qui avait une pneumonie. Pendant sa consultation, il avait
remarqu sur les traits des gens, une interrogation inquite  son gard,
qu'il ne comprenait pas, et qu'il n'a comprise que lorsqu'il est rentr
chez lui, en retrouvant dans une glace sa moustache. C'est un trait d'un
mdecin d'un autre sicle.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 1er juin_.---Le baron Larrey contait, ce soir, un pisode de
Solfrino. Il tait  cheval, aux cts de l'empereur, sur une minence,
au moment, o la canonnade tait effroyable, quand tout  coup, l'empereur
lui dit: Larrey, votre cheval est tu. Il descendait, et voyait  son
cheval, un grand trou au poitrail, d'o jaillissait une fontaine de
sang. Ma foi, en sa qualit de chirurgien, il demandait une alne, de la
grosse ficelle, et le recousait sur place, puis, le faisait reconduire 
l'ambulance entre deux chevaux qui le soutenaient. Et le pansant et le
soignant comme un soldat bless, il le sauvait, et le bulletin de la sant
du cheval devenait un sujet de conversation pendant toute la campagne, et
mme lors de l'entrevue de Villafranca. Enfin, compltement rtabli, le
cheval tait plac dans les curies de l'impratrice.

Yvon,--c'tait convenu,--devait reprsenter l'pisode dans la bataille de
Solfrino, mais le gnral Fleury s'y opposait, prtextant que la blessure
du cheval dplaait l'intrt, le retirait de dessus la tte de l'empereur.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 3 juin._--Pose, toute la journe, pour une tude que fait de moi,
Carrire. Parlant de la socit future, je disais que les gens les plus
intelligents ne peuvent concevoir les formes d'une socit future, et que
dans l'antiquit, il n'y aurait pas eu une cervelle capable de prophtiser
la socit du moyen ge, cette socit  basiliques tnbreuses, au
lieu de temples pleins de lumire, cette socit aux danses des morts,
remplaant les thories des ftes d'Adonis, cette socit, avec sa
constitution, ses vtements, son moral si diffrent de l'autre, cette
socit, ou mme les belles et classiques formes de la femme grecque ou
romaine, semblent devenues des formes embryonnaires, telles que nous les
voyons retraces par le pinceau de Cranach, dans des acadmies de femmes
du temps.

       *       *       *       *       *

_Mardi 7 juin_.--Je pose, la dernire fois, je crois, pour la premire
tude que fait de ma tte, Carrire, et je l'interviewe,  propos de la
prface de LA VIE ARTISTIQUE de Geffroy.

Il me parle d'une anne passe en Angleterre, o il tait arriv avec trs
peu d'argent, et sans la connaissance de qui que ce soit, et o, au bout
de peu de jours, il tait tomb dans de la misre noire. Dans sa dbine,
il s'tait imagin de faire quelques dessins de femmes et d'amours--des
rminiscences de l'cole des Beaux-Arts--et les avait ports, dans la
semaine qui prcdait Nol,  un journal illustr. Les dessins avaient plu
au directeur, qui lui en avait demand deux, et le lendemain, avec les
quelques livres qu'il recevait, il courait de suite  une taverne, mettre
un peu de viande dans son estomac. Le directeur s'prenait de lui, et
l'invitait quelquefois  dner, et le retenait  causer,  regarder des
images et des bibelots, si bien que tout  coup, ses yeux regardant
la pendule, il s'criait: Ah vraiment, je vous ai fait rester trop
tard, vous ne trouverez plus d'omnibus! Et l'Anglais demeurait au
diable de Crystal Palace, prs duquel gtait Carrire, qui rpondait
imperturbablement: Oh, je prendrai un cab  la petite place de voitures,
qui est  ct. Et il revenait  pied, et rentrait chez lui, tant c'tait
loin,  quatre heures du matin... Ce qui m'a sauv, jette-t-il, en
manire de proraison, c'est qu'il y avait chez moi, dans ma jeunesse,
beaucoup d'_animalit_, de force animale.

Il me confessait qu' Londres, il avait eu, tout le temps, un sentiment
d'effroi du silence des foules.

Comme je lui parle du travail laborieux de son pinceau sur mon front, il
me dit: Quand je fais un tre, j'ai la pense tout le temps, que j'ai 
rendre des _formes habites_.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 9 juin_.--Djeuner chez Jean Lorrain, avec Mlle Read, Ringel le
sculpteur, de Rgnier, le pote.

Mlle Read, la soeur de misricorde de Barbey d'Aurevilly. Une douceur
des yeux, une blondeur des cheveux, une bont de la figure, une bont
intelligente, spirituelle, qui met parfois sur son visage d'ange, de la
jolie gaminerie d'enfant.

Lorrain racontait spirituellement, drolatiquement, que son pre, tant
armateur, avait voulu un moment tenter l'levage des bestiaux. Or,
pour lui apprendre  cumuler, une nuit, on lui avait coup la queue de
vingt-cinq vaches. Cela ne l'avait pas dcourag, il avait continu 
acheter des vaches, mais n'y connaissant rien, il achetait des vaches
appeles _robinires_, des vaches ayant de vilaines moeurs, et ne donnant
pas de lait. Et  ses vingt ans, c'tait lui qui tait charg de vendre
les vaches. Et pour cette opration, ayant obtenu un beau _complet_ gris
perle, et suivi d'un vacher, il courait les foires, mais aussitt qu'on
l'apercevait, on s'criait: C'est le gas aux vaches robinires! et il
n'avait jamais pu en vendre une.

       *       *       *       *       *

_Samedi 11 juin_.--Carrire fait d'aprs moi, une deuxime tude peinte.

Il est amusant, spirituel en diable, ce Carrire. Il parle du rat, disant
toujours _nous_; des potes d' prsent, qu'il trouve _plus prs du piano
que de la pense_; de la jeunesse littraire, portant dans la vie, la
figure d'un _petit dbitant, dont le commerce ne va pas_.

Puis, il me demande, si je connais la cour de l'Htel Sully, rue
Saint-Antoine, et m'apprend qu'il y a de grands bas-reliefs admirables, et
que c'est l, ce que personne n'a dit, que Ingres a pris compltement sa
_Source_, oui, et la pose et le mouvement de la figure, et mme la forme
de la cruche.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 12 juin_.--Jean Lorrain nous disait, qu'aujourd'hui, le vin
ordinaire des grandes cocottes, brles par les soupers aux crevisses 
la bordelaise et au champagne, tait  la maison, une boisson faite de
centaure, de rglisse, et encore je ne sais quoi de rafrachissant et de
dpuratif.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 15 juin_.--De mauvais jours, vendredi dernier et aujourd'hui,
des jours de colique hpatique.

       *       *       *       *       *

_Lundi 20 juin_.--Aujourd'hui, dernire sance pour la seconde tude de
mon portrait.

Carrire me dit qu'il veut graver ce portrait  l'eau-forte, dans le genre
des prparations, qu'a graves mon frre, d'aprs La Tour.

Puis, au bout de quelque temps, il ajoute: Ceci est confidentiel... J'ai
depuis longtemps l'ide de faire un Panthon de ce temps-ci... un Panthon
que je ferai avec mes contemporains, hommes et femmes. N'est-ce pas,
ce serait gentil de donner ainsi une portraiture de l'humanit de ce
temps?... Puis, ces eaux-fortes, ce serait pour moi une reposante
distraction de la peinture.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 22. juin_.--Aujourd'hui j'ai reu la visite d'une lady je ne
sais plus qui, une lady,  l'air fort grande dame, ma foi, marie  un
rajah de l'Inde, et dont j'ai sduit la cervelle par la lecture de mes
romans  Borno,  Borno!

Ah! la grande jouissance, aprs ces temps, si implacablement beaux, de
passer la soire  entendre la pluie tomber, _goutter_, avec son doux
bruit, sur les feuilles.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 23 juin_.--En revenant de Saint-Gratien, dans le chemin de fer,
le docteur Blanche me parlait de cette loi de nature froce, de l'espce
de courant lectrique, qui pousse les gens des familles, o il y a
des alins,  se runir,  se joindre,  se marier ensemble--et sans
me nommer les gens, il me citait des multitudes de cas venus  sa
connaissance, comme mdecin aliniste.

       *       *       *       *       *

_Samedi 25 juin_.--De l'exposition des _Cent Chefs-d'oeuvre_, dont je sors
 l'instant, il est pour moi indniable, que le premier prix de paysage
de ce sicle, appartient  Rousseau, le second  Corot. Dupr a quelques
toiles extraordinaires, mais il est trop ingal. Troyon a de petites
toiles croustillantes, mais ses grandes compositions sont btotes, et
veulement peintes. Daubigny n'est qu'un Corot triste. Quant aux paysages
anciens, ils sont abominables. Ruysdael et Hobbema ont fait la nature,
sans l'animation particulire de sa vie vgtale, et de plus Hobbema a
un feuill, qui ressemble au feuill des paysages en cheveux.

       *       *       *       *       *

_Mardi 28 juin_.--Hier, sur un petit catalogue qui m'est tomb, de je
ne sais o, j'ai donn commission pour des notes de Chamfort, ainsi
catalogues: _Les rognures de son livre, Maximes et Penses, Caractres
et Anecdotes_.

Aujourd'hui, je regarde la couverture du catalogue, avec attention, et j'y
lis: _Vente aprs dcs de M. de Lescure, homme de lettres_. Une vente,
o se trouvent mls aux livres, un bon mobilier de chambre  coucher
en palissandre cir, une belle pendule Empire en bronze dor, une tte
d'homme de Ribot, deux dessins de Boulanger, et une montre d'or 
remontoir.

a me fait froid dans le dos, ce catalogue! Est-ce que, malgr toutes mes
prcautions, je serai vendu comme a?

       *       *       *       *       *

_Mercredi 29 juin_.--Aujourd'hui, je tirais de Lavoix quelques
renseignements sur l'hellniste Hase, qui a laiss des _Souvenirs
polissons_ manuscrits crits dans le grec le plus pur, et dont je voudrais
faire, sous un pseudonyme, un des personnages d'une plaquette rotique, o
je tenterais d'introduire les conversations les plus hautes sur l'amour
physique.

Lavoix me confirme la phrase: C'est ma concubine, _quippe uxorem non
duxi_, phrase dite  un quidam, qui adressait ses salutations  Zo,
comme si elle tait Mme Hase.

Lavoix me le montre avec son parler, tout farci de mots latins et grecs,
et quelques instants aprs, qu'il avait manqu d'tre cras, lui disant:
Oui, par une voiture  deux chevaux, un _bige_, mon cher collgue.
C'tait lui, qui se dfendant de toujours travailler, faisait l'aveu, que
le dimanche, il lui arrivait parfois de lire un livre futile, et le livre
qu'il montrait, tait le dix-septime volume de l'HISTOIRE DE L'EMPIRE,
de Thiers. Il avait l'habitude d'tre chez lui tout nu, avec une robe de
chambre  cru.

Plein d'esprit, inconsciemment ironique, avec une parole lente, balourde
d'Allemand, qu'il tait. Maintenant une possession de la langue grecque,
comme personne.  propos d'une mdaille, sur la date de laquelle on
n'tait pas fix, et que lui montrait Lavoix, il s'criait: C'est une
mdaille du IIIe sicle, il y a un mot que je n'ai jamais trouv dans les
sicles prcdents.

Lavoix a assist  sa mort, tous deux demeurant dans la petite annexe de
la Bibliothque, rue de Louvois. Hase travaillait une partie de ses nuits,
et dj un peu souffrant, comme il persistait  travailler, une nuit, son
domestique tait venu trouver Lavoix, pour qu'il dcidt son matre  se
coucher. Il s'y refusait. Deux heures aprs, le domestique venait chercher
Lavoix, pour porter le mort sur son lit. Sa tte tait tombe sur des
preuves fraches du dictionnaire de Robert Estienne, qu'il corrigeait, et
la sueur de la mort avait imprim quelques caractres des preuves sur son
front.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 30 juin_.--Il y a quelque chose de caractristique chez la femme
qui vous aime, et qui n'est ni votre pouse, ni votre matresse, c'est
dans la marche, sans que vous lui donniez le bras, l'approche, par moments,
de son corps contre le vtre, approche ayant quelque chose du frlement
caressant d'une chatte.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 1er juillet_.--Dner des japonisants chez Vfour. Bing cause de
la folie des impressions japonaises chez quelques amateurs amricains. Il
parle d'un petit paquet de ces impressions, qu'il a vendu 30 000 francs
 la femme d'un des plus riches _Yankee_, et qui a dans son petit salon,
en face du plus beau Gainsborough qui existe, une image d'Outamaro. Et
l'on s'avoue, que les Amricains qui sont en train de se faire le got,
lorsqu'ils l'auront acquis, ne laisseront plus en vente un objet d'art 
l'Europe... qu'ils achteront tout, tout.

 ce dner, il y a un jeune homme intressant, un M. Tronquoy, qui
s'adonne  l'tude srieuse, des langues chinoise et japonaise, avec
l'ide de donner sa vie  la connaissance approfondie de ces langues,
d'aller au Japon... Il est plein d'admiration pour la langue chinoise,
qu'il dit tre faite seulement par le _choc des ides_, avec la
suppression ou la svre abrviation de toutes les inutilits des
langues occidentales.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 3 juillet_.--Aujourd'hui, Ajalbert me parlait de la vie
d'Antoine, au bord de la mer,  Camaret, o il loge dans le bastion
d'un vieux fort, y lisant des pices jusqu' quatre heures du matin, et
apparaissant, un peigne dans les cheveux,  la fentre, sur le bord de
midi.

Il peint l'activit dvorante de cet homme, qui tout  coup, dans un
endroit o il paresse inactif, le sollicite de se remuer, de se mettre en
route, de faire un voyage, et l'ide du voyage entre dans sa tte, il a
besoin de dcamper de suite, disant  son monde: Le bateau part  quatre
heures, il faut un quart d'heure pour y aller... Oh! un quart d'heure,
n'est-ce pas, vous suffit pour vous prparer? Et il arrive  temps,
poussant devant lui les hommes et les femmes de sa troupe.

Ajalbert me conte un petit voyage de quatre jours, fait sur la cte
bretonne, dans un grand omnibus, lou par Antoine, contenant une cargaison
de cabotins et de cabotines: un voyage  la forte nourriture, et trs bon
march, grce au ct dbrouillard d'Antoine, arrivant dans un endroit,
et, sans consulter aucun autochtone, faisant toute une revue des auberges,
et instinctivement choisissant la meilleure, et installant sa charrete de
voyageurs: les prix de tout arrts d'avance.

       *       *       *       *       *

_Mardi 5 juillet_.--Aujourd'hui, je pose pour le portrait, que Carrire me
fait sur l'exemplaire de GERMINIE LACERTEUX, dite par Gallimard.

Tout en peignant, sa parole originale saute d'un sujet  un autre.
Il dit que maintenant en France, une _entame_ du patriotisme vient
surtout du grand nombre de mariages contracts par des Franais avec des
trangres--ce qui n'existait pas dans l'ancienne France--mariages qui
donnent des enfants franais, qui ne sont pas tout  fait franais. Il
blague ce peuple de littrateurs et de peintres, qui se prcipitent  la
suite du _dcouvreur_ d'un procd littraire ou artistique, en sorte que
les dcouvertes n'ont plus l'air d'tre faites par un seul, comme elles le
sont depuis le commencement du monde, mais par un _monme_. Il s'indigne
de la langue horrifique, que parlent  l'heure prsente les gens avec
lesquels, il prend le train de Vincennes, quand il va  sa petite maison
de campagne du parc Saint-Maur, des gens,  propos de la translation d'un
cimetire, traitant les morts du vocable de charognes, et me jette cet
loquent appel: Est-ce que vous n'avez pas en vous le sentiment de la
_dsesprance_, en ce monde de maintenant, dont les uns portent un tron
dans la main, les autres un cierge?

Enfin il m'entretient de son antipathie pour le soleil, du mystre des
ciels voils, de la sduction mystique des crpuscules, confessant, sans
s'en douter, l'amoureux peintre de grisaille qu'il est.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 juillet_.--Aujourd'hui on m'apporte le mdaillon de mon frre,
que je substitue sur le balcon du boulevard Montmorency, au mdaillon de
Louis XV, de Caffieri, et j'ai un sentiment de bonheur,  voir cette
maison, o est mort mon frre, portant sur sa faade, comme une jolie
signature des Goncourt.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 14 juillet_.--L'aide injecteur de Brown-Squard disait, que les
cobayes s'puisant, on avait song aux testicules des taureaux, mais
qu'on avait appris que les toradors les mangeaient, pour se donner de la
vigueur et du jarret. Et je pensais en moi-mme, aux effets littrairement
et peut-tre physiquement fantastiques, que pourraient produire chez
les humains l'injection de testicules de froces, l'injection de lions,
l'injection de tigres.

       *       *       *       *       *

_Samedi 16 juillet_.--Dans les quelques tours, que fait Daudet  mon bras,
avant djeuner, il me parle de lettres de sa jeunesse retrouves, et o,
en 1859, dans un Midi recul, loin de toute suggestion littraire, il
crivait  son frre qu'il n'y avait en littrature que le roman, mais
qu'il ne se trouvait pas encore assez mr, pour s'y mettre. Il ajoutait:
Cependant, j'en avais fait un  quinze ans qui s'est perdu, mais qui
tait imbcile... ce qu'il y a de certain, c'est que la premire chose que
j'ai faite, je l'ai tire de moi-mme.

Puis au bout de quelques instants de silence, il reprend: C'est vraiment
curieux, chez moi, depuis 1858--je ne vous connaissais pas--ce sont de
petits cahiers, ce sont des notes jetes, au jour le jour, certes moins
pousses que les vtres, mais enfin c'est le mme procd de travail. Eh
bien, chez les jeunes, au moins chez ceux que nous connaissons, je ne vois
aucun procd de travail particulier, personnel.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 21 juillet_.--Dans le rve, chez les figures hostiles, le ct
sournois, astucieusement mchant, le jsuitisme des physionomies, c'est
extraordinaire; non, ce n'est plus la pleine lumire des haines du jour,
a en est, pour ainsi dire, les tnbres et la grisaille.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 22 juillet_.--L'anarchie aura une grande force, elle verra
venir  elle, toutes les dsquilibres, toutes les folles, toutes les
hystriques, qu'a eues, dans le principe, pour lui le christianisme, et
qu'aucun parti politique n'avait pu jusqu'alors enrgimenter, comme
ouvrires et martyres.

       *       *       *       *       *

_Samedi 23 juillet_.--Coppe et sa soeur viennent aujourd'hui dner 
Champrosay. Ce soir l'ironique, le gouailleur, le blagueur, est tout
triste. Il parle, avec de l'amertume dans un coin de la bouche, de la
longueur de sa vie, et des diffrents individus qui l'ont habit, disant
qu'il est trs sensible  la temprature, et qu'il ne retrouve de l'ancien
Coppe, que les jours, o il fait la temprature de son ancien pass, et
il s'crie  propos des prtendus cent ans de son existence: J'ai vu,
j'ai prouv trop de choses, en un mot, j'ai eu trop de sensations!

Coppe parlant de Mlle Read, dclare qu'elle n'aime que les affligs, les
souffrants, les malheureux, qu'elle hait les chanceux, les heureux, les
gens ayant l'argent et la gloire. C'est la femme, dont Mme Halvy dit:
Je ne la vois plus, mais si je me cassais la jambe, je suis sre qu'elle
reviendrait auprs de moi!

       *       *       *       *       *

_Lundi 25 juillet_.--Nous parlons avec Daudet, du mensonge, du mensonge
cynique du journalisme contemporain, o les journaux font aujourd'hui de
Cladel, un crivain de la taille de Flaubert, quand aucun de ces journaux
vantards de son talent, ne voulait hier de sa copie.

       *       *       *       *       *

_Mardi 26 juillet_.--Dner avec les mnages Zola et Charpentier.

Comme on parle  Zola, du livre, qu'il a annonc tre en train de faire
sur Lourdes, il dit  peu prs ceci: Je suis tomb  Lourdes, par une
pluie, une pluie battante, et dans un htel o toutes les bonnes chambres
taient prises, alors il me venait le dsir, en ma mauvaise humeur, d'en
repartir le lendemain matin... Mais, je suis un moment sorti... et la
vue de ces malades, de ces marmiteux, de ces enfants mourants apports
devant la statue, de ces gens aplatis  terre dans le prosternement de la
prire... la vue de cette ville de foi, ne de l'hallucination de cette
petite fille de quatorze ans... la vue de cette cit mystique, en ce
sicle de scepticisme... la vue de cette grotte, de ces dfils dans
le paysage, de ces nues de plerins de la Bretagne et de l'Anjou...

Oui, fait Mme Zola, a avait une couleur!

Zola reprenant brutalement: Il ne s'agit pas de couleur... ici, c'est un
remuement des mes qu'il faut peindre... Eh bien, oui, ce spectacle m'a
empoign de telle sorte que, parti pour Tarbes, j'ai pass, deux nuits
entires,  crire sur Lourdes.

Puis dans la soire, il parle de son ambition de pouvoir parler, des
essais qu'il fait de sa parole, jetant  sa femme, comme avec un coup de
boutoir: Des romans, des roman, c'est toujours la mme chose! Et il
s'crie aprs un silence, qu'il n'a pas la facult de la parole, qu'il
n'prouve pas la jouissance de l'inspiration, qu'il est gn par la peur
des choses communes... laissant apercevoir le dsir passionn de greffer
sur son talent, pour la complte russite de sa carrire, l'loquence
d'un Lamartine, et de doubler sa littrature, de la publicit d'un homme
politique.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 29 juillet_.--Je lis les CONVERSATIONS DE GOETHE, par Eckermann,
et je trouve que l'crivain allemand divisait l'humanit en deux classes:
les _poupes_, jouant un rle appris, et _les natures_, le petit groupe
d'tres, tels que Dieu les a crs.

Daudet confessait, qu'aprs le _four_ de LISE TAVERNIER  l'Ambigu, il
avait t drle comme tout,  un souper distingu, original, qu'avait
donn son beau-pre, mais aprs, quand il s'tait trouv tte  tte avec
sa femme, il avait t pris d'une crise de nerfs, et, ma foi, qu'il avait
pleur, pleur comme un enfant.

       *       *       *       *       *

_Samedi 30 juillet_.--Comme nous flicitions de notre _jugeotte_ des
hommes et des femmes,  premire vue--facult que nous trouvons
n'appartenir gure qu' nous seuls dans notre monde, Daudet me disait:
C'est trs curieux; moi les gens, je les juge par le regard, par
l'observation... Vous c'est par une espce _d'intuition de
l'ambiance_!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 11 aot_.--Alfred Stevens est venu dner, avec sa jolie fille, aux
yeux si tristement charmants.

Et depuis quatre heures jusqu' six heures, 'a t, chez l'artiste, un
jaillissement d'amusantes anecdotes sur les littrateurs, les peintres,
et gens de toute sorte, coupes par son grognement habituel.

C'est moi, dit-il, qui ai apport MADAME BOVARY chez les Dumas. Dumas
fils m'a dit: C'est un livre pouvantable! Quant  Dumas pre, il a
jet le livre par terre, en disant: Si c'est bon cela, tout ce que nous
crivons depuis 1830, a ne vaut rien!

Et il passe aux curieux dners, au restaurant du Havre, entre Corot,
Rousseau, Millet, Diaz, Couture, et raconte ceci: Couture vint, un jour,
me chercher pour dner, me chercher dans ma petite chambre d'alors, et
comme je lui disais: Vous tes triste, aujourd'hui, Couture?--Oui, me
rpondit-il, je sens que je ne suis pas un peintre, je peins avec mon
cerveau, pas avec mon coeur... Je ne sais, si vous l'avez connu, Couture...
C'tait un petit ratatin frileux, ayant toujours sur le dos un collet
de manteau, et Diaz, qui tait plein d'esprit, plein d'une imagination
drolatique, disait, en le voyant dboucher: Voici le champignon vnneux!

De Couture, il saute  un amphitryon belge,  un clbre gourmand de
Bruxelles, qui a invent dans sa salle  manger, un courant d'air,
faisant uniquement le service d'enlever l'odeur des mets, et qui veut
des conversations  l'instar du plat qu'on sert, du plat qu'il baptise
de _plat grivois_ ou de _plat philosophique_.

Ah! s'crie-t-il,  un moment, un mot admirable du fils Meissonier,
enfant. Pendant une rcration, il s'tait couch sur un banc. Un _pion_
craignant qu'il ne s'ennuyt, lui dit: Mon petit ami, si vous alliez
jouez avec vos camarades, l-bas?--Oh non, monsieur, la rcration me
paratrait moins longue!

Ce mot profond amne dans la conversation, la lgende du _Professeur
de paresse_, une lgende, que Daudet a entendu raconter en Afrique. Un
garonnet aspirant  tre reu bachelier de cette cole, est amen par sa
mre au professeur, qui a sa chaire, dans un jardin charg de fruits. Une
brise s'lve, et les fruits commencent  tomber. Alors une figue tombe
sur la joue de l'enfant, qui ne consent  faire aucun mouvement des bras
pour la prendre, mais cherche  l'attirer seulement avec sa langue: ce qui
ne russissant pas, dcide le garonnet  dire au professeur, de la mettre
dans sa bouche.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 14 aot_.--Dpche de Royat m'annonant, que CHARLES DEMAILLY,
la pice faite d'aprs mon roman par Oscar Mtnier et Paul Alexis, est
reue par Koning.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 17 aot_.--Dans le chemin de fer pour Saint-Gratien, au moment
o les journaux annoncent un mieux dans l'tat de Maupassant, Yriarte
me fait part d'une causerie qu'il vient d'avoir, ces temps-ci, avec le
docteur Blanche.

Maupassant colloquerait, toute la journe, avec des personnages
imaginaires, et uniquement des banquiers, des courtiers de bourse, des
hommes d'argent. Le docteur Blanche ajoutait: Il ne me reconnat plus, il
m'appelle docteur, mais pour lui, je suis le docteur n'importe qui, je ne
suis plus le docteur Blanche. Et il faisait un triste portrait de sa tte,
disant qu' l'heure prsente, il y a la physionomie du vrai fou, avec le
regard hagard et la bouche sans ressort.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 18 aot_.--Par ces chaleurs sngaliennes, des nuits d'insomnie,
peuples dans leurs courts ensommeillements, de cauchemars.

Je rvais qu'un dentiste, qui avait une tte de penseur sublime, mais en
pltre, me travaillait dans le fond de la mchoire, et ce qu'il me faisait
avec de petits instruments d'or, tait tout  fait dlicieux.

Puis, une interruption amene, je ne sais par quoi, et une nouvelle sance
de mon dentiste,  la tte de pltre, qui avait pris, cette fois, le
caractre de mchancet de la tte du vieil Aussandon, et je l'entendais
me dire avec une voix, sortant comme d'un tlphone: Ce que j'ai fait
hier, c'tait pour vous amuser... mais il n'est que temps d'aller voir
Pan... la carie de la dent s'est communique  l'os de la mchoire...
peut-tre est-il encore temps pour l'ablation. Et devant le rire froce
de ma tte de pltre, j'avais l'effroi de l'attente de cette opration,
qui a cot la vie au frre de Rattier.

       *       *       *       *       *

_Mardi 30 aot_.--Ces jours-ci, en corrigeant les preuves d'une rdition
du roman de MADAME GERVAISAIS, il m'est venu le dsir de portraire la
vraie Mme Gervaisais, qui fut une tante  moi, et de dire l'influence, que
Mme Nepthalie de Courmont, cette femme d'lite, eut sur les gots et les
aptitudes de ma vie.

La rue de la Paix, quand j'y passe maintenant, il m'arrive parfois de ne
pas la voir, telle qu'elle est, de n'y pas lire les noms de Reboux, de
Doucet, de Vever, de Worth, mais d'y chercher, sous des noms effacs
dans ma mmoire, des boutiques et des commerces, qui ne sont plus ceux
d'aujourd'hui, mais qui taient ceux, d'il y a cinquante, soixante ans.
Et je m'tonne de ne plus trouver  la place de la boutique du bijoutier
Ravaut ou du parfumeur Guerlain, la pharmacie anglaise qui tait  la
droite ou  la gauche de la grande porte cochre, qui porte le n15.

Au-dessus, au premier, existait et existe encore un grand appartement,
qu'habitait ma tante, sous de hauts plafonds, pntrant mon enfance de
respect. Et mes yeux ont gard de ma chre parente, le _souvenir de loin_,
comme dit le peuple, le souvenir de ses cheveux bouffant en nimbe, de son
front bomb et nacr, de ses yeux profonds et vagues dans leur cernure, de
ses traits  fines artes, auxquels la phtisie fit garder, toute sa vie,
la minceur de la jeunesse, du nant de sa poitrine dans l'toffe qui
l'enveloppait, en flottant, des lignes austres de son corps;--enfin de sa
beaut spirituelle, que, dans mon roman, j'ai battue et brouille avec la
beaut psychique de Mme Berthelot.

Toutefois, je dois le dire, l'aspect un peu svre de la femme, le srieux
de sa physionomie, le milieu de gravit mlancolique, dans lequel elle
se tenait, quand j'tais encore un tout petit enfant, m'imposaient une
certaine intimidation auprs d'elle, et comme une petite peur de sa
personne, pas assez vivante, pas assez humaine.

De cet appartement, o j'ai vu, pour la premire fois, ma tante, il ne me
reste qu'un souvenir, le souvenir d'un cabinet de toilette,  la garniture
d'innombrables flacons en cristal taill, et, o la lumire du matin
mettait des lueurs de saphirs, d'amthyste, de rubis, et qui donnaient
 ma jeune imagination, au sortir de la lecture d'_Aladin ou la Lampe
merveilleuse_, comme la sensation du transport de mon tre, dans le jardin
aux fruits de pierre prcieuse. Et je me rappelle--je ne sais dans quelles
circonstances, j'avais couch deux ou trois nuits chez ma tante--la
jouissance physique que j'avais, dans ce cabinet aux lueurs feriques,
 me laver, les mains jusqu'aux coudes, dans de la pte d'amande: le
lavage des mains  la mode, des femmes distingues de la gnration de
Louis-Philippe.

 quelques annes de l, c'tait au bout de la rue de la Paix, le second
de la maison faisant le coin de la rue des Petits-Champs et de la place
Vendme, que ma tante occupait, un vieil appartement charmant, un
appartement qui cotait, je crois bien, diable m'emporte, en ce temps-l,
2 500 francs.

Dans le gai salon donnant sur la place Vendme, on trouvait ma tante,
toujours lisant, sous un portrait en pied de sa mre, qui avait l'air d'un
portrait d'une soeur, d'une soeur mondaine:--un des plus beaux Greuze que je
connaisse, et o, sous les grces de la peinture du matre franais, il y
a la fluide coule du pinceau de Rubens. Le peintre, qui avait donn des
leons  la jeune fille, l'a reprsente marie, en la mignonnesse de sa
jolie figure, de son lgant corps, tournant le dos  un clavecin, sur
lequel, par derrire, une de ses mains cherche un accord, tandis que
l'autre main tient une orange, aux trois petites feuilles vertes: un
rappel sans doute de son sjour en Italie, et de la carrire diplomatique
en ce pays, du pre de ma tante.

Et c'tait, quand on entrait dans le salon, un lent soulvement des
paupires de la liseuse, comme si elle sortait de l'abme de sa lecture.

Alors, devenu plus grand je commenai  perdre la petite apprhension
timide, que j'prouvais aux cts de ma tante, je commenai  me
familiariser avec sa douce gravit et son srieux sourire, remportant au
collge des heures passes prs d'elle, sans pouvoir me l'expliquer, des
impressions plus profondes, plus durables, plus captivantes, toute la
semaine, que celles que je recevais ailleurs.

De ce second appartement, ma mmoire a gard, comme d'un rve, le souvenir
d'un dner avec Rachel, tout au commencement de ses dbuts, d'un dner, o
il n'y avait qu'Andral, le mdecin de ma tante, son frre et sa femme, ma
mre et moi, d'un dner, o le talent de la grande artiste tait pour nous
seuls, et o je me sentais tout fier et tout gonfl d'tre des convives.

Mais ce dner, c'tait l'hiver, o je ne voyais ma tante que pendant
quelques heures, le jour de mes sorties, tandis que l't, tandis que le
mois des vacances tait une poque, o ma petite existence, du matin au
soir, tait toute rapproche de sa vie.

Dans ce temps, ma tante possdait  Mnilmontant, une ancienne _petite
maison_, donne par le duc d'Orlans  Mlle Marquise ou  une autre
illustre impure.

Oh! le lieu enchanteur, rest dans ma pense, et que, de crainte de
dsenchantement, je n'ai jamais voulu revoir depuis! La belle maison
seigneuriale du XVIIIe sicle, avec son immense salle  manger, dcore de
grandes natures mortes, d'espces de fruiteries tenues par des gorgiases
flamandes, aux blondes chairs, et qui taient bien certainement des
Jordaens; la belle maison seigneuriale, avec ses trois salons aux
boiseries tourmentes, avec son grand jardin  la franaise, o
s'levaient deux petits temples  l'Amour, et avec son potager aux
treilles  l'italienne, farouchement gard par le vieux jardinier Germain,
qui vous jetait son rteau dans les reins, quand il vous surprenait 
voler des raisins; et avec son petit parc, et au bout du parc, son bois
ombreux d'arbres verts, o taient enterrs le pre et la mre de ma
tante, et encore avec des ddales de communs et d'curies, au fond d'une
desquelles, on trouvait un original de la famille, occup  fabriquer une
voiture  trois roues, et qui devait, un jour, aller toute seule.

Mais, dans cette maison, mon lieu de prdilection tait une salle de
spectacle ruine, devenue une resserre d'instruments de jardinage: une
salle aux assises des places effondres, comme en ces cirques, en pleine
campagne, de la vieille Italie, et o je m'asseyais sur les pierres
disjointes, et o je passais des heures  regarder, dans le trou noir
de la scne, des pices qui se jouaient dans mon cerveau.

En ce ci-devant logis princier, ma tante, la femme de son frre, mre de
l'ambassadeur actuel prs le Saint-Sige, ma mre; les trois belles-soeurs
menaient, tout l't, une vie commune.

L, comme ma tante n'avait pas le mpris de l'enfant, du gamin, quand il
lui semblait trouver chez lui une intelligence, elle me souffrait auprs
d'elle, la plus grande partie de la journe, me donnant toutes ses petites
commissions, me faisant l'accompagner au jardin, porter le panier o elle
mettait les fleurs, qu'elle choisissait elle-mme pour les vases des
salons, s'amusant de mes _pourquoi_, et me faisant l'honneur d'y rpondre
srieusement. Et je me tenais un peu derrire elle, comme pris d'un
sentiment d'adoration religieuse pour cette femme, qui me paraissait d'une
essence autre, que celle des femmes de ma famille, et qui, dans l'accueil,
le port, la parole, la caresse de la physionomie, quand elle vous souriait,
avait sur vous un empire, que je ne trouvais qu' elle, qu' elle seule.
Et il arrivait que ma mre, se trouvant sans autorit sur moi, quand
j'avais commis quelque mfait, la chargeait de me gronder, et ma tante,
par quelques paroles hautainement ddaigneuses, me donnait, sans que
jamais, il y et chez moi l'instinctive rvolte du garonnet en faute, me
donnait une telle confusion, que je ressentais une vritable honte d'une
peccadille.

Du reste pour mieux connatre la femme, et, je le rpte, l'influence
qu'elle a exerce sur moi, voici l'un de ces dimanches de Mnilmontant,
que j'ai publi dans LA MAISON D'UN ARTISTE.

... Vers les deux heures, les trois femmes, habilles de jolies robes de
mousseline claire, et chausses de ces petits souliers de prunelle, dont
on voit les rubans se croiser autour des chevilles, dans les dessins de
Gavarni, de _La Mode_ descendaient la monte, se dirigeant vers Paris. Un
charmant trio, que la runion de ces trois femmes: ma tante avec sa figure
brune, pleine d'une beaut spirituelle; sa belle-soeur, une crole blonde,
avec ses yeux d'azur, sa peau blanchement rose, et la paresse molle de sa
taille; ma mre avec sa douce figure et son petit pied.

Et l'on gagnait le boulevard Beaumarchais et le faubourg Saint-Antoine.
Ma tante se trouvait tre, en ces annes, une des quatre ou cinq personnes
de Paris, namoures de vieilleries, du _beau_ des sicles passs, des
verres de Venise, des ivoires sculpts, des meubles de marqueterie, des
velours de Gnes, des points d'Alenon, des porcelaines de Saxe. Nous
arrivions chez les marchands de curiosits,  l'heure, o se disposant
 partir, pour aller dner en quelque tournebride prs Vincennes, les
volets taient dj ferms, et dans la boutique sombre, la porte seule,
encore entre-bille, mettait une filtre de jour, parmi les tnbres des
amoncellements de choses prcieuses. Alors, c'tait dans la demi-nuit
de ce chaos vague et poussireux, un farfouillement des trois femmes
lumineuses, un farfouillement htif et chercheur, faisant le bruit de
souris trotte-menu dans un tas de dcombres, et des allongements en des
coins d'ombre, de mains gantes de frais, un peu peureuses de salir leurs
gants, et de coquets ramnements du bout des pieds, chausss de prunelle,
puis des pousses  petits coups en pleine lumire, de morceaux de bronze
dor ou de bois sculpt, entasss  terre contre les murs.

Et, toujours au bout de la battue, quelque heureuse trouvaille, qu'on
me mettait dans les bras, et que je portais, comme j'aurais port le
Saint-Sacrement, les yeux sur le bout de mes pieds, et sur tout ce qui
pouvait, me faire tomber. Et le retour avait lieu, dans le premier et
expansif bonheur de l'acquisition, faisant tout heureux le dos des trois
femmes, avec, de temps en temps, le retournement de la tte de ma tante,
qui me jetait dans un sourire: Edmond, fais bien attention de ne pas le
casser!

Ce sont certainement ces dimanches, qui ont fait de moi le bibeloteur que
j'ai t, que je suis, que je serai toute ma vie.

Mais ce n'est pas seulement  ma tante que je dois le got de l'art--du
petit et du grand--c'est elle qui m'a donn le got de la littrature.
Elle tait, ma tante, un esprit rflchi de femme, nourri, comme je l'ai
dit, de hautes lectures, et dont la parole, dans la voix la plus joliment
fminine, une parole de philosophe ou de peintre, au milieu des paroles
bourgeoises que j'entendais, avait une action sur mon entendement, et
l'intriguait et le charmait. Je me souviens qu'elle disait un jour, 
propos de je ne sais quel livre: _L'auteur a touch le tuf_, et cette
phrase demeura longtemps dans ma jeune cervelle, l'occupant, la faisant
travailler. Je crois mme que c'est dans sa bouche, que j'ai entendu,
pour la premire fois, bien avant qu'ils ne fussent vulgariss, les mots
_subjectif_ et _objectif_. Ds ce temps, elle mettait en moi l'amour des
vocables choisis, techniques, imags, des vocables lumineux, pareils,
selon la belle expression de Joubert,  des miroirs o sont visibles nos
penses,--amour qui, plus tard, devenait l'amour de la chose bien crite.

Avec la sduction, qu'une femme suprieure met dans de l'ducation leve,
on ne sait pas combien grande peut tre sa puissance sur une intelligence
d'enfant. Enfin, c'est curieux: ma tante, je l'coutais parler, formuler
ses phrases, chappant  la banalit et au commun de la conversation de
tout le monde;--sans cependant qu'elles fussent teintes de _bleu_,--je
l'coutais avec le plaisir d'un enfant amoureux de musique, et qui en
entend. Et certes, dans l'ouverture de mon esprit, et peut-tre dans
la formation de mon talent futur, elle a fait cent fois plus que les
illustres matres, qu'on veut bien me donner.

Pauvre tante, je la revois, quelques annes aprs la vente de Mnilmontant,
 une de mes premires grandes sorties autorises par ma mre, je la
revois dans une petite maison de campagne loue en hte, un mois, o elle
tait trs souffrante, dans la banlieue: une maison cocasse  crneaux,
colle contre un grand mur, avec au-dessous un jardin, comme au fond d'un
puits. C'tait le matin. Ma tante tait encore couche. Flore, sa vieille
femme de chambre, qui avait sur le nez un pois chiche, paraissant
sautiller, quand les choses allaient mal  la maison, me disait que sa
matresse avait pass une mauvaise nuit. Et aussitt, que ma tante m'eut
embrass, son premier mot  sa femme de chambre, tait: Donne-moi un
mouchoir. Et je m'apercevais, qu'elle lui tendait le mouchoir de la nuit,
plein de sang, et que ces maigres mains cherchaient  cacher.

Et, je la revois encore, avant son dpart pour Rome, dans un appartement
de la rue Tronchet, comme perdue, comme un peu efface, dans le brouillard
d'manations de plantes mdicinales.

 Rome, le rcit de la vie de Mme Gervaisais, de la vie de ma tante, en
notre _roman mystique_, est de la pure et authentique histoire. Il n'y
a absolument que deux tricheries  l'endroit de la vrit, dans tout le
livre. L'enfant tendre,  l'intelligence paresseuse, que j'ai peint sous
le nom de Pierre-Charles, tait mort d'une mningite, avant le dpart de
sa mre pour l'Italie, et sur ce pauvre et intressant enfant, prsentant
un sujet neuf, sous la plume d'un romancier, j'ai fait peser le brisement
de coeur et les souffrances morales de son frre cadet, pendant la folie
religieuse de sa mre. Enfin ma tante n'est pas morte, en entrant dans
la salle d'audience du pape, mais en s'habillant, pour aller  cette
audience.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 1er septembre_.--Aujourd'hui,  l'Exposition des _Arts de la femme_,
je suis rest en faction devant la vitrine des bourdaloues. Oh! les
coquets et les galantins rceptacles du _pipi_ de nos grandes dames du
XVIIIe sicle, ces bourdaloues de Svres, ces bourdaloues de Saxe,  la
forme de ce coquillage nacelle, qu'on appelle nautile, commenant dans les
volutes d'un colimaon, refermant leurs bords avec un lgant gondolage,
et finissant en un bec comme mouss. Oh! les beaux, oh! les royaux
bourdaloues de Svres, en bleu lapis, autour d'un mdaillon reprsentant
une scne de Watteau, dans un encadrement de feuillage d'or, aux puissants
reliefs de l'or de Vincennes. Mais plus familiers, plus humains, ces
bourdaloues de Saxe,  l'anse faite d'un tortil de ronce, enguirlande
de trois ou quatre fleurettes, et o la blancheur de la porcelaine est
seme de petits bouquets: bourdaloues d'une forme plus contourne, plus
serpentante, plus amoureuse des parties secrtes de la femme.

       *       *       *       *       *
_Dimanche 4 septembre_.--Jean Lorrain vient djeuner, ce matin,  la
maison; et confiant en moi, il se rpand sur sa jeunesse. Tout gamin, il
s'tait pris d'une _passionnette_ pour la fille de Gautier, pour Judith
Mends, qui venait aux bains de mer de Fcamp, et comme elle peignait
alors, il lui portait son chevalet, lui rendant mille petits services.
En rcompense,  lui qui ne connaissait et n'aimait que Musset, Judith
faisait lire du Victor Hugo et du Leconte de Lisle.

Or, en ces annes, le jeune Jean Lorrain avait vingt sous par semaine, et
en l'honneur de l'adore, il se faisait faire la barbe qu'il n'avait pas,
et lui apportait, de temps en temps, un bouquet de quinze sous.

Et il se trouvait, que le pre de Jean Lorrain, abominait la littrature,
et ne voulait pas admettre que son fils en ft un jour, tandis que sa mre,
porte vers les choses de l'intelligence avait mis tout son coeur et un
peu de son orgueil en lui, si bien que son pre jaloux de cette tendresse,
l'avait fourr dans un collge  Paris, d'o il ne sortait qu'au Jour de
l'An, et aux vacances.

Il y a des moments, o je me demande, si le grand art n'est pas infrieur
 l'art industriel, quand celui-ci est arriv  son _summum_ de la
perfection, et si, par exemple, un tableau de coloriste n'est pas
infrieur  un flamb hors ligne, et si, si... mais, je ne veux pas
pousser la comparaison plus loin, pour que mon ombre ne soit pas lapide
par les critiques d'art de la _Revue des Deux Mondes_, du XXe sicle.

       *       *       *       *       *

_Mardi 6 septembre_.--Jeand'Heurs. Cinq heures. Le silence montant avec
l'ombre dans le parc, qui n'a plus de lumires rasantes qu'en haut de la
feuille, et rien au loin dans les champs, que le coup de fouet lointain
d'un paysan, rentrant avec sa charrette.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 7 septembre_.--Oh l't! Moi, qui ne vis que par la littrature,
a me parat un temps, o l'usine dans laquelle je travaille, est ferme.
Plus de publication de livres, plus de critique dans les journaux, et, si
par hasard il est parl de votre personne, c'est fait sans application,
sans passion, sans animosit...

       *       *       *       *       *

_Dimanche 11 septembre_.-- la suite d'une violente colique hpatique,
j'tais dans mon lit, toute la journe de dimanche, et j'avais la fivre,
et ma pense s'amusait de la fabrication  vide d'un article cocasse.
tait-ce la greffe d'un peu de sa peau prte par un mari  sa femme, 
la suite de la brlure de ses mains qui me l'inspirait, je ne sais... Mon
article, c'tait la fuite du bacille du _vomito negro_, d'un tube de chez
Pasteur, et sa recherche dans les endroits excentriques de Paris par les
membres de l'Acadmie de mdecine: une poursuite moliresque.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 21 septembre_.--On parlait, ce soir, du pre Csarin, un
mendiant original de Bar-le-Duc.

Un mendiant,  l'esprit caustique, spirituellement mchant, qui avait t
au collge avec les bourgeois les plus hupps de la ville, et qui au fait
de leur vie prive dans les dtails les plus intimes, en pleine rue, les
interpellait avec une certaine loquence, les blaguait, et obtenait la
charit par l'intimidation, la terreur d'une divulgation des choses
secrtes de leur existence.

Il passait tous les hivers  la prison, qu'il appelait sa maison de
campagne, s'y faisant enfermer  la suite de frasques, semblables 
celle-ci. Un jour, la prfte sort seule de la prfecture, et voici
mon Csarin, qui lui offre le bras, et s'indigne tout haut et trs
drolatiquement du refus de la dame. Rassemblement des habitants,
intervention de la police, et billet de logement pour Csarin  sa
maison de campagne.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 12 octobre_.--M. Salles, le pre de Mme Benedetti,  propos
de GERMINAL me contait aujourd'hui,  Saint-Gratien, en sa qualit
d'intress dans une houillre de Belgique, l'attachement des mineurs
pour leurs mines, et me donnait ce dtail, qu'une grve de huit jours
tant accorde l, pour l'arrachement des pommes de terre, les femmes ont
toutes les peines  dcider leurs hommes, pour ce travail,  ciel ouvert.
Et M. Salles, me citait un mot bien caractristique du contrematre, lui
rendant visite  Paris, et lui disant sur un ton intraduisible de dgot:
Oh, a sent le bois chez vous!

       *       *       *       *       *

_Vendredi 14 octobre_.--Tout ce temps, dans le _retravail_ et la
_rcriture_ de nos notes sur l'Italie 1855-1856: notes qui devaient
servir  faire une prface, et qui feront un volume.

Un manque de rparation, et par l une diminution de force vitale, doit
avoir lieu chez les vieux clibataires, que l'ennui de dner seuls,
dshabitue de la faim du soir. C'est l'histoire de Gavarni, a devient
la mienne.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 16 octobre_.--Ce matin, je reois par la poste, un gros paquet
de lettres d'affaires, et que je rejette loin de moi, sans ouvrir
l'enveloppe, en m'criant: Est-ce assez embtant... encore un manuscrit,
qu'un inconnu m'envoie pour le lire!

Enfin j'ouvre le paquet. C'est la correspondant de mon frre et de moi,
avec mon vieux cousin Labille, que son fils vient de retrouver, et qu'il
m'envoie de Jean d'Heurs. Il y a une immense lettre de mon frre, date
d'Alger. De moi, c'est une lettre, aprs les journes de juin 1848, assez
noire, et assez prophtique, des lettres sur l'arrestation de mon oncle,
en dcembre 1851, et d'autres lettres qu'il sera amusant d'examiner 
loisir.

 une heure, je suis au Gymnase, o Mtnier commence la lecture de
CHARLES DEMAILLY. Des rires, des exclamations, des bravos, au milieu
desquels je remarque, ce que n'ont vu ni Mtnier, ni Alexis, la figure
de bois de Sizos. Et il arrive qu'aprs la lecture, Koning l'emmne, et
demeure, un long temps, j'en suis persuad,  la frictionner moralement.
Et vraiment je croyais, qu'il allait nous annoncer qu'elle ne jouait pas,
prfrant le type ingnu et pervers de Cerny, mais non, et a m'embte
qu'elle accepte le rle, parce que je crains bien, que Koning lui ait
promis d'dulcorer compltement le rle, aux rptitions. La collation des
rles commence, Koning est, tout le temps, avec une obstination qui porte
sur les nerfs,  trouver le mari, trop dur, trop mal lev, laissant
clairement voir son intention de chercher par des attnuations imbciles,
 faire de cette femme sans coeur et sans esprit, un rle sympathique.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 19 octobre_.--Djeuner chez Jean Lorrain, avec un jeune officier
faisant partie du corps d'occupation du Tonkin.

Cet officier, un jeune et distingu militaire, buveur d'eau, et trs
petit mangeur, et qui m'apparat comme un fort fumeur d'opium, dcrit
amoureusement la merveilleuse pipe qu'il possde, et qui viendrait d'un
ancien vice-roi de Canton, une pipe dont l'ivoire est devenu presque noir,
et dans laquelle, il affirme que ses prdcesseurs auraient fum pour
plus de 400 000 francs d'opium. Longtemps, et trs curieusement et trs
intelligemment, il entretient de l'activit crbrale, que la fumerie
d'opium dveloppe, et du nombre de conceptions, qu'elle amne dans un
temps trs court. Chez lui, en le quart d'heure, que dure la fume d'une
pipe, c'est un plan de colonisation du Tonkin, c'est l'organisation
d'une arme coloniale, c'est... c'est... et au milieu d'une espce
d'merveillement pour la puissance de ses facults, sous cette excitation.
Mais va te faire fiche. Tout cela s'envole avec la dernire aspiration,
et il n'en reste pas un souvenir assez net dans la mmoire, pour se jeter
 une table, et fixer, sur le papier, quelque chose de cette fivreuse
inspiration de la cervelle.

Un moment, ce jeune officier faisait un tableau des belles nuits du
Sngal, o il a pass quelques annes, de ces belles nuits lumineuses,
o, au milieu de leurs claires tnbres, apparaissait soudainement, comme
une vision, un bataillon noir de femmes d'bne, aux sveltes formes; les
fillettes, les cheveux coups; les jeunes filles, les cheveux natts;
les femmes, les cheveux sous un madras aux couleurs voyantes: toutes ces
nubilits, de douze  vingt ans, formant un anneau de danse, un ondulant
et voluptueux enchanement fminin, au milieu duquel les griots font une
musique de tous les diables, et autour duquel, les vieilles accroupies 
terre, ventent  tour de bras les danseuses. Une danse qui est une douce
oscillation des torses, s'enfivrant peu  peu, et d'o se dtache et
jaillit de temps en temps, une femme devant son fianc, devant l'homme
aim, et qui se torsionne debout, comme sous une treinte passionne, et
passant sa main entre ses cuisses, la retire, et la montre tout humide de
la jouissance amoureuse.

       *       *       *       *       *

_Lundi 24 octobre_.--Diable, diable! Lavoix, mort hier d'une congestion
crbrale... Il faut que les vieux amis de la princesse se retiennent 
la rampe.

       *       *       *       *       *

_Mardi 25 octobre_.--Aujourd'hui,  l'enterrement de Lavoix, j'tais
frapp du rendu illusionnant d'une pluie battante, dans l'eau-forte de
Buhot, ayant pour titre: LES FIACRES.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 27 octobre_.--Daudet contait, qu' sept ou huit ans, ayant perdu,
un soir, sa bonne  Nmes, il avait battu les rues, dans un dsespoir
qu'on peut supposer, et lorsqu'il avait retrouv sa maison, revu les
fentres claires de la fabrique, avant de rentrer, il avait embrass,
dans son bonheur, le marteau, le heurtoir de la porte, disant: J'tais
dj un pote!

       *       *       *       *       *

_Vendredi 28 octobre_.--Oui, ce volume que je viens de terminer, me dit
Poictevin, avec sa figure d'hallucin, ce volume, il est fait avec la
sueur de mon me... J'aurais voulu lui donner, comme pigraphe, la
traduction du mot _medullitus_ de saint Bonaventure... mais moelleux,
c'est commun, a ne rend pas l'expression latine... et _mduleux_, c'est
botanique.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 2 novembre. Jour des morts_.--Deux nuits de souffrances
intolrables... deux nuits passes  crier. Voil trois attaques de ces
abominables coliques hpatiques, en trois mois: a devient inquitant,
avec  l'horizon Vichy, qui a dj tu mon frre.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 4 novembre_.--Le docteur Blanche disait ce matin  Mlle Zeller:
Vous voyez cette femme qui sort, et qui a l'air d'tre parfaitement
raisonnable... eh bien, elle se plaint d'avoir 3 000 hommes dans le
ventre... et il y en a un--ajoute-t-elle--qui parle toujours... si
celui-l, au moins pouvait se taire!

       *       *       *       *       *

_Samedi 5 novembre_.--Je reconnais que j'ai la fivre, non pas tant  la
chaleur de mes mains, qu' la sensation de mes yeux jetant des clairs:
sensation, que je n'ai pas besoin de vrifier, pour en avoir la
certitude.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 10 novembre_.--Aujourd'hui, rptition de SAPHO, avec Daudet et sa
femme, au nouveau thtre de Porel. Une salle, o l'on doit jouer samedi,
et qui semble demander encore un mois de travail, une salle, o il y a
partout des _brasero_ allums, pour scher la salle, o l'on commence 
poser les rideaux des loges, o Porel, pour qu'on entende les acteurs, est
oblig de crier: Deux minutes sans coups de marteau!

Cette pauvre Rjane, qui a dj rpt ce matin, qui rpte ce soir en
costume, est reinte, morte. Elle joue cependant trois actes pour nous.
Jamais on n'a jou l'amour comme cela, et il y a une telle passion dans
son jeu, que Mme Daudet a peur d'amener Lucien,  la premire.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 23 novembre_.--C'est curieux, la connaissance, que l'tranger
possde de ma MAISON D'UN ARTISTE. Il y a une vingtaine de jours, c'tait
ce mnage espagnol, qui voulait absolument me faire accepter un ventail,
reprsentant Marie-Antoinette en train de regarder avec le Dauphin,
l'enlvement d'une montgolfire; aujourd'hui, c'est une Amricaine qui
m'apporte un bouquet de chrysanthmes, et se rpand en paroles logieuses
sur mes descriptions; et c'est encore aujourd'hui, rue de Berri,
l'ambassadeur de Sude et sa femme, qui me demandent  voir ladite maison,
et qui m'tonnent par leur science de ce qu'elle contient.

L'ambassadeur m'apprend qu'il est le fils d'un collectionneur, qui a perdu
sa premire collection dans un naufrage, la seconde dans un incendie, et
qui est demeur un collectionneur, et lui a lgu sa maladie. Il aurait
trouv beaucoup de belles choses  Saint-Ptersbourg, o il a t
ambassadeur pendant de longues annes, avant d'tre envoy en France.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 24 novembre_.--Petit voyage  Pantin, pour dcrire la maison de
campagne de la Guimard. Dans ce quartier de misre et de laideur, de
petits palais appartenant  des industriels, comme M. Doistau, comme
M. Delizy, le beau-pre de M. Doistau. Chez Mme Delizy, qui est une
amoureuse du mobilier du XVIIIe sicle, je retrouve le petit et le grand
salon de la danseuse.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 2 dcembre_.--Ce treillage, que j'ai fait lever au fond de
mon jardin, a quelque chose, par les nuits claires, de la construction
arienne d'un rve, et me rappelle le palais imaginaire, difi dans
le disque de la Lune, par Outamaro, en sa potique illustration de:
L'ADMIRATION FOLLE DE LA LUNE.

       *       *       *       *       *

_Lundi 5 dcembre_.--J'entre dans le cabinet de Koning, au moment o, 
propos du mot de la fin de CHARLES DEMAILLY, du mot un ivrogne, Koning
s'crie: Avec ce mot, vous vous privez de cinquante reprsentations...
ce mot, voyez-vous, c'est le a c'est ma femme! le mot qui a tu la
MENTEUSE.

       *       *       *       *       *

_Mardi 6 dcembre_.--Une de mes amies, qui est soigne par Gruby, me
rapportait cette conversation du vieux docteur hongrois, sur Henri Heine.

Gruby tait appel en consultation, avec d'autres mdecins, chez
l'oculiste Sichel, pour donner son avis sur une maladie des yeux, dont
tait atteint Henri Heine, qui n'tait point encore l'homme clbre
qu'il fut plus tard. Gruby attribuait cette maladie  un commencement
d'affection de la moelle pinire, et prescrivait un traitement, mais
comme il tait en minorit, il n'tait point cout.

Dix ou douze ans se passaient, au bout desquels, un mdecin venant le
chercher, et lui rappelant sa consultation, le menait chez Henri Heine.

En ouvrant la porte, l'introducteur de Gruby, disait  Heine: Je vous
amne votre sauveur, et Heine se tournant vers lui, s'criait: Ah!
docteur, que ne vous ai-je cout!

Gruby avait quelque peine  cacher son impression, en retrouvant, en
place de l'homme jeune et vigoureux qu'il avait entrevu autrefois, un
paralytique presque aveugle, couch par terre, sur le tapis.

Nanmoins Henri Heine, malgr ses souffrances, avait conserv le vif et
aigu esprit, qu'il garda jusqu'au dernier jour. Et comme, aprs un examen
trs approfondi de sa personne, il demandait  Gruby: Eh bien, en ai-je
encore pour longtemps? et que celui-ci rpondait: Pour trs longtemps,
Heine fit: Alors, ne le dites pas  ma femme!

Avant de s'en aller, Gruby, pour se rendre compte du degr de paralysie
des muscles de la bouche du malade, le questionna s'il pouvait siffler,
alors le pote, soulevant avec les doigts ses paupires inertes, jeta au
docteur:

Pas mme la meilleure pice de Scribe!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 8 dcembre_.--J'entendais aujourd'hui Hanotaux, parler
intelligemment des futurs Amricains, qui sont en train de se faire chez
les Africains de l'Algrie, de cette jeune population, ne du contact des
officiers et des soldats franais avec les prostitues autochtones de
l-bas: une population pleine d'activit, de vitalit, mais lgrement
prive de sens moral.

 un moment, comme on parlait de la foi, il a dit que ce sentiment
n'existait pas chez lui; et il se comparait assez ingnieusement  un
homme, qui habiterait une chambre, au-dessus de laquelle serait une autre
chambre, o il aurait la perception qu'il se passe des choses... mais des
choses qui ne l'intressent pas du tout.

       *       *       *       *       *

_Samedi 10 dcembre_.--Vous savez, me dit Koning, lorsque j'entre dans
son cabinet, Sizos a une entorse, une entorse qu'elle s'est donne hier,
en sortant de chez son couturier... Quand jouera-t-elle?... au fond cette
entorse me cote 20 000 francs.

Et l-dessus, il se met  me parler de la crise qui svit sur les thtres,
m'affirmant qu' l'heure prsente, personne ne veut payer sa place, qu'il
arrive mme ceci de phnomnal, que les rares payants demandent leurs
coupons sur papier blanc, ainsi que des billets de faveur, et il me cite
un monsieur de la socit, dont il tait le nom, achetant pas mal de loges,
qu'il donne, comme les tenant des auteurs.

       *       *       *       *       *

_Samedi 17 dcembre_.---Ce soir rptition en costume.

Dans la salle, aux deux avant-scnes des espces d'immenses clysopompes,
au fond desquels brlent des sortes de bols de punch, devant une grande
plaque mtallique, et dans la loge du fond des premires, une chambre
noire. C'est la mise en train de la cuisine pour prendre avec le
_magnsium_ des photographies des principales scnes de la pice. Et  la
fin de chaque acte, c'est aux mots: un, deux, trois, un flamboiement 
vous rendre aveugle, et o apparaissent les canailles de ma pice, dans
une apothose paradisiaque. Comme public, rien qu'un monde de couturiers
et de photographes.

 la fin du cinquime acte, aprs le grand brouhaha du concert, le passage
sur la scne de la femme Demailly, venant jeter devant son mari, son cri
d'pouvante, ou son cynique: un ivrogne, c'tait froid, froid. Et il se
trouve que c'est Havet, le marchand de billets, qui donne le dnouement.
Demailly tombe mort ou mourant, pendant que sa femme continue  danser.
Ma foi, vraiment on ne peut rien trouver de plus frocement antithtique.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 18 dcembre_.--Rptition gnrale. Une salle pleine comme  une
premire.

Le public  la fois amus par l'esprit et intress par le dramatique de
la chose. Mme Daudet se plaint d'avoir l'estomac retourn.

Un seul moment de rprobation au milieu du quatrime acte,  la scne
prcdant le mouvement de colre de Demailly, prenant sa femme dans ses
bras pour la jeter par la fentre, et  la mtamorphose canaille un peu
soudaine de l'ingnue.

Cette soire me semble devoir annoncer un grand succs, qui cependant par
ce rien du quatrime acte, peut devenir un _four_. Du reste m'tant couch
ce matin  trois heures, je suis mort de fatigue, et n'ai qu'une vague
conscience de ce qui se passe.

L'attente d'une presse terrible, d'aprs les conciliabules des
journalistes et des comdiennes, dans les corridors.

       *       *       *       *       *

_Lundi 19 dcembre_.-- mon arrive  deux heures au thtre, o il y a
rptition, Koning m'apprend que, sur l'annonce qu'il doit y avoir, ce
soir, un terrible _bouzin_, au quatrime acte, il a prvenu le commissaire
de police. motion.

_All_--et une voix dans le tlphone,  laquelle Koning rpond: Bien,
prince. C'est le prince de Sagan qui loue une loge pour ce soir.

Il est trois heures et demie. Ni Mtnier. ni Paul Alexis ne sont arrivs,
et cependant il faut un rien adoucir la transformation coquine de la
femme, au quatrime acte, et surtout modifier la fin du troisime qui est
mauvaise, et que les journalistes doivent _emboter_, pour ne pas paratre
seulement siffler l'acte du journal. Et nous trouvons, avec Koning, ou
plutt Koning trouve une fin d'acte de vrai carcassier. Les lettres sont
brutalement arraches des mains de Marthe par Nachette, et les paroles un
peu _btotes_ qui suivaient, remplaces par la rentre du mari, au moment
o Marthe est penche, aplatie sur la table, pour les reprendre: rentre
qui empche toute explication, et qui ne fait pas la femme si complice de
la vilaine action de Nachette.

Il est prs de cinq heures. La scne est aussitt rpte entre Sizos et
Colombey, dans le cabinet de Koning, tandis que Villeray va porter les
changements du dernier tableau  Duflos, trs enrhum, qui ne se lvera de
son lit, que pour la reprsentation.

Enfin Mtnier et Alexis sont arrivs, et nous voici prenant un verre
de madre, chez Riche. Soudain un engueulement formidable d'Alexis par
Mtnier, parce qu'Alexis trouve un peu exagre, la somme de 600 francs
de fleurs, que Mtnier a commande, dans la journe, pour nos actrices.

L-dessus Mtnier me parle de l'ennui qu'il a d'tre forc de dner
avec quelqu'un. Puis aprs un silence, il me dit: Eh bien, je dne avec
ma matresse, je n'ose pas vous inviter, et cependant vous me feriez
plaisir.--Qu' cela ne tienne, je ne suis pas si pudibond que cela!

Donc rendez-vous  sept heures chez Marguery. Je suis exact. Sept heures
un quart, sept heures, et demie pas de Mtnier. Enfin il est huit heures,
et pas encore de Mtnier. Je me dcide  commander avec Alexis une
douzaine d'hutres, et elle est mange, quand je vois poindre Mtnier
et sa matresse. Oh! une charmante crature. Une jolie fille ne  Sville,
 la taille bien dcouple,  l'air gentil et distingu. Un intelligent
haut de tte, des yeux clairs et voluptueux, un petit nez droit, un grain
de beaut jet au beau milieu d'une joue rose.

Et dans ce dner impromptu, Mtnier, comme gris d'avance par la
reprsentation de tout  l'heure, et pris d'un dbordement de paroles, se
met  nous raconter sa vie en phrases coupes: La petite Fleury, _Marie
Coup-de-Sabre_ de votre pice... nous avons fait ensemble une misre...
oh! une misre! o je me privais de cigarettes, pour qu'elle puisse
manger... Et dire qu' douze ans j'avais un domestique et un cheval...
et qu' quinze ans, je n'avais plus un sou... et qu'il fallait faire
vivre une mre et un frre... et dix-huit cents francs, comme chien de
commissaire de police, pour tout cela...

La sonnette du thtre coupe la monographie de mon collaborateur.

Premier acte, froid, trs froid. Duflos fortement enrhum.

Second acte. La scne d'amour conjugal qui remplit l'acte, scne un peu
artificielle, jou par l'actrice artificielle qu'est Sizos, n'a pas
d'action sur le public.

Troisime acte.  cet acte qui est vraiment le premier acte de la pice,
la salle prise, et le commencement des applaudissements.

Le quatrime acte, l'acte se passant au journal _le Scandale_, l'acte, o
l'on devait culbuter la pice, c'est un triomphe.

Je suis dans la petite loge de Koning, sur le thtre. Il ne peut se tenir
de crier: Je me fous d'eux! et il me serre les mains, comme on les serre
 une matresse.

Enfin au dernier tableau, les acteurs sont couverts d'applaudissements, et
surtout Duflos, qui joue d'une manire tout  fait suprieure sa scne de
la folie, qui joue toute la pice, au dire de Havet, comme il n'a jamais
jou dans aucune pice.

Je quitte le thtre, aprs que Koning m'a donn connaissance du rapport
du contrle: Les journalistes sont furieux, Kerst ne fera pas d'article.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 22 dcembre_.--Oh le thtre! Dans la joie d'avoir triomph, dans
la certitude de cent reprsentations voici que je rencontre Alexis et
Mtnier qui me disent que la pice ne fait pas d'argent, qu'elle fait,
en ces premiers jours, des 1800 francs, ce qui n'est jamais arriv, aprs
un succs. Il y a incontestablement une runion de malheureuses chances,
la mauvaise presse, la politique la _guigne_ du thtre, et peut-tre
pour moi la guigne de ce mois dcembre, o mon frre et moi, avons t
poursuivis en police correctionnelle, o HENRIETTE MARCHAL a t joue,
o j'ai eu, en ces dernires annes, une fluxion de poitrine,  la suite
de laquelle je suis rest bronchiteux.

       *       *       *       *       *

_Samedi 24 dcembre_.--Si,  la suite des rvlations de toutes les
canailleries parlementaires, il n'y a pas une rvolution, une meute, au
moins un bouillonnement dans la rue, a prouvera que la France est une
nation qui n'a plus de fer dans le sang, une nation anmie, bonne pour
la mort par l'anarchie ou par la conqute trangre.

Je n'ai pas remis les pieds au thtre, j'y vais, ce soir, avec la pense
que Koning va m'annoncer, qu'il retirera trs prochainement notre pice.

Je suis en avance. Je vois meubler le salon du premier acte, je vois les
pompiers, l'oeil au petit hublot de la toile, j'entends force m.... dans
la lampisterie. Les acteurs arrivent un peu tristes, parce qu'ils ne font
pas d'argent, mais pas dcourags. Toutefois je sens une baisse dans
l'admiration pour ma personne.

Koning, je le trouve tonn, presque stupfait de cet insuccs, et
l'attribuant seulement  la mauvaise presse. Et il m'annonce un
pouvantable article de Sarcey.

Mais ce soir, la recette est de 3 200, et comme on dit, la salle est _trs
distingue_, ce qui fait qu' la fin de la soire, acteurs et directeur
sont rassrns. L'ennuyeux, c'est que Duflos est plus enrou que jamais,
et que l'on fait rpter son rle  Montigny, pour le remplacer.

Antoine, que je retrouve  la sortie, est tout  fait d'accord avec moi,
pour rapprocher la reprsentation de:  BAS LE PROGRS, qui me semble
absolument de circonstance, dans l'effondrement politique actuel.

       *       *       *       *       *

_Lundi 26 dcembre_.--reintement de toute la presse. Chez Sarcey, c'est
une colre, une fureur, un enragement. Il trouve avec sa mauvaise foi
habituelle, que mon thtre--notez que je n'ai eu connaissance de CHARLES
DEMAILLY, qu' la lecture faite aux acteurs, et que la critique que j'en
ferais, c'est qu'elle est trop faite d'aprs les principes de Sarcey--il
trouve donc que mon thtre est le nant, et que ce n'est ni du thtre
ancien, ni du thtre moderne. Et il se roule devant le manque d'esprit
de mon frre, dont il appelle les jolis mots, des niaiseries.

Et il s'lve avec une vieille obstination, contre la _prtention_ de
nos oeuvres. Eh, Monsieur Sarcey, ce que vous appelez prtention, c'est
seulement de l'application, c'est l'effort de bien faire. Oui, ce gros
et pais normalien, il est pour le travail courant, sans prtention, lui,
qui ne laissera dans toute sa prolixe et abondante copie, ni un jugement
durable, ni une pense, ni une phrase, ni une expression... lui, 
blasphme! que des confrres placent dans la famille des Gautier, des
Saint-Victor, et qui, mort ou vivant, le jour, o il n'occupera plus le
rez-de-chausse du _Temps_, peut s'attendre  tre trait de bas scribe,
et de pauvre plumitif dramatique.

       *       *       *       *       *

_Samedi 31 dcembre_.--Chez Chappey, le marchand de curiosits de la rue
Lafayette, je tombe sur Rjane, qui a l'air d'y faire ses galeries, avant
dner. Nous causons de CHARLES DEMAILLY, o elle tait  la premire, et
aprs m'en avoir parl en bien, elle me donne ces tristes dtails sur
l'influence de la critique.--Je vais voir, me dit-elle, une femme trs
intelligente, qui me reoit avec cette phrase: C'est drle, Sarcey a
reint la pice, et j'ai pass hier une trs amusante soire au Gymnase!
Une autre femme plus timide en ses jugements, que je rencontre, me dit:
Eh bien, comment trouvez-vous CHARLES DEMAILLY?--Mais trs bien.--Et moi
aussi, mais je n'osais pas le dire!

Et elle me parle du mpris de Porel pour la presse, qui a reint tout ce
qu'il a jou d'artistique. Du reste, pour prouver l'inintelligence des
journalistes, ajoute-t-elle, figurez-vous que lorsque j'ai jou GERMINIE
LACERTEUX, j'ai reu haut comme cela de lettres--et ses deux mains
dessinent la grandeur d'une cassette---pour me dtourner de la jouer...
et c'taient des amis... des gens qui m'taient attachs... et qui le
faisaient, dans l'intrt de mon avenir... Eh bien, si je les avais
couts, je serais reste une _moule_!




ANNE 1893


_Dimanche 1er janvier 1893_.--Je rvais, cette nuit, que j'allais
m'assurer, si Sizos avait reu le camlia blanc, que j'avais achet dans
la journe, et avant de rendre visite  Sizos, je montais au paradis,
pour voir l'effet de la salle. Et je voyais les acteurs jouant devant une
salle vide, absolument vide. Le spectacle tait si consternant, que je me
sauvais, en courant, du Gymnase, o j'oubliais par ce froid mon paletot,
et le froid que j'prouvais dans mon rve, me rveillait.

La premire lettre, que je reois pour mes trennes, est une lettre de
Koning m'annonant, que les recettes de CHARLES DEMAILLY sont dsastreuses,
et que la pice de Hugues Le Roux passera, le 18.

Dner chez Daudet, en tout petit comit de famille, et le soir, avec
Alphonse, une longue et captivante causerie sur la fin de terre touchant
au ple, o il n'y a plus d'humanit, d'animalit, de vgtation, o plus
rien n'est que glace et nuit,--et sur l'effroi du silence, qui rgne dans
ce monde glac.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 4 janvier_.--Robert de Montesquiou, venu aujourd'hui chez moi,
pour me remercier d'une lettre crite  son sujet  la comtesse Greffulhe,
devient bientt expansif, me parle avec une horreur rtrospective de son
enfance passe chez les jsuites de Vaugirard, me dit que ses premires
annes auraient eu besoin d'un _bain-marie de jupes de femmes_, au lieu
des sales soutanes de ces prtres, me conte qu' l'ge de quatorze ans,
faisant dj des vers amoureux de la lune, un jour, en se rendant au
rfectoire, o l'on mangeait de si mauvais veau, le gros jsuite qui les
conduisait, lui avait jet avec une ironie asthmatique, _lueur rveuse et
blme_, le morceau d'un vers sur la lune, que l'espionnage de l'endroit
avait surpris en fouillant dans son pupitre, et que le sifflement
mprisant de l'ironie de ce gros jsuite, l'avait fait se recroqueviller
sur lui-mme, et soigneusement en cacher la tendresse et l'exaltation.

Et Montesquiou m'entretient de son prochain volume de vers, qui sera tout
entier consacr aux fleurs, et d'un pieux monument potique, qu'il veut
consacrer  Desbordes-Valmore.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 5 janvier_.--Antoine est venu djeuner ce matin, pour fixer le jour
de la reprsentation de:  BAS LE PROGRS. Il causait des misres autour
de lui, misres auxquelles souvent il ne pouvait donner d'argent, mais
qu'il allgeait en les faisant manger avec lui, et il me parlait d'une de
ses gentilles actrices, qu'il souponnait d'tre dans une dbine atroce,
parce que, disait-il, la pauvre fille a une _me de blanchisseuse_, et
n'est point une _chevronne_, comme tant d'autres, et  son sujet, il me
contait, une triste impression qu'il avait dernirement prouve.

Un matin qu'il tait venu la chercher, pour rpter, et qu'elle devait
djeuner avec lui, son petit bonhomme  l'allure dbrouillarde, lui dit en
riant: Maman va bien djeuner... tant mieux... car chez nous, on ne mange
pas tous les jours: phrase qui fit fondre en larmes, la mre.

       *       *       *       *       *

_Lundi 16 janvier_.--Toute la journe, ce sont successivement dans le
cerveau, ce sont des _prcipits_ d'esprance et de dsesprance, qui
se volatilisent, comme des gouttes mdicinales dans un verre d'eau.

Au fond, je suis saoul du thtre. a drange votre vie, a vous retire du
vrai travail, a vous agite btement, mauvaisement.

 huit heures, par une neige et une glace  ne pas savoir, si je ne
serai pas oblig de coucher dans un htel de Paris--et seulement par
un sentiment de dfrence, de devoir envers mes acteurs--je me risque,
j'attrape le chemin de fer, j'arrive  la gare Saint-Lazare, o le cocher
qui doit me mener chez Riche, demande  un camarade le chemin pour m'y
conduire, par ce temps:  quoi le camarade rpond qu'il n'y parviendra
jamais par le boulevard.

Chez Riche, je trouve Scholl, en train de dner, et qui n'ose s'aventurer
place du Chtelet,  l'Opra-Comique, o il a une place, pour la premire
de WERTHER.

Une voiture consent  me mener aux Menus-Plaisirs, o sur la demande
d'Antoine, je l'ai autoris  jouer:  BAS LE PROGRS,  la fin du
spectacle.

En attendant qu'on me joue, je me dissimule dans le fond de la loge de
Daudet, et j'assiste  la pice danoise de Strindberg: MADEMOISELLE JULIE,
dans laquelle la pauvre Nau est fortement empoigne.

Enfin me revoil dans un placard sur le thtre. J'avais peur de la scne
politique, mais tout passe, la scne politique et les autres, et il me
semble qu'on rit et qu'on applaudit. Aprs tout, je n'ai pas dans ma
caisse en bois, une notion bien exacte de ce qui se passe dans la salle.

 la fin mon nom est prononc, au milieu de faibles applaudissements, et
j'ai le sentiment que la chose n'a pas port, comme je l'aurais cru. Mais
dans le moment, comme toute la salle, j'ai la proccupation du retour,
plus que de tout le reste.

       *       *       *       *       *

_Mardi 17 janvier_.--Enfin, Dieu merci, c'est fini, des rptitions, des
reprsentations... Quel retour hier! Pas de voiture du Thtre-Libre  la
gare Saint-Lazare, et la marche--mon parapluie oubli chez Riche--dans des
tourbillons de neige. Puis, dans la gare Saint-Lazare, sur de la glace,
glissade des deux pieds, et me voici sur le dos, ayant touch des deux
paules. Enfin, je me relve avec rien de cass, de lux, et je crois,
diable m'emporte, guri d'un commencement de lumbago.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 19 janvier_.--Une presse, comme jamais je n'en ai eu. D'aprs le
_Figaro_: C'est une runion de paradoxes vieillots, si ennuyeux que tout
le monde a pris son chapeau; d'aprs la _Libert_: une bouffonnerie 
l'esprit de 100 kilos; d'aprs la _Libre Parole_: un radotage pnible de
vieillard; d'aprs le _National_, par la voix du svre Stoullig: C'est
la prtention dans l'ineptie, la nullit dans l'incohrence, l'absence
absolue de toute fantaisie.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 20 janvier_.--En lisant le ROMAN BOURGEOIS de Furetire, je suis
tonn de l'originalit de sa dfinition du roman: _Le roman n'est rien
qu'une posie en prose_.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 22 janvier_.--Aujourd'hui, les Rosny m'entretiennent longuement
de l'hostilit haineuse du public  mon gard. Je ne puis m'empcher
de leur dire, dans un petit accs de nervosit: Vous allez trouver que
c'est prtentieux, eh bien, j'attribue cette disposition du public,  ce
que, dans le moment, en France, on commence  avoir horreur et peur de
l'honntet, qui devient gnante pour la masse du public, du public qui
n'a pas  apporter dans ma vie, ou dans mon mtier, l'indulgence pour une
action basse, pour une faiblesse, pour une trahison de principe... car je
crois tre le type de l'honnte homme littraire, du persvrant dans ses
convictions, et du contempteur de l'argent... et j'oserai affirmer que je
suis le seul, l'unique lettr de l'heure prsente, qui, avec l'autorit de
mon nom, ayant pu faire encore pendant dix ans, des romans bons ou mauvais,
mais trs bien pays, ne les a pas faits, dans la crainte qu'ils fussent
infrieurs  ceux crits, dans les annes antrieures.

       *       *       *       *       *

_Mardi 24 janvier_.--Hier, on me contait une singulire histoire de
tatouage. Une femme de Bogora, en Algrie, prise follement d'un
vtrinaire franais, ne trouvait rien de mieux pour lui attester sa
tendresse passionne, que de se faire tatouer sur la poitrine, les
diffrents fers  cheval, pris dans un livre technique de la bibliothque
du vtrinaire, pendant une de ses absences. Et l'amant fut fort refroidi,
de retrouver, sur la peau de sa matresse, les images de son livre de
marchalerie.

       *       *       *       *       *
_Mercredi 25 janvier_.--Ce soir, le peintre Doucet me parlait des actrices
anglaises, de leur aspect chaste, phbique, et presque de cette apparence,
qu'elles ont d'intactes et de glorieuses pucelles, apparence qui leur
permet de dire, dans des rles, comme ceux de Porcia, de dire des choses
normes, sans qu'on soit choqu: ce qui n'est pas donn  l'actrice
franaise, qui, lorsqu'elle dit une obscnit, une cochonnerie, a l'air
d'y goter.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 26 janvier_.--Au fond, je pense avec une certaine ironie, du haut
de quel mpris, la critique dramatique d'ordinaire, si facile  la louange
de n'importe quoi de pas original, a trait la pice de l'homme assis sur
quarante volumes, un peu en avant de tout ce qui avait t fait ou crit
avant lui.

       *       *       *       *       *
_Lundi 30 janvier_.--Le docteur Blanche, qui fait, ce soir, une visite
rue de Berri, vient causer avec moi de Maupassant, et nous laisse entendre
qu'il est en train de _s'animaliser_.

       *       *       *       *       *

_Mardi 31 janvier_.--Aujourd'hui, o je voudrais rpondre  l'article
de l'ami Baur, qui vise un peu ma prface de:  BAS LE PROGRS, dans
laquelle je repousse l'inspiration Scandinave et slave pour notre thtre,
je suis trop souffrant pour crire l'article.

Aux inspirations, que le thtre franais, dit Baur, a tires de la
tragdie grecque, de la comdie latine, des pices espagnoles, et du
bnfice qu'il y aurait pour notre thtre d'emprunter des inspirations
au Nord, j'aurais voulu rpondre que les inspirations grecques, latines,
espagnoles taient des inspirations de cervelles de la mme famille, aux
circonvolutions identiques, de cervelles latines et non hyperborennes.

J'aurais voulu rappeler  Baur, dans une conversation sur la mort, entre
Zola, Daudet, Tourguneff, la mention d'un certain brouillard habitant
les cervelles du Nord, le _brouillard slave_, selon l'expression de
Tourguneff, et dont il disait: Ce brouillard a quelque chose de bon
pour nous: _il a le mrite de nous drober  la logique de nos ides, 
la poursuite de la dduction_.--Brouillard tout  fait contraire  la
fabrication de notre thtre, fait de clart, de logique, d'esprit.

 cette assertion, que le thtre naturaliste tait mort de la
reprsentation d'tres exceptionnels, j'aurais voulu lui faire remarquer,
qu'un tas de chefs-d'oeuvre, comme DON QUICHOTTE, WERTHER, LE NEVEU DE
RAMEAU, LES LIAISONS DANGEREUSES, etc., sont des monographies d'tres
exceptionnels, qui imagines par des auteurs de gnie, trouvent au bout de
cinquante ans, des scoliastes pour faire de ces tres exceptionnels, des
tres gnraux, et j'aurais voulu l'interroger sur sa conviction, que les
femmes d'Ibsen, sont vraiment considres,  l'heure prsente, en Norvge,
comme des types gnraux de Norvgiennes.

J'aurai voulu aussi lui demander, dans LA PUISSANCE DES TNBRES, quand
Nitika assis sur la planche fait craquer les os de l'enfant, et que l'on
entend _piauler_ le petit cras, s'il croyait que la pice aurait t
plus loin, si Tolsto tait Franais, et s'il croyait encore, que les
trois actes de MADEMOISELLE JULIE auraient t jous, si Strindberg tait
Franais.

Enfin j'aurais voulu lui faire proclamer  nouveau--lui, qui a t le seul
dfenseur des tentatives rvolutionnaires au thtre, que tout ce qui est
permis aux trangers ne l'est pas  nous, de par notre critique actuelle,
qui nous dfend un thtre lev, littraire, philosophique, original,
un thtre qui dpasse le got et l'intelligence d'un Sarcey, un thtre
autre, que celui renferm dans les aventures bourgeoises du mnage
d'aujourd'hui.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 2 fvrier_.--Mme Ganderax,  laquelle quelqu'un demandait, si
elle permettait  _la loute_, sa petite fille, de la tutoyer, rpondait
spirituellement: Si j'habitais, rue de Varenne, un grand htel, entre
cour et jardin, je lui imposerais le _vous_... mais je n'habite qu'un
petit appartement; vous comprenez alors que le _tu_...

       *       *       *       *       *

_Lundi 6 fvrier_.--Aujourd'hui Carrire est venu faire une esquisse de ma
personne, sur mon canap de Beauvais, et ayant pour fond une des portires
 fleurs, que je viens d'acheter.

Je parle  Carrire des choses homicides de ce temps, entre autres de la
chert de la vie. Il me dit que lui, habitant Strasbourg,  dix-sept ans,
et recevant de ses parents dix sous, le dimanche, en compagnie d'un
camarade, pas plus riche que lui, dansait, toute la soire, dans un petit
bal public, une danse arrose de plusieurs bocks. Il ajoute que plus tard,
 Saint-Quentin, il payait sa pension, o il tait trs bien nourri,
quarante-cinq francs par mois, et que cette pension,  l'heure prsente,
est de quatre-vingts francs, sans que le traitement de ceux qui y mangent,
ait augment d'un sou.

Je parle  Carrire de la tristesse des pays, o la vie est chre, o il y
a chez tous, chaque jour un dbat avec le prix de l'existence. Il me dit
qu'il y a quelques annes, faisant un voyage en Suisse, il entrait dans
une brasserie, o le patron chantait, en faisant ses comptes, le garon en
rinant les verres, la fille, en balayant, tandis que chez nos marchands
de vin, patrons et domestiques, tout est morne.

Je parle  Carrire de la dpopulation de la France. Il me dit qu'il lui
faut un certain courage pour sortir dans la rue, suivi de ses cinq enfants,
qu'on s'tonne, qu'on rit, qu'on les compte tout haut, derrire lui.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 9 fvrier_.--Raffalli, en gat et en verve, cause  la fois d'une
faon trs amusante et trs technique sur les cris de la rue, dont la
mlope le rjouit, l'intresse, l'attache aux pas du crieur et de la
crieuse; et sur ces cris, il se livre  des remarques physiologiques.

Ainsi, il prtend que chez l'homme qui crie: _Tnneaux... tnneaux_. le
cri est un cri du ventre, un roulement de basse  la Lablache, qui n'amne
aucune fatigue, est, au contraire, une gymnastique des muscles intrieurs,
tandis que certains cris nerveux, comme _r-pa-ra-teurs de por-ce-lai-ne_,
des cris produits par des contractions de la gorge, doivent amener, au
bout de trs peu d'annes, une laryngite.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 16 fvrier_.--Au jour d'aujourd'hui, ces pauvres catholiques, les
juifs, et mme les protestants, leur marchent-ils dessus!... Le peintre
Renoir, se trouvant, ces jours-ci, dans une maison protestante, o je ne
sais quoi l'amena  parler des Valois, de Charles IX, le matre de la
maison l'interrompit, en lui disant: On ne parle pas de ces gens-l, ici!

       *       *       *       *       *

_Vendredi 17 fvrier_.--Dire--c'est indniable--que pendant prs de vingt
ans, les trois matres absolus de la France ont t Reinach, Cornlius
Hertz, Arton, et que la France, claire sur ces trois personnages,
garde pour se gouverner, le personnel de leurs administrations, de leurs
bureaux!

       *       *       *       *       *

_Samedi 18 fvrier_.--Encore, ces jours-ci, une crise de foie, avec un
glacement de l'tre, que rien ne peut rchauffer, puis une fivre de
cheval. Et bientt une insomnie cauchemarresque, o moiti dormant, moiti
veill, je voyais que l'on faisait, de mon vivant, une vente de toutes
mes collections, en un endroit pareil  une place de village, et dans
laquelle les trois quarts des objets taient gars, perdus, vols, ne se
retrouvaient pas, et au milieu de mes dsespoirs, de mes fureurs, dire
l'ironie muette des crieurs, de l'expert, du commissaire-priseur.

Au fond j'ai beaucoup lu, avant d'tre homme de lettres, et trs peu,
depuis que je le suis, ne lisant gure que les livres documentaires,
qui peuvent me servir pour mes travaux, et je me demande, si mon
originalit ne vient pas un peu de cela, qui ne me fait pas du tout
un _rminiscent_.--Je suis bien plus un _mditant_ qu'un liseur.

Ce soir dner japonais chez Riche. Dans ce monde de bibeloteurs japonais,
c'est une folie de surenchres entre Gillot, Havilant, Manzi, et le
bijoutier Vever, le plus passionn de tous, et qui nous montre le billet de
sa place sur le paquebot, pour l'Exposition de Chicago. Et ce n'est pas
l'Exposition qu'il va voir, il va surprendre Hayashi, et lui enlever tout
le dessus du panier des impressions japonaises, qu'il doit rapporter en
France, aprs l'Exposition.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 19 fvrier_.--On me faisait le portrait d'un usurier _fin de
sicle_. C'est un jeune homme, tout dernirement commis  douze cents
francs, dans le principe, intermdiaire entre des fils de famille et des
usuriers, aujourd'hui exerant par lui-mme, tout en tant homme de cercle
et cavalier du bois de Boulogne. Comme il lui tait demand, comment il
avait pu prter cinquante mille francs  un garon sans esprance, sans
avenir, et quel gage il pouvait avoir, le jeune usurier avait souri et
n'avait pas craint de dire: J'ai le meilleur des gages, le monsieur en
question m'a donn un paquet de lettres de sa matresse qui est une femme
du grand monde... s'il ne paye pas, c'est elle qui paiera.

Ce soir, Daudet, comme je m'indignais du manque d'indignation de la France
contre les salets gouvernementales, me disait peut-tre justement:
a tient  une chose, c'est que maintenant tout le monde est soldat, est
mat, disciplin, asservi, et reste l'esprit, sous le coup de la salle de
police!

       *       *       *       *       *

_Mercredi 22 fvrier_.--Je parlais  une Amricaine, en visite chez moi,
du roman d'ELSIE, ce roman, o la fille d'une femme mordue par un serpent,
au commencement de sa grossesse, est un peu la fille de ce venin, a les
gots, les habitudes du serpent. Cette Amricaine me disait, qu'elle
connaissait l'auteur, qui est un mdecin, et qui avait fait ce livre tout
 fait d'imagination,--mais voici le curieux,--qu'il lui tait venu de
deux endroits diffrents de l'Amrique, deux lettres, o les signataires
lui demandaient, comment il avait pu pntrer ce secret de famille, si
bien cach  tout le monde.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 23 fvrier_.--Mallarm, auquel on demande, avec toute sorte
de circonspection, s'il ne travaille pas, dans ce moment,  tre plus
ferm, plus abscons que dans ses toutes premires oeuvres, de cette voix
lgrement calme, que quelqu'un a dit, par moments, se _bmoliser_
d'ironie, confesse qu' l'heure prsente, il regarde un pome comme
un _mystre_, dont le lecteur doit chercher la clef.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 1er mars_.-- la suite de la crise d'hier, o j'ai eu des
vomissements si violents, qu'ils me causent des douleurs dans les
clavicules, et me laissent les bras courbaturs, je me suis vu forc
d'appeler le docteur Bari. Il m'a trouv le foie  peu prs  l'tat
normal, et semble croire, comme Potain, que c'est un rhumatisme qui se
promne sur l'estomac et sur le foie.

Mais quel rgime il m'a prescrit... Pas de matire grasse, pas de foie
gras, pas de beurre, pas de gibier, pas de poisson, pas mme d'oeufs.

--Enfin, vous me dfendez tout ce qu'il y a de bon  manger?

--Oui, tout ce qu'il y a de bon! reprend le docteur, avec un sourire
ironique.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 2 mars_.--Depuis plus d'un mois, Toudouze tourne autour de moi,
pour m'enrgimenter dans la _Socit des romanciers_, qu'il fonde. Je
faisais l'homme qui ne dit ni oui, ni non. Ces jours-ci, sur une demande
directe d'en faire partie, et sur une aimable indiscrtion de Daudet,
m'apprenant que je devais en tre nomm prsident, je rpondais  Toudouze
par un refus formel, mme brutal, lui dclarant que j'tais un individu
_vivant hors cadre, et pas du tout fabriqu pour faire partie d'une
socit_. Aujourd'hui, Daudet venant me voir et me trouvant assez
souffrant au lit, il me contait l'ennui de Toudouze, de mon refus, ennui
d'autant plus grand, que Daudet lui avait dit qu'il n'en serait, que
si j'en tais... Et ma foi,  peine est-il parti que j'envoie un mot 
Toudouze, revenant sur mon refus, et cela je puis le dire, rien que pour
lui tre agrable.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 3 mars_.--Le crpuscule dans la maladie, n'est pas mlancolique
comme dans la sant. C'est comme une mise en rapport de la lumire avec
votre demi-vanouissement.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 5 mars_.--Une visite d'Hrdia, qui me parle de Taine, qu'il
doit aller voir, en sortant de chez moi. Aprs la gurison d'une embolie
crbrale, il aurait une embolie pulmonaire, et serait dans un tat
dsespr.

Hrdia me conte que, dans ces derniers temps, sur le dsir que Taine
lui avait tmoign de lire ses TROPHES, il lui avait envoy, avant la
publication, un exemplaire tir  la brosse.  la suite de cet envoi, il
tait pass quelques jours aprs chez lui et il lui avait,  propos de son
sonnet sur un poisson, au milieu de grands loges, tenu un discours un peu
dlirant.

       *       *       *       *       *

_Lundi 6 mars_.--Ah! mes contemporains, comme ils dfilent!... Hier,
pendant que Hrdia me racontait sa dernire entrevue avec Taine--son
fiacre attendant  la porte, pour le mener chez lui--Taine mourait.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 9 mars_.--On me parlait d'une fillette d'une douzaine d'annes qui,
dans son dsespoir d'tre une fille, venait de faire une _neuvaine_, pour
devenir un garon.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 10 mars_.--Cette mort de Gibert, un jeudi de la mi-carme, en
lanant des _confetti_ du haut d'un caf, on serait tent de la prendre
pour le dnouement imagin d'un roman, racontant la vie d'un comique, d'un
farceur, d'une _queue rouge_.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 16 mars_.--Le docteur Blanche disait, ces jours-ci,  Mlle Zeller:
Je ne vais pas voir M. de Goncourt, parce que si on voyait ma voiture 
sa porte, pensez-vous  toutes les suppositions qu'on ferait?

       *       *       *       *       *

_Samedi 18 mars_.--Comment se fait-il que la barbe, cette broussaille, ce
bouquet de poils, qui ne devrait avoir rien de physionomique, rende une
figure triste, triste, comme celle de X..., ou _pompe funbre_, comme
celle de Y... Oui, c'est positif, il y a les barbes lugubres et les barbes
guillerettes.

Elles ne finiront donc jamais ces crises. Voici la deuxime cette semaine.
Avec la morphine, c'est curieux, la crise se fait dans une espce de
dissimulation: c'est ainsi que dans cette dernire, je n'ai pas eu
de vomissements, et si j'ai eu un rien de frisson, il a eu lieu sans
l'abominable refroidissement de glace de tout le corps, de mes premires
crises.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 22 mars_.--Aujourd'hui, Alidor Delzant vient me voir.
Naturellement la conversation est sur l'actrice Ozy, dont il vient
d'hriter de 50 000 francs, qu'il destine  faire trois pensions  trois
hommes de lettres. Il hrite aussi de papiers, parmi lesquels il y a
des correspondances amoureuses de Gautier, de Saint-Victor, de Dor, et
surtout tout un gros paquet de lettres d'About, qu'il dclare tout  fait
charmantes de passion et d'esprit.

Delzant me dit, que la grande fortune d'Ozy n'a pas t faite par les dons,
cependant trs considrables, que lui ont faits ses amants, mais bien
plutt par les placements qu'elle a fait faire de ces dons par ses amants,
qui taient presque tous des gens de bourse. Du reste elle ne poussait
pas ses amants  la prodigalit de choses btes, comme des bijoux, des
diamants, elle tait pour les choses srieuses. C'est ainsi que M...,
qui a t quinze ans son entreteneur en titre, invariablement, Ozy lui
demandait dix, vingt, trente Lyon (actions du chemin de fer), au lieu de
tout objet quelconque, qu'il tait dcid  lui offrir.

Delzant est charg de la direction de son tombeau, un tombeau monumental,
mais tout fier qu'il soit d'avoir t choisi pour la direction artistique,
il est ennuy de ce que la dfunte exige l dedans, de la sculpture de
Dor... Sur quoi, je ne puis m'empcher de lui dire: Mais, voil une
occasion d'riger dans son format gigantesque LA BOUTEILLE de Dor, et
d'en faire la pyramide de celle qu'on accusait parfois de se _piquer le
nez_.

Bracquemond, que je n'ai pas vu depuis des sicles, remplace Delzant. Il
entre d'un pas tranant, se laisse tomber sur un fauteuil, et d'une voix
qui n'a plus sa chaude nervosit sourde, il se plaint de maux d'entrailles
qui l'ont fait maigrir de quinze livres, en six semaines. Comme je lui dis
qu'il travaille trop, il me rpond: C'est vrai, mais que voulez-vous...
Maintenant le travail est chez moi une _maniaquerie_... Quand je ne
travaille pas, je me promne dans mon atelier, en remuant les bras et
les jambes, comme un pileptique!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 26 mars_.--Trois jours de suite, des crises hpatiques,  crier.

       *       *       *       *       *

_Lundi 27 mars_.--Dans ces jours, o je ne peux pas travailler, j'ai
l'horreur de la lecture des romans. Les livres de voyage mme, qui sont la
lecture prfre des malades, ces livres ne m'intressent pas. Mon esprit
est attir par les coins inconnus et mystrieux de notre histoire recule,
lgendaire, par les rcits troubles des Grgoire de Tours, des Frdgaire,
par les tnbres de la priode mrovingienne.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 29 mars_.--Aujourd'hui une faiblesse  ne pas mme regarder des
images.

Helleu vient me demander  faire des pointes sches, d'aprs mon _facies_.
Il choisit bien son moment.

Pas de chance, Daudet, l'ami qui m'apportait, tous les deux ou trois jours,
tantt sur le bras d'Ebner, tantt sur le bras d'Hennique, un peu de vie
intellectuelle, est souffrant, et ne peut sortir de sa chambre.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 31 mars_.--Ah! que je donnerais tous les condors de Leconte de
Lisle, et mme une partie du bagage lyrique de Hugo dans la LGENDE DES
SICLES, pour cette page des MMOIRES D'OUTRE-TOMBE, o Chateaubriand
peint dans l'antichambre de M. du Theil, l'agent du comte d'Artois 
Londres, ce paysan venden, cet homme qui n'_tait rien_, au dire de ceux
qui taient assis  ct de lui, ce hros obscur qui avait assist  deux
cents prises et reprises de villes, villages, redoutes,  sept cents
actions particulires,  dix-sept batailles ranges; et qui, dans
l'touffoir fade de l'antichambre diplomatique, devant une gravure de la
mort du gnral Wolf, se grattait, billait, se mettait sur le flanc,
comme un lion ennuy, rvant de sang et de forts.

       *       *       *       *       *

_Samedi 1er avril_.--C'est vraiment curieux, que le livre, les MMOIRES
D'OUTRE-TOMBE, sur lequel mon frre est tomb mourant, ait recommenc
 tre la lecture des jours, o je n'tais pas bien certain de la
continuation de ma vie.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 2 avril_.--La matire catholique, que Huysmans a brasse pour
son dernier bouquin, en aurait fait un pratiquant, et  l'heure prsente,
on le rencontre le dimanche,  Saint-Sverin. Il serait  la Trappe, dans
le moment. Il aurait annonc que le roman qu'il fait, une fois termin, il
n'en ferait plus, et que seulement, de temps en temps, il donnerait une
nouvelle, crirait un salon, et ce serait tout.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 5 avril_.--Rochegrosse vient m'emprunter le portrait, qu'il a
fait sur la couverture du livre de son pre adoptif, pour de ce portrait,
qui est bien certainement le portrait le plus ressemblant qui ait t
peint du pote, faire un Banville dans son intrieur, du format d'un petit
tableau de chevalet.

Aprs Rochegrosse, Jean Lorrain tombe chez moi, de retour d'Alger, de
Tunis. Il parle avec passion de ces pays, qui apportent une espce
d'assoupissement  la nervosit parisienne. Mais son admiration
enthousiaste est surtout pour le dsert, le soir, et il le peint tout
 fait en peintre-pote.

Dans la journe, la terre, le ciel, les burnous mme sont d'une couleur
rougetre de la vilaine poterie; mais au crpuscule, le ciel se fait rose,
et les montagnes de l'horizon apparaissant plus lgres, moins denses que
le ciel, ressemblent  des vapeurs mauves, et la terre du dsert se voit
bleue, bleue, comme la mer, avec des ondulations du sol ayant l'air de
vagues, sous le souffle d'une brise, vous mettant du sel sur les lvres.

Puis, c'est Alexis qui m'apporte une lettre de Dumny, lui crivant que
CHARLES DEMAILLY a t jou, sept fois, au thtre Michel, avec le plus
grand succs, et que ces sept reprsentations  Saint-Ptersbourg,
quivalent  cent cinquante reprsentations  Paris.

Enfin, c'est Montesquiou qui vient savoir de mes nouvelles, en mme temps
qu'il vient chercher son exemplaire des CHAUVES-SOURIS, pour le faire
illustrer de son portrait, par Whistler.

Montesquiou me dit qu'il a rassembl beaucoup de notes et de
renseignements sur Whistler, qu'un jour il veut crire une tude sur lui,
laissant chapper de l'admiration pour cet homme qui, dit-il, a rgl sa
vie, de manire  obtenir de son vivant des victoires, qui sont pour les
autres, la plupart du temps, des victoires posthumes. Et il revient sur
le procs du peintre avec le journaliste anglais, qui avait parl de
l'_impertinence_ de demander mille guines pour jeter un pot de couleur 
la figure du public. Et la rponse de Whistler est vraiment belle, quand
on lui demande, combien il a mis de temps  peindre sa toile, et qu'il
jette ddaigneusement: Une ou deux sances, et que sur les oh! qui
s'lvent, il ajoute: Oui, je n'ai mis  peindre qu'une ou deux matines
mais la toile a t peinte avec l'exprience de toute ma vie!

Whistler demeure, dans ce moment, rue du Bac, dans un htel, qui donne
sur le jardin des Missions trangres. Montesquiou, invit dernirement
 dner, a assist  un spectacle qui a laiss chez lui la plus grande
impression. C'tait dans le jardin des Missions trangres, la nuit
presque tombe, un choeur d'hommes chantant des _Laudate_, un choeur de
mles voix s'levant--Montesquiou suppose, que c'tait devant de mauvaises
peintures, reprsentant les pouvantables supplices dans les pays
exotiques--s'levant et s'exaltant en face de ces images du martyre,
comme si les chanteurs du jardin taient presss de leur faire de
sanglants pendants.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 7 avril_.--Je n'ai eu vraiment cette anne qu'une seule
satisfaction, qu'un seul plaisir: c'est l'lvation de ce treillage au
fond de mon jardin, de ce treillage avec ses chapiteaux tout  fait
russis, et qui doit tre dans quelque mois habill, en son architecture
 jour de roses, et de clmatites du Japon. C'est pour moi, en petit, la
_Salle des Fracheurs_ de Marie-Antoinette,  Trianon.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 9 avril_.--Enfin aprs six semaines d'enfermement, ma premire
sortie pour un dner chez Daudet. Je revois, avec une motion attendrie,
les tres aims et le milieu de mes habitudes de prfrence: cette salle 
manger et ce cabinet de travail.

J'avais ce soir, en chemin de fer, vis--vis de moi, une vieille femme,
toute charmante, d'une grce sductrice. Une toilette entirement noire,
gants, robe, grand manteau  deux plerines, capuchon, une toilette o il
n'y avait de blanc qu'une dentelle bordant son capuchon, qui courait sur
les bandeaux bouffants de ses cheveux gris, et encadrait son visage. Ce
visage tait la ruine de la plus jolie, de la plus aimable, de la plus
douce figure, avec seulement sur la chair plie, de la meurtrissure dans
l'orbite de ses beaux yeux, et comme une dpression de fatigue dans les
lignes de sa bouche. Et l'on ne peut s'imaginer la musique harmonieuse de
ses paroles, comme soupires, et l'lgance de ce vieux corps, se remuant
avec les mouvements las d'une coquette malade.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 12 avril_.--Je trouve dans ma bote, une affiche sur papier
rouge, ayant pour titre: MANIFESTE DES DYNAMITEURS, et qui prche
une oeuvre d'mancipation, fonde sur les _chairs pantelantes_ et les
_cervelles parses_, en annonant de nouvelles explosions, et dclare
qu'il faut que la socit bourgeoise disparaisse, _dussent les belles
cits_--c'est de Paris, que les dynamiteurs parlent--tre rduites en
cendres.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 13 avril_.--Aujourd'hui, o Zola vient prendre de mes nouvelles,
et me trouve encore au lit, il se plaint de malaises, de souffrances
intrieures, d'angine de poitrine, de maux dont il souffrait, aux premiers
jours de sa liaison avec Flaubert. Il croit son coeur en mauvais tat, et
va consulter un mdecin, son livre fini.

Et comme je lui disais qu'il devrait se reposer, que son travail, dans ces
derniers temps, avait t excessif, abominable: Oui, abominable, c'est
le mot, reprend-il, oui, je me suis surmen, puis dans LE DOCTEUR PASCAL,
j'ai d me livrer  beaucoup d'tudes, d'investigations, de recherches
pour que ce dernier livre des Rougon-Macquart, ait un lien avec les
autres... pour que l'oeuvre et quelque chose de _l'anneau du serpent qui
se mord la queue_.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 16 avril_.--Rodin se plaint prs de moi de se trouver cette
anne sans entrain, de se sentir _veule_, d'tre sous le coup d'une
_influenza_ non dclare; il a travaill cependant, mais il n'a excut
que des choses sans importance.

       *       *       *       *       *

_Mardi 18 avril_.--Ce qui parfois me fait peur, c'est chez moi le
refroidissement du corps. Il n'y a plus de maison assez chauffe, et en
dpit de mes quatre gilets de flanelle, de laine, de drap, de tricot de
chasse, il me faudrait partout o je vais, mme dans les temps les plus
doux, il me faudrait un paletot d'hiver, une fourrure.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 20 avril_.--Ce soir chez Daudet, Baur nous parlait des neuf annes,
qu'il avait passes en Caldonie, de l'ge de dix-neuf ans  vingt-huit
ans,  la suite de sa condamnation, aprs la Commune. Il signalait la
dpression morale, qu' la longue amenait l'tat du condamn, disant qu'il
tait arriv  ne plus parler, et qu' sa rentre en France, il tait
rest, pendant des annes, silencieux, muet.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 23 avril_.--Descaves tenait de quelqu'un de l'Assistance
publique, que jamais il n'y avait eu tant d'enfants abandonns  Paris,
qu'il y en a eu, un jour de la semaine dernire.

       *       *       *       *       *

_Lundi 24 avril_.--Ds huit heures du matin, je suis dans le bateau,
pour aller prendre la description du pastel de La Tour, reprsentant la
danseuse Sall, et provenant de la rcente vente de Mlle Denain, puis des
courses d'affaires, arrires par ma dernire maladie, puis des visites
aux marchands de bibelots, et aprs un djeuner compos d'une pauvre tasse
de th, jusqu' quatre heures,  la bibliothque de l'Opra,  travailler
 la Camargo.

Je sens en moi, sur mes jambes de coton, une petite allgresse de
reprendre possession du pav de Paris, allgresse mle du vague de la
faiblesse.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 26 avril_.--En compagnie de Delzant, j'ai la visite de M. Henry
Standish, qui m'apporte le volume des lettres de son frre Cecil Standish.

M. Henry Standish me parle du marquis de Herfort et de son fils Richard
Wallace. Il conte que ce dernier tait trs aim du baron d'Ivry, qui
avait t le compagnon de plaisir du marquis, et quand arriva la vente de
ce dernier, avant la mise aux enchres de la collection, les filles du
baron voulurent absolument lui offrir un objet, un objet important de la
vente, dont elles lui donnrent le choix. Eh bien, puisque c'est votre
dsir, s'cria Wallace, je ne veux que ce petit tableau, et uniquement ce
petit tableau.... Un jour, o j'tais rduit aux derniers expdients, ce
tableau que j'avais achet quelques annes auparavant, je le portais 
votre pre, en lui disant: J'ai besoin de 600 francs.... Je ne veux pas
vous les emprunter, mais achetez-moi ce petit tableau.... Votre pre me
les donna de suite.... Ce tableau, voyez-vous, me rappelle un souvenir
d'allgement, de dlivrance, de bonheur.

Et de la collection du baron d'Ivry, il est amen  me parler de la belle
collection de livres provenant du prince de Poix et de sa mre, qui tait
une bibliophile passionne: collection qui fut brle, lors de l'incendie
du _Pantechnicon_  Londres. Avec les livres il y avait aussi quelques
tableaux, quelques porcelaines, et il arriva cela de bizarre, qu'il n'y
eut qu'une tasse de Svres qui resta intacte, mais dont le _bleu de roi_
fut chang en le plus beau noir du monde: tasse qui fut offerte au Muse
de Svres, comme tmoignage de la solidit de la porcelaine.

Et de cet incendie, il saute  un incendie aux environs de Londres, o sa
femme ne se sauva qu'en sautant par la fentre, o une femme de chambre
fut brle, o tout fut ananti, sauf un coffret de fer  bijoux, qu'on
retira du feu tout rouge. Les diamants taient intacts, et un magnifique
collier de perles tait aussi intact, mais les perles taient devenues
toutes noires, et chose curieuse, toutes noires qu'elles taient, avaient
conserv leur orient. Et l'extraordinaire de la chose lui en fit demander
quelques-unes par le Kensington Palace.

       *       *       *       *       *

_Lundi 1er mai_.--A propos du juif, qui pendant la guerre, avait demand
 tre dcor, et avait offert pour ce, de verser 30 000 francs,  la
souscription de chaussures, lance par Thiers, quelqu'un disait, ce soir,
que le caractre de la race juive diffre absolument du caractre de
la race aryenne, en ce que chez cette race, toute chose au monde a une
valuation en argent. Or, pour le juif, la croix c'est telle somme,
l'amour d'une femme du monde c'est telle somme, une vieille savate, c'est
telle autre somme. Ainsi dans une cervelle smite tout est tarif: choses
honorifiques, choses de coeur, choses quelconques.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 11 mai_.--Le jardin mange mon temps, ma vie. Depuis l'installation
d'un arrosage chez moi, avec l'eau de la ville, aprs cette desschante
scheresse, faire de la pluie sur les feuilles, qui revivent verdissantes:
a m'enlve  tout,  la biographie de la Camargo, au scnario de LA
FAUSTIN, que je veux tirer de mon roman.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 14 mai_.--Morel disait chez moi, qu'autrefois  la Bibliothque
Nationale, les demandes de livres qui ne s'levaient pas au del de deux 
trois cents, taient montes depuis dix ans,  dix-sept cents.

       *       *       *       *       *

_Lundi 15 mai_.--Exposition des Champs-lyses n 2954. Une jolie
imagination. Sur la nacre d'une vraie coquille, une petite naade toute
longuette, modele en cire rose, travaille  dtacher la perle de la
coquille.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 18 mai_.--Leconte de Lisle dne chez Daudet. Il est en vrit
joliment mchant. Il comparait l'oeuvre de Cladel  du nougat fait avec
des cailloux, il rcite une pitaphe anticipe de Bornier, bien cruelle,
enfin il conte son moyen d'abrger les ennuyeuses visites des aspirants
acadmiciens, en leur dclarant qu'il a engag sa voix pour dix ans.

Tout cela dit et jou avec de savantes intonations, et une mimique, o
semblait mle l'ironie du cabotin et du prtre.

Comme il est question de Vigny, de son grand caractre, Daudet faisant
allusion  sa pice, _le Loup_, raconte qu'il tait mort un peu  la
faon de son loup, gardant un mutisme effrayant dans d'affreuses douleurs.
Je ne sais plus qui ajoute, comme trait du caractre dcoratif de l'homme,
qu'il avait fait jeter sur le pied de son lit un manteau d'officier,
s'ensevelissant d'avance dans son ancien uniforme.

       *       *       *       *       *

_Lundi 22 mai_.--Un amusant tableau  faire: la barbe le matin, au bord de
la Seine. Une range d'hommes, assis sur le quai, et le barbier allant de
l'un  l'autre, et les rveillant de leur demi-sommeil, avec un: C'est 
toi! et oprant dans la lumire matinale du jour.

M. Villard m'entretenait d'un voyage qu'il avait fait en Norvge, o il
tait tomb dans une verrerie, qui tait une colonie franaise, rfugie
l,  la suite de la rvocation de l'dit de Nantes, ayant conserv trs
reconnaissable le type franais, mais n'ayant gard de leur ancienne
langue, que le mot Sacr nom de Dieu.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 26 mai_.--Tristes les dparts de son domicile  mon ge. Il faut
songer  l'ventualit d'une mort subite, et laisser des instructions.

Ce matin, Geoffroy et Carrire entrent dans mon cabinet, un norme bouquet
de fleurs des champs  la main, venant fter mes 71 ans. L'attention de
ces deux coeurs amis m'a touch. Cet aprs-midi, Mme Sichel vient me voir
et m'offrir de la faon la plus gentille, la plus affectueuse, les soins
de son fils  Vichy, pendant huit jours, quinze jours.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 28 mai_.--Vichy. Le docteur Frmont m'examine ce matin,
et pendant qu'il me tripote le foie, il me dit qu'il n'est pas trs
volumineux, mais que sans que j'y sois pour rien, il sent dans mon ct la
rtraction, la _mise en garde_ d'un organe malade, qui se dfend contre
l'attouchement de l'auscultation.

Une triste impression que de se retrouver ici, o mon frre tait dj
si malade, d'avoir en face de soi cette maison de Callou, autrefois si
bruyante, si joyeusement sonore, maintenant silencieuse, de marcher
solitaire, sous ces arceaux de ples platanes, qui font ressembler le
vieux parc, plein de jaunes figures,  de mlancoliques Limbes.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 31 mai_.--Vichy, avec son improvisation de btisses, de
baraquements, de boutiques pour la _grande saison_, a quelque chose de
la construction ferique d'une ville d'Amrique.

J'ai voulu travailler au scnario de LA FAUSTIN, et j'ai t pris de
tristesse, en me sentant, pour le moment, incapable d'en faire une pice.
Ce sentiment d'impuissance, c'est la premire fois que je l'prouve.

Ce soir, au _Guignol lyonnais_. C'est curieux comme la marionnette, cet
insensisme de la mimique humaine, me produit une singulire impression.
Au bout de quelque temps, j'prouve pour ce spectacle des acteurs en bois,
la rpulsion que me donne la vision de fous.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 4 juin_.--C'est curieux, du Sardou, de l'Erckmann-Chatrian, du
Bisson, du Moinaux, du n'importe qui, jou par la mme troupe: a parat
de la mme qualit littraire--et, le dirai-je, la mme pice.

       *       *       *       *       *

_Mardi 6 juin_.--Ici, avec le traitement, on n'a pas une parfaite
conscience de soi-mme. Il ne semble pas bien positivement qu'on soit
l'individu qui tait  Paris, il y a dix jours.

Je ne sais dans quel livre, illustr de Tony Johannot, un tre fantastique,
juch derrire un monsieur tranquillement assis, et sans qu'il s'en doute,
le moins du monde, lui retire du haut du crne mis  dcouvert, des
cuilleres de cervelle. Cette image me donne un peu l'ide de l'effet
produit par l'action de l'eau d'ici, sur l'intelligence.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 8 juin_.--Hier, au moment ou j'tais arriv aux jours, dans
lesquels les mdecins probabilisent une crise pour les buveurs d'eau, j'ai
reu une sommation d'un M. Faustin, armateur de la Rochelle, etc., etc.,
m'interdisant d'appeler ma pice (la pice que dernirement les journaux
ont annonc que je tirais de mon roman de LA FAUSTIN) du nom de mon roman
et ma principale actrice du nom de mon hrone.

Voici ma rponse:

       Monsieur,

Vous ignorez sans doute que j'ai publi, en 1882, sous le titre de LA
FAUSTIN, une tude d'actrice tire chez Charpentier  16 000 exemplaires,
republie par Lemerre, et traduite en plusieurs langues, notamment en
anglais, un roman enfin, jouissant en Europe, depuis douze ans, d'une
certaine notorit.

Maintenant, je comprendrais votre rclamation, arrivant  son heure, si
le nom de Faustin tait la proprit exclusive de vous, monsieur, et de
votre famille, mais il n'en est rien, indpendamment des Faustin de toutes
professions qui peuvent exister en province, j'ouvre le Bottin de Paris
et je trouve M. Faustin, fabricant de sacs de papier, 12, rue de la
Ferronnerie.

Je n'ai pas commenc ma pice, je ne sais pas si mon tat de sant me
permettra de la faire, mais si elle est joue, j'ai l'honneur de vous
prvenir en dpit de votre interdiction qu'elle portera le nom de mon
livre, que je ne changerai pas le nom de mon hrone, tout prt en mon nom
et au nom de la littrature,  courir les risques d'un procs, parce que,
si des prtentions semblables devaient prvaloir, le roman et le thtre
de nos jours seraient, dans un temps prochain, contraints de baptiser
leurs personnages, fminins et masculins, des noms de Climne, Dorine,
Oronte, Valre, Eraste, etc., etc., ce qui vraiment n'est pas admissible.

Agrez, monsieur, l'assurance de ma considration distingue.

       EDMOND DE GONCOURT.

P.S.--Et ainsi que vous l'avez ajout  la plume sur votre carte de
visite: chevalier de la Lgion d'honneur.

       *       *       *       *       *

Une excursion  Thiers en compagnie de mon jeune et charmant compagnon
d'eau, Maurice Pottecher. Une ville moyenageuse aux ogives de ses portes,
 l'arc surbaiss de ses boutiques, au treillis de fer de ses fentres, et
o la pourriture du bois des maisons, la lpre de la pierre sont telles,
que jamais je n'en ai rencontr de pareilles, dans aucune ville du monde.
Et les petites portes basses, et les petits escaliers noirs, et les
petites chambrettes, qui sont plutt des trous  humains que des logis,
vous mettent sous les yeux, comme l'apparition d'un moyen ge marmiteux,
auquel on ne s'attend pas.

L, dans une population hirsute, je n'ai vu qu'une jolie fille, une
ouvrire au visage, tout noirci par la poussire de fer, ayant dans la
bouche un brin de fraisier, avec au bout, sa fraise toute rouge.

Dans le quartier de la coutellerie, je traverse une salle, o des hommes,
couchs tout de leur long sur des planches, ressemblent  des noys de la
Morgue. Ce sont des rmouleurs qui travaillent toute la journe,  plat
ventre, aiguisant des pices de coutellerie, sur une petite meule place
au-dessous de leur tte. Et dans ce travail horizontal, o la circulation
se fait assez mal, quelques-uns ont deux ou trois chiens couchs sur eux,
pour leur tenir chaud.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 9 juin_.--Dans l'espce de foire, qui se tient autour des
btiments de la source de la _Grande-Grille_, il y a un talage en plein
air, au coin duquel se tient un vilain juif,  l'oeil dormant d'un chat qui
guette une proie. Ce sont des bandages, des seringues  injections, un tas
d'objets louches, nigmatiques parmi lesquels figurent des _anneaux de
Vnus_, des rondelles de caoutchouc denteles, au moyen desquelles,
un peintre me disait qu'on procurait  la femme des jouissances
cataleptiques. Or, c'est amusant, devant le mystre de cette boutique
sous une tente, o le marchand fait la bte, de voir s'arrter des femmes
cherchant  comprendre ce qu'on y vend, et tout  coup devinant le
commerce de l'endroit, s'enfuyant toutes rouges, inquites, si un passant
a surpris leur attention devant l'talage.

       *       *       *       *       *

_Lundi 12 juin_.--Au thtre du Casino, o l'on joue une pice  tirades
sur l'ducation des jeunes filles, j'entends une jeune spectatrice, qui
dit  sa mre: Maman, ne me regarde pas tout le temps, comme a, quand on
dit quelque chose de pas convenable... je suis dj bien assez gne!

       *       *       *       *       *

_Mardi 13 juin_.--Mme Octave Feuillet est ici; elle a quelque chose de la
tournure d'une fe bienveillante et proprette de ferie.

La mode pour les femmes est ici de porter deux ou trois roses th,  la
ceinture, et pour les hommes un numro de la _Revue des Deux Mondes_, sous
le bras.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 14 juin_.--Le caf:--tous les charabias de l'tranger et de la
province;--les tonitruants: _Versez!_ des garons distributeurs de
caf;--les expansions sur les analyses d'urine, mles aux: _Je suis
calme comme le Destin, attaquez en choeur_;--les courses des petits
chasseurs efflanqus,  la recherche des journaux et des petits
bancs;--le tapage des dominos;--le _grommellement_ des boissons;--le
bruissement des pas lointains des promeneurs dans le sable des
alles;--les lourds croulements sur les chaises, des femmes obses et
d'hommes pachydermiques;--les figures rieuses d'enfants, dans la bouche
desquels, on met une cuillere de caf.

Ici le caf, c'est au fond l'mancipation de la femme bourgeoise de
province, hors de sa vie d'intrieur, et son intronisation dans la vie
extrieure de la cocotte.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 15 juin_.--Une tte de joueur, une face mafflue de dogue. Des
cheveux rares, coups ras sur un crne, qui a l'air d'une lande. Pas de
gilet. Chemise noire aux bouquets de roses jaunes, serre aux hanches par
une large ceinture, et sur cette chemise noire, un veston et un pantalon
de flanelle blanche  raies bleues. Et le joueur a aux lvres un norme
cigare, dans un bout d'ambre monumental.

Dans la nuit, une voix m'appelle par mon nom. C'est Gille du _Figaro_,
arriv ce soir, avec sa belle-soeur, sa dvoue garde-malade, et qui se
lamente et gmit, tout fatigu qu'il est, d'avoir  faire, avant de se
coucher, un article sur LE DOCTEUR PASCAL.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 16 juin_.--Ma voisine de table d'hte, une aimable et lgante
habitante du Morvan, possdant une proprit en Algrie, o elle va passer
les trois mois d'hiver, me conte qu'une de ses grandes distractions l-bas,
ces dernires annes, tait d'aller voir dans une excavation de rocher,
aux environs de Bougie, et abrit par une colossale tige de ricin,
un fumeur de kif, fumant toute la journe, les yeux sur une cage o
voletaient deux petits oiseaux, dans un tat d'extase compltement
_emparadise_.

       *       *       *       *       *

_Samedi 17 Juin_.-- djeuner, on parle jeunes filles de l'heure prsente.
Ma voisine me dit qu' prsent, elles ne dansent plus sous l'oeil de leurs
mres, et que dans un bal, qui avait lieu chez une trs grande dame de sa
connaissance, toutes les chambres taient occupes par un jeune homme et
une jeune fille, en train de flirter--rien de plus--mais qu'un groupe
flirtait mme dans le cabinet de toilette de la matresse de maison.

Je me trouve  la musique, assis  ct du prince d'Annam, intern 
Alger, et en traitement ici. Il est coiff d'un madras noir, coquettement
tortill sur sa tte, et habill d'une lgante blouse-veston gris perle,
avec un large pantalon flottant de la mme toffe, recouvrant des souliers
de cuir de Russie et avec ses gants chamois et son ombrelle d't, il est
tout charmant dans sa pose molle et affaisse, sur une chaise de fer,
pendant que d'une main jaune, dgante, il marque la mesure d'une valse.

C'est curieux cette tte,  l'ovale ramass, aux yeux retrousss, aux
grosses lvres, et qui a quelque chose de fminin qu'il doit  sa coiffure;
et  deux mches de cheveux, lui faisant des espces d'accroche-coeurs aux
tempes: tte tantt gaye de vrais rires d'enfant, tantt s'enfermant
dans un srieux, mauvais, perfide.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 18 juin_.--On citait un mnage de vignerons, prs d'Auxerre, qui
avait bu dans l'anne vingt-sept feuillettes de vin, et quatre feuillettes
d'eau-de-vie. Le mari tait mort, mais la femme avait rsist.

       *       *       *       *       *

_Lundi 19 juin_.--C'est absurde, ce ferment batailleur qu'il y a en
moi, avec cette impressionnabilit du systme nerveux, qui dans les
imaginations de la nuit et de l'insomnie,  propos des choses les plus
simples, me fait entrevoir les complications les plus malheureuses, les
conflits des plus violents.

Ce soir dpart de Vichy.

       *       *       *       *       *

_Lundi 26 juin_.-- l'exposition des portraits des Journalistes et des
Hommes de lettres.

Un portrait de Villemain, par Ary Scheffer, d'un modelage admirable. Je
n'aurais pas cru Ary Scheffer, un portraitiste de cette science. Quand on
compare ce portrait au portrait de Guizot par Delaroche, Delaroche parat
un bien pauvre peintre.

Une parent dans la construction de la tte de Chateaubriand et de
Lamartine, tels que nous font voir les deux crivains, les deux peintres
Gurin et Decaisne.

Un curieux portrait que celui de Proudhon, se promenant au bord de la mer,
par Tassaert. C'est le peintre qui a t le dernier continuateur de la
couleur anglaise, importe par Delacroix, dans le MASSACRE DE SCIO.

Le jeune Philippe Sichel racontait, qu'il avait dissqu le matin, une
jambe de frotteur, la jambe sur laquelle il posait, dont toutes les veines
taient variqueuses, et avec des varices, comme jamais on n'en avait vu.
Et il me parlait de viciations organiques amenes par chaque tat chez les
individus, des tumeurs sreuses au-dessus du genou des cordonniers, l,
o ils martlent les chaussures, des tumeurs sreuses des religieuses
au-dessous du genou, l o elles s'agenouillent, etc., etc.

Je rencontre ce soir, montant en voiture le mnage Forain, la femme trs
coquettement enrubanne, le mari terriblement ple. Il m'annonce qu'il va
partir pour Plombires, qu'il souffre d'affreux maux d'estomac. J'avais
envie de lui dire, que a se voyait bien dans ses lgendes.

       *       *       *       *       *

_Mardi 27 juin_.--En buvant un verre d'ale, rue Royale, dans le roulement
incessant des voitures sur le pav de bois, je pensais que l'activit
humaine est arrive  faire le bruit continu d'un lment.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 28 juin_.--Ce pauvre Jean Lorrain doit tre opr, vendredi,
d'une tumeur dans les intestins, et tous ces jours-ci, pour que sa pense
aille le moins possible  vendredi, il djeune ou dne chez des amis, et
donne  djeuner ou  dner  des amis, chez lui.

Aujourd'hui il m'a invit  dner chez lui, et m'a servi comme curiosit:
Yvette Guilbert.

Non elle n'est pas belle! Une figure plate, un nez qui n'a rien de grec,
des yeux  l'clair fauve, des sourcils  la remonte un peu satanique,
un enroulement autour de la tte de cheveux potasss, un buste aux seins
attachs trs bas: voil la femme.

Maintenant chez cette femme, c'est dans une animation enfivre du corps,
une vivacit de paroles tout  fait amusante. Elle entre, dcrivant le
fameux djeuner Rougon-Macquart du bois de Boulogne, faisant le tableau
des diverses catgories de femmes patantes qui y figuraient, des
silhouettes caricaturales des orateurs qui ont pris la parole, du
bafouillement de Zola motionn: un compte rendu drolatique qui aurait
eu le plus grand succs dans un journal.

Ce qu'il y a d'original dans sa verve blagueuse, c'est que sa blague
moderne, est maille d'pithtes de potes symboliques et dcadents,
d'expressions archaques, de vieux verbes comme dambuler, remis en
vigueur: un mli-mlo, un pot-pourri de parisianismes de l'heure prsente,
et de l'antique langue factieuse de Panurge.

Et comme je la complimente sur la manire intelligente, dont elle a dit
les vers de Rollinat, elle me dit le peu de succs qu'ils ont eu, et que
justement dans cette soire, o elle les disait, on lui a cri pendant sa
dclamation: Et la messe!

Et contre cette porte ferme, o il y a les bocaux d'eau phnique, les
ponges, la table pour le charcuter, Lorrain dit des choses lgres,
rieuses, plaisantes, comme en dit un homme d'esprit, pour lequel le
lendemain est sans bistouri.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 30 juin_.--Malgr moi, toute la matine je ne puis m'empcher de
penser  Lorrain, que Pozzi opre dans ce moment.

 cinq heures, je vais savoir de ses nouvelles. Sa mre qui est  la
porte, me dit: De son lit, il vous a vu traverser la place... entrez
donc quelques instants... vous lui ferez un vrai plaisir. Et tout bas:
'a t bien dur.

--Ah! fait-il, en me voyant entrer, on a t six minutes avant de
m'endormir... je croyais que je ne dormirais jamais... Pozzi m'a dit: Vous
avez pris de l'ther... Oui c'est vrai, j'en ai beaucoup pris,  la suite
d'un grand chagrin, qui me donnait des contractions de coeur... et ces
contractions, l'ther les calmait... vous savez, l'ther c'est comme un
vent frais du matin... un vent de mer qui vous souffle dans la poitrine...
Ah, aprs ce que j'ai souffert... il me semblait que j'avais le corps
rempli de phosphore et de flamme... Il faudra encore que dans trois
semaines, je fasse une saison de Luchon... C'est bien ennuyeux d'tre
oblig de refaire son sang.

Puis aprs un silence, ses bras jets hors de son lit, dans un tirement
douloureux: Oh, dans la vie, il n'y a peut-tre que quelques jouissances
littraires, et quelques jouissances d'exquise gourmandise.

       *       *       *       *       *

_Samedi 1er juillet_.--J'avais  table, prs de moi, une femme aux
yeux bistrs, au langage mlancoliquement polisson,  la distinction
souffreteuse, au dcolletage excitant. On vint  parler d'une de ses amies,
toujours en traitement, sans tre malade. Alors ma voisine me dit: Quand
une femme est arrive au moment, o l'essai de ses robes ne lui prend plus
tout son temps, o l'amour ne l'amuse plus, o la religion ne s'en est pas
empare, elle a besoin de s'occuper d'une maladie, et d'occuper un mdecin
de sa personne.

       *       *       *       *       *

_Mardi 4 juillet_.--L, en ce centre de Paris, au milieu de ces
habitations, toutes vivantes  l'intrieur, l, en ce plein clairage
_a giorno_ de la ville, sur cette MAISON TORTONI; 22, cette maison avec ses
lanternes non allumes, avec ses volets blancs ferms, son petit perron
aux trois marches, o dans mon enfance, se tenaient appuys, un moment,
sur les deux rampes, de vieux _beaux_ mchonnant un cure-dent, aujourd'hui
vide, il me semble lire une bande de papier, crite  la main: _Ferm
pour cause de dcs du Boulevard Italien_.

       *       *       *       *       *

_Samedi 8 juillet_.--Enterrement de Maupassant, dans cette glise de
Chaillot, o j'ai assist au mariage de Louise L... que j'ai eu, un moment,
l'ide d'pouser.

Mme Commanville, que je coudoie, m'annonce qu'elle part le lendemain, pour
Nice, avec le pieux dsir de voir, de consoler la mre de Maupassant, qui
est dans un tat inquitant de chagrin.

Ce soir, comme je dnais au restaurant Voisin, j'entendais le Bordelais
Marquessac, le propritaire actuel du restaurant, dire  des clients,
 propos de la chaleur de cette anne, que les vendanges qui se font
dans son pays, en octobre, allaient se faire  la mi-aot. Le raisin,
ajoutait-il, tait si abondant qu'il y aurait, cette anne, la rcolte
de la moyenne de quatre annes.

Un dtail curieux sur le sulfatage de la vigne. Il disait que dans le
Bordelais, il y avait nombre de foires, et que ces foires mettaient dans
les chemins, beaucoup de saltimbanques, mangeant les raisins sur la route.
Alors, on s'tait imagin d'enduire les ceps de vigne du bord de la route
de vert-de-gris, et quand la vigne avait t malade, on avait remarqu que
ces ceps avaient chapp  la maladie, et le procd avait t gnralis
pour toute la vigne.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 9 juillet_.--Des nuits pleines de cauchemars, et qui me font
avant de me coucher, peur du lit; des journes pleines de prvisions
pessimistes pour le restant de ma vie.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 12 juillet_.--De bien imbciles jugements littraires, formule
ce Delacroix, notamment sur Balzac, et sur ce chef-d'oeuvre: EUGNIE
GRANDET. Et pas peintre du tout en criture, des gens qu'il a rencontrs
dans la vie. Et pas styliste non plus. Je n'ai gure rencontr de bien,
dans les deux volumes, que cette phrase: l'arrt, le tendu de la peau,
qu'a seulement une vierge.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 13 juillet_.--Daudet me parlant de sa faiblesse,  la suite de la
crise d'estomac de ces trois jours, je lui disais, que la douleur devait
amener une dpense de force suprieure  celle exige et obtenue par
tous les exercices physiques; et qu'un jour peut-tre, on trouverait un
instrument qui vous donnerait le chiffre de la dperdition, amene par une
crise de foie, par des douleurs rhumatismales, et qu'on serait tonn de
la dpense de force, faite dans une maladie aigu.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 14 juillet_.--Aujourd'hui,  propos d'un article sur
l'anniversaire de Marat, je pensais que pendant les guillotinades de la
Rvolution, le coeur n'avait jamais arm le bras d'un fils, d'un amant,
d'une pouse; que le cerveau seul, en son indignation dsintresse, avait
mis un couteau homicide dans la main de Charlotte Corday. Mais dans cette
note, je crains de me rpter.

Quels intressants noms d'hommes et d'endroits, donne le relev d'une
carte quelconque, d'une carte de Seine-et-Oise. Ainsi _Macherin_ ferait-il
un original nom d'ouvrier rpublicain, et les charmantes localits pour un
roman: _le Grand-Vert_ et: _le Petit Vert_!

       *       *       *       *       *

_Samedi 15 juillet_.--Ce soir, Lon lit la mort de Socrate dans le Phdon:
a fait trs fort penser  Jsus-Christ, au Jardin des Oliviers...

       *       *       *       *       *

_Dimanche 16 juillet_.--La satisfaction intrieure, la plnitude heureuse
de la reprise du travail, de la _dramatisation_ du commencement de
LA FAUSTIN. C'est aprs la paresse de la maladie, aprs une trve de
plusieurs mois, comme une rsurrection de l'tre pensant, si longtemps
en catalepsie.

       *       *       *       *       *

_Lundi 17 juillet_.--Nadar, que je trouve, ce matin, dans le cabinet de
Daudet, parle de souvenirs, qu'il veut publier sous le titre de: CAHIERS
DE NADAR. Mais il n'a pris aucune note, et ses souvenirs, seront plutt
des commentaires autour des lettres autographes qu'il possde: lettres
trs nombreuses, trs curieuses, de Veuillot, de Proudhon, de Baudelaire,
etc.

Sur Baudelaire, il cite ce mot d'Asselineau, disant qu' l'htel Pimodan,
il se couchait sous son lit, pour l'tonner. Et au sujet de Veuillot,
il s'tend sur son intimit avec l'crivain catholique, malgr les
divergences d'opinions, et sur le dner qu'ils faisaient, toutes les
semaines, ensemble, dclarant que Veuillot lui pardonnait plutt de
n'avoir pas fait baptiser son fils, que de s'tre mari  une huguenote.

Un moment, il me dit gentiment, qu'il y a une chose qu'il regrette dans sa
vie, c'est sa caricature sur Villedeuil, s'en excusant prs de moi, en
disant que c'tait un temps, o l'on tait rageur comme des chats-tigres.

Ce soir, comme on causait de la croyance de Banville aux lutins, dont il
cherchait  endormir la _malfaisance_, avec de petits morceaux de papier
vert, la causerie, bientt aprs, allait aux apparitions.

Mme Daudet racontait alors, que veillant son fils, menac d'une fivre
typhode, elle avait le sentiment que le monde surnaturel, dont elle se
voyait spare, comme par un cristal ondul, s'ouvrait et laissait sa
grand'mre s'approcher d'elle,--d'elle, qui toute frissonnante, le bras
tendu, criait: Non! non!

       *       *       *       *       *

_Mardi 18 juillet_.--Aujourd'hui, Jeanne parlait d'une jeune femme de la
socit d'une ville du Nord, des mieux apparentes, et richement marie 
Paris. Au bout de quelques annes de mariage, elle faisait une srie de
visites, au faubourg Saint-Germain, au faubourg Saint-Honor, o elle
prvenait les gens, pour leur viter tout embarras, et leur donner la
libert de ne plus la saluer, que cette vie de femme honnte l'ennuyait,
qu'elle allait carrment se faire courtisane.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 19 juillet_.--Daudet nous disait, ce soir qu'il tait tomb 
huit ans, sur un volume dpareill de Tom Jones, et qu'il avait lu, que
la chose qui avait amen sa naissance, avait t une distraction d'une
demi-heure. Cette phrase avait apport un bouleversement dans ses ides,
et mis son esprit en qute, du comment de la fabrication des enfants.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 20 juillet_.--Avant dner, Card donne quelques dtails curieux sur
les excutions, auxquelles il a assist. Il parle de la tte oscillante du
condamn sur les paules, comme si elle ne tenait plus, de la longueur du
visage par la descente de la mchoire, de la pleur qui tourne au chocolat,
et nous fait voir le couteau, remontant clabouss de sang, comme du
papier peigne, avec la trace parfaitement indique des deux carotides.
Ce sont des observations faites par lui,  l'excution d'Allorto et de
ses complices, les assassins du jardinier d'Auteuil.

Au dner, il nous entretient de Maupassant dclare que chez lui, la
littrature tait toute d'instinct, et non rflchie, affirme que c'est
l'homme qu'il a connu, le plus indiffrent  tout, et qu'au moment, o il
paraissait le plus passionn pour une chose, il en tait dj dtach.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 21 juillet_.--Schwob nous arrive aujourd'hui, avec dans sa poche,
l'Amricain Wittemann, qu'il est en train de traduire. Il nous traduit,
au courant de la lecture: _La Maison des morts de la Cit_, un morceau
trangement potique sur un cadavre de prostitue, un morceau d'un lyrisme
fantastique, dont semble descendre Maeterlink.

Incidemment, il nous dit, que Maupassant avait fait la plus grande partie
de ses nouvelles, avec les _racontars_ des uns et des autres. Et il
affirme que le sujet de _le Horla_ lui a t donn par Porto-Riche, qui
est tout  fait inquiet, quand on dcouvre en sa prsence, dans cette
nouvelle, le commencement de la folie du romancier, et ne peut s'empcher
de s'crier: Si cette nouvelle est d'un fou, c'est moi qui suis le
fou!

Le hasard fait, que les excutions, racontes hier, par Card, reviennent
dans la conversation, et Schwob dcrit l'excution d'Eyraud, qu'il a
vue. Lui, il dit que dans une excution, la seule chose dramatique,
est l'apparition du condamn sur la porte, et que la rapidit de la
dcapitation dans tous ses dtails--il a compt--ne dpasse pas 50
secondes.

Il a eu la curiosit de suivre Eyraud, au _champ des navets_, o il l'a
vu mettre en terre, aprs qu'on a retourn sa tte, dont le visage se
trouvait tourn du ct de son dos, dans la bire, sur laquelle il y avait
crit son prix: _8 francs_. Puis, il est all boire, avec les bourreaux,
un verre de vin, dans le cabaret en face. L, il a constat le respect, la
considration qu'il y a pour les descendants de bourreaux de pre en fils,
et l'espce de msestime pour ceux qui le sont devenus, par une alliance,
un mariage avec une fille de bourreau. Les premiers, dans le langage
argotique de la guillotine, s'appellent des: _bing_.

       *       *       *       *       *

_Samedi 22 juillet_.--Dans notre promenade de ce matin, Daudet me parlant
de son livre commenc: QUINZE ANS DE MNAGE, me confie qu'il y a dans son
esprit, une volution, semblable  celle qui s'est faite dans le mien: le
dgot de l'ternelle aventure, de l'ternelle complication de la chose
romance.

       *       *       *       *       *

_Lundi 24 juillet_.--La femme a la venette de la Vrit nue; elle la
tolre  peine, en chemise de nuit.

       *       *       *       *       *

_Samedi 29 juillet_.--Soudain, au milieu du silence de nous tous, Lon,
jetant en bas d'une chaise ses pieds, sur laquelle ils sont poss, s'crit,
se parlant  lui-mme, dans un mouvement de rvolte intrieure: Je n'ai
qu'un regret, je me trouve _emberlingu_ de trop de philosophie...  quoi,
a sert?

Ce cri me fait plaisir, parce que je le vois prt  n'tre plus l'homme
des bouquins, mais tourn  _bouquiner de l'humanit_.

Dans l'engourdissement de la sieste, le ratissage des alles, me donne la
sensation d'tre peign avec un peigne aux dents dentes.

       *       *       *       *       *

_Lundi 31 juillet_.--Une matelote au _Vieux Garon_, avec les vieux et les
jeunes Daudet, et les Masson.

Le soir, lecture de la pice d'Hennique: LES DEUX PATRIES. Un prologue
trs original.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 2 aot_.--Fte d'Alphonse Daudet. Toute la maisonne Allard,
arrive de Bourg-la-Reine, dans une voiture aux rideaux de cuir, d'o
sortent successivement la mre, le pre, les deux petits garons, Rene,
Marthe, Adeline, un petit monde de fillettes, distingu et pas bourgeois.
C'est intressant cette famille, o se sent dans une aisance trs
restreinte, une allgre insouciance mle  un certain dsordre artiste.

Le soir, Lon nous lit, dans la _Revue Nouvelle_, son article sur Hugo,
un article tout  fait remarquable, o foisonnent les ides, les images,
les coups de lumire, dans une langue superbe. Ce jeune Daudet est
incontestablement le premier critique de l'heure prsente.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 3 aot_.--Avant dner, causerie au fond du parc avec Rodenbach,
sur la rforme de l'orthographe, sur cette rvolution, non prne par des
littrateurs, mais par des professeurs, et par courtisanerie dmocratique
au profit de l'cole primaire.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 4 aot_.--Zola dne ce soir. Il parle du thtre, dont, dit-il,
il est dgot, mais cependant, o il sent qu'il pourrait se renouveler,
et est au fond, tent de faire une pice entre ses romans de Lourdes et
de Rome. Puis, passant d'un sujet  l'autre, avoue son got passionn de
ptisserie, dont il mange toute une assiette,  son th de quatre heures;
ensuite se met  clbrer l'insomnie, disant que c'est l, o il prend
ses dterminations, qui deviennent des actions, lors de la mise de ses
bottines, qu'il chausse en pensant tout haut: Me voil sur mes pieds!

L'on dne, et un nuage noir qui fait craindre un orage, amne Mme Zola 
reparler des terreurs nerveuses, qu'a son mari du tonnerre, et qui, dans
le billard de Mdan, les fentres fermes, et toutes les lumires allumes,
se met encore un mouchoir sur les yeux.

       *       *       *       *       *

_Lundi 7 aot_.--Il me restait sans doute un peu de fivre de la crise
d'hier, amene par le froid, que j'ai eu dans une voiture dcouverte, en
revenant de la gare de Lyon, et je rvais ceci: M. Groult me faisait voir
quelques tableaux et dessins, qu'il venait d'acheter. Puis dsignant un
tableau  la couleur anglaise du XVIIIe sicle, il me jetait:

--Connaissez-vous les tableaux de Burrow?

--Non.

--Eh bien, attendez... vous allez voir quelque chose de tout  fait
trange.

Et il prenait une palette, vendue avec le tableau, et il touchait avec
un ton pris sur la palette--un tout  fait semblable  celui du
personnage--et la femme touche se mettait  faire des rvrences...
puis un mezzetin  danser... puis des musiciens  jouer du
violon--absolument comme si, cette peinture d'un grand art, tait un
tableau mcanique.

       *       *       *       *       *

_Mardi 8 aot_.--Les impatiences des animaux, n'ayant pas le langage pour
se faire entendre des humains, sont curieuses. Je regardais la chatte, 
laquelle on avait ferm une porte, qui l'empchait de retrouver son petit
chat. Elle ne miaulait pas, mais c'taient des contractions colres de la
gueule, comme si, elle en voulait faire sortir de la parole.

       *       *       *       *       *

_Samedi 12 aot_.--Hennique vient de son Laonnais, nous demander  Daudet
et  moi, nos observations, nos critiques sur LES DEUX PATRIES.

Il reste coucher, et le soir, il nous parle de sa famille, de son pre:
son pre, lev au sminaire, et destin  tre prtre, s'engageant dans
l'infanterie de marine, devenant gnral, gouverneur de la Guyane et de
la Guadeloupe, et mourant  trente ans de vie exotique. Sa mort tait
prcde de la mort de sa femme.

Et l'auteur de PEUF se remmore quelques impressions de son enfance
coloniale, entre autres, l'_coute_,  l'ore d'une grande fort, vers la
tombe de la nuit, l'coute de l'veil de la fort, o, de temps en temps,
au-dessus de tous les bruits, s'levait une grande lamentation d'animal,
que toute la ville allait entendre: lamentation mystrieuse, et qu'on ne
savait  quelle bte attribuer.

       *       *       *       *       *

_Mardi 15 aot_.--Ce matin, vient djeuner un M. Roguenand, secrtaire du
syndicat des mcaniciens, un socialiste oppos aux grves, un homme  la
tte bonne et honnte.

Il nous entretient des mcaniciens, dit que ces gens qui courent, tous les
jours, le risque d'tre tus, sont des tres loyaux n'ayant pas les cts
tracassiers des autres ouvriers, des tres contents de leur tat, et en
assumant la responsabilit. Il nous les peint, comme des juifs-errants,
n'ayant que le repos des dortoirs de refuge, et sentant bien qu'ils ont
contre eux, gens de passage, la _localit_ des gares, mais au fond se
considrant comme une aristocratie, et ne consentant pas  tre assimils
aux lampistes, au bas personnel de la compagnie. Enfin, il nous les montre,
dans un accident, gravement blesss, courant au disque, pour constater
que le mouvement n'a pas t fait.

Quand M. Roguenand a t dcor, il y a eu un banquet de cinq cents
mcaniciens, o ils lui ont demand de n'tre ni dput, ni conseiller
municipal, pour continuer  leur appartenir,  tre leur homme.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 17 aot_.--Dans une conversation sur la femme, Daudet disait
aujourd'hui: Il y aurait quelque chose de curieux  crire sur le veuvage
de la femme, aprs l'coulement de la douleur. C'est en gnral, une re
de dlivrance, de mise en libert, de prise de possession de la matrise.
Et au milieu de ces sentiments, comme un monument s'levant dans leur coeur,
fait d'un tas d'illusions de leur pass,--de leur pass  distance,--en
sorte que des femmes, qui ont t peu heureuses dans leur mnage, se
figurent avoir aim leur tyran, et en chantent l'loge. Maintenant  ct
de celles-ci, des femmes trop crases par le mariage, redevenues libres,
ne peuvent se relever de la servitude du pass.

       *       *       *       *       *

_Samedi 19 aot_.--Hier soir, je suis all avec les Daudet, voir la Lune
et les toiles, dans l'observatoire de Flammarion,  Juvisy.

Aujourd'hui, il me reste comme un souvenir de rve de cette visite: le
Flammarion avec sa tte de saint Jean-Baptiste, qu'offre dans un plat
d'argent, la peinture italienne  Hrodiade, le monsieur qui a dcouvert
la dernire plante,  la chevelure qui pourrait servir d'enseigne  la
pommade du Lion, un jeune homme bancroche, qui nous est prsent par
Flammarion, comme l'humain de toute la terre ayant la vue la plus longue.
Un monde un peu fantastique, dans un milieu lgrement magique, autour de
cette lunette, qui a dedans des fils d'araignes, d'araignes qu'on fait
jener, pour que leurs fils soient tout  fait tnus, et deviennent des
diviseurs de riens indivisibles: lunette dont la gravitation fait comme le
bruit d'une usine cleste.

Une dception. Je m'attendais  voir des toiles comme des fonds
d'assiette. On m'en fait voir une. J'ai oubli son nom. Elle m'apparat
seulement grande, comme une grosse meraude d'un bijoutier, de la rue de
la Paix.

       *       *       *       *       *

_Lundi 21 aot_.--La vieille Mme Clrambaud, la matresse de piano d'Edme,
qui a beaucoup vcu dans l'intimit de Rossini, nous apprend, ce matin,
qu'il avait pris volontairement sa retraite, avant cinquante ans, disant,
en faisant allusion aux opras d'Halvy et de Meyerbeer: Voil l'invasion
des Allemands!

Et aprs, elle nous conte cette escarmouche, entre Wagner et Rossini.

--Vous ne comprenez pas l'harmonie du silence? disait Wagner.

--Si! si! faisait Rossini, qui prenait une feuille de papier, sur laquelle
il jetait un point d'orgue.

Wagner ne revint pas.

Mme Clrambaud donne ce dtail curieux sur son manger--qui le faisait
accuser de gourmandise, de gueularderie: Rossini ne prenait, de son
lever jusqu' cinq heures de l'aprs-midi, o il buvait et mangeait
ncessairement beaucoup, qu'une tasse de caf glac.

Visite  Nadar  l'Ermitage, et exploration des ateliers, des chambres,
aux murs tout couverts de tableaux, de dessins, de photographies. Je
remarque un portrait, d'une trs blonde couleur, de Nadar fils, une
spirituelle grisaille de Daumier, reprsentant un Don Quichotte ridicule,
des Guys terribles, un chef-d'oeuvre de Manet, une lettre du peintre, au
bas de laquelle sont trois prunes laves  l'aquarelle, qui sont des
merveilles de lavis et du coloriage artiste.

Et, au milieu du pittoresque bric--brac de la demeure, apparaissent et
disparaissent, les dents blanches, les noires faces riantes, les madras de
couleur de deux ngresses, qui sont la domesticit du matre de la maison.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 27 aot_.--Visite de Geffroy. Son dsir de quitter Paris,
d'abandonner la bataille de la vie qui s'y livre, d'habiter la province,
et l, d'y faire tranquillement et sereinement des livres, qui le feraient
vivre.

Mlle Zeller me disait, que le vieux docteur Blanche, s'criait devant elle,
 la sortie d'une personne de chez lui,  laquelle il avait fait une
grosse aumne: C'est moi, bien plus que d'autres, qu'on devrait enfermer
dans ma maison de fous! Et son fils Jacques lui rptait plusieurs fois:
Si mon pre avait vcu dix ans encore, il nous aurait mis sur la paille!
La bonne et douce figure du docteur disait un peu ses inpuisables
charits.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 30 aot_.--Dans leurs romans et leurs nouvelles, les tout jeunes
romanciers, avec leur actuel mpris de l'tude d'aprs nature, ne crent
plus des personnages humains, ils fabriquent des tres mtaphysiques.

Une grande dame belge, tenant une haute position dans son pays, disait 
un jeune Franais de ma connaissance: Il y a une chose sur laquelle je
voudrais bien tre claire. On m'a dit que, maintenant  Paris, dans
l'intimit amoureuse, les femmes n'taient pas leurs bas; de mon temps,
nous les tions!

       *       *       *       *       *

_Lundi 4 septembre_.--Peut-tre est-ce bien, que dans la nouvelle Chambre,
toutes les ttes, toutes les capacits, de quelque couleur quelles soient,
en aient t rejetes. La politique se fera en dehors de la Chambre, et
les gens de la Chambre ne seront plus que des mandataires domestiques
d'lecteurs, des distributeurs  la province, de tronons de chemins de
fer, de bureaux de tabac et de poste, de places de gardes champtres, etc.,
etc., en un mot de bas ouvriers gouvernementaux, jouissant de la
dconsidration des membres des parlements amricains--et si quelque chose
peut tuer le parlementarisme, ce sera cela.... a ne fait rien, la
rvolution contre l'intelligence va bon train.

       *       *       *       *       *

_Mardi 5 septembre_.--Visite du docteur Michaut, qui m'a envoy du Japon
la biographie d'Hokousa, et qui est de retour  Paris.

Il m'apprenait que l'affirmation absolue chez les Japonais, leur parat
une impolitesse, qu'ils ludent autant qu'ils le peuvent le _oui_ et
le _non_, en sorte que si vous demandez  un Japonais votre chemin, ou
n'importe quoi, s'il ne vous rpond pas, c'est qu'il ne trouve pas un
faux-fuyant, pour chapper  l'affirmation.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 septembre_.--Dpart pour Jean d'Heurs. Dans ces gares, au passage
incessant des trains, la pense de ceux qui les habitent, ne doit avoir
le temps de se poser sur rien, elle est sous le coup d'un ahurissement,
produit par ce mouvement perptuel.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 8 septembre_.--Un continuateur de Shylock. Je lis dans la
_Tunisie franaise_, ceci:

Un juge--et le rcit est fait par le contrleur civil de la rgion--dit
 un Arabe assign par un juif, en payement de 500  600 piastres.

--Pourquoi ne veux-tu pas payer?

--Parce que je ne le puis pas... Quand j'ai emprunt, j'avais une maison,
un jardin, un _henchir_, du btail, aujourd'hui, cet homme a ma maison,
mon jardin, mon _henchir_, mon btail, et je lui dois encore plus que je
lui ai emprunt.

--Tu vois bien, dit le juge, se tournant vers le juif, que ce malheureux
n'a plus rien... Que veux-tu donc de lui?

--Je veux, rpliqua le juif, qu'il vienne travailler chez moi, sans
salaire, jusqu' ce qu'il se soit acquitt.

       *       *       *       *       *

_Lundi 11 septembre_.--Il faut que ce soit vrai, qu'en vieillissant, on
devient plus tendre  la souffrance de tout ce qui vit. Aujourd'hui, je
suis entr dans la _tendue_, et arriv  un _rejet_ o une msange, les
pattes brises, se dbattait, en jetant de petits cris de douleur, j'ai
rebrouss chemin, et suis sorti du bois.

       *       *       *       *       *

_Mardi 12 septembre_.--La fivre de mes crises de foie est inspiratrice,
elle me fait trouver, cette nuit, pour le dernier tableau de LA FAUSTIN,
le mchonnement de la _Renoncule sclrate_, qui peut amener  la rigueur
l'agonie sardonique.

Dans une visite que me fait au lit, Rattier, qui a t sous-prfet de
Doullens sous Napolon III, il me parle de la prison de Doullens, de
ses dtenus, du pavillon o taient enferms les plus clbres: Blanqui,
Barbs, Raspail, Hubert, Albert, parmi lesquels, des haines violentes
faisaient qu'un jour, Raspail,  la sortie de Blanqui, lui versait son pot
de chambre sur la tte.

Il me conta qu'un soir, vers 1852, o il tait en train de dner, on lui
disait qu'il y avait trois hommes dans l'antichambre. Ces trois hommes
taient deux agents de police, et Proudhon, qui s'criait dans le trajet 
la citadelle qu'il ne pouvait comprendre cette dcision, qu'il tait un
homme qui pensait, crivait, passait pour tre une intelligence, et qu'on
l'enfermait avec des Raspail, des Blanqui, des Albert, les brutes du
pavillon!

       *       *       *       *       *

_Samedi 23 septembre_.--Depuis dimanche, que je suis dans mon lit, j'ai
devant moi l'estampe de Nanteuil, reprsentant L'INFANTE D'ESPAGNE MRE DU
ROI. Oh! l'ennui de ces belles tailles! Ah! la peu amusante gravure aux
yeux, que cette gravure des Nanteuil, des Mellan, si bien en rapport avec
la perfection gomtrique de tout le sicle. Et quelle traduction chez eux
de la beaut des femmes du temps, qui est toute monastique, et dont les
portraits des jeunes et des vieilles, ont l'air de portraits d'abbesses!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 24 septembre_.--Le capitaine de l'Isle, le descendant du
chevalier, du favori de Marie-Antoinette, m'apprend que la famille Diez,
la famille dans laquelle mon grand-pre avait pris sa femme, avait t
anoblie au XVIIe sicle, pour avoir fond une messagerie, Laffitte et
Caillard, qui allait de la Haute-Marne  Pont--Mousson. Puis les Diez
auraient t de clbres fondeurs de cloches.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 1er octobre_.--Paul Alexis, de retour du Midi, me raconte qu'il
a t faire une visite  Mme de Maupassant, qui, dans une conversation
d'une heure  six heures, entre autres choses, au sujet de l'enterrement
de son fils, lui disait: J'aurais bien voulu pouvoir aller  Paris...
mais j'ai clairement crit, pour qu'il ne ft pas mis dans un cercueil de
plomb... Guy voulait aprs sa mort, sa runion au Grand Tout,  la Mre la
Terre, et un cercueil de plomb retarde cette runion... Il a t toujours
trs proccup de cette pense, et l'a mise  Rouen, quand il a prsid
 l'enterrement du pauvre Flaubert... Non, sa maladie ne tenait d'aucun
de nous... son pre, c'est un rhumatisme articulaire... moi, c'est une
maladie de coeur... son frre qu'on a dit mort fou, c'est une insolation,
 cause de l'habitude, qu'il avait de surveiller ses plantations, avec de
petits chapeaux trop lgers.

Alors, Mme de Maupassant entretenait Paul Alexis, des derniers mois de
la vie de son fils. Un an, avant sa mort, il lui crivait une lettre, 
peu prs conue en ces termes: Les mdecins disent que j'ai une anmie
crbrale, je n'ai pas d'anmie crbrale, je suis seulement fatigu, et
la preuve c'est que je viens de commencer L'ANGLUS, et jamais je n'ai
travaill avec une facilit pareille, et je marche de plain-pied dans
mon livre, comme dans mon jardin. Je ne sais pas, si mon livre sera un
chef-d'oeuvre, mais ce sera mon chef-d'oeuvre.

Malheureusement MUSOTTE venait se jeter en travers de son livre, et le
retardait.

 Nol, o il avait l'habitude de faire le rveillon, en bon fils, avec sa
mre, il lui crivait qu'il ne pouvait y aller, parce qu'il rveillonnait
_avec nos amies_, disait-il dans sa lettre, et que du reste ces dames
iraient lui faire une visite, dans quelques jours.

Mais que se passa-t-il dans ce rveillon? Le lendemain, Maupassant
envoyait  sa mre une dpche, sans queue ni tte, lui annonant que
ces dames taient fches avec lui et mme avec elle, et en effet Mme
de Maupassant ne les a jamais revues.

Le Jour de l'An suivant, huit jours aprs, il venait voir sa mre,
et il n'avait jamais t si tendre, si affectueux, mais au dner, il
dlirait compltement, disant que maintenant, il allait faire des
choses sublimes... parce qu'on lui faisait prendre des pilules qui le
conseillaient, et lui dictaient, de leurs petites voix, des phrases, comme
il n'en avait jamais crites. La nuit,  son retour, avait eu lieu sa
tentative de suicide.

Paul Alexis a lu son testament, dat, de trois semaines avant sa mort,
o il institue comme hritire sa nice Simone, rserve le quart de sa
fortune  ses ascendants, et fait quelques legs  des amis. Chose curieuse,
les deux tmoins qui ont sign, sont deux mdecins. Il a voulu viter que
son testament ft cass, comme celui d'un fou.

       *       *       *       *       *

_Mardi 3 octobre_.--Chez les Smites, le cerveau ne se dveloppe que
jusqu' vingt-cinq ans; chez les Aryens, le dveloppement dpasserait de
beaucoup cet ge. Cette particularit du cerveau s'appellerait: _le mur_.

       *       *       *       *       *

_Mardi 10 octobre_.--Djeuner avec Sarah Bernhardt, chez Baur, qui trs
aimablement, s'est entremis pour lui faire jouer LA FAUSTIN.

Arrive Sarah, vtue d'une robe gris perle, aux soutachements dors,
une robe tombante sans taille, semblable  une tunique. De diamants, rien
que sur une face--main, dont le manche en est tout couvert. Sur la tte,
un chiffon de dentelle noire, qui a l'air d'un papillon de nuit et sous
lequel se dresse une chevelure semblable  un buisson ardent, et clairent
des yeux  la prunelle d'un bleu transparent, dans la pnombre de cils
noirs.

En s'asseyant  table, elle se plaint d'tre toute petite, ayant en effet
la longueur de jambes des femmes de la Renaissance, et tout le temps, elle
est assise de travers sur un coin de chaise, absolument comme une petite
fille, mise  la grande table.

Et c'est aussitt, avec une vivacit, un entrain, un _brio_ de la parole,
l'histoire de ses tournes  travers l'univers, nous donnant ce curieux
dtail, que sur l'annonce de futures reprsentations aux tats-Unis,
annonce toujours faite un an d'avance, une cargaison de professeurs de
franais est demande, pour mettre les jeunes gens et les _miss_ de l-bas,
en tat de comprendre et de suivre les pices qu'elle doit jouer. Puis,
c'est son vol  Buenos-Ayres, o les huit hommes qui s'taient constitus
ses gardiens, ont t si bien ensommeills, qu'ils n'ont rien entendu,
qu'elle, il a fallu la jeter en bas de son lit, pour la rveiller, et que
son chien a dormi trois grands jours.

Je suis  ct, tout  ct de Sarah, et chez cette femme qui toucherait 
la cinquantaine, le teint du visage, qui, ce matin, n'a aucun maquillage,
pas mme de poudre de riz, est un teint de fillette, un teint d'un rose
tout jeunet, sur une peau d'une finesse, d'une dlicatesse, d'une
transparence curieuse aux tempes, sous le rseau de petites veinules
bleues. C'est le teint, dit Baur, d'une seconde jeunesse.

Un moment Sarah parle de son hygine, des haltres qu'elle fait le matin,
d'un bain chaud d'une heure, qu'elle prend tous les soirs. Puis elle passe
 des portraits de gens qu'elle a connus, pratiqus, de Rochefort, de
Dumas fils, etc.

Elle a, cette femme, incontestablement une amabilit inne, un dsir de
plaire qui n'est pas de commande, mais naturel.

       *       *       *       *       *

_Lundi 16 octobre_.--La France n'a plus la mesure d'une nation bien
portante. Dans ses sympathies, ses affections, c'est une dtraque, dont
les engouements ont l'humble domesticit d'une courtisane amoureuse.

       *       *       *       *       *

_Mardi 17 octobre_.--Dner ce soir, chez Sarah, pour la lecture de LA
FAUSTIN.

Le petit hall, ou plutt l'atelier o la tragdienne reoit, a quelque
chose d'un dcor de thtre. Aux murs, deux ou trois ranges de tableaux
poss sur le parquet, sans tre accrochs, ayant quelque chose d'une
prparation de vente chez un expert: tableaux que domine, sur la chemine,
son grand portrait en pied de Clairin. Devant les tableaux, des meubles
de toute sorte, des bahuts moyenageux des cabinets de marqueterie, une
infinit d'objets d'art rastaquoures, des figurines du Chili, des
instruments de musique de sauvages, de grands paniers de fleurs, o les
feuilles et les fleurs sont faites de plumes d'oiseaux. L dedans, une
seule chose d'un got personnel, de grandes peaux d'ours blancs, mettant
dans le coin o se tient la femme, une blancheur lumineuse.

Au milieu de cela, une cage, o un perroquet et un singe vivent en famille,
un perroquet  l'immense bec, que tourmente, que martyrise, que plume, le
petit singe, toujours en mouvement, toujours faisant du trapze autour de
lui, et que couperait en deux de son formidable bec, le perroquet, qui se
contente de pousser des cris dchirants. Comme je m'attendrissais sur la
vie affreuse faite  ce perroquet, on m'affirmait qu'un moment, on les
avait spars, qu' la suite de cette sparation le perroquet avait manqu
de mourir de chagrin, et qu'il avait fallu absolument le remettre avec son
bourreau.

Vers huit heures arrive Sarah de sa rptition, et qui dit mourir de faim.

Elle est toute en blanc, avec une espce de grande bavette flottante sur
la poitrine, et sa robe  longue trane, toute constelle de paillettes
d'or, se contourne autour d'elle, dans un ondoiement gracieux.

Le dner avec son fils, sa belle-fille, Baur, Jean Lorrain, et la Gurard,
qui est sa Gungaud.

Un dner fin, dlicat, o la matresse de la maison ne boit que d'une
boisson, dont le nom anglais m'chappe, et qui est faite avec du vin de
Bordeaux, de jus d'orange, d'ananas, de menthe.

Sarah se montre trs aimable, trs occupe de moi, trs attentive  ce
que je n'aie pas froid. Toute la conversation est ncessairement sur les
Russes. Baur conte qu'il a vu un petit enfant, criant dans les bras de sa
mre: Vive la Russie! pris par l'amiral Avellan, et pass  toute son
escorte, qui l'a embrass tour  tour, et dont l'un des officiers, pour
lui donner quelque chose, lui a donn son aiguillette qu'il avait arrache.

Enfin l'on passe dans l'atelier pour la lecture. Pas de lampe, un
clairage de bougies, et une copie  la mcanique aux maigres lettres,
beaucoup moins lisibles que la grosse ronde des copistes, ce qui fait que
Baur est fort empch dans sa lecture, et c'est froid, trs froid.

Enfin aprs le septime tableau, je demande  lire le huitime et dernier
tableau. Je ne lis pas bien, mais nerveusement, et Sarah me semble prise
par la dernire scne.

Alors, une prparation de th et de rafrachissements, pendant laquelle il
n'est plus question de la pice.

Puis, Sarah vient s'asseoir  ct de moi, me dit que la pice est pleine
de passion, que le dernier tableau lui parat superbe, et me demande de
lui laisser, pour lire le quatrime et le cinquime tableau, qui n'ont
pas t lus. Et se succdent dans la bouche de Sarah, des paroles qui
ont l'air d'affirmer le dsir de la jouer, et mme une phrase, o il est
question de me mettre en rapport avec le directeur, mais au fond de ce
bout de conversation, il n'y a pas une parole dcisive.

Maintenant, il y a bien des choses qui me sont hostiles. Sarah est une
romantique; elle a certainement, dans ce moment, par le bruit qui s'est
fait autour de Rjane, la vellit de tenter de la modernit, mais son
temprament littraire s'y refuse, puis elle jouit, dans ma pice, d'une
bien vilaine soeur, et dans la vie, elle se trouve avoir une soeur, ce que
je ne savais pas du tout.

       *       *       *       *       *

_Samedi 21 octobre_.--Abord par Stevens, qui me parle du travail
incessant, effrn, de son vieil ge, me jetant dans l'oreille:
Je n'ose pas le dire, j'ai fait soixante-quinze tableaux, depuis le mois
de janvier!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 22 octobre_.--Visite de Villedeuil, qui tombe avec sa petite
fille, tous les six mois, chez moi, et m'intresse, et  la fois me sduit
et m'tonne, par sa conversation sur les rvolutions conomiques, qui ont
lieu autour de moi, et dont je ne me doute pas. Aujourd'hui, il me fait
un tableau trs curieux de la mort du _demi-gros_ par l'introduction des
colis-postaux, qui tuent l'intermdiaire.

 Villedeuil succde Roger Marx, venant m'annoncer qu'il fait un bouquin
pour les coles, un choix de morceaux de littrature de Chateaubriand 
nos jours, choix qui sera autrement brave que les _Select_ courants, et
o il va se payer de donner beaucoup des Goncourt.

Et c'est Hennique, qui m'annonce la rception des DEUX PATRIES  l'Ambigu,
et sa toute prochaine entre en rptition.

Ce soir dner chez Daudet, dner avec Loti, qui un moment a hsit 
venir, parce qu'on lui avait dit, que je disais un tas d'infamies sur son
compte. Quand il s'en va, je lui dis, en lui donnant la main: Loti, ne
croyez pas  ce qu'on vous a dit de moi. Oh! je ne vous le cache pas, je
n'ai pas aim votre discours  l'Acadmie, et je l'ai dit bien haut....
Mais c'est tout.

       *       *       *       *       *

_Mardi 24 octobre_.--La soire de gala  l'Opra: une dception. Vraiment,
cette salle n'est pas favorable  l'exhibition de la beaut de la femme.
Ces _oeils-de-boeuf_ de lumire du fond des loges, a tue tout, a teint
tout, et le doux clat des toilettes claires et des dcolletages, et
aujourd'hui, comme me le disait la comtesse Greffulhe, qui tait charmante
en blanc, il y avait trop d'uniformes de militaires, attirant l'oeil 
leurs chamarrures, et empchant les femmes de ressortir du fond sourd
des habits noirs.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 25 octobre_.--Eh bien, la pice de Goncourt, comment la
trouvez-vous? C'est Jean Lorrain qui interroge.

Mais trs bien, rpond le fils de Sarah Bernhardt, mais vraiment, est-ce
que vous pensez que ma mre puisse la jouer?

       *       *       *       *       *

_Samedi 28 octobre_.--Ah! il devient embtant mon foie. Tous les deux ou
trois jours, une petite crise,  propos d'on ne sait quoi, et le dgot
croissant de la nourriture, et des sues de faiblesse, tous les matins, et
de la _rejaunisse_  tout moment dans la figure.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 9 novembre_.--Voici qu'en sortant de table, Lon Daudet, avec
son emballement ordinaire, se met  proclamer que Wagner est un gnie
suprieur  Beethoven, et se montant, se montant, arrive  affirmer,
que c'est un gnie aussi grand qu'Eschyle, que son Parsifal gale le
Promthe.

L-dessus, son pre lui dit que, dans le _langage non articul_, qui est
la musique, Wagner lui a donn des sensations, comme aucun musicien, mais
que dans le langage articul, qui est la littrature, il connat des gens
qui sont infiniment au-dessus de lui, notamment, le nomm Shakespeare.

Alors Rodenbach qui est l, prend la parole--et ce soir, il parle
merveilleusement--dclarant que les vrais grands, sont ceux qui
s'affranchissent des modes, des enthousiasmes, des engouements
pileptiques d'un temps, tablissant que la supriorit de Beethoven est
de parler  la _crbralit_, tandis que Wagner ne s'adresse qu'aux nerfs,
dclarant, qu'on sort de l'audition de Beethoven, avec un sentiment de
srnit, tandis qu'on sort de l'audition de Wagner, endolori, comme si on
avait t roul par les vagues, un jour de grosse mer.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 12 novembre_.--Rouverture du _Grenier_.

Dans un coin, le vieux Rosny parle de Napolon, et de temps en temps, 
une phrase brillante prononce par lui, se retourne pour voir, si elle a
t entendue de la chambre. Lon Daudet, dans un autre coin, esthtise
avec le jeune Rosny. Raffalli cause avec Geffroy de ses essais
d'eaux-fortes en couleur, qui vont paratre cette semaine. Daudet souffre,
et malgr cela, jette dans la conversation gnrale, un joli mot, une
remarque fine. Roger Marx m'entretient de la danseuse Loe Fuller, qui le
frquente, et qui aurait un vritable got d'art, s'tendant de sa danse
 un tableau,  un bronze, et me dit, que rien n'est amusant comme une
rptition, o elle essaie les couleurs de l'arc-en-ciel, dans lesquelles
elle va dvelopper la grce de ses attitudes.

       *       *       *       *       *

_Samedi 25 novembre_.-- ce qu'il parat, j'ai t anathmatis,
 la mairie du VIe arrondissement, par les femmes de la _Ligue de
l'mancipation_, pour le mal que j'ai dit du beau sexe, dans mes livres,
et qui, si elles ne sont pas encore dcides  venir me battre  domicile,
sont rsolues  m'adresser une lettre nergiquement motive. C'est du
moins ce que m'apprend un reporter de l'_clair_, venant me demander,
si j'avais reu la lettre en question.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 26 novembre_.--J'ai crit  Sarah Bernhardt de me renvoyer ma
pice, et j'ai reu d'elle aujourd'hui un _petit bleu_, o elle me dit
qu'elle a un tel dsir de jouer quelque chose de moi, qu'elle me demande
de garder encore ma pice six semaines, pour la lire,  tte repose. Ma
conviction est qu'avec un certain dsir de la jouer, elle ne la jouera pas.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 3 dcembre_.--Chez Plon, on disait ces jours-ci, que la
bicyclette tuait la vente des livres, d'abord avec le prix d'achat de la
manivelle, puis avec la prise de temps, que cette quitation obtient des
gens, et qui ne leur laisse plus d'heures pour lire.

       *       *       *       *       *

_Mardi 5 dcembre_.--Daudet m'a amen hier, le docteur Rendu, mdecin de
l'hpital Necker, qui m'a mis  l'huile de Harlem.

Cette huile de Harlem, ordonne par un mdecin de ce temps, est un
mdicament qui semble avoir t invent par un hermtique moyenageux, et
dont le prospectus commence ainsi: _En Jsus Christ se trouvent tous les
trsors de gurison, tant du corps que de l'me_. Au fond, un mdicament
qui doit avoir une terrible action, car aprs en avoir pris quelques
gouttes, il vous remonte de l'estomac des fumes, qui ont l'odeur de
l'asphalte en fusion, pour la rparation des trottoirs.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 6 dcembre_.--Alidor Delzant s'est amus, ces derniers mois,
au rangement, au classement des autographes d'Ozy. Parmi ces lettres des
contemporains amants ou amoureux de la femme, il y a tout un volume de
lettres de Charles Hugo, de lettres trs intressantes, de lettres trs
belles, au moment, o Ozy, courtise par le vieil Hugo, est prte  lui
cder, et o le fils lui crit, qu'il ne veut pas partager cet incestueux
commerce, et qu'il se retire, le coeur dchir.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 dcembre_.--Jeanniot m'amne l'diteur Testard. Il veut faire
une dition de grand luxe de LA FILLE LISA, tire  trois cents
exemplaires seulement. Elle serait illustre d'une dizaine, d'une douzaine
d'eaux-fortes de Jeanniot. Maintenant il aurait l'ide--je trouve l'ide
malheureuse--de faire graver en double, et bourgeoisement par un buriniste,
les dessins de Jeanniot, qui auraient servi  ses eaux-fortes. Puis il
voudrait en marge de petites gravures, jouant les croquetons au crayon
noir et  la plume, qu'on jette,  l'heure prsente, sur les marges des
livres, dj imprims.

Quelle verve surchauffe, quelle vitalit fouette, quel diable au corps
de la cervelle, chez Scholl! C'est depuis la soupe jusqu'au fruit, depuis
le lever de la table jusqu' sa sortie du salon, une suite d'chos parls,
une avalanche d'anecdotes, une succession de racontars, une enfilade de
petits rcits sans exposition, comme enferms entre deux astrisques, un
dbordement de choses drles, amusantes, spirituelles, ne laissant la
parole  personne, et faisant Coppe silencieusement constern.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 8 dcembre_.--J'ai reu enfin hier la fameuse lettre
d'anathmatisation des femmes de la _Ligue d'mancipation_, lettre signe:
Mme Potoni. La lettre est polie, et je ne rponds pas.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 10 dcembre_.--Ce soir, on affirmait srieusement chez Daudet,
qu'un _populo_ assistant par hasard  la Chambre, et qui tait bless,
avait cru, dans le premier moment,  un feu d'artifice, qu'on avait
l'habitude de tirer, dans l'intrieur du Palais-Bourbon, aprs un discours
remarquable.

Montgut, le cousin de Daudet, qui fait la cuisine de l'_Intransigeant_,
aprs dner, dans une rminiscence reconnaissante, se met  parler de son
opration chez les frres Saint-Jean-de-Dieu, des trois mois qu'il y a
passs, de son premier lever, de son premier regard par la fentre, dans
ce jardin qu'il avait vu  son entre, tout dpouill, compltement mort,
et o la pousse d'une petite bande d'herbe, le faisait pleurer btement.

Montgut s'tend sur les soins maternels, donns par ces hommes, ces
gardes-malades appartenant tout entiers  la souffrance, et si en dehors
de la vie du sicle, que celui qui le soignait, et qui tait  Paris
depuis dix ans, n'tait sorti que trois fois de la maison, une fois pour
aller  Notre-Dame, une autre fois au Sacr-Coeur, une autre fois pour une
visite semblable. Il clbre leur discrtion  l'gard de votre vie, de
vos opinions, de vos lectures, de vos journaux, et ne trouve dans sa
mmoire comme blme de ses relations, quand il recevait la visite des
actrices du Thtre-Libre, ou de femmes du quartier Latin, en toilette
exubrante, que ce rappel ironique du frre qui le soignait, jetant
 haute voix dans ce monde fminin: C'est l'heure de prendre votre
lavement!

       *       *       *       *       *

_Mardi 12 dcembre_.--Pouvillon, de passage  Paris, et qui venait de
terminer un roman, en forme de mystre, sur la Bernadette de Lourdes,
parle d'un malaise nerveux, qui l'a fait passer deux jours dans son lit,
et bientt il nous entretient de sa grande nvrose, qui est chez lui une
entte hantise de la mort, avec l'effroi de ce qui peut arriver aprs--et
que sans doute, lui donne une ducation religieuse.

Descaves, dont le roman sur les aveugles, va paratre dans le _Journal_,
aprs le roman de Vandrem, s'extasiait devant moi sur la perfection
de l'oue, chez les aveugles. Il me disait que l'un d'eux assurait
reconnatre chez des gens, en train de causer, que la lampe tait emporte
ou teinte, par le rien qui venait  la voix des causeurs.

       *       *       *       *       *

_Lundi 18 dcembre_.--Barrs me fait l'historique de sa campagne
lectorale  Neuilly, impute  la police la tentative d'assassinat faite
sur lui par les anarchistes, m'assure que dans cette bataille, sa vie
tait en jeu, qu'on voulait le jeter en bas de la tribune qui tait trs
haute, et qu'il tait oblig de se rendre aux assembles, dans l'escorte
de quarante domestiques, prts par ses amis, quarante domestiques qui lui
servaient de gardes du corps. Et il interrompt son rcit, deux ou trois
fois, pour rpter: C'tait trs amusant... trs amusant!

Barrs est en train d'crire une pice politique: UNE JOURNE
PARLEMENTAIRE, o il n'a pas os risquer une sance; toutefois il craint
que la pice ne soit arrte par la censure.

Alors le petit Hahn s'est mis au piano, et a jou la musique compose par
lui, sur trois ou quatre pices de Verlaine, de vrais bijoux potiques,
une musique littraire  la Rollinat, mais plus dlicate, plus distingue,
plus savante, que celle du pote berrichon.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 20 dcembre_.--Tissot m'a amen Helleu, qui veut dcidment
faire une pointe sche d'aprs moi.

Causerie avec Tissot sur sa vie de Notre-Seigneur Jsus-Christ, dont il
va exposer plus de trois cents compositions aux Champs-lyses, au mois
d'avril. Il n'a pas encore trouv pour le livre, un diteur en France,
mais il ne doute pas d'en trouver en Amrique.

Tissot parle d'un texte avec notules, donnant la vie intime de Jrusalem
dans ces temps, d'aprs des dtails du Talmud, non encore traduits, et
qu'il a fait traduire par un juif russe.

Et vraiment, les dtails donns par ces notules sont curieux. On brlait
tellement d'encens dans le Temple, qu'il y avait toujours dans le ciel, un
nuage allant jusqu' la mer Rouge, et qui faisait ternuer un troupeau de
boucs, prs de Jricho.  propos de l'encens qui joue un grand rle dans
le Talmud, il y est parl comme d'un magicien, d'un prtre clbre, qui
faisait monter l'encens en colonne, au moyen d'une herbe qu'il mlait 
l'encens.

Une notule, au sujet de la Femme adultre, nous apprend, que les femmes
adultres taient habituellement dshabilles au Temple, mais qu'elles ne
l'taient pas, quand leur corps tait trop beau, de peur d'exciter les
jeunes lvites.

Et un tas de curieux renseignements, sur le service qui se faisait au
Temple. Les pieds nus sur les dalles de marbre donnant la diarrhe aux
vieux prtres, un mdecin _ad hoc_ sjournait dans une partie du Temple.
Il y avait aussi un corridor spcial, passant sous le Temple, pour se
rendre  une certaine fontaine affecte aux prtres, qui avaient eu des
pollutions dans la nuit.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 21 dcembre_.--Toute la soire, la conversation est sur Rosny, dont
on proclame la valeur littraire, et l'on s'tonne que, dans ce temps de
la bombe de Vaillant, aucun journal ne fasse allusion  son livre MARC
FANE, qui est, pour ainsi dire, le compte rendu par avance du fait d'hier.

Daudet, qui sort tout enthousiasm de la lecture de la CORRESPONDANCE DE
GOETHE ET DE SCHILLER, me disait:

--Ah! Goncourt, la belle page  crire sur l'amiti littraire!

--Allez, lui ai-je rpondu, c'est encore mieux de la mettre en pratique,
comme nous le faisons.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 29 dcembre_.--Lon a fait, dans son nouveau volume, une satire
des mdecins contemporains, quelque chose comme les prgrinations d'un
Gulliver, dans le monde mdical. Or il dit, que ce travail ne lui prsente
pas d'intrt, parce qu'il y met tout ce qu'il y a d'emmagasin en lui, et
que a ne lui offre pas la jouissance d'inventer, d'imaginer.  quoi, je
lui dis de se dfier de l'imagination, et que je crois que ce qui fait le
beau des vrais livres, c'est la slection de cet _emmagasinage_.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 31 dcembre_.--Carrire m'apporte un portrait de Daudet, un
grand lavis lithographique. C'est un portrait de cette srie, dont nous
avons parl, pendant qu'il faisait une esquisse de ma tte, et qu'il
devait graver  l'eau-forte et que bien heureusement il n'a pas fait
par ce procd, qui lui aurait pris un temps norme, tant donn la
grandeur de ces images. Tout  fait merveilleux, le fondu, le flou, le
_corrgianisme_ de cette planche, et c'est tonnant qu'il se soit rendu
matre du procd, aussi rapidement. Un portrait de Daudet crucifi,
_golgotant_, mais de toute beaut, comme facture.

Aujourd'hui, au _Grenier_, quelqu'un demandant l'heure, on parle de
la diffrence de l'heure, sur les montres tires des poches. Cela me
fait dire: Il y a un homme, dont cette diffrence de l'heure a t
l'empoisonnement de la vie. Cet homme qui possdait deux cent cinquante
pendules, peut-tre les deux cent cinquante pendules les plus admirables,
qui aient t jamais fabriques au monde, n'avait dans la vie qu'une
proccupation, c'tait l'accord simultan de la marche de toutes
ces pendules, auquel il n'a jamais pu arriver. Oui, oui, 'a t
l'empoisonnement de la vie de lord Hertfort. Alors Rodenbach de s'crier:
On en ferait un conte fantastique--parfaitement, lui dis-je, et le
possesseur des pendules, mourrait au moment, o toutes les pendules
sonnent ensemble minuit, et encore n'aurait-il pas la jouissance de
les entendre jusqu'au bout, il mourrait au onzime coup.

Grand dner chez Daudet en l'honneur des fianailles du jeune couple Hugo
et Mlle Mnard-Dorian, auquel le matre de la maison dit gracieusement,
que le reste des convives n'est, ce soir, que de la figuration.

La petite Dora, que je vois pour la premire fois, une dlicieuse tte au
charme slave, et d'une ressemblance curieuse avec une tte au pastel de
Doucet, qui est chez la princesse.

Aprs dner, Mme Mnard-Dorian vient s'asseoir dans un fauteuil proche
le mien, et nous causons art moderne. C'est chez elle une parole juste,
sense, technique, une parole coupe par des temps, et comme sortant
du somnambulisme d'un tre. Puis elle me parle du mariage de sa fille,
qu'elle me dit se marier  Paris,  l'encontre de l'assertion des journaux,
annonant la clbration du mariage en province, mais un mariage vitant
toute publicit.

Mme Mnard-Dorian a un corsage,  bandes diapres de petites fleurettes de
couleur, rappelant le souvenir de ces images de parterre du XVIIIe sicle,
et ainsi galamment habille, avec ses grands yeux ombreux, et le caractre
de sa tte d'un autre temps, elle est vraiment originalement belle.




ANNE 1894


_Lundi 1er janvier 1894_.--D'aimables souhaits de la bonne anne, qui
commencent dans un petit bout de lettre, gentiment affectueux de Raffalli.

Puis ce sont Roger Marx, Frantz Jourdain, et Jean Lorrain, narrant la
vie,  la Renaissance, de Sarah Bernhardt, de cette femme rptant tout
l'aprs-midi, jouant toute la soire, tout en tant rgisseur, metteur en
scne, contrleur, etc., etc., et rduite  dner dans sa loge. De curieux
dners, o l'on mange couch sur le tapis: cela s'appelle _manger sur
l'herbe_.

Et se succdent les Charpentier, m'amenant ma filleule Jane, et les Daudet,
m'amenant ma filleule Edme. Mme Daudet me rappelle dans le landau, nous
menant rue Bellechasse, que commence aujourd'hui la vingtime anne de
notre intimit.

       *       *       *       *       *

_Mardi 2 janvier_.--Dans le chemin de fer, en face de moi, un monsieur
au teint de papier mch, aux traits nerveusement tiraills, aux yeux
doucement ironiques, et qui, d'aprs ses paroles, semble un compositeur de
musique. Il cause avec un voisin, un peintre que je ne connais pas plus
que lui, et parlant un moment des compositeurs franais du XVIIIe sicle,
il dit: La proccupation de ces hommes tait avant tout de traduire leurs
sentiments... le mtier chez eux n'tait qu'un domestique... tandis que
chez nos contemporains, c'est le patron!

       *       *       *       *       *

_Mercredi 3 janvier_.--Une visite inattendue. M. Larroumet, vient me voir,
et me conte ceci: il avait publi un gros livre sur Marivaux, et se
prsentait, je crois,  un examen de doctorat, quand son examinateur lui
dit:

--Comment, monsieur, un livre de 600 pages sur un auteur de second ordre?

--Croyez-vous, monsieur, lui aurait-il rpondu, que si ces 600 pages
avaient t consacres  Crbillon pre, mon livre vaudrait mieux?

L'examinateur ne rpondait rien, et continuait  feuilleter l'norme
monographie, lorsque, tombant sur notre nom, au bas d'une note, il
s'criait: Ah! c'est trop fort, ce nom dans votre livre.... N'est-ce pas,
c'est bien eux les Goncourt, ai-je lu dans un article de Sainte-Beuve,
qui ont dit que l'antiquit a peut-tre t faite, pour tre le pain des
professeurs? Les noms de ces crivains ne doivent jamais tre cits par un
auteur, qui se respecte!

Au fond, c'est curieux qu'une boutade comme celle-l, ait le pouvoir
d'inspirer de tels ressentiments dans une classe de gens.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 4 janvier_.--Carrire m'entretient de son tableau du Thtre
de Belleville, auquel il travaille, et qu'il espre avoir fini pour
l'Exposition. Il me dit les soires qu'il y passe, pour en emporter
l'impression morale, sensationnelle. Il ajoute qu'il va voir aussi
des verreries, des fonderies, des agglomrations ouvrires, pour bien
portraiturer ces multitudes dans leur ensemble, car il ne s'agit pas ici
de dtacher des portraits particuliers: ils ne se voient pas dans une
foule.

Il a tout  la fois l'observation et l'esprit, ce Carrire. Ces jours-ci,
le chirurgien Pozzi, auquel il tait all recommander pour une opration,
un pauvre diable, aprs de grands compliments sur sa peinture, l'invitait
 venir le voir, un jour,  sa clinique. Le spirituel blagueur le
remerciait par cette phrase: Merci, docteur, je ne tiens pas  jouir
de la douleur des autres!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 7 janvier_.--J'tais si bien portant, ces jours-ci, que j'ai dit
au docteur Rendu de ne pas revenir d'ici  quinze jours, et ce matin,
soudainement, j'ai un tel froid dans les bras que, couch dans mon lit,
tout habill, avec deux paletots sur le corps, et encore des fourrures
jetes sur mes couvertures, je suis oblig de me faire repasser les bras
avec des fers chauds.

       *       *       *       *       *

_Mardi 9 janvier_.--Le peintre Helleu, des yeux fivreux, une physionomie
tourmente, et avec cela, la peau et les cheveux du noir d'un corbeau.

Il vient faire une pointe sche d'aprs moi, disant qu'il est trs
intimid, qu'il a rv toute la nuit qu'il manquait mon portrait, et que
pour se mettre en train--lui, qui ne fait que des femmes--il a essay de
se portraiturer lui-mme.

Il travaille sur le cuivre non recouvert, avec une pointe de diamant,
ayant un tournant sur le mtal, que n'a point la pointe d'acier, et
avec lequel, il se vante de pouvoir faire un 8. Cette pointe de diamant,
qui vient d'Angleterre, serait l'objet de la convoitise de graveurs 
l'eau-forte contemporains, qui font de la diplomatie pour la lui emprunter,
 la fin de la faire excuter par un bijoutier parisien.

Pendant qu'il travaille, pench sur la planche de cuivre, qui lui met
un reflet rouge sur la figure, il me confesse ses gots de bibeloterie,
son amour des bois sculpts du XVIIIe sicle, et il m'avoue que pour le
tableau qu'il finit dans le moment, tableau vendu seulement 2 000 francs,
il vient d'acheter un cadre, aux armes de France, de 1 500 francs.

Puis il parle du besoin de s'entraner, de se monter, des quatre heures
qu'il lui faut, pour _attraper l'assurance_, quatre heures au bout
desquelles, il est quelquefois mort de fatigue. Et il me parle aussi de
ses tentatives, pour obtenir des sortes d'instantans dans le monde,
au moyen de planches remises au fond de son chapeau, et me conte la
russite d'une petite planche, ainsi enleve, o il a reproduit les yeux
concupiscents de Tissot sur un dcolletage de femme.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 10 janvier_.--Robert de Montesquiou vient m'inviter 
une confrence,  la Bodinire, o il doit parler sur Marceline
Desbordes-Valmore, dont les posies ont t, selon son expression, la
consolation de ses _annes sches_. Alors il se rpand sur le bonheur de
sa vie dans le pavillon, o il vient de s'tablir  Versailles, sur cette
sparation qui se fait entre le monsieur en vareuse bleue de l-bas et
le monsieur habill de Paris, sur la satisfaction de ne plus tre sous le
coup d'une visite imprvue.... Puis c'est de l'enthousiasme dlirant, au
sujet de Sarah Bernhardt,  laquelle il s'apprte  faire cadeau, dit-il,
d'un collier en corail rose laqu, qui aurait appartenu  une Impratrice
du Japon.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 11 janvier_.--Courteline, un petit homme de la race des chats
maigres, perdu, flottant dans une ample redingote, les cheveux en
baguettes de tambour, plaqus sur le front, et rejets derrire les
oreilles, et de petits yeux noirs, comme des ppins de poire, dans une
figure plotte. Ce petit homme: un gesticulateur, ayant dans le sac
de sa redingote, des soubresauts de pantin cass, et cela, dans des
conversations, o, pit sur ses talons, sa parole a la verve comique 
froid de ses articles, et o son dire dbute ainsi: N'est-ce pas, je n'ai
pas l'habitude de mettre mon pied sur un tron?...

       *       *       *       *       *

_Mercredi 17 janvier_.--Ce soir, je dnais  ct d'une jolie et
distingue femme, d'origine russe. Elle me confessait,  l'ge de quatorze
ans, dans l'abandon et la non-surveillance des livres tranant partout,
en la maison de ses pre et mre--et qui avait fait que sa soeur avait lu,
 six ans, MADAME BOVARY--avoir parcouru toute la littrature avance
des langues, franaise, russe, anglaise, allemande, italienne. Et comme
je l'interrogeais, sur ce que cette incroyable avalanche de mauvaises
lectures avait d produire dans son cerveau, elle me rpondait que
cette ouverture par les livres sur la vie aventureuse, lui avait donn
l'loignement des aventures, mais en mme temps lui avait fabriqu une
pense, toute diffrente de la socit, au milieu de laquelle elle vivait.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 21 janvier_.--Aujourd'hui la visite de Bonnetain, que je n'ai
pas vu depuis son retour du Soudan.

Il proclame qu'on peut aller d'un bout de l'Afrique  l'autre, avec une
canne, en courant moins de danger, que dans la banlieue. Mais, ajoute-t-il,
quand il y a des militaires envoys pour ces promenades, ils veulent
absolument des coups de fusil, pour avancer, et c'est d'eux, que viennent
toutes les complications.

Il parle de la politique franaise l-bas, de sa soumission aux exigences
de l'Angleterre, nous confiant qu'un gros bonnet de l'administration, lui
avait dit, dans un mouvement d'expansion: Si je pouvais vous faire lire
les dpches, que j'ai dans ce meuble, sur notre humiliante attitude
vis--vis de l'Angleterre, nous pleurerions!

Il donne de tristes dtails sur le gaspillage, sur la malhonntet
gnrale de l'endroit, signale par cette phrase qui revient dans sa
conversation, comme un refrain: Vous savez, l-bas, il se gagne une
maladie, qui fait voir les choses sous un autre angle qu'en Europe... a
s'appelle la _soudanite_. Et la soudanite ferait faire de vilaines et
froces choses.

Puis avec l'accent tendrement passionn, qu'il a, lorsqu'il parle de sa
fille, il nous disait: Elle n'a pas t une minute souffrante... et
c'est un enfant que rien n'tonne... Elle aperoit un lion, savez-vous
ce qu'elle dit: Oh! j'en ai vu de plus beaux que cela au Jardin des
Plantes... et surtout le grand, auprs de ma marraine, qui a des poils sur
le dos et des bouquets entre les jambes. Elle parlait du lion de Belfort,
qu'elle voyait en allant chez sa marraine,  Montrouge.

       *       *       *       *       *

_Mardi 30 janvier_.--Dner chez Jean Lorrain, avec le mnage de la Gandara,
Henri de Rgnier.

Une beaut tout  fait _gozzolienne_, cette Mme de la Gandara, avec ses
beaux yeux songeurs au grand blanc, l'ovale long de sa figure, les lignes
pures de son nez, de sa bouche, la dlicatesse extatique de sa physionomie,
ses blonds cheveux lui tombant le long de la figure, en ondes dpeignes,
comme les cheveux d'une Genevive de Brabant, enfin avec ce caractre
d'une tte, o la nature s'associe au coquet effort de se rapprocher des
primitifs, et qui lui donne dans de la jeune vie, le charme archaque
d'une tte idale d'un vieux muse. Et le cou un peu dcollet, sans
un bijou, sans une fanfreluche distrayant le regard, elle est habille
d'une robe de satin blanc, toute plate, toute collante aux formes, avec
seulement au bas, cinq ou six rangs de petites ruches, qui font un remous
de luisants et de reflets de soierie,  ses pieds.

Gandara tout en tant simple, naturel, est un monsieur distingu, qu'on
sent en rapport avec les gens du vrai monde. Dans sa causerie sur la
peinture, o ses trois admirations semblent se porter sur Rembrandt,
Velasquez, Chardin, il a une expression caractrisant bien le premier et
le dernier, quand il dit: Chez Rembrandt, c'est une lumire d'or, chez
Chardin, une lumire d'argent.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 31 janvier_.--Aujourd'hui, la comtesse de Biron vient me
demander mes conseils, pour l'Exposition de Marie-Antoinette, qui doit
avoir lieu au muse Galliera.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 4 fvrier_.--La petite bonne qui a remplac un moment Blanche,
et qui s'en va de chez moi, disait: Dcidment je vais chercher une place
chez une cocotte... on y travaille peu... on y mange bien... et on a la
chance d'tre emmene au spectacle, aux bains de mer!

Daudet soutenait que les locutions des gens sont, la plupart du temps, en
rapport avec la nature de leurs facults. Ainsi les gens qui ont le don de
la vision des choses, disent toujours: Vous voyez bien a? tandis que
ceux qui ne sont pas picturaux, et qui ont plutt la comprhension, que la
vision des choses, disent: Vous comprenez bien a?

Ce soir, Rollinat, venu pour placer ses morceaux de musique  Engel,
qui lui a fait un trait par lequel, il ne peut lui en fournir que la
demi-douzaine par an, nous joue ces morceaux. Il les interrompt, de temps
en temps, nous faisant face par une virevolte du tabouret du piano, et
nous parlant de sa vie plantureuse de l-bas, des chevennes de trois
livres, qu'il met bien ficels  la broche, et dont il arrose la peau
craquante d'une livre de beurre, avouant que pour lui bien manger a
son importance. Et il se rpand sur ses pitancheries, avec son cur
rabelaisien, s'criant  table: Ah! je ne sais pas comment on est l-haut,
mais je me trouve bougrement bien ici!

Dans sa vie provinciale, Rollinat ne se plaint que des temps de neige
qui l'emprisonnent chez lui, et il cite une anne, o il a t enferm
quarante jours chez lui, et o pour se distraire, il s'est livr  de
voluptueuses cuisines.

Il nous rpte qu'il n'a jamais pu crire  une table, que c'est en
marchant dans la campagne, qu'il fait ses vers, et la _carcasse musicale_
de sa musique, avant de la reprendre au piano.

       *       *       *       *       *

_Lundi 5 fvrier_.--Helleu qui recommence une pointe sche, d'aprs
moi, me raconte les premires annes de sa vie d'artiste; et me parle
d'affreuses pannes, de deux jours qu'il a passs sans manger, n'ayant
que l'argent du modle, d'aprs lequel il a travaill, ces deux jours,
fivreusement, pour oublier sa faim. Heureusement qu'en farfouillant dans
son atelier,  la fin de la seconde journe, il a trouv une bote de
fer-blanc, dans laquelle trois ou quatre biscottes avaient t oublies.

Puis Helleu m'entretient d'une centaine de croquis, qu'il a faits dans un
sjour  Bois-Boudran, de la comtesse Greffulhe, croquis dans toutes les
attitudes, et montrant la charmante femme, du lever au coucher, croquis
qu'il avait demands un jour, pour les exposer, et qui lui avaient t
refuss, parce qu'il y avait des croquis trop intimes, que la femme tait
montre trop dans son dshabill.

Helleu est avant tout, un _croqueur_ des ondulations et des serpentements
du corps de la femme, et il me disait qu'il avait chez lui, tout un
arsenal de planches de cuivre, sa femme ne pouvant faire un mouvement
qui ne ft de grce et d'lgance, et dix fois par jour, il s'essayait
 surprendre ces mouvements, dans une rapide pointe sche.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 11 fvrier_.--De la gaiet douce, du comique lger, de la parole
joliment malicieuse, et de l'entrain communicatif, qui fait tout le
monde causant autour de lui, ce sont les qualits de la conversation de
Rodenbach.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 14 fvrier_.--Une crise avant-hier, une crise ce matin. Une
impossibilit de travailler, d'crire mme une lettre. J'ai vraiment peur,
quand arrivera la correction des preuves de mon JOURNAL, de n'tre plus
en tat de faire cette correction.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 18 fvrier_.--C'est vraiment extraordinaire chez Schwob cette
science universelle qui va de Tacite  Wittemann: des auteurs les plus
anciens aux auteurs les plus modernes, et les plus exotiques. Et cet
rudit n'est pas seulement un homme de bouquins, il a la curiosit des
coins d'humanit excentriques, mystrieux, criminels. Il nous dcrivait,
ce soir, le repaire du Chteau-Rouge, nous contait une visite faite par
lui,  la salle des femmes.

Il est en train de traduire un roman compltement inconnu de l'auteur
de ROBINSON CRUSO: roman qu'il me dit avoir quelque ressemblance avec
GERMINIE LACERTEUX.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 22 fvrier_.--Enfin aujourd'hui, sans une ligne, sans un mot de
Sarah Bernhardt, le renvoi du manuscrit de: LA FAUSTIN.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 23 fvrier_.--Reprsentation de la JOURNE PARLEMENTAIRE,
au Thtre-Libre, reprsentation du _Figaro_.

Dans l'entr'acte, visite de l'acadmicien d'hier, visite d'Hrdia
qui nous raconte qu'il a bien manoeuvr, qu'il a dmoli les intrigues
de Camille Doucet, qu'il s'est montr un habile stratgiste.

Au fond, la JOURNE PARLEMENTAIRE n'est pas si mprisable, que je
l'entends dire par quelques-uns, seulement, c'est une pice faite
rapidement, pas assez fouille, et o Thuringe et les parlementaires
de son entour ne sont que silhouetts.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 25 fvrier_.--Interrog sur son ami Paul Adam, de Rgnier nous
dit que c'est un corpulent, un sanguin, dont mme la rverie n'est pas
contemplatrice, mais est active, et tout en reconnaissant, en exaltant ses
mrites littraires, il dclare toutefois que chez lui, l'occultisme prime
la littrature.

       *       *       *       *       *

_Lundi 26 fvrier_.-- l'anarchique heure prsente, dans les maisons o
les magistrats ont un appartement, il y a une porte intrieure en glace
ferme, qu'ouvre seule la portire. Cette porte existe chez le juge Meyer,
qui habite le logement du dessous de Quesnay de Beaurepaire.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 28 fvrier_.--Lisant aujourd'hui, dans la brochure, la JOURNE
PARLEMENTAIRE, je trouve  la pice de trs grandes qualits, dont je ne
m'tais pas tout  fait rendu compte  la reprsentation, et je trouve le
suicide par contrainte, un acte parfaitement original et trs bien fait.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 4 mars_.--Au _Grenier_, arrive Rodenbach, auquel on demande, o
il en est de sa pice, et qui dit que Claretie est prt  la jouer, mais
qu'il ne veut pas de sa composition. C'est un hasard, ajoute-t-il, qui lui
a fait faire du thtre, qu'il n'en fera sans doute plus, et qu'alors il
aime mieux ne pas tre jou, que d'tre jou avec une interprtation, qui
n'est pas dans ses vues. Claretie lui propose Baretta, et il dsirerait
avoir Moreno qui, pour lui, donnerait l'illusion d'une figure avec son
recul dans le pass.

Ce soir, Schwob apporte, chez Daudet, un volume de Daniel de Fo, qu'il
nous traduit, qu'il nous interprte. C'est un traducteur trs sduisant,
avec son mot  mot trouvant si bien l'expression propre, ses petites
hsitations balbutiantes devant un terme archaque, ou un terme d'argot,
avec son intonation  _mezza voce_ qui, au bout de quelque temps, a
le charme berant d'une cantilne. Ce volume, je crois, s'appelle LE
CAPITAINE JACK, et c'est l'histoire d'un voleur-enfant, crite avec un
sentiment d'observation moderne, et mille petits dtails d'une vie vcue,
conts bien certainement  l'auteur, enfin avec toute la documentation
rigoureuse et menue d'un roman raliste de notre temps.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 7 mars_.--Dner chez Zola, dans sa belle et grande salle 
manger nouvelle.

Un trs beau et trs fin dner, au milieu duquel est servi un plat exquis:
des bcasses au vin de Champagne, dont la recette a t rapporte par Mme
Zola de Belgique, et dans la sauce duquel salmis, est cras du foie gras:
ce qui fait un velout sucr innarrable.

Un moment, on entend Coppe, dont le ricanement de la voix prend quelque
chose de la pratique de Polichinelle: Oh les jeunes! je me rappelle, moi,
mes premires visites chez Leconte de Lisle... je m'y rendais comme on va
 La Mecque... maintenant, eux,  la premire entrevue, de bouche  bouche,
ils vous traitent de vieux c...

       *       *       *       *       *

_Jeudi 8 mars_.--Combien ce Tacite de Burnouf, en six volumes?

--Dix francs, me rpond le libraire Delaroque.

--Il y a vingt ans, on l'aurait vendu trente-cinq francs... mais
aujourd'hui on ne veut plus d'auteurs latins.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 11 mars_.--Quinze jours sans crise, et la sensation de la
rentre en pleine jouissance de la vie.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 15 mars_.-- mon entre dans le cabinet des Daudet: Vous savez,
me dit-il, il y a eu une bombe  la Madeleine, je passais en voiture...
devant, c'tait une foule!

Pour la premire fois, vient ce soir chez Daudet, Mme Martel, ou plutt
Gyp,  l'lgance brise du corps, dans une toilette blanche d'un got
tout  fait distingu. Elle parle avec amour des btes, de son cheval qui
lui crase les pieds, et auquel elle ne peut s'empcher de porter tous les
jours des morceaux de sucre, des chats qu'elle adore, des chiens, dont son
htel est une maison de refuge.

Arrive Jean Lorrain qui dit: Aujourd'hui Pozzi donnait un djeuner  deux
de ses oprs,  Mme Jacquemin et  moi. Aussi, ai-je entendu la bombe,
qui a fait le bruit d'un coup de canon, tir  la cantonade. Et c'tait
curieux l'aspect de la Madeleine, a ressemblait, vous savez,  l'acte
d'Antigone, o devant le Temple, sont ces gens faisant de grands appels de
bras.

Lorrain est interrompu par Mariton, qui est entr dans la Madeleine,
grce  la rencontre qu'il a faite  la porte, d'un neveu de Prier.
L'glise tait compltement noire, mais  la lueur d'une allumette qu'il
a allume, il a pu voir le mort, dont la figure exsangue, tait pareille 
une figure de cire, et dont le bas du corps semblait une bouillie, sur
laquelle se rpandaient ses entrailles.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 16 mars_.--Premire visite de mon troisime Esculape, du docteur
Millard qui a une bonne figure rconfortante, et qui crit une ordonnance,
avec des rire prometteurs de sant.

Dner, ce soir chez Charpentier, avec les Zola, les Daudet, les Frantz
Jourdain, Lematre, Degas.

Degas n'a pas vieilli d'un cheveu, au contraire il est engraiss, et a
pris le teint fleuri du succs.  une allusion sur la vente de ces jours,
il laisse chapper un petit mouvement nerveux, et d'une voix rche,
dit que les amateurs sont des brocanteurs en chambre, dissimulant mal
son effroi des ventes, o le haut chiffre o sont cots ses tableaux
aujourd'hui, peut faiblir demain.

Un moment je cause avec Zola, l'interrogeant sur sa maladie, qu'il me dit
se porter sur les entrailles, et chose curieuse, amener chez lui des
crises, aussitt qu'il se met  travailler, et mme  lire.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 25 mars_.--J'ai la visite de Tabarant qui m'a ddi L'AUBE, et
qui habite Conflans. Il nous apprend qu'il est voisin de Carlier, l'ancien
prfet de police, avec lequel il va fumer presque journellement une
cigarette, et qui lui raconte les choses les plus curieuses. Il lui aurait
dit que Maxime Ducamp avait crit une Histoire de la pornographie sous la
Commune, histoire dans laquelle, il affirme que le gnral Eudes avait
fait fusiller Beaubourg, parce qu'il l'avait trouv le cocufiant.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 30 mars_.--Une nuit telle, que je crois n'en n'avoir jamais
pass de pareille dans ma vie, et o l'on comprend les gens qui se jettent
par la fentre.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 1er avril_.--Aujourd'hui trois enterrements: Pouchet, le fils
Braine, Mme Zeller. La marchande, chez laquelle ma domestique a t
commander une guirlande de roses et de penses, lui disait: C'est
tonnant comme on meurt dans ce moment-ci!.

Je retrouve en rentrant du cimetire, au _Grenier_, Rodenbach qui me
dit crire un pome inspir par sa maladie, o il cherche  peindre
l'affinement produit par la souffrance, l'espce _d'tape suprieure_,
que cela fait monter  notre humanit.

Ce soir, Lon Daudet nous lit quelques morceaux des MORTICOLES. C'est une
abondance d'ides, une richesse d'images, de l'horreur, de l'horreur...
mais de l'horreur amusante, et un style bris, plein de vie, au milieu
d'une ironie froce, d'une ironie  la Swift.

       *       *       *       *       *

_Lundi 2 avril_.--Exposition des pastellistes.--Helleu: des pastels o
l'on sent un oeil de peintre, amoureux de douces toffes, de tendres
nuances passes, de soieries harmonieusement dteintes.--Duez: des
fleurs au beau et large dessin, dans leur mollesse et leur rocaille
fripe.--Lhermitte: de vieilles rues normandes, au puissant crasis de
pastel, balafres en leur ombre bleutre, de coups de soleil dors.

La soupe servie chez Mme Sichel, le docteur Martin tombe dner. Le dlicat
repas l'amne  parler du temps, o, avant d'tre mdecin, il tait
directeur d'une exploitation de soufre, aux environs de Naples, dans une
localit, o il se nourrissait absolument de soupe aux choux et de salade
de pommes de terre. Il arrivait cependant des jours, o il lui venait
l'ide de faire un dner, comme dans un restaurant de Paris. Or, il se
trouvait, que la contre tait pleine de bcasses, et qu'on lui vendait,
en le volant beaucoup, 50 centimes. Et achetant toutes celles qu'on lui
apportait, il finissait par en avoir une quarantaine, qu'il surveillait,
et qu'il mettait  la broche, lorsqu'une plume se dtachait du cou. Et ma
foi, il avait construit de ses mains une rtissoire en fer-blanc, et
faisait rtir la bcasse devant un feu de bois clair et flambant, ayant
l'art de la faire _couler_ dans le canap, et soutenant qu'il n'y avait
pas dans le monde, un rtisseur de bcasses comme lui. La dcouverte des
bcasses l'avait amen bientt  la trouvaille, dans un petit lac voisin,
d'crevisses que personne ne mangeait, et il fallait l'entendre dcrire
les merveilleux courts-bouillons qu'il fabriquait.

Ce trs aimable docteur Martin, est vraiment un dlicat. Je l'ai entendu
parler femmes, bouquins, cuisine; et la manire dont il en parle, ne peut
laisser aucun doute sur cette qualit distingue de l'homme.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 5 avril_.-- la fin de la soire, l'on causait de la prcipitation
des choses, des vnements, des succs, de l'acclration de tout au monde,
et l'on se demandait, si ce n'taient pas les caractres des fins de
sicle, si, il n'y avait  ces poques limites par des calculs humains,
une accumulation, un trop-plein d'incidents, voulant dborder, pour
dbarrasser le sicle qui va venir. Et l'on faisait un retour sur la fin
du sicle dernier avec la Rvolution, sur la fin du XVIIe sicle avec les
guerres de Louis XIV, sur la fin du XVIe sicle avec la Ligue.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 6 avril_.--Le jeune Rothenstein qui fait un croquis de ma tte
pour le livre: EDMOND AND JULES DE GONCOURT (_with Letters and Leaves from
their Journals_), que va publier  Londres l'diteur Heinemann, me parlait
d'un phalanstre momentan, tabli entre Rosetti, Whistler, Swinburne,
phalanstre tout rempli, du matin au soir, de disputes, de chamaillades,
d'engueulements, et dans lequel on voyait vaguer Swinburne, le plus
souvent ivre et tout nu,  la grande indignation de Rosetti.

       *       *       *       *       *

_Samedi 7 avril_.--L'hiver dernier, sur un catalogue  prix marqus,
j'achetai un peu  l'aveuglette, sans trop savoir ce qu'il y avait dedans,
un livre ayant pour titre: LA MAISON RGLE ET L'ART DE DIRIGER LA MAISON
d'un grand Seigneur, et le Devoir de tous les officiers et autres
domestiques en gnral. AVEC LA VRITABLE MTHODE _de faire toutes sortes
d'eaux et de liqueurs, fortes, raffraichissantes,  la mode d'Italie_. 
Paris, chez Nicolas Le Gras, au Palais, dans la Grand'Salle, au troisime
pilier  l'L couronn. MDCC.

Et quand j'eus parcouru le petit volume, qui donne exactement le Prix de
la vie  Paris, en 1700, ce fut un tonnement pour moi, qu'il n'et t
dj consult et cit par un historien des moeurs franaises.

La MAISON RGLE est tout bonnement le livre d'un matre d'htel; mais
d'un matre d'htel qui n'est pas le premier venu.

L'office ayant t sa premire inclination, crit-il, il apprit son
mtier des premiers officiers de France, s'attachant  ne rien ignorer
concernant les confitures et les liqueurs, mais travaillant encore 
savoir faire en perfection toutes sortes d'eaux, tant de fleurs que de
fruits, glaces et non glaces, sorbets, crmes, orgeat, eaux de Pistaches,
de Pignons, de Coriandre, d'Anis, de Fenouil et de toutes sortes d'autres
grains, et apprenant  distiller des fleurs et des fruits, tant par le
chaud que par le froid, et  prparer le chocolat, le th, le caf, que
peu de gens, dit-il, connaissent encore en France,--et enfin se donnant
aprs Mre, qui fut envoy d'Italie au cardinal Mazarin, aprs Salvator,
qui fut envoy galement d'Italie au marchal de Grammont, se donnant pour
le troisime matre d'htel qui avait contribu  la vogue de ces boissons.

Pour se perfectionner dans son art, il faisait un sjour de quatorze mois
 Rome, d'o revenant en France, au mois de janvier 1660, merveill des
beaux pois en cosse, qu'il trouvait aux environs de Gnes, il en faisait
cueillir deux paniers par les paysans, qui lui apportaient avec quantit
de boutons de roses, dont le tour de leurs champs est garni, et certaines
herbes propres  les conserver dans leur fracheur. Et aussitt, prenant
la poste, il eut la bonne fortune, arriv  Paris, de prsenter, le 18
janvier, ses pois et ses roses au roi Louis XIV, par l'entremise de
Bontems, qui lui fit la grce de le mener, lui-mme, au vieux Louvre.

Ces roses fleuries, ces pois mrs au mois de janvier: c'tait une
nouveaut  Paris, et Monsieur, et le comte de Soissons, et le duc de
Crqui, et le marchal de Grammont, et le comte de Noailles, et le marquis
de Vardes, de s'crier que jamais en France, on n'avait vu rien de pareil
pour la saison. Mme en prsence de Sa Majest, le comte de Soissons
prenait une poigne de pois, qu'il cossait, et qui se trouvrent aussi
frais que si on venait de les cueillir. Et Sa Majest, aprs avoir
tmoign sa satisfaction  l'heureux matre d'htel, lui ordonnait de les
porter au sieur Baudouin, contrleur de la bouche, et de lui dire d'en
faire un petit plat pour la Reine mre, un pour la Reine, un pour le
Cardinal, et qu'on lui conservt le reste que Monsieur mangerait avec Elle.

Et comme Louis XIV faisait offrir un prsent d'argent au porteur des pois
et des roses, Audiger (c'est le nom de notre matre d'htel), refusait et
faisait demander au Roi le privilge de faire, de vendre et de dbiter
toutes sortes de liqueurs _ la mode d'Italie_, tant  la Cour et suite de
Sa Majest, qu'en toute autre ville du royaume, avec dfense  tous autres,
d'en vendre et d'en dbiter  son prjudice.

 peu de temps de l, Audiger obtenait son brevet de M. Le Tellier, mais
il prouvait de telles tracasseries dans les bureaux pour le scellement
de ses lettres d'obtention, qu'il entrait chez la comtesse de Soissons en
qualit de _faiseur de liqueurs_, en sortait, se mettait dans le rgiment
de cavalerie de Rouvray, faisait plusieurs campagnes, obtenait une
lieutenance d'infanterie dans la compagnie Joyau, du rgiment de Lorraine,
se dmettait, se refaisait matre d'htel du prsident de Maisons, puis de
Colbert, et finalement tablissait une boutique de limonadier, place du
Palais-Royal, o il fournissait la Cour et la Ville.

C'est dans cette boutique de limonadier, qu'Audiger crit LA MAISON RGLE,
et nous donne la constitution de la Maison d'un grand seigneur, en nous
initiant au bon march invraisemblable de la vie  Paris, en ces premires
annes du XVIIIe sicle.

La Maison d'un grand seigneur devait tre compose: d'un Intendant, d'un
Aumnier, d'un Secrtaire, d'un cuyer, de deux Valets de Chambre, d'un
Concierge ou Tapissier, d'un Matre d'Htel, d'un Officier d'Office,
d'un Cuisinier, d'un Garon d'Office, de deux Garons de Cuisine, d'une
Servante de Cuisine, de deux Pages, de six ou quatre Laquais, de deux
Cochers, de deux Postillons, de deux Garons de Carrosse, de quatre
Palefreniers, d'un Suisse ou Portier. Et en plus, d'un Valet pour
l'Intendant, d'un Valet pour l'Aumnier, d'un Valet pour le Secrtaire,
d'un Valet pour l'cuyer, d'un Valet pour le Matre d'Htel.

Or l'aumnier, appoint  200 livres, l'cuyer  400, le matre d'htel
 500, le cuisinier  300, le garon d'office  75, le cocher  100,
les palefreniers  60, les laquais  100, etc., etc., cela fait pour les
traitements et gages des _trente-six personnes_ composant la domesticit
du grand seigneur, par chacun an la somme de _quatre mille dix livres_.

Maintenant quelle tait la dpense, par jour, de ces trente-six personnes:
coutons Audiger.

Dans les maisons bien rgles, et afin que chacun soit content, on donne
une livre et demie de viande de boucherie, y compris les bouillons, les
jus, coulis et entres de grosses viandes pour la table du Seigneur; ce
qui, par jour, pour les personnes ci-dessus, fait la quantit de cinquante
livres de viande, lesquelles,  raison de cinq sous la livre, donnent la
somme de . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . 14 l. 10 s.

Les jours maigres, les lgumes et les poissons revenaient au mme prix que
la viande, les jours gras.

On donne aussi par jour  chaque personne trois sous de pain, ou une livre
et demie: ce qui fait, y compris le pain pour les potages . . . . 5 l. 8 s.

Pour le vin, les officiers et le cocher ont trois chopines par jour, et
les autres domestiques une pinte, et quand le vin se paye en argent, les
premiers ont cinq sous, les autres quatre: ce qui fait . . . . . . 7 l 9 s.

Pour le bois et charbon pour la cuisine et l'office . . . . . . . . .  3 l.

Pour le sel, le poivre, le clou de girofle, la cannelle et autres
piceries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .20 s.

Pour les herbes, lgumes, salades, huile et vinaigre
et verjus. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .   20 s.

Pour la chandelle, tant pour la cuisine, office, antichambre, curie,
vingt-huit sous: qui font quatre livres de chandelle par jour . . . . 28 s.

Pour l'entretien et dpense journalire des ustensiles de cuisine . . 10 s.

Pour l'entretien aussi des batteries de cuisine et d'office . . . . . 15 s.

Pour le porteur d'eau . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . 5 s.

Soit la somme par chacun an de _neuf mille cinq cent trente-six livres,
seize solz_.

Maintenant Audiger tablit la dpense,  laquelle peut revenir la table du
seigneur,  douze couverts par jour, soir et matin.

Pour le premier service de la table, il doit avoir  dner: un grand
potage, quatre petits plats, deux assiettes hors-d'oeuvre; pour le second
service, un grand plat de rt, deux salades, deux plats d'entremets;
pour le troisime service, un grand plat de fruits avec quatre compotes.

Pour la viande de rtisserie, il faut, tous les jours, un chapon pour
mettre au pot; deux poulets pour faire une entre; trois pices de rt
pour le matin, autant pour le soir, ce qui,  huit pices de rtisserie
par jour  vingt-cinq sous, chaque pice, fait monter la dpense  . .10 l.

Et Audiger estime, par jour, le pain  . . . . . . . . . . . . . . . .36 s.

Le vin  . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .6 l.

Les lgumes, ragots, crtes, ris de veau, foies gras, beurre, etc.,  4 l.

Les fruits et les compotes . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . 4 l.

La bougie  raison d'une livre par jour; tant pour la table que pour la
chambre,  . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . 30 s.

Les deux flambeaux de poing,  . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .  3 l.

Le bois, fagots, cotterets en hiver, pour la chambre et l'antichambre .30s.

Le blanchissage des nappes, serviettes de table, tabliers et torchons de
cuisine et d'office, . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .15 s.

Soit la somme, par chacun an, de _onze mille huit cent quatre-vingts
livres quinze sols_.

Maintenant passons  l'curie du grand seigneur.

D'aprs Audiger, un grand seigneur ne peut avoir moins de quatorze chevaux
de carrosse, qui font deux attelages.

Il compte par jour, pour chaque cheval, deux
bottes de foin qui,  raison de 20 livres le cent,
valent. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . 8 s.

Un boisseau d'avoine. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . 8 s.

Pour la paille de la litire, le marchal, l'entretien des fers, le
bourrelier. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . 6 l.

Ce qui fait pour chaque cheval, par jour, 22 sous,
et pour les quatorze. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .15 l. 10 s.

Le seigneur ne peut galement avoir moins de seize chevaux de selle, dont
la nourriture et l'entretien lui reviennent  douze livres, et qui, avec
la nourriture et l'entretien des chevaux de carrosse, et les raccommodages
du carrosse, montent par jour  vingt-neuf livres.

Soit par chacun an la somme de _dix mille cinq cent quatre-vingt-cinq
livres_.

En sorte que cette maison, monte sur le pied de trente-six officiers et
domestiques, et o il y a trente chevaux  l'curie, ne cote, en l'an
1700, que la somme de _trente-huit mille neuf cent soixante-quinze francs_.

Maintenant, si le grand seigneur se marie, tout de suite, la maison
s'augmente pour le service de la Dame: d'un cuyer; d'une Demoiselle
suivante, d'une demoiselle suivante, dont la fonction est de faire honneur
 la Dame, et de l'accompagner  la messe, aux visites, et partout o elle
va; d'une Femme de chambre, d'une femme de chambre qui doit savoir peigner,
coiffer, habiller et ajuster une dame, suivant le bon air et sa qualit,
savoir blanchir et empeser toutes sortes de linges et de gazes, savoir
raccommoder les dentelles, savoir _prparer un remde et le donner avec
adresse_; d'un Valet de chambre, d'un valet de chambre qui, dans ce
temps-l, tait en gnral tailleur pour femmes, et qui devait prendre
soin des habits de la Dame, et les mettre  la mode, quand ils n'y taient
plus, et tenir la porte de la chambre de la Dame, quand elle se lve
ou se couche, et _avoir beaucoup de discrtion dans ce qu'il peut voir ou
entendre_; d'un Page, d'un Matre d'Htel, d'un Cuisinier, d'un Officier,
d'une Servante de cuisine, de quatre Laquais, d'un Cocher, d'un Postillon,
d'un Garon de Cocher, de sept Chevaux de carrosse, de quatre Chevaux de
selle, pour monter les officiers.

Quand il y a des enfants, ce sont encore: une Gouvernante d'enfants, une
Nourrice, un Gouverneur ou Prcepteur, un Valet de Chambre, deux Laquais,
une Servante pour la Nourrice.

Toute la dpense de cette nouvelle domesticit, ajoute  l'autre, ne
s'lve gure, comme gages, qu' _deux mille quatre cent soixante-cinq
francs_.

Audiger tablit aussi, sur un pied honnte le budget d'une maison de
moindre consquence, d'une maison d'homme de qualit, o il y a un Valet
de Chambre, une Femme de charge, un Cuisinier, un Cocher, deux Laquais,
et  l'curie deux Chevaux pour le petit carrosse-coup, dont il donne
le prix d'achat  cinq cents francs, ainsi que des deux moyens chevaux,
_ deux mains_, valant de six cents  sept cents francs.

Et pour cette Maison, o, en comptant le Matre, il y a huit bouches 
nourrir, Audiger arrive  la somme de quatre cent huit livres par mois,
et  la somme par chacun an de _quatre mille huit cent quatre-vingt-dix
neuf livres_.

Enfin Audiger tablit le budget d'un homme de qualit qui vit  l'auberge,
paye la nourriture de ses gens, et se sert d'un carrosse de remise.

Son valet de chambre,  raison de vingt-cinq sous par jour pour sa
nourriture, et cinquante cus de gages, lui cote par mois trente-sept
livres dix sols, et par an. . . . . . . . . . . . . . . . . . .457 l. 10 s.

Ses deux laquais,  raison de seize sols par jour, pour leur nourriture,
chacun, et quatre-vingt-dix livres de gages, lui cotent par an
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 585 l. 12 s.

Quant au matre, il peut dpenser, tant pour sa chambre garnie que pour le
logement de ses gens, et pour sa pension et nourriture, un cu par jour;
ce qui fait par an. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1098 l.

Et pour le carrosse de remise,  raison de vingt pistoles par mois; ce qui
donne par an, la somme de. . . . . . . . . . . . . . . . . . .2400 l.

C'est ainsi, dit Audiger, que toute la dpense d'une personne, qui veut se
gouverner de la sorte, peut aller, par mois,  la somme de _quatre cent
six livres, onze sols, six deniers_ et par chacun an  _quatre mille
huit cent dix-neuf livres_.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 8 avril_.--Voici Paul Margueritte, qui pousse la porte du
_Grenier_, bien vivant, bien portant. Il parle de sa vie de travail, cet
hiver, entre le piano de sa femme et les devoirs de ses petites filles.

Et voil Pierre Gavarni qui nous entretient de la contamination des
campagnes, par cette universalit de soldats, rapportant la v... dans les
localits, les plus sainement portantes. Il signale aussi le changement
curieux, arriv chez les paysans de son dpartement, qui lorsqu'ils
n'avaient pas le sol, taient des conservateurs forcens, et qui,
maintenant qu'ils possdent des terres et de l'argent, sont socialistes.

       *       *       *       *       *

_Mardi 10 avril_.--Dcidment je me crois foutu!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 12 avril_.--Il est question de Marseille, et Richepin parle assez
drolatiquement de deux parentes de sa femme, natives de ladite ville, qui
ont pass avec les enfants de l'une, quelques jours dans son logis, et
dont le sjour a t pour lui une vraie jubilation. L'une, la mre, trs
exubrante, trs grande parleuse, l'autre une concise, mais formulant des
phrases, dans lesquelles tait condense toute l'exagration de la parole
mridionale. Ainsi la mre disant de son enfant, je ne sais  propos de
quel petit mfait: Alors j'ai fait des noeuds  mon mouchoir..., et je lui
en ai donn..., je lui en ai donn!--Oui, reprenait la soeur, quand je
suis monte  ses cris, sa chair tait une bouillie! Un autre jour, la
mre parlant encore de son enfant, de sa manie de toucher aux allumettes,
de sa crainte qu'il n'incendit la maison, et racontant que pour lui faire
peur du feu, elle lui avait tenu un moment le doigt au-dessus d'une bougie,
la soeur de s'crier: Le pauvre petit..., oui, a sentait la fonte de la
graisse!

Hrdia, que je remercie de l'envoi de la _Nonne Alferez_, illustre par
Vierge, me donnait quelques dtails sur le grand artiste paralys. Dans le
naufrage de son cerveau, il est rest une case intacte, la case du dessin.
Il ne sait plus lire, plus crire,--oui, plus crire, en sorte que pour
signer maintenant un dessin, il est oblig d'en copier la signature sur un
dessin d'autrefois, et cependant,  prodige! de la main gauche, il dessine
avec sa facilit passe, sur la lecture qu'on lui fait d'un chapitre,
d'une page. Maintenant, dans ce grand corps paralys, la sant physique
va trs bien. Il boit, il mange, fait des enfants, dborde d'une grosse
gaiet. a ne fait rien, quel malheur, que cette mort d'une moiti de
lui-mme, et bien certainement de quelque chose de son talent, qui allait
faire un si beau, un si original, un si espagnol, Don Quichotte.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 15 avril_.--On parle de la marche des gens et c'est pour
Raffalli, l'occasion d'une causerie, o il se montre un grand observateur
physiologique. Dernirement il avait vu, dans la rue, Huysmans fermer son
parapluie, et il nous peint le petit frottement des mains contre le haut
de sa poitrine qui a suivi, et la contracture des gestes, et l'incurvation
du poignet, et enfin la marche de l'homme nvros, qui n'a pas la grande
enjambe ordinaire, mais une enjambe, qui a l'air d'tre retenue par une
chane.

 cette marche de Huysmans, Raffalli opposait la marche appuye sur la
plante du pied du Norvgien Thaulow, cette marche pesante et dandinante
sur la terre, d'un marin marchant sur le pont d'un navire. Et la marche
de Thaulow amne Raffalli  peindre ces gens du ple, si peu assimilables
 notre race, et qui, habitant mme notre pays, on ne les voit
qu'intermittamment, comme ces grands oiseaux de mer, qu'un trop fort coup
d'aile rapproche par hasard de vous. Et comme je lui demande, si sa femme
est vraiment aussi jolie qu'on le dit, il me rpond qu'il n'en sait rien,
que ces gens du nord, avec leur blondeur de chanvre, ont quelque chose
d'effac, quelque chose qui ne fixe pas le regard, quelque chose qui ne
reste pas dans la mmoire. Le souvenir de ces tres fond, dit-il, et il
ne reste dans votre souvenir, que des rminiscences, pour ainsi dire,
irrelles. Tout ce qu'il se rappelle du couple,  la faon d'une
hallucination, c'est leur vision, un jour que le mari tait tout en jaune,
la femme tout en bleu de ciel: et a, comme deux taches, dans un mauvais
dessin de photographie en couleur.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 19 avril_.--Exposition Marie-Antoinette. Quelque chose portant sur
les nerfs  cette exposition. On n'y entend que du franais passant par
le rauque gosier juif d'un Francfortois, et cette exposition prend le
caractre d'une exposition isralite.

Dans une causerie avec Daudet, nous jugeons tous deux absolument de mme
le livre de Rosny (L'IMPRIEUSE BONT). Nous n'aimons pas l'imagin du
livre, le suicide de la femme, mais nous trouvons bien, trs bien toute la
reproduction de la ralit, que Rosny a rencontre dans la vie, et nous le
reconnaissons comme un grand et puissant analyste de la souffrance humaine.

       *       *       *       *       *

_Lundi 23 avril_.--Rptition chez Frantz Jourdain de:  BAS LE PROGRS,
jou par Janvier, Mlle Valdey, qui l'a dj jou au Thtre-Libre, et
Daras, de l'Odon.

Un programme a t lithographi par Ibels. J'allais sortir, quand il
arrive. On me le prsente, et il me raconte ceci. Son pre s'est battu
 la premire d'HENRIETTE MARCHAL, et lui, juste vingt ans aprs, s'est
cogn  la seconde de GERMINIE LACERTEUX, et a cass un petit banc sur
la tte d'un normalien, de sa connaissance, avec lequel il tait venu 
l'Odon.

       *       *       *       *       *

_Mardi 24 avril_.--Le vernissage du Champ-de-Mars. Une perspective de
roues de voitures accules au trottoir, dans toute l'tendue de l'Avenue
de la Bourdonnais.  l'entre, sur les escaliers, sous le pristyle,
trois ou quatre ranges d'hommes ou de femmes, passant tout le temps de
l'exposition,  regarder les gens qui entrent. Partout du monde demandant
 tre reconnu, qutant derrire lui, le murmure de son nom. Ah! ces
messieurs et ces dames se fichent pas mal des tableaux et des sculptures!

Ce n'est plus la mode des couleurs _esthtes_. Aujourd'hui toutes les
femmes sont en noir, avec au dos des plerines ruches, de petits collets
voletant derrire elles, et les enveloppant de distinction. Mais les unes
ont les cheveux tirebouchonns  la diable, leur donnant l'aspect de
folles, les autres sont coiffes de bandeaux plats, leur recouvrant les
coins des yeux et leur enfermant la figure, quand elles sont brunes, comme
de deux bandes de taffetas noir; mais qu'elles soient brunes ou blondes,
leur donnant  toutes un caractre d'inintelligence, bien loin de la
primitivit qu'elles recherchent.

En sortant, La Gandara me fait la conduite jusqu'au Trocadro, en me
confessant son tat nerveux, qui le rend incapable de travailler, pendant
la semaine de l'ouverture de l'Exposition, m'avouant envoyer sa bonne,
tous les matins, ds _patron minette_, acheter tous les journaux, et
vouloir anxieusement dcouvrir d'un seul coup d'oeil, si son nom y est.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 29 avril_.--Cette noire envie produite par la dtention de
l'argent, chez quelques-uns, nous faisait rabcher, Daudet et moi, que ce
n'tait pas l'argent, qui apportait  la vie les jouissances intrieures
intraduisibles, que ces jouissances taient produites par une bouteille de
vin mdiocre, le jour o on avait soif, par l'abandon entre vos bras d'une
femme, qu'on n'achetait pas, et, mon Dieu, quelquefois simplement par
une matine de beau temps dans la campagne, par du soleil, par de l'air
grisant, dans l'alacrit du physique et du moral, en bonne sant et en
joie.

Puis c'est un loge enthousiaste du portrait de Montesquiou, par Duret et
Raffalli. Et, comme il est question de l'excentricit du peintre, Duret
raconte qu'il a t saisi  Londres, un jour o il donnait un djeuner,
o il avait pour convives la duchesse de Westminster, et je ne sais plus
quel autre Anglais: tous deux les deux plus grandes fortunes d'Angleterre:
convives prs desquels,--il avait trouv drle de faire asseoir  sa table
du djeuner, les deux excuteurs de la saisie. Et Whistler,  la suite
de ce djeuner, o il abandonnait Londres, disait en parlant de ces deux
richissimes invits qui l'avaient laiss saisir, que ce n'tait pas
par cochonnerie, mme par complte indiffrence, mais parce que leur
imagination ne leur avait pas fourni l'ide, qu'il y avait de quoi acheter
pour payer ses dettes.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 3 mai_.--Aujourd'hui, dans le brisement du corps, qu'a amen chez
moi la crise d'avant-hier, et o je me suis couch dans la journe, j'ai
mon ternel cauchemar, mais dans une apparence de ralit, qu'on pourrait
qualifier de douloureusement lancinante.

Je suis dans une fte de jour, dans une ville vague de province, une fte
de jour, en un grand difice, tout semblable au casino de Vichy. Il faut
que je m'en aille, parce que le lendemain matin, je quitte la ville, et
que j'ai besoin de faire ma malle. Le chemin du local de la fte  mon
htel est tout droit et tout court, et depuis que je suis dans cette
ville, je l'ai fait tous les jours, mais je sors par une autre porte, et
je m'gare dans un lacis de petites rues, au moment o la nuit commence 
tomber. En battant des rues, des ruelles interminables, avec le sentiment
que chaque pas m'loigne de mon gte, j'ai soudainement l'angoisse d'avoir
oubli le nom de mon htel, sans pouvoir le retrouver, quelque effort
que je fasse: angoisse horrible qui ne dure qu'un moment, il est vrai.
Une chance extraordinaire, dans ce bout de ville, sans passants et sans
rverbres, passe un monsieur, que je reconnais pour un voisin de table
d'hte, et qui  ma demande, me jette: Htel du Conservatoire. Mais il
se drobe aussitt,  l'instar d'une apparition, sans me donner aucune
indication, pour regagner l'htel. Mes yeux cherchent des voitures, mais
 une petite place, o j'en trouve, les cochers sont introuvables.

Je me dcide  entrer dans un caf, o l'on est en train d'teindre le
gaz, et je demande le chemin de l'Htel du Conservatoire.  ce nom, tous
les gens du caf et le patron lvent la tte, me regardent, en souriant
gouailleusement: un sourire qui me fait comprendre, que c'est un htel qui
jouit d'une mauvaise rputation, une sorte de maison de passe, et derrire
moi une voix s'lve qui crie: Oh ce monsieur qui est descendu  l'Htel
du Conservatoire..., il ne sait donc pas, que le matre de l'htel a
t siffl au Cirque, il y a huit jours. Je demande alors que quelqu'un
veuille bien, en le payant, me ramener  la fte, dont je sors. Un petit
bossu, se met  marcher devant, un bossu effrayant, dont la bosse mouvante
se dplaait, et allait d'une paule  l'autre,  chacun de ses pas.
Enfin, me voil revenu  ma fte, claire  _giorno_... Mais non, ce ne
sont plus les gens du casino de la journe, ce n'est plus le mme monde.
Partout des figures hostiles, des yeux me regardant de travers, des
bouches chuchotant des choses mchantes... Oh, mais voici un de mes amis
les plus intimes, qui se trouve l, par un hasard inexplicable, et auquel
je demande  me reconduire... Et ne voil-t-il pas que, sans me regarder,
sans m'couter, sans me rpondre, il prend la taille d'une femme, se met
 valser, et la salle s'agrandissant  chacun de ses tours de valse, il
disparat  la fin dans l'loignement de la salle, devenue une salle 
perte de vue, et o tout le monde a disparu  sa suite, et o dans
l'effrayant vide, les lampes s'teignent l'une aprs l'autre. Je me
rveille dans une terreur indicible.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 4 mai_.--L'attente tous les jours, dans l'tat de souffrance
o je suis, et avec les quatre soupes au lait, que j'ai dans le ventre,
depuis lundi, l'attente d'une lettre indigne ou injurieuse,  propos de
tel ou tel paragraphe de mon JOURNAL.

       *       *       *       *       *

_Samedi 5 mai_.--Frdric Rgamey me fait voir une srie de portraits,
publis dans le _Matin_, des dessins assez pousss, dont il fait une sorte
de rsum  la plume, trs largement trait, et qui a le caractre et les
tailles de ces bois, illustrant les livres du XVIe sicle.

Comme je feuillette ces portraits, je lui dis:

--Eh bien, l dedans, quels sont les gens qui se disent heureux?

--Tenez, voil Camille Doucet, dit Rgamey en me montrant son portrait,
qui se proclame le plus heureux des hommes, et qui professe, que pour tre
heureux, il n'y a qu' le vouloir.

--Oh! lui, c'est un comdien... un particulier qui se croit toujours en
scne.

--En voil encore un parmi les heureux, regardez-le, s'crie Rgamey,
c'est Barthlemy Saint-Hilaire... il est, tout le temps,  parler du
bonheur de vivre, des jouissances, que chaque jour apporte.

--Oui, lui, est plus sincre... mais c'est un cerveau de glossateur.

--Ah! par exemple Leconte de Lisle, reprend Rgamey, lui, fichtre, il ne
trouve pas belle... la vie!

Oui, oui, je crains bien que l'opinion de Leconte de Lisle soit l'opinion
des intelligents et des dlicats, sur l'existence humaine.

Un moment, il est question des courses, et Rgamey dit assez
intelligemment, que les courses sont en train de ruiner absolument la
petite bourgeoisie, la classe intermdiaire entre le richard et le
_sans-le-sou_, et quand ce tampon va tre dtruit, les sans-le-sou vont
se trouver nez  nez avec les grosses fortunes, et l, va commencer la
dbcle.

Puis il reinte Cham, dont les caricatures, dit-il, n'ont jamais eu rien
de gnreux, et qu'il appelle le champion de l'picerie bourgeoise.

Dans un carton, il a quelques croquis faits au Palais de Justice, pendant
le procs de Henry. C'est curieux, chez ce jeune mchant, le resserrement
des deux lvres, ressemblant  la contraction de la mchoire d'un froce,
prt  sauter sur sa proie.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 6 mai_.--Grand dner chez Daudet, et autour de la table,
le mnage Zola, le mnage Raffalli, le mnage Rodenbach, le mnage
Charpentier, le mnage Lon Daudet.

Dans les paroles de ce soir, chez les hommes, chez les femmes, il y a de
la bataille, et la bataille clate,  propos de la monographie peinte du
Christ par Tissot, que Zola dclare l'avoir compltement empoign, et 
laquelle il regrette de ne pouvoir faire un article, que Daudet assure
tre une oeuvre qui l'aurait converti, s'il n'avait pas la tte en _pomme_,
tandis que le parti oppos l'reinte frocement. Et quand il est tabli,
que la qualit de ces peintures, est d'tre surtout une reconstitution,
il y a ceux qui prtendent, que l'histoire du Christ doit tre traite
lgendairement, sans s'aider aucunement de la vrit des localits et des
races, et nous qui soutenons que l'histoire du Christ est une histoire,
comme celle de Jules Csar, et que la reconstitution de Tissot, est faite
en correspondance avec le mouvement historique contemporain.

Et de Jsus-Christ, on saute  Ibsen, que Zola dit engendr par le
romantisme franais, par George Sand, et que Lon Daudet fait sortir
du romantisme allemand, du roman indo-germanique, et la controverse
batailleuse passe de la salle  manger au salon.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 9 mai_.--Aprs ces crises, on a la tte vide, comme dshabite,
avec seulement dedans, une chaleur fumeuse.

J'ai la visite d'un littrateur viennois, M. Rodolphe Lothar, qui me
propose, avant que je trouve  faire reprsenter la FAUSTIN  Paris, de
la faire jouer  Vienne, par une actrice ayant un grand talent.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 13 mai_.--Daudet,  son entre dans le _Grenier_, contait que
dnant dernirement avec un _jeune_, un garon, auteur de deux ou trois
_articulets_, ce jeune, sur le nom de Flaubert, prononc par quelqu'un 
ce dner, disait simplement:  peine, je l'honore de mon mpris!

Vraiment cet Henri de Rgnier a la conversation, toute pleine de jolies
images, de fines remarques, de dlicates ironies. Il nous peignait
aujourd'hui Fnon, cet original n en Italie, et ayant l'aspect d'un
Amricain, un tre intelligent, travaillant  se faire une tte,
cherchant l'tonnement des gens par une parole axiomatique, une comdie de
concentration intrieure, une srie de petites actions et manifestations
mystificatrices,--mais un homme de coeur, bon, sensible, appartenant tout
entier aux excentriques, aux disgracis, aux misreux.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 20 mai_.--Ajalbert m'apporte une lettre d'Antoine, venue de
Constantinople, m'annonant que la censure du _Grand Turc_, avait interdit
la FILLE LISA.

Je ne puis m'empcher de dire  Ajalbert, qu' sa place, je regretterais
joliment de n'avoir pas fait partie de cette tourne, en compagnie des
vingt-cinq cabotins et cabotines, qu'Antoine tranait  sa suite, et de
l'trange _impresario_ belge. Voit-on ce monde  travers les rues de
Stamboul. Ah le beau et original ROMAN COMIQUE  refaire, au milieu des
paysages orientaux!

L'actrice du Thtre-Franais, est la matresse commande, impose  tout
homme arriv en politique. Est-il  ses dbuts, il a une matresse du
Thtre-Libre ou de n'importe quel petit thtre, mais nomm dput,
il lui faut une socitaire ou au moins une pensionnaire de la rue de
Richelieu.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 24 mai_.--Chez Charpentier, pour le dpart de l'ITALIE D'HIER, puis
 l'Exposition de Carpeaux.

Oh les admirables bustes de Grome, de Giraud, de matre Beauvois, ce
Vitellius de la basoche. Non, sauf chez les Grecs, je ne connais pas de
bustes pareils: oui des bustes suprieurs  ceux de Houdon, au fond d'un
faire un peu sec et rtrci, oui des bustes ou aucun sculpteur n'a mis
comme lui, dans le marbre, le bronze, la terre cuite, la vie grasse de
la chair. Et ces bustes de femmes, o dans la force et la puissance de
l'excution--ce qui n'arrive jamais chez les sculpteurs, qui font joli--il
y a la dlicatesse de construction, la finesse des artes, la mignonnesse
des traits, et pour ainsi dire, la spiritualit matrielle de la crature
fminine.

Le beau buste que le buste coquet et hautain de la duchesse de Mouchy,
avec son lgant mouvement de bras, remontant un pan de manteau sur sa
poitrine; le gracieux buste du profil de Mme Demarsay; le voluptueux buste
de Fiocre,  la frimousse mutine dans sa jolie minceur, et dont la fleur
de l'entre-deux des seins a quelque chose de l'_amoroso_ de tout le
buste,--n'a pas l'air d'une fleur dans un pot, ainsi que la plupart des
fleurs, places l.

Dans ces bustes, de l'excution toute franche, toute simple, sans partie
fruste, sans _cangue_, pour faire ressortir les parties finies.

Maintenant ce qu'il y a de curieux, c'est l'infriorit, des peintures,
des dessins, des griffonis, aux sculptures, o rien que dans les
croquetons de glaise, dans les boulettes de terre, il y a du ptrissage
de gnie.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 27 mai_.--C'est dcidment sa PETITE PAROISSE,  laquelle Daudet
travaillait ces temps-ci, et qu'il est au moment de terminer. Il me dit
qu'il vient d'en lire une partie  sa femme, qui a t un peu trouble par
la passion mise dans le bouquin. C'est un mari tromp par sa femme, qui
veut la _raimer_, mais le recollage de la chair ne peut se refaire.

       *       *       *       *       *

_Mardi 29 mai_.--Visite du docteur Michaut, de retour de l'Amrique
mridionale, o il a pass quatre mois. Il me parle de la fivre jaune
dans ces villes, vous faisant repasser, sous les yeux, toute l'horreur
pouvantable de la peste de Marseille, et amenant, chez les survivants,
un curieux ddain de la vie. Il se trouvait  Santos, faire partie d'une
socit, qui, en prenant l'apritif de tous les matins, tirait  la
courte-paille, qui est-ce qui serait mort le lendemain. Il laisse percer
le dsir de retourner en Orient, au Japon, me peignant le soulvement de
coeur qu'il a, en entrant dans une gare d'Europe devant les affiches Boboeuf,
etc.

Il cause mdecine, dit qu'en France un mdecin est oblig de faire de la
clientle pour vivre, tandis qu'en Allemagne, le mdecin a un traitement
qui lui permet de rester  son laboratoire; et laisse un professeur de
pathologie tout  ses dissections et  ses travaux micrographiques.
Et dans un sjour qu'il a fait  Francfort, il accompagnait, presque
journellement, ledit professeur de pathologie,  une dissection
particulire. Or--c'est curieux et personnel  la race
hbraque--l'autopsie avait lieu le plus souvent chez un banquier, chez un
riche juif de l'endroit, dont les enfants voulaient prserver leur avenir,
des maladies de leur pre. Et l'autopsie faite, le professeur lisait aux
hommes de la famille assembls, ses notes qui leur disaient: Attention 
tel organe!

       *       *       *       *       *

_Mercredi 30 mai_.--Dner, rue de Berri, avec la comtesse de Montebello,
l'ambassadrice de France  Saint-Ptersbourg, une femme  la joliesse, que
rend piquante un grain de beaut, en haut d'une pommette. Spirituellement
causante, elle dcrit les grandes ftes de la cour, les _Ftes des
Palmiers_, o dans un souper de mille personnes, chaque table est dresse
autour d'un palmier, dans un luxe de fleurs impossible  imaginer, en un
clat de costumes d'hommes indescriptible, et o l'Impratrice, qui est
toute petite, disparat sous les bouchons de carafe de ses admirables
diamants. _Des ftes crasantes,_ dit la comtesse.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 31 mai_.--L'affaire Turpin. Dans les autres sicles, les _gens en
vedette_ taient des _crateurs_, aujourd'hui ce sont des _destructeurs_.
Tout ce retentissement autour de l'invention de la mlinite, n'est-ce
point le corollaire de l'anarchie?

Ce soir, dner chez les Daudet, en l'honneur de Montesquiou, o l'on ne
parle que de la fte donne hier par lui,  Versailles, et qui, de l'avis
de tout le monde, tait une merveille. Montesquiou se plaint de n'avoir pu
jouir de sa fte, tout occup de sa prparation et de son montage.

       *       *       *       *       *

_Samedi 2 juin_.--Un morceau de journe, pass au Champ-de-Mars, dans les
dessins, les estampes, l'art industriel.

Dans ce moment, il y a un curieux effort de la lithographie et de la
gravure vers la reproduction de la couleur. Une planche trs remarquable
est une lithographie de Lunois, intitule: Danseuses espagnoles avant
la danse. Une planche du plus grand caractre, chappant  l'imitation
japonaise, par l'intensit des tons, le bleu cru du fond, le jaune, le
rouge franc des robes, les noirs d'ombre nocturne, en pleine figure.

Dans les objets de l'art industriel, l'tain en pleine rsurrection. Des
reliures de Wiener de Nancy, des reliures de Prouv, le peintre, dont
l'une: Mlancolie d'Automne reprsente sur une peau, couleur de feuille
morte, et en relief, le recroquevillement des feuilles sches dans cette
saison, sur les chemins.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 6 juin_.--Ce matin, Francis Poictevin vient me lire des
fragments de son nouveau livre. Il entre, disant dans un emportement
colre, que la communion chrtienne est une idoltrie de sauvage, que
la manducation et la digestion du Bon Dieu, c'est d'une matrialit
dgotante, que les Persans avaient une communion autrement spiritualiste,
une communion sous la forme de l'essence d'_asclepia_, une fleur blanche
aux corolles roses; et que lui ne comprend la communion qu'au moyen d'une
rose: un baiser, une simple osculation avec cette fleur, dont le rose,
dit-il, reprsente l'amour, et le blanc, l'innocence.

L-dessus, le voil qui me lit dans un cahier manuscrit, son livre tout
plein de Dieu, dans lequel il est devenu un mtaphysicien, disant des
choses plus leves, que dans ses autres livres, et o il cite cette
originale phrase de l'Allemand Bohme: La matire est comme le portrait
d'une personne absente.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 8 juin_.--Seconde pose pour un mdaillon, qu'excute d'aprs moi,
Alexandre Charpentier.

Une curieuse innovation de l'artiste, et dont je crois qu'il n'y a pas
d'exemple, chez les sculpteurs anciens et modernes. Son esquisse en terre,
aprs son premier travail, il la moule, et tablit son mdaillon fini, sur
une suite d'preuves semblables  des tats d'eaux-fortes, et quelquefois,
il va  six moulages. Il s'est mme amus, une anne,  faire, tous les
cinq ou six jours, une esquisse de son petit garon, et  le mouler.
 l'heure prsente, il a excut un nombre infini de mdaillons, et
une srie de presque tous les auteurs, et acteurs, et actrices du
Thtre-Libre.

Comme je l'interroge sur ses dbuts, il me dit bravement qu'il est
le _fils de pauvres_. Il a voulu se faire sculpteur, ayant alors la
conception d'un sculpteur, comme d'un homme mont sur un chafaudage,
frappant sur un ciseau avec un maillet. Sur le refus de son pre de lui
laisser prendre cette carrire, il abandonna la maison paternelle, et
subsista on ne peut savoir comment, pendant des annes de misre, o il
coucha sous les ponts, en compagnie de Forain, qu'il avait rencontr dans
son existence vagabonde; une existence non de bohmes, dit-il, mais de
camelots.

Forain faisait alors de la sculpture, et l'entrana  l'cole des
Beaux-Arts, je crois, dans l'atelier de Cavelier. Mais l, ptrir de la
glaise ne lui semblait pas, avec les ides de son enfance, l'oeuvre d'un
vrai sculpteur, d'un sculpteur frappant,  tour de bras, sur de la matire
dure; et il entrait dans un atelier de mdailliste, o se creusaient des
coins, o l'on incisait le mtal: vivant alors de travaux commencs pour
des camarades, de bronzes de poignes de commodes, pour un rparateur
de vieux meubles, et venant  l'atelier d'une manire intermittente, et
travaillant sans got. Car, s'crie-t-il, en levant la tte de sa terre,
il n'y a que sept ou huit ans, que l'amour du travail m'est venu... et
seulement, quand j'ai t encourag par des gens, dont j'estimais au plus
haut degr le talent... quand j'ai t encourag par Rodin.

Et maintenant, c'est un rude et acharn travailleur, s'appliquant, dans
les loisirs que lui laissent ses mdaillons,  faire de l'objet de la vie
usuelle, un objet d'art, ayant  l'exposition du Champ-de-Mars, de cette
anne, des corbeilles  miettes, des brosses, des bougeoirs, des jetons,
des cartons pour estampes, des couvertures gaufres de catalogues, des
programmes du Thtre-Libre. Et aujourd'hui, il est en train d'excuter,
pour l'anne prochaine, un piano  queue en mosaque, et une grande
fontaine en tain.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 10 juin_.--Rodenbach nous cite,  propos de sa pice, des mots
entendus par lui ou sa femme, dans les corridors.

--Cette pice est triste, disait celui-ci.

--Oui, rpondait celui-l... mais, n'est-ce pas, on ne peut pas toujours
entendre des cochonneries.

--Ne trouvez-vous pas cette pice lugubre? disait l'un.

--Oh! moi, rpondait l'autre, a ne m'a rien fait, je suis en deuil!

Au sujet, de LA MAISON TELLIER, Toudouze contait qu' l'enterrement de
Maupassant, se trouvant dans la mme voiture, que Hector Malot, celui-ci
lui avait appris que c'tait lui, qui avait donn l'pisode de la chose 
Maupassant, mais qu'il avait gt ce qu'il lui avait racont, en terminant
la nouvelle par une fte, tandis que la matrulle avait dit  ses femmes:
Et ce soir, dodo toute seule!

       *       *       *       *       *

_Mardi 12 juin_.--Exposition des Champs-lyses. Ah! la pauvre peinture,
ou durement noire ou fadement porcelaine... Oui, je n'ai remarqu qu'une
toile qui soit la peinture d'un vrai peintre, je n'ai remarqu que
le tableau de l'Anglais Orchardson, ayant pour titre l'nigme et
reprsentant, assis sur un canap, une femme et un homme en costume de
l'Empire, qui ont l'air de se bouder. C'est peint dans un dlavage d'huile
ambre, o les couleurs ont quelque chose des couleurs amorties d'insectes,
pris dans un morceau d'ambre, et des accessoires, si joliment enlevs
d'une touche  la fois spirituelle et flottante.

Non vraiment, tout le grand art a l'air de dmnager dans l'art industriel,
et l'art industriel est tout l'intrt de cette exposition. C'est de
Ledru une cruche en tain d'un trs grand format, dont l'anse est faite de
l'accrochement des bras d'une naade au bord du vase, et dont les jambes
s'en vont dans l'air,  la drive sur le dos d'un dauphin, tandis que dans
le bas de la cruche, une autre naade flotte au-dessus d'une vague, les
mains enfonces dans sa chevelure. Oh! l'tain est tout  fait triomphant,
et je crois que son emploi va avoir une action sur la sculpture, et forcer
le marbre, la pierre, le bronze,  lutter avec le _flou_ de cette matire.

C'est de Rispal, un mdaillon _en cire de couleur_, reprsentant sainte
Ccile, un mdaillon d'un caractre artistiquement trange, avec, sur
un fond de brun rouge, sa tte de dlicate Nubienne, et  travers le
ptrissage de cette grasse matire, colore fauvement, seulement le
brillant de l'or d'un nimbe, l'clair d'argent d'un ruban qui enferme
sa chevelure.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 14 juin_.--Enfin voil prs de vingt jours que je n'ai eu
une crise... Ah, c'est bon cette trve! Car  la crise de tous les
commencements de semaine, qui me permettait de ressusciter le vendredi,
et de vivre le samedi et le dimanche, avait succd la priode de deux
crises par semaine, qui amenait chez moi une faiblesse, au del de ce
qu'on peut imaginer.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 15 juin_.--Jeanniot m'apporte une suite d'tudes, pour son
illustration de la FILLE LISA, o il y a des croquis merveilleux du
_Bordelier_ de la maison de Bourlemont, des filles de la province, bien
diffrentes des filles de l'cole-Militaire, du troupier ingnu, amoureux
d'lisa. Quel malheur, que ces croquis soient condamns par l'diteur,
 des rductions minuscules, qui vont tuer la vrit _naturiste_ de ces
dessins, faits avec une conscience, qu'on rencontre bien rarement chez
l'illustrateur d'un livre de maintenant.

       *       *       *       *       *

_Mardi 19 juin_.--L'exposition de la vie de Notre-Seigneur Jsus-Christ,
de Tissot, cette monographie raliste de Jsus, compose de 350 peintures
et dessins, dont 270 sont exposs cette anne, et le restant sera expos
l'anne suivante.

Un public nombreux trs enthousiaste, o se trouve ml au public lgant
des expositions, une foule d'trangers, et un certain nombre de prtres.

Tout d'abord des dessins  la plume de la Valle de Josaphat, du
Jardin des Oliviers, du Pont de Cdron, du Chemin de Getsmani, trop
microscopiques, trop _petiots_ de forme et de facture. Mais il faut le
dire, il y a des reconstitutions de Jrusalem, laves de couleurs, qui ont
un peu du caractre des grandes cits ninivites, peintes par le peintre
anglais Martins.

Quant aux dessins  la plume, reprsentant des types juifs, Tissot nous
les montre portraiturs dans la vrit du type juif autochtone, et donnant
trs exactement ces grands nez courbes, ces sourcils broussailleux, ces
barbes en ventail, ces regards prcautionneux soulevant de lourdes
paupires, et les penses calculatrices, et les jovialits mauvaises,
et la perfide cautle, sous la bouffissure de graisse de ces faces.

Maintenant, dans la monographie particulire du Christ, en toutes ces
ranges d'aquarelles,  la linature, en gnral schement dcoupe dans
une coloration un peu froide, nombre de dessins artistement composs,
avec d'habiles groupements, comme les _Mages en voyage, Jsus parmi les
docteurs_, etc., etc. Un rude et beau saint Pierre, bien temptueux dans
l'envole autour de lui de sa tunique, une franche et jeunette figure de
saint Jean l'vangliste. Une petite merveille du clair-obscur, c'est
l'aquarelle de Jsus devant Pilate, intitule: _Premier entretien_.--Oui,
dans la demi-nuit, que l'Orient aime  faire dans les lieux qu'il habite,
pendant la chaleur du jour, la robe blanche de Pilate est seulement
claire par la grande baie au treillis de fer, et l se devine plutt que
ne se voit, la maigre silhouette du Christ, les mains lies derrire le
dos, comme une apparition, dans l'ombre rostre d'une tunique, couleur de
rose dessche. Encore une aquarelle de la tonalit la plus distingue,
l'_Apparition du Christ sur le lac de Tibriade_, cette aquarelle rendant
le gris de perle matutineux d'un paysage, avant la monte dans le ciel du
soleil.

Puis enfin les scnes motionnantes de la prparation du crucifiement,
comme _Le premier clou_, _Le clou des pieds_, _Les cinq coins_.

       *       *       *       *       *

_Lundi 25 juin_.--Ce matin dans mon lit, en ouvrant l'_cho de Paris_, mes
yeux tombent sur cette ligne imprime en gros caractres: _Assassinat de
M. Carnot_.

Un tragique document de l'instabilit des choses humaines, que le journal
d'aujourd'hui, donnant trois pages sur le menu du djeuner au _vol-au-vent
Borgia_ et sur l'apothose de la journe de l'homme, dont la quatrime
page annonce la mort  minuit 45 minutes.

Pas de chance, pas de chance vraiment, dans la publication de mes livres.
En 18.., mon premier volume, a paru, le jour du coup d'tat de Napolon
III, le septime volume du JOURNAL DES GONCOURT, peut-tre le dernier
volume, que je publierai de mon vivant, voit ses annonces et ses chos,
arrts par l'assassinat du prsident de la Rpublique.

       *       *       *       *       *

_Mardi 26 juin_.--Ces jours-ci, j'ai reu une lettre de Rodolphe Lothar,
m'annonant que M. Bukovics, directeur d'un thtre de Vienne, est heureux
d'offrir comme _primeur royale_  son public: LA FAUSTIN, et qu'elle sera
joue en janvier ou en fvrier, par Mme Sandrock, qui serait,  l'heure
prsente, la meilleure Faustin, existant en Allemagne.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 28 juin_.--Vraiment, il me semble que la femme a une peau d't,
une peau qui a la lumire veloute de la fleur, au moment o la rose met
son rose tendre dans la verdure. Et cette remarque, ne l'avez-vous pas
faite  Paris, par les beaux jours, de juin, et ne trouvez-vous pas que,
ces jours-l, le visage de la Parisienne claire l'ombre des rues?

       *       *       *       *       *

_Vendredi 29 juin_.--Aujourd'hui j'ai reu,  propos de la publication
de mon JOURNAL, une enveloppe de lettre toute remplie de torche-culs
embrens: de la m... anonyme.

La bizarre et antithtique rencontre de papiers dans un carton. Ce
torche-cul, que je garde comme un spcimen de la polmique littraire
contre mes oeuvres, en ce temps de _voyoutisme_, se trouve prendre sa place
tout contre cet extrait de journal, qui est la rponse d'une femme  la
demande du _Journal_, questionnant ses abonns sur l'amour.

  J'affirme que ce sentiment est possible. Ne l'ai-je pas prouv une fois
  au moins? Jeune fille, je me pris de passion pour un crivain infiniment
  fier et rare, Edmond de Goncourt. J'appris longtemps aprs, que c'tait
  un vieil homme, que ses cheveux taient blancs, ce qui fit s'vanouir mon
  rve, mais je lui continuai toujours mon culte, que je voulus ne pas
  rendre vulgaire par une correspondance, qui aurait t mprise par
  l'auteur lui-mme, si j'en crois certains interviews rcents.

  Quoi qu'il en soit, je lui dois des heures exquises, et les larmes les
  plus sincres que j'aie verses.

  Qu'il y ait l, de quoi prononcer le mot amour, je ne sais pas! mais
  chez nous, quand l'me est prise si violemment, se peut-il que la chair
  s'absente d'un concert, o tout chante le dsir d'aimer!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 5 juillet_.--La presse italienne n'est pas contente de: L'ITALIE
D'HIER. Ces Italiens ressemblent aux jolies femmes, qui ne peuvent pas
supporter la plus petite critique de leur beaut. C'est tout de mme
curieux cet reintement de tout ce que j'cris, aussi bien ailleurs qu'en
France, et cela par ce seul fait, que je mets de la vrit dans ce que
j'cris.

Ces jours-ci,  propos de l'exposition, chez Sedelmeyer, des tableaux de
Turner qui me charment, je l'avoue, je me demandais cependant, si ce faire
de la peinture n'allait pas au del de la peinture coloriste, ne devenait
pas de l'art industriel, ne faisait pas concurrence aux _flambs_, avec
leurs larmes de couleur.

       *       *       *       *       *

_Mardi 10 juillet_.--Une matresse de maison parlait des domestiques
impossibles, qu'avait faits le service militaire, de ces paresseux, ayant
pris l'habitude de passer leur vie  fumer des cigarettes, couchs sur
leur lit, et de ces rvolts, incapables de supporter une observation,
quand on tombe sur un domestique, qui a t caporal ou sergent.

       *       *       *       *       *

_Mardi 24 juillet_.--Je relis ici,  Champrosay, LA FIANCE DE LAMMERMOOR,
un roman rest dans mon souvenir des lectures de ma jeunesse. Tout d'abord,
je suis frapp de l'art de la composition, puis bientt du manque
d'intensit des scnes. a ne fait rien, le romancier, c'est au fond
un grand, un trs grand imaginateur.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 27 juillet_.--Longue promenade en voiture dans la fort de
Snart, en tte  tte avec Daudet. Il se montre trs tendre, me parle de
l'affection de sa femme pour moi, qui serait tout  fait une affection
comme pour un membre de sa famille, et me donne l'assurance, qu'en dpit
de tout ce qui a t dit, fait, invent, par les jaloux de notre amiti,
cette affection n'a pas t entame, une minute.

Un moment il me confesse sa sensibilit  propos des attaques de la presse,
et m'avoue qu'il n'a pas lu un des derniers articles, dirig contre
lui, et qu'il savait trs hostile. Moi, je lui conte mon procd de
neutralisation de l'attaque littraire: c'est de mettre les articles dans
une enveloppe cachete, et de les lire deux ou trois mois, aprs leur
apparition.  cette date, ils sont comme s'ils n'taient pas;--leur venin
s'est vapor.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 1er aot_.--Ce soir Daudet me parlait de son sjour, pendant
cinq semaines (la fin de dcembre et le mois de janvier) dans le phare
des Sanguines, cinq semaines qu'il avait passes, jour et nuit, tout au
spectacle de la mer et de la tempte, sans crire une ligne, et o il n'y
avait dans le phare, qu'un vieux Plutarque, se trouvant l par hasard.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 2 aot_.--Le musicien Pugno qui dne, ce soir, parle tout  fait
loquemment des petits drames, accidentant la vie des excutants.

Lui, il dclare avoir,  chaque concert qu'il donne, l'motion
anxieuse, maladive, de son tout premier concert, avec la proccupation
d'empchements apports  son excution--et jusqu' la dernire note--par
les palpitations de son coeur, les contractions nerveuses de son avant-bras,
la chaleur de la salle qui peut rendre les touches du piano humides,
une raie du parquet, o peut glisser le pied de sa chaise. Et aprs ces
excutions, la dpense de l'motion a t telle chez lui, qu'il est pris
de crampes d'estomac atroces.

Mais dans ses concerts de Londres, qui durent deux heures, et o il est le
seul excutant, c'est surtout la proccupation,  un moment, de la perte
de la mmoire, et, comme il le dit, d'un _trou tout noir_, se faisant dans
le souvenir.

       *       *       *       *       *

_Samedi 4 aot_.--Les jeunes gens, levs  la campagne, et passant des
heures  contempler le paysage, ou  regarder le bouchon flottant d'une
ligne, gagnent  ce trop long contact avec la nature, un lazzaronisme, une
torpeur, une paresse de l'esprit, qui les empchent de faire quelque chose
dans la vie. Pour avoir le got fivreux du travail et de la production,
il faut presque toujours avoir grandi dans l'activit des capitales.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 19 aot_.--Une bonne d'une voisine a demand, ces jours-ci,  sa
matresse, d'aller chez son mdecin. Mais la demande a t faite d'un air
si extraordinaire, que la matresse a dit  une amie: Je ne sais pas,
mais il me semble qu'elle ne reviendra pas. En effet elle ne revenait
pas, et le lendemain elle envoyait de Mantes, une lettre o elle disait,
qu'ayant perdu ses conomies, elle allait se jeter  l'eau, et qu'elle ne
s'tait pas noye  Paris, parce qu'elle ne voulait pas tre expose  la
Morgue.

Deux jours aprs, sa matresse recevait une lettre d'un maire des environs
de Mantes, qui lui demandait d'envoyer des parents, pour reconnatre la
pauvre noye.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 22 aot_.--Dner  Saint-Gratien.

La princesse en attendant le dner, dplore la diminution de 8 000 francs
de rentes, dans le revenu des _Jeunes filles Incurables_, produite par la
conversion de la rente.

Pichot parle de la reprsentation sur le thtre d'Orange, o, dit-il,
le remuement dans le feuillage des vrais arbres du thtre, amen par le
mistral, rendait la scne vivante.

 notre retour en chemin de fer, M. D..., qui a beaucoup approch Thiers,
pendant la Commune, nous entretient du petit homme, dont il cite deux ou
trois traits d'impolitesse et de manque d'ducation.

Il nous le peint, se refusant  donner sa signature pour certains ordres,
pouvant engager sa tte: tout en battant militairement la charge avec ses
doigts, sur les carreaux de son cabinet; puis il fait un tableau assez
drolatique de l'homuncule tout nu, devant la chemine de la chambre,
habite par le roi de Prusse, frott avec de la flanelle par Mme Thiers,
en le comparant  un saucisson rose.

Et c'est une entente parfaite entre nous, sur les erreurs de ce grand
homme, qui a dit  propos du premier chemin de fer: Il faut donner a 
Paris, comme un joujou, mais a ne transportera jamais un voyageur ni un
colis! qui jetant,  Niel, avant la guerre d'Allemagne: Prenez garde de
faire de la France une caserne! s'attirait cette rponse: Prenez garde
d'en faire un cimetire!

Un moment, comme on parlait du peu de srieux des travaux de la
statistique, Pichot affirme, en riant, que les statisticiens recueillent
srieusement des blagues, comme celles qu'il faisait, quand il tait dans
le service de la _Clinique des enfants_, et qu' propos de morts d'enfants
de quatre ou cinq jours, il inscrivait: Mort du dgot de la vie, mort du
spleen.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 26 aot_.--Mon existence s'est passe, tout entire, dans la
recherche d'un dcor original des milieux de ma vie. Un jour, c'tait
ceci, un autre jour, c'tait cela. La semaine dernire, c'tait l'achat
de soieries de robes, portes par des femmes du XVIIIe sicle, pour en
faire des gardes de livres du temps, et toujours, de petites inventions
auxquelles les autres ne pensent pas. Et dans les choses infrieures,
mprises par les natures non artistes, j'aurais dpens autant
d'imagination que dans mes livres.

       *       *       *       *       *

_Mardi 28 aot_.--Un jour arrivera-t-il, o la science pourra traduire les
tentatives _parlantes_ de l'animal, voulant dire  l'homme, ses sensations,
ses besoins, ses dsirs, et ne pouvant les exprimer? Je pensais  cela,
devant ma chatte, dans les douleurs de l'enfantement, et qui avait l'air
de me demander une sage-femme.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 29 aot_.--Le peuple dit, et fait simplement, quelquefois,
des choses trs belles, qui, hlas! n'ont pas d'historien. Plagie me
racontait, que, lors de la mort de son pre, qui tenait, dans un village
des Vosges, le bureau de tabac, avec la vente de la mercerie et de
l'picerie de l'endroit, sa mre avait assembl ses enfants, et leur avait
dit: coutez, voici deux livres de ce qui nous est d. Il y en a un des
mauvaises _payes_: si vous m'y autorisez, je le brlerai. Ceux qui sont
honntes, et qui pourront payer, le feront, quant aux autres, je ne
voudrais pas que leurs enfants, qui ne sont pas responsables des mauvaises
affaires ou de la mauvaise foi de leurs parents, souffrent un jour, prs
de vous, de leurs dettes. Et le registre fut brl.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 30 aot_.--Je ne sais combien, il y a de mois, que je n'ai t dans
ce qu'on appelle un lieu de plaisir, toujours malade que j'tais. Ce soir,
je tombe au cirque,  mon spectacle aim des tours de force, au vrai
spectacle, et me voil, avant le commencement de la reprsentation, me
promenant avec une certaine jouissance dans les antichambres et les
curies de ce lieu, que j'ai un peu immortalis dans les FRRES ZEMGANNO.

Un trapziste extraordinaire, un homme volant dans l'espace, et c'est
singulier, comme cet exercice a un retentissement chez moi, comme il n'est
pas suivi seulement par mes yeux, mais par un jeu motionn et presque
actif de mes muscles et de mes nerfs, dans l'immobilit.

Puis l'obscurit, et le cirque tout tendu de noir, et un cheval de l'rbe,
sur lequel se tient debout une Loe Fuller, sous des flammes lectriques
de toutes couleurs, des lueurs violettes de gorges de tourterelles, des
lueurs roses de drages, des lueurs vertes de mousse sous la lune, et
c'est un ouragan d'toffes, un tourbillonnement de jupes, tantt claires
de l'embrasement d'un soleil couchant, tantt de la pleur d'une aube.

Ah! le grand inventeur d'idalit que l'homme, et ce qu'il a fabriqu dans
cette vision, d'trange, de surnaturel, avec la matire mme d'toffes
communes et d'une lumire canaille!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 2 septembre_.--Et tour  tour, il est question au _Grenier_,
de l'excution du cur Bruneau,  propos duquel on dit que les meurtriers
de profession, ont des canines particulires, des canines parentes des
canines des froces,--de l'admiration enthousiaste de Mirbeau pour les
peintres anglais du XVIIIe sicle, et de son mpris pour les John Burns
et les prraphalites,--du muse de Saint-Quentin, o se trouve,  ce
qu'il parat, un concierge fanatique de mes tudes du XVIIIe sicle, et
dclarant que c'est seulement depuis mon livre, qu'on vient voir les
La Tour,--du mouvement symbolique, que Geffroy croit tre un mouvement
bien dans le temps, ce temps scientifique, dans lequel jurent les
restitutions des choses uses de l'antiquit,--de Monnet, qui aurait fait,
aux diffrentes heures du jour, une trentaine de vues de la cathdrale
d'Angers, suprieures, d'aprs le dire de Frantz Jourdain,  l'mail du
peintre anglais Turner.

On parle encore longuement des procds nouveaux et, des recherches
biscornues des peintres du moment, et Geffroy cite un peintre, en train
de peindre au vaporisateur, se vantant des effets inattendus, qu'il va
bientt produire en public.

       *       *       *       *       *

_Lundi 10 septembre_.--Dans ce parc de Jeand'Heurs, o dessous chaque
arbre pench sur la rivire, il y avait autrefois une truite; on n'en
voit plus une, et dans cette rivire si poissonneuse, il n'existe plus
de poissons blancs, plus mme de vrons. Et c'est comme cela partout.
L'industrie est presque arrive  tuer tout ce qu'il y avait de bon, pour
la nourriture de l'homme.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 14 septembre_.--Les lments de la cuisine (viande de boucherie,
gibier, poisson, lgumes) sont si mauvais en Picardie, cette province,
o rgne le veau aux pruneaux, que Rattier pre, qui tait un gourmet
suprieur, aprs avoir pass une journe  Doullens, o son fils tait
sous-prfet, lui dit: Fais-toi nommer  Bayonne, ou n'importe o, et
aussi loin que tu voudras... j'irai te voir... mais ici, jamais je ne
reviendrai, on mange trop mal!

       *       *       *       *       *

_Samedi 15 septembre_.--Une pauvre vieille soeur, trs ingnue, est envoye
aux eaux de Bains, o les eaux se prennent dans une piscine. Intrigue
par ce que pouvait crire,  toute minute, sur un tableau, le garon,
elle s'adresse  son voisin, un mauvais plaisant qui lui rpond: Ma soeur,
c'est chaque fois, qu'on satisfait un petit besoin! Alors, tous les jours,
on entendait la pauvre soeur, s'adressant au garon: Monsieur Colombin,
marquez une fois. Et tout le monde de la piscine,  qui le mot avait t
donn, de rire.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 16 septembre_.--Je suis arriv  l'endroit difficile de ma pice,
 la mise en scne de la jalousie de Coriolis, qui me parat plutt une
chose livresque que scnique, et c'est le diable  arranger.

M. Demoget, l'architecte de Jeand'Heurs, qui a habit, pendant des annes,
Angers, disait que dans l'Anjou, il n'y avait pas de fermage, mais du
mtayage, qui forait le propritaire  entrer en relations avec son
tenancier, plusieurs fois, dans l'anne, et que chaque propritaire se
rservait dans la ferme, un logement, et qu'il tait stipul que, dans le
cas o il n'amnerait pas de domestique, le laboureur ou sa femme lui en
servirait, et que ces rapports frquents du seigneur et de son paysan,
rapports qui existent encore de nos jours, expliquaient cette parfaite
entente de la noblesse et du peuple, dans les guerres de la Vende.

Six heures du soir.--Les ornires des alles sous bois, se perdant,
s'effaant,--le feuillage teint, avec de la verdure lumineuse, seulement
prs des claircies,--un ciel lav de rose  travers les perces,--le
_ut, ut_ d'un petit oiseau, voletant  la recherche d'une branche, pour
dormir,--le bruit balanc de cloches lointaines, lointaines,--un grand
silence montant de la terre, abandonne par le travail de l'homme.

       *       *       *       *       *

_Lundi 17 septembre_.-- constater, combien augmente la rpulsion de la
femme de la campagne, pour le travail de la terre. Il y a ici une jeune
fille qui se marie, et qui a refus un laboureur trs bien de sa personne,
pour pouser un sculpteur en pierre, disant: Ce n'est pas un laboureur,
mais un sculpteur.  l'heure prsente les paysannes ne veulent plus
pouser, que des employs de bureau, des gcheurs de papier ou des maons
d'artistes. Ce que j'ai dit pour les gros ouvrages de la terre, devient
tous les jours, plus vrai.

       *       *       *       *       *

_Mardi 18 septembre_.--Dans la pierre ancienne d'une vieille maison, se
fait chez vous, un petit sentiment de jouissance trs difficile  dfinir,
mais parent du sentiment qu'on prouve, en voyageant, dans un pays qui a
un pass.

On parlait de Bulher, le dessinateur-paysagiste illustre, le crateur
du parc d'ici. On le peignait dsagrable de rapports, humoreux, despote,
mais ayant une vritable conscience d'artiste. Il faisait les plus grandes
difficults pour dessiner un parc dans les dpartements du Nord, disant
que sur ce ciel brumeux, le paysage ne se dtachait pas. Il avait
galement une rpulsion  travailler en Normandie, disant qu'il n'y avait
rien  faire, en ce pays des pommiers, de ces affreux arbres, en ce pays
o il pleut trois mois, et o le raisin ne mrit pas, et dclarait ne
faire son mtier avec plaisir, qu'en Bourgogne et en Lorraine, o il
trouvait le ciel le plus riant, en ces provinces qu'il appelait les:
_provinces du Soleil Levant_.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 19 septembre_.--Rattier exprime aujourd'hui le regret de la
perte d'une chose de famille, vraiment curieuse. C'tait un carnet
contenant les chantillons de dentelle, que son grand-pre, fabricant de
dentelles  Alenon, portait  la cour de Louis XVI, carnet qu'il croit
avoir t vol par une femme de chambre allemande.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 23 septembre_.--_Ragornote_, un joli mot du pays pour exprimer
un petit reste: Voulez-vous cette ragornote de truite, de framboise?

Un usage de l'endroit pratiqu, je crois, dans ce seul pays. Quand dans
Lisle-en-Rigault, une jeune fille meurt, pendant quinze jours les jeunes
filles prennent le deuil, et ne dansent pas. Il en est de mme pour les
jeunes garons.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 26 septembre_.--Le cousin _Marin_, qui vient de chasser chez
Chandon, me parlait de la grandeur des affaires de cette maison, o
arrivait un Anglais, fameux dgustateur de vin de Champagne, qui, aprs
avoir got un certain nombre de cuves de vin de Champagne, s'arrtait
 une, disant:

--Combien avez-vous de cette cuve?

Je n'ose dire le chiffre de peur de me tromper.

-- combien? rpondait l'Anglais.

--Dix francs.

--Je prends!

Et sans plus de paroles, ni de marchandages, tait conclu l'achat de
milliers de bouteilles, contre un certain nombre de cent mille francs.
_Marin_ me disait, que la qualit du Vin de Champagne, tait due  la
nature de la montagne de Reims: un terrain  la couche de terre trs mince,
et au-dessous de laquelle se trouve de la craie, mais un terrain tout
plein de pyrites sulfureuses. Le curieux, c'est que les Chandon, avec une
composition de mme nature, que celle de la montagne (pyrites sulfureuses
et fumier), n'ont pu,  un kilomtre de l, propager la vigne donnant le
vrai champagne.

Sur cette montagne de Reims il y aurait des hectares de vignes valant
100 000 francs, et dont la culture cote 4 000 francs, par an.

       *       *       *       *       *

_Lundi 1er octobre_.--Retour  Paris. Je ne connais pas d'ennui pareil 
celui du chemin de fer, un ennui si dmoralisant, qu'il est impossible
de penser srieusement  une chose, et que ce n'est dans le secouement de
votre cervelle, qu'une succession de choses fugaces et btes.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 4 octobre_.--Meunier m'apporte aujourd'hui des reliures, aux
_gardes_ faites avec des soieries anciennes, ramasses par moi,  droite,
 gauche. C'est vraiment une ornementation de livres trs charmante, et
une collection de volumes ainsi agrments, a encore le mrite d'tre un
album d'chantillons de robes du dix-huitime sicle.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 10 octobre_.--Aujourd'hui,  Saint-Gratien. M. d'Ocagne conte
spirituellement le dner Louis XI, organis par Loti,  Rochefort, et o
il a assist avec sa femme, en compagnie d'une trentaine de personnes. Il
nous peint le ct amoureux de travestissement chez l'crivain, dont la
vie est un perptuel carnaval, avec sa chambre bretonne, o il s'habille
en Breton, avec sa chambre turque, o il s'habille en Turc, avec sa
chambre japonaise, o il s'habille en Japonais.

Pour ce repas, il avait fait venir un cuisinier de Paris, et tous les
jours, pendant un mois,  l'effet de le faire rtrograder dans la cuisine,
d'il y a quatre sicles, il lui avait fait cuisiner un plat, d'aprs le
VIANDIER de Taillevent.  ce repas, on devait parler le vieux franais,
des CONTES DROLATIQUES de Balzac,  dfaut de l'autre, et on mangea avec
ses doigts, sur des assiettes faites d'une miche de pain, coupe par
moiti. Deux choses, dans cette restauration de la mangeaille archaque,
empoisonnrent le bonheur de l'amphitryon: le _speach_ de Mme Adam, qui ne
fut pas dans le franais demand, et une malheureuse invite, qui commit
l'anachronisme de dner, dans une cotte de peluche.

Enfin la couleur locale fut pousse  ce point, qu'un fou arm de sa
marotte, sortit,  un moment, d'un pt, et qu' la fin, on jeta les
assiettes du repas  d'authentiques mendiants de la Charente-Infrieure,
que Loti avait fait costumer, en mendiants du XVe sicle.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 12 octobre_.--Cette mode de la femme, de n'avoir plus autour de
la figure, le lisr blanc du linge, met de la pauvret dans sa personne.
Elle m'apparat la femme d'aujourd'hui, ainsi que les misrables danseuses
des bals de barrires d'autrefois,  deux sous la contredanse.

       *       *       *       *       *

_Lundi 15 octobre_.--Trochu causant de la vrit dans l'histoire, disait 
M. Villard: C'est moi qui ai t charg, le soir de la bataille d'Isly,
de relever le nombre des morts. Il y avait vingt-six morts franais, et ce
sont ces vingt-six morts, qui ont fait tout le tintamarre de la presse, et
le duch du marchal.

Il ajoutait que, passant un jour  Mazagran, il avait voulu se rendre
compte par lui-mme, de la vrit. Or, les Franais taient derrire les
murailles d'un Fort, avaient des provisions et des munitions pour trois
mois, et se trouvaient en prsence d'ennemis mal arms, qui n'avaient ni
canons, ni chelles.  Mazagran, il y eut deux tus dans la fusillade, et
un troisime, qui mourut des suites de ses blessures.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 24 octobre_.--Sur la mouche,  six heures et demie du soir.

Un ciel gros bleu, travers de nuages, qui ressemblent  des fumes noires
d'industries; dans le haut du ciel, la lumire lectrique de la Tour
Eiffel, avec son rayonnement de crucifix lumineux.  droite,  gauche, de
temps en temps, des squelettes d'arbres, n'ayant plus qu'un bouquet de
feuilles obscures  leur sommet, et des btisses, dont la nuit est comme
lave d'encre de Chine. Soudain, sur la courbe d'un pont, le passage au
galop d'une voiture, pareil au sillage d'une toile filante. L'eau du
fleuve, toute remuante, toute vagueuse, et o les lueurs d'meraude et les
lueurs de rubis des bateaux, semblent mettre les ondes bigarres d'une
toffe zinzolin.

       *       *       *       *       *

_Mardi 23 octobre_.--Bracquemond, auquel j'ai crit pour avoir quelques
renseignements, au sujet de ce reflet d'une femme nue dans une glace,
que je veux tenter d'avoir dans la reprsentation de mon premier acte,
de MANETTE SALOMON, vient me voir, et aprs qu'il m'a donn quelques
explications sur le truc du _reflet fantme_ au thtre, cause avec
moi des lithographies de Daumier, et m'apprend qu'il a des preuves
magnifiques du _Ventre lgislatif_, et de la _Rue Transnonain_, payes
deux sous pice, et trouves par lui sur le trottoir, en compagnie d'une
trentaine aussi belles: car il n'a pas choisi. Et ce mpris,  certains
moments, de la valeur de l'objet, me faisait raconter par lui que, chez
son matre Guichard, il avait eu entre les mains, de petits personnages,
dcoups dans un vrai tableau de Watteau, avec un trou dans la tte, o
passait une ficelle, et qui devaient avoir servi de marionnettes, dans un
thtre d'enfants. Et il croit bien que ces dcoupures venaient de chez
le docteur Chomel, que frquentait Corot, et qui lui avait donn deux
merveilleuses petites tudes que les enfants s'taient amuss  crever,
en les tapant contre l'angle d'une table.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 24 octobre_.--Ce matin, Roger Marx vient m'annoncer qu'une
rue de Nancy a t baptise, non _rue Edmond de Goncourt_ mais _rue des
Goncourt_, ainsi que je l'avais demand. Puis il m'annonce gentiment, que
mes amis veulent me donner un banquet, o chaque souscripteur recevra une
mdaille du profil, qu'a model, cet t, le sculpteur Charpentier.

J'entends la voix de Zola en bas. Il vient me demander une lettre de
recommandation pour de Bhaine. Il me dit qu'il veut avoir son conseil,
et si, oui ou non, il doit faire sa demande d'audience au pape. Il ajoute
que, comme ancien libral, le crmonial de l'audience l'embte, et qu'il
dsire au fond tre refus, mais qu'il se trouve engag vis--vis de
lui-mme, par l'annonce qu'il en a faite. Et cependant, il aurait une
grande curiosit de la figure du Saint-Pre, et de la succession de
chambres papales, pour y arriver.

Alors une diversion. Il parle de Lourdes, se plaignant que la campagne
catholique faite contre son livre, qui serait une bonne chose pour un
livre tir  30 000, est trs prjudiciable  un livre, tir  120 000,
parce qu'elle lui enlve les 80 000 acheteurs, qui pouvaient faire monter
son livre,  200 000. L-dessus revenant au pape, il m'assure que le pape
est un peu l'esclave des pres de Lourdes, parce qu'il reoit prs de
300 000 francs d'eux, et que cette dpendance de Sa Saintet, sera
peut-tre une des causes du refus de son audience.

En s'en allant, il veut bien me dire que, ces derniers jours, il vient de
relire MADAME GERVAISAIS, et qu'il s'tonne, que le livre n'ait point eu
un trs grand succs.

Visite du docteur Michaut, qui vient de faire une petite promenade, 
Hati. Il me parle de la mort de ce pays, depuis l'abandon des Franais,
me signale les ruines des difices, des routes, de tout, et l'absence
d'une industrie quelconque, affirmant que la race ngre est incapable de
civilisation.

Et la conversation va aux poisons,  la fabrication desquels les naturels
du pays excellent, entre autres d'un poison trouv dans les cadavres des
cimetires, et qui ne laisse aucune trace. C'est d'Hati, que viendrait
cette poudre blanche, que soufflent les voleurs dans une chambre, pour
engourdir les gens, et les voler en toute scurit, comme l'a t Sarah
Bernhardt. Et voici ce qui tait arriv  un Europen, dont il avait fait
la connaissance. Cet Europen avait l'habitude de se coucher, un revolver
sur sa table de nuit, et de mettre ses papiers et son argent sous son
oreiller, et il avait vu son voleur s'emparer de son revolver, lui retirer
la tte de dessus son oreiller, et prendre son argent, cela sans pouvoir
crier, et sans pouvoir le dire, avant que huit ou dix heures se soient
passes.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 25 octobre_.--Une discussion picturale, dans laquelle,  propos de
la remarque faite par moi, que les peintres suprieurs attrapent rarement
cette ressemblance, que conquirent des peintres trs infrieurs,
Lon Daudet dit ingnieusement: Oui, les premiers sont les hommes de
l'_objectivit_, les seconds les hommes de la _subjectivit_. Pour la
reprsentation parfaite, il faut des hommes d'une troisime catgorie,
qui runissent les deux aptitudes.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 26 octobre_.--Mon chteau en Espagne, serait d'avoir une
galerie, comme la salle de la gare Saint-Lazare, avec tout autour des
livres jusqu'au haut de la poitrine, puis avec des vitrines de bibelots,
allant au-dessus de la tte. Un balcon tournant le long des murs ferait
un premier tage, tapiss de dessins sur trois rangs, et un autre balcon
ferait un second tage, tout tendu jusqu' la vote, de tapisseries
claires du XVIIIe sicle. Et je voudrais travailler, faire de l'quitation,
manger, dormir l dedans, dont le bas serait, avec sa tide temprature,
un jardin d'hiver, plant des plus jolis arbustes  feuilles persistantes,
enfermant au milieu, dans le vert de leurs feuilles, les _Quatre Parties
du Monde_ de Carpeaux, en belle pierre blanche.

       *       *       *       *       *

_Lundi 29 octobre_.--Une femme, d'un certain ge, me parlait de trois
ou quatre jeunes maries de sa connaissance, enrages d'tre devenues
enceintes, tout aussitt qu'elles avaient t maries. Elles espraient
des vacances de la maternit, au moins pendant quatre ou cinq ans. Et
cette femme ajoutait, que cet gosme-l n'existait pas chez la femme
d'autrefois.

       *       *       *       *       *

_Mardi 30 octobre_.--Lecture de: LA FAUSTIN,  Porel.

Il parle de Rjane, proclame qu'elle a t admirable, alors que dans son
croulement moral, elle l'a forc, pour ne pas l'y laisser, de la suivre
dans sa tourne.

En wagon, il aurait t pris de l'envie de rejouer, pour gagner sa vie,
et il s'tait mis  rciter les premiers vers du LGATAIRE UNIVERSEL,
qu'il avait jou autrefois, avec ses compagnons du chemin de fer, et
tous s'taient trouvs arrts dans leurs rpliques: lui seul avait t
jusqu'au bout... Enfin il s'crie que tous les bonheurs s'taient succd
chez lui, depuis le jour, o il avait eu son fils.

La lecture termine de: LA FAUSTIN, Porel me dit justement, que la pice
ne peut pas tre joue par Rjane, qu'elle n'a pas la ligne du rle, qu'il
faut une tragdienne, qu'elle ne servirait pas la pice, et que mme la
pice nuirait  l'actrice, comme voulant usurper des rles qui n'taient
pas son affaire.

Ce soir dner avec Ajalbert, Geffroy, Carrire, Clemenceau, en leur
restaurant prs la Fontaine Gaillon.

Clemenceau, un causeur vibrant, color,  l'observation fine, aigu.

Un moment il nous parle de l'abandon des enfants, et il nous peint une
mre force de se sparer de son petit, le regardant dans les bras qui
l'ont pris, le regardant sans pouvoir s'en aller, en continuant  bercer
le creux qu'il a laiss dans sa jupe, puis mouillant ce creux, de ses
larmes.

Il raconte, aprs une pisode d'une chasse de sa jeunesse, o en revenant,
il allait donner un coup d'oeil  un chtaignier, dont les chtaignes
taient voles toutes les annes, dsireux de s'assurer si elles taient
mres. Ce chtaignier tait dans un buisson de ronces d'une hauteur d'une
dizaine de pieds, Il y a un homme l... tenez! s'criait tout  coup le
petit domestique qui l'accompagnait, et Clemenceau voyait en effet un
homme, couch sur le ventre, et qui, lorsqu'il l'appelait ne rpondait pas,
se mettait  ramper  quatre pattes, en s'loignant de lui, et dont il ne
savait la place, que par le remuement du haut des brindilles. Alors il se
lanait avec son domestique  sa poursuite, esprant le prendre en haut,
o il y avait un petit vide dans la ronce, mais l l'homme surgissant
soudain, piquait une tte dans le dvalement de la ronce de l'autre ct,
piquait une tte comme dans une rivire, sans que Clemenceau pt voir
sa figure... Des annes se passaient. Il tait nomm dput. Un vieux
bonhomme, un jour, forait sa porte, et venait lui demander sa protection
pour son fils dtenu au bagne, et qui tait le paysan qu'il avait
poursuivi. C'tait un paysan qui avait tu sa matresse, et qui se cachait.

Dans la rue, Clemenceau s'avoue tout  fait empoign par la littrature,
dclare qu'il voudrait faire un roman et une pice de thtre, s'il ne lui
fallait pas, tous les jours, fabriquer un article pour la _Justice_, et
toutes les semaines, deux articles pour la _Dpche_; enfin, s'crie-t-il,
s'il lui arrivait d'avoir un jour libre sur deux, il crirait ce roman, il
crirait cette pice.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 1er novembre_.--C'est affreux au cimetire, ces tombes effondres,
dont il ne sort plus de la terre qu'un haut de croix, ainsi que ces
btiments couls, dont seulement un bout de mt dpasse l'eau.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 2 novembre_.--Hier Frantz Jourdain, me parlant de son fils, me
disait que maintenant dans les ateliers, tout est chang dans la pose du
modle, que ce ne sont plus les attitudes pondres du _Soldat Laboureur_
ou de _Marius sur les ruines de Minturnes_, mais les acadmies tourmentes,
contorsionnes de Michel-Ange, de Rodin.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 9 novembre_.--J'achte un petit plat d'une fabrique moderne de
la Scandinavie, reprsentant un vol de mouettes, au-dessus de la mer.
Dans cette appropriation japonaise, la nature du pays perce, et rend,
pour ainsi dire, l'imitation originale. C'est comme fond, un blanc qui
vous donne la sensation de la neige, et l-dessus, des oiseaux bleutres,
ayant l'air de l'ombre porte de ces oiseaux, sur des glaciers.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 11 novembre_.--Ouverture du _Grenier_. Les Daudet, Primoli,
Lorrain, Rodenbach, Geffroy, Carrire, Ajalbert, De la Gandara,
Montesquiou.

Primoli cause de la Duse, l'actrice avec laquelle il vient de passer huit
jours,  Venise, la Duse, l'actrice italienne, dont on m'a parl pour
jouer LA FAUSTIN  Londres ou en Allemagne, une femme  laquelle il dit
qu'il manque certaines choses, mais en dpit de cela, une trs grande
artiste. Il la peint, comme une actrice d'une terrible indpendance
thtrale, ne s'appliquant, que dans les actes qui parlent  son talent,
et dans les autres qui ne lui plaisent pas, mangeant du raisin, ou se
livrant  des distractions quelconques. Dans une pice, o l'actrice avait
 dire d'une fille, qui s'tait mal conduite, qu'elle n'avait plus de
fille, il la voyait soudain, sans souci du public, faire un signe de croix
 sa ceinture, et envoyer un baiser  la cantonade,--un baiser  sa vraie
fille, qu'elle adore.

Daudet nous lit, ce soir, de son Bonnet. Je me suis tromp. Je croyais que
son enthousiasme pour le livre, venait de son _provenalisme_, mais non:
ce Bonnet est un lyrique en prose, et c'est la premire fois qu'on a la
posie contenue dans le cerveau d'un paysan, mais d'un paysan, en un
endroit de France, o le soleil _ensoleille_ les cerveaux.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 22 novembre_.--Un intelligent, ce pauvre Magnard, mais un parfait
sceptique, ne croyant  aucun sentiment.  Daudet qui lui soutenait, un
jour, qu'il y avait de bonnes choses dans la vie, il lui jetait avec un
sourire mphistophlique: Oui, l'amiti... Goncourt n'est-ce pas?

       *       *       *       *       *

_Jeudi 29 novembre_.--Exposition d'Ibels  la Bodinire. J'tais en train
d'crire une note, quand je suis abord par Ibels, qui me demande, si je
connais le mime Martinetti, et quand je lui ai rpondu, que je l'avais vu
dans ROBERT MACAIRE: Eh bien, me dit-il, Martinetti a t trs frapp de
la silhouette nave de votre soldat, et il sera heureux de jouer dans une
pantomime comme LA FILLE LISA, o il aurait  mimer les amours et la mort
d'un troubade. Et Ibels sollicite prs de moi, l'autorisation de faire le
texte mim de cette pantomime, que je lui accorde trs volontiers.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 2 dcembre_.--Ce soir, Loti tombe chez Daudet, il parle de son
voyage de quarante-huit jours dans le dsert, disant sa joie des levers et
des couchers de soleil, dans la pure lumire, sans aucune attnuation par
les vapeurs, et cela, dans le plein d'une sant,--c'est son
expression,--qu'il doit  un temprament de bdouin.

       *       *       *       *       *

_Lundi 10 dcembre_.--Sur la Seine  cinq heures. Une eau violace, sur
laquelle filent des bateaux bruns, avec une frange d'cume blanche 
l'avant, sous un ciel tout rose, dans lequel s'lvent d'un ct la Tour
Eiffel, de l'autre les minarets du Trocadro, dans l'azur d'difices
fantastiques de Contes de fes.

Jamais Paris, dans la crie courante des journaux du soir, dans
l'enchevtrement des voitures, dans la rapidit volante des bicycles, dans
la rue affaire des gens, dans le coudoiement brutal des passants, ne
m'est apparu si nettement, comme une capitale d'un pays de la Folie,
habite par des agits.

Jamais aussi, le Paris de ma jeunesse, le Paris de mon ge mr, ne m'a
paru aussi misreux que le Paris, de ce soir. Jamais tant d'oeils tendres
de femmes, ne m'ont demand un dner, jamais tant de voix mourantes
d'hommes, ne m'ont demand un sou.

--Oui, disais-je, ce soir chez Mme..., ces nouvelles lumires du gaz, du
ptrole, de l'lectricit, ces lumires crment blanches et schement
dcoupantes, quelles cruelles lumires auprs de la douce et laiteuse
lueur des bougies. Et comme le XVIIIe sicle a bien compris l'clairage de
nuit, mettant en douce valeur la peau de la femme, en la baignant d'une
lueur assoupie et diffuse de veilleuse, dans l'enfermement de tapisseries
crme, o la lumire est bue par la laine des claires tentures.

       *       *       *       *       *

_Mardi 11 dcembre_.--Dans un salon, ce qui donne de la vie, de la chaleur
 une socit,  dfaut d'affections de coeur entre les gens, ce sont les
affections crbrales, noues entre les communiants d'une mme pense,
d'une mme laboration intellectuelle. Alors ce ne sont plus les froids
bonjours, et les froids bonsoirs, et les froides poignes de main
d'individus disparates qui se runissent hebdomadairement, sans qu'il y
ait jamais chez eux une runion et une embrassade des ides.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 13 dcembre_.--Vraiment ils sont bien curieux dans la vie
littraire, les hauts et les bas du moral, et o le matin, c'est un
dcouragement complet, et o le soir, c'est un bienheureux relvement,
produit par un petit fait comme celui-ci. Daudet m'appelle prs de lui
 sa sortie de table, et m'apprend, que ce matin, sont venus chez lui,
Geffroy, Hennique, Lecomte, Carrire, Raffalli, lui annonant qu'ils
voulaient me donner un banquet; et lui ont demand de se mettre  la
tte du banquet, et il a accept, avec l'ide de faire de ce repas, une
manifestation plus large que celle de la runion du _Grenier_, ainsi que
Frantz Jourdain et Roger Marx en avaient eu l'ide.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 14 dcembre_.--Aux curieux d'art et de littrature, qui dans
le XXe sicle, s'intresseront  la mmoire des deux frres, je voudrais
laisser un inventaire littraire de mon _Grenier_, destin  disparatre
aprs ma mort; je voudrais leur faire revoir dans un croquis crit, ce
microcosme de choses de got, d'objets d'lection, de _jolits_ rarissimes,
tris dans le dessus du panier de la curiosit.

Des trois chambrettes du haut de la maison, dans l'une desquelles est mort
mon frre, il a t fait deux pices, dont la moins spacieuse ouvre sur la
grande, par une baie qui lui donne l'aspect d'un petit thtre, dont la
toile serait releve.

De l'andrinople rouge au plafond, de l'andrinople rouge aux murs, et
autour des portes, des fentres, des corps de bibliothque peints en noir,
et sur le parquet, un tapis ponceau, sem de dessins bleus, ressemblant
au caractre de l'criture turque. Comme meubles, des ganaches, des
chauffeuses, des divans recouverts de tapis d'Orient, aux tons cramoisis,
aux tons violacs, aux tons jaune de soufre, miroitants, chatoyants, et au
milieu desquels est une double chaise-balanoire, dont, le repos remuant,
berce les chteaux en Espagne des songeries creuses.

Dans la petite pice, le rouge des murs, est rompu par une ceinture
japonaise du XVIIe sicle, une ceinture, o des hirondelles volent 
travers des glycines blanches; le rouge du plafond, est rompu par un
foukousa, aux armes de la famille Tokougawa, (les Mauves) d'o, sur le
fond d'un gris mauve, la blancheur d'une grue se dtache au-dessus d'une
gerbe d'or.

Sur l'armoire remplie de livres, prenant tout le fond de la pice, se
trouvent pendus quatre kakmonos.

Le premier kakmono, d'O Kio reprsente des petits chiens, lippus,
mafflus, rhombodaux, dont l'un dort, la tte pose sur le dos de l'autre,
dessins d'un pinceau courant dans un lavis d'encre de Chine, ml d'un
peu de couleur rousse sur les chiens, d'un peu de couleur verdtre sur une
plante herbace.

Le second kakmono, de Gankou, figure un tigre, mais un de ces tigres un
peu fantastiques, comme les imaginent les artistes d'un pays, o il n'y
en a pas. Le froce, dans un dboulement, ventre  terre, du haut d'une
colline, pareil au nuage noir d'un orage, est trait avec une _furia_ de
travail, dans une noyade d'encre de Chine, qui lui donne une parent avec
les tigres de Delacroix.

Le troisime kakmono, qui est d'un rival de Sosen, de Ounkei, peintre
peu connu en Europe, dtache du tronc d'un arbre, une singesse et son
petit, dont les ttes, comme laves d'une eau de sanguine sur les fines
linatures, rappellent les dessins aux trois crayons de Watteau.

Un quatrime kakmono, de Korin, dont le fac-simil rduit, a paru dans
LE JAPON de Bing, fait jaillir sur la pleur fauve du fond, comme un
ventail de lames vertes, des iris blancs et bleus, enlevs avec une
crnerie de pinceau, qu'on ne trouve dans aucune fleur d'Europe: de
l'aquarelle qui a l'aspect solide et pltreux d'une peinture  fresque.

L, se trouvent encore deux kakmonos, l'un de Kano Soken, l'artiste
rvolutionnaire qui a abandonn l'cole de Kano, la peinture svre des
philosophes, des asctes, pour peindre des courtisanes, et qui nous fait
voir une Japonaise, venant d'attacher une pice de posie  un cerisier
en fleurs. L'autre, non sign, un dessin influenc par l'art chinois,
une tude d'une princesse dans son intrieur, et que Hayashi attribue 
Yukinobou.

Quelques bibelots, au sertissement de matires colores, translucides, en
cette fabrication, habituelle  l'article de l'Empire du Lever du Soleil,
sont accrochs au mur. C'est un porte-ventail, une longue planchette d'un
bois joliment vein, sur lequel court en relief une plante grimpante,
aux feuilles dcoupes dans de la nacre, de l'caille, dans une pierre
bleutre semblable  la turquoise; c'est un rouleau (pour dpches) de
trois pieds de hauteur, sur lequel serpente une tige de coloquinte aux
gourdes vertes, et dont le haut et le bas ont l'entour d'une large bande
burgaute.

Sur une petite tagre de bois de fer se trouve l'assemblage d'originaux
objets d'art: un petit bronze, form d'une feuille de nnuphar, toute
recroqueville, et aprs laquelle monte un crabe: un bronze d'une patine
sombrement mordore, admirable;--une petite caisse, dont les lamelles,
formant des jours d'un dessin gomtriquement diffrent, sont plaques du
plus beau bois jaune satin, et sur lesquelles des chrysanthmes de nacre
se dtachent d'un feuillage en ivoire colori;--une feuille de lotus,
qu'enguirlande la liane de sa tige fleurie de deux boutons: un morceau de
bambou qui a l'air d'une cire, sign de l'artiste chinois Ou-Sipang;--un
plateau en fer battu, assoupli en la large feuille d'une plante aquatique,
mange par les insectes, et sur laquelle se promne un petit crabe en
cuivre rouge, au milieu de gouttes d'eau, fac-similes en argent;--une
bote  gteaux, dont l'ornementation est laque sur bois naturel, et dont
le couvercle reprsente le guerrier, dessin par Hokousa, en tte de
son album intitul: _Yehon Sakigak_ (LES HROS ILLUSTRES), le guerrier
crivant sur un arbre l'avis qui doit amener la dlivrance de son
matre;--une critoire dans un marbre rouge (appel l-bas _crte-de-coq_),
sur un pied de bois noir, aux stries des vagues de la mer, et au couvercle
surmont d'un vieil ivoire laqu, reprsentant le dragon des typhons;--une
bote  papier, o se voient des bestiaux en corne, paissant sous un
soleil couchant, fait d'un morceau de corail, un pturage de fleurettes
d'or;--un crabe en bronze, d'une excution si troublante de vrit, que
j'tais tent de le croire surmoul, si le naturaliste Pouchet ne m'avait
affirm qu'il n'en tait rien, se basant sur l'absence de certains organes
de la gnration. Ce bronze, qui est moderne, est sign: Sch-Kwa-Ken.

Au-dessus de la petite tagre qui contient ces bibelots, est suspendu
un foukousa, qui est un vritable spcimen de coloration picturale
franchement japonaise: un vase de sparterie rousstre qui renferme des
chrysanthmes blancs, lgrement orangs, se dtachant de feuilles vert
ple, sur un fond cru.

Comme pendant, en face, au-dessus d'un divan pour les aparts des causeurs,
recouvert d'une robe de femme chinoise, entre des ranges d'assiettes
_coquille d'oeuf_, un kakmono brod, o une gigantesque pivoine s'enlve,
du milieu de glycines blanches, avec un relief norme.

Mais la pice orientale d'une grande valeur, qui dcore cette pice, c'est,
au-dessus de la chemine portant un _chibatchi_ en bronze, damasquin
d'argent, entre deux cornets o sont incises des grues et des tortues:
c'est un tapis persan du XVIe sicle, ayant cet adorable velout du
velours ras, et tiss dans l'harmonie de deux couleurs de vieille mousse
et de vieil or, qui en forment le fond, et sur lequel zigzaguent, ainsi
que des vols aigus d'oiseaux de mer, des arabesques bleues.

La fentre qui, dans le _dmansardage_ des chambres formant le GRENIER,
a pris la profondeur de ces fentres du moyen ge, o de chaque ct se
trouve un petit banc de pierre, est devenue, en cette baie retraite, qui
a du jour jusqu' la nuit, le lieu d'talage des gravures et des dessins
aims.

Sur la paroi de gauche, sont exposs: LE CHAT MALADE de Watteau, cette
spirituelle eau-forte de Liotard, avec seulement quelques _rentraitures_
de burin: eau-forte mettant en scne l'Alarme d'Iris et contre l'opulent
sein de la grasse fillette, la tte rebiffe de Minet, auquel un mdecin
ridicule du thtre italien tte le pouls;--les deux bandes du SPECTACLE
DES TUILERIES, ces deux eaux-fortes o Gabriel de Saint-Aubin montre toute
sa science du dessin, dans la reprsentation microscopique des promeneurs
et des promeneuses de la grande alle, en 1762;--le SUNSET IN TIPPERARY
(le Coucher du Soleil en Irlande), l'estampe que je regarde comme une des
plus remarquables eaux-fortes modernes, et o Seymour Haden, qui retrouva
le noir velout de Rembrandt, a pour ainsi dire, imprim, sur une feuille
de papier, la mlancolie du crpuscule.

Sur la paroi de droite, sont trois eaux-fortes de mon frre: le portrait
de Raynal, d'aprs le La Tour de la collection Eudoxe Marcille, une de ces
eaux-fortes que mon frre griffait en deux heures, et qui, un moment, lui
avaient donn l'ide de graver toutes les prparations de
Saint-Quentin;--LA LECTURE de Fragonard, d'aprs le bistre du Muse du
Louvre;--une tte d'homme de Gavarni, d'aprs un croquis, dessin avec un
cure-dent, o le trait avachi du dessin est rendu par des pts d'un noir
sans _clatements_.

Dans la grande pice, sur les deux battants de la porte d'entre, deux
vues de la nuit claire par la lune: l'un de ces kakmonos, sign Ysa,
n'est qu'un reflet de l'astre dans une eau obscure, au-dessus de laquelle
pendent quelques brindilles lancoles; l'autre, sign Buntch, reprsente,
sur un ciel teint, une pleine lune, sur laquelle montent des tiges de
gramines aux fleurs bleutres et rougetres, dans les vagues et dlaves
couleurs, que fait la lumire lunaire.

De petits corps de bibliothques, de la hauteur d'un mtre et demi, sont
adosss au mur: l'un contient, sauf quelques brochurettes, toute l'oeuvre
de Balzac en ditions originales, cartonnes sur brochure. Plusieurs de
ces volumes portent des envois d'auteur. L'exemplaire des MARTYRS IGNORS,
provenant de la vente Dutacq, est l'preuve corrige de ce: _Fragment du
Phdon d'aujourd'hui_. Il se trouve une autre preuve de: _La Femme comme
il faut_, l'article publi dans LES FRANAIS PEINTS PAR EUX-MMES, avec le
bon  tirer _de B_, termin par un paraphe en tortil de serpent.

Les trois autres corps de bibliothque renferment des ditions originales
de Hugo, de Musset, de Stendhal, mles  des ditions originales de
contemporains, imprimes sur des papiers de luxe, et contenant une page
du manuscrit donn  l'impression. Ainsi les volumes de Daudet, de Zola;
ainsi le volume de Renan: SOUVENIRS D'ENFANCE; ainsi le volume de MADAME
BOVARY, renfermant une page du pnible manuscrit, toute biffe, toute
rature, toute surcharge de renvois: page donne par Mme Commanville;
ainsi le MARIAGE DE LOTI, contenant la page manuscrite de la dernire
lettre de la dsole Rarahu; ainsi l'dition des DIABOLIQUES, de Barbey
d'Aurevilly, illustre d'une page de sa mle criture en encre rouge, au
bas de laquelle il a jet une flche, encore tout imprgne de poudre
d'or,--et au milieu lieu de tous ces imprims, dvoilant un petit morceau
de l'criture des auteurs, le livre de MA JEUNESSE, de Michelet, contenant,
 dfaut d'une page du manuscrit, un devoir du temps de son adolescence,
sur Marius, en marge duquel, le grand historien a crit: _M. Villemain
m'encouragea vivement, et je pris confiance_.

Un cinquime corps de bibliothque runit presque tout entier l'oeuvre de
Gavarni, qui compte, dans cette collection, prs de six cents preuves
avant la lettre. Il est surmont d'une vitrine, o sont exposs cinq
volumes relis par de grands relieurs.

C'est un exemplaire de MANETTE SALOMON, dcor, sur les plats de la
couverture, de deux maux de Claudius Popelin, reprsentant la Manette,
sur la table  modle, vue de face, vue de dos.

C'est une runion de tous les articles crits sur la mort de mon frre,
avec, en tte, les lettres d'affectueuse condolance de Michelet, de
Victor Hugo, de George Sand, de Renan, de Flaubert, de Taine, de Banville,
de Seymour-Haden, etc., portant, sur un des plats de la reliure, le profil
de mon frre, prcieusement dessin par Popelin, dans l'or de l'mail noir.

C'est une HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE, dont la reliure de Lortic, est
compose d'un semis de fleurs-de-lis d'or, au milieu duquel est encastre
une mdaille d'argent, frappe pour son mariage, o se lit: _Maria Antonia
Gallia Delphina_, mdaille de la plus grande raret.

C'est un exemplaire des MAITRESSES DE LOUIS XV, la dernire reliure de
Cap, faite en imitation des riches reliures  arabesques fleuronnes du
sicle dernier.

Tous ces livres portant notre E.J. cisel sur la tranche, qui est l'_ex
libris_ original, que nous avions invent, pour les livres sortis de notre
collaboration.

C'est: la FEMME AU DIX-HUITIME SICLE, un exemplaire de l'dition
illustre chez Didot, avec la reproduction des tableaux, dessins, estampes
du temps, o du sanguin maroquin du Levant, se dtache un Amour en ivoire,
jouant des cymbales: un Amour d'un gras merveilleux, n'ayant pas la
scheresse des ivoires modernes.

C'est enfin: l'ART du DIX-HUITIME SICLE, un exemplaire de la premire
dition, publie en fascicules, et dont mon frre grava les eaux-fortes,
un exemplaire dans une reliure excute par Marius Michel, sur mon ide,
avec l'enlacement d'un lierre aux feuilles en fer de lance, et d'une
branchette pourpre de _momichi_ de mon jardin: reliure entaille dans le
cuir, colorie dans la couleur des feuillages reproduits, et o, d'un
rinceau form de l'enchevtrement des deux plantes, l'artiste relieur a
contourn un grand G.

Au-dessus sont suspendus deux compotiers de Saxe, aux lgantes gaufrures
de la pte blanche, aux fleurs peintes en camaeu bleu, et entre les deux
compotiers, un plat ovale de Louisbourg, au bord dlicatement ajour, et
au milieu duquel clate une tulipe violette.

Puis encore au-dessus, des mdaillons de Nini, ces gracieuses et coquettes
demi rondes bosses des grandes dames du XVIIIe sicle, dans le relief
amusant des fanfreluches de leurs toilettes, et o se trouve le mdaillon
de SUZANNE JARENTE DE LA REYNIRE (1769), qui est son chef-d'oeuvre, par la
fine dcoupure du profil, le tortillage envol des boucles de cheveux,
la ciselure du tuyautage d'une guimpe, cachant l'entre-deux des seins de
la femme dcollete. Et au milieu des Nini, une tte de femme, au nez
retrouss, au ruban courant dans la frisure des cheveux, et se dtachant
en blanc sur le fond bleu, papier de sucre des Wedgwood, passe pour un
portrait de Mme Roland, et encore, grand comme une pice de cent sous, en
biscuit pte tendre de Svres, un mdaillon de Marie-Antoinette, dont la
finesse du modelage peut lutter avec le travail des cames antiques.

Entre ces mdaillons est suspendu le bistre original de Fragonard, dont
la plaisante composition a t vulgarise par l'aquatinte de Charpentier,
sous le titre: LA CULBUTE. Un jeune paysan, dans sa prcipitation 
embrasser son amoureuse, culbute le chevalet du peintre, devant lequel
elle est en train de poser.

Le bistre de Fragonard est domin par une sensuelle acadmie de femme
couche, vue de dos, une jambe allonge, l'autre retire sous elle. Ce
Boucher est bien le Boucher franais, et fait contraste avec deux autres,
qui font connatre, l'un un Boucher italien, l'autre un Boucher flamand.
Le premier,  l'lgance d'un corps du Primatice, montre la femme les bras
croiss au-dessus de la tte, et hanchant, appuye  un cippe, o tourne
une ronde d'Amours; le second, c'est le plein d'un corps vu de dos, bien
en chair, capitonn de fossettes, et qu'on pourrait prendre pour une tude
de Rubens.

Et j'ai oubli deux dessins franais, couronnant deux corps de
bibliothque:

L'un de Fragonard, une de ces solides gouaches jouant l'huile, o dans la
tourmente blafarde d'un ciel orageux, clate le coup de pistolet d'une
jupe rouge de paysanne.

L'autre, un dessin aux deux crayons, n'est qu'une contre-preuve de
Watteau, mais ils mritent vraiment d'tre encadrs,--ces doubles du
dessin original, un rien attnus dans les valeurs,--quand ils sont du
grand matre franais, et ne payait-on pas dans le sicle dernier,  la
vente de Mariette, des mille francs, des contre-preuves de Bouchardon?
Cette contre-preuve, qui vient de la vente Peltier, reprsente une
femme vue de dos, retroussant d'une main par derrire sa jupe aux plis de
rocaille,  ct d'une amie allonge sur le rebord d'une terrasse, o elle
s'appuie de la main gauche, tandis qu'elle fait un appel de la main droite,
 la cantonade.

Sur la tablette suprieure des bibliothques, sont poss de petits
bronzes japonais, dont les anses sont ingnieusement imagines, d'aprs la
figuration de crevettes arc-boutes contre le col; de _tay_, les poissons
aims par les gourmets de l-bas, en la remonte d'une cascade; de
petits rameaux de courges avec les gourdes, au milieu de leurs feuilles
trilobes. Il est un de ces vases,  la patine du vieil acajou, dcor du
feuillage fleuri d'une tige de cognassier, comme tombe du vase. Un autre
de ces petits bronzes est form du dcoupage  jour de branchettes de
cerisier s'entre-croisant; un autre, c'est l'imitation d'une bouteille
d'osier treillisse; un autre, l'imitation d'une nasse, aprs laquelle
montent des grenouilles.

Enfin, un bronze extraordinaire, comme fonte  cire perdue, et qui n'a
plus rien de l'aspect dur et cassant du mtal: une petite jardinire, o
des flots de la mer qui font la dcoration du fond, jaillit d'un ct la
tte d'un dragon, de l'autre sa queue, un dragon aux barbillons dors. Ce
bronze porte: _Fait par Tautchsai Jukakou pour Shogakousai_.

Et ce bronze repose sur un pied admirable, un morceau de bois pli  la
faon d'une serviette, avec l'incrustation d'une grecque en argent sur
les rebords, et, sur le plat, des posies galement incrustes en argent.

En fait d'objets chinois ou japonais, il y a encore sur les murs, deux
panneaux de Coromandel, ces riches panneaux de paravents,  intailles
colories, o des fleurs et des poissons ressortent si bien du noir glac
de la laque;--un bas-relief compos d'un bton de commandement, en jade,
pos sur un pied de bois de fer, admirablement sculpt;--une plaque de
porcelaine ayant d servir  la dcoration d'un lit d'un grand personnage,
une plaque de porcelaine de la famille verte, o les peintures de la
porcelaine arrivent  la profondeur intense des colorations d'maux,
enchsss dans le cuivre;--une grande sbile en bois (destine  contenir
des gteaux secs), o un quartier de lune, fait d'une plaque d'argent,
brille au milieu des aiguilles du noir branchage verticill d'un sapin.

La chemine porte, entre deux flambeaux d'mail de Saxe, une petite
pendule du XVIIIe sicle, et se trouve surmonte d'une glace dans un cadre
en bois dor du plus riche contournement, termin par un coeur flamboyant,
travers de deux flches enguirlandes de fleurettes.

Le fond de la pice, en regard de la baie ouvrant sur l'autre chambre, est
comme une chapelle  la mmoire de l'ami Gavarni, renfermant une runion
de ses plus beaux dessins. L, est son VIRELOQUE, excut avec ce procd
d'un fusain fix, lav  grandes eaux colores, et largement relev de
gouache: procd donnant  une aquarelle, la solidit d'une peinture 
l'huile.

Ce dessin capital a, comme pendant: _My Husband_, une composition de deux
dbardeurs, enleve avec le mme procd, et au moins avec la mme vigueur.

 ct de ces deux aquarelles, puissamment gouaches, une aquarelle de la
plus grande limpidit, et du lavage le plus transparent, o une vieille
portire dit  une autre:

  _Ce qu'y a de monde  Paris qui n'attendent pas que les arrondissements
  soient prts, pour filer dans le 13e.--a fait frmir!_

Puis un costume de thtre pour _Mlle Julienne_, un costume aquarell
d'une femme de la campagne, avec l'indication en marge: _chapeau de
paille_, _ruban de chapeau_, _bonnet de batiste_, _manches de batiste_.

Et voici,  la mine de plomb, mlange de sanguine, l'tude de ce roux
cruel, appuy au-dessus d'un canap, o dans la lithographie termine,
est couche une femme, lithographie baptise: L'OISEAU DE PASSAGE: type
d'aprs lequel Dumny s'est grim pour le rle de Jupillon, dans GERMINIE
LACERTEUX.

Ce sont encore, l'un  ct de l'autre, deux dessins: l'un, une
_Dbardeuse_, grave dans LA MODE, d'un prcis et d'un fini d'excution,
o se sent encore le dessinateur mcanicien; l'autre, un lavis de la
dernire anne de la vie de l'artiste, montrant un de ces androgynes
femelles, au retrait de travers de la tte dans les paules d'une vieille
tortue, lavis barbot, poch,  la faon des plus grands matres.

La _Dbardeuse_ encadre a t tire de l'album des dessins de Gavarni
du journal LA MODE (soixante-quinze dessins) offert par Girardin  la
princesse Mathilde, et  moi donn par la princesse, un jour, qu'elle me
faisait l'honneur de djeuner chez moi, et donn si gentiment, ainsi que
je l'ai dj racont dans mon JOURNAL. Une fois la princesse m'avait dit,
connaissant toute mon admiration pour Gavarni: Vous savez, Goncourt, les
dessins de LA MODE, je vous les laisse dans mon testament. Eh bien! le
matin du djeuner, elle arrivait, l'album dans les bras, et me le mettait
dans les mains, avec cette phrase: Dcidment, je me porte trop bien, je
vous ferais trop attendre!

Maintenant dans cette pice, comme dans l'autre, les deux fentres, en
leurs rentrants, forment de petits cabinets d'exposition, en pleine
lumire.

L'un est tout rempli d'aquarelles de mon frre, excutes en 1849, 1850,
1851, pendant nos annes vagabondantes.

Voici, une vue de la curieuse maison, en bois sculpt, de Mcon, voici,
une vue  la porte Bab-Azoum d'Alger, avec son ciel de lapis; voici, une
vue du matin au bord de la mer,  Sainte-Adresse; voici, une vue de Bruges,
qui ressemble bien  un Bonington; voici enfin une vue de la sale et
pourrie rue de la Vieille-Lanterne, que mon frre a t prendre, le
lendemain du jour, o Grard de Nerval s'tait pendu, au troisime barreau
de cette grille d'une sorte d'gout.

L'autre fentre a un panneau couvert de trois impressions japonaises.

La premire d'Outamaro, donne  voir Yama Ouwa, cette sorte de Genevive
de Brabant hirsute, allaitant dans la fort son jeune nourrisson, au teint
d'acajou, qui sera un jour le terrible guerrier Sakata-No-Kintoki.

La seconde d'Harunobou, planche un peu fantastique, montre dans une nuit,
o volent de gros flocons de neige, un jeune amoureux qui joue de la flte,
dans le voisinage de sa belle.

La troisime d'Hokousa: un trs fin sourimono, reprsente, par un jour du
Jour de l'An de l-bas, une longuette petite femme, portant sous le bras
une cassette contenant un cadeau, en une marche mditative, dans une robe
aux dlicates colorations, comme dilues dans un bain d'eau: un sourimono
encadr dans une toffe, o brillent sur un fond d'or, des fleurettes
blanches, sortant d'un feuillage de turquoise. En tte, est imprime cette
ligne d'une posie: _Le vent du printemps, qui a pass sur les fleurs des
pruniers, parfume ses cheveux, semblables  des brindilles de saule_.

Dans l'autre panneau sont trois dessins de Gabriel de Saint-Aubin, de
Watteau, de Chardin.

De Gabriel de Saint-Aubin, c'est le dessin de la vignette de L'INTRT
PERSONNEL, grav par son frre Augustin, une vignette qui peut tenir
bien certainement  ct d'un dessin de Meissonier.

De Watteau, ce matre de la main, et cet admirable interprte de sa
nervosit, c'est une feuille de cinq mains de femmes, dans diffrents
mouvements, et desquelles, l'artiste, seulement avec de la mine de
plomb, et de la sanguine pourpre qui est  lui seul, a fait de la
chair peinte.

De Chardin, sabr  la pierre d'Italie avec des rehauts de craie, sur un
papier chamois, un croquis de vieille femme tenant un chat sur ses genoux.
Et ce dessin est curieux, non seulement, parce que les dessins vraiment
authentiques du peintre sont de la plus grande raret, mais encore parce
que ce dessin, est la premire ide du grand portrait en pied, que j'ai
vu, il y a une trentaine d'annes, chez la baronne de Conantre, le seul
portrait  l'huile de tous les portraits qui lui ont t attribus, que je
reconnais pour un vrai Chardin, et qui a t peint par le matre, dans la
manire chaude de ses ALIMENTS DE LA CONVALESCENCE, du Muse de Vienne.

Dans la grande pice, la teinte uniforme des murs et du plafond est rompue,
 et l, par des broderies chinoises et japonaises. Au-dessus de la baie,
est tendue une bande de drap blanc, sur laquelle sont brods, en soie
bleue et violette, jouant le camaeu, des chrysanthmes entre des iris et
des fleurs de cognassiers.

En face, et se faisant vis--vis, est une autre broderie chinoise sur fond
blanc, o une tagre en bois de fer, et des consoles en laque de Pkin,
portent des fleurs et des grenades.

Entre les deux fentres, s'tale la tapisserie d'une dcoration thtrale,
un grand morceau d'toffe rouge, que recouvrent entirement de larges
feuilles de nnuphar et des gerbes de joncs, massivement brodes en or, et
o, dans ce rouge et cet or, luit le blanc d'une tige de chrysanthme, le
bleutre d'une grappe de glycine.

Et le plafond s'claire sous un grand foukousa, du rose d'un soleil
couchant  Tokio, dans lequel s'lancent des bambous verts, au vert tendre
d'une pousse arborescente dans le mois de mai, et coups par un nuage, o
volent de blanches grues.

Mais la curiosit grande des deux pices, c'est la runion, dans
une vitrine, des portraits des littrateurs amis, des habitus du
_Grenier_, peints ou dessins sur le livre le mieux aim par moi, et dont
l'exemplaire est presque toujours en papier extraordinaire, et renfermant
une page du manuscrit autographe de l'auteur.

Alphonse Daudet, peint  l'huile par Carrire (1890), sur un exemplaire
de: SAPHO.

Zola, peint  l'huile par Raffalli (1891), sur un exemplaire de:
L'ASSOMMOIR, un Zola un peu matrialis.

Banville, peint  l'huile par Rochegrosse (1890), sur un exemplaire de:
MES SOUVENIRS, un portrait d'une ressemblance  crier.

Coppe, peint,  l'huile par Laphal Collin (1894), sur un exemplaire de:
TOUTE UNE JEUNESSE, un portrait lgiaque, o rien ne se voit sur la
physionomie, de la rieuse gouaillerie du causeur.

Huysmans, peint aux crayons  l'huile par Raffalli (1890), sur un
exemplaire de: A REBOURS, un portrait enlev dans un beau et color relief,
et donnant la constriction de corps du nerveux auteur.

Octave Mirbeau, dessin  la plume par Rodin (1894), sur un exemplaire de:
SBASTIEN ROCH, deux profils et une tte de face, dont la construction est
d'un puissant manieur de glaise.

Rosny (l'an), peint, dans un lavis  l'encre de Chine, par Mittis (1894),
sur un exemplaire du: BILATRAL.

Paul Margueritte, peint,  l'huile, par Bouchor (1891), sur un exemplaire
de: TOUS QUATRE.

Rodenbach, peint  l'huile par Stevens (1891), sur un exemplaire du:
RGNE DU SILENCE, un portrait donnant l'aspect spirituellement anim de
la physionomie du pote.

Gustave Geffroy, peint  l'huile par Carrire (1890), sur un exemplaire
des: NOTES D'UN JOURNALISTE, un portrait qui est un chef-d'oeuvre.

Hennique, peint  l'huile par Jeanniot (1890), sur un exemplaire de:
UN CARACTRE, un portrait d'une ressemblance charmante dans une habile
peinture.

Descaves, peint  l'huile par Courboin (1890), sur un exemplaire des:
SOUS-OFFS.

Hervieu, peint  l'aquarelle par Jacques Blanche (1890), sur un exemplaire
de: PEINTS PAR EUX-MMES, un portrait donnant la douce expression
mlancolieuse de ses yeux.

Hermant, peint dans un croquis lgrement aquarell de Forain, sur un
exemplaire du: CAVALIER MISEREY, un croquis amusant, donnant au jeune
auteur, avec ses moustaches releves, ses cheveux bouriffs, l'apparence
d'un petit chat en colre.

Ajalbert, peint  l'huile par Carrire (1894), sur un exemplaire de:
EN AMOUR.

Frantz Jourdain, peint, dans un lavis d'encre de Chine, par Besnard (1890),
sur un exemplaire de: A LA CTE, un lavis dont la pochade sort de dessous
le pinceau d'un matre.

Rod, peint  l'huile par Rheiner, un peintre suisse (1892), sur un
exemplaire de: LA COURSE  LA MORT.

Jean Lorrain, peint  l'huile par de la Gandara, (1894), sur un exemplaire
des: BUVEURS D'MES.

Gustave Toudouze, peint  l'huile par son frre Edouard Toudouze (1890),
sur un exemplaire de: PRI EN MER.

Burty, peint  l'huile par Chret, sur un exemplaire de: PAS DE LENDEMAIN,
un portrait d'un trs brillant coloris.

Claudius Popelin, peint  l'aquarelle par son fils, (1889), sur un
exemplaire de: UN LIVRE DE SONNETS, une aquarelle de la plus habile
facture.

Bracquemond, peint  l'aquarelle par lui-mme (1890), sur un exemplaire:
DU DESSIN ET DE LA COULEUR, un portrait o l'habitant de Svres s'est
reprsent, sous un aspect un peu rustique.

Robert de Montesquiou, peint  l'huile par de la Gandara (1893), sur
un exemplaire du beau livre des: CHAUVES-SOURIS, portrait rendant la
silhouette et le port de tte du pote.

Henri de Rgnier, peint  la gouache par Jacques Blanche (1895), sur un
exemplaire: LE TRFLE NOIR.

Edmond de Goncourt, peint  l'huile par Carrire (1892), sur un exemplaire
de: GERMINIE LACERTEUX, de l'dition in-4, tire  trois exemplaires,
aux frais du bibliophile Gallimard, un admirable portrait, o se voit,
dans le fond, le mdaillon de bronze de Jules, et dans lequel, Carrire a
merveilleusement exprim la vie fivreuse des yeux de l'auteur.

Mme Daudet, peinte  l'huile par Tissot (1890), sur un exemplaire d':
ENFANTS ET MRES, un portrait dlicatement touch.

La princesse Mathilde, peinte  l'aquarelle par Doucet (1890), sur un
exemplaire de la rare brochure: HISTOIRE D'UN CHIEN, un portrait rendant,
dans une aquarelle charmante, le gras et bon sourire de la princesse.

       *       *       *       *       *

_Lundi 17 dcembre_.--Une conversation  voix basse entre deux garons de
caf, chez Riche:

--Des chevaliers d'industrie, je te dis!

--Oui, des chevaliers d'industrie... mais mes meilleurs clients... les
consommateurs aux plus gros pourboires...

Une spirituelle femme numrant les bienheureux _flirt_, qui se produisent
autour d'une jeune et jolie femme, en vedette dans le monde chic, lors de
sa pose dans un salon, sur un canap, disait: Il y a le _flirteur_ de
droite, qui a dans le ct la rondeur de hanche; le _flirteur_ de gauche,
qui a une boucle de ses cheveux sur la figure; le _flirteur_ debout de
devant, qui a la vue de sa gorge... et tour  tour de ses seins sautant
par-dessus le corset; enfin les _flirteurs_ de second plan, qui ont la
tlgraphie engageante de ses bras et de ses mains.

       *       *       *       *       *

_Mardi 18 dcembre_.--Exposition de Joseph Chret, l'hritier direct
de Clodion, avec son petit monde de Cupidons, au sourire railleur de
Cupidons-Gavroches, et de nymphes fluides, plus sduisantes encore sur
la panse d'un vase, dans le demi-relief, dans la demi-rondeur de formes,
mergeant de l'enveloppement de la glaise.

Une figure charmante: le corps d'une petite fille, assise sur le rebord
d'une corbeille, et qui dans un mouvement de retournement en arrire,
s'appuie des deux bras  l'anse.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 19 dcembre_.--On sonne. C'est le mnage Zola venant me
remercier de l'accueil que leur fait Bhaine, et ne s'interrompant pas
l'un et l'autre, dans l'effusion de leurs louanges, sur la bonne grce
et la bravoure de l'ambassadeur.

Du reste tout le monde franais a t d'une amabilit extrme. Guillaume,
le directeur de l'cole de Rome, de retour depuis trois jours de Paris,
avant le dpart de Zola, voulait improviser un dner. Hbert lui a fait
les honneurs de la Chapelle Sixtine, et  la demande de Zola, de voir de
sa peinture, lui a dit: Aprs la visite de la Chapelle Sixtine, on ne
voit pas de l'Hbert; vous la verrez, ma peinture,  Paris, o il n'y a
pas une concurrence si redoutable.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 28 dcembre_.--Mon Dieu, qu'il est vivant, qu'il est bruyant,
qu'il est assourdissant ce Mistral! Il fait  lui seul le bruit de
dix Septentrionaux. Mais au fond, il est amusant avec sa parole
spirituellement exubrante. C'est aujourd'hui dans sa bouche, et avec
la mimique de sa physionomie et de tout son corps, l'histoire d'Adolphe
Dumas le pote boiteux, destin  devenir tailleur, le mtier de tous les
boiteux de l-bas. Or, dans l'auberge de rouliers tenue par ses parents,
tombait, un jour, une troupe de comdiens nomades, et il arrivait qu' la
suite de la reprsentation dans la grande salle de l'auberge, la fille
de l'auberge, une belle fille, sduite par les paillettes du comdien,
qui faisait le prince Charmant, dcampait avec lui  Marseille, d'o,
subitement dsenchante de l'homme, elle se rendait  Paris. L, en
descendant de diligence, elle trouvait, pour ainsi dire, dans la rue, un
vieil Anglais, que son histoire intressait, et qui la mettait quelque
temps dans un couvent, pour la dgrossir, puis l'pousait. Aussitt
qu'elle tait pouse, elle faisait venir l'apprenti tailleur, pour lequel
elle avait une grande affection, lui faisait faire ses tudes, de rapides
tudes, au bout desquelles il devenait l'homme de lettres, Adolphe Dumas,
en relation avec Lamartine, qui par lui, prenait connaissance de MIREILLE,
et crivait l'article qui faisait Mistral clbre. Alors--c'est bien de
ce temps catholico-romantique--pour remercier Dieu de l'article, Adolphe
Dumas faisait communier, en sa compagnie, et celle de deux autres
littrateurs, Mistral  Notre-Dame, aprs qu'on s'tait confess au
Pre Flix: communion suivie d'un gueuleton, o l'on se grisait fortement.

Une rechute religieuse comme a, moi aussi m'est arrive, s'crie Daudet.
C'tait dans les premiers temps que j'crivais au _Figaro_, vers mes
dix-sept ans. Je ne sais ce qui m'avait pris, mais voici qu'un jour, je
vais trouver le Pre Flix, et je lui demande de me confesser, et de me
donner l'absolution. Il s'y refusa, m'imposant de lire avant, quatre gros
volumes de ses confrences. Ma foi, les volumes taient bien relis et,
les jours suivants, mon accs religieux tant un peu pass, et ayant faim,
je vendais les quatre volumes du Pre Flix, ce qui me donnait  manger,
deux ou trois jours.

... Mais, ce n'est pas tout ce que me rapporta, le Pre Flix. En
1860--eh, Mistral je me rendais justement chez toi!-- Lyon, je me trouve
 court d'argent, j'offre  un journal un article sur mes contemporains,
et je lui apporte un article, o, dans un portrait du Pre Flix, je
racontais ma mauvaise action. Ce portrait du Pre Flix tait accompagn
d'un portrait de Rigolboche.

Quand j'allai toucher mon article, je fus pay, mais le rdacteur me dit
que je ferais bien de quitter Lyon, parce que des gens, ayant l'air de
mchants garons, indigns de cet amalgame du Pre Flix avec Rigolboche,
taient venus demander mon adresse.

Et dans le bruit des conversations, j'entends vaguement la fin de la
monographie d'Adolphe Dumas, continue par Mistral: Adolphe Dumas, ne
cessant de rpter, en faisant allusion  la pauvre auberge de son pre:

--Et cependant j'avais un grand-pre qui portait des bas de soie!

--Quel tait donc ton grand-pre? lui demandait enfin, un jour, Mistral.

--Le capitaine Perrin, rpondait avec fiert Adolphe Dumas.

Or, le capitaine Perrin aurait t ruin, au dire de Mistral, par une
fourniture d'ail de 300 000 francs  l'arme des Pyrnes-Orientales, qui
lui fut paye en assignats, au moment, o les assignats n'avaient plus
aucune valeur.




ANNE 1895


_Mercredi 2 janvier_.--Ce soir, une femme agitant un ventail en plumes
blanches, que je lui ai donn, me disait cette phrase gentille, et comme
seules les femmes savent en trouver: Pour moi, les choses que vous me
donnez, et que je pose sur une commode, ou que j'accroche au mur, ne me
sont de rien, je n'aime que les choses qui me suivent, que je porte avec
moi, que mes doigts peuvent toucher, comme cet ventail.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 6 janvier_.--Carrire, qui tait  la parade de la dgradation
militaire de Dreyfus, perdu dans la foule, parlant de la PATRIE EN DANGER,
me disait que moi, qui avais si bien rendu le mouvement fivreux de la
rue, pendant la Rvolution, il aurait voulu que je fusse l, et que bien
certainement, j'aurais tir quelque chose du frisson de cette populace.

Il ne voyait rien de ce qui se passait, et avait seulement l'cho de
l'motion populaire par des gamins, monts sur des arbres.

Et voici Hennique et Geffroy, les deux dcors du _Grenier_, auxquels tout
le monde fait fte.

       *       *       *       *       *

_Lundi 7 janvier_.--Dner chez Rodenbach avec les Besnard, les Frantz
Jourdain, Mallarm, Rosny.

Ce Mallarm a vraiment une parole sductrice, avec de l'esprit qui n'est
jamais mchant, mais soutenu d'une pointe de malice.

On a parl de l'article de Strindberg sur l'infriorit de la femme,
d'aprs l'tude de ses sens, ce qui est incontestable sous le rapport du
got et de l'odorat, et  propos de cette infriorit, je rappelais une
observation d'un livre de mdecine, o il est affirm que le squelette
d'homme a une personnalit, que n'ont pas les squelettes de femmes, qu'on
dirait fabriqus  la grosse.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 9 janvier_.--Ce soir, rue de Berri, on cause du dcolletage des
femmes, et comme je disais que la gorge de la femme honnte devrait tre
la chose la plus secrte pour les autres, autres que le mari, d'Ocagne
nous raconte la prsentation d'un Chinois qu'il a faite chez About, ce
Chinois s'tant obstinment arrt  la porte du salon, il avait t
oblig d'aller le rechercher et de le forcer  entrer. Et, comme en
sortant, il lui demandait la raison de son hsitation  pntrer dans le
salon, il lui rpondait que devant ces femmes qui avaient leurs gorges 
l'air, il avait cru  une mystification et qu'au lieu de l'avoir conduit
dans un intrieur familial de lettr, d'Ocagne l'avait men dans un bateau
de fleurs.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 13 janvier_.--On se demande, s'il existe encore des bohmes de
l'intensit de ceux du temps de Murger? On ne le croit pas. Cependant
Rodenbach affirme, qu'il y a encore dans notre partie, des crevards de
faim sans pudeur, semblables aux chiens des environs des casernes, et
qui viennent, aux heures rglementaires, partager le repas d'hpital de
Verlaine.

Lon Daudet, qui dans ce moment pour combattre les tristesses de sa vie,
se plonge plus avant dans le travail, et a crit toute la journe, nous
demande  nous lire, aprs dner, un commencement d'article sur la Piti
et la Douleur, qui me fait m'crier: C'est curieux, n'est-ce pas, c'est
le catholicisme qui a apport dans le monde la piti  l'endroit des
_misreux_ et, il a fallu dix-huit sicles, pour que cette piti et son
dveloppement en littrature,--dveloppement qui commence avec Dickens et
continue--avec vous! me crie-t-on.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 16 janvier_.--Dmission du Prsident... a ne dure pas
longtemps les prsidences... Vraiment le fichu rgime que ce
parlementarisme, o les parlementaires ressemblent  de grands
enfants, pris, de temps en temps, du dsir de casser leurs joujoux.

Le docteur Michaut me disait, que peu de temps aprs notre Exposition,
dans une causerie  Francfort avec un Allemand, celui-ci vantant cette
exposition, s'tonnait, comme nous nous tions vitement relevs, depuis
la dernire guerre, ajoutant toutefois qu'avant la guerre, il avait cru 
notre irrmdiable dcadence, par le dveloppement des cafs-concerts et
les inepties qu'on y dbitait, et que malheureusement pour nous, il avait
remarqu une progression norme de ces cafs-concerts.

On me contait, ce soir,  propos de l'infecte collection de M. Thiers,
prenant deux salles du Louvre, que Tauzia, qui avait t trs hostile 
cette dsastreuse occupation de notre grand Muse, lors de l'ouverture de
la salle o est le fameux service, avait lanc la phrase: Messieurs, la
salle  manger! phrase qui avait manqu de lui faire perdre sa place.

       *       *       *       *       *

_Lundi 21 janvier_.--Oh, la jeunesse des lettres! je la trouve bien
presse de jouir du succs, bien avide d'argent, bien incapable de
travailler de longs mois, dans la retraite, le silence, la maigre
rtribution de son labeur: ce qu'a fait notre gnration. J'ai bien peur,
que les rares fabricateurs de livres de ce jeune monde, soient mangs par
le journalisme: o se payent de gros dividendes, avec le tintamarre de la
gloire.

       *       *       *       *       *

_Samedi 26 janvier_.--M. Maurice Talmeyr, dans un reintement de mon
JOURNAL, m'accuse de travailler  faire oublier la place, que mon frre a
dans notre oeuvre. C'est juste au moment, o je viens d'obtenir, avec une
certaine peine, qu'une rue de Nancy, devant s'appeler: _Rue Edmond de
Goncourt_ s'appelle _Rue des Goncourt_.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 31 janvier_.-- la fin de la soire, arrive Helleu, qui a pass
toute la journe  peindre par ce froid, les statues de Versailles,
 demi ensevelies sous la neige, parlant de la beaut de spectacle et
du caractre de ce monde polaire. Et sur la passion de la peinture de
Bracquemond fils, d'aprs des vitraux, il me confesse avoir ce got, et
avoir travaill  Chartres,  Reims, et  Notre-Dame,  Notre-Dame, qu'il
a habite la matine, presque deux annes, visitant tous les coins et les
recoins des tours, au milieu de ces anges suspendus dans le ciel, ayant
comme des mouvements de corps, pour se retenir et ne pas tomber en bas. Et
il nous parle d'une fte, o peignant au milieu des chants, des roulements
de l'orgue, du son des cloches en branle, il donnait des coups de pinceau
sur la toile,  la faon d'un chef d'orchestre, compltement affol.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 1er fvrier_.--Je reois, ce matin, une aimable lettre de
M. Rigaud Kair, capitaine au long cours, me tmoignant son regret de ne
pouvoir assister  mon banquet, sous la menace de reprendre la mer, au
premier jour, et m'offrant en remerciement de sa respectueuse gratitude
pour les joies intellectuelles, que mes oeuvres, compagnes fidles de tous
ses voyages, lui ont procures, m'offrant un dessin de Pouthier,
l'Anatole de MANETTE SALOMON. Et le dessin est curieux, et je me rappelle
que Pouthier m'en parla beaucoup dans le temps. C'est un dessin ddi 
Eugne Sue, et qui porte au revers la note suivante: _Portrait de Mlle ***
qui a servi pour la cration de la Mayeux, dans les MYSTRES DE PARIS_.

Et M. Rigaud Kair ajoute, qu'il ne serait pas impossible, que lorsque je
me suis trouv  Croisset, j'aie aperu un trois-mts, saluant trois fois,
avec son pavillon amen bas, trs bas, comme on salue un souverain,
l'excellent matre Gustave Flaubert, que cette petite manoeuvre tonna
d'abord, puis ravit ensuite.

Djeuner chez les Dorian, pour les fianailles d'Ajalbert avec la jolie
Mlle Dora Dorian.

En rentrant, je sonne. On tarde  m'ouvrir. Je m'impatiente, et ressonne
 casser la sonnette. Apparat la tte effare de Blanche, qui me crie:
Le feu est  la maison! En effet,  la suite d'un feu de chemine dans
mon cabinet de travail, le feu vient de prendre dans un petit cabinet
au-dessus, et Plagie et sa fille et sa mre, courent affoles par la
maison, jetant dans le chneau des paquets de choses enflammes. Les
fumistes arrivent et bouchent avec du mortier la chemine, mais le feu
n'est pas teint, et devant la vapeur de gaz carbonique, qui remplit
tout le haut de la maison, ils prviennent les femmes de dormir avec
prcaution: une jeune marie ayant t, ces jours-ci, asphyxie dans ces
conditions  Auteuil. Ce qui fait que mon monde ne dort, la nuit, que d'un
oeil, se relevant de temps en temps, pour aller tter le mur, et sentir
s'il se refroidit.

Ah! une vilaine soire, cette soire dans l'motion de l'incendie, et
cependant j'ai fait tout de mme dans cette soire, les trente lignes sur
les pointes-sches d'Helleu, qu'il m'a demandes pour une exposition 
Londres, et qu'il doit venir chercher dimanche.

Fvrier 1895.

Mon cher Helleu,

Vous me faites l'honneur de me demander de prsenter en quelques lignes
au public, votre oeuvre. Je le fais avec grand plaisir, ne me cachant pas
cependant la difficult grande,  bien parler de vos pointes-sches,  la
fois si lgres et si colores, vos pointes-sches d'une gratignure sur
le cuivre, si artiste.

Votre oeuvre, c'est d'aprs le cher modle, qui prte la vie lgante de
son corps  toutes vos compositions, une sorte de monographie de la femme,
dans toutes les attitudes intimes de son chez-soi--dans le renversement
las de sa tte, sur un fauteuil; dans son agenouillement devant le feu
d'une chemine, avec le retournement de son visage contre le chambranle,
et la fuite contourne du bas de son corps; dans une rverie, qui lui fait
prendre dans la main la cheville d'une jambe croise sur l'autre; dans
une lecture, avec le dfrisement d'une boucle de cheveux le long de sa
joue, quelque chose d'interrogateur au bout du nez, une bouche un rien
entr'ouverte, o il y a comme l'pellement heureux de ce qu'elle lit; dans
le sommeil, o de l'enfoncement dans l'oreiller, merge la vague ligne de
deux paules, et un profil perdu, au petit nez retrouss,  l'oeil ferm
par de noirs cils courbes.

Et si la femme, ainsi reprsente dans son intrieur, sort de chez elle,
regardez-la, sur cette merveilleuse planche: La femme devant les trois
crayons de Watteau, du Louvre, regardez-la, une main sur une ombrelle,
avec toute l'attention de sa sduisante et ondulante personne, penche sur
les immortels dessins de la vente d'Imcourt.

Non, je ne sais vraiment pas un autre mot pour les baptiser, ces
pointes-sches, que de les appeler les _Instantans_ de la grce de la
femme.

       *       *       *       *       *

_Samedi 2 fvrier_.-- une lettre de Huret, qui se met  ma disposition,
pour rpondre directement ou indirectement  Talmeyr, dans le _Figaro_,
je rponds par ce billet:

Cher monsieur, je vous remercie de votre offre. J'ai pour principe de ne
pas rpondre. On m'accuserait d'avoir assassin mon frre--ce qui arrivera
peut-tre un jour--que je me tairais. Je laisse au temps  faire justice,
de ce qu'il y a de vrai ou de faux, de juste ou d'injuste, dans les
attaques diriges contre ma littrature et ma personne.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 3 fvrier_.--Ce soir, on disait que la gauche poigne de main,
qui se donne _en tierce_, avec le coude retourn contre le corps, vient
des poignes de main, donnes par le prince de Galles, pendant un
rhumatisme qu'il avait  l'paule. La mode du triste enfermement du
cou des femmes, viendrait galement des fanfioles, avec lesquelles la
princesse de Galles cacherait des humeurs froides. Et ces modes, dj
enterres  Londres, seraient adoptes par nous, ainsi que les modes de
Paris, le sont par la province attarde.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 fvrier_.--Willette, amen aujourd'hui par Geffroy, pour faire
le menu du banquet du 22 fvrier, pendant qu'il fait un croquis de ma
personne, me dit qu'il y a sur ma figure de singuliers passages de
douceur et de duret.

Aprs la lettre sincrement louangeuse, crite ce matin  Daudet sur LA
PETITE PAROISSE, je ne puis me retenir, ce soir, de lui dire que j'aurais
voulu, que son livre fint aprs la nuit de rconciliation, o revient
entre l'poux et l'pouse le souvenir _inchassable_ de l'adultre,
empchant le rapprochement des chairs. L-dessus, il me fait cette
confession: dans le principe, il avait eu l'ide--ide devant laquelle
il avait recul ensuite--de faire la rsurrection de l'amour, et la
ressoudure de la chair, en la griserie du crime, accompli par le mari sur
le jeune prince d'Olmutz, avec la complicit de la femme.

Mallarm contait, ce soir, qu'il avait t mis dans un pensionnat 
Auteuil, un pensionnat tenu par un abb, dans la proprit de dix-huit
hectares du baron Gros, par une grand'mre entiche d'aristocratie, et
dsireuse de voir chez elle, le dimanche, des petits de la noblesse. L,
sur son nom plbien, il avait t reu  coups de pied et de poing, par
ses nobles condisciples: ce qui lui avait donn le _toupet_ de dclarer,
que ce n'tait pas son vrai nom, qu'il tait le comte de Boulainvilliers.
Et quand cette grand'mre le faisait appeler, il restait trs longtemps
dans le lointain du parc, avant de se rendre  l'appel, laissant son vrai
nom se perdre, s'vaporer, dans son retard  y rpondre.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 8 fvrier_.-- un dner chez Fasquelle, je cause avec Zola de
son roman de ROME, dans les notes normes duquel il s'avoue un peu perdu,
dclarant que pour ce livre, il ne se sent pas la bravoure de ses autres
bouquins. Puis dans le moment, lui, l'homme du travail de la matine,
il se lve  onze heures, par suite de douleurs nvralgiques, qui se
changent,  une heure du matin, en d'affreuses rages de dents. Et enfin,
par l-dessus, il a les proccupations de trois procs: le procs en
diffamation,  propos de Lourdes, un procs avec le Brsil, je ne sais 
propos de quelle piraterie, un procs avec le _Gil Blas_, dont il n'a pas
encore touch un sol des 50 000 francs, qui lui sont dus pour son roman
de LOURDES.

Alors sa parole retourne  Rome, avouant que pendant qu'il tait
l-bas, sa pense appelait tout le temps la mort du pape, appelait le
spectacle d'un conclave, qu'il est en train de mettre en scne, avec
une documentation trs  effet, trs dramatique.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 10 fvrier_.--Nous finissons le sicle, dans des annes
mchantes, o la politique se fait  coups de dynamite, o les assassins
avant de tuer, s'amusent de la peur de l'assassin, o la jeune critique
met la perspective du corbillard, pour l'reint dans ses articles, o
l'image mme a la frocit du dessin de Forain.

Un jeune divorc disait  un de mes amis: Aujourd'hui, la gnralit
des jeunes filles suprieures, regarde le mariage comme un essai, un essai
sans chance de dure: ces demoiselles ne se cachant pas de dire, que lors
de ce mariage, elles n'ont pas la connaissance des hommes, et que cette
premire union, n'est qu'un apprentissage, une tude pratique de l'homme
dans le mari: apprentissage qui les met en tat de faire un choix
judicieux, au _second tour_, au second mariage.

Tout  la fin de la soire, Daudet me jette de son fauteuil, o il crit:

--Au dner de Fasquelle de vendredi dernier, les Charpentier vous ont-ils
dit quelque chose?

--Non.

--Bien sr, ils ne vous ont rien dit?

--Non, parole d'honneur!

Alors Daudet vient s'asseoir  ct de moi, et me parlant presque 
l'oreille:

--Je ne devrais pas vous dire a, mais puisque Zola n'a pas gard le
secret auprs de Mme Charpentier, malgr l'engagement que nous avons
pris de n'en parler  personne, je puis bien vous le dire. Eh bien, le
Prsident de la Rpublique, par suite d'un change contre deux croix de
chevalier, a obtenu pour vous une croix d'officier, et Poincar a demand
 prsider le banquet, pour vous la remettre. Je dois vous avouer, que
Zola s'est trs bien conduit, a mis beaucoup de chaleur  l'obtention de
la chose, s'est propos pour aller chez le ministre tout seul, mais je ne
l'ai pas voulu, nous y avons t ensemble.

L-dessus un rcit drolatique de la visite de Zola et de Daudet, au
ministre, Zola voulant porter le chapeau de Daudet pour qu'il pt
s'appuyer sur sa canne et sur son bras, et prononant son _speach_,
les deux chapeaux  la main.

       *       *       *       *       *

_Lundi 11 fvrier_.--Frantz Jourdain me communique la lettre d'acceptation
de Rops, pour le comit du banquet, lettre chaudement sympathique, o je
lis:

Il y a quelques jours, o je relevais mes anciens calepins de notes, de
ces notes qu'on s'adresse  soi-mme, j'y retrouve ceci: Dans le travail,
lorsque par lchet, l'envie de faire du _chic_ vous prend, et que l'on se
sent glisser  la facilit et  la lgret banale de l'excution, penser
aux Goncourt,  la sincrit,  l'honntet,  la droiture de leur oeuvre.
Et voil pourquoi Edmond de Goncourt a t mon matre, si indigne lve
que je fusse.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 17 fvrier_.--Frdric Rgamey m'apporte le dessin d'un portrait
qu'il avait fait de moi dans mon cabinet de travail, pour le _Matin_, un
dessin trs artistement fait.

Il me parle d'une srie d'hommes de la Bourse qu'il est en train de
_pourtraire_, qu'il ne dessine pas d'aprs nature, mais qu'il emporte dans
sa mmoire, de la Bourse, o il les tudie longtemps, les reprenant, les
rtudiant dans leur immeuble, jusqu'au jour, o il est content de leur
ressemblance, ainsi attrape  vol d'oiseau.

Et  ce sujet, il m'apprend qu'il est un lve de Lecoq de Boisbaudran,
un original bonhomme, qui avait prch le dessin de mmoire, disant que
dans le dessin d'aprs nature, il y avait le danger d'tre empoign par le
dtail, et que l'on faisait moins synthtique, et allant jusqu' soutenir,
que lorsqu'on travaillait d'aprs l'tre vivant, on faisait moins nature
que de mmoire--bien entendu pour une mmoire exerce  ce genre de
travail,--par la fatigue du modle, produisant chez lui une espce
d'ankylose du mouvement. Je lui contais alors, qu'Eisen pre avait
dvelopp le talent de son fils, le merveilleux vignettiste du XVIIIe
sicle, en lui faisant faire chez lui, des copies de mmoire, des tableaux
de muses, devant lesquels il allait passer des heures, deux ou trois
jours de suite.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 20 fvrier_.--Donc, je vais tre nomm officier de la Lgion
d'honneur. Au fond, je me demande, si a me fait un trs vritable plaisir,
et je n'en sais vraiment rien. Quand ma pense va  cette nomination,
elle ne s'y arrte pas, comme elle s'arrte aux vnements de votre vie
qui, vous donnent de la sincre joie, et passe de suite  autre chose.

Oui, je le dclare, a me ferait un bonheur plus profond, d'avoir une de
mes deux pices, joue par des acteurs de talent.

En relisant le _Gaulois_, que je n'ai fait que parcourir ce matin, je
tombe sur un cho, o il est dit que le banquet pourrait bien tre remis,
 cause de la mort de Vacquerie, faisant partie du comit. J'espre bien
que ce ne sera pas. Cette vie de chaque jour, entre l'reintement et
l'apothose, me met dans un tat nerveux, que j'ai hte de voir finir,
et qui me permettra de me mettre tranquillement  la correction de mon
huitime volume du JOURNAL, et  la composition de mon livre sur Hokousa.

Ce soir, rue de Berri, j'ai la surprise de me rencontrer avec des orateurs
de mon banquet, avec Hrdia qui doit parler  la place de Coppe,
bronchit, de Rgnier qui parlera au nom de la jeunesse. Et l-dessus,
l'on m'apprend que Poincar a la grippe, et l'on me demande, si le banquet
doit avoir lieu aprs-demain, sur le doute mis par le _Gaulois_, et
rpt par plusieurs journaux. Je n'en sais rien, mais je commence  avoir
du banquet par-dessus la tte, avec le dsir irrit d'en finir, le dsir
d'en finir le plus vite possible.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 24 fvrier_.--Cette vie d'motion ne vous donne pas une souffrance
mais une anxit physique, dont le sommeil et les digestions se ressentent.

J'entre chez Daudet, ce soir, en lui disant:

--Je vous suis bien reconnaissant d'avoir fait annoncer dans le _Figaro_,
qu'en dpit de tout, le banquet aura lieu.

--Vous n'avez donc pas vu Geffroy, fait Daudet, m'interrompant. Eh bien
tout est renvers... Il y a eu ce matin un article dans le _Rappel_...
Par l-dessus, j'ai reu une lettre de Catulle Mends, qui trouvait le
banquetage pas convenable, ce jour-l... une lettre de Claretie qui se
dfendait d'y assister... Enfin Clemenceau, flanqu de Geffroy, est venu
demander, avec force loquence, la remise... Ma foi, j'ai tenu bon jusqu'
trois heures,... mais pass trois heures, j'ai eu peur de vous faire
_triper_, et j'ai fait annoncer, que sur votre demande, le banquet tait
remis. Alors Geffroy a couru chez Frantz Jourdain, qui n'y tait pas, et
qui ne devait rentrer qu' sept heures, et a fait envoyer par sa femme,
une dpche au Grand-Htel.

Diable, voil un banquet qui joue de malheur, et je trouve au fond la
remise faite sur des exigences, vraiment exagres. Comment! sur la mort
d'un monsieur avec lequel je ne me suis rencontr qu'une fois dans ma vie,
 un dner donn par l'_cho de Paris_, mon banquet ne peut pas avoir lieu,
le lendemain de sa mort! Mais en ce temps d'_influenza_, qui dit qu'il ne
peut pas mourir un second membre du comit; d'ici  la semaine prochaine.
Ah! si a avait t un ractionnaire au lieu d'un rpublicain!

       *       *       *       *       *

_Vendredi 22 fvrier_.--Je reois un livre, demand sur un catalogue
 prix marqus de Mathias, et qui a pour titre: DTAILS SUR QUELQUES
TABLISSEMENTS DE LA VILLE DE PARIS _demands par la Reine de Hongrie 
M. Lenoir, lieutenant de police, 1780_. Et je trouve dans ce volume, qu'en
1780, il y a encore des hpitaux, o cinq ou six individus sont confondus
dans le mme lit, et que l'hpital de la Charit, un hpital de cent vingt
lits, qui vient d'tre fond, est un hpital dans lequel la journe d'un
bien soign, et seul dans son lit, cote un peu moins de dix-sept sous.

Curieuse, vraiment l'occupation que met dans la pense de Paris, un
banquet. Le cousin _Marin_ qui vient me voir me dit, que 'a t hier
le sujet de la conversation du Cercle de la rue Royale, toute la soire.

Ce soir, le sculpteur Lenoir se prsente chez moi, avec deux journaux  la
main, dont l'un dit que le banquet a lieu, dont l'autre dit qu'il n'a pas
lieu, et demande  Plagie, quel est le journal qui dit vrai, et je pense,
un peu anxieusement, aux gens, qui vont avoir le nez cass,  la porte du
Grand-Htel.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 24 fvrier_.--Daudet, aussitt arriv, me parle de l'importance
qu'a prise le banquet, du bruit qu'il fait, des articles qu'il inspire, de
la volte-face de la critique, devant la remise demande par moi, disant
que j'aurais publi un chef-d'oeuvre, qu'il n'aurait pas amen la centime
partie de ce tapage, et constatant avec moi, l'imbcillit des choses
productrices du succs,  Paris.

Entre Hrdia, qui nous donne quelques chantillons de son discours 
l'Acadmie, crit dans une prose condense, o il rduit  sa vraie taille,
le petit pre Thiers. De l, l'indignation des gens du Palais-Mazarin,
qui lui demandent la suppression d'une phrase d'un hautain mpris, pour
ledit homme politique. Et aux politiciens de circonstance, aux Thiers, il
oppose Lamartine, un politique aux grandes vues, aux envoles de la pense
 travers l'avenir, et qui fut un prophte miraculeux de tout ce qui est
advenu depuis sa mort, dans notre vieille socit.

Je dne ce soir avec Lon et Lucien, revenus en soixante-douze heures
de Stockholm, pour le banquet: tous deux merveills de ces paysages
hyperborens, et Lon tout  fait mordu par la _folie des neiges_, et
un moment, ayant eu la tentation de pousser jusqu'au cap Nord.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 28 fvrier_.--Je reois ce matin une lettre d'une inconnue qui
m'meut vraiment. S'associant aux hommages qui vont me fter demain,
elle me conte, qu'un certain jour, elle a fui une maison, dans laquelle
avaient sombr toutes ses esprances de jeune fille, toutes ses confiances
de femme, maison dont elle n'avait emport que nos chers livres, qui lui
avaient donn de grandes joies littraires. Elle ajoute, qu'habitant Paris
depuis des annes, elle n'a jamais song  voir le survivant des deux
frres, mais que bien des fois elle a t s'agenouiller sur la tombe du
mort, et que vendredi, tout en se rjouissant des honneurs qui me seront
rendus, et tout en me plaignant de les recevoir tout seul, elle retournera
au cimetire.

Ce soir, je trouve Daudet proccup; enfin au bout de quelque temps, il
s'ouvre, se dboutonne. Il est encore sous le coup de la nouvelle, que
Coppe est trs malade d'une pneumonie, est au plus bas, aurait dit
le concierge hier. Et le cher ami avait peur d'une nouvelle remise du
banquet. Heureusement que les nouvelles d'aujourd'hui sont bonnes. Je ne
puis toutefois m'empcher de lui dire: Sauf pour votre mort, plus de
remise, ou je renonce au banquet!

L-dessus, Toudouze me peint le hourvari produit dans la maison de Frantz
Jourdain, par la remise du banquet, vendredi dernier. Ce jour-l, plus de
cent coups de sonnette chez lui, et les bonnes n'ayant pas littralement
le temps de manger.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 1er mars_.--Une attention charmante de Mme Rodenbach. Elle m'a
envoy, ce matin, un gros bouquet de roses, apport par son blond bb,
sur les bras de sa bonne, avec ce gentil billet du pre: Constantin
Rodenbach apporte  M. de Goncourt le respect et l'admiration du sicle
prochain, dont ils seront tous les deux.

Le bb parti, j'ouvre la _Libre Parole_, et je suis agrablement surpris
d'y trouver un article, pareil  ceux du temps, o j'tais en communaut
de coeur avec Drumont, et o il s'associe avec ceux qui me fteront.

Alors les heures qui n'en finissent pas d'une journe, au bout de laquelle
il y a une chose motionnante, et l'impossibilit de rester chez soi, et le
besoin de se promener au dehors, avec des yeux qui ne voient pas, et sur
des jambes, qui ne savent o aller.

Une queue interminable, et une entre si mal organise, qu'au bout de
quarante minutes sur l'escalier, Scholl perd courage et abandonne le
banquet. Enfin, en dpit d'un garon qui se refuse  me laisser entrer,
j'ai pu me faufiler dans le salon du haut, tandis que Daudet est all
s'asseoir en bas,  la salle du banquet.

De chaudes, de nerveuses poignes de main m'accueillent, et l'une de ces
mains est la main de Lafontaine, me tendant un petit bouquet de violettes,
entour d'une carte de sa femme, sur laquelle est crit:
_Henriette Marchal, le rle jou en 1865_.

L'on descend pour dner, et descendant l'un des derniers, du haut de
l'escalier tournant, je suis frapp du bel et grandiose aspect de cette
salle  manger, ayant la hauteur de deux tages, avec son clairage
_a giorno_, avec l'heureuse disposition de ses tables de trois cent dix
couverts, et dans le bruissement d'aimable et joyeuse humeur des convives,
s'installant.

J'ai Daudet  ma gauche et le ministre  ma droite, le ministre encore
gripp, qui me dit gentiment avoir refus de dner la veille, chez le
Prsident de la Rpublique, voulant se rserver pour mon banquet.

Le dner est au dessert, Frantz Jourdain se lve, et lit des dpches de
la Belgique, de la Hollande, des dpches des _goncourtistes_ Cameroni
et Vittorio Pica d'Italie, des dpches d'Allemagne, parmi lesquelles se
trouvent ces deux lignes de Georges Brands:

_Tous les crivains scandinaves seront avec moi, aujourd'hui, quand je
crie: Gloire au matre initiateur!_

Au milieu de ces dpches, l'hommage d'un fleuriste de Harlem, me
demandant  baptiser de mon nom, une jacinthe nouvelle.

Et encore, des lettres et des dpches d'amis littraires de la France,
qui n'ont pu assister au banquet: des lettres et des dpches de Sully
Prudhomme, de Claretie, de Philippe Gille, de Droulde, de Margueritte,
de Henri Lavedan, de Theuriet, de Larroumet, de Marcel Prvost, de Laurent
Tailhade, de Curel, de Puvis de Chavannes, d'Alfred Stevens, de Helleu,
d'Alfred Bruneau, de Gall de Nancy, de Colombey, de Mvisto.

Alors le ministre prend la parole, et prononce un discours, comme jamais
il n'en a t prononc par un ministre dcorant un homme de lettres, se
dfendant d'tre l, comme ministre, et me demandant presque humblement de
la part du gouvernement, la faveur de me laisser dcorer.

Et ici, en laissant ma personne de ct, il est bon de constater que
jusqu'ici, les hommes du gouvernement ont donn de trs haut, la croix
aux hommes de lettres et aux artistes, et que c'est la premire fois,
qu'ils ont l'air de s'honorer de la croix donne par eux,  l'un de nous.
Du reste impossible de mettre plus de louange dlicate, et d'amiti
respectueusement affectueuse dans ce discours de vrai lettr, qui, je
l'avoue, m'a fait les yeux humides, un moment.

Je ne puis rsister au dsir de donner un morceau de ce discours:

... Le temps est pass des thories de commande, des esthtiques
obligatoires et des littratures d'tat. Dans une dmocratie qui vit de
libert, et que fconde la varit des inspirations individuelles, le
gouvernement n'a rien  dicter, rien  diriger, rien  entraver; il n'a
qu' remplir, s'il le peut, et comme il le peut, un rle discret d'amateur
clairvoyant, respectueux des talents sincres, des belles passions et des
volonts gnreuses.

Or, de talent plus fier que le vtre, de passions plus ardentes que
celles que vous avez nourries, de volont plus souveraine que celle que
vous avez applique aux recherches d'art et au travail de style, il me
parat difficile d'en dcouvrir; et c'est vraiment, par excellence, une
vie d'crivain, que cette vie si droite et si pleine, que vous aviez
commence  deux, cte  cte, dans la joie de vos coeurs jumeaux, et que
vous avez reprise, avec une vaillance inbranlable, dans la mlancolie de
la solitude.

Vous n'avez vcu que pour les choses de l'intelligence; et, non content
de chercher dans l'observation de notre coin de nature et d'humanit,
matire  remplir vos tudes et  satisfaire la curiosit de vos gots,
vous avez largi l'horizon contemporain, vous avez ressuscit le charme
d'un sicle disparu, vous avez rapproch de nous la fantaisie et le
mystre des arts lointains.

Vous n'avez eu de plus chre ambition que de savoir et de voir; vous
n'avez connu de plus exquises jouissances que celles des ides, des
lignes et des couleurs; et les sensations que vous avez aimes, vous les
avez voulu rendre avec l'effort de signes nouveaux, et le frmissement
de notations personnelles. Vous avez assoupli votre langue aux exigences
complexes de la peinture des ralits observes, aux ncessits
changeantes des traductions d'une me, au caprice mme des impressions
les plus fugitives. Vous avez mis dans votre style les jeux de la lumire,
les frissons du plein air, la coloration et la vie du monde extrieur;
vous y avez mis aussi les secousses intrieures, les motions subtiles,
les troubles secrets du monde moral; et dsireux de retenir dans votre
phrase, un peu de ce qui luit ou de ce qui vibre, de ce qui aime ou de ce
qui souffre, vous avez demand  la richesse et  la diversit des formes,
l'art d'exprimer fidlement la multiplicit infinie de la nature.

Le gouvernement se devait  lui-mme, mon cher matre, de s'incliner
devant votre existence et devant votre oeuvre; et, si indiffrent que vous
soyez aux attestations officielles, il a pens que vous ne refuseriez pas
une distinction, que vous n'avez jamais sollicite, que pour d'autres.
M. le Prsident de la Rpublique a bien voulu, sur ma proposition, vous
confrer le grade d'officier de la Lgion d'honneur, et vous accepterez
que je vous en remette cordialement, les insignes.

Et l'motion que j'ai ressentie, a t partage par l'assemble, dont les
applaudissements ont t frntiques.

Non, m'ont dit des gens qui avaient assist  nombre de banquets, non,
nous n'avons jamais t tmoins d'une si entire adhsion du coeur des
assistants.

Puis, 'a t un toast d'Hrdia, ftant mes noces d'or avec la
littrature.

Puis le discours attendu de Clemenceau, le discours loquent, o il montre
le chevalier de Marie-Antoinette, arriv par l'amour de la beaut, de la
vrit,  devenir l'apologiste d'une Germinie Lacerteuse, d'une fille
lisa, qui devaient tre des femmes de la tourbe qui accompagnaient la
reine  l'chafaud; discours se terminant par ces hautes paroles:

Le paysan retourne le sol, l'ouvrier forge l'outil, le savant calcule,
le philosophe rve. Les hommes se ruent en des chocs douloureux pour la
vie, pour l'ambition, la fortune ou la gloire. Mais le penseur solitaire
crivant, agissant, fixe leur destine. C'est lui qui veille en eux les
sentiments engendreurs des ides, dont ils vivent, et qu'ils s'efforcent
de fixer en ralits sociales. C'est lui qui les pousse  l'action, aux
grandes rparations d'quit, de vrit...

Avoir t pour un jour, pour une heure, l'ouvrier d'une telle oeuvre,
suffirait  la gloire d'une vie. Qu' ce titre les Goncourt soient salus
par nous.

... Puis c'est le discours de Card, le discours attendri de Card, sur le
vieux pass de nos relations littraires.

Puis le dlicat morceau littraire de Henri de Rgnier.

 Henri de Rgnier succde Zola, qui avoue loyalement que sa littrature
nous doit quelque chose, et lui qui s'apprte  faire ROME, veut bien
rappeler: MADAME GERVAISAIS.

Aprs Zola, Daudet fait le discours de l'ami intime, un discours, tout
plein de tendresse.

... On a bu  l'homme illustre,  Goncourt romancier, historien, auteur
dramatique, crivain d'art. Moi je voudrais boire  mon ami, au compagnon
fidle et tendre, qui m'a t bien bon, pendant des heures bien mauvaises.
Boire  un Goncourt intime, que nous sommes quelques-uns  connatre,
cordial et doux, indulgent et naf, un naf aux yeux aigus, incapable
d'une pense basse, et mme d'un mensonge dans la colre...

Je me lve alors et dis:

Messieurs et chers confrres de l'art et de la littrature,

Je suis incapable de dire dix mots, devant dix personnes... Or, vous tes
plus nombreux, messieurs! Je ne peux donc que vous remercier, en quelques
brves paroles, de votre affectueuse sympathie, et vous dire, que cette
soire que je vous dois, me paye de bien des durets et des souffrances de
ma carrire littraire.

Merci encore une fois!

On monte en haut, prendre le caf et les liqueurs, et ce sont des
embrassades, des rappels  mon souvenir, de gens dont j'ai oubli le nom
et la figure, des prsentations d'Italiens, de Russes, de Japonais, des
remerciements de Gungl, le fils de Lagier, pour les quelques lignes de mon
JOURNAL sur sa mre, des lamentations de Rodin, se plaignant de sa fatigue
et de son besoin de repos, la demande par Albert Carr d'un rendez-vous,
pour causer de MANETTE SALOMON, enfin l'accolade de ce grand toqu
de Darzens, qui m'a ddi un volume, dont il ne m'a jamais donn un
exemplaire. Moi, au milieu de cela, il me semble m'apercevoir dans une
glace, avec sur la figure un doux hbtement, quelque chose d'un bonheur
bouddhique.

Onze heures sonnent. Je me sens mourir de faim, n'ayant absolument rien
mang. Je sais, que les frres Daudet doivent souper avec Barrs, et
le jeune mnage Hugo, mais j'ai la crainte d'apporter du froid avec ma
vieille tte, au milieu de ces turbulentes jeunesses. Puis j'espre un
restant de chocolat  la maison, o j'ai dit  mes femmes de s'en faire
pour elles, en m'attendant, mais quand j'arrive plus de chocolat, plus de
gteaux, tout est mang.

Je suis revenu, un superbe panier de fleurs  la main, un panier mis
devant moi, pendant le repas, et que, dans mon motion, je n'avais pas
regard attentivement, ayant pris seulement connaissance du billet de Mme
Mirbeau, qui me l'avait envoy.  la maison quand j'y mets les doigts et
les yeux, je m'aperois que c'est un tas de petits bouquets, destins 
fleurir les boutonnires des membres du comit... Est-ce bte... est-ce
bte!

       *       *       *       *       *

_Samedi 2 mars_.--reint de mon ovation d'hier, je m'tais recouch dans
la journe, quand Frantz Jourdain est venu m'apporter le dessin monumental
de Willette, pour le menu du banquet d'hier, et qui a eu un si grand
succs. Le pauvre garon me dtaille tous les ennuis qu'il a eus pour le
classement des gens, et me conte les exigences de celui-ci, de celui-l.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 3 mars_.--C'est ce soir, l'aimable fte, que les Charpentier ont
la gentillesse de donner, en mon honneur.

Aprs dner, sur ce divan,  gauche de la chemine du cabinet de travail,
qui peut tre appel le coin Zola, de Daudet, de Goncourt, on cause de
l'loquence d'hier, des discours de Poincar, de Clemenceau.

 onze heures, Sarah Bernhardt accoude sur le marbre de la chemine
du grand salon, lit nonchalamment, avec sa voix d'or,  travers une
face--main, l'_Hommage  Edmond de Goncourt_ de Robert de Montesquiou:

       Les paons blancs rveills par la Faustin qui rve,
       Glissent en notre esprit avec moins de douceurs
       Que la grce de vos hrones sans trve,
       Matre: Marthe, Rene, et Manette et leurs soeurs,
       ...
       Les paons blancs voqus par la Faustin qui songe.
       ...

Et pendant que Sarah rcite ces vers, il m'est donn de les suivre, dans
un exemplaire calligraphi par Montesquiou, et enlumin par Caruchet, o
sur le chamois du papier, de dlicates plumes blanches de paons, peintes
d'une discrte manire  la gouache, semblent les lgants filigranes du
papier.

Je vais remercier Sarah, dans sa toilette d'idole, et sa sduction
indfinissable de magicienne antique.

L-dessus Montesquiou me prsente aux belles dames du noble faubourg et
d'ailleurs, qu'il trane  sa suite,  la duchesse de Rohan,  la comtesse
Potocka.

Et la soire se termine par _la Soularde_ d'Yvette Guilbert, _la Soularde_,
o la diseuse de chansonnettes, se rvle comme une grande, une trs
grande actrice tragique, vous mettant au coeur une constriction angoisseuse.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 6 mars_.--Georges Lecomte vient me chercher, pour le mariage
d'Ajalbert avec la petite Dora. En chemin, dans le landau de la noce, il
m'annonce son mariage,  lui. Il s'agit d'une jeune fille qu'il a aime,
jeune homme, qui est devenue veuve, et pour laquelle son tendre sentiment
a persist. Et il est dans le bonheur d'pouser une femme, qui ne le
forcera pas  mettre, tous les soirs, son habit noir, pour aller dans le
monde, et lui permettra de travailler: ce qui est au fond, ce qu'il aime
le mieux dans l'existence.

Et nous voil chez les Mnard-Dorian, o s'organise le cortge, et bientt
 la mairie, o a lieu le mariage, clbr par l'aphone Marmottan, et
o je me trouve  la place, que j'avais au mariage de Lon Daudet et de
Jeanne Hugo.

De retour, presque aussitt un dner de quarante-huit couverts, dispos
d'une manire charmante, dans deux pices, o deux grandes tables,
fleuries de fleurs d'amandiers, forment un T, et o la table des vieux, a
pour tte la table des jeunes, au milieu de laquelle apparat la marie,
toute jolie avec son clair visage et son rire sonore,--tout le dner,
gay, anim, fouett, par des violons tsiganes faisant rage, et dont
les chabraques rouges promnent leurs musiques nerveuses derrire le dos
des convives. Et un dner trs amusant, trs cosmopolite, trs parlant
 la curiosit de l'estomac: un potage bulgare aux olives, dont Mme
Mnard-Dorian a rapport la recette de ses voyages, des boudins blancs
de brochets, truffs, des canards  la pure de fois gras, etc., etc.

Une soire de femmes aimables, dont l'une veut bien me dire, qu'elle a t
pouse, comme une Rene Mauperin, tant elle tait le type du livre.

Un amusant dtail. Le coiffeur qui a coiff la marie, lui a demand si
son mari tait petit ou grand, et comme la marie l'interrogeait sur ce
que a pouvait lui faire, il lui disait que c'tait pour la coiffer en vue
de sa taille, proportionnant l'chafaudage des cheveux de l'pouse  la
hauteur de l'poux.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 mars_.--Daudet me prsente M. Finot; le directeur de la _Revue
des Revues_, un Polonais, qui me parle aimablement du succs de ma
littrature dans les pays slaves, dans ces contres, o se forment des
runions d'une trentaine de personnes, pour entendre la lecture d'un livre
nouveau, et il m'apprend,  mon grand tonnement, que CHARLES DEMAILLY est
le roman de tous mes romans, qui a eu le plus grand succs l-bas.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 8 mars_.--Albert Carr qui, sur l'article de Daudet, dans la
_Revue Encyclopdique_, m'a demand un rendez-vous,  mon banquet, ce
matin, reoit ma pice de MANETTE SALOMON, pour le Vaudeville ou le
Gymnase, avec l'autorisation d'en faire l'annonce immdiate dans les
journaux.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 10 mars_.--Helleu, qui est arriv de Londres hier, et qui repart
demain pour l'Angleterre, vient me remercier de la lettre-prface, que je
lui ai crite pour son exposition. Il montre une joie, une joie enfantine,
de l'argent qui lui est tomb l-bas. Oui, il a vendu pour 14 000 francs
de pointes-sches, disant qu' sa premire exposition, chez Durand-Ruel,
il en avait vendu pour 30 francs.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 15 mars_.--Lu: EN ROUTE. Un vrai plaisir dans ce livre,  la
dgustation d'une expression, d'une pithte, d'une image. La clbration
du plainchant, merveilleusement faite par l'crivain catholique.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 20 mars_.--Un homme du monde disait trs justement, que pour
tre bien venu dans la socit, il fallait chez l'homme, une moyenne
d'esprit, de coeur, d'honntet.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 22 mars_.--Dner chez Zola qui reoit, ce soir, de Bhaine.

 dner, conversation sur le bonheur, que tous les convives dclarent
d'une voix unanime, ne pas exister, et Zola, qui l-dessus, est plus
affirmatif que nous tous, tombe, le soir, dans une tristesse noire, qui
le fait muet.

       *       *       *       *       *

_Lundi 25 mars_.--Reprise de l'_influenza_. Avec le mal de tte, et la
lassitude douloureuse de cette maladie particulire, il me faut du courage,
pour travailler, tout l'aprs-midi, avec Hayashi, et arriver,  nous deux,
 la traduction laborieuse de ces prfaces japonaises d'Hokousa, si
difficilement transportables dans notre langue.

Oh! les turgescences du front jaune d'Hayashi, dans l'enfantement de
cette traduction, et les _hh_, dont il scande la lecture du texte, pour
s'entraner au franais, et sa tte amusamment crispe, sur un fond de
porte en blanc, o sont dcoups de petits guerriers en bois jauntre,
provenant d'armoires de bonzeries, et qui semblent des bonshommes de pain
d'pice, hroquement farouches.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 3 avril_.--Visite de Zilken, l'aqua-fortiste hollandais, venu 
Paris pour faire une pointe sche de ma tte.

Il me parle d'un article fait sur moi, par un littrateur de ses amis:
article intraduisible en franais, parce que la langue hollandaise
est beaucoup plus riche que la langue franaise, et ayant cinq ou six
expressions pour rendre une chose, qui n'en a qu'une chez nous--et cet
article, au dire de Zilken serait un dbordement d'pithtes, ressemblant
 une ruption volcanique.

Dner, ce soir, rue de Berri, avec Carraby. D'pais sourcils, de ces
arcades sourcilires profondes, comme il y en a dans les bustes antiques,
avec au fond, des yeux d'un gris d'aigle: les beaux traits d'un prlat
romain.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 10 avril_.--Ce que mon banquet m'a cot, ce qu'il m'a rapport
d'aumnes  faire, ce qu'il m'a valu de _carottes_ de la part de mendiants
de toute sorte, de mendiants d'une ingniosit, comme celui d'hier.

Monsieur, me dit Plagie, il y a en bas quelqu'un qui a une communication
trs importante  vous faire, de la part de M. Bing. Je me trouve en face
d'un quidam, qui me dclare avoir t employ chez M. Bing, et qui veut se
confesser  moi. L, il s'interrompt, voyant la porte ouverte, et me
demande  tre entendu par moi seul. La porte ferme, alors il me raconte
qu'il a t charg d'un recouvrement, qu'il a mang, et que l-dessus il a
t mis dehors. Et le voil, faisant au romancier, qu'il sait que je suis,
un douloureux tableau, ma foi, pas mal fait, de l'tat moral de l'individu,
qui a commis un acte indlicat, et qui ne peut se replacer qu'avec un
certificat, que l'homme qu'il a vol, est dans l'impossibilit de lui
donner, et n'ayant devant lui que le suicide, tirade qu'il termine, en
disant qu'il n'a pas mang, depuis le matin. Un racontar si bien rdig,
qu'il me fait douter compltement de l'indlicatesse de ce faux voleur, et
qui semble un truc trs original, pour attendrir un romancier psychologue,
et lui attraper une pice de cent sous.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 11 avril_.--Une gouvernante anglaise, appartenant  la religion
catholique, a quitt la maison Daudet, lorsqu'elle a appris que l'auteur
de LOURDES, y tait reu.

       *       *       *       *       *

_Samedi 13 avril_.--Je dne avec M. Georges Bousquet qui a crit: LE JAPON
DE NOS JOURS, et, qui, dans le cours de droit qu'il a fait l-bas, a
constat la reconnaissance, que tout Japonais apporte  celui qui lui
apprend quelque chose. Oh _snsei_ (le matre)! rpte avec tendresse,
l'tudiant.

M. Bousquet, raconte qu'il a t un moment tellement sduit par le Japon,
qu'il avait crit  sa famille de quitter la France, de lui amener une
demoiselle dont il tait pris, et qu'ils vivraient tous l, comme dans
le Paradis.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 17 avril_.--Ce soir, dans un coin de salon, Yriarte me racontait
cette anecdote sur Balzac. Le vieil Hertfort, le prisonnier de l'Empire,
lit, sous Louis-Philippe, LA FILLE AUX YEUX D'OR, croit reconnatre, dans
le type qui a servi  Balzac, une fille qui avait pass dans ses orgies,
en un des endroits, o il avait t intern, et demande  Jules Lacroix de
le faire dner avec l'auteur,  la Maison d'Or, o il l'invite. Le jour
convenu, Lacroix arrive tout seul, disant qu'il lui a t impossible de le
rencontrer. Mauvaise humeur d 'Hertfort, qui force Lacroix  s'excuser,
sur ce qu'il est trs difficile de rencontrer Balzac, affirmant que Hugo
et ses amis ne correspondent avec lui, que par lettres. Hertfort toutefois,
avec le despotisme de ses caprices, s'entte  le voir, et enfin il est
convenu, qu'il aura une entrevue avec le romancier,  une premire de la
Porte-Saint-Martin. Mais l encore, Lacroix arrive seul, dit que dans le
moment, Balzac est menac de Clichy, qu'il n'ose sortir que le soir, et
que ces soirs, il les donne  sa matresse,  ses amis. Alors Hertfort de
s'crier:

--Clichy... Clichy... qu'est-ce qu'il doit?

--Mais une grosse somme, rpond Lacroix, peut-tre 40 000 francs,
peut-tre 50 000 francs... peut-tre plus.

--Eh bien qu'il vienne, je lui paierai ses dettes.

En dpit de cette promesse, Hertfort ne put jamais dcider Balzac, 
entrer en relations avec lui.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 18 avril_.--Ce soir, je fais la connaissance, chez Daudet, de
Georges Lefvre, un homme de lettres,  la vie accidente, qui pendant
quelque temps faisant en Afrique le commerce des plumes d'autruche,  la
suite d'une querelle avec les autorits anglaises, est pass chez les
Zoulous, l'avant-veille de la mort du prince imprial, et qui, averti par
le courrier qui portait les dpches, est arriv sur les lieux, quatre
heures aprs sa mort.

Le prince, avec huit hommes dont il avait le commandement, venait de
passer la nuit dans un endroit, o le matin les Zoulous, se glissant 
travers les roseaux, le surprirent au moment o il avait command  ses
hommes de prendre le galop, et o, sautant sur son cheval, une zagae
lui entrait derrire l'paule, et le traversait de part en part. Quand
Lefvre arriva, le prince tait par terre, zaga, et dpouill de tous
ses vtements. Ce qui avait contribu  sa mort, dit Lefvre, c'est qu'au
milieu de ces hommes en costume sombre, et ayant l'air un peu de pompiers,
avec son uniforme rouge et sa culotte blanche, il avait l'air d'un gnral
anglais.

Georges Lefvre nous cite plusieurs lgendes des Zoulous, et entre autres
celle de l'lphant, considr comme le reprsentant de la force, de la
bont, de l'intelligence.

Cette lgende nous montre l'lphant, quand il entre dans un fleuve,
posant le pied lgrement pour ne pas craser le sable, cartant doucement
les branches pour ne pas les briser, et sauvant une gazelle d'un serpent
qui la guette, sans faire peur au serpent.

Or un jour, l'lphant veut s'assurer de la gratitude de la nature et des
animaux  son gard, et il trouve que l'eau se fait frache, et le sable
chaud  ses pieds, que les branches s'cartent docilement de son passage,
que les animaux l'entourent respectueusement, quand il se sent mordu au
pied par un crocodile. Il le prend avec sa trompe et, au moment de le
tuer, la gratitude de l'eau, du sable, des branches d'arbres, le sauve,
et l'lphant le rejette  l'eau.

       *       *       *       *       *

_Lundi 22 avril_.--Je fais aujourd'hui les deux expositions de Guys:
l'exposition de la rue Laffitte, l'exposition de Petit.

La critique de l'heure prsente veut en faire un grand monsieur: non, Guys
est un dessinateur rondouillard, et le plus sale enlumineur de la terre.

Guys n'a vraiment qu'une valeur, c'est d'tre le peintre de la basse
putain, dans le raccrochage du trottoir. Il a rendu la provocation animale
de son visage, sous ce front mang par d'crasants bandeaux, la lascivit
de la taille sans corset, le roulis des hanches dans la marche, le
rtroussage ballonnant de la jupe, la tombe des mains dans les poches
du petit tablier, l'attache dnoue du chapeau au chignon, l'excitation
de son dos et de ses bras nus dans l'avachissement de l'toffe qui
l'habille--et cela dans les eaux verdtres d'une aquarelle de Morgue.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 25 avril_.--Une mre me parlait, ce soir, du ct inamusable 
la maison, des jeunes filles de maintenant, chez lesquelles toutes les
jouissances sont puises  seize ans, et qui n'ont plus le bonheur d'une
tasse de chocolat, apporte dans leur lit, d'un spectacle, d'un bal blanc.

       *       *       *       *       *

_Lundi 29 avril_.--On me cite un prince romain, atteint d'une singulire
folie. Il fait attacher  tous ses pantalons, des poches de toile
goudronne, qu'il remplit d'eau, et aussitt qu'il vous a donn la main,
il la plonge dans une de ses poches, et noie le microbe, que vous pouvez
lui avoir apport.

Je causais, ce soir, avec une femme qui a une vritable passion du linge,
et qui me parlait en artiste de l'oreiller, et de sa garniture  longs
plis en festons dcoups, qu'elle trouvait l'oreiller de la malade,
ayant quelque coquetterie. Elle faisait la remarque que le drap de coton
conserve quelque chose de l'tre, qui a couch dedans, une manation, que
ne garde pas la toile.

Puis elle constatait l'volution de la toilette de la femme, disant que
la camisole, les jarretires, le bonnet de nuit, avaient t remplacs,
depuis sa naissance, par la chemise de nuit, les attaches des bas au
corset, une coiffure diffrente de celle du jour.

       *       *       *       *       *

_Mardi 30 avril_.--Le got de l'Empire s'impose  tout, aux chaises mme
de jardin, de _la Mnagre_.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 5 mai_.--Dans l'aprs-midi, apparat Villedeuil, ayant  la main,
sa grande fille de douze ans, toujours souriante, Villedeuil que je n'ai
pas vu depuis des mois. Il s'excuse de n'avoir pas assist  mon banquet,
tant alors au lit, et il me conte qu'on lui a ouvert deux fois le ventre,
et quoique l'opration, au dire du chirurgien, ait parfaitement russi, il
attend qu'il soit tout  fait vaillant, pour recommencer. Et comme je lui
demande, un moment aprs, s'il a toujours aussi peu besoin de sommeil
qu'autrefois, il laisse chapper qu'il dort moins que jamais, parce que,
lorsqu'il se rveille, il pense  l'opration qui l'attend, et est dans
l'impossibilit de se rendormir. Alors il saute  bas de son lit, et
cherche l'oubli de cette opration, dans le travail, la lecture, la mise
de sa pense, dans quelque chose qui la distrait de son ide fixe.

Puis il cause assez curieusement de la restriction de la dpense chez les
gens riches, de la disparition des beaux quipages au bois de Boulogne,
qui n'a plus que la voiture de la reine d'Espagne, des loyers de 6 000
francs pays par des millionnaires, etc. etc.,--et cela, dit-il, non par
avarice, mais par absence de got de dpense, et il affirme qu'il est
besoin d'une cour, dans un pays, pour tre le stimulant des grandes
dpenses et des folies de luxe.

       *       *       *       *       *

_Mardi 7 mai_.--Il vient de mourir, ces temps-ci, une sainte laque, Mlle
Nicole, qui tait parvenue  se faire admettre  la Salptrire, pour
soigner sa mre, et qui, aprs la mort de cette mre, cherchant l'emploi
de son doux coeur aimant, avait pris la tche de faire lire les petites
idiotes, par l'ingniosit de ses inventions, par la tendresse de ses
imaginations.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 10 mai_.--Oh! le bleu qui habille les femmes cette anne, le
bleu qui met sur elles la note dure, que le bleu de Prusse apporte dans la
peinture, et n'ayant rien de la nuance cleste dont on le baptise,--et
qu'a le bleuet, dans l'ensoleillement de midi!

       *       *       *       *       *

_Lundi 13 mai_.--Un mot drolatique d'un trottin, qui, dans l'ovation de
la foule, faite  l'amiral Avellan, au Cercle militaire, au milieu des
acclamations et des vivats, rptait douloureusement: Avec tout a, il
y a quelqu'un qui me pince les fesses!

Vilmorin n'aurait plus maintenant ses jardins ppiniristes de plantes
et de fleurs, dans le midi de la France, o l'abri des roseaux pendant
l'hiver n'est plus suffisant; il aurait t oblig de les transporter en
gypte.

       *       *       *       *       *

_Samedi 18 mai_.--Hayashi, qui est venu dner chez moi, me dit que la
nourriture au Japon a t de tout temps, mme depuis l'introduction des
boucheries, du poisson seulement, avec un rien de gibier l't. Et parmi
les poissons, il me parle de l'un d'eux, le _Kouzou_, poisson peu estim,
mais qui se vend trs cher, le premier jour de son arrive: ce jour-l,
les Japonais mettant une vanit  en manger.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 19 mai_.--Georges Lecomte cause de son voyage en Andalousie,
o l'Andalous fait l'oeil  la femme, et la pince et la pelote sur la voie
publique. Il dit qu'il a t oblig de donner un coup de poing  un de
ces chaleureux, qui s'tait assis trop prs de sa femme, pendant qu'il
tait entr chez un marchand de tabac, et il raconte qu'il a rencontr
 Gibraltar des Anglaises qui se sont plaintes de n'avoir pu rester 
Sville,  cause des attouchements _cochonnes_ des hommes.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 22 mai_.--Voici des mots de cette grosse Mme Aubernon, qui
semblent vraiment originaires du XVIIIe sicle:

Ce qui fait la quitude de ma vie... c'est d'avoir aboli le souvenir.

Oui, je regrette souvent ma mre... mais trs peu  la fois.

       *       *       *       *       *

_Samedi 25 mai_.--Exposition de la Rvolution et de l'Empire.

Des hros au crnes troits de crtins; des meubles aux formes droites
sur des pieds maigres, des intrieurs de famille avec des petits enfants,
travestis en vtrans de famille impriale; mais au milieu de cela, des
nippes remuantes et des dfroques plus mmoratives, que tous les imprims.
Oui des chapeaux, qui ont le roux de la poudre des batailles historiques:
le chapeau d'Austerlitz, le chapeau de Waterloo, et  ct de ces feutres
lgendaires, ce chapeau de paille, ce vieux panama, tout gondol, au
cordonnet noir, que le grand Empereur portait  Sainte-Hlne. Et tout
prs du chapeau de l'exil, cette veste de piqu blanc, aux taches jaunes,
qui semblent sorties du foie du Promthe de l'le africaine. Enfin ce lit
sur lequel il est mort, ce lit qui a la grandeur d'un lit de garonnet, ce
lit en fer, mont sur des roulettes, avec son petit dais en forme de tente
militaire, sa soie verte passe, son mince matelas, son traversin, son
gros oreiller:--ce lit, entre les rideaux duquel, il y a eu peut-tre,
dans l'insomnie, la plus grande souffrance morale de notre sicle.

En sortant de l, entr  l'Exposition des fleurs.

Des orchides, des _lilia_, je crois, qui ont l'air de fleurs de chair,
avec la petite tache de sang d'une fraise: des fleurs tranges qui sont
comme un passage de la flore  de l'animalit anglique.

En sortant de dner, Pierre Gavarni me dit, faire,--et faire
tranquillement comme tout a qu'il fait--un tableau de Jeanne d'Arc, sous
les murs d'Orlans, le soir de la bataille. Et il va me chercher un petit
modle en cire de sa Jeanne questre: une Jeanne d'Arc nue, sur un cheval
qu'il s'est efforc de reprsenter le plus moyenageux qu'il est possible,
et dans des proportions tout  fait mathmatiques. Et son intention est
de peindre sa Jeanne d'Arc au bord de la Loire, sur un cheval blanc,
claire par le soleil couchant: une Jeanne d'Arc ayant le caractre d'un
bas-relief. Aussi a-t-il fait pour ce tableau, nombre de chevaux blancs
dans le soleil.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 26 mai_.--Un jour, o je me trouve avoir soixante-treize ans.

J'ai la visite, ce matin, de deux Allemandes, les demoiselles Hirschner,
dont l'une est peintre, et l'autre femme de lettres, et qui aurait, sous
le pseudonyme d'Osipp Schubin, combattu en Allemagne pour ma gloire.
Ces deux femmes m'tonnent par la connaissance qu'elles ont de: MANETTE
SALOMON et de: LA MAISON D'UN ARTISTE.

La femme de lettres me dit avoir donn: LA MAISON D'UN ARTISTE au
petit-fils de Schiller, qui est peintre, et qui, pris de passion pour le
livre, s'en est fait le propagateur prs de tous les artistes allemands;
la peintresse, elle, me conte qu' l'arrive de l'exemplaire, s'tant
jete dessus, sa mre avait retir d'entre ses mains, le volume ouvert 
la premire page, en s'criant: Non, il ne sera pas lu par toi, toute
seule, moi, je veux le lire tout haut!

On parle au _Grenier_ de Mme Segond-Weber, et Armand Charpentier raconte,
qu'il y a bien longtemps, il a t la chercher, pour la rcitation d'un
morceau de posie, dans une reprsentation d'amateurs. C'tait rue de la
Roquette, dans une chambre au haut d'un escalier, comme il n'en a jamais
rencontr, un escalier o, de temps en temps, le manque de marches vous
forait  vous suspendre  la rampe.

Il entrait dans une chambre, spare en deux par un drap, et tait
reu d'un ct du drap par la mre, tandis que la fille, finissait de
s'habiller de l'autre ct. Et il arrivait ceci: c'est que la mre
tmoignant tout haut au visiteur, l'ennui, qu'elle prouvait de voir sa
fille, qui avait un brevet d'institutrice et la facult de gagner sa vie,
courir les aventures, la fille criait de l'autre ct du drap: Tu te
trompes, maman... un jour je ferai la fortune de la maison!

       *       *       *       *       *

_Mardi 28 mai_.--Aujourd'hui, Mme Segond-Weber m'est amene par
Montesquiou, venant me demander de jouer LA FAUSTIN; je suis frapp de sa
beaut, de la fine ciselure de ses traits, de son pntrant regard noir.

Daudet est arriv hier d'Angleterre, tout plein de vie et d'entrain, et,
par ma foi, engraiss. Il conte les _crasements_ qu'il a subis: ces
conversations o l'on est plac entre deux personnes, qui se renouvellent
toutes les cinq minutes: des conversations qui durent deux ou trois
heures.

Puis il saute  Stanley, qui a sa photographie sur son bureau, et o la
largeur de la mchoire dpasse la largeur du haut du crne. Parlant du
voyageur, avec un espce de respect motionn, il m'apprend qu'il a eu
avec lui une conversation sur les ides religieuses, o Stanley lui avait
avou qu'il ne subsistait en lui, que sa prire d'enfant. Et alors cet
homme, qui parle trs mal le franais, en sorte qu'il parle anglais, quand
il s'anime, avait t de la plus grande loquence, disant que cette prire
lui revenait aux lvres, toutes les fois qu'il avait vu un danger sur la
mer, sur la terre, dans le ciel.

Puis il est question d'Oscar Wilde, qui dans les derniers temps de sa
libert, tait dans l'impossibilit de coucher  Londres. Retourn 
son htel habituel, le propritaire arrivait lui dire, que le marquis
Queensbury tait en bas avec des boxeurs, que cela allait amener du
scandale, et qu'il fallait partir. Il se rendait dans un autre htel,
grim, travesti, mais une heure ne s'tait pas coule, que le matre
d'htel l'interpellant par son nom, lui jetait: Vous tes M. Oscar Wilde,
je vous prie de sortir! Il allait encore frapper  la porte d'un autre
htel, dont la patronne refusait de le recevoir, en dpit de l'offre de
300 francs. Enfin il se dcidait  se rendre chez son frre, un alcoolique
prdicant, auquel il demandait _la place par terre pour son corps_.
Il voulait bien le recevoir, mais en le prchant toute la nuit.

Triste famille, o la belle-soeur d'Oscar, une pauvre crature, chez
laquelle l'indignation est morte, disait  Shrard, que tous les Wilde
taient des fous.

       *       *       *       *       *

_Samedi 1er juin_.--Dans un dner avec Geffroy et Descaves, on parle du
talent, qu'a Rosny pour peindre le bonheur du manger, les joies d'un
estomac satisfait, le gaudissement physique d'un repas plantureux chez
un tre.

       *       *       *       *       *

_Lundi 3 juin_.--Ce soir, Mme Sichel me parlait de ses relations 
Honfleur, avec Mme Aupick, la mre de Baudelaire.

Elle me peignait cette femme, petite, dlicate, mignonne, un rien
_boscote_, avec de grosses mains noueuses maladroites, pouvant tenir six
dominos et, par l-dessus, si aveugle, qu'elle tait oblige de coudre
contre son nez.

Puis elle me dcrivait sa maison, au bas de la cte de Grasse, choisie par
le gnral, autrefois ambassadeur  Constantinople, dans un endroit qui
lui rappelait la Corne d'Or, une maison  la chambre du gnral, tendue
avec de la toile, et ressemblant  une tente, et  l'curie renfermant
deux carrosses d'apparat, dont la propritaire avait t oblige de vendre
les chevaux, quand elle avait t rduite  vivre de sa pension de veuve:
carrosses, que les bonnes sortaient et promenaient, une heure, tous les
samedis, sur les pavs de la cour.

Il semblait  la jeune fille qu'tait Mme Sichel, que la vieille femme
avait une haute ide de l'intelligence de son fils, mais qu'elle n'osait
le tmoigner, par suite de l'autorit, qu'avait sur son esprit un vieil
ami, regardant son fils comme un chenapan, qui parlait toujours de venir
voir sa mre, ne venait jamais, et ne lui crivait que pour lui demander
de l'argent.

Une rvlation curieuse de cette causerie, c'est que la mre de Baudelaire,
qui mourait aprs son fils, mourut de la mme maladie, mourut aphasique.
Ainsi tombe la lgende, qui attribue  la vie de dsordre de Baudelaire,
cette maladie qui ne fut chez lui, qu'un rsultat de l'atavisme.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 5 juin_.--M. Palologue, des Affaires trangres, m'entretenait,
ce soir, de la Chine, des dlicatesses de ce peuple, qui a pour nous le
ddain qu'on a pour les sauvages, de ce peuple, qui ne jette jamais un
papier, mais qui brle tout ce qui est crit sur du papier, comme une
manation intime et sacre de l'tre.

Et il cause longuement de cette socit, toute appuye sur le pass, me
citant,  propos du Tonkin, la demande par la France, de la cession d'un
territoire, o toutes les paroles dites aux Chinois, pour prouver la
convenance de cette cession, avaient t vaines, quand on rappela, que ce
territoire avait t cd autrefois par un ancien empereur. Alors aussitt
la cession fut obtenue. Selon l'expression du causeur, un _dclenchement_
subit eut lieu dans l'esprit des plnipotentiaires chinois: il existait un
prcdent.

       *       *       *       *       *

_Lundi 10 juin_.--Au _senatorium_ de Lezyns, une Allemande disait  un
de mes jeunes amis: Vous, messieurs les Franais, vous aimez avec votre
cerveau, mais trs peu avec le coeur.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 12 juin_.--Ce soir, causerie sur l'Angleterre qui me surprend,
m'tonne, par ce que mon interlocutrice me dit de neuf et d'inconnu,
sur la femme anglaise. La comtesse Puliga me peint, en sa complte
transformation, cet tre domestique, ne voulant plus du mariage, ayant
assez de l'ancienne servitude conjugale, se refusant  tre plus longtemps
la bonne d'un ivrogne, et fondant des clubs fminins, avec des tableaux
qui reprsentent une femme dans les flammes et une femme dans le ciel: la
premire, la femme des sicles passs; la seconde, la femme des sicles
futurs, et avec cette pigraphe dcoche aux hommes: _Ils disent, qu'ils
disent!_

Elle me parle d'un roman intitul: SARAH GRAND, qui a abord la question
sexuelle dans le mariage, et qui est beaucoup plus rotico-mdical, que ne
le sont mes romans, et elle m'affirme que sur les thtres de Londres, le
baiser, la caresse, le pelotage, vont plus loin, qu'on ne l'oserait sur un
thtre, en France.

Enfin elle termine, en disant que toute l'hypocrisie, apporte l-bas par
la Rforme, l'Angleterre est en train de la rejeter, de la vomir.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 13 juin_.--Ce soir, Mme Adam, confessant sa _foi de charbonnier_
au surnaturel, conte les choses invraisemblables dont elle a t tmoin,
disant qu' dix-huit ans, ayant t consulter une sorcire pour le chien
perdu d'une amie, au moment de s'en aller, la sorcire l'avait presque
retenue de force, et lui avait prdit sa vie, mais tout, tout, depuis
le livre qu'elle allait crire sur Proudhon, jusqu'... L, elle
s'interrompt. En sorte, que la malheureuse Mme Adam est emprisonne dans
sa bonne aventure: ce qui fait dire  l'un de nous, qu'il y aurait  faire
une belle chose littraire d'un homme ou d'une femme, dont toutes les
actions seraient sues d'avance, sans que cet homme ou cette femme puissent
se drober  leur fatalit.

Mme Adam raconte encore, que son pre n'avait pas voulu qu'on la baptist,
et que sa mre l'avait fait baptiser, dans une promenade, par un cur
de sa connaissance, et, comme elle criait beaucoup, le cur avait d la
calmer, en lui disant: Si tu continues, je vais t'ouvrir la tte et j'y
mettrai le sel et l'huile, que voil!

       *       *       *       *       *

_Lundi 17 juin_.--Sarcey me traite de _nvros_ qu'il faut plaindre!
Si vraiment c'est lui, en littrature, qui reprsente la sant, je me
flicite de reprsenter la maladie.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 19 juin_.--Rue de Berri, le prince Louis Napolon parle des
usages et des superstitions russes, nous apprenant que l, donner la main
gante, donner la main, dans un entre-deux de porte, c'est regard comme
une impolitesse.

Puis revenant au Caucase, o il a son commandement, il nous effraie de
la force musculaire des gens du pays, citant, un Tartare ayant pris  la
gorge un Armnien, et de ses trois doigts enfoncs dans la chair, lui
ayant arrach la gorge, au bout de laquelle tait venue la langue.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 20 juin_.--Au cimetire... Dire qu'il y a vingt-cinq ans, un quart
de sicle dj, que nous sommes spars.

Au retour, je trouve le bateau plein, et pas un bout de banc pour
m'asseoir, quand un monsieur me fait une place  ct de lui. Sur mon
merci, il me rpond, avec un aimable sourire: C'est moi, qui vous
remercie de m'avoir ouvert les yeux, d'en avoir fait tomber les
cailles... j'tais tout  l'art ancien... c'est vous qui m'avez fait
aimer le XVIIIe sicle.

Il se refuse  me donner son nom, et cause jusqu' Passy, d'une faon
originale, en homme du mtier, du btiment, dclarant qu'il n'y a que les
poques ignorantes et pas clectiques, pour produire de bonnes choses, des
choses passionnes, tandis que dans les poques _connaisseuses_ de tout,
il y a une indiffrence pour tout.

       *       *       *       *       *

_Samedi 22 juin_.--Au fond, sous sa forme lgre et badinante, il y a
autant de philosophie dans la tirade parle de Beaumarchais, que dans la
tirade livresque du Scandinave Ibsen.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 27 juin_.--Dner avec Rodenbach, chez Voisin. Il me dit avoir t
lev dans une cole de jsuites, dont on avait voulu le renvoyer, pour
avoir crit, tout jeunet, quelque chose sur l'amour, puis tre venu 
dix-neuf ans  Paris, o, pauvre petit garon de lettres, trs admirateur
de Leconte de Lisle, il avait eu  subir ses brutalits.

Puis, il me raconte avoir assist  un trait entre Verlaine et l'diteur
Vanier, o l'diteur ne voulait donner que vingt-cinq francs, de quelques
pices de posie qu'il venait d'crire, et dit que Verlaine tenait  avoir
trente francs. Et cela se terminait par Verlaine, tenant d'une main son
reu, et ne le lchant, que lorsqu'il tenait, dans l'autre main, un
napolon et deux pices de cent sous, s'criant: Un sale Badinguet et
deux pices suisses!

Et comme Rodenbach le complimentait de sa victoire: Non, non,
s'criait-il, je n'aurais jamais cd, j'aurais eu une scne! faisant
allusion  l'autorit de la femme, avec laquelle il vivait.

       *       *       *       *       *

_Samedi 6 juillet_.-- la gare Saint-Lazare, je trouve Lon Daudet, de
Rgnier, et aussitt en route pour Carrires-sous-Poissy.

Nous voici en cette maison de Mirbeau, recouverte d'un treillage vert
tendre, en cette maison aux larges terrasses, et troue de nombreuses
fentres, en cette maison inonde de jour et de soleil.

Maintenant dans le jardin, dans le petit parc, des plantes venues de chez
tous les horticulteurs de l'Angleterre, de la Hollande, de la France, des
plantes admirables, des plantes amusant la vue par leurs ramifications
artistes, par leurs nuances rares, et surtout des iris du Japon, aux
fleurs grandes comme des fleurs de magnolia, et aux colorations brises
et fondues des plus beaux flambs. Et c'est un plaisir de voir Mirbeau,
parlant de ces plantes, avoir dans le vide, des caresses de la main, comme
s'il en tenait une.

Une longue promenade dans cinq hectares de plantes, puis la visite aux
poules exotiques, dans leur installation princire, avec leurs loges
grillages, au beau sable, d'o s'lvent quelques arbustes,--et
renfermant ces poules cochinchinoises, ces poules toutes noires avec
leurs houppes blanches, et les petits combattants britanniques, et ces
poules, dans l'embarras des plumes de leurs pattes, courant avec la gne
des gens, dont la culotte serait tombe sur les pieds.

Arrivent pour dner Pol Neveux, Arthur Meyer, Rodin; et  dner, et
le soir, une conversation amusante qui peint, qui juge, qui calomnie
peut-tre pas mal de gens.

 onze heures, dans la petite voiture de la maison, Mme Mirbeau, comme
cocher, me ramne au chemin de fer, pendant que les valides nous
accompagnent  pied.

En chemin de fer, Rodin, que je trouve vraiment chang, et trs
mlancolieux de son tat d'affaissement, de la fatigue qu'il prouve
 travailler dans le moment, se plaint, presque douloureusement, des
contrarits que, dans le mtier de peintre et de sculpteur, infligent aux
artistes, les commissions d'art, qui, au lieu d'tre des aides de leur
travail, par les sollicitations, les dmarches, les courses, leur font
perdre un temps, que lui aimerait mieux employer  faire de l'eau-forte.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 17 juillet_.--Je reviens de Saint-Gratien, avec l'oculiste
Landolt, qui cause ironiquement du confort, si vant des grands htels
d'Amrique. Ce sont ces deux fameux robinets d'eau froide et d'eau chaude,
dans une cuvette d'un coin de la chambre, qu'on est dans l'impossibilit
de dplacer, et qui est de la plus grande incommodit, pour se laver;
et c'est cet clairage au gaz, plac au milieu de la pice, qui ne vous
permet pas de lire au lit, prs duquel il n'y a ni bougeoir, ni allumettes;
et c'est le service des domestiques, qui ne brossent jamais les habits.

Il raconte, qu'ayant t appel pour examiner les yeux d'un Amricain trs
riche, qui occupait tout le premier d'un htel, et demandant une lampe,
l'Amricain lui avait dit que bien certainement, il n'en trouverait pas,
et qu'il n'tait pas bien sr s'il pourrait se procurer des bougies.

Nous causons des yeux de Maupassant, qu'il dit avoir t de trs bons yeux,
mais semblables  deux chevaux, qu'on ne pourrait mener et conduire
ensemble--et que le mal tait derrire les yeux.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 18 juillet_.--Ce soir,  sept heures et demie, un ciel ressemblant
 ces papiers marbrs, que font les Anglais, au fond doucement bleutre,
et dont des filets de nuages roses divisent l'infini en grands morceaux
polydriques, et l-dessous une perspective de maisons noires, se
dtachant d'une chausse ple. Un effet vraiment original.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 21 juillet_.--Aujourd'hui, l'enterrement du jeune Charpentier,
ce garon de vingt ans.

Les heures, o l'on va  un enterrement, o on le suit, me semblent des
heures, o l'activit de votre esprit est engourdie par du nant.

En voiture, Mme Daudet s'lve, avec des paroles colres, contre ce
_militariat_ universel, qui est le tourment de la pense de toutes les
mres, envoyant leur maldiction  Bismarck.

 l'glise, le pauvre pre, dont les arrangements avec Fasquelle, me
disait Zola, avaient t faits en vue de la continuation de la dynastie
des Charpentier, dans l'affaissement de sa douleur, a l'aspect d'un
vieillard.

       *       *       *       *       *

_Mardi 23 juillet_.--Dner donn  la Maison d'Or, par l'_cho de Paris_,
pour les dcorations d'Anatole France et de Paul Margueritte.

J'ai la surprise de l'aimable toast d'Anatole France, qui veut bien se
dire fier, de tenir sa dcoration du ministre qui m'a dcor.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 28 juillet_.--Hayashi vient djeuner.

Je lui demande qu'est-ce qui l'a pouss  apprendre le franais au
Japon, et ce qui l'a amen  venir en France. Il me rpond que c'est la
popularit, au Japon, de l'histoire de Napolon. Et cette connaissance
de l'histoire de l'Empereur, lui est arrive par des livres en langue
hollandaise, que son pre avait apprise de son matre, un mdecin
hollandais.

       *       *       *       *       *

_Lundi 5 aot_.--Sur de tristes dtails donns sur les dmls de Nadar
avec son fils, et sur sa ruine, visite avec les Daudet  l'Ermitage.

Nadar nous parle du besoin qu'il a de vendre l'Ermitage, de la vente qu'il
a manqu d'en faire aux hpitaux de Paris, nous dit qu'il est dcid 
fonder une maison de photographie  Marseille.

Lorsqu'il nous remet en voiture, un moment, arrt  la portire, il
s'ouvre sur le chagrin que lui cause la brouille avec son fils: Quant 
moi, fait-il, il ne me parle plus, ne me salue plus... Dans ma jeunesse,
j'tais violent, prt  frapper, et cependant lui--il lve le doigt en
l'air, et le laisse retomber--je ne lui ai jamais mme fait cela... je ne
l'ai jamais puni! Et sur l'invitation, que les Daudet lui font d'amener,
un jour, sa pauvre paralyse de femme  dner, ses yeux se mouillent,
comme de reconnaissance.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 8 aot_.--On cause ce matin des livres d'ducation  l'usage des
enfants, maintenant crits pour des grands garons, pour des grandes
filles, et tout  fait incomprhensibles pour de jeunes cervelles.
L-dessus Mme Daudet dit--et elle est dans le vrai--que cela vient de ce
que, lorsqu'un rpublicain rouge ou un juif a fabriqu un de ces petits
traits, le gouvernement veut, aussitt, lui faire cadeau de la vente
d'une dizaine de mille d'exemplaires.

Je tombe, cet aprs-midi, dans une conversation de Daudet avec Finot, le
directeur de la _Revue des Revues_, dans une conversation sur l'agonie des
races, sur la mort d'un peuple, et sur le dcs de sa langue, dont il ne
reste plus, comme l'a dit Chateaubriand, que les mots rpts par les
perroquets, sur la cime des arbres, et Finot parle de l'extinction d'une
peuplade en Russie, dont il ne reste plus qu'un individu, et sur lequel un
philologue a fait un gros volume.

Puis Finot saute  Tolsto, et affirme qu'il est seulement le
vulgarisateur et le _dveloppeur_ de beaucoup d'ides, appartenant  des
sectes: ainsi l'ide de la rsistance au militariat, prche par un ancien
maon, pass aptre, et habill de blanc, sur le besoin, que les thories
ont de parler, pour ainsi dire, physiquement  l'imagination des peuples.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 9 aot_.--Le _Sanctus_ de Beethoven, chant aujourd'hui, aprs
djeuner, me donne une motion nerveuse, qui me met des larmes dans les
yeux. Ces chants d'glise balancent en moi, tout le douloureux de mon
pass, et moi, le sceptique, l'incrdule, sur lequel l'loquence de la
chaire ne pourrait mordre, je sens que je serais _convertissable_ par du
plain-chant, ou de la musique qui en descend.

       *       *       *       *       *

_Samedi 10 aot_.--On disait aujourd'hui, que l'tre prfr dans la
famille, et aim d'une manire trop injuste, par une revanche de la
Providence, cet tre, en dpit de toute la chaleur de la tendresse, sous
lequel il tait couv, avortait, ne russissait pas.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 14 aot_.--Mme Daudet parle d'une vieille tante, qui couchait
dans la chambre  ct d'elle, et qui, tous les soirs, racontait au
portrait de son mari, dfunt depuis des annes, toute sa journe.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 15 aot_.--Il est vraiment amusant, intressant, ce Montesquiou,
avec sa parole verveuse, son magasin d'anecdotes, son rudition des
cocasseries, tout cela ml au dsir de plaire. Il nous parle de son
jardinier japonais, parlant le franais par axiomes, axiomes choisis
dans l'idiome le plus moderne. Ainsi il s'est prsent  lui, avec cette
phrase: Jamais canaille... c'est patant! Et il dit du jardin japonais,
 l'opposite du jardin franais: Jardin japonais, jamais d'agglomration!

Puis, comme il est question de son volume futur sur les pierres prcieuses,
et que Daudet dit superstitieusement, que la pierre prcieuse est
dangereuse, _malficiante_, Montesquiou conte, que lord Lytton, qui
avait un culte pour la comtesse Greffulhe, lui avait laiss une pierre
grave, admirable. Mais sur cette pierre, il y avait des caractres
qui intriguaient la comtesse. Elle la faisait porter  un mage, qui
l'avertissait de se dfaire au plus tt de cette pierre, sous peine de
mort subite, ce qui tait arriv  lord Lytton. L-dessus, la comtesse
montait en voiture, se faisait conduire au bord de la Seine, et jetait la
pierre  l'eau. C'est depuis ce temps, dit Montesquiou, en riant, que le
fleuve est si mauvais pour la sant parisienne.

       *       *       *       *       *

_Mardi 20 aot_.--Toute la soire, passe  lire de la Desbordes-Valmore,
une vraie potesse, qui a trs souvent dans ses vers, de la langue de
vrit des prosateurs, et pas du _ronron_ vide des potes ordinaires, et
souvent extraordinaires.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 25 aot_.--Holms vient dner, aujourd'hui,  Champrosay.

Et presque aussitt le dner, elle se met  chanter. Et dans les morceaux
qu'elle chante, il y a une lgende intitule: _Saint-Amour_, vraiment
originale: une lgende--c'est curieux--qui lui a t fournie par une
marchande de vins du Midi, rencontre par hasard, chez un diteur de
musique. Voici le libretto: l'Amour se trouve tout  fait dans la dche;
des chtelaines du Midi, qui lui doivent beaucoup, s'adressent au
Saint-Pre, pour qu'il soit canonis, et elles obtiennent sa canonisation,
et une chapelle pour lui, dans l'glise de Saint-Amour, o une ancienne
statue d'un petit amour, enguirland de chapelets, serait la figuration du
nouveau petit saint.

_Parolire_ et musicienne--ce qui est une facult toute
particulire--Holms disserte sur la qualit des vers, qu'il faut mettre
dans ce qu'elle fait: des vers, dit-elle, lgrement  l'tat de
squelette, et dont la chair est faite de sa musique.

Un moment, elle nous entretient de Wagner, qu'elle a vu, toute jeunette,
et qui dans la visite qu'elle lui a faite, joua du piano d'une manire
assez peu satisfaisante, pour faire jouer ses crations par Richter, et
qui chantait faux, si faux, qu'en dpit de son admiration enthousiaste,
elle fut surprise.

Ce que sa conversation signale surtout de curieux: c'est l'engouement
de la France, dans le moment, pour les oeuvres trangres.  l'heure
prsente, on joue  l'Opra, du Wagner, quatre fois par semaine, et il y
a soixante-cinq opras franais qui attendent, et qui ne seront peut-tre
jamais jous.

       *       *       *       *       *

_Lundi 26 aot_.--Riesener, le peintre du temps de Louis-Philippe, le
petit-fils du clbre bniste, tait un gourmet, avec des aptitudes
de cuisinier trs remarquables, et l'on conte, que le lendemain de
son mariage, sa joie d'avoir russi  djeuner la cuisson de poissons
quelconques, s'tait tmoigne par une danse, qui avait fait tomber du
plafond le lustre de l'appartement, au-dessous du sien.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 30 aot_.--Djeuner chez les Brisson, l'aimable et charmante
fille de Sarcey, ayant tmoign le dsir de m'avoir avec les Daudet:
djeuner, toutefois, o je me rends avec une certaine crainte de
rencontrer Sarcey, aprs les choses dsagrables, que nous nous sommes
dites rciproquement.

Une habitation o s'est ruin un sculpteur, et o il y a normment de
btiments, quelques-uns joliment rustiques, sous leur couverte de vigne
vierge; un grand jardin un peu  l'abandon; et une jolie serre, o se
voient, en fait de fleurs, de vieilles poupes des petites filles.

On djeune dans une salle  manger, en laquelle,  la suite d'un dner
vgtarien, a t peint un Sarcey norme, dans une pouvantable peinture
dcorative, le reprsentant au milieu de tous les lgumes de la terre.

Flammarion, l'astronome, djeune avec nous, et aprs djeuner, se livre 
une clbration enthousiaste de l'arostation, clbration qui me fait lui
dire, en riant:

--Auriez-vous pass votre lune de miel, en ballon?

--a a d se faire... a ne s'est pas fait... mais tenez, vraiment c'est
assez curieux... J'avais un ami, l'abb Pioger, qui aussitt que j'avais
fait un livre, le refaisait au point de vue clrical... ainsi LA PLURALIT
DES MONDES, refaite par lui  l'usage des coles chrtiennes... et sans
trop me citer... Mais, il tait mon ami... Quand j'ai d me marier, il m'a
dit: --Vous devriez vous marier  l'glise?--Je ne sais pas... peut-tre,
lui ai-je rpondu...Enfin, il me demande  me marier, quoiqu'il ne ft
pas prtre de la paroisse.

--Soit, mais pas de billet de confession.

--C'est grave, j'en rfrerai  l'Archevch! Flammarion? eh bien, oui,
lui rpond l'archevque.

Et quand il me rapporte la rponse, il me dit:--Vous voyez, j'ai fait
tout ce que vous avez dsir... Eh bien, vous devez faire une ascension,
le jour de votre mariage, je voudrais bien en tre.--C'est convenu,  une
heure  la mairie, puis le djeuner, et rendez-vous  trois heures  la
Villette.

Il me marie et me dit:

--N'est-ce pas, c'est toujours convenu?

--Non, Godard a eu un coup de sang, et l'ascension est remise.

Et, au djeuner, Mme Godard lui annonce, que ce sera seulement un retard
de quelques jours... Au bout d'une semaine, le dpart est dcid... Je
passe chez l'abb, l'avertir que c'est le lendemain, je ne le trouve pas,
on me dit qu'il est  sa campagne de Saint-Maur-la-Varenne. Je laisse un
mot, en lui disant de se trouver le lendemain,  la Villette,  six heures
juste... Il ne vient pas, il n'tait pas rentr  Paris. Un ami, qui tait
l, part  sa place... Mais voici le curieux: le vent nous pousse juste
sur la Varenne, et l un calme nous y arrte... Nous tions  huit cents
mtres... j'entends une voix, qui m'appelle par mon nom... nous tions
juste au-dessus du jardin de l'abb... nous ne le voyons pas, mais nous
voyons trs bien sa maison... Un moment l'ide de descendre et de le
reprendre, mon ami en ayant assez... mais le vent revient... Le lendemain,
nous tions  cinq heures  Spa.

--Et votre femme?

--Elle ne voulait pas redescendre!

Cet intrieur des Brisson, un intrieur plaisant, aimable, o l'on sent du
vrai bonheur conjugal, et anim et gay par les jeux de deux rondelettes
petites filles, dont la plus petite, ge de trois ans, qui s'est
grise avec le champagne d'une compote de fruits glacs, fait les plus
extravagants sauts de carpe, sur l'immense canap tenant une partie du
salon.

       *       *       *       *       *

_Samedi 7 septembre_.--Ah! le facile esprit de ces critiques, comme M.
Brunetire, qui ne trouve rien de mieux, pour vous dsigner au mpris
public, que de vous appeler un romancier japonais, quand tous les romans
japonais sont des romans d'aventures, et que les romans de mon frre et de
moi, ont cherch, avant tout,  tuer l'aventure, dans le roman.

       *       *       *       *       *

_Lundi 9 septembre_.--Je trouve, que la jeunesse littraire actuelle,
avec son mpris des _grondantes colres de la chair_, et son culte de la
psychiatrie, de cette beaut, lui dfendant de chanter la _brutale nature_
et le _sensuel amour_, a quelque chose de l'hypocrisie protestante.

       *       *       *       *       *

_Mardi 17 septembre_.--Ce soir,  Jeand'Heurs, en revenant le long de la
rivire, au crpuscule, ce bord de l'eau, prs duquel j'ai pass, et je
passe, matin et soir, dans tous les sjours que j'ai faits ici, et qui ne
m'avait rien rappel, soudainement s'est fait reconnatre  moi, comme un
endroit, o tout enfant, dans un sjour  Bar-le-Duc, on m'avait men
promener, on m'avait men visiter le Jeand'Heurs, du temps du marchal
Oudinot.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 18 septembre_.--La duchesse de Luynes disait  quelqu'un
admirant la richesse, le luxe des fleurs  Dampierre: Mes jardiniers
remuent, dans l'anne, 600 000 pots de fleurs!

Il est question du vieux marquis d'Andlau, qui possdait dans le Perche,
l'ancienne proprit d'Helvtius, grossie et agrandie par deux gnrations
de propritaires, et qui compte 42 fermes et 10 moulins. Les moulins,
c'est d'un rapport mdiocre aujourd'hui, et encore quand on arrive 
les louer: eh bien, lorsqu'un moulin n'allait pas, et qu'un usinier se
prsentait pour remplacer le meunier, le marquis se refusait  tablir une
usine, disant que l'industrie amenait la corruption des moeurs dans les
campagnes.

Ce dtail vous dit, que c'tait un noble reprsentant de la proprit
d'autrefois, un reprsentant aux larges aumnes,  la bienfaisance active.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 22 septembre_.--Rattier parle d'un mdecin de Chlons, nomm
Titon, qui l'a soign, et qui est mort, il y a une dizaine d'annes, en
laissant une grande rputation dans les dpartements de l'Est.

C'est peut-tre l'unique mdecin, qui a eu l'ide de demander  ses
malades, un journal, heure par heure, de leurs souffrances et de leurs
malaises du jour et de la nuit. Et pour moi, ce serait un renseignement
des plus srieux pour un traitement. Il y a tant de diagnostiqueurs qui se
trompent, et dans la confiance absolue de leur diagnostic, n'coutent rien,
dans une visite, de ce que leur racontent les malades.

L'histoire de ce Titon est curieuse. Petit paysan, il tait pris en
affection par un vieux mdecin du pays, sur l'intelligence de sa figure,
et ce mdecin faisait les frais de ses tudes de mdecine  Paris. Mais
lorsque celui-ci avait fini son internat, et tait au moment de devenir
une illustration, dans la capitale, le vieux mdecin lui disait: J'ai
fait de vous un mdecin, un mdecin qui en sait plus que moi, un mdecin
tout  fait suprieur: je l'ai fait, je dois vous l'avouer, pour que vous
donniez tous vos soins  ma fille, dont vous connaissez la sant maladive,
et qui ne peut continuer  vivre, que sous une surveillance tout  fait
aimante. Et Titon pousait la fille du vieux mdecin, et passait toute sa
vie  tre l'intelligent garde-malade de sa femme,  laquelle il ne
survivait que six mois.

       *       *       *       *       *

_Lundi 23 septembre_.--Un vieux braconnier d'ici disait: Avant de mourir,
je voudrais avoir encore une belle _p'tiote_!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 26 septembre_.--L'homme d'affaires franais ne veut rien risquer,
tandis que l'homme d'affaires anglais, est bien plus aventureux. C'est
ainsi que les mines d'or, offertes il y a dix ans  des maisons franaise,
ont t refuses par toutes ces maisons. Et l'un des grands banquiers de
Paris, auquel mon cousin reprochait amicalement sa btise, lui rpondait:
Nous sommes tous des c... et ce qu'il y a de beau, c'est que dans toutes
les circonstances, c'est toujours comme cela! Le curieux, c'est que le
premier rapport prsent  la maison Mirabaud, et dont M. Wendel, qui en a
eu connaissance, assure qu'il n'y avait pas un mot, dont la ralisation
ne soit arrive, eh bien, ce rapport avait t refus, peut-tre un peu,
parce que l'auteur tait catholique et surtout parce qu'il tait revenu de
l-bas, avec la rputation de _se piquer le nez_.

Il y avait peut-tre un peu de vrai dans ce dernier reproche, mais c'est
justement ce _piquage de nez_ qui faisait la valeur du rapport. Oui,
l'auteur du rapport avait pass, tout son temps, au Cap, dans les cercles,
les cafs, les lieux de plaisir, et n'avait fait qu'une apparition d'une
quinzaine, aux mines, mais, dans son sjour au Cap, de ses conversations
avec les ingnieurs des compagnies, les employs venant l, faire la
fte quelques jours, de ces confidences des uns et des autres, dans une
griserie gnrale, il avait soutir tous les documents, dont il avait
besoin, et n'avait eu qu' les contrler, qu' les vrifier aux mines.

       *       *       *       *       *

_Mardi 1er octobre_.--L'eau, cette matire de miroir liquide, je ne me
rassasie jamais de la regarder, et je passe de longs moments, devant
cette cascade de Jeand'Heurs, o, le courant morne de la rivire fait
tout  coup une rampe de lumire, et o, la mousse verdtre des rochers
se couronne d'un bouillonnement d'argent, d'o jaillissent en forme de
tridents de cristal, ces ruissellements de perle et diamant, se dversant
en bas dans la grande nappe d'eau tranquille, d'eau bleutre, sur laquelle
viennent mourir, en clatant, les bulles du grand bouillonnement.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 3 octobre_.--Je disais dernirement  quelqu'un: Oui, dans mon
JOURNAL, j'ai voulu recueillir tout ce qui se perd de curieux dans la
conversation.

       *       *       *       *       *

_Samedi 5 octobre_.--J'ai l'intime conviction, et mme les preuves, que
les femmes de quarante ans, qui n'ont ni mari ni amant, sont folles, par
moments, dans le secret de leur intrieur.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 6 octobre_.--Les honneurs rendus aux grands hommes--tout Pasteur
qu'ils peuvent tre--deviennent, il me semble, un peu excessifs: ils
hritent peut-tre trop, de ce qui appartenait  Dieu, autrefois.

       *       *       *       *       *

_Samedi 12 octobre_.--Je suis en butte  une vraie perscution de la part
d'un banquier de Barcelone, nomm Daniel Grant. Il a commenc, dans une
premire lettre,  m'inviter  une exposition  Barcelone, en mettant 
ma disposition un yacht, qui viendrait me prendre dans tel port, que je
dsignerais. Dans une seconde lettre, il m'a fait spontanment, et sans
que rien au monde pt l'y engager, l'offre de 75 000 francs, _pour
arranger mes affaires ou celles de ma famille_; enfin dans une troisime,
il m'annonce l'envoi d'un encrier d'argent pesant 1 000 grammes, avec une
plume d'or. Est-ce un fou ou un mystificateur, le banquier de Barcelone?
Toutefois je me crois oblig de lui adresser cette lettre.

Monsieur,

 la lettre, o vous mettez  ma disposition la somme de 75 000 francs,
je n'ai pas rpondu, parce qu'on n'accepte pas de l'argent d'un monsieur
qu'on ne connat pas--et mme d'un monsieur qu'on connat.

Aujourd'hui, que vous m'annoncez l'envoi d'un encrier d'argent, vot par
le casino de Barcelone, j'ai le regret de le refuser, craignant que ce
soit un cadeau, que je devrai  vous seul.

Agrez...

       *       *       *       *       *

_Mardi 15 octobre_.--Une conversation, dans une maison anti-catholique,
o l'on prtend que le lavage est incomplet chez les dvotes, et o la
matresse de la maison, connaissant  fond Saint-Denis, couen, Picpus,
dclare que le bidet y est inconnu. Elle est appuye, en son dire, par
une amie affirmant avoir eu chez elle des ouvrires, auxquelles le
confesseur interdisait l'usage dudit meuble. Sur quoi, une jeune et
lgante catholique, s'crie: Mais, mon Dieu! c'est possible, vous savez
qu'il y a dans le clerg, des inintelligents... Puis, il y a des prtres
qui ont l'horreur de la femme, et de tout ce qui en fait, comme ils disent,
un _tre de concupiscence_... Vous avez connu cet abb, qui se vantait de
n'avoir jamais parl  la femme, qui le servait... C'tait comme ce vieux
prtre de campagne, qu'ont connu mes parents, qui ne rencontrait jamais
une femme, sans dire presque tout haut: Passe, _peste_!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 17 octobre_.--Mariage de Rgnier avec Mlle Hrdia.

Une glise pleine de monde, comme pour le mariage d'un personnage
officiel.  ce sujet le jeune Houssaye dit intelligemment que dans
l'effondrement des hommes politiques, c'est nous, les littrateurs et
peintres, qui sommes en vedette, qui sommes tout! ajoutant, que c'est
au fond la fin d'un pays.

       *       *       *       *       *

_Dimanche 20 octobre_.--Aujourd'hui, Paul Margueritte, accompagn de son
frre, est venu prendre cong de moi, avant de partir pour le Midi. Il va
 Nice, cette fois, et espre, dans ce dernier hivernage, clturer la
srie de ses hivers, loin de Paris, qu'il a la tentation de rhabiter,
depuis qu'il est mieux portant.

       *       *       *       *       *

_Mardi 29 octobre_.--De tous les livres du pass, LE NEVEU DE RAMEAU est
le livre le plus moderne, le livre semblant crit par une cervelle et une
plume d'aujourd'hui.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 30 octobre_.--Je dne, rue de Berri, avec un Russe qui me parle
de Tolsto, avec lequel sa famille tait lie.

Il me dit que c'est un fou, dont les variations d'opinions sont
extraordinaires, et me raconte qu'un jour, trouvant un numro de la REVUE
DES DEUX MONDES, chez sa belle-mre il s'criait: C'est une mauvaise
lecture, cette revue... il ne faut pas que votre fille la lise!  quelque
temps de l, demandant  la mme femme, si sa fille avait lu ANNA KARENINE,
et celle-ci rpondant, que ce n'tait pas une lecture pour une jeune
fille, il lui soutenait qu'une jeune fille devait tre instruite de tout,
pour se conduire dans la vie.

Un autre jour, toujours au dire de ce Russe, Tolsto, aprs une longue
_anathmisation_ de l'eau-de-vie, ayant retenu  djeuner le monsieur
avec lequel il causait, il lui faisait servir de l'eau-de-vie. Sur quoi,
l'autre lui rappelant sa conversation d'une heure avant, Tolsto lui
disait qu'il n'avait pas de mission pour empcher le mal. Alors pourquoi
cette prdication?

       *       *       *       *       *

_Lundi 4 novembre_.--J'ai reu, cet automne, une lettre d'Angleterre, d'un
enthousiaste de LA MAISON D'UN ARTISTE, contenant, dans une enveloppe, une
certaine poudre rapporte du Japon, par un parent de l'auteur de la lettre,
qui tait mdecin. La traduction de la lettre m'apprenait que cette
poudre, vendue trs cher l-bas par les prtres, tait de la poudre qui,
prise avant de mourir, empchait la rigidit du cadavre aprs la mort. Le
pourquoi de l'emploi de cette poudre, que toutefois je ne supposais pas
offerte pour mon usage, m'intriguait, quand aujourd'hui, Hayashi me donne
l'explication de ladite poudre, appele au Japon: _dosha_.

L-bas, on met en bire les morts, comme ils sont venus au monde, dans le
ramassement, o on les empote au Prou, dans une jarre.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 7 novembre_.--On parle chez Daudet, de cette maison Callias, de
cette maison des Batignolles, o toute la littrature a pass, de cette
maison, dont il y aurait  faire une originale monographie. Georges
Lefvre, qui a beaucoup frquent la maison, conte qu'il y avait dans la
cuisine,  toute heure du soir, une provision inpuisable d'oeufs et de
beurre, qui permettait aux retardataires du dner, dont beaucoup n'avaient
pas djeun le matin, et quelques-uns pas dn la veille, de se faire deux
oeufs sur le plat.

Et la conversation sur ce monde, amne Daudet  rappeler la blague de
Castagnary, disant un jour plaisamment  Valls: Je te joue contre ce que
tu voudras, dix-sept mots de ton rpertoire, comme: travailleur, misreux,
pognon, etc., etc., que tu ne pourras plus employer... et tu sais, si tu
perds, tu n'est plus fichu d'crire!

       *       *       *       *       *

_Dimanche 10 novembre_.--Rouverture du _Grenier_. Jean Lorrain, Primoli,
Rodenbach, Raffalli, Roger Marx, Descaves, Toudouze, Daudet et sa femme.

Lorrain est en train de parler en physiologiste, de la narine, retrousse,
respirante, aphrodisiaque de Lina Munte, dans la pice d'Otway, quand
Primoli entre, nous jetant: Je viens d'assister  une chose... oh
mais!... qui a t tout  fait motionnante pour moi... Vous savez, ou
vous ne savez pas, qu'il y avait une lgende, en Italie, sur le bateau de
Tibre, attach  la rive, le bateau de fleurs, o il prenait le frais...
oui, une lgende, qui le disait au fond du lac de Nemi... Les archologues
s'taient moqus de la lgende... En dpit d'eux, il y avait eu cependant
quelques tentatives pour vrifier la lgende, mais sans succs. Or, tout
rcemment, un antiquaire de Rome a t trouver le prince Orsini, le
possesseur du lac, et fit un arrangement avec lui, par lequel il aurait
le tiers, et le prince les deux tiers des objets qu'on trouverait.

L'arrangement accept, voici un plongeur, sous son scaphandre, au fond
du lac, un plongeur qui reste sous l'eau cinq heures, s'il vous plat...
J'avais t convoqu, et j'ai pu le photographier, au moment o il sortait
de l'eau, avec des objets dtachs du bateau. L'effet de cet homme au
scaphandre, avec cet appareil sur la figure, ressemblant  un masque
antique: 'a t comme une apparition dans une vision, dans le rve d'un
buveur d'opium... et cet homme vous parlant la tte au-dessus de l'eau,
de ce bateau au fond de l'eau, grand comme un navire de ligne, avec un
revtement entier d'mail  l'extrieur, et  l'intrieur de plaques de
marbre vert, de marbre rouge... J'ai vu, une fois, le plongeur rapporter
une tte de lion avec un anneau dans la gueule--l'attache des barques qui
s'accotaient au navire... mais la merveille, jusqu' ce jour retrouve,
est une tte de Mduse.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 14 novembre_.--Ce soir, chez Daudet, Larroumet cause curieusement
du Maroc, qui est comme le dernier asile du vieil islamisme, et o les
supplices auraient une qualit de frocit, dgotant ceux de la Chine.
Il parle de cinq incisions faites au rasoir dans la main d'un supplici:
incisions dans lesquelles on fait entrer les cinq doigts, dont les ongles
repoussant et entrant dans la chair, font mourir l'homme du ttanos, au
bout de quinze jours, quand il ne se casse pas avant la tte contre un
mur.

Mais un supplice d'une imagination diabolique, est celui-ci: on endort un
homme avec du chloroforme, puis on lui ouvre le ventre, et on le remplit
de cailloux, et on le recoud. Alors ses tortureurs ont la jouissance de
l'tonnement de l'homme  son rveil, et son ignorance amusante des
horribles douleurs qu'il prouve.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 20 novembre_.--La princesse et Primoli ont t aujourd'hui 
Marly, voir Dumas qui est malade. Le jour de l'rection de la statue
d'Augier, dj un peu souffrant, il a tenu  y assister, pour mettre 
nant la lgende de son antagonisme, avec l'auteur du MARIAGE D'OLYMPE. 
son retour, pris de douleurs crbrales, il avait la malheureuse ide de
s'entourer la tte de linge imbib d'eau froide,  la suite de quoi il lui
venait une nvralgie, lui amenant un enflement de la tte, avec des taches
de sang  la peau, et des rages de dents et des lancinements des tempes, 
se jeter par la fentre.

 l'entre de la princesse, dans la chambre o l'avait prcd Primoli,
qui avait t frapp de son changement, de son affaissement, se reprenant,
se raidissant, Dumas s'criait: Ah! vous tes d'une famille qui ne craint
pas d'entrer dans la chambre d'un pestifr! Puis la princesse, lui
disant qu'elle lui enverrait Dieulafoy, il jetait sur une note enfantine:
Et je serai oblig de faire ce qu'il m'ordonnera?

Mais bientt, retombant dans le noir, o l'avait trouv Primoli, comme la
princesse lui faisait compliment de l'arrangement de sa maison, du confort
qu'y avait apport sa femme, il murmurait tristement, faisant allusion 
son mariage: Je ne l'aurais pas fait, si j'avais cru que c'tait pour un
temps si court!

       *       *       *       *       *

_Jeudi 21 novembre_.--Le notaire d'un de mes amis, lui disait ces jours-ci,
qu'en prsence des lois financires qui se prparaient, la plus grande
partie des gens qui avaient de l'argent, le plaaient  l'tranger, et
qu'il regardait de son devoir d'avertir ses clients de l'effroi du capital
franais, devant l'avenir que lui prparait le gouvernement.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 27 novembre_.--Tout le temps du dner, on parle du mieux, de la
rsurrection de Dumas, de mots brutalement spirituels, prononcs par lui,
dans son retour  la vie.

Aprs dner, Coppe, Porto-Riche et moi, nous causions dans le hall, de
la pice de Bornier, quand Primoli vient  nous et nous dit: Dumas est
mort... la princesse vient de recevoir une dpche!.

       *       *       *       *       *

_Vendredi 29 novembre_.--C'est positif, en fouillant mes souvenirs, je
ne trouve chez moi, pendant toute ma jeunesse, aucun dsir de devenir
une personnalit de premier plan, je n'avais que l'ambition d'une vie
indpendante, o je m'occuperais paresseusement d'art et de littrature,
mais en amateur, et non, ainsi que cela a t, en forat de la gloire.

       *       *       *       *       *

_Samedi 30 novembre_.--CENTENAIRE DE LA LITHOGRAPHIE. Exposition
curieuse pour les origines de l'Art. On y voit le Mercure dessin pour
l'imprimerie lithographique de la rue Saint-Sbastien, n23 qui doit tre
considre comme la premire lithographie artistique franaise. Une jeune
fille lisant, de Denon, dans le travail naf de la pierre, se montre
comme la jeune Parisienne de 1810, sous son air ingnu, sous sa coiffure
vieillotte, sous son costume provincial. Une curieuse planche: La galerie
de bois du Palais-Royal avec la boutique du vieux libraire Dentu. Et
voici dans la Famille Pajou les types, et la mode presque rustique, de
la bourgeoisie jeune et vieille de la fin de l'Empire. Henriquel-Dupont
fait revivre l'assassin Louvel,  l'homicide enfoncement des yeux.
Le vieil Isabey a une srie de dlicates et romantiques femmes, en
l'envolement arien d'un voile dans les cheveux. Gigoux se rvle dans
quelques portraits, entre autres, dans un portrait de Delacroix, comme un
lithographe de premier ordre, et Achille Devria, parmi de nombreux
portraits, offre  nos regards deux trs curieux et trs remarquables
portraits de Mrime et de Dumas pre. Et ce sont des Delacroix et des
Raffet, des Raffet, o se trouve une preuve d'un tirage exceptionnel,
avec une posie de Dumas pre l'encadrant.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 4 dcembre_.--De la salle  manger de la rue de Berri, dont la
baie ressemble  un petit thtre, Primoli nous rgale dans le hall, de
projections d'aprs ses instantans. C'est vraiment trs intressant cet
agrandissement, qui, de ces images d'un pouce de hauteur, fait des dcors,
qui vous donnent l'illusion de la grandeur des hommes, des animaux, des
arbres, des constructions. Et vraiment Primoli a un certain talent, ainsi
que disent les peintres, pour _piger le motif_--un motif faisant tableau.

       *       *       *       *       *

_Lundi 9 dcembre_.--Le fils de Bleichrder, le banquier allemand, protg
par Bismarck, a t refus en mariage par une jeune fille sans fortune,
et comme la mre de la jeune fille lui demandait de rflchir, et lui
disait que la diffrence de religion n'avait pas l'importance qu'elle lui
attribuait, la jeune fille rpondait  sa mre: Les juifs, ce n'est pas
une religion, c'est une race!

       *       *       *       *       *

_Mercredi 11 dcembre_.--Ces jours-ci, des interviews, o je suis oblig
d'affirmer ma non-ambition de l'Acadmie.

Ce soir Gyp, qui vient de passer deux mois au lit, Gyp,  l'lgance
ondulante du corps, dans un fourreau de satin blanc, cause avec moi de sa
maladie, sur une note comique, disant qu'elle entendait le mdecin dire,
derrire un paravent,  sa garde: Voil une petite dame qui est en train
de se laisser couler! Et s'levant presque contre son mari, contre ses
enfants qui l'ont fait oprer, malgr elle, dans la perte de connaissance
du chloroforme, elle laisse percer le regret de ne pas s'en tre alle, et
d'avoir  recommencer une autre fois:--la souffrance l'ayant abandonne,
et se trouvant dans cet espce d'tat, doucement vague, qui prcde
l'vanouissement.

       *       *       *       *       *

_Mercredi 18 dcembre_.--Visite de Bracquemond, en train de se livrer 
des impressions artistiques d'toffes, m'annonant que la gravure est
compltement tue par la photographie: mort qu'il prdisait dans deux
articles, publis par lui en 1886, mais qu'il croyait tre plus tardive,
et ne pas le toucher.

       *       *       *       *       *

_Jeudi 26 dcembre_.--Je reois une curieuse lettre du docteur Bari. Il
me remercie d'un client belge, que je lui ai donn, et qui s'est prsent
 lui, en lui disant: Je crois avoir une maladie de coeur, je voulais
consulter un mdecin de Paris, mais je ne savais lequel, quand j'ai lu le
dernier volume du JOURNAL DES GONCOURT, o j'ai vu que vous aviez donn
vos soins  M. Edmond de Goncourt. L dessus, je me suis dcid 
m'adresser  vous: me voil... examinez-moi!

       *       *       *       *       *

_Vendredi 27 dcembre_.--Dans ce volume, le dernier volume imprim de
mon vivant, je ne veux pas finir le JOURNAL DES GONCOURT, sans faire
l'historique de notre collaboration, sans en raconter les origines, en
dcrire les phases, indiquer dans ce travail commun, anne par anne,
tantt la prdominance de l'an sur le cadet, tantt la prdominance du
cadet sur l'an:

Tout d'abord, deux tempraments absolument divers: mon frre, une nature
gaie, verveuse, expansive; moi, une nature mlancolique, songeuse,
concentre--et fait curieux, deux cervelles recevant du contact du monde
extrieur, des impressions identiques.

Or le jour, o, aprs avoir fait tous deux de la peinture, nous passions 
la littrature, mon frre, je l'avoue, tait un styliste plus exerc, plus
matre de sa phrase, enfin plus crivain que moi, qui alors, n'avais gure
l'avantage sur lui, que d'tre un meilleur _voyant_ autour de nous, et
dans le commun des choses et des tres, non encore mis en lumire, de ce
qui pouvait devenir de la matire  de la littrature,  des romans,  des
nouvelles,  des pices de thtre.

Et voici que nous dbutions, mon frre sous l'influence de Jules Janin,
moi sous l'influence de Thophile Gautier, et l'on peut reconnatre dans
EN 18.. ces deux inspirations mal maries, et donnant  notre premier
livre, le caractre d'une oeuvre  deux voix,  deux plumes.

Viennent aprs, les HOMMES DE LETTRES (reparus sous le titre de CHARLES
DEMAILLY), livre appartenant plus  mon frre qu' moi, par l'esprit
mis dans le livre par lui, et ces brillants morceaux de bravoure, qu'il
recommencera plus tard dans MANETTE SALOMON--moi, ayant surtout travaill
dans ce livre,  l'architecture et aux gros ouvrages de l'oeuvre.

Alors succdaient les biographies d'art et les livres historiques, crits
un peu sous ma pression, et la tendance naturelle de mon esprit vers la
vrit du pass ou du prsent: oeuvres, o il y avait peut-tre un peu
plus d'appoint de moi, que de mon frre. Dans cette suite de travaux, se
faisait la fusion, l'amalgame de nos deux styles, qui s'unissaient dans la
facture d'un seul style, bien personnel, bien Goncourt...

Dans cette concurrence fraternelle  bien crire, il tait arriv que mon
frre et moi, avions cherch  nous dbarrasser de ce que nous devions 
nos ans: mon frre  rejeter le papillotage du style de Janin, moi la
matrialit du style de Gautier. Et nous tions  la recherche, tout en
le voulant trs moderne,  la recherche d'un style mle, concret, concis,
 la carcasse latine, se rapprochant de la langue de Tacite, que nous
lisions alors beaucoup. Et surtout, il nous venait une horreur des grosses
colorations, auxquelles j'avais un peu trop sacrifi, et nous cherchions
dans la peinture des choses matrielles,  les spiritualiser par des
dtails moraux.

Ainsi cette description du bois de Vincennes, dans: GERMINIE LACERTEUX.

... D'troits sentiers,  la terre pitine, tale, durcie, pleins de
traces, se croisaient dans tous les sens. Dans l'intervalle de tous ces
petits chemins, il s'tendait par places, de l'herbe, mais une herbe
crase, dessche et morte, parpille comme une litire jaune, et dont
les brins, couleur de paille, s'emmlaient de tous cts aux broussailles,
entre le vert triste des orties... Des arbres s'espaaient tordus et mal
venus, de petits ormes au tronc gris, tachs d'une lpre jauntre, des
chnes malingres mangs de chenilles, et n'ayant plus que la dentelle de
leurs feuilles... De volantes poussires de grandes routes enveloppaient
de gris les fonds... Tout avait la misre et la maigreur d'une vgtation
foule, la tristesse de la verdure de la barrire... Point de chants
d'oiseaux dans les branches, point de parcours d'insectes sur le sol
battu... Un bois  la faon de l'ancien bois de Boulogne, poudreux et
grill, une promenade banale et viole, un de ces endroits d'ombre avare,
o le peuple va se ballader  la porte des capitales: parodies de forts,
pleines de bouchons, o l'on trouve dans les taillis des ctes de melons
et des pendus!

Maintenant il arrivait, peu  peu, dans cette fabrication de nos volumes,
que mon frre avait pris plus spcialement la direction du style, et moi
la direction de la cration de l'oeuvre. Il lui tait venu une paresse un
peu ddaigneuse  chercher,  retrouver,  inventer--tout en imaginant
un dtail plus distingu que moi, quand il voulait s'en donner la peine.
Peut-tre dj souffrant du foie, et buveur d'eau de Vichy, tait-ce un
commencement de fatigue crbrale? Du reste il avait eu, de tout temps,
une rpugnance pour la trop nombreuse production, pour la _foison des
bouquins_, comme il disait. Et on l'entendait rpter: Moi j'tais n
pour crire, dans toute ma vie, un petit volume in-douze, dans le genre
de La Bruyre, et rien que ce petit in-douze!

C'est donc uniquement, par tendresse pour moi, qu'il m'a apport le
concours de son travail jusqu'au bout, jetant dans un soupir douloureux:
Comment, encore un volume?... Mais vraiment n'en avons-nous pas fait
assez d'in-quarto, d'in-octavo, d'in-dix-huit!--et parfois, pensant 
cette vie abominable de travail, que je lui ai impose, j'ai comme des
remords, et la crainte d'avoir ht sa fin.

Mais tout en se dchargeant sur moi de la composition de nos livres, mon
frre tait rest un passionn de style, et j'ai racont dans une lettre
 Zola, crite au lendemain de sa mort, le soin amoureux qu'il mettait 
l'laboration de la forme,  la ciselure des phrases, au choix des mots,
reprenant des morceaux crits en commun, et qui nous avaient satisfaits
tout d'abord, les retravaillant des heures, des demi-journes, avec une
opinitret presque colre, ici, changeant une pithte, l, faisant
entrer dans une priode, un rythme, plus loin, refaonnant un tour de
phrase, fatiguant, usant sa cervelle,  la poursuite de cette perfection,
si difficile, parfois impossible  la langue franaise, dans l'expression
des sensations modernes... et aprs ce labeur restant de longs moments,
bris sur un canap, silencieux, dans la fume d'un cigare opiac.

Et cet effort du style, jamais il ne s'y livra avec plus d'acharnement,
que dans le dernier roman qu'il devait crire, dans MADAME GERVAISAIS, o
peut-tre la maladie, qui tait en train de le tuer, lui donnait, dans
certains fragments, je le croirais, comme l'ivresse religieuse d'un
ravissement.

       *       *       *       *       *

_Lundi 30 dcembre_.--Exposition Bing. Je ne fais pas le procs 
l'ide de l'exposition, je le fais seulement  l'exposition du jour,
d'aujourd'hui.

Quoi, ce pays qui a eu le coquet et rondissant mobilier de paresse du
XVIIIe sicle, est sous la menace de ce dur et anguleux mobilier, qui
semble fait pour les membres frustes d'une humanit des cavernes et des
lacustres. La France serait condamne  des formes, comme couronnes dans
un concours du laid,  des coupes de baies, de fentres, de dressoirs,
empruntes aux hublots d'un navire,  des dossiers de canaps, de
fauteuils, de chaises, cherchant les rigides platitudes de feuilles de
tle, et recouverts d'toffes, o des oiseaux, couleur caca d'oie, volent
sur le bleu pisseux d'un savonnage,  des toilettes et autres meubles,
ayant une parent avec les lavabos d'un dentiste, des environs de la
Morgue. Et le Parisien mangerait dans cette salle  manger, au milieu de
ces panneaux en faux acajou, agrments de ces arabesques en poudre d'or,
prs de cette chemine, jouant le chauffoir pour les serviettes d'un
tablissement de bains; et le Parisien coucherait dans cette chambre 
coucher, entre ces deux chaises pouvantant le got, dans ce lit, qui est
un matelas pos sur une pierre tombale!

Vraiment, est-ce que nous serions _dnationaliss_, conquis moralement par
une conqute pire, que la guerre, en ce temps o il n'y a plus de place
en France, que pour la littrature moscovite, scandinave, italienne, et
peut-tre bientt portugaise, en ce temps o il semble aussi n'y avoir
plus de place en France que pour le mobilier anglo-saxon ou hollandais.

Non, a, le mobilier futur de la France, non! non!

En sortant de cette exposition, comme je ne pouvais m'empcher de rpter
tout haut dans la rue: Le dlire... le dlire de la laideur! un jeune
homme s'approchant de moi, me dit: Vous me parlez, monsieur?

FIN DU NEUVIME ET DERNIER VOLUME.

       *       *       *       *       *

TABLE ALPHABTIQUE DES NOMS CITS DANS LE TOME NEUVIME


A

About, 115, 299.

Adam (Mme), 255, 346, 347.

Adlade (Mme), 33.

Ajalbert, 42, 52, 53, 226, 262, 264, 287, 303, 326.

Albert, 160.

Alexis (Paul), 61, 77, 88, 89, 90, 91, 161, 162, 163.

Allard (Mme), 3.

Allard (Les), 149, 150.

Allorto, 147.

Annam (Le prince d'), 136.

Antoine, 6, 42, 52, 53, 93, 98, 100, 226.

Artois (Le comte d'), 117.

Arton, 108.

Asselineau, 145.

Aubernon (Mme), 338.

Audiger, 207, 208, 209, 210, 211, 213, 214.

Augier (mile), 373.

Aupick (Mme), 343.

Aurvilly (Barbey d'), 46, 275.

Aussandon, 62.

Avellan (L'amiral), 167, 337.


B

Balzac, 255, 275, 332.

Banville (Thodore de), 118, 145, 276, 286.

Barbs, 160.

Baretta (Mlle), 198.

Bari, 111, 377.

Barrs (Maurice), 177, 323.

Baudelaire, 145, 343, 344.

Baudouin, 207.

Baur (Henry), 104, 123, 164, 165, 167.

Beaubourg, 202.

Beaumarchais, 348.

Beaurepaire (Quesnay de), 197.

Beauvois (Matre), 227.

Beethoven, 171, 355.

Bgis (M.), 42.

Bhaine (Lefebvre de), 30, 35, 290, 328.

Bernhardt (Sarah), 163, 164, 165, 166, 167, 168, 172, 185, 189, 196, 325.

Bernhardt (Maurice), 170.

Berthelot (Mme), 64.

Bertin, 36.

Besnard, 288.

Besnard (Les), 298.

Bing (M.), 34, 52, 270, 330, 382.

Biot, 26.

Biron (La comtesse de), 193.

Bismarck, 352, 376.

Bisson, 130.

Blanc (Hippolyte), 25.

Blanche (Le dr), 48, 62, 81, 103, 113, 157.

Blanche (Jacques), 157, 287, 288.

Blanche, 193, 303.

Blanqui, 160.

Bleichrder, 376.

Bohme, 232.

Boisbaudran (Lecoq de), 310.

Bonaventure (Saint), 81.

Bonnet, 265.

Bonnetain, 191.

Bonington, 283.

Bontems, 206.

Bornier (Henry de), 127, 374.

Bouchardon, 279.

Boucher (Franois), 278, 279.

Bouchor (Joseph-Flix), 287.

Boucicaut, 27, 28.

Boulanger (Le gnral), 29.

Boulanger (Le peintre), 50.

Bousquet (Georges), 331.

Bracquemond, 115, 257, 288, 377.

Bracquemond fils, 301.

Braine (Le fils), 202.

Brands (Georges), 318.

Brisson (Les), 358.

Brown-Squard, 55.

Bruneau (Alfred), 318.

Bruneau (Le cur), 248.

Brunet (Le commandant), 27, 28.

Brunetire, 361.

Buhot, 80.

Bukowics, 239.

Bulher, 252.

Buntch, 274.

Burguet, 9.

Burnouf, 199.

Burns (John), 248.

Burty, 288.


C

Caffieri, 55.

Callias (Les), 370.

Callou, 129.

Camargo, 124, 126.

Cameroni (Flice), 318.

Cap, 277.

Carlier, 201.

Carnot, 238.

Carpeaux, 227.

Carraby, avocat  la Cour, 330.

Carr (Albert), 323, 327.

Carrire, 44, 45, 46, 47, 48, 53, 54, 106, 107, 128, 180, 187, 262, 264,
  268, 286, 287, 288, 289, 297.

Caruchet, 325.

Castagnary, 370.

Cavelier, 233.

Card (Henry), 146, 148, 322.

Ccile (Sainte), 235.

Cerny (Mlle), 78.

Csar (Jules), 225.

Csarin, 76.

Cham, 224.

Chamfort, 49.

Chandon, 253.

Chappey, 94.

Chardin, 193, 284, 285.

Charles IX, 108.

Charpentier, le graveur du XVIIIe sicle, 276.

Charpentier (Georges), 131.

Charpentier (Paul), 352.

Charpentier (Jane), 185.

Charpentier (Les) 9, 14, 57, 185, 201, 224, 308, 324.

Charpentier (Alexandre), 232, 258.

Charpentier (Armand), 341.

Chateaubriand, 117, 137, 169.

Chavannes (Puvis de), 311.

Chret (Jules), 288.

Chret (Joseph), 290.

Chomel (Le docteur), 258.

Cicron, 35.

Cladel, 57, 127.

Clairin, 166.

Claretie (Jules), 198, 312.

Clemenceau (Georges), 262, 263, 312, 321, 324.

Clrambaud (Mme), 155, 156.

Clodion, 290.

Colbert, 208.

Collin (Raphal), 286.

Colombey, 89, 318.

Commanville (Mme), 142, 275.

Conantre (La baronne de), 285.

Constans, 29.

Coppe, 4, 5, 55, 56, 175, 199, 286, 312, 315, 374.

Coppe (Mlle), 56.

Corday (Charlotte), 144.

Corot, 35, 36, 49, 60, 258.

Courbet, 13.

Courmont (Nephtalie de), 21, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72.

Courteline, 190.

Couture, 17, 60.

Cranach, 44.

Crbillon pre, 186.

Crqui (Le duc de), 207.

Courboin, 287.

Curel (Franois de), 318.


D

Darras, 218.

Darzens, 323.

Daubigny, 49.

Daudet (Alphonse), 5, 8, 9, 13, 55, 57, 59, 61, 80, 97, 100, 104, 110, 111,
  112, 117, 121, 123, 127, 143, 144, 146, 148, 149, 154, 172, 180, 181,
  193, 200, 217, 219, 224, 225, 228, 242, 265, 268, 275, 286, 292, 306,
  308, 309, 312, 314, 315, 317, 322, 324, 327, 341, 351, 356, 370.

Daudet (Mme), 9, 82, 87, 145, 185, 289, 352, 354, 355.

Daudet (Lon), 28, 42, 144, 149, 150, 170, 171, 179, 202, 224, 225, 260,
  299, 315, 323, 326, 349.

Daudet (Lucien), 315, 323.

Daudet (Edme), 155, 185.

Daudet (Les), 3, 4, 11, 82, 169, 175, 185, 201, 224, 230, 264, 266, 331,
  333, 353, 354, 370, 371, 372.

Daumier, 156, 257.

Decaisne, 137.

Decan, 35, 36.

Deflorenne, 42.

Degas, 201.

Delacroix (Eugne), 17, 137, 143, 270, 375.

Delaroche, 137.

Delaroque (Le libraire), 190.

Delizy, 83.

Delizy (Mme), 83.

Delzant (Alidor), 114, 115, 124,173.

Demarsay (Mme), 227.

Demoget (M.), 250.

Denain (Mlle), 124.

Denon, 375.

Dentu pre, 375.

Droulde, 318.

Desbordes-Valmore (Mme), 98, 189, 356.

Descaves, 123, 176, 287, 343, 371.

Detaille, 14.

Devria (Achille), 375.

Dharma, 30.

Diaz, 17, 60.

Dickens, 300.

Diderot, 42.

Didot (Les), 277.

Diez (Les), 161.

Doistau, 83.

Dor, 115.

Dorian (Dora), 181, 303, 325.

Doucet (Camille), 223.

Doucet (Lucien), 103, 289.

Doucet (Le couturier), 63.

Dreyfus, 297.

Drumont (Edouard), 316.

Ducamp (Maxime), 202

Duez, 203.

Duflos, 89, 90, 91, 93.

Dumas pre, 60, 375.

Dumas fils, 60, 165, 373, 374.

Dumas (Adolphe), 291, 293.

Dumny, 119, 282.

Dupont (Henriquel), 375.

Dupr (Jules), 49.

Durand-Ruel, 328.

Duret, 220.

Duse (La), 264.


E

Ebner, 117.

Eckermann, 59.

Eisen pre, 310.

Erckmann-Chatrian, 130.

Eschyle, 170.

Eudes (Le gnral), 202.

Eyraud, 148.


F

Fasquelle, 307, 308, 352.

Faustin (M.), 130, 131.

Flix (Le Pre), 292.

Fnon, 226.

Feuillet (Mme Octave), 134.

Finot (Jean), 327, 354.

Fiocre (La danseuse), 227.

Flammarion (Camille), 154, 155, 359.

Flaubert, 14, 57, 225, 276, 303.

Fleury (Le gnral), 43.

Fleury (_Marie Coup-de-Sabre_), 90.

Flore, 71.

Fo (Daniel de), 198.

Forain, 6, 7, 40, 41, 233, 287, 308.

Forain (Mme), 10.

Forain (Les), 40, 138.

Fragonard, 274, 278, 279.

Franais, 36, 37.

France (Anatole), 352, 353.

Frantz Jourdain, 38, 185, 201, 218, 248, 263, 268, 288, 309, 313, 316,
  317, 324.

Frantz Jourdain (Les), 298.

Frdgaire, 116.

Frmont (Le Dr), 128.

Fuller (Loe), 172, 247.

Furetire, 101.


G

Gainsborough, 52.

Galbois (La baronne de), 39.

Gall, de Nancy, 318.

Galles (Prince de), 305.

Galles (La princesse de), 306.

Gallimard, 53, 288.

Gambetta, 29.

Gandara (M. de la), 192, 219, 264, 288.

Gandara (Mme de la), 192.

Ganderax (Louis), 13.

Ganderax (Mme), 105.

Gankon, 170.

Gautier (Thophile), 14, 93, 114, 379.

Gautier (Judith), 73.

Gavarni, 6, 14, 77, 274, 276, 281, 282, 283.

Gavarni (Pierre), 35, 214, 339.

Gay-Lussac, 26.

Geffroy, 44, 128, 172, 248, 249, 262, 264, 268, 287, 298, 306, 312, 313,
  343.

Grome, 227.

Gibert, 113.

Gigoux, 375.

Gille (Philippe), 135, 318.

Gillot, 109.

Giraud (Eugne), 227.

Godard, 360.

Goethe, 59, 179.

Goncourt (Charles de), 19, 20, 21.

Goncourt (Ccile de), 21, 22, 23, 24.

Goncourt (Edmond de), 288, 300.

Goubaux, 21.

Grammont (Le marchal de), 206, 207.

Grant (Daniel), 366.

Greffulhe (La comtesse), 170, 195, 356.

Grgoire de Tours, 116.

Greuze, 65.

Gros (Le baron), 306.

Groult, 151.

Gruby, 84, 85.

Gunin, 25.

Gurard (Mme), 167.

Gurin (Le peintre), 137.

Guerlain, 63.

Guichard, 257.

Guilbert (Yvette), 138, 325.

Guillaume (Eugne), 290.

Guimard (La), 42, 83.

Gungl, 323.

Guizot, 137.

Guys, 156, 334.

Gyp (Mme la comtesse de Martel), 200, 376.


H

Haden (Seymour), 274, 276.

Hahn, 177.

Halvy (Fromental), 155.

Halvy (Mme Ludovic), 57.

Hanotaux, 29, 85.

Harunobou, 234.

Hase, 50, 51.

Havet, 87, 91.

Haviland, 109.

Hayashi, 34, 109, 329, 337, 353, 370.

Hbert (Ernest), 290.

Heine (Henri), 84, 85.

Heinemann, 205.

Helleu, 177, 188, 194, 195, 203, 301, 303, 304. 318, 328.

Henner, 17.

Hennique, 149, 152, 169, 268, 287, 298.

Hennique (Mme), 9, 117.

Henry (Emile), 224.

Hrdia, 112, 113, 197, 215, 312, 314, 321.

Hrdia (Mlle de), 367.

Hertfort pre, 332.

Hertfort (Le marquis d'), 124, 180.

Hermant (Abel), 287.

Hermite (L'), 203.

Hertz (Cornlius), 108.

Hervieu, 287.

Hirschner (Mlles), 340.

Hobbema, 49.

Hokousa, 158, 272, 284, 329.

Holms (Mme), 357.

Houdetot (D'), 22.

Houdon, 227.

Houssaye (Henri), 368.

Hubert, 160.

Hugo (Victor), 73, 117, 150, 174, 275, 276, 332.

Hugo (Charles), 174.

Hugo (Georges), 181.

Hugo (Jeanne), 9, 146, 326.

Huret (Jules), 305.

Huysmans, 118, 216, 286.


I

Ibels, 218, 265, 266.

Ibsen, 105, 225, 348.

Imcourt (D'), 305.

Ingel, 193.

Ingres, 47.

Isabey, 375.

Isle (Le capitaine de l'), 161.

Ivry (Le baron d'), 124, 125.


J

Jacquemin (Mme), 200.

Janin (Jules), 379.

Janvier, 218.

Jarente de la Reynire (Suzanne), 270.

Jeanne d'Arc, 340.

Jeanniot, 174, 236, 287.

Jeanniot (Les), 11.

Jsus-Christ, 144, 173, 178, 224, 225, 236, 237; 238.

Johannot (Tony) 130.

Joubert, 71.

Julienne (Mlle), 282.


K

Kano-Sokn, 270.

Kerst, 91.

Koning, 5, 7, 61, 78, 81, 86, 88, 89, 91, 92, 97.

Korin, 270.


L

Labille (Lonidas), 77.

Labruyre, 381.

Lacroix (Jules), 332.

Lafontaine, 31, 32.

Lagier (Suzanne), 323.

Lamartine, 59, 137, 291, 314.

Landolt, 351.

Larrey (Le baron), 42.

Larroumet, 186, 318, 372.

La Tour, 48, 124, 248.

Lauth fils, 254.

Lavedan (Henri), 318.

Lavoix (Henri), 50, 51, 80.

Lecomte (Georges), 268, 326, 338.

Leconte de l'Isle, 73, 117, 127, 199, 223, 349.

Ledru, 235.

Lefvre (Georges), 333, 370.

Le Gras (Nicolas), 205.

Lemaire (Mme), 13.

Lematre, 201.

Lemerre, 131.

Lenoir, lieutenant de police, 313.

Lenoir (Alfred), 314.

Leroux (Hugues), 97.

Lescure (De), 50.

Lockroy (douard), 4, 29.

Lorrain (Jean), 46, 47, 73, 78, 118, 138, 139, 140, 167, 185, 192, 200,
  264, 288, 371.

Lortic, 276.

Lothar (Rodolphe), 225.

Loti, 27, 28, 160, 254, 255, 266.

Louis XIV, 204, 206, 207.

Louis XV, 55.

Louis XVI, 252.

Louis-Philippe, 33.

Louvel (L'assassin), 375.

Lunois, 230.

Luynes (La duchesse de) 362.

Lytton (Lord) 356.


M

Mterlink, 147.

Magnard (Francis), 4.

Maison (Le prsident), 208.

Mallarm, 110, 298, 306.

Malot (Hector), 234.

Manet, 156.

Manzi, 109.

Marat, 143.

Marcille (Eudoxe), 271.

Margueritte (Paul), 214, 286, 318, 352, 368.

Marie-Antoinette, 33, 82, 120, 161, 193, 217, 276, 278, 321.

Mariette, 279.

Mariton, 200.

Marin (Eugne Labille de Breuze), 253, 314.

Marius, 276.

Marivaux, 186.

Marmottan, 326.

Marquessac, 142.

Marquise (Mlle), 66.

Martin (Le Dr), 203, 204.

Martinatti, 266.

Marx (Roger), 169, 172, 185, 258, 268, 371.

Masson (Frdric), 11.

Masson (Les), 149.

Mathias, 313.

Mathilde (La princesse), 244, 282, 283, 289, 372, 373.

Maupassant (Mme de), 161, 162, 163.

Maupassant, 5, 6, 8, 62, 103, 141, 147, 234, 351.

Mazarin, 206.

Meissonier, 284.

Meissonier fils, 61.

Mellan, 161.

Mnard-Dorian (Mme), 181, 326.

Mnard-Dorian (Mlle), 181.

Mnard-Dorian (Les), 303, 326.

Mends (Catulle), 312.

Mnier, 40.

Mrime, 375.

Mtenier (Oscar), 61, 77, 88, 89, 90, 91.

Mvisto, 318.

Meyer (Arthur), 350.

Meyer (Le juge), 197.

Meyerbeer, 155.

Michaut (Le dr), 158, 228, 259, 300.

Michel-Ange, 264.

Michel (Marius), 277.

Michelet, 14, 276.

Millard (Le dr), 201.

Millet (Franois), 17, 18, 60.

Mirabaud (M.) 364.

Mirbeau (Octave), 248, 286, 349, 350.

Mirbeau (Mme), 324, 350.

Mistral, 291, 292, 293.

Mittis, 287.

Moinaux, 130.

Molire, 25.

Monnet, 248.

Montalembert, 14.

Montebello (La comtesse de), 229.

Montgut (Alphonse), 175.

Montesquiou (Le comte Robert de), 98, 119, 120, 189, 220, 230, 264, 288,
  325, 341, 356.

Montigny, 93.

More, 206.

Morel (Eugne), 126.

Morno (Mlle), 198.

Mouchy (La duchesse de), 227.

Munkacsy, 14.

Munte (Lina), 371.

Murger, 299.

Musset (Alfred de), 8, 73, 275.


N

Nadar, 144, 156, 353.

Nadar fils, 156.

Nanteuil (Le graveur), 161.

Napolon 1er, 339, 353.

Napolon III, 43, 239.

Napolon (Louis), 347.

Nau (Mlle), 100.

Neveux (Pol), 350.

Nicole (Mlle), 337.

Nini, 278.

Noailles (Le comte de), 207.

Noblet, 7.

Nolhac (De), 32.


O

Ocagne (M. d'), 254, 299.

O-Kio, 170.

Orchardson, 235.

Orsini (Le prince), 371.

Otway, 371.

Oudinot (Le marchal), 362.

Ounke, 270.

Ou-Sipang, 272.

Outamaro, 52, 84, 283.

Ozy (L'actrice), 114, 115, 174.


P

Pajou (La famille), 375.

Palologue (M.), 344.

Pasteur, 75, 366.

Paul Adam, 197.

Plagie, 246, 303, 314, 330.

Pelletier, 279.

Perrin (Le capitaine), 293.

Philippe le Bel, 14.

Pichot (Amde), 244, 245.

Pilate, 238.

Pioger (L'abb), 359.

Plon, 173.

Poictevin (Francis), 34, 80, 231.

Poincar, 309, 312, 318, 319, 320, 321, 324.

Poix (Le prince de), 125.

Popelin (Claudius), 39, 276, 288.

Popelin (Gustave), 39, 288.

Porel, 13, 82, 94, 261, 262.

Porto-Riche, 373.

Potain, 42, 110.

Potocka (La comtesse de), 325.

Pottecher (Maurice), 132.

Potonni (Mme), 175.

Pouchet (Georges), 202, 272.

Pouthier, 302.

Pouvillon, 176.

Pozzi, 140, 187.

Prvost (Marcel), 318.

Primatice, 279.

Primoli (Le comte), 264, 371, 373, 374, 376.

Proudhon, 137, 145, 160.

Proust (Antonin), 40.

Prouv, 231.

Pugno, 242.

Puliga (La comtesse), 345.


R

Rachel (Mlle), 66.

Raffalli, 40, 107, 172, 185, 216, 220, 268, 371.

Raffalli (Les), 224.

Raffet, 375.

Raspail, 160.

Rattier pre, 249.

Rattier (Lon), 63, 160, 252, 362.

Ravaut, 63.

Raynal, 274.

Read (Mlle), 46, 57,

Reboux, 63.

Rgamey (Frdric), 223, 310.

Rgnier (Henri de), 46, 192, 197, 226, 288, 312, 322, 349, 367.

Reinach, 108.

Rjane, 16, 82, 94, 168, 261, 262.

Rembrandt, 193, 274.

Renan, 275, 276.

Rendu (Le Dr), 173, 188.

Renouard (Le peintre), 107.

Rheiner, 288.

Ribot (Le peintre), 50.

Richepin, 215.

Riesener, 358.

Rigaud Kair, 302.

Rigolboche, 292.

Ringel (Le sculpteur), 46.

Rispal, 235.

Robert Estienne, 51.

Rochefort, 165.

Rochegrosse, 118, 286.

Rod, 288.

Rodenbach (Georges), 3, 37, 150, 195, 198, 202, 234, 264, 299, 348, 349,
  371.

Rodenbach (Mme), 4, 171, 316.

Rodenbach (Constantin), 316.

Rodenbach (Les), 11, 13, 180, 224, 298.

Rodin, 122, 264, 286, 323, 350.

Roguenaud (M.), 153.

Rohau (La duchesse de), 325.

Rolland (Mme), 278.

Rollinat, 11, 139, 177, 193, 194.

Rops, 309.

Rosny l'an, 171, 179, 287, 298, 313.

Rosny cadet, 172.

Rosny (Les), 102, 217.

Rosetti, 205.

Rossini, 155, 156.

Rothenstein, 204.

Rousseau (Thodore), 17, 18, 49, 60.

Rubens, 66.

Rumigny (De), 22.

Ruysdael, 49.


S

Sagan (Le prince de), 88.

Saint-Aubin (Gabriel de), 274, 284.

Saint-Aubin (Augustin de), 284.

Saint-Hilaire (Barthlemy), 223.

Saint-Just, 29.

Saint-Victor, 93, 115.

Sainte-Beuve, 186.

Sakata No-Kintoki, 284.

Sall (La danseuse), 124.

Salles (M.), 76.

Salvator, 206.

Sand (George), 225, 276.

Sandrock (Mme), 239.

Sarcey, 16, 93, 94, 105, 347, 358, 359.

Sardou, 130.

Scheffer (Ary), 137.

Schiller, 179, 340.

Schoelcher, 4.

Sch-Kwa-Ken, 272.

Scholl (Aurlien), 11, 100, 174, 317.

Schwob, 147,148, 196, 198.

Scribe, 25, 85.

Segond-Weber, 341.

Sverine, 10.

Sherard, 313.

Shogakousa, 280.

Sichel-Dulong (Mme), 343, 344.

Soissons (Le comte de), 207.

Sosn, 270.

Standish (Ccil), 124.

Standish (Henry), 124.

Stanley, 342.

Stendhal, 275.

Stevens (Alfred), 13, 16, 17, 18, 59, 168, 287, 318.

Stoullig, 101.

Strindberg, 100, 105, 298.

Sichel (L'oculiste), 84.

Sichel-Dulong (Mme), 128, 203.

Sichel (Philippe), 137.

Simon (Jules), 4.

Su (Eugne), 302.

Sully Prudhomme, 318.

Swinburne, 205.

Sizos (Mme), 77, 86, 89, 90, 97.

Socrate, 144.


T

Tabarant, 201.

Tacite, 196, 199, 379.

Tailhade (Laurent), 318.

Taillevent, 255.

Taine, 112, 113, 276.

Talmeyr (Maurice), 301, 305.

Tamerlan, 26.

Tassaert, 137.

Tautchsa Jukakou, 280.

Tauzia, 300.

Tellier (M. Le), 207.

Testard,  174.

Thaulow, 216.

Theil (Du), 117.

Theuriet (Andr), 318.

Thiers, 51, 126, 244, 245, 300, 314.

Tissot (James), 177, 178, 189, 224, 225, 236, 237, 289.

Titon, 362, 363.

Tolsto, 105, 354, 368, 369.

Toudouze (douard),288.

Toudouze (Gustave), 111, 112, 234, 288, 316, 371.

Tourgueneff, 104.

Trochu, 256.

Troyon, 49.

Turner, 241, 248.

Turpin, 230.


V

Vacquerie, 311.

Valdey (Mlle), 218.

Valls (Jules), 370.

Vandrem, 176.

Vanier, 349.

Vardes (Le marquis de), 207.

Velasquez, 193.

Verlaine, 177, 349.

Veuillot, 145.

Vever, 63, 109.

Vierge, 215.

Vigny (Alfred de), 127.

Villard (M.), 128, 256.

Villedeuil (Le marquis de), 145, 168, 169, 336.

Villedeuil (Mlles de), 19.

Villemain, 137, 276.

Villemessant. 11.

Villeray, 89.

Vilmorin, 337.

Vogu (De), 16.


W

Wagner, 155, 156, 171, 357, 358.

Wallace (Richard), 121.

Watteau, 73, 257, 270, 273, 279, 281, 305.

Wendel, 364.

Whistler, 119, 120, 205, 220.

Wiener, 231.

Wilde (Oscar) 342.

Willette, 306, 324.

Wittemann, 147, 196.

Wolf (Le gnral), 117.

Wolf (Albert), 4.

Worth, 63.


Y

Yama Ouwa, 283.

Ysa, 274.

Yriarte, 62, 332.

Yukinobou, 271.

Yvon, 43.


Z

Zeller (Mme), 202.

Zeller (Mlle), 81, 114, 157.

Zilken, 329, 330.

Zola, 15, 58, 104, 122, 139, 201, 224, 225, 258, 275, 286, 307, 309, 322,
  324, 328, 329, 352, 381.

Zola (Mme), 58, 151, 199.

Zola (les), 57, 199, 201, 224, 290.

       *       *       *       *       *

TABLE DES MATIRES CONTENUES DANS LE TOME NEUVIME


ANNE 1892      1

ANNE 1893      95

ANNE 1894      183

ANNE 1895      295

       *       *       *       *       *

INDEX GNRAL DES NOMS CITS DANS LES NEUF VOLUMES


A

About (Edmond), I, 210, 277; II, 63, 99, 209; VI, 41, 264; VII, 4;
  IX, 115, 299.

Abbatucci (Le gnral), VII, 267.

Abbatucci (Mlle), V, 149; VI, 55.

Abrants (Duc d'), I, 312.

Abrants (Duchesse d'), I, 852.

Achenbach, I, 107.

Achard (Amde), III, 99.

Adam (Mme), II, 142; VI, 168, 181, 201; VIII, 104; IX, 255, 346, 347.

Adam, VI, 318.

Adlade (Mme), IX, 33.

Aetus, VIII, 269.

Affre, I, 152.

Agar, II, 125; III, 297.

Aime (Mlle), I, 347, 348; II, 139, 223; III, 72; VIII, 135.

Ajalbert, IX, 42, 52, 53, 226, 262, 264, 287, 303, 826.

Ajalbert (Jean), VII, 203; VIII, 134, 159, 187, 191, 201, 203, 204, 207,
  242.

Alard (Mme), IX, 3.

Albert, IX, 160.

Albert (Le prince), V, 78.

Alboni (Mme), VI, 16.

Alembert (d'), I, 326; IV, 164.

Alessandri (Le colonel), VII, 286.

Alexandre (Mme), VIII, 198.

Alexandre le Grand, III, 84.

Alexandrine, fille de Mme de Pompadour, VII, 211.

Alexis (Paul), VII, 85, 288; VIII, 5, 34, 133, 135, 137, 227;
  IX, 61, 77, 88, 89, 90, 91, 161, 162, 163.

Allard (Les), IX, 149, 150.

Allard, VII, 55.

Allan (Mme), I, 6, 7, 8, 9.

Allegrain, I, 242.

Allessandri, I, 298; VII, 286.

Allorto, IX, 147.

Alphand, IV, 187.

Alphonse, I, 225.

Alton-She, III, 256.

Alvarez, VIII, 98.

Amaury-Duval, V, 158.

Ambroise Thomas, VI, 4.

Amigues, V, 179.

Ampich (Mme), IX, 343.

Anacron, V, 40.

Anicet Bourgeois, II, 116.

Anna, V, 69.

Annam (Le prince d'), IX, 138.

Anastasi, VI, 55, 84.

Anne Comnne, VIII, 57.

Anne d'Autriche, I, 247.

Annenkoff, VII, 238.

Andlau (Les d'), VIII, 82.

Andr del Sarte, I, 262.

Andr, II, 211.

Annibal, III, 84.

Antoine, VII, 217, 253, 254, 255, 290, 303; VIII, 5, 8, 20, 26, 27,
  28, 29, 31, 32, 36, 37, 45, 138, 159, 187, 191, 192, 201, 204, 245;
  IX, 8, 42, 52, 59, 93, 98, 100, 226.

Antonelli, I, 277.

Apollonius de Tyanes, I, 289; VIII, 269.

Arago, I, 137.

Arago, (Alfred), I, 282; III, 183.

Arago (Emmanuel), IV, 68, 210; V, 240.

Arago (Franois), IV, 155.

Artin, V, 178.

Arnaud de l'Arige, V, 280.

Arnauldet, VI, 25.

Arnim (Comte d'), V, 98, 195; VIII, 116, 117.

Argenson (Le marquis d'), I, 215.

Aristogne, VIII, 267.

Aristophane, I, 239; V, 24.

Arnould (Sophie), I, 190; II, 59; V, 280; VI, 252, 265.

Armand, I, 65, 66.

Arsino-Philadelphe, VIII, 269.

Artagnan (D'), V, 243.

Artaxerxs Mnmen, III, 212.

Artois (Le comte d'), IX, 117.

Arton, IX, 108.

Artus, I, 92.

Asseline, I, 160; VI, 163.

Asselineau, I, 142; IV, 296; IX, 145.

Assi, IV, 231, 240.

Attila, IV, 113, 180; VIII, 80.

Aubanel, VII, 68, 69, 261, 262.

Aubernon (Mme), IX, 338.

Aubert, II, 316.

Aubryet (Alexis), I, 182, 210, 211, 260, 330, 334; II, 111; III, 204;
  IV, 356; V, 46, 49; VII, 109, 110.

Audiffret-Pasquier, V, 206.

Audiger, IX, 207, 208, 210, 211, 213, 214.

Audinot, I, 202.

Augier (mile), I, 41, 218; II, 326, 329; VI, 143, 196; VII, 320; IX, 373.

Auguste (M.), VI, 252.

Aumale (Duc d'), V, 90, 101, 167, 168; VI, 242.

Aussandon, I, 268; III, 44; IX, 62.

Autran, II, 65, 120; III, 205.

Avellan (L'amiral), IX, 167, 337.

Avenin, VI, 88.

Axenfeld, VI, 12, 13.


B

Babeuf, V, 256.

Bacciochi, I,174.

Bach (Samuel), I, 187.

Bach (Sbastien), II, 97.

Bacon, I, 289; VI, 140.

Vacourt (De), II, 195.

Ba-gai, VII, 62.

Ba-iisou, VII, 130.

Bakounine, I, 248.

Balloy (Le comte), V, 129, 130.

Balzac, I, 21, 22, 68, 83, 111, 112, 137, 157, 209, 235, 255, 332;
  III, 3, 5, 55, 58, 229, 272; V, 47, 108, 109, 188, 243, 269, 297;
  VI, 15, 41, 67, 119, 125, 256, 317; VII, 31, 158, 167, 225;
  VIII, 47, 48, 49, 50, 181, 183; IX, 255, 275, 322.

Balzac (Mme), VI, 199.

Bancelin, I, 325.

Bannevile (Le comte), V, 129.

Banville (De), I, 32, 213, 257, 263; VI, 118, 240, 243, 244;
  VI, 225, 313; VII, 13, 133, 160, 169, 170, VIII, 218, 219;
  IX, 118, 145, 276, 286.

Bapst, VI, 5.

Baraguay d'Hilliers, VI, 12.

Barante (De), 157, 158.

Barb-Marbois (Mme), VI, 132.

Barb-Marbois, VI, 132.

Barbey d'Aurevilly, I, 184; II, 162; V, 203, 204, 205; VI, 69, 339;
  VII, 38, 39, 40, 48, 49, 50, 279; VIII, 47; IX, 46; 275.

Barbey de Jouy, VI, 111; VII, 131.

Barbier (Mlle), VIII, 6.

Barbier (Auguste), III, 270; IV, 324.

Barbilhon Walter, I, 199.

Bardoux, I, 186; V, 234, 246, 247; VI, 4, 5, 6, 12, 58, 145.

Bareta (Mme), IX, 198.

Bari, VIII, 200. IX, 111, 377.

Barlis, IX, 160.

Barnum, VI, 162.

Barny (Mme), VIII, 29.

Baroche, III, 216; IV, 151.

Barodet, V, 78, 256.

Baron, I, 356; VIII, 227.

Baron (L'acteur), VI, 203, 204.

Barre (Le sculpteur); III, 221, 222.

Barr, VII, 209.

Barrs, VIII, 288, 289; IX, 177, 323.

Barrire (Thodore), I, 267; III, 303.

Barrire (Franois), I, 81, 308; II, 180; III, 93.

Barrot (Odilon), I, 99.

Barry (Mme du), IV, 346.

Bartet, VII, 257.

Bartet (Mlle), VI, 223.

Barth, III, 35.

Barthlmy, II, 81.

Barthet, I, 124.

Bartsh, II, 29.

Barye, III, 58; V, 238; VII, 122.

Baschet (Armand), I, 124; VIII, 103, 104.

Bashkirtseff (Mlle), VIII, 288.

Bastide, III, 28.

Bataille (Le gnral), III, 302, 303, 304, 306, 307.

Bataille, VII, 226.

Baton, V, 216.

Baudelaire, I, 211, 358; III, 12, 258; V, 28, 199, 290, 330; VI, 264, 265;
  VIII, 59, 70, 78, 199, 235, 236; IX, 145, 343, 344.

Baudin, V, 50.

Baudouin, I, 157; VI, 61; IX, 207.

Baudrillart, I, 113.

Baudry (Frdric), II, 96.

Baudry (Paul), II, 15, 114, 282; III, 93, 94; VII, 107.

Bauer, IV, 204; VIII, 186, 236, 278.

Bauer (Henri), VII, 316; IX, 104, 123, 164, 165, 167.

Baulaincourt (Le marquis de), VII, 209, 210.

Bazaine, IV, 104; V, 14, 90, 97.

Bazin, I, 107, 109.

Beaubourg, IX, 202.

Beaufort, I, 217.

Beaulieu, VII, 25.

Beaulieu (Le peintre), VI, 231.

Beaumarchais, I, 304; II, 209; III, 44; IX, 348.

Beaumont (Mme de), VII, 143.

Beaurepaire (Quesnay de), IX, 197.

Beauvais (Maitre), IX, 227.

Beauvais, IV, 226.

Beauvallon, IV, 122.

Beauveau (Mme de), III, 69.

Beauvoir (Roger de), I, 33, 46; III, 62.

Becker, VIII, 187.

Beethoven, II, 200; VI, 90, 148, IX, 171, 353.

Behaine (Mme), V, 61, 73, 120, 136.

Behaine (Armand de), V, 119.

Behaine (Francis de), VII, 165.

Behaine (Le comte de), IV, 111, 334, 335, 336;
  V, 55, 58, 60, 61, 98, 128, 135, 180, 348.

Behaine (Le comte Lefvre de),
  VII, 3, 165, 305; IX, 30, 35, 290, 328.

Bellanger (Marguerite), II, 30.

Bellemare (De), V, 42.

Belloy (Le marquis de), I, 218, 219, 230.

Belot (Adolphe), VI, 341, 324; VII, 56, 57, 58, 91, 92; VIII, 127.

Benazet, III, 218.

Benedetti, II, 289; V, 155, 181; VI, 55.

Benedetti (Mme), V, 155.

Benedetti (La comtesse), III, 163.

Benedetti (fils), VIII, 169.

Bni-Barde (Le docteur), III, 347; V, 82.

Benouville, III, 126.

Benouville, V, 21.

Branger, I, 130, 217, 353, 389, 390; II, 34; V, 200; VIII, 93.

Berendsen, VI, 127; VII, 40; VIII, 23.

Bergerat, VI, 33.

Berlioz, III, 172, 173.

Bernard (Charlotte), V, 146.

Bernard (Claude), III, 200, 249, 288, 295; V, 163.

Bernardin de Saint-Pierre, III, 44, 104, 273; VII, 282.

Bernhardt (Sarah), V, 347; VII, 233; IX, 163, 164, 165, 166, 167, 168,
  172, 185, 189, 196, 325.

Bernhardt (Rgina), V, 240.

Bernhardt (Maurice), IX, 170.

Berquin, VI, 182.

Berry (La duchesse de), I, 131, 390; VII, 154.

Bert (Paul), VI, 28; VII, 83, 86.

Berthelot (Mme), III, 174; IX, 64.

Berthelot, II, 209, 265; III, 67, 78, 131, 138, 174, 287; IV, 11, 24, 26,
  27, 106, 107, 110, 143, 204, 206, 231, 338, 344; VI, 5, 24, 242, 257,
  295; VII, 54, 55, 107, 157, 172, 200.

Berthet (lie), VIII, 127.

Berthoud (Henry), I, 312.

Bertin, IX, 36.

Bertin, (des Dbats), II, 186.

Berton, VI, 279.

Berryer, III, 241.

Berthe, I, 108, 109.

Bertrand (Franois), VI, 91, 92.

Bertrand (Le mathmaticien), IV, 106, 169.

Bertrand (J.-L.-F.), VII, 194, 292.

Beroalde de Verville, II, 55.

Bescherelle, V, 75.

Besenval (Le baron de), VIII, 119.

Besnard, IX, 288.

Besnard (Les), IX, 288.

Besson (Faustin), I, 330.

Beurdeley fils, VI, 337.

Beurdeley, VII, 131.

Beyle, III, 276.

Bignon, II, 322.

Bigot, VII, 23.

Billant, VI, 258.

Billing, V, 63.

Billon, II, 142.

Binder, III, 56.

Binding, I, 112.

Bing, V, 213, 335, 334, 347; VI, 174, 198, 238; VII, 266, 313; VIII, 11,
  218; IX, 31, 52, 270, 330, 382.

Biot, IX, 26.

Biron (La comtesse de), IX, 193.

Bismarck, III, 56, 137; IV, 113, 124, 126, 172, 213, 235; V, 58, 59, 60,
  67, 73, 94, 106, 181, 228; VI, 49, 321; VII, 175, 239; VIII, 75, 159;
  IX, 352, 376.

Bisson, IX, 130.

Bischoffsheim, I, 297.

Bitaub, II, 112.

Blamont, I, 2.

Blanc (Charles), II, 170, 171; III, 51, 120, 193; IV, 50, 55;
  V, 36, 85, 162, 190, 191, 199, 209, 217, 218, 219, 292, 293.

Blanc (Hippolyte), IX, 25.

Blanc (Louis), II, 40; IV, 72, 106, 107, 108, 109, 186, 240, 292;
  V, 154, 155.

Blanchard, V, 107.

Blanche, VII, 45, 47, 48, 54; VIII, 6, 19, 118; IX, 193, 303.

Blanche (Jacques), VII, 309; IX, 157, 287, 288.

Blanche (Le docteur), VIII, 24, 271; IX, 48, 62, 81, 103, 113, 157.

Blanquire, VII, 124, 125.

Blanqui, IV, 105.

Blanquin, IX, 160.

Blarenberg, VIII, 87.

Blavet, VII, 9.

Bleichrder, IX, 376.

Blowitz (De), VIII, 115, 116, 117.

Boccace, II, 280.

Bocquenet (Les), I, 107.

Bohme, IX, 232.

Boilly, III, 359.

Boisgobey (De), VII, 139, 140; VIII, 127, 140.

Boisbaudran (Lecoq de), IX, 310.

Boissard, I, 55; III, 56.

Boissier, V, 260.

Boissieu, I, 326; VI, 87; VII, 162.

Boitello, II, 114, 127, 197; V, 76; VI, 60, 61.

Bonaparte, I, 26.

Bonaparte (Laetitia), III, 112.

Bonaventure (Saint), IX, 81.

Bondieu (Mme), IV, 8.

Bonington, IV, 287; IX, 283.

Bonnassieux, III, 58.

Bonnet, III, 165; IX, 265.

Bonnetain (Paul), VII, 85, 183, 206, 233, 241, 242, 253, 254; IX, 191.

Bonnetain, VI, 319; IX, 191.

Bonnires (Mme de), VII, 86.

Bonnires (Robert de), VIII, 220.

Bonnires (De), VII, 85.

Bonvalot, VIII, 186.

Bonvin (Franois), VII, 119, 283, 288.

Bornier (Henry de), IX, 127, 374.

Boquet, VI, 342.

Borelli (Le comte), VIII, 143.

Borgne (Mme de), I, 156, 389.

Borniol, VI, 328.

Bosquet (Mme), I, 392.

Bosse (Abraham), II, 129.

Bossuet, II, 62; VII, 134, 203; VIII, 184.

Bouchardy, VII, 321.

Boucher, II, 29, 243; V, 67; VIII, 76, 147, 234.

Boucher (Joseph Flix), IX, 287.

Boucher (Franois), I, 155, 169, 370; VII, 131; IX, 278, 279.

Boucicaut, IX, 27, 28.

Boudha, II, 31.

Bouff, VII, 301.

Bouilhet, I, 115, 325; III, 81, 82; V, 7.

Bouilhet (Louis), I, 309, 311, 314.

Bouill (Le marquis de), I, 105.

Bouillon, VIII, 19.

Boulanger (Le gnral), VII, 135, 17, 201; VIII, 12, 75, 87, 96, 97;
  IX, 29.

Boulanger (Le peintre), IX, 50.

Boulanger, III, 94.

Boulanger (Gustave), II, 283.

Bourbaki, IV, 212; VII, 105.

Bourbonne, IV, 4, 331.

Bourde, VII, 171, 268.

Bouret, III, 28.

Bourgeois, VIII, 206, 207.

Bourget (Paul), VI, 176, 178, 201; VII, 82, 103, 105, 108, 116, 213;
  VIII, 6, 155, 235.

Bourgogne, I, 126.

Bourgoin, IV, 255.

Bousquet (Georges), IX, 331.

Boussod, VIII, 236.

Bouteins, IX, 206.

Boutourlin, III, 233.

Bouvin, II, 20; VI, 119, 285, 288.

Bouvin (Le jeune), VI, 90.

Boyer (Philoxne), III, 175.

Boys (Du), VII, 226.

Brachet, VIII, 74.

Bracquemond, I, 157; II, 81; IV, 253, 254, 255, 266; V, 160;
  VI, 26, 87, 89, 100, 297; VII, 13, 118, 122, 299; VIII, 289;
  IX, 115, 257, 288, 377.

Bracquemond (Mme), IV, 280, 303.

Bracquemond fils, IX, 301.

Braine (Mme), VI, 141.

Braine (Le fils), IX, 202.

Brassine (Mlle), I, 69.

Brands (Le critique), VIII, 99.

Brands (Georges), IX, 318.

Bral, V, 284.

Brant (Duchesse de), I, 85.

Brbant, IV, 14, 24, 50, 68, 86, 106, 142, 143, 166, 185, 203, 205, 207,
  217, 234, 268, 338, 343, 352, 355; V, 8, 74, 80, 93, 190, 206, 244;
  VI, 8, 20, 28, 57, 58, 71, 208, 257, 275, 292, 314;
  VII, 9, 31, 34, 41, 45, 54, 107, 154, 175.

Brguet, VI, 249.

Bressant, II, 266, 291, 292, 294, 307; III, 197; V, 166; VIII, 3l.

Breton, II, 20.

Breton (Jules), VII, 268.

Breudel, V, 294.

Brindeau, I, 8.

Brinvilliers (La), III, 15.

Brisson, VII, 32.

Brissen (Les), IX, 358.

Brocca, V, 191.

Broggi, I, 176.

Broglie (Le duc de), II, 63, 64, 65; III, 198; V, 206, 280;
  VI, 221, 7, 237.

Brohan (Madeleine), VI, 149.

Broussais, V, 163.

Brown, III, 258.

Brown-Squart, IX, 55.

Bruneau (Alfred), IX, 318.

Bruneau (Le), IX, 248.

Brunet (Le commandant), IX, 27, 28.

Brunetire (De), VI, 189; VII, 233, 235; IX, 361.

Buchre, III, 214.

Buffet, V, 191, 245, 264.

Buffon, I, 306.

Buhot, IX, 80.

Bukowics, IX, 239.

Buisson, V, 113.

Bulher, IX, 252.

Buloz, I, 208, 209; VII, 216.

Buntcbs, IX, 274.

Burguet, VIII, 102, 134; IX, 9.

Burnouf, IX, 199.

Burty (Madeleine), IV, 312, 316; V, 333, 335.

Burty (Mme), IV, 134, 279, 312, 316, 326.

Burty (Philippe), VII, 200, 222, 224, 251, 280.

Burty, II, 253; III, 144, 145; IV, 42, 62, 77, 172, 196, 200, 201, 210,
  229, 237, 253, 266, 278, 286, 296, 306, 308, 310, 313, 316, 326, 333;
  V, 17, 27, 28, 70, 92, 144, 178, 199, 227, 236, 262, 309, 310, 324, 327,
  334, 335, 343; VI, 15, 25, 27, 46, 69, 88, 118, 160, 294, 346;
  VIII, 108, 127, 156, 160, 218; IX, 288.

Burns (John), IX, 248.

Busnach, VII, 79.

Busquet, I, 106, 185; II, 151.

Byl (Arthur), VII, 217, 288.

Byron, VI, 339.

Byron (Lord), III, 163.


C

Caboche, I, 214.

Cadet-Cassicourt, V, 316.

Cadot, VII, 39.

Cahu, I, 15.

Cakia Mouni, II, 134.

Caill, III, 35.

Caillot (Marie), II, 145.

Calamatta (Mme), II, 144.

Callias, VIII, 153, 154.

Callias (Mme), VII, 113; VIII, 94.

Callias (Les), IX, 370.

Callou, IX, 129.

Calvet-Rognat, II, 104.

Camargo, IX, 124, 126.

Camerom (Felice), IX, 318.

Camille (Mme), II, 149.

Camus (Le docteur), V, 301, 302.

Camundo, V, 212.

Canning, II, 110.

Canova, II, 130.

Canrobert (Le marchal), V, 183; VII, 90, 91.

Canrobert, VIII, 121.

Cape, IX, 277.

Capoul, IV, 9.

Carber, IX, 201.

Carcano, VIII, 98.

Carlyle, VIII, 182, 260.

Carnajon, VII, 182.

Caruot, VII, 224, 328; VIII, 7, 22, 50; IX, 838.

Caron (L'abb), V, 334.

Caro, V, 39; VI, 143.

Carpeaux, V, 42; VIII, 105; IX, 227.

Carpeaux, II, 255, 283, 287, 298, 299; V, 42.

Carraby, avocat  la cour, IX, 330.

Carr (Albert), IX, 323, 327.

Carrier, VII, 280.

Carrier (Le miniaturiste), II, 179.

Carrire, VIII, 99, 159, 160, 190, 202, 212, 231, 236; IX, 44, 45, 46,
  47, 48, 53, 54, 106, 107, 128, 180, 187, 262, 264, 268, 286, 287, 288,
  289, 297.

Carrier-Belleuse, III, 135.

Caruchet, IX, 325.

Casanova, II, 51.

Cassagnac (Paul de), V, 327.

Castagnary, IX, 370.

Castelar, V, 268.

Cavelier, IX, 233.

Cavour, V, 297.

Cayla (Mme du), III, 71.

Caze (La), I, 383.

Caze (Robert), VII, 85, 106, 107, 110, 112, 113, 114, 115, 129, 275.

Caze (Mme Robert), VII, 114, 118.

Card (Henri), VII, 14, 38, 48, 59, 60, 79, 80, 85, 141, 145, 150, 160,
  161, 169, 251; VIII, 186; IX, 146, 148, 322.

Ccile (Sainte), IX, 235.

Cellini, V, 173.

Cerceau (Le Pre), I, 383.

Cernuschi, V, 92, 211, 260, 261; VIII, 63, 64.

Cerny (Mlle), VII, 148, 149, 178, 181; IX, 78.

Csar (Auguste), III, 119.

Csar (Jules), IX, 225.

Cesarin, IX, 78.

Czanne, VIII, 70.

Charbot (Le duc de), VII, 211.

Chabouillet I, 68, 81; V, 256.

Chabrier, VIII, 215.

Chaix d'Est-Ange, II, 119.

Chalier, I, 295.

Cham, VII, 259; IX, 224.

Chambe, I, 154.

Chambord (Le comte de), II, 219.

Chamfort, II, 63, 250; III, 83; VIII, 238; IX, 49.

Champagny, III, 270.

Champcenetz (Mme), VIII, 234.

Champfleury, V, 28; VI, 316; VII, 241.

Chanzy, IV, 200, 232; VI, 201.

Chapier, VIII, 84.

Chappey, IX, 91.

Chapu, VII, 161; VIII, 184, 185.

Charcot, VIII, 53, 109, 150.

Chardin, IX, 193, 284, 285.

Chardin, I, 243, 342, 383; II, 152, III, 67; VI, 297, VIII, 147.

Charles IX, IX, 108.

Charles X, IV, 226.

Charles Edmond, I, 240, 245, 276, 303; II, 7, 95, 247; III, 174, 291, 338;
  IV, 11, 50, 86, 142, 185, 263, 264, 275; V, 190, 192, 217;
  VI, 241; VII, 154.

Charles-Edmond (Mme), IV, 142, 263; VII, 267.

Charles (Mme), V, 337; VI, 311.

Charles de Lorraine et de Bar (Le duc), VII, 301.

Charlemagne (Le gnral), VIII, 172

Charlemont, VIII, 8, 98.

Charlotte (Miss), I, 250.

Charpentier (Alexandre), IX, 232, 258.

Charpentier (Armand), IX, 341.

Charpentier, graveur du XVIIIe sicle, IX, 276.

Charpentier, II, 223; V, 318, 320, 321, 340; VI, 23, 42, 76, 109, 123,
  135, 141, 150, 153, 177, 196, 209, 255, 308; VII, 79, 85, 292, 294, 308.

Charpentier (Georges), IX, 131.

Charpentier (Georgette), VII, 301.

Charpentier (Jane), IX, 185.

Charpentier (Les), VII, 5, 36, 38, 79, 80, 105, 169, 178, 252, 302;
  VIII, 63, 65, 215, 256; IX, 9, 14, 57, 185, 201, 224, 308, 324.

Charpentier (Mme), V, 309, 340; VI. 7, 12, 27, 141, 150, 153, 196,
  209, 249; VII, 86, 94.

Charpentier mre (Mme), VI, 249.

Charpentier (Paul), IX, 352.

Charrier (Mme), I, 146.

Chartres (Le duc de), VIII, 120.

Charvet, VI, 237.

Chassagnon, III, 277.

Chassriau, II, 15; VII, 109.

Chasles (Philarte), V, 342.

Chateaubriand, II, 189; III, 9, 71, 72, 104, 198, 273, 332, 358;
  IV, 168; V, 263; VI, 91, 116; VII, 143, 158, 282; VIII, 284;
  IX, 117, 137, 169.

Chateauroux (Duchesse de), I, 292.

Chatrian, IV, 216.

Chauchard (Le gnral), V, 148. 161.

Chaudellier, I, 347, 348.

Chaudon, IX, 253.

Chauton, III, 236.

Chavannes (Puvis de), IX, 319.

Chret, VIII, 8, 144, 145.

Chret (Jules), VII, 242; IX, 288.

Chret (Joseph), IX, 290.

Chnier (Andr), VIII, 200.

Chelles, VI, 128, 133; VII, 15, 23.

Chenu, IV, 282.

Chenavard, III, 120, 121; IV, 53, V, 83; VIII, 162.

Chennevires, IV, 18, 90, 111.

Chennevires (Mme), V, 113.

Cherbuliez, V, 326.

Chesneau, II, 82, 285; III, 294.

Cheuvreux-Aubertot, III, 145.

Cheuvreux (Mme), II, 81.

Chevet, IV, 96;  V, 216.

Chevalier (Philippe), IV, 197.

Chevalier, IV, 255.

Chevreul, VII, 33.

Cheylus, VII, 224.

Child (Thodore), VI, 159.

Choiseul, II, 81.

Chollet, II, 158.

Chopin, I, 146; VIII, 90.

Chrysippe d'Alabanda, VIII, 267.

Cialdini, VI, 12.

Ciceri (Eugne), V, 22.

Cicron, IX, 35.

Cimabrie, I, 262.

Circourt (Mme de), II, 147.

Civry, VII, 280.

Cladel, VI, 280; IX, 57, 127.

Clairin, IX, 166.

Clairville, I, 4; II, 141.

Claye (L'imprimeur), V, 184, 223.

Claretie (Jules), VII, 303; VIII, 37; IX, 198, 312.

Claretie (Mme), VI, 333.

Claude Bernard, II, 244; VI, 15.

Claudin, I, 296, 330, 331, 333, 392; II, 51, 52, 97; V; 293.

Clemenceau (Georges), IX, 262, 263, 312, 321, 324.

Clemenceau, VI, 241; VII, 246.

Clment, marchand d'estampes, V, 213.

Clment de Ris, IV, 113.

Clment-Thomas, IV, 230.

Clrambaud (Mme), IX, 155, 156.

Clermont-Tonnerre, I, 266.

Clsinger, II, 191.

Clodion, I, 150, 243; III, 135, 226; VII, 131; IX, 290.

Clotilde de Surville, VIII, 44.

Clucard, I, 67.

Cobourg, IV, 43.

Cochin, I, 173.

Cognard, II, 141.

Cogniard, VIII, 103.

Colbert, IX, 208.

Colardez, I, 203, 323, 327; VI, 24.

Colet (Mme de), II, 7.

Colet (Mme Louise), I, 303; IV, 56.

Colonel (Cristophe), III, 84.

Colonna (La princesse), II, 150.

Colombey, VII, 273, 305, 306; IX, 89, 318.

Collin (Raphal), IX, 286.

Copia, VII, 51.

Cond (Les), II, 59.

Comantre (Baronne de), IX, 285.

Comte (Auguste), VI, 90, 91.

Chomel, IX, 258.

Commanville (Mme), VI, 113; VII, 35, 184; IX, 142, 275.

Condorcet, II, 212.

Confucius, II, 134.

Conquet, VIII, 218.

Constable, VIII, 120, 124.

Constantin (Le grand-duc), VI, 167.

Constantin (Le prince), I, 215.

Constans, VIII, 215; IX, 29.

Conti (Les), II, 59.

Coppe (Franois), VII, 169; VIII, 6, 256, 257; IX, 4, 5, 55, 56, 175,
  199, 286, 312, 315, 374.

Coppe (Mlle), IX, 56.

Coquelin (l'an), V, 310; VI, 150, 193, 302.

Coquelin, III, 197.

Coquereau (L'abb), II, 283; V, 155.

Corcelet, IV, 152.

Corday (Charlotte), IX, 141.

Cordier, VII, 156.

Corneille, I, 31; V, 184; VI, 114, 158; VIII, 238.

Corneille (Thomas), I, 306.

Cornu (Mme), I, 209.

Corot, I, 102; III, 154; VII, 156; VIII, 162, 163, 289;
  IX, 35, 36, 49, 60, 258.

Corrge, I, 262; VIII, 64.

Cottin (Mme), VIII, 31.

Couchaud, IV, 338.

Courbet, II, 204.

Courboin, IX, 287.

Courmont (Alphonse de), V, 7; VII, 238.

Courmont (Mme de), VI, 343.

Courmont (M. et Mme de), III, 321.

Courmont (Mlle de), I, 163.

Courmont (Armand de), VII, 66, 294.

Courmont (Cornlie de), II, 3, 143; IV, 73.

Courmont (Nephtalie de), IX, 21, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72.

Courmont (Raoul de), VII, 294.

Courmont (M. Jules de), I, 39; II, 210, 229; VII, 294.

Courmont (Philippe de), I, 96; IV, 332, 333.

Courasse, IV, 262.

Courbet, III, 164; IV, 267; VI, 19; VIII, 64; IX, 13.

Courcel, VII, 175.

Courteline, IX, 190.

Courtois (Adle), I, 190, 192, 331.

Cousin, II, 110, 150; IV, 167; VIII, 170.

Cousin (Victor), III, 176; V, 241, 242.

Cousinot (Mlle), IV, 351.

Couston, II, 29.

Couture, VII, 69; IX, 17, 60.

Coypel, VII, 221.

Coysevox, VII, 188.

Cranach, II, 29; IX, 44.

Cratinus, V, 24.

Crayer, V, 83.

Crbillon pre, IX, 186.

Crbillon fils, III, 216.

Crmieux (Hector), II, 101; V, 257, 258.

Crmieux, I, 299; IV, 122, 214, 215; VIII, 143.

Crqui (Le duc de), IX, 207.

Crespin, VII, 244.

Croizette (Mlle), VI, 149.

Cros, V, 70.

Cros (Les), VI, 178.

Crosnier (Mme), VII, 273, 309, 314; VIII, 222, 223.

Crozat, I, 294; VIII, 119.

Cubires (De), II, 85.

Curel (Franois de), IX, 318.

Curmer, I, 67.

Curtius, VII, 49.

Cuvillier-Fleury, I, 389.

Cuvier, VIII, 97.


D

Dalloz, III, 60, 258; V, 239, 240, 243.

Dalou, VII, 123.

Daly Csar, VI, 88.

Damas-Huiard, I, 231.

Dampierre, IV, 151.

Dardoise (Mme), VIII, 76, 165.

Darius, VIII, 212.

Darras, IX, 218.

Darthonay, I, 97.

Daru, II, 80.

Darwin, VI, 116.

Darzens, IX, 323.

Daubigny, VII, 156; V; VIII, 20; IX, 49.

Daudet (Les), VII, 5, 6, 7, 19, 20, 21, 36, 38, 53, 55, 56, 83, 146, 151,
  152, 176, 195, 196, 253, 254, 258, 262, 302, 313; VIII, 5, 7, 21, 180,
  186, 209, 221, 256, 288; IX, 3, 4, 11, 82, 169, 175, 185, 201, 224, 230,
  264, 266, 331, 333, 353, 354, 370, 371, 372.

Daudet (Alphonse), V, 76, 109, 110, 118, 123, 126, 146, 196, 197, 201, 251,
  254, 255, 256, 259, 277, 318, 341, 342, 345; VI, 4, 9, 10, 23, 24, 27,
  57, 78, 101, 102, 103, 109, 110, 115, 128, 140, 150, 153, 165, 166, 177,
  181, 184, 185, 193, 196, 204, 209, 220, 224, 228, 230, 235, 246, 256,
  257, 260, 261, 267, 268, 269, 270, 277, 279, 280, 282, 285, 290, 292,
  293, 299, 301, 303, 305, 309, 317, 318, 320, 335, 341; VII, 9, 25, 29,
  32, 33, 34, 35, 39, 43, 44, 47, 52, 56, 57, 58, 59, 60, 63, 65, 69, 71,
  73, 74, 76, 78, 79, 80, 81, 85, 87, 92, 93, 94, 95, 96, 113, 116, 117,
  118, 126, 127, 128, 132, 133, 134, 135, 143, 177, 178, 179, 185, 189,
  192, 202, 203, 204, 205, 207, 212, 213, 214, 218, 223, 226, 234, 237,
  261, 262, 269, 270, 271, 272, 273, 281, 282, 284, 285, 286, 292, 293,
  295, 297, 298, 299, 300, 309, 314, 316, 324, 328; VIII, 15, 22, 23, 30,
  39, 41, 47, 59, 60, 72, 74, 77, 78, 90, 93, 97, 101, 102, 123, 126, 127,
  129, 149, 164, 165, 184, 188, 189, 197, 198, 199, 201, 208, 212, 215,
  225, 227, 228, 229, 235, 238, 240, 241, 242, 259, 260, 261, 275, 276,
  277, 278, 280, 284, 289, 290; IX, 5, 8, 9, 13, 55, 57, 59, 61, 80, 97,
  100, 104, 110, 111, 112, 117, 121, 123, 127, 143, 144, 146, 148, 149,
  154, 172, 180, 181, 193, 200, 217, 219, 224, 225, 228, 242, 265, 268,
  275, 286, 292, 306, 308, 309, 312, 314, 315, 317, 322, 324, 327, 341,
  351, 356, 370.

Daudet (Mme Alphonse), V, 124, 126, 127, 173, 176, 251, 254, 318, 341, 345,
  346; VI, 23, 24, 27, 57, 80, 132, 140, 150, 165, 175, 177, 181, 196, 204,
  209, 261, 267, 270, 277, 279, 282, 285, 335, 338; VII, 11, 36, 37, 38,
  53, 57, 67, 86, 134, 135, 143, 145, 150, 153, 166, 180, 188, 189, 201,
  270, 281, 283, 302, 314; VIII, 21, 24, 25, 27, 41, 279; IX, 9, 82, 87,
  145, 185, 209, 352, 354, 355.

Daudet (Edme), VII, 134, 135, 205; VIII, 163; IX, 155, 185.

Daudet (Ernest), VII. 91; VIII, 210.

Daudet (Lon). VI, 227, 262, 337; VII, 4, 226, 286, 303, 314, 327;
  VIII, 41, 53, 96, 148, 161, 166, 209, 241, 248, 257, 262, 286;
  IX, 28, 42, 144, 149, 150, 170, 171, 179, 202, 224, 225, 260, 299, 315,
  323, 326, 349.

Daudet (Lucien), VI, 208, 339; VII, 33, 52, 196, IX, 315, 323.

Dauloux, VIII, 119.

Daumier, I, 55, 158; II, 252; III, 194; VI, 20; VII, 260; IX, 156, 257.

Danremont, II, 60.

Dante, II, 183, 200; IV, 341.

Danton, VIII, 156.

David, VIII, 71.

David (Louis), VII, 48.

Dayot (les) VIII, 63, 65.

Debraux, III, 110.

Debry,  VII, 23.

Deburau, III, 210.

Decaisne, IX, 137.

Decamps, I, 235, 383; II, 191.

Decan, IX, 35, 36.

Decazes (Le duc), V, 190, 206, 297; VI, 280.

Decker (Le cramiste), V, 153.

Deffant (Mme du), II, 164; V. 343.

Degas, V, III, 112; VI, 22, 75, 197; IX, 201.

Deflorenne, IX, 42.

Delaage, I, 32.

Delaborde (Jules), I, 38.

Delacroix, VI, 270.

Delacroix (Eugne), II, 15, 64, 141, 181; V, 88, 126; VII, 24, 25, 123,
  156; VIII, 71, 147; IX, 17, 137, 143, 270, 375.

Delair, VII, 193, 278.

Delaroche, VII, 25; IX, 137.

Delaroche (Paul), I, 197.

Delaroque (Le libraire), IX, 199.

Delavigne (Casimir), I, 309: III, 8l.

Deltre, VIII, 20.

Delaunay, II, 266, 291, 292, 299, 301, 304, 312, 313, 317, 321; III, 197;
  V, 150; VII, 43; VIII, 31.

Delcluse, I, 133, 134, 157.

Delessart, VI, 134.

Delescluze, VIII, 277.

Delessart (Les), VIII, 24.

Delezy, IX, 83.

Delezy (Mme), IX, 83.

Delisle, III, 145.

Delpit (Albert), VI, 261, 262; VII, 63, 64, 220.

Delzant (Alidor), VIII, 156; IX, 114, 115, 124, 173.

Demarne, II, 59.

Demarquay, V, 107, 108.

Demarsay (Mme), IX, 227.

Dembinski, I, 235.

Demetria, VIII, 269.

Demoget, IX, 250.

Denam (Mlle), IX, 124.

Demidoff, VI, 201.

Demidoff (Le prince), III, 74, 76.

Dennery, I, 298; II, 13, 101, 141; III, 231.

Denis (hipparque des hommes), VIII, 268.

Denon, VII, 156; IX, 375.

Dentu pre, IX, 375.

Dentu, I, 159; VI, 305.

Denys d'Halicarnasse, I, 251.

Derenbourg, VII, 318; VIII, 26.

Droulde, V, 184; IX, 318.

Desbarolles, II, 174, 175.

Desbordes (Valmore Mme), IX, 98, 198, 336.

Desboutin (V.), 177, 178, 179, 180.

Descartes, VIII, 284.

Descaves, IX, 123, 176, 297, 343, 371.

Descaves (Lucien), VII, 206; VIII, 107, 140, 142.

Desgranges (Mme), II, 21.

Deshayes, I, 24, 105; VII, 222.

Deslandes, VI, 279.

Deslions (Anna), I, 176, 190, 191, 192; II, 19, 20, 21, 36, 250; III, 33.

Desmaze, V, 54.

Desoye (Mme), V, 198, 199.

Desprs, VII, 182.

Desprez, 10, 89.

Destailleurs, V, 281.

Detaille, VIII, 138; IX, 14.

Deulinger, V, 63.

Devria, I, 234; II, 15, 167; III, 167.

Deveria (Achille), IX, 375.

Devonshire (Le duc de), V, 21.

Devosge, I, 15.

Dharma, IX, 30.

Diaz, IV, 294; V, 310, 311; VI, 119; IX, 17, 60.

Dickens, II, 97; IX, 300.

Diderot, I, 234, 292; III, 44, 220; VI, 19, 67; VII, 108, 282; VIII, 108;
  IX, 42.

Didier (Rosa), II, 317, 320.

Didot (Firmin), VII, 145.

Didot (Les), IX, 277.

Dieudonn, VI, 277, 278, 279.

Dieulafoy, VI, 198, 235.

Dieulafoy (Le Dr), VIII, 35, 56.

Dieux (Mme), VII, 19.

Diez (Les), IX, 161.

Dinah, I, 298; VI, 226, 325.

Dinah (Flix), II, 300; VI, 180.

Dino (La duchesse), VIII, 158.

Dinochau, I, 126, 127; VII, 256.

Dinochau (fils), VII, 256, 257.

Dinochau (Mme), VII, 256, 257.

Divine, IV, 367.

Doche (Mme), I, 149, 303.

Dodoche, II, 79, 87.

Doistan, IX, 83.

Dor, I, 339, 356; II, 100; V, 339; IX, 115.

Dor (Gustave), III, 61; VI, 108, 189, 243.

Dorian (Dora), IX, 181, 303, 326.

Dorval (Mme), II, 85; III, 72.

Dosne (Mme), V, 237.

Dostoveski, VII, 216, 279; VIII, 174, 259.

Double, I, 178.

Doucet, VII, 178.

Doucet (Camille), II, 304; VI, 78, 100; IX, 223.

Doucet (Le couturier), IX, 63.

Doucet (Lucien), IX, 103, 289.

Doumerc, V, 289.

Dreyfus, IX, 297.

Drouet (Mme), V, 266, 267.

Drouyn de Lhuys, II, 148.

Du Barry (Mme), VI, 123, 124; VII, 234.

Dubois, V, 220.

Dubois (De l'Estang), V, 146.

Dubois (L'accoucheur), II, 227.

Dubreuilh, VIII, 283.

Dubuisson (La), VI, 163.

Du Camp, III, 131, 132.

Du Camp (Maxime), IX, 200.

Duchesse de Russie (La Grande), III, 52.

Duclay (Me Virginie), I, 299.

Ducrot, IV, 149.

Duez, IX, 203.

Dufaure, IV, 283, 346; V, 162, 295, 296.

Dufour (Mme), II, 218.

Duflos, IX, 89, 90, 91, 93.

Dulac (Le Pre), VIII, 77.

Dumaine, V, 90.

Dumas (Adolphe), IX, 291, 293.

Dumas fils, I, 113; II, 144, 326; III, 69, 108, 207, 208, 295;
  IV, 316; V, 69, 75, 108, 183, 181, 185, 186, 249, 259; VI, 240, 329, 330;
  VII, 173, 320; VIII, 152; IX, 60, 165, 373, 374.

Dumas (Jeannine), V, 184.

Dumas (L'industriel), IV, 190.

Dumas (pre), II, 101, 246; III, 23; IV, 155, 156; V, 243; VI, 276;
  VIII, 230, 231; IX, 60, 375.

Dumeney, VII, 34, 150, 273, 287, 304, 305, 315, 316; VIII, 222.

Dumeny, IX, 119, 281.

Dumersan, VI, 61.

Du Mesnil, IV, 24, 27, 158, 204, 206; VI, 240.

Dumineray, I, 19.

Drumont, VI, 241.

Dumont (douard), VII, 35, 36, 48, 101, 121, 126, 127, 128, 129, 184, 212,
  214, 282, 283, 299; VIII, 75, 76, 77, 78, 148, 154; IX, 316.

Dumoulin (Le peintre), VIII, 108.

Dumanoir, I, 4.

Dunant, II, 121.

Dupanloup, V, 230.

Duperr, VIII, 188.

Dupin, I, 245.

Duplessis (Georges), IV, 202.

Dupont (Henriquel), IX, 375.

Dupont de l'Eure, VI, 208.

Dupray, VI, 70.

Dupr (Jules), III, 57; IX, 49.

Dupr (Victor), VIII, 162, 163.

Dupuis, VII, 153.

Dupuis (Charles), VII, 18.

Dupuytren, VII, i82.

Duran (Carolus), VI, 75, 196.

Durand, VIII, 103.

Durand-Ruel, VI, 190; IX, 328.

Durand (Jacques), IV, 294.

Duret, IX, 220.

Duret (Thodore), VIII, 190.

Duruy, II, 126; III, 228.

Duruy (Albert), VII, 126, 127.

Dusantoy, II, 23.

Duse (La), IX, 264.

Dussieux, I, 131.

Duth, I, 156.

Dutillard, I, 84.

Dutillard (Mme), I, 84.

Duval, VII, 171.

Duval (Amaury), II, 274.

Duval (Raoul), VI, 319.

Duvert, I, 149.


E

Ebner, VI, 260, 261; IX, 117.

Eckermann, IX, 59.

Edmond, I, 151.

Edouard, I, 285.

Edouard (VI), IV, 212.

Edwards, I, 184.

Eggis, I, 32.

Eisen, VI, 336.

Eisen pre, IX, 310.

Elisa, I, 231.

Elisabeth (Sainte), II, 108.

Enault (Louis), I, 32.

Ennery (D'), VII, 106, 321; VIII, 19.

Emile, VII, 20, 318.

Ephrussi, VII, 238.

Ephrussi (Charles), VII, 43.

Erckman, VI, 216; VII, 297; IX, 130.

Erdan, V, 207, 208.

Eschyle, IX, 170.

Esperanza, VI, 245.

Espinasse, V, 5, 6.

Espinosa, I, 116.

Esther, IV, 235.

Eudes (Le gnral), IX, 202.

Eugnie (L'impratrice), II, 295; IV, 13, 14, 336, 338, 357; V, 15, 38.

Evans, VIII, 167.

Evergete (II), VIII, 268.

Eyraud, IX, 148.

Ezchiel, IV, 268.


F

Falloux, II, 65.

Farcy (La) II, 9.

Fasquelle. VII, 261; IX, 307, 308, 352.

Fattet, IV, 356.

Faustin (M.), IX, 130, 131.

Faustin, V, 29.

Favart (Mme), VII, 23, 29.

Favre (Jules), IV, 203, 221; V, 5. 59, 67.

Febvre, VII, 303.

Flix (Le Pere), IX, 292.

Flix (Mme), I, 298.

Fenayrou, VI, 210.

Fnelon, VIII, 284.

Fnon, IX, 226.

Fenimore Cooper, VIII, 81.

Ferogio, II, 15.

Ferraris (Mlle), II, 92.

Ferri-Pisani, IV, 48; V, 218, 219.

Ferry (Gabriel), VII. 199.

Ferry (Jules), IV, 86, 187; V, 5; VII, 224.

Fervacques, V, 285, 286.

Feuillet (Octave), I, 314, 331; II, 150; III, 99; V, 62, 325; VI, 11;
  VIII, 64, 233.

Feuillet de Conches, I, 133, 14l.

Fval (Paul), II, 168,

Feydeau, I, 164, 177, 178; II, 187; V, 93.

Feydeau (Mme), I, 312; III, 159, 293.

Feydeau (Ernest), III, 158, 159, 292, 296, 315.

Fichel, VII, 146.

Fichet, VII, 244.

Fieschi, I, 84.

Finot (Jean), IX, 327, 354.

Fiocre (La danseuse), IX; 227.

Fioupon, I, 124.

Fiorentino, I, 210, 297.

Firon, III, 283, 284, 285, 286, 287.

Fitz-James, (le comte de), III, 302.

Flammarion, I, 321.

Flammarion (Camille), IX, 154, 155, 359.

Flaubert, I, 164, 168, 177, 178, 259, 260, 275, 303, 304, 305, 306, 308,
  309, 313, 314, 320, 321, 330, 332, 334, 349, 358, 366, 367, 372, 373,
  391, 392; II, 7, 8, 14, 16, 23, 24, 31, 80, 82, 84, 85, 86, 90, 91, 94,
  96, 105, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 166, 167, 177, 250, 267, 269, 271,
  285, 293, 325; III, 6, 13, 2l, 30, 32, 50, 51, 52, 81, 82, 105, 156, 224,
  226, 247, 248, 255, 261, 272, 293, 301; IV, 16, 167, 333, 352, 354;
  V, 10, 16, 23, 25, 29, 48, 49, 50, 74, 76, 79, 99, 100, 101, 107, 108,
  109, 116, 117, 118, 146, 150, 163, 173, 186, 188, 189, 197, 200, 202,
  203, 251, 259, 265, 267, 275, 277, 278, 287, 288, 312, 314, 316, 329;
  VI, 4, 8, 10, 11, 23, 33, 35, 36, 62, 74, 76, 78, 85, 109, 110, 113, 114,
  141, 289, 301, 345; VII, 10, 11, 34, 35, 133, 139, 140, 158, 161, 166,
  167, 168, 175, 216, 234, 245, 322; VIII, 39, 46, 47, 53, 180, 181, 182,
  183, 184, 185, 186, 259, 274; IX, 14, 57, 225, 276, 303.

Flaubert (Le chirurgien), 315.

Flchelle, III, 133.

Fleuret, VI, 205.

Fleury (Le Dr), I, 213; VII, 133.

Fleury (Le gnral), II, 114; III, 223; IX, 43.

Fleury (Maurice de), VII, 202, 241.

Fleury (Marie Coup de Sabre), IX, 90.

Fleury (Mlle), VIII, 192.

Floquet, VI, 241; VII, 105, 154; VIII, 215.

Flore, IX, 71.

Floreska, I, 82.

Florian, II, 70.

Flourens, III, 58; IV, 105.

Fly (Mme de), II, 71, 285.

Fo (Daniel de), IX, 198.

Foissey, I, 205.

Follin (Le Dr), I, 349.

Fontanes (De), VI, 6.

Fontenelle, III, 175.

Forain, IV, 149, 178, 190, 197, 230; VIII, 144; IX, 6, 7, 40, 41, 233,
  287, 308.

Forain (Les), IX, 40, 138.

Forain (Mme), IX, 10.

Forbin-Janson, II, 81.

Forgues, I, 32.

Forgues (mile), III, 89.

Fortuny, V, 202.

Foss d'Arcosse, I, 131, 132.

Fould, I, 277.

Fouquet, III, 28.

Fourcand, VI, 299, 300.

Fournier (douard), II, 68, 174.

Fournier (Marc), I, 299; II, 9, 91, 92, 93, 116, 117, 251.

Foyot, VII, 179.

Fragonard, I, 157, 273, 292; II, 152, 212, 244, 254; VIII, 272; IX, 274,
  278, 279.

Fragonard (Honor), VII, 244.

Franais, I, 356: IX, 36, 37.

France, II, 5, 317.

France (Anatole), VII, 170; IX, 352, 353.

France (Le libraire), III, 100.

Franklin, III, 143.

Frantz (Jourdain), VII, 38, 237, 305; VIII, 59; IX, 38, 185, 201, 218,
  248, 263, 268, 288, 309, 313, 316, 317, 324.

Frantz Jourdain (Les), IX, 298.

Franchetti, IV, 199.

Franck, II, 330; VI, 255.

Franck (de l'Institut), III, 312.

Franconi (Mme), II, 142.

Fraudin, VI, 94.

Fraville (M. de), VIII, 88.

Fredegaire, IX, 116.

Frdric (Le Grand), III, 302.

Frmont (Le Dr), IX, 128.

Fremiet, II, 250; VI, 84.

Frron, III, 57.

Freudeberg, I, 239; II, 129.

Freycinet (De), V, 273, 274; VI, 277; VII, 175; VIII, 75.

Froehner, III, 67.

Fromentin, II, 110, 275: IV, 65; V,  191, 192, 193, 243, 253, 256, 287,
  292, 300; VI, 184, 318, 340.

Frontin, IV, 121; V, 43.

Frontin (Le limonadier), V, 84.

Fuller (Loe), IX, 172, 247.

Furetire, IX, 101.


G

Gaboriau, VI, 184.

Gabrielle d'Estres, VIII, 198.

Gabrielle (La princesse), III, 94.

Gabrielli (Le prince), III, 162.

Gagneur, IV, 68.

Gaiffe, I, 32, 65, 66, 163; II, 21, 161, 162.

Gainsborough, IX, 52.

Gakuter, VIII, 216, 217.

Galbois (La baronne de), V, l49, 181, 182; VI, 55; IX, 39.

Gallaud, V, 112.

Gall (de Nancy), IX, 318.

Galles (Le prince de), VI, 122; VII, 257; IX, 305.

Galetti, I, 24; VII, 256.

Galiani, I, 295; II, 205.

Galichon, III, 265.

Galliera (Duchesse de), III, 270.

Galiffet, I, 299.

Gallimard (Paul), VII, 305.

Gallimard, VIII, 59, 61, 62, 100, 159, 190, 218; IX, 53, 288.

Gamache, IV, 93.

Gamahut, VIII, 198.

Gambetta, IV, 27, 86, 151, 235; V, 93, 94, 236, 237, 238, 309, 310, 333,
  334, 342; VI, 7, 8, 41, 58, 124, 159, 166, 175, 188, 189, 193, 194,
  208, 235, 238, 240, 247, 280, 281; VII, 32, 42, 136, 204; VIII, 71, 91;
  IX, 29.

Gamboun, VIII, 208.

Ganneau (Mme), II, 267.

Garibaldi, II, 53; IV, 151; V, 108.

Garnier, VI, 277.

Gaspard de Pons, II, 147.

Gatayes, I, 32.

Gauchez, VI, 182.

Gandara (M. de la), IX, 192, 219, 264, 288.

Gandara (Mme de la), IX, 192.

Ganderax, VII, 63, 64, 65, 180.

Ganderax (Mme), IX, 105.

Ganderax (Louis), IX, 13.

Gauhou, IX, 170.

Gautier (Thophile), I, 164, 168, 170, 171, 177, 181, 184, 330, 331, 332,
  333, 334, 363; II, 9, 11, 12, 13, 15, 21, 24, 50, 51, 52, 53, 54, 111,
  113, 114, 120, 121, 123, 124, 125, 130, 131, 133, 134, 135, 141, 144,
  146, 148, 149, 150, 160, 165, 184, 190, 191, 192, 196, 210, 266, 267;
  III, 9, 43, 44, 55, 56, 99, 128, 133, 167, 192, 200, 205, 219, 220, 221,
  226, 240, 243, 244, 248, 261, 274, 294, 295, 361; IV, 7, 14, 95, 96, 97,
  106, 111, 154, 156, 217, 218, 219, 345, 353; V, 12, 16, 23, 24, 26, 28,
  39, 40, 51, 52, 54, 68, 69, 321; VI, 33, 217, 281, 318; VII, 38, 139;
  VIII, 103; IX, 14, 93, 114, 379.

Gautier (Estelle), II, 54; III, 55; V, 40.

Gautier (Judith), II, 54; III, 200, 201; V, 12, 32, 100, 101; IX, 73.

Gauthier (Mme) fils, 151.

Gauthier, (fils), II, 54; III, 294; V, 97, 115, 288.

Gavarni, I, 16, 19, 21, 22, 25, 28, 47, 67, 71, 72, 82, 83, 84, 124, 127,
  128, 138, 147, 157, 158, 179, 195, 196, 235, 259, 261, 268, 270, 282,
  310, 311, 325, 347, 348, 387; II, 61, 64, 66, 67, 71, 81, 91, 104, 126,
  128, 130, 139, 151, 192, 223, 262, 316, 319; III, 3, 33, 41, 54, 55, 72,
  87, 94, 107, 190, 237, 249, 267, 268, 317, 323, 327, 354, 359; IV, 13,
  57, 76, 102, 143, 211, 226, 285; V, 27, 48, 78, 82, 83, 85, 198, 254;
  VI, 24, 116, 125, 281; VII, 24, 38, 92, 259, 260, 304; VIII, 119;
  IX, 6, 14, 77, 274, 276, 281, 282, 283.

Gavarni (Jean), I, 195; VI, 303; VIII, 135.

Gavarni (Pierre), I, 47; III, 89, 189, 237; IV, 48; V, 81, 122, 164, 253;
  VI, 82, 281, 316; VII, 162, 260, 263; VIII, 68, 248; IX, 35, 214, 339.

Gavarret (Mme), VI, 298.

Gavarret, VIII, 156, 157, 158.

Gayda (Joseph), VII, 8, 9.

Gay-Lussac, IX, 26.

Geffroy (Gustave), VII, 38, 59, 60, 61, 62, 176, 203, 207, 228, 233, 305;
  VIII, 38, 59, 61, 100, 142, 166, 202.

Geoffrin (Mme), I, 261.

Geoffroy, VI, 8; IX, 44, 128, 172, 248, 249, 262, 264, 268, 287, 298, 306,
  312, 313, 343.

Georgel, I, 215.

Georges, VI, 23.

Georges (Mlle), II, 94.

Gerdes, I, 3.

Gerdy, I, 255.

Gricault, I, 326.

Gerlach, I, 343, 344.

Germain, III, 322.

Germiny (De), V, 335.

Germe, V, 201; VI, 143; IX, 227.

Genlis (Mme de), I, 389; II, 112.

Gentien, VII, 131.

Gibbon, V, 290.

Gibert, VII, 94, 151; VIII, 8, 94; IX, 113.

Gibert (Mne), VII, 243, 244.

Gigoux, IX, 375.

Gika (Le md. de perles), III, 78.

Gill (Andr), VII, 226.

Gille, VI, 116.

Gille (Philippe), VII, 203, 273; VIII, 153, 154; IX, 135, 318.

Gillet, IV, 92.

Gillot, VI, 63; IX, 109.

Gilly (Numa), VIII, 40.

Gil-Peres, I, 331.

Ginette, I, 107, 108.

Girard, VI, 291.

Girardin, I, 83.

Girardin (mile de), II, 20, 114, 149, 156, 180, 234, 282, 307; III, 36,
  82, 216, 255, 261; IV, 291; V, 298; VI, 5, 59, 116, 247, 281, 330.

Girardin (Mme), V, 39; VI, 167.

Giraud (Charles), III, 94, 168.

Giraud (de l'Institut), II, 252, 260; III, 175, 248.

Giraud (Eugne), II, 78, 100, 180, 282, 283, 284, 286, 287, 316, 329;
  III, 94, 168, 222, 225, 286; IV, 353; V, 108, 109, 115, 147, 148, 149,
  155, 165, 166, 280; IX, 227.

Giraud (fils), II, 282.

Giraud (Le mnage Eugne), III, 74.

Girennerie (De la), VII, 192.

Gisette, I, 298; II, 100.

Gladstone, VI, 281.

Gleyre, I, 372.

Godard, IX, 360.

Goethe, II, 31; IV, 355; V, 43; VII, 297; VIII, 199; IX, 59, 179.

Gogol, VII, 277.

Goguet, III, 170, 175.

Goncourt (Ccile de), IX, 21, 22, 23, 24.

Goncourt (Charles de), IX, 19, 20, 21.

Goncourt (Edmond de), IX, 288, 300.

Gonetti (Mlle), III, 144.

Got, II, 266, 268, 269, 271, 294, 295, 296, 297, 299, 323, 324, 325;
  III, 197.

Goubaux, I, 113; III, 83; IV, 251; VI, 340; IX, 21.

Goubie, IV, 132.

Goudchaux, I, 212, 216.

Gounod, II, 13; VIl, 103, 197.

Goupil, IV, 208; VI, 263.

Gontaut-Biron (Le duc de), V, 228.

Goujon, II, 29.

Gouzien (Armand), VII, 313.

Goya, I, 352; II, 79, 117; III, 148, 165; VIII, 28, 54.

Grammont (Le marchal de), IX, 206, 207.

Grammont (La duchesse de), II, 164; VIII, 57.

Gramont-Caderousse, II, 30.

Grandville, I, 339.

Granet, I, 227.

Grange, I, 298.

Grant (Daniel), IX, 366.

Grassot, I, 299; VI, 116.

Gravelot, II, 192; VI, 29.

Greffulhe (La comtesse de), VII, 316; VIII, 214, 232, 253, 254;
  IX, 170, 195, 356.

Grgoire de Tours, IX, 116.

Grenier, VI, 41.

Greuze, VIII, 234; IX, 65.

Grenet-Dancourt, VIII, 133.

Grville (Les), VII, 203.

Grville (Mme), VIII, 135.

Grvy, VI, 100, 223, 258; VII, 134, 266, 267.

Grvy (Le prsident), VIII, 42.

Grivolas, VII, 69.

Gros, VII, 156.

Gros (Le baron), IX, 306.

Gros (Le peintre), IV, 86.

Grosclaude, VIII, 238.

Grosse-Tte, I, 375.

Grou-Grou, IV, 342.

Groult, VIII, 119, 120, 123, 263, 282; IX, 151.

Grousset (Pascal), VII, 118, 119.

Gruby, IX, 84, 85.

Gudin (Le peintre), IV, 88.

Gurard (Mme), IX, 167.

Guerchin, II, 244.

Guerlain, IX, 63.

Gurennire (De la), II, 330.

Gurin (Le peintre), IX, 137.

Gurin (Maurice de), I, 374; II, 106.

Guroult, II, 114.

Guesde, VII, 185.

Guesnin, IX, 25.

Guichard, II, 323; IV, 304, 306; VI, 87; IX, 257.

Guiches (Gustave), VII, 206.

Guichardot, V, 213.

Guillaume, VII, 248.

Guillaume (Eugne), IX, 290.

Guillaume II, VIII, 142.

Guillaume (L'empereur), III, 69.

Guillaume (Le roi), IV, 193, 213, 221, 226; VII, 175.

Guilbert de Pixrcourt, II, 13.

Guimard (La), VIII, 282; IX, 42, 83.

Guimont (Esther), VI, 59.

Guizot, II, 89, 110, 250; III, 270; V, 43, 242, 177; IX, 137.

Guiod, IV, 109.

Gungl, IX, 323.

Guimet, VIII, 251.

Guyard, II, 268, 296.

Guyon (Mme), V, 147, 151.

Guys, I, 235, 236; V, 78; IX, 156, 334.

Guys (Le dessinateur), IV, 357.

Guyot (Yves), VIII, 204.

Guyot de Lesparre (Le gnral), VII, 138.

Gyp (Comtesse de Martel), IX, 200, 376.


H

Hachette, II, 97.

Hadamard (Mme), VI, 314.

Haden (Seymour), IX, 274, 276.

Hading (Jeanne), VII, 91, 92, 93.

Hafner, I, 24, 92.

Hahn, IX, 177.

Halvy, V, 258.

Halvy (Fromental), IX, 155.

Halvy (Ludovic), I, 183, 184, 330.

Halvy (Ludovic Mme), IX, 57.

Hamel, VIII, 160.

Hanotaux, VIII, 286; IX, 29, 85.

Hamilcar, VIII, 162.

Hardy, VI, 341; VII, 212.

Harmand, II, 265.

Harpignies, VI, 14.

Harunobou, IX, 284.

Hase, III, 212; IX, 50, 51.

Hauska (Mme), VIII, 49.

Haussmann, III, 163; IV, 51.

Haussonville (D'), III, 270.

Haussonville (Le duc), V, 185.

Haussonville (Mme d'), V, 182.

Haussonville (fils D'), V, 190.

Havet, IX, 87, 91.

Haviland, IX, 109.

Havin, II, 114.

Hayashi, VI, 299, 346; VII, 27, 130, 197, 263, 264, 265; VIII, 78, 79, 216,
  229, 230, 287; IX, 34, 109, 329, 337, 353, 370.

Hayashi jeune, VIII, 171.

Hbert, III, 91, 162, 163, 171, 172; V, 157; VI, 4; VII, 174, 234.

Hbert (Ernest), II, 15, 180, 282, 284, 287, 288, 289; IX, 290.

Hbert (l'auteur du Pre-Duchesne), II, 276.

Hbrard, IV, 107, 205, 206; V, 282, 292, 317; VI, 166, 240, 294;
  VII, 9, 31, 32, 83.

Hd, IV, 189.

Hegel, II, 214.

Heilbuth, III, 158; V, 294; VI, 196.

Heine (Henri), I, 91, 123, 262, 333, 364; II, 91, 95, 96, 210, 221;
  III, 191, 192, 302; V, 214; VI, 145, 335; VII, 28, 285; IX, 84, 85.

Heineman, IX, 205.

Helleu, IX, 177, 188, 194, 195, 203, 301, 303, 304, 318, 328.

Helloco (Le), III.

Henkel (Le comte), IV, 357.

Hennequin (mile), VII, 119, 275; VIII, 64.

Henner, IX, 17.

Hennique, IX, 149, 152, 169, 268, 287, 298.

Hennique (Mme), IX, 9, 117.

Hennique (Lon), VIII, 8, 32, 144, 289.

Henri IV, III, 15; VII, 143.

Henri V, IV, 113, 232; V, 94, 142.

Henri (mile), IX, 224.

Herbette, I, 214.

Hercule (Mme), I, 347, 348.

Hrdia (Mlle de), IX, 367.

Hrdia (Jos-Maria de), VI, 111, 140, 206; VII, 48; IX, 112, 113,
  197, 215, 312, 314, 321.

Herfort pre, IX, 332.

Herfort (Le marquis d'), IX, 124, 180.

Hermann (Mlle), II, 254.

Hermant (Abel), VII, 183; VIII, 8, 65, 248; IX, 287.

Hermite (L'), IX, 203.

Hermon, VIII, 287.

Hrode, VIII, 131.

Hrouville (Le duc d'), V, 167.

Hertz, II, 148.

Hertz (Cornlius), VII, 144; IX, 108.

Hertford (Lord), III, 309.

Hervier, II, 11.

Hervieu, VII, 203, 233, 292; VIII, 242; IX, 287.

Hervilly (d'), IV, 196.

Herzen, II, 247, 248, 249; III, 77.

Hesse (La princesse), III, 76.

Hetzel, IV, 271; V, 38; VII, 115.

Hildebrand, III, 134; V, 22.

Hell, VII, 219.

Hirsch, VII, 128.

Hirsch (Le peintre), IV, 198.

Hirschner (Mlle), IX, 340.

Hobbma, VI, 270; IX, 49.

Hoffmann, II, 175; III, 302; VI, 63; VIII, 45.

Hoguet, V, 22.

Hokousa, VIII, 13, 79, 128, 168, 217; IX, 158, 272, 284, 329.

Holbach (Baron d'), II, 209.

Holbein, III, 162.

Holden, VI, 63.

Holins (Mme), IX, 357.

Holopherne, VI, 87.

Homre, II, 112, 113, 121, 185, 277, 280; III, 79, 80; IV, 241; V, 407,
  VI, 8.

Honor, I, 79.

Horace, III, 14.

Hortense (La reine), VIII, 252.

Horus, VIII, 268.

Hostein, III, 24, 230.

Houdetot (D'), IX, 22.

Houdin, VI, 103.

Houdon, III, 166, 268; VIII, 106, 254; IX, 227.

Houel, IV, 82.

Houssaye (Arsne), I, 7, 330; III, 190, 226; IV, 175, 357; V, 38, 207, 298.

Houssaye (Henry), VII, 139; IX, 368.

Hubert, IX, 160.

Hubert-Robert, I, 215; II, 274; IV, 91.

Huet, VIII, 19, 20.

Hugo, II, 12, 31, 32, 84, 90, 91, 109, 122, 123, 133, 134, 150, 151, 187,
  210, 318; V, 12, 31, 32, 33, 34, 35, 43, 47, 86, 87, 88, 89, 90, 199,
  239, 240, 241, 242, 243, 244, 245, 256, 266, 267, 268, 312; VII, 40, 41,
  124, 158, 170, 200, 214, 227, 267, 320; VIII, 103, 108, 161, 162, 172,
  200.

Hugo (Abel), V, 87.

Hugo (Charles), IV, 114, 229; VII, 263, 316; IX, 174.

Hugo (Franois), V, 81, 82, 89, 100.

Hugo (Georges), VII, 203, 316; VIII, 71, 278; IX, 181.

Hugo (Jeanne), V, 86, 88; VII, 303; VIII, 161, 209, 275; IX, 9, 146, 326.

Hugo (Mme Charles), V, 85, 240, 242, 267.

Hugo (Victor), I, 6, 26, 33, 69, 314, 377, 388; III, 21, 30, 44, 45, 56,
  58, 80, 81, 111, 115, 189, 220, 257, 273, 299; IV, 103, 114, 115, 116,
  121, 122, 154, 155, 229, 231, 357; VI, 59, 67, 91, 199, 201, 222, 223;
  IX, 13, 117, 150, 174, 275, 276, 332.

Houssaye (douard), I, 182.

Huot (des Vosges), VII, 26, 27.

Huret, VII, 244.

Huret (Jules), IX, 305.

Huysmans, V, 289; VI, 175, 192; VII, 5, 38, 40, 88, 114, 115, 289;
  VIII, 60, 104, 197, 198, 212, 219, 236, 254; IX, 118, 216, 286.

Hels, IX, 218, 265, 266.


I

Ibsen. VIII, 203, 235; IX, 105, 225, 348.

Imecourt (D'), II, 143; IX, 305.

Impratrice (L'), I, 231, 232.

Ingel, IX, 193.

Ingres, III, 7; VI, 87, 270, 296; VII, 24, 156; VIII, 212; IX, 47.

Invernizzi, VII, 258.

Isabey, V, 22; IX, 375.

Isae, IV, 236.

Isle (Le capitaine de l'), IX, 161.

Isnard, II, 72.

Ivry (Le baron d'), IX, 124, 125.


J

Jacottet, I, 121, 372.

Jacqmin, VI, 136.

Jacquemart (Le graveur), V, 40.

Jacquemart (Le sculpteur), V, 99.

Jacquemart (Mlle), V, 167.

Jacquemin (Mme), IX, 200.

Jacquemont, III, 276.

Jacques, I, 49, 50, 51; VIII, 12.

Jacquet (Le peintre), V, 231.

Jalabert, V, 147.

Janin, I, 3, 17, 25, 26, 41, 80, 90, 174, 249, 298, 299, 309, 311;
  II, 219, 322; V, 124; IX, 379.

Janinet, I, 273.

Janvier, VI, 58; VIII, 187, 192, 201; IX, 218.

Jarente de la Reynire (Suzanne), IX, 270.

Jaurguiberry (L'amiral), VII, 136.

Jeanne d'Arc, III, 249; IX, 310.

Jeanniot, VII, 51; IX, 174, 236, 287.

Jeanniot (Les), IX, 11.

Jenny, I, 107.

Jenkins (Mistress), II, 27.

Jrme (Le prince), III, 175.

Jsus, VIII, 132.

Jsus-Christ, II, 132, 134; III, 17, 143, 274; IX, 144, 173, 178, 224,
  225, 236, 237, 238.

Job, IV, 235.

Johannot (Tony), I, 101; VII, 10; IX, 130.

Joinville (Le duc de), V, 107.

Jollivet, V, 50.

Jollivet (Gaston), VII, 232.

Jonckind, IV, 286, 287; VI, 207; VIII, 289.

Jordaens, V, 268.

Jordans, VI, 19.

Joseph, VI, 287.

Joseph (II), II, 78.

Josphine (L'impratrice), VIII, 232.

Joubert, I, 392, 393; II, 189; III, 127; IX, 71.

Jouffrov, I, 393; VIII, 14.

Jou, VIII, 79.

Jourdain Frantz, VI, 267.

Jourdain (Mme Frantz), VI, 297.

Jourdan (Le marchal), V, 219.

Jourde, V, 261.

Jouvin, V, 258.

Juarez, II, 234.

Judicis (Les), I, 113.

Judith, IV, 235; VI, 87.

Julie, II, 164.

Julie (Mme Charles-Edmond), I, 240, 303.

Julienne (De), VII, 131.

Julienne (Mlle), IX, 282.

Juliette, I, 19, 191, 192.

Jully (Mme de), III, 49.

Justice, III, 269.


K

Kaemphen, VI, 346.

Kallemberg (Le mnage), V, 137.

Kalli Bey, VIII, 64.

Kaminsky (Halperine), VIII, 259.

Kano-Sokn, IX, 270.

Karr (Alphonse), I, 32, 34, 43, 45; III, 108.

Kaulbach, I, 311.

Kaunitz (Le comte de), III, 242.

Kant, I, 279; III, 275, 276.

Kelly, VII, 160.

Kerst, IX, 91.

Kenteux (Mme), VI, 156.

Kisseleff, III, 75.

Kistemackers, VI, 182.

Knaus, II, 279; IV, 69.

Koch (Le docteur), VIII, 186.

Kock (Paul de), I, 206, 207, 222, 331; II, 84, 312.

Koning, VIII, 102; IX, 5, 7, 61, 78,
  84, 86, 88, 89, 91, 92, 97.

Koning (Victor), VII, 56, 57, 93.

Korin, VI, 298; IX, 279.

Krupp, IV, 159.


L

Labat, I, 27.

La Beraudire (De), VI, 306.

Laberge, II, 37.

Labiche, II, 204, 326; V, 110; VI, 55.

Labille, I, 258.

Labille (Lonidas), IX, 77.

La Borde, VI, 14.

Labruyre, II, 16; IX, 381.

La Bruyre, I, 366, 393; IV, 168; VI, 67.

Lachaud, III, 285; V, 90, 270, 271, 274; VI, 68.

Lacordaire, II, 107.

Lacroix, III, 253.

Lacroix (Jules), IX, 332.

Lacroix (Paul), V, 198.

Ltitia, la mre de l'empereur, V, 115.

Ltitia (Mme), VII, 180.

Lafarge (Mme), VI, 68.

Lafayette (Calemard de), V, 98.

Laffitte, VI, 165.

Lafontaine, II, 300; IV, 104; VI, 57, 128; IX, 31, 32.

Lafontaine (Les), VIII, 129.

Lafontaine (Victoria), VIII, 129.

La Forge (Anatole de), VIII, 11.

Lagier, V, 79.

Lagier (Mlle), I, 307, 368.

Lagier (Suzanne), VII, 246; IX, 323.

Lalande, VIII, 97.

Lamartine, I, 133, 245, 390; II, 12, 63, 165; V, 38, 127, 290; VII, 42;
  VIII, 73; IX, 59, 137, 291, 314.

Lamballe (Princesse de), VI, 92; VII, 244; VIII, 24.

Lambert, VII, 43.

Lambert (pre), VII, 15.

Lambert (Le peintre), V, 339.

Lambert (fils), VII, 14.

Lambert-Thiboust, VI, 274.

Lambillotte (L'abb), IV, 5.

Lamennais, III, 217.

Lami (Eugne), II. 107.

Landolt, IX, 351.

Landseer, I, 251.

Lannelongue, VI, 239; VII, 182.

Laperlier, I, 242.

Lapierre, VIII, 180.

Laplace, VIII, 97.

Laporte, VII, 167.

Laprade (Victor de), I, 130.

Larchey (Loredan), VII, 162.

Larcy (de), IV, 346.

Largillire, I, 285.

Larochefoucauld (Le duc de), V, 42; VI, 211.

La Rochelle, V, 89. 90.

La Rounat, I, 304; VI, 205, 347.

Larousse, VII, 222; VIII, 10.

Larrey (Le baron), VI, 218; VIII, 230; IX, 42.

Larroumet, VIII, 160; IX, 186, 318, 372.

Lasalle (Le gnral), VI, 59.

Lasalle (Le colonel), VI, 59.

Lascaris, II, 132.

Lassailly, II, 133.

Latouche (Henri de), V, 198.

La Tour, II, 179; III, 67, 72; IV, 265, 296, 297; IX, 48, 124, 248.

Latour-Dumoulin, I, 37, 40, 48.

Laucire (La), V, 338.

Launai (Mlle de), II, 164.

Laurent, V, 206.

Laurent (Charles), VII, 126.

Lausac (L'abb de), V, 131.

Lausanne, I, 149.

Lauth fils, IX, 254.

Lavalle (Thophile), I, 132, 133.

La Valette, IV, 269.

Lavedan (Henri), IX, 318.

Laverdet, IV, 300.

Lavisse, VIII, 159.

Lavoisier, VIII, 97.

Lavoix, VI, 244, 266, 267; VIII, 170, 176.

Lavoix (Henri), III, 73; IX, 50, 51, 80.

Lawreince, I, 239; III, 103.

Lawrence, II, 269; III, 288.

Layrle (L'amiral), VIII, 121.

Le Barbier, I, 31, 45.

Le Bas, I, 261.

Lebiez, VII, 209.

Leblanc (Lonide), VI, 252, 344; VII, 12, 14, 22, 23, 33, 41.

Lebooeuf (Le gnral), VI, 85.

Leboucher, I, 81.

Lebrun, II, 65; III, 276; VII, 181.

Lecomte (Jules), I, 243, 244; II, 69.

Lecomte (Le gnral), IV, 230.

Lecomte (Georges), IX, 268, 326, 338.

Leconte de Lisle, VI, 5; VII, 189; IX, 79, 117, 127, 199, 223, 349.

Lecour, III, 43.

Lecouvreur (Adrienne), VI, 306; VII, 211.

Lecuir, III, 265.

Lecuyr, VII, 104.

Ledoyen, VI, 196, 257; VII, 36.

Ledru, IX, 225.

Ledru Rollin, IV, 105.

Lefebvre (Armand), I, 37, 48; II, 59, 205, 231.

Lefebvre (M. et Armand), III, 321.

Lefebvre de Behaine (Le comte), VI 3, 99, 285; VIII, 179, 199.

Lefebvre de Behaine (La comtesse), VI, 345.

Lefebvre de Behaine, III, 136, 137, 301, 342, 343.

Lefebvre de Behaine (Armand), VI, 303.

Lefebvre Desnouettes (Le gnral), I, 286.

Lefevre (La marchale), III, 170.

Lefvre (Georges), IX, 333, 370.

Lefilleul, VI, 175.

Le Fl, IV, 186.

Lefranais, IV, 295.

Lefuel, III, 218.

Legault (Mlle), VI, 278.

Legonidec, I, 130.

Legouv, IV, 92.

Legras (Nicolas), IX, 205.

Legros, VI, 229.

Lekain, III, 33.

Leleux (Adolphe), VI, 123.

Lelong (Le Pre), III, 11.

Lematre, IX, 201.

Lematre (Frdric), I, 213, 275, 318, 369; VI, 76, 197; VII, 145;
  VIII, 47, 103, 104.

Lematre (Jules), VII, 13, 233.

Lemerre, IX, 131.

Lemoine, VII, 102.

Lemonnier (Camille), VII, 5.

Lemoyne, I, 261.

Lemud, IV, 84.

Lenoir (Alfred), VIII, 105, 106, 128, 176, 232, 381.

Lenoir (Alfred), IX, 314.

Lenoir (Le lieutenant de police), IX, 312.

Lenoir (Elisabeth Mlle), I, 163.

Lenormand (Mlle), II, 247.

Lon, I, 91.

Lepeintre jeune, VIII, 103.

Lpine, V, 76.

Leroux (Hugues), VI, 299, IX, 97.

Leroux (Pierre), VI, 91.

Leroux (Mlle), VII, 290.

Leroy, I, 48, 52, 55.

Leroy (Mme), I, 49, 51.

Lescure (De), V, 184; IX, 50.

Lespinasse (Mme de), III, 94, 175.

Lesseps, II, 246.

Lessore, IV, 135.

Leuven (De), VI, 330.

Levassor, V, 166.

Levenjoul (De), VIII, 47, 48, 49.

Lvy, VII, 313.

Lvy (Michel), I, 121, 210.

Lia (Flix), I, 299, 300, 307.

Lichtemberg (Csse de), VI, 199.

Liesse (Henri), VI, 72.

Ligne (Le prince de), I, 295.

Lili, VI, 340.

Lionnet, (Les frres), I, 252; III, 150.

Liouville, V, 292; VI, 237, 297.

Liphart, VI, 63.

Lireux, I, 7, 8, 99.

Littr II, 109, 110, 121; V, 75; VI, 35, 142.

Livingstone, III, 35.

Livry (Emma), II, 66.

Llyod (Mlle), VI, 149.

Lochus, VIII, 268.

Lockroy, II, 261.

Lockroy (douard), VII, 326; VIII, 21, 171; IX, 4, 29.

Lockroy (Mme), VIII, 74, 161, 162, 173.

Longprier, III, 212.

Lorgeril, V, 237.

Lorrain (Claude), III, 126.

Lorrain (Jean), VII, 95; VIII, 198, 236; IX, 46, 47, 73, 78, 118, 138,
  139, 140, 167, 185, 192, 200, 264, 288, 371.

Lortic, VI, 212; IX, 276.

Lothar (Rodolphe), IX, 225.

Loti, VIII, 101, 102, 225; IX, 27, 28, 169, 254, 255, 266.

Loti (Pierre), VII, 248, 310, 311.

Loti (Viaud), VI, 227, 293, 318, 319.

Louis, I, 168.

Louis (Le roi de Bavire), V, 64.

Louis VIII, III, 71, 248; lV, 288.

Louis XI, V, 79.

Louis XIII, III, 245.

Louis XIV, V, 58; VI, 295; VII, 210, 216; IX, 201, 206, 207.

Louis XV, I, 295; II, 164, 240; III, 28; IV, 346; V, 58; VI, 123, 243, 290;
  VII, 210, 216; VIII, 128, 197; IX, 55.

Louis XVI, III, 218; VIII, 170; IX, 252.

Louis XVII, II, 105; III, 218.

Louis-Napolon (Le prince), VIII, 127.

Louis-Philippe, I, 67, 110, 113, 190, 216, 219, 388; II, 189, 247, 304;
  III, 3, 194, 214, 232; IV, 125, 170; V, 237; VII, 49, 211; VIII, 226;
  IX, 33.

Lourmel (De), 5, 6.

Louvel (L'assassin), IX, 375.

Lucas (Le tavernier), III, 103.

Lucas-Montigny, I, 155.

Lucien, I, 251, 262.

Lullier, IV, 231.

Lumley, I, 65.

Lunois, IX, 230.

Lurde (Le Cte), IV, 335.

Luther, II, 183.

Luynes (Le duc de), III, 180.

Luynes (La duchesse de), IX, 362.

Lytton (Lord), IX, 356.


M

Mabille, III, 323.

Macari, VIII, 98.

Macartney (Lord), V, 290.

Mac, VI, 162.

Mac (Georges), VII, 178.

Mac (Jean), II, 298.

Mac-Mahon, IV, 14, 19, 329; V, 14, 90, 180, 190, 191, 346, 348;
  VII, 90, 105; VIII, 121.

Mac-Mahon (La duchesse de), VII, 39; IX, 203, 204.

Madeleine, VIII, 130, 131.

Madeleine (La), III, 144.

Mada, VI, 36, 41.

Maeterlink, IX, 147.

Magitot, VI, 168.

Magnard (Francis), VI, 49, 116; VII, 134; VIII, 188, 211, 212, 258; IX, 4.

Magne (L'oculiste), VI, 58.

Magny, II, 66, 72, 74, 84, 95, 98, 102, 105, 111, 119, 121, 132, 141, 144,
  146, 160, 165, 177, 184, 189, 192, 195, 199, 209, 265, 271, 280, 293;
  III, 21, 42, 67, 68, 71, 78, 170, 207, 211, 236, 254, 287; IV, 161;
  V, 200; VII, 12.

Maherault, IV, 926; V, 213; VI, 274; VIII, 68.

Mahias, IV, 68.

Maillart (Albanel), VI, 259.

Mainbourg (Le Pre), IV, 168.

Maintenon (De), II, 164.

Maire, I, 189, 190.

Maison (Le prsident), IX, 208.

Malhn, VII, 45; VIII, 278.

Mallarm, IX, 110, 298, 306.

Malleville, II, 311.

Mallinet, VI, 337.

Malthus, II, 124.

Malvezzi (Les), III, 226.

Malvezzi (Mlle), III, 222.

Manceau, II, 25, 146.

Manet, VI, 142; VIII, 54, 70; IX, 156.

Manet (douard), VII, 252.

Mantegna, V, 112; VIII, 111.

Manteuffel, I, 343, 344.

Mantz (Paul), I, 131.

Manuel, III, 103; IV, 295.

Manzi, IX, 109.

Maquet, VI, 5.

Marat, II, 6; III, 91; IV, 189; VII, 42; IX, 143.

Marbot, VIII, 260.

Marc-Aurle, I, 249.

Marcelin, III, 191; V, 83, 84.

Marcelle (Camille), II, 152, 279, 280.

Marcelle (Eudoxe), II, 269; IV, 334.

Marcelle (Eudoxe), IX, 271.

Marcelle (Mme Camille), II, 153; IV, 335.

Marcellus (Le comte), III, 202.

Marcre, V, 297.

Marchal, I, 82, 99, 191; II, 144, 282.

Marchal, II, 141, 282; III, 69, 94, 208; V, 69.

Marchal (Le peintre), IV, 195.

Marchandon, VII, 34.

Marcotte, V, 218.

Marguerite, V, 147.

Margueritte (Paul), VII, 170, 177, 206, 212, 253, 258, 259, 275;
  VIII, 155, 175; IX, 214, 286, 318, 352, 338.

Marguery, VIII, 44.

Maria, I, 236, 241; II, 47; III, 205, 268, 357.

Marie, I, 108, 124, 151, 177; III, 153, 175.

Marie-Amlie (La reine), III, 232.

Marie-Amlie, II, 189.

Marie-Antoinette, I, 215, 218; II, 85, 105, 274; III, 173; IV, 228, 346;
  VI, 275; VII, 42; IX, 33, 82, 120, 161, 193, 217, 276, 278, 321.

Marie-Jeanne, I, 200, 201; VIII, 81.

Marie de Mdicis, III, 245.

Marie-Thrse, V, 81.

Mariton, VII, 316: IX, 200.

Mariette, III, 131; IX, 279.

Marilhat, III, 133.

Marillier, VIII, 8.

Marin, VI, 29, 70; VIII, 84, 272.

Marin (Eugne Labille), IV, 7, 330.

Marin (Eugne Labille de Breuze), IX, 253, 314.

Marino Soccino Vecchietta, VIII, 95.

Mariquita, II, 92, 117.

Marivaux, II, 209; VIII, 206; IX, 186.

Marix (Le modle), III, 56.

Markowski, I, 333, 334.

Marmontel, II, 70.

Marmottan, VIII, 210; IX, 3, 26.

Marot, VIII, 200.

Marpon, V, 319; VI, 175; VII, 328.

Marquessac, IX, 142.

Marquis, V, 234, 260.

Marquis (Le chocolatier), VI, 21.

Marquise (Mlle), IX, 66.

Mars (Mlle), II, 298; VI, 149.

Marsand, VI, 14, 24.

Martin (Aim), VI, 166.

Martin (Le Dr), VIII, 154; IX, 203, 204.

Martinetti, IX, 266.

Marvejols, VII, 124.

Marx (Roger), IX, 85, 88, 169, 172, 268, 371.

Maspero, VI, 92; VIII, 106.

Massabie (Mme), VI, 280, 281.

Massna, VI, 5.

Massenet, VI, 5.

Massilion, IV, 168; VI, 54.

Massin (Mme), VI, 134.

Masson (Les), IX, 149.

Masson (Benedict), II, 247.

Masson (Frederick), IV, 132; IX, 11.

Masson (Mme), IV, 197; VI, 99.

Matharel de Fiennes, II, 14.

Mathias, IX, 313.

Mathilde (La princesse), II, 42, 71, 82, 86, 110, 126, 127, 148, 168, 179,
  190, 199, 233, 243, 244, 246, 259, 260, 274, 282, 283, 284, 285, 286,
  287, 288, 289, 290, 298, 303, 310, 325, 329, 330; III, 6, 19, 52, 70,
  73, 74, 75, 76, 77, 78, 99, 106, 153, 154, 160, 162, 163, 175, 176, 177,
  180, 181, 187, 195, 207, 219, 223, 224, 225, 226, 239, 240, 248, 255,
  256, 257, 259, 260, 276, 293, 296, 303, 310, 311, 312, 313, 316;
  IV, 130, 337, 345, 356; V, 45, 97, 123, 144, 146, 147, 148, 149, 151,
  152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 182, 188, 201, 322, 325; VI, 6,
  7, 15, 38, 85, 116, 173, 174, 217, 219, 274, 334; VII, 20, 21, 180, 210,
  220, 243, 252; VIII, 56; IX, 244, 282, 283, 289, 372, 373.

Matzugata, VI, 41.

Maubant, III, 125.

Maupas, IV, 6.

Maupassant, VI, 109, 141, 182, 345, 346; VII, 85, 166, 167, 168, 175, 186,
  233; VIII, 23, 59, 122, 180, 184, 186, 233, 287, 288; IX, 5, 6, 8, 62,
  103, 141, 147, 234, 351.

Maupassant (Mme de), IX, 161, 162, 163.

Mauperin (Mlle Rene), I, 145.

Maury (L'abb), I, 316.

Mayer (Mlle), I, 243.

Mazarin, IX, 206.

Mazres, I, 117.

Mazzini, III, 296.

Meer (Van der), I, 382.

Mehemet (Ali), VI, 217.

Meibomius, II, 28.

Meilhac, V, 342; VII, 194; VIII, 133.

Meissonier, VI, 143, 296; VIII, 110; IX, 284.

Meissonier fils, IX, 61.

Mlingue, II, 92, 94.

Mellan, IX, 161.

Mellin de Saint-Gelais, VIII, 200.

Memling, I, 288.

Mnard-Dorian (les), VIII, 63, 74; IX, 303, 326.

Mnard-Dorian (Mme), IX, 181, 326.

Mnard-Dorian (Mlle), IX, 181.

Mends (Catulle), III, 55; IV, 33; IX, 312.

Mnier, IX, 40.

Mnier (Paulin), I, 318, 368; VII, 145.

Mennechet, VI, 115; VIII, 186.

Mercier, I, 154.

Mercier (Mlle), II, 17.

Mrian, I, 147.

Mrime, I, 277; II, 175, 304, 310, 311; III, 221, 270; IV, 96; VI, 111;
  VIII, 176; IX, 375.

Merton, VI, 148.

Mry, II, 198; III, 111.

Meryon, III, 258.

Mesnil (Du), V, 190, 300.

Metemer (Oscar), VII, 288; VIII, 5, 135, 137, 138; IX, 61, 77, 88, 89, 90,
  91.

Metra, VIII, 133.

Metternich, III, 272.

Meurice, IV, 114; V, 31, 33, 86, 89, 266.

Mvisto, VII, 290; VIII, 18, 20, 21, 26, 28, 29; IX, 318.

Meyer (Arthur), VII, 126, 127, 128; IX, 350.

Meyer (Le juge), IX, 197.

Meyerbeer, IX, 155.

Michaud (Le Dr), IX, 158, 228, 259, 300.

Michel-Ange, II, 200; III, 122; IV, 115; V, 83, 268; VII, 123; IX, 161.

Michel Marius, IX, 277.

Michelet, I, 247; II, 52, 63, 85, 151, 162, 163, 164, 165, 182, 183, 187,
  250; III, 44, 111, 115, 156, 213, 214, 298, 299, 300; V, 35, 262;
  VI, 289, 343; VIII, 182, 260; IX, 14, 276.

Michelet (Mme), II, 163, 183; III, 213; VI, 343.

Migne (L'abb), II, 216.

Mignet, II, 65.

Mignot, VII, 35.

Milhaud, I, 122.

Millard (le Dr), IX, 201.

Millerand, VIII, 206, 207.

Millet, I, 49, 50, 51; II, 55; VI, 291; VII, 30.

Millet (Franois), VIII, 58; IX, 17, 18, 60.

Millevoye, III, 248; IV, 61.

Minghetti, VI, 272.

Mirabaud (M.), IX, 364.

Mirabeau, II, 144, 195; III, 33, 156; V, 246.

Mirbeau (Octave), VII, 288; VIII, 59, 60, 67, 69, 82, 184, 193, 220;
  IX, 248, 286, 349, 350.

Mirbeau (Mme), IX, 324, 350.

Mirbel (Mme de), III, 71.

Mirs, I, 122; VI, 127; II, 34, 58, 251.

Mistral, VI, 303, 309, 317; VII, 69, 71, 72, 261; VIII, 73, 74, 276;
  IX, 291, 292, 293.

Mitchell (Robert), V, 45, 46.

Mittis, IX, 297.

Mocquard, I, 297.

Moinau, IX, 130.

Mol, II, 59.

Molire, I, 315; II, 16, 32, 52, 58, 88, 151, 319, 327; IV, 239, 241;
  V, 24; VI, 67; VIII, 41, 90; IX, 25.

Moltke (De), VIII, 44.

Molloy (Le Dr), VI, 265.

Mommsen, II, 97; IV, 338.

Moncey, IV, 117, 159.

Monet, VIII, 59, 70.

Monginot, V, 156.

Monnier (Henri), I, 71; II, 198; IV, 73, 148.

Monselet (Charles), I, 126, 127; III, 82; V, 83; VII, 257.

Montaigne, V, 210; VI, 335; VII, 176, 284.

Montaigut (Les), VIII, 210.

Montaigut (Louis), VIII, 37, 146.

Montaland (Cline), VI, 133.

Montalembert, I, 129, 130; IX, 14.

Montalembert (Comte de), II, 107, 108, 219, 330.

Montalivet, I, 388.

Montebello (La comtesse de), VI, 337; IX, 229.

Montgut, II, 68.

Montgut (Alphonse), VII, 253, 293.

Montgut (Alphonse), IX, 175.

Montpin, VII, 39.

Montesquieu, I, 306; VIII, 284.

Montesquiou Fezenzac (Le comte de), VII, 191.

Montesquiou (Robert de), VIII, 252, 253, 254, 255; IX, 98, 119, 120, 199,
  220, 230, 264, 288, 325, 341, 356.

Montguyon, IV, 299.

Montigny, IX, 93.

Montigny (De), I, 156.

Montrond, I, 241.

More, IX, 206.

Moreau (Gustave), VI, 145; VII, 272; VIII, 263.

Moreau (Louis), I, 303.

Moreau (Michel), VI, 61.

Morel, VI, 334.

Morel (Eugne), IX, 128.

Moreno, IX, 198.

Morre, II, 151.

Mors (Le marquis de), VIII, 148.

Morisot, II, 104.

Morny, I, 277; IV, 13, 175, 355.

Morny (Le duc de), II, 114, 180; III, 13; VI, 240; VII, 202; VIII, 77, 287.

Moser, VIII, 285.

Mosselmann, III, 56.

Mottu, IV, 105.

Mouchy (Duc de), II, 310.

Mouchy (La duchesse de), IX, 227.

Mounet, IX, 248.

Mounet (Paul), VII, 176, 177, 178, 179, 181.

Moutet (De), VII, 137.

Mozart, IV, 103.

Muller (Ottfried), I, 246.

Munckaczy, VI, 247; IX, 14.

Munster, I, 343, 344.

Munte (Lina), IX, 371.

Murat (La princesse), II, 310.

Murger Henry, I, 24, 25, 27, 32, 123, 208, 210, 218, 219, 362;
  V, 26; VI, 55; VII, 257; IX, 299.

Musset (Alfred de), I, 6, 124, 363; II, 218, 298; V, 88; VI, 153, 154;
  VIII, 235; IX, 8, 73, 275.


N

Napolon (Le prince), II, 51; III, 310; IV, 268; V, 115; VI, 241, 244.

Napolon Louis, VI, 55; IX, 347.

Napolon (Victor), VI, 55.

Napolon (Ier), I, 60, 255, 286, 326; II, 239, 247, 286, 326; II, 239, 247,
  256, 292; III, 179, 315; V, 154, 158, 253, 335; VI, 49, 244, 275;
  VII, 156, 180, 220; VIII, 50; IX, 339, 353.

Napolon (III), I, 133, 200, 296, 344; II, 168, 286, 293; III, 52, 56, 71,
  102, 187, 218, 255, 260, 264, 293, 294, 295, 296, 297, 313, 314;
  IV, 78, 125, 335; V, 14, 45, 46, 74, 157; VI, 85, 143, 258;
  VIII, 50, 183; IX, 43, 239.

Nadaillac (Mme de), VII, 43.

Nadar fils, IX, 156.

Nadar, I, 15; V, 342; IX, 144, 156, 353.

Nattier, I, 286.

Nau (Mlle), VIII, 192, 201, 203, 207; IX, 100.

Nauteuil (Clestin), I, 60, 98, 99, 100, 101, 102.

Nauteuil (Le graveur), IX, 161.

Necker (Les), VII, 210.

Necker (Mme), I, 393.

Nefftzer, II, 111, 112, 123, 125, 177; III, 68, 256: IV, 24, 27, 50, 68
  110, 121, 122, 123, 124, 142, 166, 204, 205, 206, 207, 236, 275.

Ngrier, VII, 30.

Nelaton, VI, 237.

Nercia (Andra de), I, 363.

Nerval (Grard de), I, 60, 101.

Nesselrode (Le comte de), I, 215; II, 261.

Neuilly (Mlle de), VIII, 29.

Neveux (Pol) IX, 350.

Newton, XII, 186.

Nicolardot, VII, 82; VIII, 6.

Nicolas Ier, I, 248.

Nicolas (L'empereur), III, 74, 75, 76, 77.

Nicole, VIII, 210, 211.

Nicole (Mlle), IX, 337.

Niel, I, 147.

Nieuwerckerke (Le comte de), II,  71, 78, 82, 100, 282, 316; III, 81, 175,
  253, 265; IV, 90; VII, 43; VIII, 128.

Nigra, V, 74, 194.

Nils Barek (La comtesse de), IV, 208.

Nini, IX, 278.

Nittis (Jacques de), VI, 331, 332.

Nittis (Mme de), VI, 14, 44, 176, 211, 244, 326, 328, 329, 332; VII, 303.

Nittis (De), VI, 13, 14, 73, 103, 112, 127, 148, 176, 211, 231, 245, 254,
  263, 274, 324, 325, 326, 330, 331.

Noailles (Le duc de), II, 65; IX, 207.

Noailles (Le marchal), II, 240.

Noblet, IX, 7.

Nodier (Mlle), II, 91.

Nol, VI, 24, 81.

Nogent Saint-Laurent, II, 89.

Noiron (Mme de), I, 257.

Nolac (De), IX, 32.

Noriac, VI, 301.

Nathalie (Mlle), I, 35.

Nuitter, VI, 341.

Nubar Pacha, VI, 11, 12.



O

Obernitz (Le gnral), VIII, 82.

Obscur (L'abb), III, 297.

Ocagne (M. d'), IX, 254, 289.

O. Connor, VIII, 81, 86.

Odry, VI, 61.

Offenbach, VII, 169.

Ohnet (Georges), VII, 91.

O. Kin, IX, 170.

Oliphant (Lord), V, 195, 196; VIII, 116, 117.

Olivier, II, 59; III, 102; IV, 204.

Olready, IV, 360, 362, 365.

Onimus, VI, 119.

Orchardson, VIII, 99; IX, 235.

Orlans (Les d'), VII, 134.

Orlans (Le duc d'), V, 20,

Orloff (Le comte), III, 77.

Orsini (D'), I, 276; V, 101.

Orsini (Le prince), IX, 371.

Osmont (Mme), I. 390.

Osmont (D'), I, 156.

Osmoy (La comtesse d'), III, 82.

Osmoy (Le comte d'), II, 325; III, 82; VII, 85.

Osorois, VIII, 268.

Osy (L'actrice), IX, 144, 115, 174.

Otway, IX, 371.

Oudinot (Le marchal), IX, 362.

Oudinot (Le marchal), VIII, 82.

Ounkei, IX, 270.

Ou Sipang, IX, 272.

Outamaro, VIII, 264; VIII, 174; IX, 52, 81, 283, 216, 229, 230, 235, 247.

Outhier, IV, 363.

Ozy (Mlle), I, 299; VII, 8.


P

Pacca (Le cardinal), III, 330.

Pagans, VI, 14, 50, 305.

Paillard de Villeneuve, I, 43.

Pailleron, VI, 143.

Pava (Mme de), II, 148, 190, 288; III, 128, 134, 135, 136, 186, 187, 191,
  199, 204, 212, 262; IV, 94, 357; VII, 102.

Pajon (La famille), IX, 375.

Palologue (M.), IX, 344.

Palikao, V, 14, 15.

Palizzi, I, 25; II, 128, 136.

Pana, VIII, 269.

Parabre (Mme de), I, 285.

Pardo Bazan, VIII, 63.

Paris (Le comte de), V, 81, 94, 167, 207.

Paris (La comtesse de), V, 167.

Parmesan, II, 29.

Parrosel (Les), VII, 65.

Parrosel (Mme), VII, 67, 77.

Parrosel (Joseph), VII, 77.

Pascal, VI, 140; VIII, 189.

Pasdeloup, IV, 103.

Pasquier, I, 146.

Pasquier (Le duc), II, 89, 189; III, 71.

Passoir, III, 61.

Passy (Les), I, 37, 41.

Passy (Mme), I, 109.

Passy (Hyppolyte), I, 110; II, 71; VI, 267.

Passy (Louis), VI, 340.

Pasteur, II, 82; V, 163; VI, 258; IX, 75, 366.

Patin, I, 65; III, 295; V, 241, 242, 279.

Patrat (Le gnral), III, 304.

Paul Adam, IX, 197.

Paulowski, VII, 215.

Paulus, VII, 169, 201.

Pehelcons, VIII, 289.

Pan de Saint-Gilles (Mme), I, 108.

Pecot (Antoine), VII, 291.

Plagie, III, 347, 352, 356, 362; IV, 53, 64, 135, 157, 197, 236, 260, 261,
  316, 349; V, 299, 308, 317, 321, 343; VI 3, 214, 303; VII, 21, 45, 50,
  276; VIII, 8, 34, 65, 167, 244, 279; IX, 246, 303, 314, 330.

Plissier, I, 343, 314.

Pelletan, I, 99; IV, 86; V, 51; VI, 41.

Pelletier, IX, 279.

Pne (De), IV, 237.

Penguilly (Le baron), I, 252, 253.

Penguilly (Le peintre), I, 252.

Penguilly, III, 168, 170.

Penthivre (Le duc de), VIII, 244.

Peregallo, V, 163.

Perez (Gill), II, 92.

Privier, VII, 237.

Peronneau, VIII, 120.

Perrin (Le capitaine), IX.

Perrot (Georges), VII, 198, 293.

Perrot, I, 59.

Persigny, V, 76.

Perugin, II, 108.

Peters (Le restaurateur), VI, 158.

Peters (Le tavernier), III, 103.

Peters, I, 392; II, 50, 240.

Peterson, I, 78.

Petit (lise), VII, 13.

Petit, VIII, 108.

Petit (Le relieur), VII, 104.

Petit (Eugne), I, 107.

Petrone, VII, 226; VIII, 227.

Petrus Borel, I, 306.

Peyrat, II, 21.

Peyrelongue, V, 330; VII, 256.

Phidias, II, 250.

Philipon, I, 46.

Philippe le Bel, IX, 14.

Philippe (Le docteur), III, 175, 177, 227, 269, 309.

Philippe (Le restaurateur), III, 48, 166.

Philometor, VIII, 268.

Picard (Ernest), IV, 235; V, 8, 53, 162, 283, 284, 297.

Pichot (Amde), IX, 214, 245.

Pie IX, VI, 77.

Pilate, IX, 238.

Pillaut, VI, 48; VIII, 45, 122.

Pillot, VII, 224.

Pingard, V, 181, 242; VI, 26.

Pingat (Le couturier), VI, 250, 251, 252.

Pioger (L'abb), IX, 359.

Pipe-en-Bois (Georges Cavalier), IV, 235, 273.

Pitt, IV, 43.

Planche, I, 26, 208, 209.

Planche (Gustave), II, 84, 85.

Platel (Ignotus), VII, 16, 17, 238.

Plant, II, 320.

Platon, IV, 240; V, 27.

Pleffel (Le comte), V, 164.

Plessy (Mme), I, 227; II, 266, 295, 296, 297, 299, 213, 315, 317, 324.

Plon, IX, 173.

Plutarque, VIII, 96.

Po (Edgar), I, 137; II, 169; III, 12, 199, 235; V, 214; VII, 212; VIII,
  173, 189; VI, 145, 317.

Poeris, VIII, 269.

Poggi (Le comte), V, 64.

Poictevin (Francis), VIII, 14, 189, 213; IX, 34, 80, 231.

Poincar, IX, 309, 312, 318, 319, 320, 321, 324.

Pointel, III, 258.

Poisson, VI, 136.

Poix (Le prince de), IX, 125.

Pojot, VII, 118.

Pollet (Le graveur), VI, 160.

Pompadour (Mme de), I, 215; 111, 212; VII, 131, 211, 234, 235; VIII, 234.

Pongerville, III, 218.

Ponsard, I, 83, 169, 330, 331; II, 280, 306; III, 30, 50, 99, 140, 243.

Ponson du Terrail, I, 277; VI, 181.

Pontmartin (De), VII, 85.

Pouyer-Quertier, VI, 86.

Popelin (Claudius), V, 114, 148, 149; 155, 235; VI, 55, 113, 216, 244,
  VII, 279; VIII, 288; IX, 39, 276, 288.

Popelin (Gustave), VI, 55; IX, 39, 288.

Popoli (Le comte), I, 276.

Porel, VI, 344; VII, 12, 14, 15, 16, 22, 23, 29, 31, 33, 79, 80, 141, 142,
  145, 146, 148, 149, 150, 151, 152, 166, 168, 179, 192, 195, 234, 236,
  237, 239, 273, 287, 300, 301, 306, 307, 308, 309, 310, 312, 313, 318,
  319; VIII, 7, 15; IX, 13, 82, 94, 261, 262.

Portal (Le baron), III, 71.

Porto-Riche, IX, 373.

Possot, I, 17.

Potain, VI, 79; VII, 206, 207; VIII, 150, 210, 290; IX, 42, 110.

Potier (Le capitaine), IV, 109.

Potin, VI, 121.

Potocka (La comtesse), IX, 325.

Potonni (Mme), IX, 175.

Pottecher (Maurice), IX, 132.

Pouchet, III, 13.

Pouchet (Georges), VI, 114, 276; VII, 83; IX, 202, 237.

Pouchkine, V, 29.

Poupart-Davil, V, 257.

Pourrat, I, 107, 108, 109.

Pourrat (Antonin), I, 107, 109.

Pourtals, VIII, 57.

Poussin, III, 126.

Pouthier, I, 15, 23, 31, 103, 143, 265; III, 64, 90; IV, 358; V, 283;
  VII, 256; IX, 302.

Pouvillon, IX, 176.

Pozzi, IX, 140, 187.

Pozzo di Borgo, V, 218,

Pradier, I, 99; II, 155.

Pradon, VIII, 122.

Praisidial, IV, 211.

Prarond, V, 113.

Praslin (Mme de), III, 312.

Prault, II, 269, 276.

Prsidente (Mme Sabatier), III, 56.

Prvost (Marcel), IX, 318.

Prevost-Paradol, I, 183, 184; III, 228, 229, 261.

Priam, III, 90.

Prieur de Blainville, VIII, 282.

Primatice, IX, 279.

Primoli (Le comte), II, 282; III, 163, 226; VI, 320; IX, 264, 371, 373,
  374, 376.

Primoli (La comtesse), II, 284; III, 94, 163, 226.

Prince imprial (Le), II, 253; III, 100; VI, 78, 85.

Procope, V, 50.

Protais, II, 283; III, 94; IV, 61.

Proth (Mario), IV, 50.

Proudhon, I, 240; II, 263; IV, 122; VII, 31, 156; IX, 137, 145, 160.

Proust (Antonin), IX, 40.

Prouv, IX, 231.

Provost, I, 227.

Prud'hon, I, 243; II, 152.

Ptolein (Le dieu), VIII, 269.

Ptnis, VIII, 269.

Pugno, VI, 280; IX, 242.

Puisaye (Le Dr), V, 155.

Puissant, III, 109, 141.

Puliga (La comtesse), IX, 345.

Puvis de Chavannes, II, 53.

Pyat, II, 18.


Q

Quantin, VII, 79.

Quentin, IV, 81.

Quidant, I, 191.

Quinet, II, 85.


R

Rabelais, II, 183; III, 192, 220; VI, 208; VIII, 93.

Rachel, I, 17, 35, 41, 234; II, 72, 94; III, 224; IV, 299; VI, 161, 180;
  VIII, 222, 230; IX, 66.

Racine, II, 125; IV, 236; VI, 158; VIII, 122.

Racinet, VII, 300.

Radowitz, V, 228.

Radziwill (Le prince), II, 21, 25.

Raffet, VI, 72; IX, 375.

Raglan (Lord), VII, 90.

Rameau, VI, 50.

Ramelli, IV, 354.

Ramss, VIII, 264.

Ranc, V, 207.

Raoul Duval, V, 206, 207, 236.

Raoul-Rigault pre, V, 308.

Raphal, I, 228; II, 200; III, 124, 125; V, 21; VI, 72, 237, 269;
  VII, 123.

Raphaelli, VII, 176, 241, 246, 247, 249, 250, 253, 262, 295, 305;
  VIII, 22, 61; IX, 40, 107, 172, 185, 216, 220, 268, 371.

Raphalli (Les), IX, 224.

Raspail, IX, 160.

Rattier pre, IX, 249.

Rattier (Lon), VIII, 81, 87; IX, 63, 160, 252, 362.

Raucourt (Mme), VII, 273, 311.

Ravaud, VI, 164.

Rayaut, III, 360; IX, 63.

Raynal, VI, 297; IX, 274.

Read (Mlle), IX, 45, 57.

Real (Mlle), VII, 15.

Reboux, IX, 63.

Rcamier (Mme), I, 85; II, 80, 81, 228.

Reding (La baronne de), III, 70.

Redon, VII, 275.

Rgamey (Frdric), IX, 223, 310.

Reggio (La duchesse de), VIII, 165.

Rgis (M.), IX, 42.

Regnard, V, 242.

Regnault, VI, 252, 297; VIII, 105.

Regnault (Le savant), IV, 338.

Regnault (Le peintre), V, 28, 313.

Regnault de Saint-Jean d'Angly (Mme), I, 85; VII, 90.

Regnier (Henri de), IX, 46, 192, 197, 226, 298, 312, 322, 319, 367.

Regulus, VI, 276.

Reiset (M. et Mme), III, 94.

Rjane, VIII, 4, 6, 16, 133; IX, 16, 82, 94, 168, 261, 262.

Rjane (Gabrielle), VII, 237, 273, 292, 293, 296, 300, 304, 307, 308,
  310, 311, 312, 318.

Rlon, VIII, 269.

Reinach, IX, 108.

Rembrandt, I, 335, 380, 381, 382, 538; II, 17, 18, 200; V, 258, 268;
  VI, 228; VIII, 72, 263; IX, 193, 274.

Reminy, II, 267.

Rmusat, II, 150.

Remusat (Le comte de), VI, 268, 314.

Renan, II, 102, 103, 105, 112, 122, 134, 195, 209, 280; III, 44, 67, 68,
  71, 78, 79, 80, 209, 210, 224; IV, 14, 24, 25, 26, 27, 28, 50, 110, 143,
  158, 167, 168, 169, 186, 187, 204, 205, 217, 235, 268, 338, 344;
  V, 36, 48, 114, 162, 188, 190, 191, 269, 270, 311; VI, 9, 49, 58, 142;
  VII, 9, 34, 83, 134, 233; VIII, 12, 174, 177, 178, 188, 211, 213, 214;
  IX, 275, 276.

Rendu (Le Dr), IX, 173, 188.

Renier, III, 197.

Renouard (Le peintre), IX, 107.

Rtif de la Bretonne, I, 174; VII, 282.

Retz (Le cardinal de), IV, 168.

Rhemer, IX, 288.

Rhompsonitos (Le roi), VIII, 106.

Ribot, VI, 268.

Ribot (Alexandre), VII, 32, 83, 134.

Ribot (Le peintre), VI, 299, 300; IX, 50.

Ricard, V, 297.

Ricasoli, VI, 12.

Richard (Maurice), IV, 90.

Riche, V, 48.

Richelieu (La duchesse de), VIII, 56.

Richelieu (Le cardinal de), V, 184.

Richepin, VII, 160; IX, 215.

Richerand, III, 177.

Richer-Serizy, III, 277.

Richet (Le Dr), VIII, 13.

Rico, VIII, 98.

Ricord, III, 44, 90, 295; IV, 147.

Riesener, IX, 358.

Riesener (Mlle), VIII, 162.

Riffaut, VII, 87, 138, 139, 216.

Rigaud (Kar), IX, 302.

Rigolboche, IX, 292.

Ring, V, 59.

Ringel (Le sculpteur), IX, 46.

Ripalda (Le duc de), VI, 218.

Rispal, IX, 235.

Rissler (Les filles de), VIII, 146.

Ritzono, VIII, 216, 217.

Rivarol, II, 63.

Rivire, III, 311.

Robert (Estienne), IX, 51.

Robespierre, II, 72, 73; III, 91.

Robin, IX, 122, 164, 286, 323, 350.

Robin (Albert), VII, 102; VIII, 63.

Robin (Charles), V, 12, 91, 93, 191, 280, 284; VI, 8, 174, 238, 239, 276;
  VII, 83, 86.

Robin (Le docteur), III, 131, 207, 254, 263; IV, 355.

Roche (Jules), VI, 268, 295; VII, 86.

Rochefort, IV, 23, 86, 166, 196, 200; V, 258; VI, 11, 123, 124; VIII, 92;
  IX, 165.

Rochegrosse, V, 240; IX, 148, 286.

Rod, IX, 288.

Rodenbach, VIII, 147, 189, 241.

Rodenbach (les), IX, 11, 13, 180, 224, 298.

Rodenbach (Constantin), IX, 316.

Rodenbach (Georges), IX, 3, 37, 150, 165, 198, 202, 234, 264, 299, 318,
  340, 371.

Rodenbach (Mme), IX, 4, 171, 316.

Rodin, VIII, 67, 261.

Rodin (Auguste), VII, 122, 123, 124, 227, 246, 248, 270.

Roederer, III, 316; VIII, 68.

Roguenaud (M.), IX, 153.

Rohan (La duchesse de), IX, 325.

Rolland (Mme), IX, 278.

Rollinat, VI, 265, 266; VII, 112, 113, 116, 132, 228; VIII, 93, 191;
  IX, 11, 139, 177, 193, 194.

Ronsard, V, 48, 49; VIII, 200.

Roos, IV, 175.

Rops, III, 88, 195; V, 81; VIII, 44; IX, 309.

Rops (Flicien), VII, 287.

Rops (L'aquafortiste), IV, 357.

Roqueplan, I, 18; II, 261, 322; III, 138; VIII, 103.

Rosalie, II, 142.

Rose, I, 139, 203, 293; II, 8, 37, 40, 41, 45, 46.

Rosetti, IX, 205.

Rosny, VII, 177, 183, 184, 185, 186, 187, 195, 199, 206, 247, 289, 292,
  325; VIII, 22, 33, 39, 45, 104, 223, 228, 239.

Rosny (Les), IX, 102, 217.

Rosny l'an, IX, 171, 179, 287, 298, 313.

Rosny cadet, IX, 172.

Rossini, II, 13; V, 262; IX, 155, 156.

Rothan, VII, 159.

Rothenstein, IX, 204.

Rothschild, I, 269; II, 58, 104; IV, 122, 355; VI, 21, 76.

Rothschild (Les), VII, 121, 238, 239; VIII, 124, 125, 151.

Rothschild (Alphonse de), VI, 123.

Rothschild (Edmond de), VIII, 56.

Rothschild (Mme Nathaniel de), VII, 43.

Rothschild (Mme Alphonse de), V, 67; VI, 346.

Rouher, II, 319; III, 254, 235; IV, 91; V, 14; VI, 258.

Rouland, I, 41, 48; IV, 176.

Rounat (La), VII, 173.

Rouquette, V, 319.

Rousseau (Jean-Jacques), II, 15, 90, 103, 145; III, 104, 156, 273;
  V, 210; VII, 282; VIII, 170.

Rousseau (Thodore), IV, 13; VI, 269, 270; VII, 72, 156; VIII, 162, 163,
  289; IX, 17, 18, 49, 60.

Rousseil (Mlle), VI, 165; VII, 83.

Rousset (Camille), VI, 144.

Rouvire, I, 368; II, 257.

Royer-Collard, I, 145; II, 88; V, 240, 241, 242; VIII, 156, 157, 158.

Royer (Mme de), I, 37, 41.

Rubens, II, 243, 247; III, 172, 245; V, 268; VI, 119, 270; VII, 156;
  VIII, 54, 72, 263; IX, 66.

Rude, II, 250.

Rudolph, II, 108.

Rumigny (De), IX, 22.

Ruysdael, IX, 49.


S

Sabatier (Mme), I, 305; II, 191; IV, 354.

Sabine, I, 13.

Saccaux, I, 24.

Sacy, II, 114, 150.

Sacy (De), III, 221, 312; V, 184.

Sade (Le marquis de), I, 259, 260; II, 32; VI, 179, 182, 324.

Sagan (Le prince de), VII, 127; IX, 88.

Saint, II, 179.

Saint-Arnaud (Le marchal), II, 224.

Saint-Aubin, II, 212; V, 280.

Saint-Aubin (Auguste de), IX, 284.

Saint-Aubin (Gabriel), I, 261; VII, 130; VI, 61, 296, 337; IX, 274, 281.

Sainte-Beuve, I, 387, 390, 391, 394; II, 61, 62, 63, 64, 66, 67, 69, 70,
  71, 77, 80, 82, 84, 88, 89, 90, 96, 99, 102, 103, 104, 105, 108, 109,
  111, 112, 113, 119, 120, 122, 123, 125, 126, 127, 128, 130, 133, 134,
  144, 146, 147, 148, 150, 166, 167, 189, 190, 192, 195, 199, 200, 210,
  218, 239, 259, 260, 277, 310, 316; III, 8, 28, 67, 68, 72, 79, 80, 81,
  90, 106, 153, 155, 156, 160, 175, 176, 181, 182, 198, 224, 248, 255, 259,
  260, 270, 271, 273, 274, 275, 276, 281, 291, 292, 316, 354; IV, 33, 96,
  130; V, 26, 47, 190, 298; VI, 9, 67; VII, 38; IX, 186.

Saint-Didier (Mme), V, 167.

Saint-Evremont, III, 177.

Saint-Genest, VII, 237.

Saint-Hilaire (Barthlemy), IX, 223.

Saint-Huberty, V, 280.

Saint-Jean,  II, 15.

Saint-Just, I, 211; IV, 186; IX, 29.

Saint-Paul, V, 14; VIII, 71.

Saint-Pern (Le marquis), VII, 204.

Saint-Seine (Le marquis de), V, 343.

Saint-Simon, II, 83, 114; IV, 168; V, 343; VI, 270.

Saint-Vallier, V, 326.

Saint-Victor, II, 27, 29, 33, 58, 86, 88, 98, 101, 112, 113, 114, 122, 123,
  124, 125, 140, 141, 145, 152, 167, 184, 185; III, 40, 60, 80, 81, 120,
  128, 135, 243, 244, 274, 361; IV, 14, 24, 28, 50, 68, 105, 106, 149, 167,
  186, 205, 235, 299; V, 37, 43, 49, 114, 194, 199, 208, 239, 240, 264,
  290, 292; VI, 154, 248; VII, 40; VIII, 156; IX, 93, 115.

Saintin, II, 282; III, 94.

Saisset (mile), I, 123.

Sakata No-Kintoko, IX, 284.

Sall (La danseuse), IX, 124.

Salleron, V, 121.

Salles (M.), IX, 76.

Salvandy, I, 389, 390; VI, 6.

Salvator, IX, 206.

Samary (Mme), V, 149; VII, 161.

Sampayo, VII, 267.

Samuel Bernard, II, 59.

Sancy (Csse de), I, 285, 286.

Sancy-Parabre (Mme de), IV, 335.

Sand (Mme George), I, 6, 237, 316; II, 25, 26, 72, 109, 112, 122, 144, 145,
  146; III, 21, 51, 162, 241, 242, 257; V, 79; VI, 9, 289; VII, 156, 222;
  IX, 225, 276.

Sandeau (Jules), VII, 249.

Sandeau (Mme), VII, 249.

Sandreck (Mme), IX, 239.

Sarcey, III, 246; VII, 152, 319, 321, 322, 324, 325, 326; VIII, 204, 222,
  250; IX, 16, 93, 94, 105, 347, 358, 359.

Sarcey de Seittires, I, 277.

Sardou, V, 41, 75, 76, 148; VII, 292; IX, 130.

Sari, I, 368.

Sarte (Andr del), II, 34.

Sasse (Marie), IV, 10.

Saulire (Mme), VII, 131.

Sauvage, II, 309.

Sauvageot, I, 176; II, 244.

Sauvan (Mme), III, 83.

Say, V, 297.

Sayounsi (Le prince), V, 227, 262, 328.

Scheffer (Ary), VII, 156; IX, 137.

Schenetz, III, 113.

Schenau, I, 239.

Scherer, II, 125, 135; IV, 275; V, 190, 284.

Schiller, IX, 179, 340.

Schlosser, V, 294.

Schmitz (Le gnral), V, 3, 11, 14, 41, 77, 101; VII, 90.

Schoelcher, IV, 292; VIII, 210; IX, 4.

Sch-Kwa-Ken, IX, 272.

Scholl (Aurlien), I, 32, 126, 243, 267, 303; V, 124; VII, 5, 174, 219,
  257; VIII, 191; IX, 11, 100, 174, 317.

Schopenhauer, VI, 337.

Schopin, II, 92.

Schumacker, V, 294, 295.

Schwob, IX, 147, 148, 196, 198.

Scribe, II, 291, 317; V, 31; IX, 25, 85.

Scudry, VII, 179.

Sbastiani (Le gnral), III, 312; VI, 144.

Sebron, I, 68.

Schan, V, 187.

Segond-Weber, IX, 341.

Sgur (De), II, 121.

Sgur (Anatole de), II, 121.

Sjour, II, 30.

Sjour (Victor), III, 81.

Se-Kherta, VIII, 266.

Slim, VI, 144.

Senac de Meilhan, II, 190.

Servin, I, 25, 150; VII, 120, 121, 256.

Seti (De), VIII, 261.

Svrine, VII, 185; IX, 10.

Svign (Mme de), II, 114; IV, 168; V, 162.

Seymour-Haden, VI, 228, 229; VII, 324; VIII, 4, 20.

Shakespeare, I, 381, 382; II, 200; V, 47; VII, 31, 172; VIII, 17, 18,
  90, 187.

Sherard, IX, 313.

Shiter Samba, VIII, 41.

Shogakoussai, IX, 280.

Sichel (Les), VII, 53.

Sichel (L'oculiste), IX, 84.

Sichel (Auguste), V, 210, 339, 341; VI, 43, 77, 103, 243, 263, 298, 302;
  VII, 28, 43, 131.

Sichel (Philippe), V, 212, 273; VII, 266; VIII, 199; IX, 137.

Sichel (Mme), VI, 298, 318.

Sichel-Dulong (Mme), IX, 128, 203, 343, 344.

Signeux, IV, 363.

Simon (Le docteur), II, 37, 38, 39, 168.

Simond (Edmond), I, 349.

Simon (Jules), IV, 90, 167; VI, 194; VIII, 210, 278; IX, 4.

Simond (Valentin), VIII, 277.

Simon (Mme), IV, 346.

Siraudin, V, 258; VI, 274.

Sisos (Raphal), VII, 178, 181.

Sisos (Mme), IX, 77, 86, 89, 90, 97.

Sivori (Le violoniste), VII, 208.

Skobeleff, VI, 188, 201; VIII, 110.

Smin, VIII, 270.

Socrate, III, 143; V, 27; VIII, 97; IX, 144.

Soissons (Le comte de), IX, 207.

Solar, I, 269.

Solms (Mme de), II, 217.

Sommerard (Du), VI, 221.

Sommerard (M. et Mme du), III, 94.

Sophie, II, 144.

Sophocle, V, 7, 47.

Sosen, IX, 270.

Soulavie, VIII, 128.

Souli (Eudore), I, 131, 133, 215; II, 122, 126, 196, 282, 289, 293;
  III, 153, 162, 209, 245; IV, 346.

Souli (Mlle), V, 41.

Soult (Le marchal), V, 237.

Soumy, II, 254.

Soyer, V, 49.

Spartacus, III, 194.

Spinoza, IV, 236.

Spontini, II, 147.

Spuller, VI, 7, 239, 242, 258, 294, 314; VII, 32, 42, 136, 171, 172, 200;
  VIII, 160.

Stal (Mme de), III, 198; VII, 210.

Standely, VIII, 123.

Standish (Ccile), IX, 124.

Standish (Henry), IX, 124.

Standley, IX, 342.

Staub, I, 99.

Stendhal, VI, 304; IX, 275.

Stevens (Alfred), VIII, 58, 59; IX, 13, 16, 17, 18, 59, 168, 187, 318.

Stoffel, V, 98.

Stoullig, IX, 101.

Strauss, IV, 50; VII, 43.

Strauss (Mme), VII, 103.

Strindberg, IX, 100, 105, 298.

Sue (Eugne), II, 217; III, 180; IX, 302.

Suleau, III, 277.

Sully-Prudhomme, VIII, 282; IX, 318.

Surville (Clotilde de), II, 70.

Swetchine (Mme), I, 394.

Swinburne, VI, 256; VIII, 255; IX, 205.

Sydney Smith, I, 85.

Sylla, III, 118.


T

Tabarant, IX, 201.

Tacite, II, 256; V, 241; IX, 196, 199, 379.

Tagliani, V, 64.

Tahet (La femme), VIII, 269, 270.

Tailbade (Laurent), IX, 318.

Taillevent, IX, 255.

Taine, II, 96, 97, 98, 99, 100, 121, 122, 123, 124, 177, 199, 200, 209,
  283, 293; III, 9, 19, 30, 42, 43, 78, 79, 80, 186, 224, 269, 270;
  V, 173, 246; VI, 91; VII, 180; VIII, 250, 280; IX, 112, 276.

Taketem (La femme), VIII, 269.

Tallement des Raux, II, 56.

Talleyrand, I, 241; VI, 145; VII, 210.

Tallien (Mme), III, 159.

Talma, II, 270; IV, 41.

Talmeyr (Maurice), IX, 301, 305.

Tamberlick, VI, 223.

Tamburini, II, 223; III, 150.

Tamerlan, IX, 26.

Tanetem (La femme), VIII, 269.

Tamisier, IV, 106.

Tardieu, II, 32; V, 106, 108, 126.

Tardieu (Le Dr), III, 53, 54.

Tartra (Le Dr), VII, 66.

Tassaert, IX, 137.

Tasse (Le), II, 256.

Tautehai-Jukakou, IX, 280.

Tauzia, IX, 300.

Techener (Mme), VI, 328.

Tellier (M. Le), IX, 207.

Tniers, V, 192; VIII, 98.

Terrail (Ponson du), I, 375.

Terrien, I, 47.

Tertullien, II, 9.

Tessandier (Mlle), VII, 38.

Tessi du Motay, IV, 186.

Testard, IX, 174.

Texier (Edmond), III, 238.

Tzenas, VIII, 142.

Thaulow, VIII, 153; IX, 216.

Theaulon, II, 122.

Theil (Du), IX, 117.

Thnot, III, 151.

Thocrite, VII, 269; VIII, 72.

Theos (La femme), VIII, 270.

Thrsa, II, 252; III, 84; VII, 125.

Thrse, I, 281.

Throigne de Mricourt, I, 139.

Theulier, V, 7.

Theuriet (Andr), IX, 318.

Thiboust (Lambert), III, 143.

Thierry, II, 263, 265, 266, 268, 269, 270, 281, 291, 292, 301, 305, 306,
  312, 318, 327, 328, 329; VI, 56.

Thierry (Augustin), II, 110.

Thierry (douard), III, 181, 196, 197, 198; IV, 9.

Thierry le dcorateur, III, 72.

Thiers, I, 133, 156, 157, 295; II, 4, 31, 65, 89, 124, 144; III, 110, 111,
  201; IV, 221, 229, 278, 279, 280, 283, 295, 297, 298, 338, 340, 357;
  V, 31, 43, 53, 73, 75, 76, 94, 191,  195, 236, 237, 238, 298, 340;
  VI, 145, 189, 337; VIII, 26, 116, 117; IX, 51, 144, 145, 156, 300, 314.

Tholozan, VII, 210.

Thuillier (Mlle), I, 26.

Tiepolo, V, 157.

Tiepolo (Jean-Baptiste), VI, 281, 282.

Tien-Pa, VI, 20, 21, 43, 44.

Tintoret (Le), VIII, 72, 263.

Tippo Saeb, II, 141.

Tissot, IV, 269; VI, 202.

Tissot (James), VIII, 110, 126, 130, 131; IX, 177, 178, 189, 224, 225,
  236, 237, 289.

Tite-Live, VI, 276.

Titien, VI, 108, 270.

Titon, IX, 362, 363.

Tolsto, VII, 216, 279; IX, 105, 354, 368, 369.

Tolsto (La comtesse), VI, 34.

Tony Rveillon, IV, 80, 81.

Toudouze (douard), IX, 288.

Toudouze (Gustave), VII, 85; VIII, 59; IX, 111, 112, 234, 288, 316, 371.

Toulmouche, V, 113.

Tourbet (Jeanne de), I, 297; II, 51, 90; III, 215, 216, 261; IV, 128.

Tourgueneff, II, 95, 96, 97, 248; V, 23, 24, 25, 26, 29, 30, 31, 79, 80,
  118, 173, 174, 175, 197, 201, 232, 233, 262, 264, 265, 266, 267, 268,
  275, 276, 277, 299, 300, 313, 314, 328, 329; VI, 9, 10, 101, 102, 141,
  185, 186, 187, 255, 256, 273; VII, 215, 218; IX, 104.

Tournemine, II, 232, 272.

Toussez (Alcide), I, 105.

Toyokouni, VIII, 225.

Tracy, I, 393.

Trlat, II, 316.

Tresse, II, 97.

Trves (Le capitaine), IV, 321.

Trim (Timothe), IV, 352.

Trochu, IV, 20, 26, 38, 108, 109, 112, 166, 173, 186, 196, 197, 201, 203,
  204, 210, 338; V, 8, 14, 15; IX, 256.

Tronchin, II, 214.

Tronquoy, VIII, 119.

Troppmann, III, 323.

Tross, V, 37.

Troyon, VII, 156; IX, 49.

Troubat, III, 281.

Troubetzko (Princesse), VI, 201.

Trousseau (Le docteur), II, 192, 193; VI, 35, 235, 236, 237.

Trublet, II, 16, 102.

Truchotte (La), V, 388.

Tseng (Le marquis), VI, 91.

Tsing (Le Chinois), V, 101.

Turcas, I, 69, 70.

Turgan, II, 187; III, 128; V, 288.

Turner, VIII, 124, 263, 289; IX, 241, 248.

Turpin, IX, 230.

Turquet, VII, 79.

Trr (Le gnral), VI, 127.


U

Uchard (Mario), I, 210, 211, 216, 218, 226, 243, 250.


V

Vachette, I, 374.

Vacquerie, IV, 114, 122, 229; V, 33, 206; VIII, 103; IX, 311.

Vaillant (Le marchal), I, 344; II, 319, 229; III, 67; IV, 43.

Vailly (De), I, 259.

Valadon, VIII, 236.

Valdey (Mlle), IX, 218.

Valentin, I; 24, 90, 92, 94.

Valette (Mme de la), V, 183.

Valferdin, II, 212.

Valle, I, 286.

Valls, IV, 241, 256, 271; VII, 11.

Valls (Jules), III, 144, 233, 234; VI, 77, 136, 138, 151, 179, 210, 288;
  IX, 370.

Vallon, V, 191.

Vanier, IX, 319.

Vandrem, IX, 176.

Van der Meulen, II, 275.

Vanloo, VIII, 280.

Vanloo (Carle), III, 359.

Vapereau, VIII, 92.

Vardes (Le marquis de), IX, 207.

Varennes (Le marquis de), VII, 162; VIII, 248.

Varin, I, 4.

Varly (Mlle), VIII, 30.

Vaton, V, 320.

Vatry, III, 254.

Vauban, V, 162.

Vaublanc (De), V, 64.

Vaucanson, V, 51.

Vaucorbeil, III, 324.

Vfour, II, 134.

Velasquez, III, 148; IV, 266; V, 112; VIII, 72, 99, 263; IX, 193.

Velpeau, I, 350.

Venet, I, 46.

Verdi, II, 13.

Verlaine, IV, 286, 288; IX, 177, 349.

Verlaine (Mme), IV, 326.

Verlet, VII, 29.

Vernet (Horace), VI, 72.

Verneuil, VI, 239.

Vron, II, 84, 218; V, 298.

Vron (Le Dr), I, 121, 243; IV, 76.

Vry, II, 218.

Vesins (Mme de), VIII, 82.

Veuillot, I, 83; IV, 134; VI, 310; VIII, 92, 282; IX, 145.

Vever, IX, 63, 109.

Veyne, III, 72, 90.

Veyne (Le Dr), II, 61, 67, 85, 89, 124, 134, 140, 192.

Viardot, II, 248.

Viardot (Mme), VII, 215.

Victor (Adam), VI, 41.

Victor-Amde, V, 71.

Victor-Emmanuel, VI, 12.

Victoria Lafontaine, II, 266, 325.

Victor, IV, 363.

Vidal (Jules), VII, 85, 114, 217, 288.

Vidal (Le musicien), VII, 177.

Vidalne, V, 7, 210.

Vidalne (Mme), VII, 249.

Vierge, VI, 91, 93; IX, 215.

Vignres, III, 110; VI, 305.

Vignres, I, 157.

Vigneron, I, 231, 319.

Vigny (De), II, 146, 147; V, 95; IX, 127.

Vigom, V, 63.

Villard, VIII, 209; IX, 128, 256.

Villedeuil (Le marquis de), VI, 119; VII, 124; IX, 145, 168, 169, 336.

Villedeuil (Pierre-Charles comte de), I, 5, 13, 16, 31, 33, 34, 37, 41, 43,
  46.

Villedeuil (Mlle), VI, 164; IX, 19.

Villle (Le ministre), V, 217.

Villemain, I, 388; II, 62, 65, 310; V, 279; VI, 196, 343; VIII, 170;
  IX, 137, 276.

Villemain (Mme), V, 279.

Villemereux, I, 214.

Villemessant, I, 252, 299; VII, 237, 238, 274; IX, 11.

Villemorin, IX, 337.

Villemot, I, 210.

Villiers de l'Isle-Adam, VI, 178.

Villeray, IX, 89.

Villot, V, 199.

Vimercati (Mlle), III, 222, 226.

Vincent de Paul (Saint), II, 78.

Vinci, III, 346, 350; VIII, 200.

Vinoy, IV, 47, 186, 201, 202, 206.

Viollet-le-Duc, I, 133; III, 161, 200, 248, 276.

Virgile, VI, 267; VII, 269; VIII, 72.

Vitet, II, 150; III, 176.

Vittoz, II, 208.

Vitu (Auguste), VII, 317; VIII, 35,
  138, 139.

Vog (De), VII, 280; IX, 16.

Voillemot, I, 24, 299; V, 122; VI,
  149; VII, 255, 256.

Volige (La), IV, 363.

Voltaire, I, 234, 332, 355; II, 16, 102, 103; III, 166, 189, 213; V, 291;
  VI, 19, 139; VII, 304; VIII, 76, 108, 157, 199.

Von der Thann, V, 55, 63.

Voisin, I, 225; IV, 176, 251, 278; VI, 279.


W

Waddington, V, 297.

Wafflart, I, 226.

Wagner, VIII, 143, 146; IX, 155, 156, 171, 357, 358.

Wagram (Le prince de), VIII, 57.

Waldon (Mme), I, 348.

Waleski, II, 9, 104; III, 99.

Waleski (Les), VII, 208.

Wallace (Richard), IV, 354; VI, 122; IX, 121.

Watanob-Si, VI, 46.

Watteau, I, 155, 239, 261, 273, 295, 340; II, 143, 163, 179, 245;
  III, 67, 330; V, 123, 167; VI, 119; VII, 131; VIII, 119; IX, 73, 257,
  270, 273, 279, 281, 305.

Wattier, II, 9, 104; III, 67, 330.

Wendel, IX, 364.

Wesley, III, 300.

Whistler, VI, 229; VIII, 252, 253; IX, 119, 120, 205, 220.

Wiener, IX, 231.

Wilde (Oscar), VI, 256, 259; IX, 342.

Wikemberg, II, 107.

Wilkie, VIII, 97.

Wille, I, 178, 239.

Willette, IX, 306, 324.

Winckelmann, III, 127.

Wittemann, IX, 147, 196.

Wolff (Albert), VII, 121, 316; IX, 4.

Wolff (Le gnral), IX, 117.

Worth, II, 321; III, 192; V, 9, 39; VI, 68; IX, 63.


Y

Yama-Ourva, IX, 293.

Ytai, IX, 274.

Yriarte, IX, 63, 332.

Yriarte (Charles), VIII, 108.

Yukimobou, IX, 271.

Yung, VI, 7; VII, 185.

Yvon, IX, 43.

Yvoy (Paul d'), I, 218.


Z

Zeddes (De), VI, 31.

Zeller (Les), VIII, 271.

Zeller (Mme), IX, 202.

Zeller (Mlle Julie), V, 149; IX, 81, 114, 157.

Ziem, V, 13, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23; VII, 84, 109, 110.

Zilken, IX, 329, 330.

Zola (Les), VII, 38; VIII, 65, 256; IX, 57, 199, 201, 224, 290.

Zola (mile), III, 245, 246, 247; IV, 15; V, 44, 45, 117, 118, 123, 146,
  150, 173, 174, 175, 176, 189, 190, 201, 203, 251, 258, 276, 314, 315,
  328, 329; VI, 19, 21, 22, 23, 57, 58, 75, 76, 101, 102, 109, 112, 115,
  126, 134, 140, 141, 150, 151, 162, 185, 187, 192, 194, 196, 209, 223,
  224, 246, 248, 254, 255, 257, 267, 279, 288, 318; VII, 11, 36, 37, 38,
  47, 80, 94, 117, 118, 150, 168, 174, 176, 185, 206, 208, 252, 261, 294,
  295, 317; VIII, 5, 8, 10, 33, 140, 171, 174, 180, 184, 186, 224, 256,
  257, 258; IX, 15, 58, 101, 122, 139, 150, 201, 224, 225, 228, 275, 286,
  307, 309, 322, 324, 328, 329, 352, 381.

Zola (Mme), VI, 11, 134, 140, 196, 209, 223; VII, 295; IX, 58, 151, 199.

       *       *       *       *       *

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QUELQUES CRATURES DE CE TEMPS. 1 vol.
PAGES RETROUVES, prcdes d'une prface par GUSTAVE GEFFROY. 1 vol.
IDES ET SENSATIONS. 1 vol.
PRFACES ET MANIFESTES LITTRAIRES. 1 vol.
THTRE (HENRIETTE MARCHAL.--LA PATRIE EN DANGER). 1 vol.
PORTRAITS INTIMES DU XVIIIe SICLE. 1 vol.
LA FEMME AU XVIIIe SICLE. 1 vol.
LA DUCHESSE DE CHATEAUROUX ET SES SOEURS. 1 vol.
MADAME DE POMPADOUR. 1 vol.
LA DU BARRY. 1 vol.
HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE. 1 vol.
HISTOIRE DE LA SOCIT FRANAISE PENDANT LA RVOLUTION. 1 vol.
HISTOIRE DE LA SOCIT FRANAISE PENDANT LE DIRECTOIRE. 1 vol.
L'ART DU XVIIIe SICLE. _Trois sries_:
  Watteau; Chardin; Boucher; Latour;
  Greuze; Les Saint-Aubin; Gravelot; Cochin;
  Fisen; Moreau; Debucourt; Fragonard; Prud'hon. 3 vol.
L'ITALIE D'HIER. Notes de voyage, 1855-1856, entremles de croquis de
Jules de Goncour. 1 vol.
GAVARNI.--L'HOMME ET L'OEUVRE. 1 vol.
JOURNAL DES GONCOURT. MMOIRES DE LA VIE LITTRAIRE. 9 vol.

       *       *       *       *       *

FIN





End of the Project Gutenberg EBook of Journal des Goncourt (Troisime sri
, troisime volume), by Edmond de Goncourt

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DES GONCOURT ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
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Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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