Project Gutenberg's Contes de Noel par Josette, by Madame R. Dandurand

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Contes de Noel par Josette

Author: Madame R. Dandurand

Release Date: July 26, 2004 [EBook #13024]

Language: French

Character set encoding: ASCII

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES DE NOEL PAR JOSETTE ***




Produced by Renald Levesque and La bibliotheque Nationale du Quebec




CONTES de NOEL

par

JOSETTE



AVEC UNE PREFACE
de
LOUIS FRECHETTE



PREFACE

_Voici notre petite bibliotheque canadienne qui s'enrichit aujourd'hui
d'un nouveau volume; et, chose assez insolite chez nous, ce volume est
signe d'un nom de femme._

_La signature etait-elle bien necessaire cependant pour accuser cette
particularite?_

_Non._

_Car, autant le pseudonyme de Josette voile peu la gracieuse
personnalite qu'il a la pretention de couvrir, autant la feminite--pour
me servir d'un neologisme mis a la mode par les psychologues du
jour--autant la feminite de l'auteur se trahit a chaque page, je
pourrais dire a chaque phrase, dans des legeretes de dessin et des
fraicheurs de teintes, que l'homme au pinceau le plus delicat ne
parvient presque jamais a atteindre._

_Tournures calines, sous-entendus discrets, colloques semes
d'incoherences enfantines, petits mots doux et tendres comme des
baisers, tout revele la femme, la femme jeune et aimante, dont--pour les
bebes surtout--la main est une caresse, le bras un oreiller, la voix une
chanson d'amour._

_En lisant ces bluettes,--car il s'agit de simples bluettes, de contes
si vous aimez mieux,--on s'arrete malgre soi devant tel detail saisi sur
le vif, telle nuance finement observee, telle vague ebauche dont les
contours perdus laissent deviner quelque delicieux profil; et l'on
s'avoue in petto qu'un doigt de femme pouvait seul crayonner avec cette
souplesse, qu'on dirait inconsciente._

_En effet, ce qui caracterise peut-etre plus que toute autre chose le
style de l'interessant petit volume que je suis charge de presenter au
lecteur, c'est une absence de toute recherche, une facilite naturelle,
une allure independante et prime-sautiere, qui donnent l'impression de
quelqu'un laissant courir sa plume sur le papier sans le moindre effort,
sans aucunement s'inquietter de bien dire, et sans s'en douter le moins
du monde racontant merveilleusement des choses charmantes._

_Car ils sont tout pleins de choses charmantes, ces petits Contes de
Noel qui respirent tant de suavite naive, et qui evoquent autour de vous
tout un essaim de souvenirs ailes papillonnant a votre oreille avec les
echos des vieux chants d'eglise et des joyeux carillons d'autrefois._

_Ils vous bercent._

_Ils vous rajeunissent._

_Ils ressuscitent sous vos yeux mille figures lointaines, mille horizons
oublies._

_Ils vous chuchotent je ne sais quelles ressouvenances qu'on ecoute le
coeur attendri, et quelquefois meme avec une larme tremblante au bout
des cils._

_Pour ma part, j'ai passe une heure bien douce a parcourir ces pages
toutes vibrantes d'emotions intimes, et je suis heureux que l'auteur
me permette de lui en offrir ici meme mon remerciment sincere avec mes
confraternelles felicitations._

_Toute jeune encore, depuis trois ou quatre ans deja, la charmante
conteuse s'etait fait remarquer dans la presse; et plus d'une fois ses
jolies nouvelles, toutes empreintes d'un rare cachet de distinction,
avaient attire l'attention de ceux qui, parmi nous, cultivent les
lettres ou s'occupent des choses de l'esprit._

_Il y a quelques mois a peine, a Quebec, elle revelait son talent pour
la scene dans une petite piece dont le succes fut eclatant._

_Ces debuts pleins de promesses, elle les confirme aujourd'hui par un
premier volume, qui n'est sans doute que la premiere perle de tout un
ecrin._

_Les qualites d'ecrivain dont elle y fait preuve lui donnent droit a
une place marquante dans notre petit monde litteraire; et, s'ils me
permettent de me faire ici leur interprete, je crois pouvoir lui offrir,
au nom de mes confreres de la plume, la plus sympathique et la plus
cordiale bienvenue._

_Tous s'empresseront meme, j'en suis sur de lui ceder un siege
d'honneur, a une condition cependant--et cette condition, la voix du
patriotisme l'impose--c'est que ce premier ouvrage soit bientot suivi de
plusieurs autres._

_Pour ma part, je lui dirai en lui tendant la main:_

--Madame, vous etes maintenant debitrice d'un creancier qui a le droit
d'etre impitoyable, parce qu'il parle au nom de tous, le Public._

  _Vous avez ecrit les Contes de Noel.
  Tant pis pour vous:
  Noblesse oblige._

LOUIS FRECHETTE.

TABLE DES MATIERES.

  Noel au pays.
  Hier et Demain
  Le reve d'Antoinette
  Le Jour de l'an
  Noel
  Le Jour de l'an au Ciel
  Histoire de deux Serins
  Le dernier Biberon



NOEL AU PAYS

On est a la Noel. Partout dans la campagne, sur la vaste etendue, les
longues routes blanches sont constellees. Entre leur bordure verte de
sapins,--ces bouees fleuries, guides du voyageur dans la plaine immense
et nivelee par l'hiver,--on les voit courir et se croiser a travers les
champs combles.

Et c'est comme une procession, ce long cortege de traineaux venant de
toutes parts, s'acheminant tous vers l'eglise du village.

La rosse qui les tire, indifferente au froid comme a la gravite de
l'heure, trotte sans hate, d'un pas egal et rythme.

De ses naseaux l'haleine s'echappe en fumee lumineuse; mais cette
ressemblance lointaine avec les coursiers olympiens, dont les narines
flamboyantes lancent des eclairs, en est une bien trompeuse cependant,
car, voyez la pauvre bete--par exemple la derniere la-bas, avec cette
lourde charge--les ardeurs guerrieres sont depuis longtemps mortes en sa
vieille charpente.

D'un contentement egal elle porte au marche les poches pleines, ou,
comme en ce moment, la famille a la messe de minuit.

Le pauvre cheval n'est pas ne du printemps.

Cette demi-douzaine de marmots qu'il traine la, et d'autres encore qu'on
a laisses a la maison, s'il ne les a pas vus naitre, du moins les a-t-il
tous, chacun a son tour, menes a l'eglise petits infideles, pour les en
ramener petits chretiens.

L'histoire de ces vieilles betes est celle de leur maitre.

Jeune et fringant, le bon animal brula jadis le pave pour conduire chez
"sa blonde" le pere d'aujourd'hui. Et, depuis, ils cheminent ensemble
dans la vie, se supportant reciproquement, travaillant cote a cote,
indispensables l'un a l'autre, se retrouvant toujours aux heures
solennelles, aux moments d'urgence, moments ou le plus humble des deux
devient parfois le principal acteur.

Quand il s'agit, par exemple, de longues courses pressees, l'hiver, par
les chemins debordes, au milieu de la "poudrerie" que souleve l'aquilon;
l'automne, quand le pied s'embourbe et se degage avec peine dans les
sentiers boueux, et l'ete sur les routes sans ombrage.

Element oblige des joies de la famille, il conduit aujourd'hui "les
enfants" a la messe de minuit; cette fete unique pour les petits et
les simples; fete mysterieuse ou ils retrouvent dans la touchante et
poetique allegorie de la Creche, la reproduction tangible, comme une
incarnation des choses vagues et douees, du merveilleux qu'ils voient
parfois flotter dans les reves de leur sommeil paisible ou dans les
fantaisies de leur imagination naive.

Les deux plus jeunes de ces six heureux, enfouis, emus et recueillis,
dans le fond du traineau, y viennent pour la premiere fois.

Tandis que le pere, des qu'on est arrive descend le premier et se met en
devoir de tirer les petits de l'encombrement des "robes", le plus grand
saute a terre pour jeter la meilleure et la plus chaude peau sur la bete
qui fume. Et pendant qu'on l'attache, les mioches, ranges sur le perron
de l'eglise, engonces, raides comme des mannequins dans leurs gros
vetements "d'etoffe du pays", regardent et se disent tous bas:

--Pauvre Bidou, il ne verra rien!

Puis on les pousse dans le vestibule, ou la main paternelle enleve
de leur tete, la "tuque" de laine profondement enfoncee. Les cheveux
suivent le mouvement, et demeurent tout droits, herisses. Qu'importe!
les petits hommes, le coeur serre, ne quittent pas des yeux le chef de
famille, prets a obeir au premier signe. A peine osent-ils passer en
hate leur grosse mitaine au bout de leur nez et sur leurs yeux ou le
froid a mis des larmes.

A travers la lourde porte on percoit quelque chose de doux et de
troublant, quelque chose d'exquis comme un chant pour endormir les
anges. Soudain cette porte s'ouvre toute grande et les marmots
extasies, le regard attache sur les mille feux de l'autel, avancent
inconsciemment, marchent comme dans un reve, jusqu'a ce qu'on les
retienne par leur habit.

Tandis que la foule s'agenouille et s'incline autour d'eux, ils restent
debout, sans mouvements, absorbes par la vue de la grotte de sapins,
cristallisee de sel, representant la neige sous laquelle git, presque
nu, le Petit-Jesus tout blanc, tout mignon, tendant les bras en souriant
aux fideles qui l'adorent.

Certes, il ne fait pas chaud dans l'eglise; l'haleine y monte comme
l'encens, en spirales blanches, vers la voute noire. Aussi, malgre la
presence du boeuf et de l'ane autour de la creche, les petits gars se
disent-ils en eux-memes que cela leur semble bien insuffisant. Ils
craignent beaucoup que le bon Jesus ne grelotte, aussi legerement vetu.
Mais il y a la la sainte Vierge toute sereine, presque souriante; elle
s'en apercevrait bien, elle, puisqu'elle est sa maman, n'est-ce pas,
s'il avait trop froid.

Qu'importe! voila saint Joseph avec un grand manteau rejete en arriere
et dont il n'a que faire... S'il le lui mettait, ca ne serait pas de
trop assurement!

Mais non pourtant... Cela doit etre. Il faut que l'adorable Jesus
souffre pour les hommes... afin d'expier leurs peches!

On leur a souvent raconte cela.

Mais pourquoi les vilains hommes ont-ils fait des peches?

Leur coeur se souleve, s'emplit soudain d'une grande indignation.

Un violent desir de venger le Petit-Jesus les saisit. Des gros mots--les
plus energiques de leur vocabulaire enfantin--d'eloquentes invectives
leur montent aux levres pour fletrir les ingrats qui lui font tant de
mal.

Ils vont le prendre et l'emporter.

Ils vont le mettre dans leur lit; eux coucheront a terre plutot! Ils
vont le couvrir de tout ce qu'il y a de chaud et de moelleux dans la
maison!... L'on verra bien ensuite si les mechants oseront venir le leur
oter!...

Et les pauvres innocents, navres, tout fremissants de la tempete qui
vient de passer en eux, reniflent tout bas, pris d'une grosse envie de
pleurer.

Tout a coup la musique cesse.

C'est comme si une main brusque chassait leur reve en les reveillant
brutalement.

La grotte de sapins s'emplit d'ombres, et au milieu d'un vilain
brouhaha, on les entraine dehors ou le vent glace les soufflette au
visage.

Sans un mot ils se laissent tasser, encapuchonner, envelopper dans les
fourrures, sentant gronder en eux une sorte de mauvaise humeur rageuse
qui se fond bientot en un immense besoin de dormir.

A la maison on les sort de leur nid comme des sacs de farine--par les
deux bouts.

On les deshabille, on les couche sans qu'ils en aient conscience, sans
qu'ils prennent meme part a ce fameux reveillon dont ils ont vu les
apprets allechants, et qui devait, dans leur espoir d'hier, couronner si
delicieusement la fete.

Leurs nerfs agites se reposent, dans un sommeil de plomb, de la secousse
qu'ils ont subie.

Et ce sera demain le debordement des impressions, les emportements,
les questions sans nombre, l'adorable histoire enfin des ames neuves
s'ouvrant une premiere fois a la perception des choses de la vie.

Et, certes, sous quel plus pur et plus chaud rayonnement que celui de la
creche divine; a quelle plus belle aurore pouvait s'operer cette fraiche
eclosion!

Vive Noel toujours pour les mignons et les innocents!




HIER ET DEMAIN

_Un conte du jour de l'an pour le grand monde._

J'avais comme de coutume suspendu un bas de ma plus longue et plus belle
paire a mon clou particulier...

Sur un pan du mur de notre grande "Nursery", depuis bien des _jours
de l'an_, six clous reserves a l'usage antique et solennel restaient
alignes.

Ils y sont meme encore, quoique la "nursery" ait perdu son nom et
son utilite. Ils y sont encore--persistants comme les bons
souvenirs--accrochant parfois au passage le bout flottant d'un
ceinturon, la dentelle d'une manche qui les effleure, comme pour
remendier un peu de l'interet de jadis.

Comme on devient maussade et moralisateur en vieillissant!

Ces clous innocents, qui faisaient autrefois battre mon coeur impatient
d'une joie sans bornes comme sans melange, me font m'arreter maintenant
toute reveuse et philosophante.

Je les recompte sur le mur, pensant que tout cela c'est fini, songeant
aussi que l'un de leurs proprietaires n'y est plus, ne reviendra jamais,
etc. Bien d'autres idees se mettent a me passer dans l'esprit et je
reste immobile, la, au milieu de la piece, regardant fixement..., nulle
part.

C'est que ces six clous en content, des choses!

Cela chante la poesie, la candeur de l'enfance, au milieu d'un entourage
qui accuse l'experience, la maturite des sentiments, qui trahit jusqu'a
la transformation graduelle des aspirations chez les bebes grandis.

On voit ca et la des livres, des portraits, divers articles parlant tous
le langage d'un autre age.

Et, devant le contraste de ces deux epoques, l'on se demande laquelle
vaut le mieux?

Au temps que je suspendais mon bas, je n'aurais voulu pour rien au monde
perdre mes cheres superstitions. Je croyais a _Santa Claus_ [1] avec
fanatisme.

[Note 1; Maniere de designer Saint Nicholas, que le contact anglais
a fait passer dans nos habitudes.]

Que ses desseins impenetrables, que ses dons mysterieux m'inspiraient
donc de reves fantastiques, de conjectures delicieuses!

Et mon ingenieuse ignorance me laissait supposer des tresors enfouis en
des spheres feeriques, que des notions plus positives m'ont depuis fait
oublier!

Aussi l'on ne saurait se figurer quelle melancolie, quel vide se
produisit dans mon ame, quand ces adorables chimeres commencerent a me
paraitre moins vraisemblables!

Je resistai quelque temps a la desillusion; je retins, comme malgre eux,
les bien-aimes fantomes qui voulaient s'enfuir.

Lutte inutile! Il m'eut fallu, pour garder ma foi naive, mes reves
cheris, fermer mes oreilles et mes yeux, arreter les recherches de ma
raison curieuse, oublier les lecons journalieres de l'experience,
toutes choses qui voulaient voir, entendre, deduire avec une ardeur
desesperante.

Je vis, j'entendis, je raisonnai tant qu'un bon jour je sentis avec
douleur qu'il me fallait faire mes adieux a mon pauvre _Santa Claus_.

C'etait ingrat et ridicule; la dette de reconnaissance que j'avais
accumulee, toutes les effusions, les joies du passe, tout cela etait
donc absurde et faux?... J'en voulais aux autres de m'avoir trompee...
En somme, je me sentais fort malheureuse; le monde me semblait bien
morose, bien insignifiant!

Le coup decisif arriva ainsi:

Ce soir-la, malgre mes doutes, j'avais fait comme les autres, car il y
avait derriere moi tout un petit peuple encore credule que je regardais
avec un melange d'ironie et d'envie.

--Apres tout... qui sait? argumentai-je en moi-meme, c'est peut-etre
toujours vrai... Le bon Dieu est bien bon, et si puissant! Qu'est-ce qui
empeche qu'il envoie lui-meme, directement, son expert et fidele _Santa
Claus_, distribuer les recompenses a ses petits enfants? Du reste, je
vais bien voir. Mes yeux veilleront plutot toute la nuit. Il faudra
enfin que cela s'eclaircisse! S'il en vient un autre que l'envoye du
ciel, il ne m'echappera pas celui-la!

Ma surveillance d'ailleurs ne faisait pas que de commencer a s'exercer.

Toute la journee, moi-meme, j'avais voulu etre portiere. Les allants et
venants, les paquets petits et gros, les colloques suspects, tout fut
note avec soin, sans trahir pourtant d'indices revelateurs.

Mon scepticisme palissait; mes illusions reprenaient vigueur.

--Je vais bien voir! me repetais-je tandis qu'on emportait la lumiere,
que les innocents qui m'environnaient se mettaient a ronronner et a
marmotter des choses inintelligibles en leurs reves d'or, je vais bien
voir!

Mon Dieu qu'il en coute de voir quand il fait nuit, que la pendule
vous berce obstinement de son monotone tic-tac, que le sommeil caresse
doucement le bord de vos paupieres, engourdit sans bruit vos pensees!

Mon Dieu, que c'est difficile de ne pas oublier son inebranlable
determination, de ne pas ceder a la persuasive et commode logique du
consolant Morphee! J'y mis pourtant toute mon energie; ma vigilance
ne s'etait pas ralentie pour la peine d'en parler, au moment ou, vers
minuit, l'on vint mettre dans le corridor la veilleuse dont une lueur se
projetait justement sur la rangee de nos bas encore vides.

--Je vais bien voir! fis-je avec un redoublement d'anxieuse emotion...

Rien d'inusite ne se passe. Quelqu'un qui rentre dans sa chambre, un
silence profond, prolonge...

Tout plaide en faveur de _Santa Claus_.

J'ecoute encore... rien... Je me rassure, ma tete inquiete et tendue
retombe souriante sur l'oreiller; tous les chers fantomes rentrent en se
bousculant joyeusement dans mon cerveau rasserene.

_Santa Claus_ triomphe. II s'avance deja dans mon reve, radieux, courbe
sous un fardeau monstrueux, riant malicieusement dans sa longue barbe
blanche de givre et d'antiquite.

Oh, le beau moment!

Je savais bien que ces gens-la mentaient qui disaient avec de mauvais
sourires:

--Il n'y a pas de _Santa Claus_! Est-ce que le bon Dieu se mele de
cela?...

On a beau dire, personne ne devine si bien nos souhaits et nos desirs
intimes pour cacher adroitement dans nos bas juste les choses que nous
voulons.

Cher vieil ami! J'aurais voulu lui sauter au cou tant je le trouvais bon
d'etre revenu!

Oh! il devait bien avoir dans ce grand sac, de beaux patins pour moi! Je
les lui avais demandes avec tant d'instances!

Avais-je dormi longtemps quand un bruit soudain me fit ouvrir les yeux?
Je l'ignore.

C'etait un son metallique qui m'avait reveillee. Avant d'avoir pu
recueillir mes esprits et de m'etre rendu compte de ce qui arrivait,
j'avais vu l'ombre du nez paternel effleurer rapidement la muraille;
j'entendis en meme temps le battement d'une pantoufle qui retraitait en
hate....

C'en etait fait a jamais de mes reves merveilleux. Ils s'etaient effaces
avec l'ombre susdite!....

II n'y eut, pour me consoler de la decevante realite, que les patins que
je trouvai des l'aube, gisant sous mon clou particulier et dont la chute
intempestive m'avait si douloureusement eclairee sur le prosaisme des
choses d'ici-bas.

Que de cruelles lecons m'a depuis donnees la vie, sans avoir pu epuiser
pourtant mon fonds de poetiques illusions, tant on en amasse en ces
folles annees de l'enfance.

En l'honneur de ce premier de l'an, a ceux qui m'ont lue, je souhaite,
comme recompense, de n'avoir pas trop d'oreilles pour les sinistres
avertissements de cette vieille blasee qu'on nomme l'Experience. Libre a
eux de ne pas croire a _Santa Claus_; mais au moins qu'ils lui trouvent
des adeptes en leurs petits enfants, en reconnaissance des grandes joies
dont nous lui avons tous ete redevables.




LE REVE D'ANTOINETTE



_A ma niece._

Quatre fois j'ai vu, quand c'etait le printemps, les grosses branches
noires se revetir de feuilles, et, fieres de leur nouvelle toilette,
l'agiter avec un gai froufrou en se pavanant au-dessus de ma tete, et
les oiseaux tout joyeux revenir endormir leurs petits dans les berceaux
de mousse neuve, au milieu des feuilles fraiches.

Quatre fois j'ai vu, suspendues aux arbres, les corbeilles renouvelees
de fleurs blanches et roses que le petit Jesus y accroche au mois de
mai.

Quatre fois aussi, depuis ma naissance, le tapis blanc de l'hiver s'est
etendu sur la terre nue et laide pour la cacher a nos yeux attristes....

J'ai bien hate de vous faire part de ce qui me preoccupe; mais je tenais
a vous dire cela auparavant, afin de vous donner une idee de mon age.

Le calcul n'est pas difficile, et si vous etes un peu perspicace, vous
avez devine que j'ai eu mes quatre ans au mois de juillet dernier....

C'etait la veille du jour de l'an; il s'agissait pour maman de m'amener
a la ville pour m'acheter une coiffure... Le petit frere malade l'avait
empechee de s'en occuper plus tot.

Le detail peut paraitre futile, mais il est tres important. La suite de
mon recit le prouvera.

A deux heures, j'etais habillee, mais d'une drole de facon! Ne
trouvez-vous pas--Je le demande aux personnes de mon age--que les meres
ont une tendresse bien chaleureuse? Je l'appelle ainsi, parce que leur
sollicitude et leur frayeur du froid les portent a nous emmitoufler de
maniere a nous faire perir par un exces pour eviter l'autre.

Je ris beaucoup quand, au moment de partir, je m'apercus dans la glace.

Un vrai peloton de laine!...

De mes boucles blondes, pas une n'avait ose s'echapper sous le triple
tour du nuage bleu qui m'enveloppait la tete. Mon nez, enfoui dans tout
ce lainage, paraissait si peu, que c'etait a faire croire que je n'en
avais pas.

On ne m'avait laisse que les yeux de libres, car on savait que cela me
ferait tant de peine de ne rien voir...

C'etait deja assez triste de ne pouvoir parler!...

Ma bouche, il ne fallait pas y songer! Elle avait assez a faire de
respirer a travers tout ce qui la couvrait.

Enfin nous montons en voiture; puis, glin! glin! les grelots resonnent,
et nous glissons vite sur la neige unie.

Oh! que de jolies choses partout! Des equipages par centaines, de belles
dames, des petits enfants drolement encapuchonnes comme moi!... Et,
dans les vitrines, que de merveilles! Des chevaux superbes qui semblent
attendre leur maitre; a cote, des familles de poupees, les bras tendus
et les yeux grands ouverts, comme pour appeler et chercher leurs petites
meres parmi tous les enfants qui defilent devant elles.

A la fin, la voiture s'arrete, et Jacques, me prenant dans ses bras, me
depose sur le seuil d'un grand magasin.

Une demoiselle, habillee de noir, avec beaucoup de colliers et des
cheveux frises qui lui descendent dans les yeux, s'avance vers nous.

A la demande de maman, elle nous apporte plusieurs bonnets qu'on
commence a m'essayer.

Je n'ai pas besoin de vous dire que je profitai de ce moment de liberte
pour raconter tout ce que j'avais vu!

Apres m'avoir mis, ote et remis bien des choses plus ou moins
pyramidales, il se trouva qu'une certaine coiffure, que la demoiselle en
noir appelait tres a la mode, sembla plaire davantage.

--Combien?

--Cinq piastres seulement! fit la demoiselle frisee, avec un air tres
aimable et d'un ton engageant--un peu comme Marguerite quand elle veut
me coucher et que je n'ai pas sommeil.

Petite mere ouvrit des yeux plus grands que d'ordinaire.

--C'est bien cher!

--Remarquez que la peluche de soie est tres dispendieuse, Madame,
observa la marchande avec dignite, en flattant le bonnet sur ma tete,
comme on caresse un petit chat. Celle-ci est de qualite superieure....
Puis, cela va si bien a votre joli bebe! continua-t-elle en se penchant
pour me voir... Et c'est chaud. Cela couvre entierement les oreilles...

Elle dit encore beaucoup de choses en tournant et retournant le bonnet
tres a la mode.

Pendant ce temps, maman versait sur la table un grand nombre de sous
blancs que la demoiselle frisee donna a un monsieur en lui disant:
Cache! [2]

[Note 2: Cash, mot usuel dans le commerce canadien, pour appeler les
preposes a la caisse qui font la monnaie.]

Elle avait peur que nous ne les reprissions, probablement.

Je ne puis vous dire tout ce que je vis d'etonnant dans cet apres-midi!
J'etais fatiguee de tant regarder, et me sentis presque heureuse quand
maman monta dans la voiture une derniere fois en disant a Jacques de
nous reconduire chez nous.

Une multitude de lumieres brillaient partout.

Les rues etaient remplies de monde, de voitures, et de bruit.

Tout a coup, a l'angle d'une rue, au milieu d'une foule de personnes
qui passaient en riant et parlant tres haut, que croyez-vous que
j'apercus?... Une maman tres vieille, avec sa petite fille, appuyees au
mur d'une grosse maison.

La mere avait les yeux fermes et mettait sa main sur l'epaule de son
enfant.

Elle, la pauvre mignonne, avait une robe bien laide et toute dechiree,
un vilain mouchoir sur sa tete; ses mains etaient nues. Elle avait des
grands yeux bleus pleins de larmes, qu'elle levait parfois en tendant sa
petite main rougie vers les passants qui ne la regardaient pas.

Oh! qu'ils etaient mechants!

Quand je la vis ainsi grelottante et si triste, je frissonnai moi-meme
sous mes flanelles.

Je fis un grand effort pour designer la pauvrette; mais comment remuer
sous les robes pesantes qui m'entortillaient et m'emprisonnaient
completement!

J'essayai de crier, mais le bruit de la rue couvrit ma voix. D'ailleurs,
nous allions tres vite, et la petite mendiante disparut...

Je pleurai tout bas, et j'y pensai longtemps.

A la fin, comme j'etais bien fatiguee, je m'appuyai sur le bras de
petite mere, et ne vis plus qu'a demi les lumieres qui dansaient en
fuyant.

Jacques me porta dans la maison. Papa nous attendait, et tout le monde
se mit a table pour diner.

Je fus d'une sagesse exemplaire ce jour-la!

C'etait charmant de voir comme je ne parlais pas, moi qu'on gronde
toujours pour trop bavarder!... Je ne mangeais pas beaucoup non plus,
on trouvait cela bien singulier, car habituellement j'ai l'appetit d'un
gros loup.

A la verite, je me sentais bien pesante, et ma tete alourdie avait des
envies folles de tomber sur l'epaule de maman.

--Comme je serais bien dans mon lit! me disais-je tout bas.

Marguerite m'amena avant qu'on eut fini.

Je me laissai faire sans pleurer, ce qui est tres rare; et, quand elle
me deposa dans mon lit tiede et mollet, l'egoiste Antoinette s'endormit
sans songer a la pauvre cherie qui avait faim la-bas, dans la grande rue
froide.

Soudain, quelque chose passe devant moi en m'effleurant... C'est un
quelqu'un mysterieux, vetu d'une longue tunique blanche et vaporeuse.
Marguerite m'assure que c'est mon ange gardien.

Sa douce figure me sourit et m'invite. Fascinee par cet appel
irresistible, je mets ma main dans celle qu'il me tend, et nous nous
envolons doucement tous les deux...

Me voila de nouveau dans les rues claires et bruyantes.

Je ne sais comment il se fait que le joli bonnet de peluche est sur ma
tete!... Maman, craignant toujours les intemperies de l'hiver, me l'aura
mis a mon insu au moment du depart, je suppose.

Nous avions voyage a travers la ville eblouissante pendant quelques
instants seulement, quand mon compagnon s'arreta... J'avais devant moi,
qui?... la petite mendiante!

Sa main glacee est tendue, et ses yeux humides m'implorent. La vieille
pleure aussi, les yeux toujours fermes. Elle est bien lasse et s'appuie
pesamment sur l'epaule fatiguee de l'enfant.

Pauvre petite, je pouvais enfin contempler ce doux regard si triste qui
m'avait tant emue!

Je la caressais affectueusement en essuyant ses larmes et en l'appelant
soeur cherie.

Je voyais de pres aussi le vieux haillon noue sous son menton, et qui
cachait si imparfaitement ses oreilles que souffletait la bise glacee.
Je l'avais enleve pour mettre mon bonnet tres a la mode sur sa jolie
tete, mais elle, l'otant aussitot, me le rendit avec un sourire navre:

--J'ai bien froid, dit-elle, mais nous avons tellement faim, grand'maman
et moi!... et son regard, sa main ouverte nie suppliait encore...

--Un sou, un pauvre sou, s'il vous plait! murmura sa compagne en
gemissant.

Que faire!... Je regardai la douce figure; elle souriait toujours, mais
restait muette.

Une idee me vint tout a coup a l'esprit.

--Pourquoi prodigue-t-on sans remords tant de sous blancs pour les
coiffures de certaines petites filles, tandis qu'il en est qui n'en ont
meme pas pour acheter un morceau de pain lorsqu'elles se sentent mourir
d'inanition!

Cela me parut absurde, et je resolus d'aller tout de suite rendre
son mechant bonnet a la demoiselle, afin de rapporter les sous a la
pauvrette.

Apres avoir couru longtemps, cherchant en vain le magasin aux bonnets,
je m'arretai, desolee, haletante, a bout de forces; puis, a la pensee
de celles qui m'attendaient la-bas, le coeur palpitant d'esperance, je
repris ma course sterile....

Le matin, a mon reveil, petit frere gazouillait dans son berceau, non
loin de moi, et je voyais les vitres, toutes rouges et d'or, etinceler a
travers le rideau de mon lit.

En ouvrant bien les yeux, je decouvris a mes pieds une ravissante
poupee!... Le plus joli bebe, avec une masse de cheveux bruns, frises
comme une toison!

Folle de joie, je me mis a courir pour montrer dans toute la maison le
cadeau du Petit Jesus.

J'embrassais tout le monde; je bercais mon joli bebe en chantant; je
caressais ses boucles soyeuses en lui contant toutes sortes de choses.

Ah! j'etais bien heureuse!

En regardant les yeux bleus de Mimie (ma poupee avait ete baptisee tout
de suite, naturellement), certain souvenir qui me revint me rendit toute
triste...

--Papa, dis-je, en jetant mes bras autour de son cou, veux-tu me faire
un bien grand plaisir?

--Mais oui. On ne refuse rien a sa petite fille le jour de l'an,
repondit ce cher petit pere, qui me gate beaucoup, parait-il, que
desires-tu?

Je racontai alors tout ce qui s'etait passe, et, joignant mes mains avec
ferveur, comme pour prier le bon Dieu, je le suppliai de nous amener les
deux mendiantes pour les rechauffer et me laisser partager mes bonbons
avec la douce enfant.

--Mais nous ne les connaissons pas, cher ange, objecta mon pere en
m'embrassant avec tendresse.

--Oui, oui, reprit maman, je crois les connaitre. Cette pauvre aveugle
est l'aieule et le seul support de six orphelins, dont la mere est morte
de privations l'automne dernier.

--Veux-tu, petite mere? repetai-je tout bas.

Elle me prit sur ses genoux et me pressa sur son coeur, en promettant de
m'accorder tout ce que je demanderais.

Apres la grand'messe, en effet, on revint me chercher.

Je m'installai dans la voiture, paree de mon fameux bonnet de peluche,
munie d'un cornet de bonbons, et accompagnee de mademoiselle Mimie, qui
faisait des grands yeux etonnes en se trouvant dehors.

Jacques nous deposa dans une petite rue que je n'avais jamais vue,
devant une vieille masure.

Oh! que c'etait noir et triste la-dedans! Pas de feu, pas de lits
blancs, rien!... Tous les petits freres, appuyes sur les genoux de la
grand'mere, pleuraient amerement en lui demandant du pain. Marie (c'est
le nom de la mendiante) avait ses bras autour du cou de son aieule.

Jacques tira de dessous le siege de la voiture un grand panier qu'il
emporta dans la maison.

Figurez-vous que maman y avait entasse des robes, des bas, des gateaux,
du vin, du pain, des poulets, des bonbons... Je donnai tous les miens
aux petits freres, qui me faisaient rire. aux larmes en les avalant tout
ronds.

Je pretai aussi ma poupee a Marie. Elle osait a peine y toucher, et
disait avec admiration a la vieille aveugle:

--Oh! grand'mere! si tu voyais comme elle est gentille. Un vrai bebe
vivant!

La pauvre grand'maman pleurait, elle... C'est drole comme les vieilles
gens pleurent toujours, meme quand ils sont heureux.

Elle tenait les mains de maman et disait en secouant sa tete blanche:

--Que le bon Dieu vous benisse, bonne petite dame! Que le bon Dieu vous
benisse!

Elle repetait constamment les memes paroles en sanglotant.

Mais les orphelins etaient bien heureux.

Ils devoraient les tartines que Marie leur distribuait, et allaient tous
en offrir un morceau a leur bonne vieille maman.

--Ne sois pas triste, grand'mere, nous n'avons plus faim! criaient-ils
tous ensemble, sans toutefois perdre l'occasion d'enlever d'enormes
bouchees a leurs gateaux ebreches.

J'aurais voulu passer la journee a les regarder faire. Maman interrompit
ma contemplation en me prenant par la main pour me conduire vers la
vieille femme assise pres de l'atre sombre. Elle m'approcha tout pres de
celle-ci et dit en lui touchant l'epaule:

--Benissez-la! C'est elle qui m'a amenee ici.

L'aveugle se leva toute chancelante, et, posant sur ma tete ses mains
qui tremblaient, elle prononca lentement ces mots:

--Ange du bon Dieu, soyez benie!..

Petite mere lui aida a se rasseoir et m'entraina hors de la maison.

Les dernieres paroles que j'entendis avant que la porte se refermat sur
nous furent celles-ci:

--Que le bon Dieu vous benisse! Ainsi-soit-il!



LE JOUR DE L'AN



_ Pour les sept petites filles de Monsieur L. O. David, depute._

Assurement tous les petits enfants connaissent cette fete!

Elle est belle, elle est radieuse pour le plus grand nombre. Elle ramene
l'excellent vieux _Santa Claus_ avec des tresors fabuleux entasses dans
ses poches immenses et inepuisable.

Quelques-uns, helas! ne connaissent de ce jour que les privations, plus
cruelles par leur contraste avec la joie de tout le monde.

Ces malheureux petits pauvres que _Santa Claus_ ne connait pas, qui
ne trouvent jamais, jamais rien dans leur soulier, c'est aux enfants
heureux de les consoler, de se constituer leur Providence visible.

Le Petit-Jesus, lui qui n'oublie personne, voit leurs larmes. Il les
recueille toutes; il les change en des perles magnifiques dont il forme
des couronnes plus belles que celles des anges car les anges qui ne
pleurent jamais n'ont pas de perles a leurs couronnes. Puis, quand ses
amis dorment, il les vient chercher et les amene avec lui au ciel, pour
leur montrer ces precieux joyaux et les ailes faites de la gaze des plus
blancs nuages, qu'il garde pour eux.

Parmi les petites filles qui attendaient avec anxiete la joyeuse fete de
l'enfance, il en etait sept qui, fort probablement, auraient ete forcees
de renoncer aux etincelantes couronnes du Petit-Jesus, lesquelles ne se
gagnent absolument qu'au prix des soupirs et des peines, n'eussent ete
les pleurs que leur faisait verser parfois la compassion. Et ceux-la
valent presque, aux yeux de Dieu les pleurs de la misere.

Heureusement, les nobles emotions de leurs ames sensibles au malheur,
achetaient pour elles ces celestes recompenses.

Car des larmes!... d'honneur! c'etait un article rare sous leur toit.

Hors le cas de pitie, elles n'en faisaient usage que juste ce qu'il faut
pour baigner le sourire, en vue d'obtenir les objets de leurs voeux.

On sait que c'est un principe de diplomatie qui a cours chez cette
petite engeance, qu'un attrait irresistible a ajouter a sa requete est
celui d'un regard suppliant a travers des pleurs.

Et c'est d'excellente politique.

Le moyen de resister, je vous le demande, a tant de beaux yeux emus qui
prient avec une si gentille ferveur!...

Le bon Dieu ne l'a pas encore trouve, lui qui est bien plus fort que les
hommes.

Mais en ce grand jour du "JOUR DE L'AN", il n'etait pas besoin de ruse
ni de stratagemes pour etre heureux!

Mon Dieu! que de tresors enfouis dans ces petits bas longs comme rien,
mais si precieux pourtant avec leur riche et abondante _cargaison_!

Quel bon genie avait donc pu deviner les desirs secrets de chacune
pour deposer mysterieusement a son chevet pendant la nuit, l'objet si
ardemment souhaite?...

Il n'y avait qu'un "bon Jesus" pour realiser des reves si follement
ambitieux... pour verser si genereusement autant de merveilles entre
leurs petites mains!

Les jolies fillettes adoraient, je vous le jure, ce cher bienfaiteur, ce
prodigue ami des enfants sages et bons comme elles. Elles aimaient aussi
de tout leur coeur leurs parents.

Une pensee leur vint donc tout a coup, qui faillit compromettre
l'extreme felicite dont elles jouissaient. Pourquoi le cher papa,
pourquoi la belle maman ne recevaient-ils pas, eux aussi, des cadeaux du
ciel!...

Leurs bons petits coeurs se gonflerent a cette reflexion.

Et l'attrait de toutes les choses prodigieuses etalees devant elles
disparut soudain.

La plus jeune des bebes, dont le bonheur s'etait incarne sous la forme
de mille animaux mignons reunis en une arche de Noe lilliputienne,
laisse la son vaste troupeau gisant par terre dans une attitude de
desorganisation et d'inquietude, comme s'il n'avait jamais ete sauve du
deluge, et que tout etait a recommencer.

Par le plus bienvenu des hasards, entrerent a ce moment dans la chambre
qui renfermait tant de desespoirs, les heureux parents de cette
interessante famille.

La tristesse se fondit comme par enchantement sous une pluie de baisers.

--Nous en avons eu a profusion des presents du ciel! leur dit en
pleurant de bonheur leur mere--les joyaux inestimables, les tresors que
le bon Dieu nous a donnes, mes anges... c'est vous!...




NOEL

_Deux souliers_

Le petit Noel, au bout de sa tournee, s'arretait indecis devant deux
souliers qui lui restaient a remplir.

Et pourtant, rarement il hesite, car c'est son metier de semer a pleines
mains le bonheur sur sa route, et le bienfaisant genie a pour cette
tache delicate les graces d'etat.

Jamais, depuis qu'il avait commence sa carriere, depuis qu'il avait ete
charge de rappeler au monde le glorieux anniversaire en repandant les
tresors de la charite divine, jamais il ne s'etait trouve en pareille
perplexite.

C'est que pour un seul cadeau qui lui restait, il y avait encore deux
souliers a combler.

L'un etait une merveille.

La mule d'une sultane n'est pas plus precieuse, et Cendrillon en aurait
avec plaisir chausse son second pied.

Il etait fait de peluche brodee d'argent, et, sur le noeud de satin,
nuance comme une fleur, qui l'ornait, un papillon reposait dont les
ailes semblaient avoir garde des reflets d'aurore.

Cambre sur son fier talon, touchant a peine le sol du bout de sa pointe
effilee, ce soulier ne semblait avoir emprisonne jamais que le pied
d'une fee mignonne, qui l'aurait laisse tomber a terre en s'elancant
vers son mystique royaume.

Mais, ce qui surtout faisait ressortir la grace exquise de l'adorable
sandale et qui en meme temps embrouillait completement les idees de
l'excellent petit Noel, c'etait le contraste du voisinage.

A cote de ce chef-d'oeuvre d'elegance et de luxe, gisait, sur le tapis,
le plus roturier des sabots.

Lourd, use, crotte, il semblait durci au feu, apres avoir ete trempe aux
bourbiers des rues.

Pauvre petite ruine! peut-etre au demeurant etait-elle plus a plaindre
qu'a mepriser pour sa laideur....

Comme il avait du vaillamment patauger, trottiner et courir pour etre
ainsi sali et morfondu, le pauvre sabot! Mais, que venait-il faire ici?
Et pour qui reclamait-il les faveurs du petit Noel?

Celui-ci voyait bien devant lui--sommeillant dans leurs lits
respectifs--deux enfants, aussi dissemblables d'attitude et de nature
que l'etaient le soulier merveille et le grossier sabot; mais cela ne
tranchait pas son embarras.

Dans un berceau duvete, tendu de soie et de gaze blanches, vaporeuses
comme les visions d'un reve, une enfant reposait.

Elle ressemblait aux anges qui ornent les autels, tant elle etait belle
et pale. Pas un soupir, pas un mouvement ne trahissait la vie sur sa
figure ideale. Son repos etait une extase.

Tout aupres, dans sa camisole de bure, une fillette rose dormait
heureusement, la tete appuyee sur son bras potele.

Ses cheveux en broussaille cachaient a demi son visage, et flottaient
comme une poussiere d'or sur l'oreiller.

Parfois un plus long soupir accentuait sa respiration; ses bras nus
s'etiraient avec aise, ses levres closes, rouges comme un fruit mur,
s'ouvraient en un sourire de beatitude, ses petons dodus repoussaient la
couverture, puis la bouche rieuse se reformait en une fleur vermeille,
les menottes disparaissaient dans la brume blonde des cheveux, les
petits pieds blancs, devenus frileux, allaient s'enfouir sous les
lainages; et l'enfant se pelotonnait voluptueusement dans la tiedeur de
son nid.

En la contemplant, le petit Noel cherchait a s'expliquer le mystere de
ce bizarre rapprochement.

Il supposait bien, lui qui connait intimement le bon Dieu, et qui
sait que sa toute-puissante Providence ne s'amuse pas a de futiles
espiegleries, il soupconnait fort, dis-je, un dessein de la misericorde
divine.

Et cependant!... repetait-il d'un air songeur en regardant le bebe
mignon, qu'il etait bien pres de trouver importun.

Un grand sac degonfle pendait au cou du celeste emissaire, et chaque
fois que ses yeux tombaient sur le bon diable de vieux sabot, sa main
instinctivement tatait ce sac vide.

C'etait, selon toute probabilite, celui qui avait contenu les presents
reserves aux souliers de cette categorie.

Deja l'aube discrete glissait a travers les tenebres ses lueurs lactees.

Bientot le sommeil, agite de reves fantastiques et de visions
eblouissantes, allait fuir les paupieres enfantines, empressees de
s'ouvrir aux belles choses deposees a leurs pieds par la munificence du
petit Noel.

Il fallait se hater. L'ami de l'enfance allait etre pris en flagrant
delit de visibilite, et cela, il ne l'aurait pas voulu pour une couronne
de seraphin!

Chacun a son orgueil. Celui de cet excellent esprit est d'expedier
la besogne qu'on lui confie, d'une facon irreprochable, et surtout
promptement.

Jamais il n'a ete surpris par le jour. Le flambeau que le bon Dieu lui
prete pour guider sa course a travers les ombres, c'est l'etoile qui
conduisait autrefois les trois rois d'Orient a la creche du Sauveur.

Voyant que ses deliberations mentales ne l'amenaient a aucune conclusion
satisfaisante, l'envoye du ciel eleva vers Dieu son pur esprit, et
sollicita une inspiration.

Il eut alors l'intuition du decret divin;

Le sac qu'il avait cru vide fut ouvert, et son bras s'y plongea jusqu'a
l'epaule pour en retirer un petit paquet mysterieux.

Alors les innombrables bibelots qui avaient ete primitivement destines
a l'opulente pantoufle furent divises en deux lots, et les mandataires
muets qui, gisant sur le tapis, reclamaient tacitement leur butin, en
recurent chacun une part egale.

Puis, louant le Createur de son ingenieuse et tendre generosite, le bon
petit Noel brisa le cachet de l'enveloppe enigmatique dont il avait
devine le contenu precieux.

Aussitot, une poudre doree s'echappant de ses doigts, tomba dans la
sandale de peluche, puis dans le miserable sabot.

Tout ce qui restait d'ombres dans la piece s'evanouit devant le
poudroiement irise de cette poussiere merveilleuse, mettant partout des
rayonnements.

La fillette rose, blottie dans la profondeur des coussins, en devint
toute resplendissante, et l'ange pale qui dormait a cote s'anima, se
transforma tout a coup, sous le feu des reflets magiques.

Un sang nouveau sembla s'infiltrer dans ses veines et colorer d'incarnat
les lis de ses joues. La vie refleurissait en cette frele creature.

Le petit Noel s'etait envole sans bruit.

Deux voix enfantines eclaterent ensemble comme un delicieux chant
d'oiseaux, emplissant le vaste palais d'echos inconnus.

En meme temps une mere folle de joie accourait, elevait dans ses bras
son enfant ravivee, et s'ecriait en la pressant passionnement sur son
coeur:

--Ma priere est exaucee! Soyez beni, Seigneur!

"Qui donne au pauvre prete a Dieu", dit un touchant enseignement. Dans
le cas actuel, le tout-puissant debiteur avait royalement solde sa
dette, rendant un tresor pour une obole--une vie chere pour un abri
donne a l'orphelin.

Le partage avait ete judicieusement fait par le delegue de la
Providence. Les deux souliers, sans distinction d'elegance ou de
difformite, avaient ete surcharges de bonbons et de jouets.

Tout cela etait merveille et nouveaute pour la naive proprietaire du
vilain soulier.

La veille, dans le tumulte d'une grande rue, un groupe de passants
l'avait separee de sa mere. Voulant la rejoindre et courant en tous sens
la pauvre mignonne se perdit.

Alors lasse et desolee, elle s'arreta et se mit a sangloter dans son
chale, murmurant tout bas l'appel qu'elle avait longtemps repete avec
des cris dechirants:

--Maman! maman! soupirait-elle comme une invocation, tandis que son
petit coeur eclatait.

Soudain, elle sentit que l'on abaissait doucement ses mains. Une grande
dame, toute enveloppee de fourrures, penchee vers elle, lui demandait
tendrement:

--Pourquoi pleures-tu, mon enfant?

Cette belle femme douce et triste l'avait fait monter dans une superbe
voiture, et l'avait emmenee en un palais eblouissant ou la pauvresse
fut choyee, dorlotee, a un tel point que le souvenir de son malheur en
devint moins cuisant.

Elle avait aussi trouve, sous le toit hospitalier de sa bienfaitrice, un
ange consolateur.

C'etait une enfant frele, avec de grands yeux pensifs ou il y avait
quelque chose de profond et de serein qui etonnait, en la subjuguant, la
simple fillette.

La belle dame contemplait avec attendrissement ces deux gracieuses
creatures s'observant avec curiosite et causant en leur langage
d'oiseaux.

Elle vint se mettre a genoux pres du joli groupe, et ses yeux tout
pleins de larmes, allant de l'une a l'autre, semblaient les comparer.

--Que je serais heureuse! repetait-elle, que je serais heureuse!

Prenant entre ses mains la tete angelique de sa fille et la baisant avec
tendresse:

--Prie le bon Dieu avec moi, qu'il te fasse ressembler a cette chere
petite! lui dit-elle.

Les ames innocentes s'entendent bien entre elles. Les deux bebes
devinrent bientot les plus grandes amies du monde. L'une essuyait les
larmes de l'autre, qui finissait par sourire aux caresses de sa douce
protectrice.

Quand sa belle amie mit sa precieuse pantoufle sur le foyer, la pauvre
enfant perdue l'imita naivement, et les compagnes, gentilles a ravir
dans leur posture d'anges, joignirent les mains et prierent ensemble le
petit Noel de s'en souvenir.

Comme on l'a vu, leurs voeux furent accomplis.

Apres avoir curieusement parcouru, scrute et explore le logis magnifique
qu'elle occupait depuis la veille, la grosse fillette s'orna sans rien
dire de tous les presents qui avaient plu dans son sabot, jeta de
travers sur ses epaules le vestige fane qu'elle appelait "son chale",
posa sur le buisson inextricable de ses boucles un bonnet de laine, et
se presenta, ainsi equipee, devant un grand laquais qui se tenait debout
dans l'antichambre:

--Je veux voir maman, declara-t-elle en levant vers lui sa figure
ingenue.

--Ou demeure-elle, ta mere? demanda le laquais ironique sans se
deranger.

--Je trouverai bien. Ouvrez-moi seulement cette grande porte.

Le serviteur galonne se mit a rire en analysant le bizarre accoutrement
de son interlocutrice.

Elle le regardait avec ses grands yeux naifs, et attendait. Quand, a
la fin, il se decida a ouvrir les deux enormes battants de la porte
massive, elle se retourna une derniere fois vers sa compagne, lui sourit
doucement en maniere d'adieu, et, serrant plus fortement ses tresors,
pour ne pas les perdre en route, elle partit en courant.

C'est alors que le petit sabot se remit a patauger en expert, et que les
polichinelles et les poupees, etroitement emprisonnes entre ses bras,
eurent leurs cheveux joliment ebouriffes par les collisions diverses
qu'ils subirent avec les passants, les poteaux de reverberes, que
sais-je encore!

Et, ma foi, tout etait pour le mieux.

Ces personnalites elegantes, en leur mise irreprochable, se fussent
trouvees bien depaysees dans le logis ou les conduisait leur petite
maitresse.

L'emmelement de leurs chevelures, et les menues avaries que recurent
leurs toilettes pendant le trajet, les firent accueillir comme de la
famille chez leurs nouveaux hotes.

Apres une tres longue course, notre amie s'arreta devant une bicoque, et
frappa la porte du pied en appelant sa mere.

Elle tomba dans les bras de celle-ci, toute bourree de ses cadeaux,
cherchant a les garantir jusque dans la chaleur de l'etreinte
maternelle.

Aux questions empressees: "D'ou viens-tu, chere enfant? Qu'as-tu fait?
Ou as-tu passe la nuit?" la fillette ne repondait rien. Elle exhibait a
ses petits freres son riche butin, ses yeux brillant du plaisir de se
retrouver dans la misere et l'intimite de sa cahute.

La rentree de la chere absente avec son attrayant cortege chassa le laid
fantome du desespoir qui etait venu s'asseoir au foyer.

La mere ravivee, bercant longuement entre ses bras le bebe retrouve,
oublia toutes les angoisses des dernieres heures. Le bonheur qui
n'attendait que ce signal eclata dans la masure un instant assombrie...
Car le petit Noel avait aussi passe la, jetant dans les sabots la
semence d'or qui donne la paix du coeur, l'insouciance heureuse et la
fraicheur coloree d'une vigoureuse jeunesse.

Pour recompenser la charite d'une mere, Dieu avait donc mis dans un
palais le don inestimable qu'il reserve a ses amis les pauvres. Il y
avait depose le rare bien, l'unique tresor en cette vallee de larmes.




LE JOUR DE L'AN AU CIEL


  _A mes trois petites amies,
  Heva, Constance et
  Marie-Paule,_

Au ciel il ne fait ni jour ni nuit. Dans cet heureux sejour luit
constamment une splendide lumiere, faite de toutes les aurores que le
bon Dieu garde en reserve pour nous les dispenser une a une, de tous
les rayons que nous verse journellement sa munificence sans jamais en
epuiser le tresor, et de tous les astres eblouissants qui lui restent a
semer encore dans les espaces azures.

A la verite, tout cela serait bien insuffisant pour eclairer l'immensite
du celeste royaume, si la toute-puissance du Createur lui-meme ne
l'illuminait d'un divin et suave reflet devant lequel le soleil palit.

C'est bien beau le paradis!... C'est si beau, si beau, que les hommes
n'osent pas essayer de le decrire!

Pourtant, a certains moments, parait-il, le ciel retentit d'harmonies
inaccoutumees, et semble encore, si c'est possible, rayonner de clartes
plus magnifiques. Le jour de Noel, par exemple, c'est grand gala,
assure-t-on.

Je vais vous dire ce qui m'est arrive, a travers les nuages des
enivrants echos de ces fetes.

Les lyres d'or des seraphins vibraient encore des accents du beau
concert de Noel.

Deja les elus les plus anciens--semblables aux bons vieux serviteurs qui
ne s'attardent jamais dans l'accomplissement d'un devoir--se relevant de
leur longue adoration aux pieds de l'Enfant-Jesus, dont c'etait la fete
speciale, songeaient a retourner a leurs postes respectifs.

Saint Pierre regagnait sa loge de concierge d'un pas alerte. (On sait
qu'au ciel, le grand age n'est pas un fardeau.)

Sainte Cecile, qui s'etait particulierement surpassee par des elans
d'extatique inspiration, remettait sa harpe dans son riche etui.

Les petits anges folatres, reprenant leurs jeux, se poursuivaient en
agitant leurs ailes blanches, jusqu'aupres de de la belle Vierge qui
souriait a leurs ebats, et sous la surveillance du grand maitre des
angeliques legions, sain Michel.

Le vainqueur de Satan conservait l'allure formidable qui convient a
un heros guerrier. Il n'effrayait pas cependant, avec son grand
glaive--celui precisement qui lui servit dans son fameux combat avec
Lucifer--les petits soldats de son armee; quelques-uns d'entre eux
se refugiaient jusque dans les plis de ses ailes pour echapper aux
espiegles assauts de leurs freres.

--Ah! maintenant, disait a d'autres bienheureux un beau vieillard, il me
faut songer a mes enfants de la-bas!

Savez-vous qui il appelait ainsi, ce beau vieillard? et soupconnez-vous
un peu ce qu'il pouvait etre lui-meme?

Ce venerable personnage n'etait autre que le fameux _Santa Claus_. Et
_ses enfants_?... C'etaient vous, c'etaient toutes les fillettes sages
qui ont merite des etrennes.

Mes cheres amies, je ne voudrais pas etre obligee de vous enumerer
toutes les choses inouies, renfermees dans le magasin aux etrennes dont
notre vieil ami avait la charge.

Cela me prendrait bien plus de temps qu'il ne lui en fallut pour les
verser toutes dans ses enormes sacs.

Vous savez les superbes caresses que les fees d'autrefois faisaient
surgir de modestes citrouilles, et les toilettes magiques qu'elles
donnaient a leurs filleules!... Vous avez vu dans l'histoire de
Cendrillon de quels adorables bijoux ces mystiques dames couvraient
leurs protegees?... Eh bien, tout cela n'etait rien a comparer au riche
bagage de _Santa Claus._

Songez-y! Il y avait la de quoi rejouir tout un univers de petits
enfants!

Quand le messager de la bienfaisance divine traversait le ciel, courbe
sous le poids de ses tresors, pour aller prendre conge du souverain
Maitre et recueillir ses instructions, le bruyant cortege des anges
s'arretait pour le regarder passer.

Il se trouvait meme des elus qui avaient ete d'austeres penitents sur la
terre, et qui s'amusaient naivement a examiner ses delicieux bibelots.

Saint Jerome, par exemple, et d'autres saints qui ont toujours vecu
dans le desert, et qui n'avaient jamais vu de joujoux, s'extasiaient
litteralement devant tous ces chefs-d'oeuvre de la paternelle liberalite
du bon Dieu.

--Il y en a pour tout le monde? demanda le Petit-Jesus. Mes enfants
seront tous heureux?

_Santa Claus_ le croyait bien.

Il partit donc avec une troupe d'anges.

Ces anges sont pour le servir dans sa charitable tournee. Ils se
glissent doucement a l'interieur des maisons, et deposent dans les
mignons souliers l'envoi du divin ami de l'enfance.

Cela exempte de la peine au bon vieillard et abrege la besogne. Il a
tant de chemin a faire dans une nuit!

La celeste delegation etait de retour au paradis avant que fussent
tendus dans le firmament les voiles mordores du matin. Le cortege, en
arrivant, alla se prosterner devant la divine Majeste.

Cependant, _Santa Claus_ n'avait pas, comme d'habitude, ce sourire
content que donnent la satisfaction du devoir accompli et la certitude
d'avoir fait des heureux.

Le Petit-Jesus, que la sainte Vierge bercait dans un lit tout orne de
diamants, tandis qu'elle chantait doucement de sa voix qui ravit le
ciel, le Petit-Jesus avait remarque cela tout de suite:

--Les presents ont-ils donc manque? Qui n'est pas satisfait?

Le bon _Santa Claus_ raconta alors ceci:

Mon travail etait acheve sur la terre, dit-il. Je remontais lentement
vers ce celeste sejour en jetant sur l'univers un retrospectif coup
d'oeil, pour m'assurer que personne n'avait ete oublie. Je disais, en me
rejouissant, a mes compagnons;

--La, nul ne pleurera demain! Les prieres enfantines que notre bon
Pere aime tant monteront vers lui reconnaissantes, chaudes et pleines
d'amour!... Mais soudain... j'apercus, dans un des coins obscurs et
deserts d'une grande ville, quelqu'un... une enfant, seule, glacee,
perdue dans la nuit noire. Elle tremblait de frayeur, elle se mourait de
faim, de misere et de desespoir. La pauvre mignonne repetait tout bas,
pendant que ses grands yeux desoles regardaient le ciel et que ses
petits membres grelottaient:

--Mon Dieu, qui avez pitie des enfants delaisses!... Ma mere qui etes
la-haut, voyez-moi... j'ai froid, il fait noir, j'ai bien peur!... Elle
etouffait ses sanglots de crainte d'attirer les affreux passants de la
nuit.

Que faire pour la consoler!...

Je me mis a chercher dans tous mes sacs, esperant y trouver quelqu'objet
oublie... mais, helas!... rien, tout etait epuise.

Et d'ailleurs, qu'auraient pu des jouets devant cette detresse que vous
seul, puissant et genereux Jesus, pouvez guerir par un miracle. J'aurais
pense a cela tout de suite, n'eut ete l'emotion qui troublait mes idees.

Apres un moment de reflexion, j'envoyai pres d'elle un de mes anges, lui
enjoignant d'en avoir bien soin tandis que je viendrais vous supplier de
la secourir.

Le Pere eternel, qui de son trone resplendissant avait tout entendu,
dit:

--J'ai vu les larmes de cette enfant J'ai entendu le cri de sa douleur
et de sa confiante priere!

Voici ce qui s'etait passe tandis que _Santa Claus_ parlait.

Sur un signe du Tout-Puissant, un ange etait aussitot venu se prosterner
pour recevoir ses ordres.

Ce prince de la cour celeste etait le plus beau des seraphins.

Un rayon de la souveraine bonte de Dieu--celui de sa misericorde--se
refletait en lui.

A son front brillait un incomparable diademe ou etait incruste en
lettres formees de l'or des astres, le beau, le grand mot--DELIVRANCE.

--Va! lui avait dit le Dieu genereux et tendre, va briser les liens qui
retiennent sur la terre cette chere ame martyre!

A cette injonction, le messager obeissant se leva et partit.

Il n'objecta pas qu'il faisait bien noir la-bas, et que le lieu ou
gisait la pauvresse lui etait inconnu.

--La Providence pourvoit et veille a tout!

Telle etait sa pensee.

Il deploya ses grandes ailes plus lisses et plus blanches que celles
des cygnes, et descendit a travers les couches bleu sombre des espaces,
effleurant les mondes sans s'y arreter, et laissant apres lui dans les
ombres du firmament une longue trainee lumineuse.

Les savants terrestres dirent:

--C'est un admirable meteore!

L'ange de Dieu, lui, qui soutenait la petite agonisante, souffla a son
oreille:

--Courage! voici la delivrance!

Quand l'envoye de l'infinie misericorde fut arrive dans la grande ville
obscure et silencieuse, un phare, epanchant une douce lueur, semblable
aux rayons caressants de la lune, parut au ciel et lui montra sur le sol
dur et glace, la belle enfant a genoux, suppliante, les mains elevees en
une muette priere....

Il enleva son ame et remonta avec elle au Paradis.

La, elle recut la belle couronne des elus et la glorieuse palme du
martyre!

La, elle oublia toutes ses souffrances aux pieds de Dieu, aupres de la
tendre Vierge et de sa mere, qu'elle retrouvait la-haut!

Elle fut tout de suite amie avec les petits anges qui, pour jouir de son
naif ravissement, se plaisaient a lui montrer toutes les splendeurs du
ciel.

Quand elle alla baiser les pieds du Petit-Jesus, le divin Enfant lui
demanda avec un doux sourire:

--Regrettes-tu ton jour de l'an de la terre, ma petite amie?

Des larmes de bonheur et de reconnaissance repondirent pour elle.

Le lendemain, les passants trouverent sur le pave un petit cadavre froid
et rigide.

--Pauvre, pauvre enfant! murmuraient-ils dans leur pitie.

Mais elle, au sein de la felicite et de l'extase des cieux, disait
aussi:

--Pauvres, pauvres mortels!




HISTOIRE DE DEUX SERINS

_ Petite fable_

Le soleil avait souri, a travers les branches denudees, d'un sourire
plein de promesses; les bourgeons avaient perce la dure ecorce, les
corolles s'entr'ouvraient fraiches et rieuses, et les arbres, jasant
avec la brise, balancaient leurs domes verdoyants au-dessus des sources
grondeuses.

Les oiseaux revenaient par essaims pour feter la naissance des vertes
feuillees, et celle des marguerites, leurs petites amies des champs.

Les nids moelleux s'equilibraient aux jointures des branches; deja
leurs hotes se gazouillaient tout bas leurs esperances pour la nouvelle
couvee.

A la cime d'un grand chene, tout une famille de serins saluaient,
certain matin, l'aurore de son premier jour.

Le ruisseau qui dort, sous les grosses branches de l'arbre geant, le
rayon de soleil qui miroite sur la feuille humide au bord du nid, le
coin d'azur a travers le rideau de feuillage, cette verdure flottante
qui les berce avec de caressants murmures, toutes ces nouveautes
ravissantes qui se revelent a leurs regards etonnes, tiennent hors du
nid les tetes curieuses de ces etres naissants.

L'horizon empourpre, la source eblouissante qui bondit sur le flanc de
la montagne, les flocons blancs dans le bleu du ciel, tout cela a
des tons chatoyants et seducteurs, des appels gros d'attraits et de
promesses pour les nouveaux eclos.

Et c'est un murmure continu, un concert de petits cris joyeux. Qu'ils
sont heureux de vivre!... Oiselets d'un jour, ils ont le present
harmonieux et ensoleille; et l'avenir!... l'avenir! Quand les plumes
dorees auront pousse, quand les ailes diaprees se deploieront avec la
vigueur de la jeunesse! l'avenir ne se prepare-t-il pas pour eux plus
doux que le nid, plus vermeil qu'un reflet de crepuscule dans le
ruisseau limpide?

Les petits serins ont cru. Ils ont atteint la taille ordinaire des
oiseaux de leur espece; mais l'un d'eux surtout est un prodige,
l'orgueil de la famille, la gloire de la nichee.

Quand sa voix vibrante et modulee eveille les echos matinals, plus d'une
jeune serine sent palpiter son coeur d'oiseau, et joint une note emue a
ses trilles eclatants.

Les etres ailes, moins meticuleux que les hommes, reconnaissent sans
formalite et acceptent sans elections, le souverain que Dieu semble leur
designer dans celui d'entre eux qu'il dote de plus de charmes. Ceux
du vieux chene avaient voue un culte d'admiration et d'hommage a leur
superbe compagnon.

Mais lui, indifferent a ses honneurs et a son prestige, ne formait dans
sa tete altiere que des projets aventureux de fuite et de voyages.

Un jour--aussi puissant que beau--il s'elanca d'un seul trait, de la
cime du grand arbre au sommet de la montagne lointaine. Puis, intrepide,
il alla se percher sur une branche morte accrochee au milieu de la
cascade fougueuse. De la il envoya au ciel sa chanson triomphale.

Ses parents effrayes avaient essaye de le suivre, mais tristement ils
etaient revenus au chene, l'epier de loin, le coeur serre par un funeste
pressentiment.

D'un vol aussi rapide le temeraire enfant etait revenu; toute la tribu
en emoi l'attendait anxieuse.

Au lieu de regagner le nid paternel ou ses petites soeurs attendries
l'appelaient de toutes leurs clameurs, le jeune heros, comme pour lui
faire hommage de ses premiers lauriers, alla droit chez sa voisine,
la plus jolie serine du monde, secouer ses ailes etincelantes des
gouttelettes diamantees de la source, et roucouler la plus suave,
la plus delicieuse, la plus enchanteresse des melodies que Dieu ait
enseignees a ses creatures.

Les humains qui l'entendirent crurent que les accords d'une musique
mysterieuse, s'echappant des spheres celestes, etaient parvenus a leur
oreille privilegiee.

Les echos emerveilles la repeterent avec enthousiasme. Tout le vieux
chene tressaillit, et un concert de louanges s'en eleva comme une fusee
vibrante et prolongee.

Ces joyeux accents avaient ragaillardi toute la peuplade. Chacun, sous
la feuille qui l'abrite, s'endormit paisible, revant de douces choses.
Seule, la belle serine avait compris le mot d'adieu cache sous la
chanson Brillante.

Tristement sa petite tete veloutee s'enfonca sous le duvet de l'aile
maternelle. Qui dira combien d'etoiles s'etaient allumees au firmament,
combien de soupirs avait pousses la brise a travers les feuilles
fremissantes avant que le repos vint clore sa paupiere!

Le lendemain--toutes les fetes ont un lendemain--les premiers reflets de
l'aurore avaient effleure la cime de l'arbre seculaire, le roi du jour,
disant adieu a d'autres peuples, apparaissait, s'elevait majestueux de
son bain de flammes. Toute la nature chantait l'hymne matinale a
sa maniere, et le vieux chene etait muet--muet, mais plein de
consternation, d'agitation et d'effroi.--L'idole, le serin adore, le
beau charmeur des bois s'etait envole, laissant l'angoisse au nid, le
deuil a la voisine eploree.

Elle, puisant une energie desesperee dans l'agonie de son coeur, etendit
toutes grandes ses ailes freles et timides, et disparut. La belle
idolatre, n'ecoutant que son amour, volait sur la trace du cher
infidele.

Trois longs jours de recherches et de souffrances s'etaient eternises
pour l'infortunee voyageuse. L'ouragan avait souffle, la tempete avait
mugi.

Le matin du quatrieme jour les arbres, courbes par la tourmente
redressaient leurs panaches ruisselants. Le soleil revenait secher les
pleurs de la nature qui souriait a travers ses larmes en revoyant son
radieux epoux...

La pauvre serine epuisee, affaissee sur une branche, buvait
languissamment des gouttes de pluie qui tremblaient sur une feuille de
peuplier...

Soudain, elle se redresse et bondit. Elle a entendu... Oui, ce ne peut.
etre que lui!... Un petit cri bien faible, presque imperceptible;
mais pourquoi son coeur s'est-il arrete a cette voix, pourquoi bat-il
maintenant a se briser! Elle attend inquiete, le cou tendu, le regard
intense, plein d'anxiete et d'espoir. Le cri se repete, doux, navrant,
prolonge.

Rapide comme l'eclair, la serine franchit l'espace qui la separe de
son bien-aime--oh bonheur! il etait la, elle le retrouvait! Mais non.
L'esperance un moment ravivee allait s'eteindre a jamais. Helas! le
roi du vieux chene est blesse. Son aile rompue palpite de douleur. Une
fievre brulante l'agite et le consume. Il souffre. Il se meurt. Ah!
pourtant il ne peut perir, puisque le devouement et l'amour subsistent
encore pour lui en un coeur feminin!

La jolie serine se fait soeur de charite. Multipliant les soins au
bien-aime malade, elle vole au torrent, en rapporte dans son bec trois
gouttes fraiches pour les couler sur la blessure. Elle remet doucement
le membre casse dans sa position normale, lisse de son aile de velours
les plumes herissees autour de la plaie, verse dans la gorge alteree du
cher blesse une eau rafraichissante. Elle voltige, sautille sur le gazon
d'une facon embesognee, va et vient, s'oubliant elle-meme, s'epuisant
pour faire revivre ses amours.

A la fin l'heroisme eut sa recompense.

Par la plus belle et la plus radieuse des matinees, le couple mille fois
heureux revint au pays. Le fiance etait si rayonnant qu'on ne s'apercut
pas qu'il boitait un peu.

Il y eut noce complete au vieux chene. De la base a la cime il retentit
tout le jour de chants d'allegresse.

Le beau serin resta le roi.

L'annee suivante, en cedant le sceptre a son heritier, il lui donna ce
sage conseil... Au fait, que croyez-vous qu'il lui dit? De toujours
rester au nid natal, prudemment abrite sous l'aile maternelle?.. Oh non!

--Mon fils, lui dit-il, quand la mousse du nid, quand la tendresse de
ta mere ne suffiront plus aux aspirations de ton coeur trouble, va, mon
enfant, au sein de la tempete, recueillir une precieuse blessure; le
ciel alors t'enverra un messager beni qui te fera revivre deux fois!...
Mon fils, un pareil tresor vaut bien une aile brisee.




LE DERNIER BIBERON

On avait dit a bebe:--C'est fini maintenant! Vous etes trop grande.
Il faut jeter cette affreuse chose au chat. Au _Cat_, repetait-elle,
captivee par le souvenir du favori. Et c'est tout ce qu'elle retenait de
ce grave syllogisme.

Or voici ce qui en etait;

La question avait ete agitee en famille a l'heure du couvre-feu, au
moment ou bebe en camisole blanche, les gros petons nus, distribuait les
bonsoirs, embrassant a grand bruit sa menotte etendue, a l'adresse de
chacun.

Toutes les tetes levees, fascinees par ce Jesus potele aux boucles
blondes, souriaient, lui renvoyaient les baisers; mais...... la bonne se
penche, et, a demi-voix:--Faut-il le lui donner?--Ah c'est vrai! fait
la maman subitement rembrunie, prise de lachete devant la grandeur du
sacrifice, puis cedant tout-a-fait:

--Si, pour ce soir. Alors le pere, sans quitter sa gazette, mais
enlevant son cigare, prononce avec energie;--Ne lui donnez pas cette
horreur! je vous en prie!

a! il proteste. Ca lui est bien facile a lui.

--On ne peut pas, fut-il objecte, tout d'un coup, comme cela....

Mais lui l'interrompant:

--Je te dis que vous l'empoisonnez!

Vous l'empoisonnez! voila bien les peres. Ces stoiciens de la theorie,
ces braves d'arriere-plan qui commandent la manoeuvre d'une voix de
tonnerre et s'enferment dans leur cabinet pour ne l'entendre pas
executer.

--Eh bien! essayez, avait dit la maman avec resignation, intimidee par
tant de fermete.

Mais vous ne savez pas encore le sujet du litige.

L'article en question, l'objet des foudres paternelles, c'est une petite
chose informe, d'une teinte grisatre, brouillee, inquietante; un lambeau
de caoutchouc, dechiquete par des dents aigues; c'est un vestige du
dernier biberon de bebe, aussi meconnaissable qu'une balle dont on
retrouve le plomb fondu et mache; une chose, enfin, peu appetissante,
d'un parfum.... etrange, et a laquelle le petit monstre tient plus qu'a
tout au monde.

Aussi est-on decide a en finir. Ce matin encore, comme le papa, fier de
surprendre son reveil d'oiseau, la prenait dans son nid, toute chaude,
les yeux couvrant clairs et grands a la joie du matin, et allait
l'embrasser avec ferveur, elle lui entra cet objet dans la bouche. Il
en cracha pendant cinq minutes, tres en colere, jurant... d'operer des
reformes radicales, de trancher dans le vif, bref, de faire un coup
d'eclat.

Et tout ce temps la pauvre insouciante victime de demain, la mignonne
rose savourait l'horrible sucon.

Apres le depart de la bonne, il s'etait fait un silence, gazette et
livre s'etant releves.

Au bout d'une minute pourtant, la voix du tyran se fit entendre, mais
sans cet accent invincible de tout a l'heure, une voix tres mitigee, ou
l'on sentait poindre un attendrissement.

--Ne ferais-tu pas mieux d'y aller?

--Non, ce serait pire.

Nouveau silence, puis soudain, le choc attendu; une explosion de larmes
la-haut.

Il s'en suivit un tumulte, une envolee de feuillets,...

--Attends! dit le maitre, tu vas tout gater!

L'obeissance la retient un moment, mais les cris continuant elle se
precipite, et du bas de l'escalier:

--Marie! Marie! s'ecrie-t-elle, donnez-lui! donnez-lui!....

Elle revient, le calme aussitot retabli, tout emue encore et murmurant:

--L'idee de le lui enlever ainsi, sans preparation!... Pauvre chou!

De son cote le papa tres remue, mais voulant tenir decemment son role
jusqu'au bout, va chercher une allumette, ayant laisse son cigare
s'eteindre, et leve les epaules a l'effet de blamer cette defaite a
laquelle il ne prend aucune part.

Il fallut donc apporter a l'evenement tout le soin que necessitent les
resolutions importantes.

--Depuis quand, monsieur le papa vous qui avez lu l'histoire, depuis
quand le progres surgit-il ainsi spontanement, sans efforts, du terrain
des mauvaises habitudes et des abus? Citez-moi une reforme qui ait
pousse, de meme qu'un champignon sur une terre inculte, sans etre
amenee, conduite, preparee par une main habile et patiente!... Paris ne
s'est pas fait en un jour!

Telles sont les ressources de la diplomatie maternelle et le resume de
son plaidoyer en faveur d'un atermoiement.

Bebe a deux ans et demi du reste et sa mere qui lit en son petit cerveau
comme dans un A B C ouvert, y voit deja un embryon de logique. Aussi
est-ce ce bon sens en herbe qu'elle compte exploiter pour accomplir la
reforme projetee.

Bebe recut un jour une superbe poupee bleue. Bebe fut ravie, folle de
joie, et ne voulut plus quitter cette poupee, pas plus a table qu'a la
promenade ou au bain. Il la lui fallut meme pour dormir. Mais voila! la
nouvelle venue est l'ennemie declaree des sucons!

Que faire alors? Jeter le sucon au minou?

--Jeter a minou, fait le petit singe.

En effet, la maman ouvre la fenetre et Bebe lance elle-meme son meilleur
ami dans la cour.

Une fois blottie dans son lit blanc avec la precieuse poupee bleue,
l'heure du dodo venue, la pauvre petite s'apercut bien qu'il lui
manquait pourtant quelque chose, car deux fois, elle rappela sa mere
qui l'avait ce soir-la bordee longuement, se sentant tout attristee,
le coeur fondu de compassion devant l'ingenuite de ce sacrifice sans
murmures; elle demanda du lait et voyant la tasse fraichement videe,
reprit avec un soupir:

--Bonsoir, maman.

Une priere, une seule, se pressait sur ses levres qu'elle n'osait
formuler, la sentant deraisonnable.

A la fin, trouvant un ingenieux pretexte pour trahir son gros regret:

--N'en a plus. Donne au cat! fit sa douce voix, du meme ton insidieux et
enjoleur qu'on le lui avait repete tout le jour en vue du succes final.

Le tyran dans son antre, oubliant de lire son journal, attendait avec
impatience la fin de l'aventure.

--Eh bien! dit-il, des qu'il la vit revenir, allant a pas de loup,
marchant avec precaution comme si le moindre souffle eut pu compromettre
la victoire esperee.

Bebe ne pleura pas, mais elle s'endormit fort tard, et au petit jour
elle s'eveilla en larmes demandant le sucon, puis s'avisant aussitot de
l'absurdite de sa requete, elle se mit a crier plus fort.

--Quelque chose de bon!

Son innocente lachete avait encore sa pudeur.

Ce fut la reaction; et les evenements ne tarderent pas a justifier les
previsions de la clairvoyance maternelle.

Au bout d'une semaine ce gros chagrin etait oublie... et puis quoi!..

Eh bien Bebe ne s'en trouva pas plus mal, au contraire, puisqu'on ne
l'empoisonnait plus, et ce furent pour les sages les regrets:

Cette importante reforme si habilement obtenue, cet avancement notable
de l'enfant, ce progres fameux, qu'etait-ce en effet?....

La derniere etape de cet age exquis de la premiere enfance ou notre
cheri n'est qu'un poupon gras et rose qui tient tout, comme une petite
boule, dans la corbeille que lui font nos bras.

C'est le commencement de cet autre ou l'on devient consequent, ou l'on
comprend, ou l'on souffre.

Y a-t-il vraiment la de quoi etre fier?

C'est bien la peine de sevrer les pauvres innocents de leurs pures
joies! Par quoi les remplace-t-on?

Par les enseignements maussades de la raison, de l'experience--cette
maratre qui ne sait corriger qu'en chatiant.

Pauvre bebe, cher petit mouton qui te laisses tondre de tes gracieuses
et charmantes fantaisies, quand tu auras de grandes gigues et des
breches dans la rangee de perles fines que decouvre ton sourire, alors
on songera avec envie a ce que tu fus autrefois; on s'attristera de te
voir pousser si vite et laisser loin derriere les chers souvenirs du
temps des biberons.

C'est ainsi que le sort te venge de ceux qui s'acharnent a te rendre
sage--comme eux.

C'est probablement ce regret anticipe qui fit que la maman de tout a
l'heure, bientot revenue de l'orgueil de son triomphe, put etre vue
cherchant avec soin, sous sa fenetre, parmi les balayures, un petit
objet perdu, pleurant presque, a l'exemple de bebe, a la pense que le
vilain chat aurait bien pu en effet le manger.

Et, le vieux biberon disgracie, exhume avec honneur, devint une
precieuse relique.







End of Project Gutenberg's Contes de Noel par Josette, by Madame R. Dandurand

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES DE NOEL PAR JOSETTE ***

***** This file should be named 13024.txt or 13024.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        https://www.gutenberg.org/1/3/0/2/13024/

Produced by Renald Levesque and La bibliotheque Nationale du Quebec

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
https://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
